Alliance zapatiste de libération sociale, fondée à Paris le 12 mars 1995 Liberté, justice, démocratie, partout et pour tous!
التحالف الزباتي من أجل التحرر الاجتماعي تأسس بباريس في 12 مـــارس 1995.
حرية، عدالة، ديمقراطية في كل مكان وللجميــــــع
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J'ai participé à un film qui traite d'islam, de guerre et de politique, je tiens donc à m'excuser auprès des spectateurs, des croyants et des musulmans en particulier qui se sont sentis mal à l'aise à l'issue de ce film pour différentes raisons.Je m'explique.
L'aveuglement dont fait preuve la majorité des comédiens qui débutent et qui veulent à tous prix entrer dans le cercle très fermé des acteurs « qui travaillent » ne leur permet pas à priori de s'interroger sur le contenu d'un scénario, et c'est d'autant plus vrai lorsque l'on vous propose un premier rôle et de surcroît très bien payé.
Décrocher le rôle de Chérif dans Djihadde Félix Olivier (Canal Plus) m'avait rempli de joie. C’était mon premier rôle principal. J'étais trop content ! Après de longues années d’auditions, de doutes, d’incertitudes, enfin ! Incroyable ! Ajoutez à cela le fait d’avoir coiffé au poteau une centaine de comédiens aux auditions et de jouer avec des acteurs connus et les conditions sont réunies pour que l'aspect politique du film et ses intentions ne fassent plus partie de vos préoccupations. Enfin, un petit peu mais le train était déjà en marche.
Nous avons tourné une bonne partie du film au Moyen-Orient dans les villes arabes comme Jaffa ou Akka et Allah l'Unique m'a permis de visiter Jérusalem le « berceau des religions », une ville magnifique et tout particulièrement l’Esplanade des mosquées (Haram al-Sharif) où j’ai eu le privilège de prier la prière du vendredi à la mosquée sacrée d'Al- Aqsa (Masjid Al-Aqsa), troisième lieu saint de l’islam après Médine et La Mecque. Je souhaite à tout croyant de visiter un jour ce lieu sacré qui laisse un souvenir impérissable. C’est pour moi le seul souvenir positif de cette expérience, outre le fait d’avoir goûté à ce que je voulais faire depuis des années, maintenant que c’est fait je peux passer à autre chose.
J’ai découvert de cette manière ce qu'on ne vous enseigne pas en fac de cinéma ou dans les conservatoires de théâtre ; le code de bonne conduite : l'hypocrisie, l'orgueil, l'immodestie, les faux semblants, le pathétisme etc. La course à la reconnaissance et aux richesses finit forcément par vous déconnecter du monde réel et vous plonge dans les bas-fonds de quelque chose que vous ne soupçonniez pas. Un autre « délire » quoi, la simplicité et la sincérité en moins.
C'est aussi la période de ma vie où paradoxalement j'ai été le plus triste, allant même jusqu'à regretter la période ou j'étais vendeur de chaussures à Usine Center pour environ 450 euros le mois et à plus de d'une heure trente de trajet de chez moi. Comment expliquer ce sentiment ? En Islam, en parle de « baraka », de bénédiction. Ce peu d'argent aussi minime soit-il me contentait. Je m'en rends compte aujourd'hui. Depuis, j'ai enchaîné avec d'autres films mais ce n'était plus du tout comme avant. C'est toujours comme ça, les meilleurs moments sont toujours ceux ou l’on désire les choses puis quand on les obtient...
Et il y a surtout le sujet du film et l'objet même de mon mea culpa. L'Islam.L'Islam dans le double téléfilm Djihad est encore associé au terrorisme où les musulmans sont des êtres manipulables et violents. Si ces personnages montrés à l'écran existent ou ont existé, est-il nécessaire de représenter une infime minorité pour convaincre une majorité que l'islam c'est « ça », une religion venue d'ailleurs qu'on associe aux armes à feu, aux explosions et aux kamikazes?
Le film montre aussi le fantasme de l'endoctrinement des jeunes de banlieue totalement écervelés en proie à l'éclatement de la cellule familiale et au deal de la cité qui vont combattre pour « l'amour de Dieu ». Pourquoi ne montre t-on pas les musulmans qui combattent pour la paix, l’amour, la tolérance dans leur quotidien ?
Dans un passage du film, j'avais demandé à la production qu’il serait judicieux que mon personnage, qui va combattre en Irak, ne tue personne et se retrouve embarqué à Guantanamo par accident, pour être en accord avec la réalité où la plupart des prisonniers détenus sur la base américaine étaient innocents. Ce changement n'a pu être possible. L’incarcération de Chérif à Guantanamo Bay devait être en quelque sorte justifiée. Sauf que la réalité dépasse la fiction, la justice française a relaxé les cinq Français présents là-bas, ces mêmes Français présumés coupables.
Je regrette sincèrement et profondément d'avoir participé à une œuvre qui ne reflète pas la vraie nature de l'Islam mais plutôt son fantasme et ses peurs. Je n'ai pas le pouvoir de revenir en arrière, bien que ce film ait changé ma vie (...), je m'excuse donc et demande pardon auprès des spectateurs en général et des musulmans en particulier que j'ai pu offenser. Pour s’intéresser à l'Islam il faut se pencher directement sur le Saint Coran et sa science, pas sur l'amas d'idées reçues véhiculées ici et là.
Je ne crache sur personne, je m'excuse juste en mon nom propre pour ma participation à quelque chose qui même si fondamentalement n'atteint pas l'Islam, ne lui fait pas du bien.Idem pour mes participations précédentes, je m'excuse si cela a atteint des personnes car ce n'était pas mon intention. Je ne veux pas me retrouver parmi ceux qui ont vendu leur religion à vil prix car c'est aujourd'hui la chose la plus importante à mes yeux. Une des conditions du repentir sincère en islam c'est de demander pardon aux personnes à qui l'on a fait du mal ou du tort et Allah m'en est témoin via cette lettre.
A tout ceux qui ne comprennent pas ma soudaine envie d'arrêter le cinéma et mon intérêt pour l'Islam alors je répondrai que l'important c'est que je me comprenne moi-même. Ce film a été diffusé dans plusieurs pays du monde, notamment dans les pays du Maghreb, en espérant que mes excuses atteignent les personnes qui se sont senties mal à l’aise ou offensées, au-delà des frontières. Merci d'avance de véhiculer ce message, insignifiant pour les gens mais très important pour moi.
Faites des du'aas, (invocations) pour moi dans vos prières.Merci d’avance.
Qu'Allah l'Unique me pardonne. Amin.
Salam Aleykoum (Paix sur vous).
Slimane Hadjar
Contact : slimanehadjar@hotmail.fr
Une intéressante interview du Président du Comité des Droits Humains du Honduras, CODEH, par le journaliste suédois Dick EMANUELSSON - À lire ici en français
Cinq semaines après la publication, le 30 juin, de l’arrêt de la Cour constitutionnelle fédérale allemande sur le Traité de Lisbonne, les réactions qu’il a suscitées montrent qu’il est interprété de diverses manières. Il existe des partisans et des adversaires du Traité qui voient leurs opinions confirmées par l’arrêt et il y a également des partisans et des adversaires qui le critiquent.
Cela ne s’explique pas seulement par le débat politique dans lequel chaque camp cherche des arguments. L’arrêt lui-même offre à chacun suffisamment de motifs.
Nous ne pouvons pas proposer ici un examen détaillé de ses aspects constitutionnels et politiques, quand bien même certains le souhaiteraient. Cependant, il convient de prendre connaissance des points essentiels de l’arrêt (cf. encadré) qui sont importants car ils ont force obligatoire.
