Affichage des articles dont le libellé est Islande. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Islande. Afficher tous les articles

jeudi 1 novembre 2012

Le référendum islandais et les silences médiatiques

par  Mauro Santayana , 22-10-201. Traduit par  Pedro da Nóbrega, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: O referendum islandês e os silêncios da mídia
Traductions disponibles : English 
 


Les grands médias passent sous silence le processus de changement en cours à Reykjavik, en Islande

Les citoyens de l’Islande ont approuvé le samedi 20 octobre par référendum, à près de 70 %, une nouvelle Constitution, rédigée par 25 délégués, presque tous de simples citoyens désignés par un vote direct de la population, qui instaure notamment la nationalisation des richesses naturelles. L’Islande fait partie des énigmes de l’histoire. Située dans une zone baignée par le courant du Gulfstream qui parcourt l’Atlantique Nord, l’île, d’une superficie de 103.000 km², n’est habitée que dans sa partie littorale. L’intérieur, au relief accidenté comptant 200 volcans en activité, est aussi hostile qu’inhospitalier. Mais il s’agit d’une des plus anciennes démocraties au monde, dotée d’un parlement (Althingi) qui siège depuis plus de mille ans. Même sous tutelle de la Norvège et du Danemark jusqu’à la fin du 19ème siècle, les Islandais ont toujours réussi à préserver une significative autonomie pour ce qui relève de leurs affaires internes.

En 2003, sous la pression néolibérale, l’Islande a privatisé son système bancaire, jusque-là public. Suivant leurs intérêts, les grandes banques usaméricaines et anglaises, déjà engagées sur le marché secondaire dans la spirale des subprimes, ont transformé Reykjavik en grande plate-forme financière internationale et en une des plus grandes victimes du néolibéralisme. Avec juste 320.000 habitants, l’île est devenue un paradis fiscal pratique pour les grandes banques.

Des groupes comme Lehman Brothers se servaient du crédit international du pays dans le but d’attirer des investissements européens, essentiellement britanniques. Cet argent était alors injecté dans le tourbillon financier dirigé par les banques usaméricaines. La faillite de Lehman Brothers a mis l’Islande en première ligne car elle a du, de ce fait, assumer une dette dix fois supérieure à son Produit Intérieur Brut. Le gouvernement s’est vu dans l’obligation de renationaliser ses trois banques, dont les dirigeants ont été renvoyés devant les tribunaux et certains condamnés à des peines de prison.

Afin d’assurer le remboursement de cette dette colossale, le gouvernement a décidé que chaque Islandais, quel que soit son âge, devrait payer 130 euros chaque mois pendant 15 ans. Le peuple a exigé la tenue d’un référendum sur ce point et, par 93 % des suffrages, a refusé de payer une dette dont la responsabilité incombait au système financier international, à partir de Wall Street et de la City de Londres. La dette extérieure du pays, forgée par l’irresponsabilité des banques associées aux plus grandes institutions financières mondiales, a conduit la nation à la cessation de paiement et plongé les Islandais dans le désespoir. La crise a pris une dimension politique avec la volonté du peuple de tout changer. Une assemblée populaire, formée spontanément, a décidé d’élire une assemblée constituante composée de 25 citoyens, sans étiquette politique de parti, afin de rédiger la nouvelle Constitution du pays. Pour pouvoir se déclarer candidat à cette assemblée, le soutien de 30 personnes suffisait. Il y a eu près de 500 candidats. Les élus ont consulté la population qui pouvait, via internet, formuler des propositions et observations sur le texte. Le gouvernement a pris acte de cette initiative et officialisé le travail de cette assemblée en soumettant le document final à l’approbation par le référendum qui s’est tenu le 20 octobre.

En étant approuvé par plus de deux tiers des votants, le texte constitutionnel doit ensuite être ratifié par le Parlement. Bien que l’Islande soit un petit pays, éloigné tant de l’Europe que de l’Amérique, avec une économie dépendante de marchés extérieurs, (elle exporte du poisson, surtout de la morue), son exemple pourrait inspirer d’autres peuples, asphyxiés par l’irrationalité de la dictature financière.

Pendant ces quelques années, où les Islandais ont résisté à la pression des grandes banques internationales, les grands média internationaux ont passé sous un silence convenu le processus en cours à Reykjavik. Voilà la meilleure preuve que les Islandais sont peut-être en train d’ouvrir une voie vers une pacifique révolution mondiale des peuples.
 

mardi 28 juin 2011

Goldman Sachs, le retour : Super-Mario à la tête de la BCE-ça va saigner !