L’article 23 fixe des critères précis pour la participation à l’UE
L’article 23 de la Loi fondamentale de la RFA (cf. encadré) auquel la Cour se réfère constamment a été introduit en 1992 et selon les commentateurs, il s’agit ici de la «définition des objectifs poursuivis par une Europe unie» (commentaire du Centre fédéral de formation politique relatif à la Constitution [2003]). Mais la plupart du temps, on oublie de mentionner le fait que la première phrase de cet article met pour condition à l’obligation d’intégration que l’Union européenne en voie d’édification obéisse «aux principes fédératifs, sociaux, d’Etat de droit et de démocratie», principes auxquels, selon l’arrêt, l’Union européenne, même avec le Traité de Lisbonne, ne satisfait manifestement pas. Ainsi l’article 23 ne contraint pas l’Allemagne à s’intégrer dans l’UE.
Pas d’adhésion à l’UE à n’importe quel prix
Considérer que l’article 23 constitue une obligation d’adhérer à l’UE à tout prix, comme le pensent certains commentateurs, ne correspond ni au termes ni au contexte général de la Loi fondamentale. En particulier, on ne peut, en interprétant l’art. 23, négliger l’art. 20. Cet article fixe les «fondements de l’ordre étatique», l’obligation faite à l’Etat allemand d’être «un Etat démocratique, fédéral et social» pratiquant la séparation des pouvoirs, le contrôle du pouvoir par le peuple et garantissant le «droit de résister à quiconque entreprendrait de renverser cet ordre».
Certes l’art. 23 a été introduit – sans que l’opinion s’en rende compte et donc sans débat – pour que l’Allemagne rende compatibles avec la Constitution les compétences toujours plus étendues de l’UE prévues à l’époque par l’oligarchie des partis. Mais cela ne change rien au fait que l’adhésion de l’Allemagne à L’UE doit se laisser mesurer à l’aune des principes formulés aux articles 23 et 20.
La Cour constitutionnelle n’a pas examiné la situation réelle dans l’UE
L’arrêt de la Cour, de même que d’autres arrêts précédents, n’examine pas la situation véritable dans l’UE. Dans les attendus, après des considérations d’ordre constitutionnel en général pertinentes, on ne trouve pas de subsumption des conditions de vie réelles dans l’UE mais des formulations vagues et évasives. La Cour ergote souvent, mais elle ne se demande pas comment l’UE se présente politiquement aujourd’hui. Elle ne se demande pas non plus si l’UE réelle satisfait aux conditions des articles 20 et 23, sans parler de l’excellent article premier (cf. encadré) qui fait obligation à l’Etat allemand de respecter et de protéger la dignité de l’être humain.
Aussi, on ne s’étonnera pas que, quelques jours après la publication de l’arrêt, le président de la Cour Andreas Vosskuhle ait concédé à Joschka Fischer que la porte restait ouverte à un Etat fédéral européen. (Neue Juristische Wochenschrift du 7 juillet). Alors qu’il était ministre des Affaires étrangères, Fischer avait appelé de ses vœux un tel Etat européen, ce que la Cour a souligné dans son arrêt. Dans un article paru le 9 juillet dans l’hebdomadaire Die Zeit, il est parti en guerre contre la Cour en affirmant que son arrêt était «passéiste et irréaliste» parce qu’il n’était pas tout à fait conforme à sa ligne politique.
L’arrêt montre qu’il est certes toujours important de ne rien négliger pour faire triompher le droit mais qu’en Allemagne aussi le droit est malmené dans la jurisprudence de la Cour suprême. Aussi faut-il se demander très sérieusement comment les hommes peuvent faire valoir leurs droits et avant tout quelle culture politique est nécessaire pour cela.
La Cour n’a pas tiré les conséquences des «déficits structurels de démocratie» de l’UE
L’arrêt ne nous avance pas à ce sujet. Certes, il précise que le Traité de Lisbonne ne rend pas l’UE démocratique bien que sa teneur en donne l’impression, qu’il induit en erreur. Mais cette constatation n’entraîne pas de conséquences convaincantes. Certes la Cour constate d’une part que «le droit des citoyens d’avoir prise personnellement et concrètement sur l’action politique par des élections et des consultations populaires est le principe élémentaire de la démocratie, [que] le droit à participer au pouvoir politique dans la liberté et l’égalité est ancré dans la dignité de l’homme.» Mais de sa constatation que l’UE réelle ne répond pas structurellement à ces conditions, il ne tire pas la seule conclusion juridique correcte, c’est-à-dire qu’en vertu précisément de l’article 23 de la Loi fondamentale, la RFA ne peut pas s’intégrer juridiquement à l’UE.
Mais la Cour identifie l’UE réelle – sans référence aux déficits structurels de démocratie ni au fait que les Etats importants de l’UE participent à des guerres, également en Europe! – à l’objectif de «maintien de la paix» et d’«efforts pour surmonter les antagonismes destructeurs entre Etats européens». Selon la Cour, l’Allemagne n’a donc même pas le droit de décider librement de son adhésion à l’UE car – en dépit du caractère antidémocratique de l’UE – les organes allemands prévus par la Constitution n’ont apparemment pas la possibilité d’«opter ou non en faveur d’une intégration dans l’UE».
On néglige le pouvoir politique réel de l’UE
Au vu de l’acquis communautaire (ensemble de textes juridiques comprenant actuellement 85 000 pages réparties en 31 volumes), qui règlemente déjà de manière complète les conditions de vie des habitants de l’UE et étant donné les nouvelles compétences, considérables, que lui attribue le Traité de Lisbonne, par exemple dans les domaines de la politique commerciale (compétence exclusive de l’UE dans toutes les négociations menées dans le cadre de l’OMS, du GATS et du TRIPS) de la justice et de la défense, il est grotesque de parler, comme le fait la Cour, de la «nécessité pour l’Allemagne de conserver une marge de manœuvre suffisante en matière de politique économique, culturelle et sociale».
La Cour va jusqu’à prétendre qu’il est sans importance que 80% des lois allemandes soient fixées par l’UE aussi longtemps qu’il restera une marge «suffisante» (?) pour la législation allemande. Elle ne tient pas compte du fait que les différents domaines politiques sont étroitement imbriqués, que, par exemple, aucune politique sociale n’est plus possible lorsque l’Etat se voit retirer la possibilité d’organiser l’ordre économique, tendance que le Traité de Lisbonne accentuerait.
La Cour insiste plusieurs fois sur le fait que l’UE n’a pas la «compétence de la compétence», c’est-à-dire qu’elle n’a pas la compétence de s’attribuer de nouvelles compétences indépendamment des décisions des parlements nationaux, qu’elle ne peut agir que «dans les limites des compétences» que lui attribuent les Etats membres. Au moyen de ce «mensonge fondateur» (selon le constitutionnaliste Karl Albrecht Schachtschneider), la Cour essaie d’occulter le fait que ces «compétences limitées» sont déjà considérables, qu’elles ont déjà été largement commentées, en particulier par la Cour de justice européenne et que le Traité de Lisbonne va bien au-delà des traités précédents.
L’Allemagne a besoin d’une nouvelle culture politique
De fait, l’Allemagne souffre de plus en plus d’un défaut de culture politique. Comment peut-on y remédier? Cela ne se fera pas sans la société civile. Si l’on réussit à aborder franchement, librement et dans un esprit d’égalité tous les sujets qui concernent l’Allemagne et si l’on réalise, dans la réflexion comme dans l’action, la «souveraineté» là où elle est déjà possible maintenant, cela aura un effet très positif. Cela reviendra à poser la première pierre d’une démocratie directe en Allemagne. On établira ainsi les fondements de ce que la Cour a écrit sans y donner suite: «Le droit des citoyens d’avoir prise personnellement et concrètement sur l’action politique par des élections et des consultations populaires est le principe élémentaire de la démocratie. Le droit à participer au pouvoir politique dans la liberté et l’égalité est ancré dans la dignité de l’homme.»
Commencer par formuler des réserves sur le Traité de Lisbonne
Toutefois chacun doit être conscient du fait que le Traité de Lisbonne, s’il entrait en vigueur, ne pourrait pas facilement être abrogé malgré le droit, explicitement affirmé dans le Traité, pour un pays de sortir de l’UE. La marge de liberté sera très ténue. Aussi convient-il de se demander ce que l’on peut faire concrètement au cours des prochaines semaines afin que les conditions de la participation de la société civile au développement d’une meilleure culture politique soient plus satisfaisantes qu’avec le Traité de Lisbonne. On peut évoquer ici l’arrêt de la Cour en prenant au sérieux les limites de l’UE, que du moins l’arrêt formule, et ce qu’il dit de la démocratie et de la souveraineté de l’Allemagne, et en énonçant clairement des réserves à l’endroit du Traité, réserves relevant du droit constitutionnel et du droit international.
A la fin août-début septembre, le Bundestag allemand va adopter, après un débat, une nouvelle loi d’accompagnement au Traité. Ce serait l’occasion de formuler clairement des réserves. L’Allemagne ne serait pas le seul pays à le faire. La Grande-Bretagne et la Pologne l’ont également fait. C’est tout à fait possible au regard du droit international. Les députés au Bundestag montreraient ainsi que le Parlement ne veut plus être seulement un organe exécutif en matière d’UE mais qu’il commence à prendre à nouveau au sérieux la démocratie et la souveraineté, c’est-à-dire à être constitué de véritables représentants du peuple.•
Points essentiels de l’arrêt relatif au Traité de Lisbonne
km. Les points essentiels suivants de l’arrêt qu’a rendu la Cour constitutionnelle d’Allemagne à propos du Traité de Lisbonne ont force obligatoire et sont donc particulièrement importants. Toutefois, ils prouvent également que la Cour trompe l’opinion publique. En effet, celui qui connaît la réalité de l’UE déduira des conclusions de droit public tirées par la Cour de manière souvent pertinente que le Traité de Lisbonne est anticonstitutionnel – ce que la Cour se garde bien de proclamer.
Le premier point essentiel est la constatation que l’appartenance de l’Allemagne à une UE fédération d’Etats (et non pas à un Etat fédéral!) qui exerce des pouvoirs publics est certes compatible avec la Loi fondamentale de la République fédérale. En même temps, la Cour affirme cependant que les Etats membres restent souverains et que seules des décisions des citoyens des Etats de l’UE pourraient légitimer démocratiquement l’action de l’UE. Or que font les citoyens? Qu’on leur demande ce qu’ils pensent de leur influence sur l’action de l’UE! – En outre, toute subsumption (attribution de faits à une norme juridique) de l’UE aux principes fédératifs, sociaux, d’Etat de droit et de démocratie de la Loi fondamentale (art. 23, al. 1, 1ère phrase) fait défaut.
Le deuxième point essentiel exige la participation du Bundestag et du Bundesrat à toute extension des compétences de l’Union, même s’il n’y a pas de modification de traité. Cependant, l’arrêt ne se prononce pas sur la légalité des larges compétences actuelles de l’UE, bien que le principe d’attribution restreinte de compétences ne soit pas du tout respecté en raison de la portée étendue des normes juridiques européennes.
Le troisième point essentiel souligne que les Etats membres de l’UE doivent conserver une marge de manœuvre suffisante en matière de politique économique, culturelle et sociale. – En toute logique, les termes utilisés par la Cour signifient que l’Allemagne devrait sortir de l’Union réelle.
Le quatrième point essentiel affirme que la Cour examinera à l’avenir également si l’UE transgresse ses compétences. Mais la Cour n’a encore jamais fait de telle constatation, bien qu’elle en eût souvent l’occasion. De plus, il n’y a pas de critères clairs à cet égard.
1. Par son art. 23, la Loi fondamentale habilite la République fédérale à concourir à l’édification et au développement de l’Union européenne conçue comme fédération. La notion de fédération implique une relation étroite et à long terme d’Etats demeurant souverains. Cette fédération exerce l’autorité des pouvoirs publics sur la base de traités, son cadre fondamental est à la seule disposition des Etats membres et les peuples, c’est-à-dire les citoyens des Etats membres, restent les sujets de la légitimation démocratique.
2. a) Dans la mesure où les Etats membres élaborent leur droit des traités de sorte qu’une modification de ce droit peut, en cas de continuité fondamentale du principe d’attribution restreinte de compétences, être effectuée sans procédure de ratification, une responsabilité particulière incombe, outre au gouvernement fédéral, aux Chambres, dans le cadre du concours d’organes qui, en droit interne allemand, doit satisfaire aux exigences de l’art. 23, al. 1, LF (responsabilité en matière d’intégration) et peut être exigé en entamant une procédure de droit constitutionnel.
b) Une loi conforme à l’art. 23, al. 1, 2e phrase, LF n’est pas nécessaire pour autant que les clauses passerelles spéciales se limitent à des domaines déjà suffisamment déterminés par le Traité de Lisbonne. Dans ce cas, il incombe cependant au Bundestag et – si les compétences législatives des Länder sont concernées – au Bundesrat d’assumer leurs responsabilités d’intégration de manière adéquate.
3. L’unification de l’Europe établie sur la base d’une union par traités d’Etats souverains doit être réalisée de manière à ménager aux Etats membres une marge de manœuvre suffisante dans leur politique économique, culturelle et sociale. Il en va notamment ainsi des domaines qui influent sur la vie des citoyens, de la sphère privée empreinte de responsabilité personnelle et protégée par des droits fondamentaux ainsi que de la sécurité personnelle et sociale, et des décisions politiques qui dépendent particulièrement de concepts culturels, historiques et linguistiques préalables et qui se développent lors de discussions dans le cadre, rempli par les partis et le parlement, d’une opinion publique politique.
4. La Cour constitutionnelle examinera si les actes juridiques des institutions et organes européens restent dans les limites des droits souverains qui leur ont été accordés par attribution restreinte, en respectant le principe de subsidiarité du droit des Communautés et de l’Union. Elle examinera de surcroît si l’intangibilité de l’identité constitutionnelle de la Loi fondamentale qui ressort de l’art. 23, al. 1, 3e phrase, LF en combinaison avec l’art. 79, al. 3, LF est préservée. L’exercice de ce droit d’examen constitutionnel découle du principe de bienveillance de la Loi fondamentale envers le droit européen et n’est donc pas contraire au principe de coopération loyale (art. 4, al. 3, du TUE de Lisbonne); autrement, les structures fondamentales politiques et constitutionnelles d’Etats membres reconnues par l’art. 4, al. 2, 1ère phrase, du TUE de Lisbonne ne pourraient pas être maintenues si l’intégration progressait. Dans l’espace juridique européen, le respect de l’identité constitutionnelle nationale va donc de pair en droit constitutionnel et en droit de l’Union.
Article 23 de la Loi fondamentale allemande
(1) Pour l’édification d’une Europe unie, la République fédérale d’Allemagne concourt au développement de l’Union européenne qui est attachée aux principes fédératifs, sociaux, d’Etat de droit et de démocratie ainsi qu’au principe de subsidiarité et qui garantit une protection des droits fondamentaux substantiellement comparable à celle de la présente Loi fondamentale. A cet effet, la Fédération peut transférer des droits de souveraineté par une loi approuvée par le Bundesrat. L’article 79, al. 2 et 3 est applicable à l’institution de l’Union européenne ainsi qu’aux modifications de ses bases conventionnelles et aux autres textes comparables qui modifient ou complètent la présente Loi fondamentale dans son contenu ou rendent possibles de tels compléments ou modifications.
(2) Le Bundestag et les Länder par l’intermédiaire du Bundesrat concourent aux affaires de l’Union européenne. Le gouvernement fédéral doit informer le Bundestag et le Bundesrat de manière complète et aussi tôt que possible.