Avec la nomination du bankster Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne, bientôt suivie de celle de Mrs. Lagarde à la tête du FMI, les Européens vont avoir de nouvelles raisons de s'indigner.
Bizarreries de l’économie européenne
par Pascual Serrano, 28/6/2011. Traduit par Manuel Talens, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Il est bien connu que la banque d’investissement Goldman Sachs – avec Morgan Stanley – a volé la vedette de la crise financière qui a commencé aux USA en 2008. Pour éviter sa faillite, en septembre de la même année la Réserve fédérale usaméricaine décida la transformer en une banque commerciale et elle reçut dix milliards de dollars des fonds publics. En avril 2010, la Commission des Opérations de Bourse des USA  a accusé Goldman Sachs de fraude dans l’affaire des crédits hypothécaires à haut risque (subprime). Goldman Sachs doit encore répondre devant la justice pour avoir émis des obligations de dette contre des valeurs supportées par des crédits hypothécaires à haut risque et les avoir vendues  à ses clients comme si elles étaient un bon investissement. Les autorités boursières usaméricaines calculent que les naïfs investisseurs de Goldman Sachs ont perdu autour de 740 millions d’euros (El País, 17/4/2010).
En outre, Goldman Sachs avait eu auparavant un rôle central en aidant la Grèce à cacher le déficit budgétaire de son gouvernement à l’Union européenne, aux marchés financiers et à l’opinion publique. Goldman Sachs avait concocté avec la Grèce des complexes magouilles financières par lesquelles elle avançait des fonds au gouvernement grec en échange de futures sources de revenus comme des taxes d’aéroport. C’était en fait une sorte d’emprunt, mais l’échange avait permis au gouvernement grec d’éviter que l’argent emprunté soit comptabilisé comme tel, ce qui aurait fait grimper son déficit budgétaire au-dessus des limites permises dans la zone euro (The Guardian, 20-4-2010). Mais Goldman Sachs a fait d’autres affaires avec la Grèce : elle a négocié des placements d’obligations de la dette grecque pour un montant approximatif de 15 milliards de dollars (environ 11 milliards d’euros) après une permutation de devises étrangères, ce qui avait permis au gouvernement d’Athènes de cacher le vrai montant de son déficit. Selon les données de l’agence de nouvelles financières Bloomberg News (El País, 18-2-2010), depuis 2002 Goldman Sachs a gagné approximativement 735 millions d’euros avec le placement d’obligations de la dette grecque.
Mario Draghi, par Joe CummingsMais pourquoi est-ce que je raconte ça ? Parce qu’entre janvier 2002 et janvier 2006, pendant qu’on mijotait toutes ces tambouilles financières, le vice-président de Goldman Sachs était un dénommé Mario Draghi. Oui, celui-là même que les dirigeants de l’Union européenne viennent juste de nommer président de la Banque Centrale européenne à l’occasion d’un sommet à Bruxelles. Il exercera cette fonction entre le 1er novembre 2011 et le 31 octobre 2019. Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a affirmé que Draghi « exercera un leadership fort et indépendant » dans l’institution « en poursuivant la tradition établie par ses prédécesseurs ».
Encore une dernière bizarrerie : rappelons-nous que les citoyens d’Islande ont décidé par référendum qu’ils n’étaient pas prêts à accepter que leur État assume le paiement de 3,7 milliards d’euros à des banques privées du Royaume-Uni et de la Hollande. Le gouvernement islandais, qui avait défendu l’option du paiement, en fut fort marri et argumenta que le pays ne pourrait plus accéder aux marchés financiers. Cependant il n’a eu aucun problème pour placer des obligations de dette à cinq ans à un intérêt de 4,875% (Público, 11-6-2011). Il est curieux de constater que d’autres gouvernements plus soumis aux marchés se verront obligés d’accepter des taux d’intérêt plus élevés pour que les investisseurs s’intéressent à leurs obligations de dettes et les achètent : les obligations irlandaises s’achètent à un taux d’intérêt de 15% et les grecques de 25%. Même l’État espagnol paiera plus d’intérêt que l’État islandais : 5,6%. Même si tu es servile, les marchés ne te récompensent pas.
 Avant, après I et II, par Tchavdar
 

Goldman Sachs prend officiellement la tête de la BCE
par Attac France, 24/6/2011
 
Mario Draghi, ancien Président de Goldman Sachs Europe, prend aujourd'hui la présidence de la Banque centrale européenne. Il présidait la banque d'affaires américaine au moment où celle-ci, dans les années 2000, aidait la Grèce à maquiller ses comptes publics. Son rôle va être de préserver les intérêts des banques dans l'actuelle crise européenne.

On pouvait jusqu'ici s'interroger sur les raisons qui poussaient la BCE et Jean-Claude Trichet à s'opposer de façon virulente – y compris face à la chancelière allemande – à toute idée d'une quelconque restructuration de la dette grecque.

Cette attitude semblait incompréhensible puisque tous les analystes, y compris les économistes des banques, s'accordent à considérer que la Grèce ne pourra pas assurer le service de sa dette dans les actuelles conditions contractuelles. Un rééchelonnement, voire une annulation partielle semblent de l'avis général inévitable. Vouloir retarder l'échéance ne fait qu'aggraver les dégâts économiques et sociaux provoqués par les plans d'austérité brutaux et impopulaires imposés aux Grecs.

Le nomination de M. Draghi clarifie donc les choses. La BCE défend non pas l'intérêt des citoyens et contribuables européens, mais l'intérêt des banques. Une étude britannique citée hier par Les Echos a le mérite de quantifier clairement le processus en cours. Cette étude indique que grâce aux « plans de sauvetage » de la Grèce et au « mécanisme européen de stabilité » mis en place par la BCE, le FMI et l'Union, « la part de dette hellénique aux mains des contribuables étrangers passera de 26 % à 64 % en 2014. Cela veut dire que l'exposition de chaque foyer de la zone euro va passer de 535 euros aujourd'hui à 1.450 euros ».

Le « sauvetage » de la Grèce est donc en fait une gigantesque opération de socialisation des pertes du système bancaire. Il s'agit de transférer l'essentiel de la dette grecque – mais aussi espagnole et irlandaise – des mains des banquiers vers celles des contribuables. Il sera ensuite possible de faire assumer les frais de l'inévitable restructuration de ces dettes par les budgets publics européens.

Comme le disent les Indignés espagnols, « ce n'est pas une crise, c'est une escroquerie ! ». Le Parlement européen a voté hier le « paquet gouvernance » qui réforme le pacte de stabilité en renforçant les contraintes sur les budgets nationaux et les sanctions contre les pays en infraction. Le Conseil européen réuni aujourd'hui et demain va parachever le travail. Et ce n'est pas la prochaine nomination de Christine Lagarde à la tête du FMI qui réduira l'emprise des banques sur les institutions financières internationales, bien au contraire.

Heureusement les résistances sociales et citoyennes vont croissant dans toute l'Europe. Gouverner pour les peuples ou pour la finance ? La réponse est aujourd'hui claire: il va falloir que les peuples européens reprennent la main, pour construire ensemble une autre Europe. Les Attac de toute l'Europe organisent du 9 au 13 août une Université européenne des mouvements sociaux à Fribourg, en Allemagne. Ce sera cet été l'un des lieux majeurs de coordination des résistances et de constructions des alternatives européennes.
La punition de Prométhée, par Andrea Zamponi


Coup d’État silencieux à Bruxelles
par  Willy Meyer, 25/6/2011, Traduit par  Manuel Talens, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Le 19 juin 2010, un jour après que le Conseil européen eut adopté le paquet sur la gouvernance économique européenne, le président de la Commission, José Manuel Durão Barroso, lors d’une conférence à l’Université Européenne de Florence a qualifié de « révolution silencieuse et graduelle » les mesures de contrôle et de discipline économique et financière imposées aux États membres. « Quelquefois en Europe les petits pas sont les plus importants. Lisez attentivement les conclusions du Conseil européen d’hier, s’il vous plaît. Il s’agit d’une révolution silencieuse, d’une révolution silencieuse qui cherche de façon graduelle une gouvernance économique plus forte. Les États membres ont accepté – et je suppose qu’ils l’ont compris correctement – de donner des pouvoirs très importants aux institutions européennes quant à la surveillance [économique] et un contrôle beaucoup plus strict des finances publiques. Cela est arrivé hier. Ils ont accepté le principe, bien sûr. Maintenant c’est à nous de légiférer. », a dit Barroso.