(3) Avant de concourir aux actes normatifs de l’Union européenne, le gouvernement fédéral donne au Bundestag l’occasion de prendre position. Dans les négociations, le gouvernement fédéral prend en considération les prises de position du Bundestag. Les modalités sont réglées par la loi.
(4) Le Bundesrat doit être associé à la formation de la volonté de la Fédération dans la mesure où son concours serait requis au plan interne pour une mesure analogue ou que les Länder seraient compétents au plan interne.
(5) Dans la mesure où des intérêts des Länder sont touchés dans un domaine de compétence exclusive de la Fédération ou lorsque la Fédération a à un autre titre le droit de légiférer, le gouvernement fédéral prend en considération la prise de position du Bundesrat. Lorsque des pouvoirs de législation des Länder, l’organisation de leurs administrations ou leur procédure administrative sont concernés de manière prépondérante, l’opinion du Bundesrat doit être prise en considération de manière déterminante lors de la formation de la volonté de la Fédération ; la responsabilité de la Fédération pour l’ensemble de l’Etat doit être préservée. Dans les affaires susceptibles d’entraîner une augmentation des dépenses ou une diminution des recettes de la Fédération, l’approbation du gouvernement fédéral est nécessaire.
(6) Lorsque des pouvoirs exclusifs de législation des Länder sont concernés de manière prépondérante, l’exercice des droits dont jouit la République fédérale d’Allemagne en tant qu’Etat membre de l’Union européenne doit normalement être transféré par la Fédération à un représentant des Länder désigné par le Bundesrat. L’exercice de ces droits a lieu avec la participation du gouvernement fédéral et de concert avec lui; la responsabilité de la Fédération pour l’ensemble de l’Etat doit être préservée.
(7) Les modalités relatives aux alinéas 4 à 6 sont réglées par une loi requérant l’approbation du Bundesrat.
«Il y a plus de 50 ans, Karl Jaspers prédisait un passage ‹de la démocratie à l’oligarchie des partis puis de l’oligarchie des partis à la dictature›. L’arrêt de la Cour constitutionnelle ouvre la voie à une dictature de l’UE. Il n’y a plus maintenant qu’une solution: un changement radical de cap. L’opposition à l’Etat centraliste qu’est l’UE doit s’unir. Une alternative est nécessaire au Bundestag. Cette opposition pourrait profiter de ce que l’arrêt demande une participation parlementaire en matière de politique européenne. Son objectif ne serait certes pas de collaborer à l’élaboration de cet Etat centraliste. Il s’agirait plutôt de ceci: Un peuple qui veut construire une Europe européenne doit demander une sortie de l’UE et imposer de nouveaux traités. Seuls les peuples sont qualifiés pour réaliser le droit. Une politique d’envergure nécessite des consultations populaires.»
Karl Albrecht Schachtschneider, lors d’une interview accordée à Jürgen Elsässer et publiée dans kopp-exklusiv
Article 1, Loi fondamentale allemande
(1) La dignité de l’être humain est intangible. Tous les pouvoirs publics ont l’obligation de la respecter et de la protéger.
(2) En conséquence, le peuple allemand reconnaît à l’être humain des droits inviolables et inaliénables comme fondement de toute communauté humaine, de la paix et de la justice dans le monde.
Article 20, Loi fondamentale allemande (1) La République fédérale d’Allemagne est un Etat fédéral démocratique et social.
(2) Tout pouvoir d’Etat émane du peuple. Le peuple l’exerce au moyen d’élections et de votations et par des organes spéciaux investis des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire.
(3) Le pouvoir législatif est lié par l’ordre constitutionnel, les pouvoirs exécutif et judiciaire sont liés par la loi et le droit.
(4) Tous les Allemands ont le droit de résister à quiconque entreprendrait de renverser cet ordre, s’il n’y a pas d’autre remède possible.
par Salim Lamrani, 9/8/2009 Le 2 août 2009, Reporters sans frontières (RSF) a publié un communiqué dénonçant la fermeture de « trente-quatre médias audiovisuels sacrifiés par caprice gouvernemental » au Venezuela. L’organisation parisienne « proteste avec vigueur contre la fermeture massive de médias audiovisuels privés » et s’interroge : « Est-il encore permis d’émettre publiquement la moindre critique envers le gouvernement bolivarien ? Cette fermeture massive de médias réputés d’opposition, dangereuse pour l’avenir du débat démocratique, n’obéit qu’à la volonté gouvernementale de faire taire les voix discordantes, et ne fera qu’aggraver les divisions au sein de la société vénézuélienne1 ».
RSF fait référence à la décision prise le 1er août 2009 par la Commission nationale des Télécommunications (Conatel) de retirer la fréquence à trente-quatre stations de radio et télévision. Selon RSF, la décision serait uniquement motivée par le fait que ces médias se soient montrés critiques à l’égard du gouvernement d’Hugo Chávez. En un mot, il s’agirait d’un acte politique pour museler la presse d’opposition. Cette version a été reprise par la grande majorité des médias occidentaux2.
Or, la réalité est tout autre et a été soigneusement occultée par RSF et les transnationales de l’information dans le but de tromper l’opinion publique et de transformer le gouvernement le plus démocratique d’Amérique latine (Hugo Chávez s’est soumis à quinze processus électoraux depuis son accession au pouvoir en 1998 et en a remporté quatorze lors de scrutins salués par l’ensemble de la communauté internationale pour leur transparence) en un régime portant gravement à la liberté d’expression.
En effet, la décision de la Conatel aurait été prise dans n’importe quel pays du monde dans une situation similaire. Plusieurs radios ont délibérément ignoré une citation de la Commission destinée à vérifier l’état de la concession et à actualiser leur situation. Après enquête, la Conatel a découvert de nombreuses irrégularités telles que l’existence de concessionnaires décédés dont la concession était utilisée illégalement par une tierce personne, le non-renouvellement des démarches administratives obligatoires, ou tout simplement l’absence d’autorisation d’émettre. Or, la loi vénézuélienne, similaire à celles du reste du monde, stipule que les médias ne renouvelant pas leur concession dans le délai légal ou émettant sans autorisation perdent leur fréquence, et celle-ci revient dans le domaine public. Ainsi, trente-quatre stations qui émettaient de manière illégale ont perdu leur concession3.
En réalité, la décision de la Conatel, loin de limiter la liberté d’expression, a mis fin à une situation illégale et a ouvert une politique de démocratisation du spectre radioélectrique vénézuélien afin de le mettre au service de la collectivité. En effet, au Venezuela, 80% des radios et télévisions appartiennent au domaine privé, alors que seules 9% d’entre elles se trouvent dans le domaine public, le reste étant dévolu aux secteurs associatif et communautaire. De plus, l’ensemble des médias privés vénézuéliens se trouvent concentrés entre les mains de 32 familles4.
Ainsi, une mesure prise par la Conatel pour mettre fin à une situation illégale a été complètement manipulée par RSF et les médias occidentaux.
RSF a pris fait et cause pour l’opposition vénézuélienne, responsable d’un coup d’Etat contre Chávez en avril 2002, putsch immédiatement avalisée par l’organisation parisienne. RSF défend particulièrement la chaîne putschiste Globovisión, qu’elle considère comme le symbole de la liberté d’expression au Venezuela5. Néanmoins, elle omet de signaler qu’en plus de sa participation au putsch de 2002, Globovisión a soutenu le sabotage pétrolier la même année, a lancé un appel aux contribuables afin de ne pas s’acquitter de leurs impôts et a appelé à l’insurrection et à l’assassinat du Président Chávez6.
Dernièrement, Globovisión a apporté son soutien à la junte putschiste du Honduras qui a renversé le Président démocratiquement élu José Manuel Zelaya, unanimement condamnée par la communauté internationale. Le propriétaire de la chaîne Guillermo Zuloaga Núñez a ainsi reconnu le gouvernement illégal de Micheletti tout en lançant un appel au coup d’Etat : « Le gouvernement auto-proclamé de Micheletti respecte la Constitution et nous aimerions, nous aimerions vraiment qu’ici au Venezuela on respecte la Constitution comme on est en train de la respecter au Honduras7 ».
RSF ne défend pas la liberté d’expression au Venezuela. Elle préfère se ranger aux côtés des ennemis de la démocratie.
2 Agencia Bolivariana de Noticias, « Productores independientes respaldan suspensión de emisoras radiales ilegales », 4 août 2009.
3 Fabiola Sanchez, « Radios desafían a Chávez operando por internet », The Associated Press, 3 août 2009.
4 Thierry Deronne, « Au Venezuela, la bataille populaire pour démocratiser le ‘latifundio’ des ondes », 2 août 2009 ; Agencia Bolivariana de Noticias, « Medida de Conatel no afectará libertad de expresión e información en Venezuela », 4 août 2009.
5Reporters sans frontières, « Le gouvernement accélère sa croisade contre les médias privés en voulant modifier les lois et les règles », 21 juillet 2009.
6 Salim Lamrani, « Reporters sans frontières contre la démocratie vénézuélienne », Voltaire, 2 juillet 2009.
7Agencia Bolivariana de Noticias, « Goblovisión apoya marcha a favor de gobierno golpista en Honduras », 22 juillet 2009.
Nous ignorons si Barack Obama parviendra à freiner cette militarisation. Pour le moment il ne s’est pas comporté d’une manière convaincante contre le coup militaire au Honduras, lieu où la CIA organisait la lutte contre le sandinisme dans le Nicaragua voisin et où existe une importante base usaméricaine.
Un livre récent, The Mission : Waging War and Keeping Peace with American Military (Norton, 2003) de Dana Priest, explique le rôle de cette militarisation. Une bonne partie des néoconservateurs qui entourèrent Bush sont des militaristes et leurs idées ont été incorporées au Projet de Nouveau Siècle Américain, qui marque l’idéologie du groupe.
Dans la décennie 90, la politique d’installation de bases s’est étendue du Moyen-Orient à l’Asie Centrale. Dans l’ensemble, près de 280 bases militaires sont déployées sur toute la planète comme preuve de la mission impériale que Washington a assumé depuis la chute de l’Union Soviétique. Les bases militaires se substituent aux ambassades et à la domination coloniale.
La nouvelle politique internationale s’exprime aussi dans la division du monde en zones qui coïncident avec les limites stratégiques des Commandements. Il y a un Commandement pour chaque zone et parfois, ses chefs, des militaires, ont plus d’influence à Washington que les canaux diplomatiques du Département d’Etat. Parfois les chefs des Commandements se permettent de faire des déclarations politiques, certaines pleines d’insinuations. Récemment le chef du Commandement Sud, qui a compétence sur l’Amérique latine, s’est permis de dire qu’il faut prendre garde au terrorisme qui pourrait menacer les richesses aquifères de la frontière Brésil-Argentine, dans une allusion voilée à la possibilité que l’armée usaméricaine pourrait être amenée à intervenir pour le contrôle de l’eau latino-américaine comme cela elle le fait déjà pour le pétrole du Moyen-Orient. La domination usaméricaine considérable sur l’Amérique latine, que certains dénomment péjorativement comme leur “backyard”, et cette arrière-cour pas diminué avec Obama puisqu’on finit d’installer de nouvelles bases militaires en Colombie pour les substituer à celles que rejettent les pays avec des gouvernements de gauche récemment constitués. Et cette alliance implicite avec le conservateur Uribe ne présage rien de bon pour la démocratie latino-américaine.
«Un vieil adage de chez nous dit : « Parle doucement et porte un gros bâton ; tu iras loin ». Si la nation américaine parle doucement tout en continuant à édifier et maintenir une flotte efficace à son plus haut niveau, la Doctrine Monroe ira loin.» Theodore Roosevelt, Chicago, avril 1903 William Allen Rogers, 1904
La militarisation de la politique usaméricaine a une version nationale, à usage domestique. En premier lieu, l’industrie militaire forme une part spéciale de ces groupes de grandes compagnies qui décident des élections, en appuyant économiquement les candidats. De fait, une première sélection de ceux-ci se fait moyennant l’appui économique. Ceux qui ne disposent pas de ce dernier restent en dehors des campagnes. Et l’appui, naturellement, il faut le payer ensuite quand on est au pouvoir. L’industrie militaire, avec celles pétrolière, pharmaceutique et des communications sont les quatre grands secteurs qui décident toujours plus quels sont les candidats à la Maison Blanche et au Congrès. L’industrie militaire a ses pions dans l’administration au travers de cette politique des charges publiques illustrée par le vice-président Cheney, qui consiste à alterner des postes dans l’administration et dans les entreprises qui dépendent d’elle.
L’importance de l’industrie militaire est telle qu’une nouvelle façon de faire la guerre est de la sous-traiter.
Une autre conséquence importante de la militarisation nationale est dans les nouvelles lois patriotiques dictées à partir du 11 septembre. Conforté par la soif de sécurité de la population avec à la base une idéologie ultraconservatrice, le gouvernement usaméricain a imposé une politique de contrôles et de censures qui va de la limitation des libertés individuelles à la réduction de la liberté d’expression et qui trouve son expression maximale dans l’obsession contre les visiteurs du pays qui lui paraissent suspects d’anti-américanisme.
Lettre ouverte d''Angela Toumi à MM. José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne et Terry Davis, Secrétaire Général du Conseil de l'Europe
Bolzano, Italie, 5 août 2009
Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire Général, Je vous adresse un appel urgent afin de vous exprimer ma plus grande inquiétude sur le sort de mon mari Ali Toumi porté disparu depuis que l'avion que les autorités italiennes l'ont forcé à prendre a atterri à Tunis-Carthage le 2 août 2009 à 19H30 heure locale. Depuis ce moment, personne ne sait où il se trouve. Je crains fort qu'il soit actuellement détenu dans les locaux du ministère de l'Intérieur où la pratique de la torture a été évoquée par de nombreuses ONG tunisiennes et internationales, et reconnue par la Cour européenne des droits de l'homme dans son jugement rendu en faveur d'un autre Tunisien, Nassim Saadi, menacé d'expulsion en Tunisie par l'Italie. Je vous demanderais de bien vouloir intervenir en urgence auprès des autorités tunisiennes afin qu'elles nous informent sur le sort de mon mari, qu'elles permettent que son avocat Maître Samir Ben Amor puisse lui rendre visite et qu'il soit examiné par un médecin désigné par sa famille. Je voudrais attirer votre attention sur le fait que mon mari a été expulsé en Tunisie malgré une décision de la Cour européenne des droits de l'homme qui s'est opposée à cette mesure du fait qu'elle constitue une menace pour la vie de mon mari, et contreviendrait à la Convention européenne des droits de l'homme non seulement en mettant en péril la vie d'un être humain, mais aussi en arrachant mon mari à l'affection de ses trois enfants en bas âge et en brisant toute une famille. Je tiens l'Union européenne pour responsable de cette tragédie que je vis depuis dimanche dernier, et de ce qui pourrait arriver à mon mari, et je l'exhorte à prendre ses responsabilités en matière de la protection des citoyens qui vivent dans l'Union européenne et qui font confiance à ses institutions. Je vous demanderais de dénoncer publiquement les agissements inadmissibles de mon pays l'Italie, et d'agir dans l'urgence afin de sauver mon mari et de le rendre à sa famille en Italie pour qu'il y vive en paix comme tous les autres citoyens vivant en Europe et sous sa protection. Veuillez agréer, Messieurs le Président, et le Secrétaire Général, l'expression de mes salutations les plus respectueuses
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AMNESTY INTERNATIONAL URGENT ACTION TUNISIAN DETAINED AFTER FORCIBLE RETURN
Tunisian national Ali Ben Sassi Toumi has been held incommunicado since being forcibly returned from Italy on 2 August. His relatives have not been informed of his whereabouts, and he is at risk of torture and other ill-treatment. Ali Ben Sassi Toumi, aged 44, was arrested at the airport in the Tunisian capital, Tunis, following his forcible return from Italy. He sent an SMS (text) message to his wife in Italy to say that he had arrived, but he did not meet a friend who was waiting for him at the airport, and his family has not heard from him since. He is believed to be held at the Department of State Security (DSS) of the Ministry of Interior in Tunis. Detainees held incommunicado there are at risk of torture and other ill-treatment. The Tunisian authorities have not informed any of Ali Ben Sassi Toumi’s immediate relatives in Tunisia about the reasons for and place of his detention, as required under Tunisian law, despite inquiries from his lawyer. Ali Ben Sassi Toumi was released from prison in Benevento, Italy, on 18 May, after serving four years of a six-year sentence on charges of belonging to a terrorist cell in Italy and recruiting fighters for the insurgency in Iraq. He applied for asylum in Italy, but his claim was rejected on the basis that he had been convicted of committing a “serious crime”. He had been held in an immigration detention centre known as an Identification and Expulsion Centre (Centro di identificazione ed espulsione) in Isola di Capo Rizzuto in the Province of Crotone, south-east Italy, since his release from prison. He was forcibly returned despite the European Court of Human Rights calling three times on the Italian authorities to stay the deportation, on the grounds that he was at risk of torture and other ill-treatment in Tunisia. PLEASE WRITE IMMEDIATELY in English, Arabic or your own language: - urging the authorities to disclose Ali Ben Sassi Toumi’s whereabouts immediately, and give him access to a lawyer of his choice, his family and any medical attention he may require; - urging them to ensure that he is not tortured or otherwise ill-treated; - urging them to release Ali Ben Sassi Toumi immediately and unconditionally, unless he is promptly charged with a recognizably criminal offence and brought to trial in proceedings that meet international standards for fair trial.