José Manuel Durão BarrosoLe président de la Commission faisait référence au développement du Semestre Européen, c’est-à-dire le programme de surveillance budgétaire nationale qui oblige les États à présenter leurs programmes économiques, y compris les lignes générales de leurs comptes, à la Commission et au Conseil avant de les soumettre à leurs parlements respectifs pour discussion.

La machinerie néolibérale européenne, impulsée par les populaires, les sociaux-démocrates et les libéraux, a concocté trois pactes : 1) le Pacte de stabilité et de croissance, 2) le Pacte de réforme structurelle et 3) le Pacte de l’euro, que la Commission et le Conseil veulent imposer aux citoyens européens représentés par les parlements nationaux.
Contrairement à ce que prétend Durão Barroso, le caractère obligatoire de ces mesures est un véritable coup d’État silencieux de Bruxelles contre les souverainetés nationales, par le biais de la présentation préalable des « Programmes nationaux de réforme », qui sont le déploiement de la Stratégie Europe 2020, laquelle à son tour est la continuation de la Stratégie de Lisbonne (qui prévoyait une croissance annuelle du 3% et la création 20 million de nouveaux emplois en janvier 2010) qui a été un échec.
Depuis Bruxelles, ce coup d’État cherche à démanteler l’Etat social européen et à uniformiser les critères pour attaquer les salaires (flexibilisation de la main-d’œuvre, destruction de la négociation collective), réduire radicalement les effectifs et les salaires de la fonction publique, retarder l’âge de la retraite, privatiser le système de retraites et parachever le processus de démantèlement progressif des services publics.
La gouvernance économique européenne (la concrétisation des trois pactes) est contraire à un véritable gouvernement démocratique de l’économie, indispensable au redressement de la construction européenne pour atteindre la cohésion sociale et territoriale et le bien-être des gens.
Ce n’est pas par hasard qu’on rejette la nécessité d’avancer dans le gouvernement démocratique de l’économie européenne, car cela impliquerait la mise au point d’une architecture politique complétement différente et la définition d’une orientation économique conçue par et pour les citoyens européens sur la base du contrôle exclusif des souverainetés nationales et européenne.
La structure actuelle de la politique européenne invite de plus en plus les citoyens à se distancer des institutions, car ils perçoivent que la détérioration de leurs conditions de vie est due à cette pluie acide favorisée par le Consensus de Bruxelles (une réplique du Consensus de Washington, basé sur les principes de la privatisation, la dérégulation de la main-d’œuvre et la non-intervention publique dans l’économie). Le Consensus de Bruxelles s’occupe exclusivement de garantir la libre circulation de marchandises et l’accumulation de grands capitaux et grandes fortunes en attaquant les salaires et le bien-être des Européens.
D’un côté la main de fer qui cherche à imposer ces ajustements provoque la réaction syndicale européenne avec des grèves générales et devient une invitation à coordonner des actions paneuropéennes, tel que l’indique le Manifeste d’Athènes de la Confédération des syndicats européens ; de l’autre côté elle provoque l’indignation et la rébellion de ceux qui ne se résignent pas à assister à cette marche arrière de l’horloge de l’histoire.
L’européisme militant doit exiger de soumettre à un référendum paneuropéen toutes ces réformes et mesures d’ajustement qui envahissent les souverainetés nationales, pour que ce soit le peuple européen qui approuve ou désapprouve cette dérive antisociale et par conséquent antieuropéenne.
Le peuple islandais a décidé par référendum qu’il ne doit pas payer les pots cassés des irresponsabilités et des erreurs de ses banques et a mis en examen l’ex- Premier ministre conservateur Geir H. Haarde, accusé de négligence face à la crise qui a conduit l’Islande à la faillite.
Quand la démocratie l’emporte et les peuples disent leur opinion, les choses peuvent être remises à leur place. Face au coup d’État silencieux contre les acquis sociaux européens un référendum devient indispensable.
 

Hayati

dimanche 7 mars 2010

ISLANDE : un « Non » franc et massif à la Loi Icesave-Faut pas prendre les Vikings pour des canards sauvages !


 Par plus de 95% des voix, les électeurs islandais ont dit « non », samedi 6 mars 2010, à la « loi Icesave »  votée par l’Althing*, le Parlement, le 30 décembre 2009. Ils ont donc rejeté  le remboursement par l’Islande des 3,9 milliards d’Euros versés par la Grande-Bretagne et les Pays-Bas aux 400 000 épargnants qui avaient perdu leurs placements faits sur la caisse d’épargne  en ligne  Icesave, créée par la banque islandaise Landsbanki, suite à la faillite de cette dernière.

Nous proposons un dossier pour comprendre cette affaire.


Sommaire
·         Islande : « non », les contribuables n'ont pas à payer
par ATTAC France, 7/3/2010
·         L’affaire Icesave
par le Ministère des affaires étrangères d´Islande, février 2010
·         Pétition demandant le référendum, janvier 2010
·         Déclaration du président islandais, Ólafur Ragnar Grímsson, annonçant la tenue du référendum, 5/1/2010
·         Le Président islandais démasque le caractère antidémocratique de l’UE
par William A.M. Buckler, janvier 2010


Une des nombreuses récentes manifestations du "Parlement de la rue" (Alþingi götunnar) à Reykjavík, la capitale la plus au nord de la planète. Slogans : "Tuons le capitallisme" (Drepum auðvaldið), "Démocratie" (Lýðræði), "Icesave mon cul", "Le pouvoir au peuple" et (en français!): "Vive la révolution !"
Islande : « non », les contribuables n'ont pas à payer
par Attac France, 7/03/2010
Les premiers résultats indiquent un rejet massif de la loi Icesave par les islandais, à plus de 95% contre (1% pour et 4% d’absention). Cette loi aurait obligé de verser 3,8 milliards d’euros, soit 12 000 euros par habitant islandais, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Les citoyens islandais refusent ainsi de payer pour les errements du système bancaire privé et de gouvernements irresponsables.
La banque en ligne Icesave opérait au Royaume-Uni et aux Pays-Bas en prenant tous les risques et en proposant des rémunérations mirobolantes à ses clients. Victime de ses propres combines financières, la banque s’écroulait dès 2008. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas réclament à présent à l’Islande le remboursement des sommes qu’ils ont dépensées pour dédommager les clients lésés par la faillite d’Icesave. Ils prétendent s’appuyer pour cela sur le droit européen et la garantie en dernier ressort de l’État islandais, ce que les Islandais contestent.
Dès 2008, suite à l’écroulement d’Icesave, le Royaume-Uni avait recouru à la législation antiterroriste pour geler les avoirs islandais, étouffant davantage l’économie islandaise. Aujourd’hui, pour faire payer la dette aux contribuables islandais, le Royaume-Uni et les Pays-Bas multiplient les menaces d’isolement économique, d’annulation des soutiens promis et de refus d’adhésion à l’Union européenne. Cela avec l’appui du Fonds monétaire international, de l’Union européenne et des autres pays européens, pour qui la bonne image du secteur bancaire européen passe avant la reconstruction économique et sociale d’un pays.
Les lobbies financiers accusent maintenant les Islandais de ne pas prendre leurs responsabilités. Nous considérons au contraire qu’ils prennent une position responsable : pour la première fois, de façon concrète, les citoyens refusent de payer pour les énormes risques pris par des banques privées et des investisseurs dans le seul but d’une rentabilité maximale du capital. Ce « non » a été soutenu par la société civile islandaise dont Attac, qui vient de se créer en Islande. Il fait écho aux mobilisations des citoyens grecs qui refusent de payer les pots cassés de la crise sous la pression de la spéculation monétaire. Il donne corps à toutes les revendications visant à imposer de fortes régulations publiques au système financier, à commencer par une taxation internationale sur les transactions financières.