PLEASE SEND APPEALS BEFORE 16 SEPTEMBER 2009 TO: Minster of Interior Rafik Haj Kacem Ministry of Interior Avenue Habib Bourguiba 1000 Tunis Tunisia Fax: + 216 71 340 888 Salutation: Your Excellency
Minister of Justice and Human Rights Béchir Tekkari Ministry of Justice and Human Rights 31 Boulevard Bab Benat 1006 Tunis - La Kasbah Tunisia Fax: + 216 71 568 106 Salutation: Your Excellency
And copies to: Ridha Khemakhem General Coordinator for Human Rights Ministry of Justice and Human Rights 31 Boulevard Bab Benat 1006 Tunis - La Kasbah Tunisia Salutation: Dear Sir
Also send copies to diplomatic representatives accredited to your country. Please check with your section office if sending appeals after the above date. URGENT ACTION TUNISIAN DETAINED AFTER FORCIBLE RETURN
Additional Information Over the years, Amnesty International has received numerous reports of torture and other ill-treatment by the Tunisian security forces. In virtually all cases, allegations of torture are not investigated and the perpetrators are not brought to justice. Individuals are most at risk of torture when in incommunicado detention. The most commonly reported methods of torture are beatings on the body, especially the soles of the feet; suspension by the ankles or in contorted positions; electric shocks; and burning with cigarettes. There are also reports of mock executions, sexual abuse, including rape with bottles and sticks, and threats of sexual abuse of female relatives. As a state party to the Convention against Torture and Other Cruel, Inhuman or Degrading Treatment or Punishment, Tunisia is under an obligation to prevent torture and to “ensure that its competent authorities proceed to a prompt and impartial investigation, wherever there is reasonable ground to believe that an act of torture has been committed in any territory under its jurisdiction”. UA: 210/09 Index: MDE 30/009/2009 Issue Date: 05 August 2009
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URGENT : Arrêtez immédiatement l'expulsion d'Ali Toumi en Tunisie!
par Maître Barbara Manara,Avocate de Ali Toumi, Milan, 2/8/2009, 17h45 Je lance à travers les médias internationaux un appel urgent à M. Terry Davis, Secrétaire Général du Conseil de l'Europe d'intervenir à nouveau auprès des autorités italiennes pour arrêter l'expulsion d'Ali Toumi Ali Toumi, Tunisien, condamné en Italie pour appartenance à association « terroriste » vient d'être transféré à la Préfecture de Rome pour identification avant d'être embarqué très probablement sur le vol TU853 de 19.15h à destination de Tunis. La Garde Nationale tunisienne a informé hier le père de Ali Toumi que celui-ci arriverait à Tunis aujourd'hui dimanche et elle lui a demandé de rester tranquille. Hier quand Ali Toumi, marié à une Italienne et père de trois enfants en bas âge, a su qu'il allait être emmené, il a réussi à monter sur le toît du centre où il est détenu à Crotone et a menacé de se suicider si on le forçait à l'expulsion. A 5.30h ce matin, il s'est rendu aux forces de l'ordre après que les autorités italiennes lui eurent promis de ne pas l'expulser, mais ils l'ont emmené à la Préfecture de Rome avant son embarquement qui est maintenant imminent. La Cour européenne est internvenue à trois reprises les 18, 19 mai 09, et le 24 juillet 09 auprès de l'Italie pour empêcher l'expulsion, mais finalement, le Ministre de l'Intérieur en a décidé autrement. A l'heure actuelle il est encore temps d'agir pour empêcher l'expulsion d'Ali Toumi qui est attendu par la police tunisienne pour être interrogé par le Ministère de l'Intérieur tunisien et on craint qu'il soit torturé. J'appelle les ONG et les hommes politiques à sauver Ali Toumi en exigeant du Ministre de l'Intérieur italien l'arrêt immédiat de son expulsion et le respect de la décision de la Cour européenne.
L'Association des Ouïghours de France va lancer une deuxième manifestation à Paris à la Place de la République, samedi le 18 juillet 2009 à 12h00. L’ensemble de la communauté ouïghoure à Paris va se réunir, encore une fois, pour montrer leur solidarité avec les ouïghours du monde entier et leurs colères contre les injustices et politique discriminatoire de Pékin. Venez nombreux avec vos proches et vos amis pour soutenir et dire "CHINE: STOP AU MASSACRE DU PEUPLE OUÏGHOUR!". L'heure : 12h00 Date : Le 18 Juillet 2009 Lieu de rassemblement : Place de la Repbublique (Métro: lignes 3, 5, 8, 9, 11; République)Itinéraire : Place de la République -- > Boulevard Voltaire --> Place de la Nation Lieu final : Place de la Nation Association des Ouïghours de France http://www.ouighour.fr email : sos.ouighour@gmail.com
La Maison Blanche savait depuis des mois qu’un coup d’État se préparait au Honduras, mais aujourd’hui les porte-parole du Département d'Etat feignent une innocence surprise. L'actuel ambassadeur des USA à Tegucigalpa, Hugo Llorens, le sait très bien: le 12 Septembre 2008 , il est arrivé dans le pays, et neuf jours plus tard, le général aujourd’hui putschiste Romeo Vásquez déclarait à la station de radio HRN qu’on était venu lui demander de « virer le gouvernement du président Manuel Zelaya Rosales » (www.proceso.hn, 21-9-08). Il ajoutait : « Nous sommes une institution sérieuse et respectueuse, nous respectons donc M. le Président comme notre Commandant en chef et nous lui obéissons comme l’ordonne la loi. » Igualito Tout comme Pinochet avant de se soulever contre Salvador Allende. Toute ressemblance avec la réalité est à imputer à cette dernière.