L’affaire Icesave par le Ministère des affaires étrangères d´Islande, février 2010Source : http://www.iceland.org/media/france/L_Affaire_Icesave__L_histoire_en_bref.pdf
L’Islande honorera ses engagements internationaux. Le parlement a par trois reprises déclaré que le gouvernement rembourserait les dépôts garantis minimum avancés par les représentants de l’Icesave au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Les citoyens islandais ont exprimé leur colère à devoir subir le fardeau économique de la faillite d’une banque privée commerciale travaillant à l’étranger.
Nombreuses sont les personnes qui considèrent que le remboursement est injuste et une menace pour la survie économique de l’Islande. Un référendum national sur la loi Icesave aura lieu le 6 mars 2010. Le gouvernement islandais poursuit ses pourparlers avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas pour résoudre l’affaire Icesave.
En octobre 2008, l’Islande a été un des premiers pays sérieusement touché par la crise financière internationale. Les conséquences en furent immédiates et étendues. En Islande, 85% du secteur bancaire du pays s’est effondré en quelques jours. Cela a provoqué une crise économique d’une telle ampleur que l’Islande a sollicité l’assistance du Fonds Monétaire International (FMI).
Une des banques en question, la banque commerciale Landsbanki Íslands hf., avait exploité une caisse d’épargne en ligne, Icesave, au Royaume-Uni depuis 2006 et aux Pays-Bas depuis 2008. Quand la banque a été mise sous séquestre en octobre 2008, plus de 400.000 déposants Icesave des deux pays se trouvèrent dans l’impossibilité d’accéder à leurs comptes en ligne. Dans le cadre de mesures importantes face à la crise financière, les autorités du Royaume-Uni et des Pays-Bas ont annoncé que les dépôts bancaires seraient garantis. Conformément à la Directive UE 94/19/CE, les dépôts étaient garantis à hauteur de 20.887 euros par compte (Système de garantie des dépôts de l’UE).[1] Les autorités du Royaume-Uni ont décidé de dédommager les déposants intégralement, tandis que les autorités des Pays-Bas ont payé à hauteur de 100.000 euros.
Compte tenu de la gravité de la chute du secteur bancaire en Islande, la caisse islandaise de garantie de dépôts et d’investissements ne disposait pas des fonds nécessaires pour rembourser aux gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas le minimum des garanties aux déposants. Un désaccord est survenu concernant la responsabilité ou non du gouvernement islandais dans le cadre de l’UE/ EEE, et si oui, à quelle hauteur. Simultanément, durant ces premières journées d’octobre 2008, le gouvernement du Royaume-Uni invoquait sa législation anti-terroriste (The 2001 Anti-Terrorism, Crime and Security Act) à l’encontre de Landsbanki dans le dessein de bloquer les biens de la banque et les fonds liés à la banque Landsbanki détenus par le gouvernement islandais, ce qui a provoqué un profond sentiment de colère parmi les Islandais. Malgré les incertitudes législatives et les lourdes conséquences économiques de l’affaire Icesave pour l’Islande, le gouvernement islandais a toujours affirmé qu’il respecterait ses engagements internationaux.
Le 14 novembre 2008, grâce au soutien et à l’intervention de la présidence française de l’UE, le gouvernement islandais et plusieurs états membres de l’UE, dont le Royaume-Uni et les Pays-Bas, sont parvenus à une entente, sur l’interprétation des garanties de dépôts, les lignes directives communes, comme on l’appelle. Selon ces lignes directives, le gouvernement islandais se porte garant des dépôts des déposants assurés conformément à la législation de l’EEE, c’est-à-dire à hauteur de 20.887 euros pour chaque compte. En outre, les lignes directives prévoient la prompte concrétisation d’une assistance financière multilatérale pour l’Islande, notamment en provenance du FMI. Les négociations doivent tenir compte de la situation très grave et sans précédent survenue en Islande, et de la nécessité de trouver des solutions pour que l’Islande puisse reconstituer son secteur financier et son économie. La présidence de l’UE et la Commission devraient également suivre les négociations.
Le 5 décembre 2008, parlement islandais a adopté une résolution autorisant le gouvernement à engager des négociations avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas afin de conclure l’affaire Icesave sur la base des lignes directives communes. Ces négociations se sont achevées le 5 juin 2009. Conformément aux accords qui furent signés, la caisse islandaise de garantie des dépôts et des investissements doit rembourser aux gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas les sommes que ceux-ci ont versé aux déposants ayant des comptes Icesave, selon le système de garantie des dépôts de l’UE (à hauteur de 20.887 euros par compte). Il s’agirait d’un total d’environ 1, 33 milliard d’euros pour les Pays-Bas et de 2,35 milliards de livres pour le Royaume-Uni. La caisse ayant des ressources très limitées, les gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas ont accordé un prêt de 15 ans avec la garantie du gouvernement islandais.
Le prêt comporte un taux d’intérêt de 5,55% et un délai de paiement de 7 ans. Il est estimé que les avoirs de Landsbanki couvrent en grande partie le remboursement du prêt, ou à hauteur de 75-90%, le solde et les intérêts ajoutés restant à la charge du gouvernement islandais. Bien que le gouvernement islandais ait conclu l’accord Icesave avec les gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas, il fallait que le Parlement islandais donne son accord à l’aval de l’Etat pour le prêt des gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Au courant de l’été 2009, le Parlement a tenu des débats prolongés et souvent houleux qui ont duré pendant 10 semaines, les membres du gouvernement et les partis de l’opposition essayant de trouver une position commune.
En conséquence, plusieurs préalables ont été attachés à l’aval de l’Etat afin de réconcilier les points de vue opposés sur le projet de loi. Premièrement, il fut question de fixer un maximum, les remboursements annuels ne pouvant jamais excéder un pourcentage donné de la croissance du PIB. Ainsi, la dette de l’Islande resterait gérable, permettant au pays de reconstruire son économie et son secteur financier. Deuxièmement, le parlement réitéra qu’en signant l’accord, l’Islande n’avait pas pour autant renoncé à la possibilité de réclamer une décision judiciaire sur sa responsabilité quant aux garanties de dépôts. Troisièmement, l’aval de l’état dépendait des biens de Landsbanki dont elle disposerait, lors de sa liquidation ou composant la masse de sa faillite, conformément à la législation islandaise applicable le 5 juin 2009, notamment la Loi No. 2/1993 sur l’Espace Economique Européen. En dernier lieu, la garantie arriverait à échéance le 5 juin 2024, et les parties se mettraient d’accord pour entamer les concertations nécessaires en temps utile s’il s’avérait que le prêt ne serait pas intégralement payé avant la date butoir de l’aval de l’état.
Sur la base de ces conditions préalables, le projet de loi a été adopté par le parlement le 2 septembre 2009 par la Loi No. 96/2009. Les préalables du parlement ont ensuite été présentés aux gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Après des explications minutieuses, les gouvernements ont indiqué qu’ils étaient prêts à accepter les préalables unilatéraux du parlement à la garantie de l’Etat islandais par le biais d’accords d’acceptation et d’amendement.
Ces accords furent signés le 19 octobre 2009 et ont débouché sur des positions bilatérales sur les préalables unilatéraux à la garantie de l’Etat islandais et les amendements nécessaires aux accords du 5 juin en découlant. Il a donc fallu apporter quelques amendements à la Loi passée en septembre. Un nouveau projet de loi fut donc soumis au parlement le jour même afin d’apporter les modifications nécessaires à la Loi No. 96/2009. Le nouveau projet de loi approuvait clairement la garantie de l’état conformément aux accords amendés, et sans conditions. Ce deuxième passage par le parlement a encore pris 10 semaines, avec de longs débats sur la question de savoir si le nouveau projet de loi reflétait bien les préalables de septembre.
Le nouveau projet de loi Icesave a finalement été adopté le 30 décembre 2009 après de longues discussions. Bien que cette loi ait été controversée, c’est la troisième fois que le parlement adoptait un instrument légal reflétant la position de l’Islande vis-à-vis de ses engagements internationaux. La polémique a surtout porté sur les conditions de remboursement du prêt des gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas, et pas essentiellement sur la question de savoir si l’Islande devait payer ou non.
Le 31 décembre 2009, le Président islandais Ólafur Ragnar Grímsson a reçu le projet de loi pour ratification, conformément à l’Article 26 de la Constitution. Il y est stipulé qu’un projet de loi adopté par le parlement doit être soumis au Président pour ratification dans les deux semaines qui suivent. Si le Président rejette un projet de loi, il devient néanmoins une loi validée, mais doit dans les meilleurs délais être soumis au référendum de tous les citoyens ayant le droit de vote, pour être accepté ou rejeté. Dans ce dernier cas, la loi est abrogée, mais sinon, elle reste en vigueur.
Le 5 janvier 2010, pour la deuxième fois dans l’histoire de l’Islande, le Président a décidé de ne pas ratifier le projet de loi. Il a invoqué l’opposition générale au projet de loi, notamment par le moyen d’une pétition sur internet signée par environ 60 mille Islandais (environ un quart de l’électorat). Cette pétition avait été mise en place par un mouvement de citoyens, InDefence, lequel fut fondé en octobre 2008 pour protester contre l’usage par le gouvernement du Royaume-Uni d’une législation anti-terroriste visant les intérêts islandais au Royaume-Uni à la même époque. Son succès reflète l’opposition d’une grande partie de la population aux accords, laquelle a été ressentie depuis le début de la crise.
Le débat public a surtout porté sur la dette croissante du gouvernement, dûe aux retombées de la crise financière, aux défaillances du cadre régulatoire de l’UE, sur l’attitude britannique et néerlandaise, ainsi que celle de l’UE, considérée comme injuste pendant la durée des tractations, et sur le sentiment d’indignation général, les contribuables étant considérés comme responsables des dettes causées par les erreurs d’une entreprise privée. La somme totale garantie par le gouvernement serait de 10.000 livres par habitant, mais une grande partie de cette somme serait couverte par les réclamations faites au patrimoine de la banque Landsbanki Íslands hf. La somme nette à payer est ainsi plus proche d’un tiers de la somme empruntée per capita en termes concrets. Les délais pour l’approbation des prêts du FMI et la mise en oeuvre du programme de reprise économique du FMI ont également été interprétés par le public islandais comme étant la conséquence de la pression du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Enfin, un dernier élément et pas le moindre, il existe un sentiment géneral d’amertume qui se trouve souvent exprimé dans le débat public concernant les actions agressives et injustifiées du gouvernement du Royaume-Uni au beau milieu de la crise financière de 2008, surtout quand celui-ci a brandi sa législation anti-terroriste contre la banque Landsbanki et contre le gouvernement islandais afin de bloquer des biens (The 2001 Anti-Terrorism Crime and Security Act).
Dès que la décision du Président fut annoncée, le gouvernement s’est réuni pour discuter cette décision et examiner la situation. Il y eut dinnombrables tractations avec les partis de la coalition et de l’opposition, avec les associations du patronat et les syndicats, puis le gouvernement a soumis un projet de loi au parlement, qui l’adopta le 8 janvier 2010, prévoyant un référendum début mars au plus tard sur la validité de la loi adoptée par le parlement le 30 décembre 2009.
Le gouvernement islandais a eu des contacts suivis avec les gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas pour expliquer les procédures et les informer des derniers événements, ainsi qu’avec les gouvernements des pays scandinaves, avec d’autres pays amis et alliés et avec les organisations internationales concernées. Le gouvernement islandais reste totalement engagé à respecter ses obligations et considère les accords de prêt comme une partie intégrale du programme économique de l’Islande.
[1] La Directive en question s’applique également à l’Islande dans le cadre de l’accord sur l’EEE. A toutes fins utiles, il est rappelé que cet accord rallie les trois états de l’AELE, l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein, au marché intérieur de l’UE.