Le 2 juin de cette année, Hillary Clinton est allée au Honduras pour participer à une réunion de l'OEA. Elle s’est entretenue avec Zelaya et lui a dit son désaccord avec le référendum que le président envisageait de mener en même temps que la prochaine élection présidentielle. Des fonctionnaires US ont indiqué qu’ils "ne pensaient pas que ce référendum soit constitutionnel " (The New York Times, 30-6-09). Six jours avant le coup, le journal La Prensa du Honduras a indiqué que l'ambassadeur Llorens a rencontré des politiciens influents et des dirigeants militaires « pour trouver une solution à la crise provoquée par le référendum » (www.laprensahn.com, 22-6-09 ). La "solution" trouvée est connue.
Il est difficile de supposer que les commandants militaires du Honduras, que le Pentagone a armés et formés à l'École des Amériques, qui a enseigné à de nombreux dictateurs d'Amérique latine comment s’y prendre, aient agi sans l'accord de leur mentor. En outre, les putschistes n’ont pas caché les raisons de leur acte : Zelaya était en train de trop se rapprocher de ce "communiste" de Chávez, le Vénézuélien le plus détesté par la Maison-Blanche : en juillet 2008, sous son mandat, le Honduras a adhéré à l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA), le nouvel «axe du mal» en Amérique latine. C’est trop, non?
Trop, oui, parce que le Honduras est un territoire stratégique pour le Pentagone, qui, à partir de la base de Soto Cano, où sont stationnés des effectifs de l'armée de l'air et de l'infanterie US, non seulement domine l'Amérique centrale, mais cette véritable enclave est fondamentale dans le schéma militaire US pour une région riche en ressources naturelles. Bien qu’il n’ait jamais touché aux intérêts des sociétés étrangères ou des maîtres locaux du pouvoir économique, Zelaya constituait un risque de "déstabilisation". Il convient de noter que le référendum sur l'opportunité ou non de convoquer une Assemblée constituante qui permettrait la réélection de Zelaya n'était pas contraignant. Personne n’a été gêné à Washington par la réforme constitutionnelle qui a permis en Colombie la réélection d' Álvaro Uribe, un grand allié des USA, qui n'a même pas été plébiscitée. Il ne faut mélanger les torchons et les serviettes.
Les putschistes honduriens sont ne sont pas présentables. Le Général Romero Vásquez Velasquez, démis par Zelaya, revenu pour faire un putsch en enlevant et en déportant le président, a été enfermé au pénitencier national en 1993 avec dix autres membres d'un gang accusé d'avoir volé 200 voitures de luxe (www. elheraldo.hn, 2-2-93). Il était alors major ; une fois général, c’est au vol d’un gouvernement élu dans les urnes qu’il se consacre. Un autre personnage tout aussi peu présentable est le ministre conseiller Billy Joya, qui ne fait pas honneur à son nom (ou peut-être que oui, c’est une question de point de vue) [joya=bijou en esp., NdT], a été chef de la division tactique du bataillon B3-16, l'escadron de la mort hondurien qui a torturé et fait «disparaître» de nombreuses personnes dans les années 80. « Le Licencié Arrazola » - l'un de ses surnoms -, est un expert en la matière : il a étudié les méthodes des dictatures au Chili et en Argentine (www.michelcollon.info, 7-7-09). Ses antécédents sont connus, et malgré cela – ou justement, à cause de cela -, il a été choisi pour faire partie du régime putschiste, tellement démocratique.
La répression continue au Honduras. Jeudi dernier a été arrêté le père d'Isis Murillo Obeid, 19 ans, tué par l'armée à l'aéroport de Tegucigalpa [le 5 juillet, NdT]: il avait eu idée saugrenue de réclamer publiquement justice pour son fils (www.wsws.org, 11 -7-09). Les sauveteurs de la démocratie ont expulsé les journalistes de l'Associated Press, fait disparaître des écrans la chaîne Canal 21 et des troupes armées ont occupé la chaîne Canal 36 (Miami Herald, 1-7-09). Il s'agit de la conception de la liberté de la presse qui caractérise les putschistes.
La Maison Blanche réagit mollement à ce qu’elle a qualifié d’«acte illégal». Hillary refuse d'appeler cela un "coup d'Etat" parce que cela impliquerait automatiquement la fin de l'aide économique et militaire US au Honduras. Les pourparlers pour un règlement pacifique qui ont lieu au Costa Rica, où le président Oscar Arias fait office de médiateur à la demande d'Obama, sont une farce. Mais ils ont un aspect important : ils impliquent une reconnaissance officieuse du régime imposé par le putsch. Arias a déjà annoncé qu'il appellera "M. le Président" aussi bien le putschiste Micheletti que le président élu et destitué. Ça, c’est vraiment de l’impartialité.
On pourrait le croire, à entendre Bernard Kouchner confondre Ouïghours et yoghourts... C'était le 9 juillet sur France-Info. Un moment inoubliable. "Le ministre est fatigué", a commenté le Quai d'Orsay. À 69 ans, ne serait-il pas temps de songer à la retraite? Mais sans doute, notre BK n'a pas cotisé pendant 42 ans 1/2...
«La religion est le soupir de la créature opprimée, l'âme d'un monde sans cœur, comme elle est l'esprit de conditions sociales d'où l'esprit est exclu. Elle est l'opium du peuple. » Karl Marx (1843)
Avant d'aborder le traitement illusoire par les progressistes et les gens de gauche des religions, et en particulier de l’Islam et de la Palestine, j’aimerais vous faire partager une sale blague raciste. Attention : féministes s’abstenir…
Une militante usaméricaine, qui avait visité Afghanistan à la fin des années 1990 avait été anéantie de constater que les femmes y marchaient derrière leur mari, quatre mètres de distance. Elle ne tarda pas à apprendre de son interprète local que cela était dû à certaines règles religieux qui stipulaient que c’était là la manière de faire preuve de respect envers le « chef de famille ».
Une fois rentrée en Usamérique, cette militante révoltée lança campagne sur campagne en défense des droits des femmes afghanes. Or, il se trouve que cette même militante dévouée a de nouveau visité Kaboul le mois dernier. Cette fois-ci, elle a eu la surprise de constater que la réalité avait entièrement changé. Désormais, les femmes marchaient devant leur mari, à huit mètres de distance ! Notre militante fit immédiatement un rapport à son QG, en Usamérique : « La révolution pour les droits des femmes bat son plein ici, en Afghanistan! Alors qu’avant, c’était les hommes qui marchaient devant, aujourd’hui, ce sont les femmes qui ouvrent la marche ! » Son interprète afghan, ayant eu vent de son rapport, prit la militante à part en aparté et il lui fit comprendre qu’elle se plantait complètement : « Les femmes marchent devant...», lui expliqua-t-il, « … à cause des mines… »
Aussi tragique cela puisse paraître à certains, nous ne sommes pas aussi libres que nous pouvons le penser. Nous ne sommes pas exactement les auteurs de la plupart de nos pensées et de nos prises de conscience. Nos conditions humaines nous sont imposées ; nous sommes le produit de notre culture, de notre langue, de notre endoctrinement idéologique et, dans bien des cas, nous sommes les victimes de notre paresse intellectuelle. Comme la militante usaméricaine semi-fictionnelle évoquée plus haut, nous sommes, dans la plupart des cas, prisonniers de nos idées préconçues, et cela nous empêche de voir les choses pour ce qu’elles sont réellement. Partant, nous avons tendance à interpréter (et en général à dénaturer) des cultures éloignées de la nôtre en employant notre propre système de valeurs et notre propre code éthique.
Cette tendance a de graves conséquences. Pour quelque raison, « nous » (les Occidentaux), nous avons tendance à croire que « notre » supériorité technologique, alliée à nos « Lumières » chéries nous équipent d’un « système éthique absolutiste, rationnel, laïcard et anthropocentrique », dont la position morale serait insurpassable.