   
Article 26 de la Constitution islandaise

Lorsque l'Althing a adopté un projet de loi, celui-ci est soumis au président de la République pour promulgation dans un délai de deux semaines après son adoption. Cette promulgation lui donne force de loi. Si le président refuse de promulguer le projet de loi, celui-ci cependant entre en vigueur, mais il doit, dès que les circonstances le permettent, être soumis, par scrutin secret, au vote de tous les électeurs, pour approbation ou rejet. Si elle est rejetée, la loi est nulle et non avenue, autrement elle reste en vigueur.
 La pétition
« Je demande au Président de l’Islande, Monsieur Ólafur Ragnar Grimsson de faire objection à la loi Icesave. Je considère que soumettre à un référendum national l’acceptation de la charge économique que représente  pour les générations islandaises actuelles et futures une garantie étatique de paiements « Icesave » aux gouvernements hollandais et britannique est une exigence justifiée. »Le 25 novembre 2009 l’association islandaise « In Defence of Iceland » (InDefence) a commencé à recueillir des signatures à cette pétition. Le 2 janvier 2010, 56 089 Islandais l’avaient déjà signée.
Déclaration du président islandais, Ólafur Ragnar Grímsson

L’effondrement de nos banques et les difficultés engendrées par la crise économique mondiale ont été à l’origine de graves problèmes. Bien que l’État islandais ait pris divers engagements plus importants que ceux qu’il a dans l’affaire  Icesave, c’est sur ce cas que s’est focalisé le débat  sur la manière de répondre aux défis légués par le passé et d’aborder l’avenir.

   L’Althing (Parlement islandais) vient de voter une nouvelle loi à ce sujet. Cette dernière amende la loi en vigueur n°  96/2009, votée par l’Althing le 28 août dernier et basée sur des accords conclus avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Le Président a validé cette décision le 2 septembre, en renvoyant à un traitement spécial.

 Après le vote de la nouvelle loi à l’Althing, le 30 décembre, le Président a reçu une pétition signée par environ un quart des électeurs et réclamant que la loi soit soumise à référendum. Cela représente une fraction de l’électorat  beaucoup plus élevée que celle sur laquelle se fondent les déclarations et propositions des partis.

 Des sondages d’opinion indiquent qu’une majorité écrasante de la population partage cette manière de voir. En outre des déclarations faites à l’Althing et des appels que le Président a reçu de membres du Parlement à titre individuel montrent  que la majorité de ces membres est en faveur de ce  référendum.

 Depuis le vote de la nouvelle loi à l’Althing, le Président a eu des discussions circonstanciées avec des ministres de son gouvernement : le Premier Ministre, le Ministre des Finances, ainsi que ceux  des Affaires Étrangères et de l’Économie.

En République d’Islande le peuple est le juge suprême de la validité d’une loi, c’est  le fondement même  de la Constitution islandaise. Cette Constitution, promulguée en 1944 et adoptée par voie référendaire avec 90% des suffrages, a remis aux mains du peuple le pouvoir exercé autrefois par le roi et l’Althing. La responsabilité de veiller à ce que le peuple puisse faire usage de ce droit incombe donc au Président.
En cet instant crucial, il est également  important de souligner que le redressement de l’économie islandaise est une urgence vitale. Il est hors de doute que des accords avec d’autres pays et une collaboration  avec les organisations internationales et autres parties prenantes sont indispensables à ce redressement. La solution du litige Icesave est un élément du bon déroulement de ce processus. Un autre prérequis  est  que le pays soit capable de retrouver dès  que possible sa vigueur passée et de redémarrer en collaboration avec d’autres un programme de reconstruction assurant le bien et la prospérité du peuple islandais. La déclaration du Président en date du 2 septembre 2009  précisait que cette solution  doit « prendre en compte les droits légitimes de la nation, ceux de l’Islande dans un proche avenir et un partage international des  responsabilités. »

 Il devient de plus en plus clair que le peuple doit avoir la certitude  qu’il décide lui-même de son avenir. L’implication de la nation tout entière  dans la décision définitive est donc un prérequis pour une bonne solution, la réconciliation et le redressement du pays.

À la lumière de ce que j’ai dit plus haut, j’ai décidé conformément à l’article 26 de la Constitution de remettre cette nouvelle  loi entre les mains du peuple. Ainsi qu’il est prévu par la Constitution, cette nouvelle loi entrera tout de même en vigueur et le référendum aura lieu « dès que possible ».

Si cette loi est approuvée à l’issue du référendum, elle restera bien sûr en vigueur. S’il en va autrement, la loi 96/2009 acceptée par l’Althing le 28 août  sur la base des accords avec les gouvernements hollandais et britannique reste en vigueur; elle reconnaît que le peuple islandais ne renie pas ses engagements. Cette  loi a été approuvée par l’Althing avec la participation de quatre partis représentés au Parlement, ce que le Président a confirmé dans sa déclaration du 2 septembre. 

Maintenant le pouvoir et la responsabilité sont entre les mains du peuple.

Je souhaite bien sincèrement que sa décision apporte au peuple islandais une réconciliation et une prospérité durables et en même temps jette les bases de relations cordiales avec les autres nations.

Fait le 5 janvier 2010 à Bessastaðir,
Ólafur Ragnar Grímsson
Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala

 

Le Président islandais démasque le caractère antidémocratique de l’UE
par William A.M. Buckler
À vrai dire l’Islande ne fait pas encore partie de l’Union européenne. Certes elle souhaite y entrer, mais une bagatelle,  la crise bancaire de septembre/octobre 2008 a retardé son adhésion, qui maintenant est mise en un péril encore plus grand par la décision du président de donner à son peuple le droit de décider directement si et comment son système bancaire effondré doit être soutenu financièrement.

Les dessous de l’affaire

En septembre/octobre 2008 les trois plus grandes banques islandaises se sont littéralement effondrées, prises dans le blocage généralisé du crédit qui menaçait de jeter bas le système financier mondial. Ces banques étaient dans l’impossibilité de convertir leurs dettes à court terme et se trouvaient en même temps confrontées à des attaques bancaires massives contre leurs succursales étrangères, surtout au Royaume-Uni. La faillite qui menaçait les  banques islandaises excédait les possibilités de couverture de l’économie et de la Banque Centrale islandaises. La dette extérieure islandaise, soit 50 milliards d’euros, représentait 80% du montant dont disposait le système bancaire. Le PIB islandais est de 8,5 milliard par an. L’État islandais était au bord de la faillite.

On nationalisa promptement les banques. Et le FMI intervint ainsi que l’Europe. Le FMI avança 2,1 milliard d’euros, les voisins scandinaves de l’Islande 2,5 milliards de plus et la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Hollande encore 5 milliards. Mais l’addition était extrêmement salée pour l’Islande.  Les taux d’intérêt officiels passèrent immédiatement à  15%. L’avenir fut oblitéré car les agences de notation abaissèrent aussitôt la bonité des créances islandaises. La couronne islandaise s’effondra. Et la Bourse islandaise, qui dès le début d’octobre 2008 avait perdu 30%, fut fermée. Et lorsqu’elle rouvrit, le 14 octobre, elle chuta  à nouveau massivement : de 77%.

The Privateer avait mis en garde six mois auparavant,  écrivant dans son numéro 600 du 30 mars 2008 qu’un effondrement était vraisemblablement à prévoir. Après avoir exposé la situation nous en arrivions à la conclusion suivante : « Les USA sont un bouillon de culture de l’Islande. » Et il en va toujours de même aujourd’hui, la seule différence étant que les USA, comme les autres pays du G20, sont encore en mesure de vendre leur dette, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Le dernier revirement: « Laissez mon peuple décider »

Les prêts consentis à l’Islande, dont l’échéance avait été retardée lorsqu’en octobre 2008 la crise atteignait son point culminant, devaient être remboursés selon la procédure accoutumée. Mais le 5 janvier le Président islandais, Ólafur Grimmsson, plongea tout le système financier dans la stupéfaction en refusant de laisser le plan se dérouler sans autre forme de procès et de lui donner force de loi. Il choisit de laisser la décision par voie référendaire aux 243 000 électeurs islandais. Le choc et l’indignation que cette décision produisit au niveau international furent palpables. La Grande-Bretagne et la Hollande exigèrent aussitôt d’exclure l’Islande de l’UE, et Lord Myners, Secrétaire d’État aux services financiers du Ministère des Finances britannique, déclara que l’Islande risquait de s’attirer un « statut  de paria ». Les agences de notation déclarèrent incontinent que les créances islandaises ne valaient plus un clou.  On entendait parler de suppression du plan de sauvetage mis en place par le FMI.

Deux jours plus tard, le  7 janvier, le Président islandais reprenait la parole. « L’Islande reconnaît de façon pleine et entière ses engagements et contraintes de remboursement. (...) Le référendum ne porte que sur les formes et les conditions de ce remboursement.» Dans une interview accordée au « Financial Times », Grimmsson alla encore plus loin : « J’espère que les peuples de Grande-Bretagne et de Hollande ainsi que leurs dirigeants politiques, en accord avec la longue tradition démocratique de ces deux pays, reconnaîtront qu’un référendum est un moyen démocratique de prise de décision. »(Souligné par l’auteur)

   C’est bien sûr la politique ouvertement pratiquée par la Fed (Réserve fédérale) US, mais aussi de toute évidence par presque tous les gouvernements du monde,  que de dénier au peuple tout droit à s’exprimer sur les mesures destinées à tirer leurs pays de la crise financière mondiale. Le Président islandais a fort bien démasqué cette attitude.

 Source : Iceland’s President has Exposed Anti-Democratic EU, The Privateer, Mid January Issue, Numéro 645, 2010
Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala  


   Les chiffres qui tuent
Le montant de la somme réclamée par le Royaume-Uni et les Pays-Bas à l'Islande
3, 91 milliards € 
Taux d'intérêt 5.55%
Population de l'Islande
(équivalent de celle d'une petite ville en Europe):
317 000
Répartition de la dette par famille islandaise
48 000 €
Part de la dette dans le PIB
50%
 
Le mouvement InDefence a été créé en octobre 2008 en réaction au recours par le gouvernement de Gordon Brown à la législation antiterroriste contre l'Islande. Il a remis en mars 2009 au Parlement britannique la pétition LES ISLANDAIS NE SONT PAS DES TERRORISTES, signée par 83 000 citoyens de l'île.

   570 Euros de l’heure
25 millions de couronnes islandaises (143 000 €),  soit 100 000 couronnes (570 €) de l’heure, c’est le montant de la facture présentée en février par un cabinet d’avocats britanniques au gouvernement islandais, qui l’avait chargé de « compiler » le dossier Icesave. Le montant de la facture à venir avait été estimé au départ à 2 millions. Il n’y a pas de petits profits. Le gouvernement viking assiégé a demandé des explications aux bavards londoniens. Encore une facture qui risque d’être impayée. Les huissiers british peuvent-ils saisir des biens dans l’île boréale ? Par exemple un geyser, pour en faire un hammam pour traders de la City ?  Question à 1 million de livres.

* L'Althing (Alþing), créé en l'an 930 de l'ère dite chrétienne par les premiers colons norvégiens installés dans l'île à partir de 874 (le premier fut Ingólfur Arnarson), est le premier Parlement  de l’histoire européenne. Les Islandais vécurent sans roi pendant 3 siècles et demi jusqu’à la date fatidique de 1262, où ils passèrent sous la coupe du roi de Norvège. Après des siècles de domination norvégienne puis danoise, l’Islande ne deviendra indépendante qu’en 1944, pour presque aussitôt entrer dans la sphère d’influence US. Durant la Guerre froide, l’Islande a été l'un des postes avancés de surveillance militaire US du Grand Méchant, l’Union soviétique. [Note de Tlaxcala]



Source : Tlaxcala,  7/3/2010
Tlaxcala
 est le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, qui sont de tout cœur avec le valeureux peuple islandais en lutte contre les Maîtres du Monde. Cette page est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner les auteurs et traducteurs ainsi que la source.

samedi 3 octobre 2009

Islande : « Si la dette ne peut pas être payée, elle ne le sera pas ! »


par Olivier BONFOND, CADTM, 2/10/2009



L’Islande, petit pays sans armée de 320 000 habitants, vient d’annoncer qu’il conditionnerait le remboursement de sa dette à ses « capacités de paiement ». Si la récession perdure, l’Islande ne remboursera rien. Même s’il convient de nuancer la portée de cette décision, d’autant qu’il faudra vérifier qu’elle est effectivement appliquée, elle représente cependant une réelle opportunité dont les mouvements sociaux, du Nord et du Sud, devraient se saisir pour obliger leurs gouvernements à remettre enfin en cause le paiement inconditionnel de la dette publique.

Après 15 années de croissance économique, après avoir été considérée comme un des pays les plus riches de la planète, l’Islande a connu fin 2008, selon le FMI, la plus grosse crise bancaire dans l’histoire d’un pays industrialisé[1]. Cela n’a rien d’un hasard. Ces dernières années, L’Islande a appliqué ce qu’on peut appeler un « pur néolibéralisme ». Le secteur bancaire, intégralement privatisé en 2003, a tout fait pour attirer les capitaux étrangers. Ils ont notamment développé les fameux comptes en ligne qui, via la réduction des coûts de gestion, permettent d’offrir des taux d’intérêt relativement intéressants. En à peine 4 ans, la dette extérieure des trois principales banques islandaises a plus que quadruplé, pour passer de 200% du PIB en 2003 à 900 % du PIB en 2007 ! Quand les marchés financiers se sont effondrés en septembre 2008 et que ces trois banques sont tombées en faillite, elles étaient évidemment dans l’impossibilité d’assumer leurs engagements, d’autant que l’effondrement de 85% de la valeur de la couronne face à l'euro n’a fait que décupler la dette. Vu l’ampleur de la faillite bancaire, plus personne n’a voulu leur prêter de l’argent ou financer un quelconque sauvetage. Les robinets se sont fermés.

L’Union européenne et le FMI « conseillent » alors au gouvernement islandais de socialiser les pertes du secteur financier en reprenant à sa charge les dettes des banques. Pour trouver les financements nécessaires au remboursement de cette nouvelle dette nationalisée, les « conseils » du FMI sont clairs : couper dans les dépenses publiques, en particulier dans la santé et l’éducation, augmenter les impôts sur le travail et les taxes indirectes, et appliquer une politique monétaire restrictive (augmentation très forte des taux d’intérêt). Ces politiques ressemblent comme deux gouttes d’eau aux mesures d’ « ajustement structurel » que les pays du Sud appliquent depuis plus de 25 ans maintenant, avec les résultats que l’on sait.



Le montant de la dette islandaise le vendredi 2 octobre 2009 à 17h 50


Il s’agit en plus de ne pas traîner. l’Islande est en effet censée trouver, d’ici l’automne 2009, les fonds pour rembourser sa dette, en particulier à l’égard des investisseurs britanniques et hollandais, faute de quoi, l’adhésion de l’Islande à l’Union européenne serait menacée. S’ils acceptent ce « deal », ou plutôt cette menace, cela impliquerait une austérité maximum et provoquerait une explosion de la dette extérieure publique de l’Islande qui atteindrait 240% du PIB.

Le néolibéralisme n’a pas tenu ses promesses, c’est le moins qu’on puisse dire : explosion du chômage et de la dette publique, surendettement des ménages, dont certains se voient expulsés de leurs maisons, taux d’intérêts prohibitifs, etc. Alors que les mobilisations avaient déjà forcé le gouvernement à démissionner en janvier 2008, cette attitude du FMI n’a évidemment fait qu’accroître le mécontentement général, et des manifestations, phénomène rarissime pour ce pays, se sont amplifiées, en particulier devant l’Althing, le parlement islandais. Dans ce contexte, ce même Parlement a adopté fin août une résolution stipulant que le gouvernement consacrera maximum 6% de la croissance de son PIB au titre du remboursement de la dette. Et si la croissance économique n’est pas au rendez-vous, l’Islande ne paiera rien.

Soyons réaliste, cette mesure ne constitue pas un acte que l’on pourrait qualifier de révolutionnaire. Premièrement, il faut souligner que l’Islande se retrouve dans cette situation parce qu’elle a accepté de nationaliser une dette privée. Ensuite, un taux de croissance économique ne devrait pas automatiquement signifier des capacités de paiement accrues. La répartition des richesses créées et les priorités du budget doivent être décidées en fonction des besoins des citoyens et non selon les intérêts des créanciers. Plus important : la dette n’est en rien annulée. Au mieux, le remboursement sera reporté dans le temps. Il n’y a pas d’audit en vue et donc pas non plus de possibilité de remettre en cause la légitimité et la légalité de cette dette.

Cependant, cet acte montre une chose essentielle : lorsqu’il y a une volonté politique, souvent voire toujours née de mobilisations sociales importantes, il est possible de désacraliser le caractère non négociable du remboursement de la dette publique et de prendre des mesures concrètes qui vont à l’encontre des intérêts des créanciers.

Les mouvements sociaux, du Sud et du Nord, devraient donc se servir de cet exemple et pousser leurs gouvernements à arrêter de rembourser en invoquant les arguments juridiques de l’ « état de nécessité » et de « force majeure » : les peuples ne sont pas responsables de la crise capitaliste actuelle et, vu la conjoncture, rembourser signifie concrètement la dégradation générale des conditions de vie pour les peuples du Nord et la mort, au sens premier du terme, pour des millions de gens dans le Sud. Quand Geir Haarde, le Premier Ministre, déclare qu’« il y a beaucoup d’arguments légaux qui justifient de ne pas payer »[2], il a tout à fait raison. Ne l’oublions pas, comme le stipule l’article 2 de la Déclaration sur le droit au Développement de 1986, Les États ont « le droit et le devoir de formuler des politiques de développement national appropriées ayant pour but l'amélioration constante du bien-être de l'ensemble de la population ». Poser un moratoire immédiat sur le remboursement et lancer un réel processus d’audit, transparent et démocratique, afin d’avancer vers la répudiation de cette dette odieuse, illégitime et qui asservit les peuples, est plus que jamais à l’ordre du jour, du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest. « One solution, repudiation! »

Pour plus d’informations sur les mobilisations en Islande, voir le film de Patrick Taliercio « Comment l’Islande a changé de gouvernement », aux éditions 68 Septante, collection VID #02 (plus d’informations : www.6870.be - edition@6870.be)



[1] « Selon le FMI, la faillite des banques pourrait coûter aux contribuables plus de 80% du PIB. Relativement à la taille de l’économie, cela représenterait environ 20 fois ce que le gouvernement suédois a payé pour sauver ses banques au début des années 1990. Cela équivaudrait à plusieurs fois le coût de la crise bancaire au Japon il y a une dizaine d’années» (“According to the IMF, the failure of the banks may cost taxpayers more than 80% of GDP. Relative to the economy’s size, that would be about 20 times what the Swedish government paid to rescue its banks in the early 1990s. It would be several times the cost of Japan’s banking crisis a decade ago”. « Cracks in the crust », The Economist, 11 décembre 2008.

[2]
« Cracks in the crust », The Economist, 11 décembre 2008