La gauche progressiste
En Occident, nous pouvons détecter deux composantes idéologiques qui se font concurrence pour conquérir nos cœurs et nos esprits ; toutes deux affirment savoir ce qui est « faux » et ce qui est « vrai », ce qui est « bien » et ce qui est « mal ». Le libéral aura tendance à insister sur le dithyrambe de la liberté individuelle et de l’égalité civique ; l’homme de gauche aura tendance, quant à lui, à être persuadé qu’il détient un outil « social scientifique » qui lui permet d’identifier qui est « progressiste » et qui est « réactionnaire ».
Les choses étant ce qu’elles sont, ce sont ces deux préceptes modernistes laïcards qui jouent pour nous le rôle de gardiens de la vertu politico-morale occidentale. Mais en réalité, ce qu’ils ont réussi à faire, c’est exactement le contraire. Chaque idéologie, à sa manière particulière, nous a entraînés dans un état d’aveuglement moral. De ces deux discours soi-disant « humanistes » le premier (celui des libéraux) a préparé consciencieusement le terrain à des criminelles guerres interventionnistes et coloniales et le second (celui de la gauche) a été incapable de s’y opposer, du fait qu’il recourait à des idéologies erronées et à des arguments aberrants.
Tant les libéraux que les gens de gauche, sous leurs formes occidentales apparemment banales, suggèrent que le laïcisme est la réponse souveraine aux malheurs du monde. Sans aucun doute, le laïcisme occidental peut effectivement être un remède pour un certain malaise social occidental. Toutefois, les idéologies occidentales, libérale et de gauche, dans la plupart des cas, sont incapables de comprendre que le laïcisme est, en lui-même, un avatar naturel de la culture chrétienne, c’est-à-dire un produit direct de la tradition chrétienne, qui se caractérise par son ouverture vis-à-vis d’une existence indépendante en tant que citoyen. En Occident, la sphère spirituelle et la sphère sociale et citoyenne sont très largement distinctes [1]. C’est cette division même qui a permis l’ascension du laïcisme et du discours rationnel. C’est cette distinction même qui a conduit, aussi, à la naissance d’un système laïque de valeurs éthiques, dans l’esprit des Lumières et du modernisme.
Mais c’est cette séparation elle-même qui a conduit au développement de certaines formes frustes de laïcisme fondamentaliste, qui ont mûri pour se transformer en grossières visions du monde antireligieuses qui ont conduit l’Occident à ignorer totalement un milliard d’êtres humains au simple motif qu’ils portent le mauvais foulard ou qu’ils se trouvent croire en quelque chose que nous ne pouvons pas comprendre.
Progressiste contre régressif
À la différence du christianisme, l’Islam et le judaïsme sont des systèmes de croyance à orientation tribale. Plus qu’à un « individualisme éclairé », c’est à la survie de la famille étendue que ces deux systèmes de croyance sont essentiellement intéressés. Les Talibans, considérés par la plupart des Occidentaux comme le nec plus ultra de l’obscurantisme politique, ne se sentent tout simplement pas concernés par les questions ayant trait aux libertés individuelles ou aux droits de la personne. C’est la sécurité de la tribu, alliée au maintien des valeurs familiales, à la lumière du Coran qui en constitue le noyau. Le judaïsme rabbinique n’est en cela pas différent. Sa mission fondamentale est de protéger la tribu juive en perpétuant le judaïsme en tant que « mode de vie ».
Tant en Islam que dans le judaïsme, il n’y a pratiquement aucune séparation entre le spirituel et le civil. Les deux religions sont des systèmes qui apportent des réponses exhaustives en termes de problématiques spirituelles, civiles, culturelles et quotidiennes. Les Lumières juives (Hakalah) furent dans une grande mesure un processus d’assimilation juive au travers de la sécularisation et de l’émancipation, ainsi que de la diffusion de formes modernes très variées d’identités juives, au nombre desquelles figure le sionisme. Pourtant, les valeurs d’universalisme, propres aux Lumières, n’ont jamais été intégrées au corpus de l’orthodoxie juive. Comme dans le cas du judaïsme rabbinique, qui est totalement étranger à l’esprit des Lumières, l’Islam est très largement étranger à ces valeurs eurocentriques que sont le modernisme et la rationalité. Ne serait-ce qu’en raison de l’interprétation qu’ils font des Écritures (l’herméneutique), tant l’Islam que le judaïsme sont, de fait, beaucoup plus proches de l’état d’esprit postmoderne [2].
Ni l’idéologie de gauche, ni le libéralisme ne pratiquent le moindre dialogue intellectuel ou politique avec ces deux religions. C’est là une réalité désastreuse, car la plus grave menace qui pèse aujourd’hui sur la paix mondiale est celle du conflit israélo-arabe, un conflit qui est en train de devenir à grande vitesse une guerre entre un État juif expansionniste et une résistance islamique. Néanmoins, tant l’idéologie libérale que l’idéologie de gauche sont dépourvues des moyens théoriques indispensables qui leur permettraient de comprendre les subtilités inhérentes à l’Islam et au judaïsme.
Le libéral rejettera l’Islam comme sinistre, en particulier en raison de son approche des droits de l’homme et des droits des femmes. La gauche tombera dans le piège consistant à dénoncer la religion, de manière générale, comme « réactionnaire ». Sans doute sans en avoir conscience, tant les libéraux que les gens de gauche succombent ainsi à un argument manifestement suprématiste. L’Islam et le judaïsme étant plus que simplement deux religions, et étant donné qu’ils véhiculent un « mode de vie » et qu’ils jouent le rôle de réponse totalement exhaustive à des questions relatives à l’être-au-monde, les libéraux et la gauche occidentaux encourent le danger d’ignorer totalement un large secteur de l’humanité [3].
Récemment, j’ai été amené à accuser un homme authentiquement de gauche, qui est également un bon militant, d’islamophobie, parce qu’il avait accusé le Hamas d’être « réactionnaire ».
Ce militant, qui est manifestement un authentique sympathisant de la résistance palestinienne, se défendit prestement en affirmant que ce n’était pas seulement l’ « islamisme » qu’il n’aimait pas, mais qu’en réalité, il haïssait tout autant le christianisme et le judaïsme. Pour quelque raison, il était certain que le fait de haïr également toutes les religions était le bon moyen de gagner son certificat d’humanisme. Par conséquent, le fait qu’un islamophobe soit aussi un judéophobe et un christianophobe n’est pas nécessairement une preuve d’engagement humaniste. J’ai continué à défier cet excellent homme ; il a alors argué du fait que c’était en réalité l’islamisme (comprendre : l’Islam politique) qu’il désapprouvait. Je l’ai à nouveau défié, attirant son attention sur le fait que dans l’Islam, il n’existe pas de réelle séparation entre le spirituel et le politique.
D’ailleurs, la notion d’Islam politique (islamisme) pourrait fort bien être une lecture occidentale délibérément trompeuse de l’Islam. J’ai fait observer que l’Islam politique, et même la mise en pratique, rare, du « jihad armé », ne sont rien d’autre que l’Islam agissant. Malheureusement, ce fut, plus ou moins, ce qui mit un terme à notre discussion.
Ce militant pro-palestinien a sans doute trouvé trop difficile d’admettre l’unité du corps et de l’âme, propre à l’Islam. La gauche, de manière générale, est condamnée à échouer, en cela, tant qu’elle ne progressera pas, en écoutant, dans sa compréhension du lien organique, propre à l’Islam, entre le monde « matériel » et le fameux « opium du peuple ». Or, le fait de franchir ce pas représente, pour un homme de gauche, rien de moins qu’un saut intellectuel majeur. Un tel saut intellectuel a été suggéré, il y a peu, par le marxiste jordanien indépendant Hisham Bustani, lequel a déclaré :
« La gauche européenne doit procéder à une évaluation critique très sérieuse de son attitude « nous en savons plus que les autres », ainsi que de la manière dont elle a tendance à considérer comme idéologiquement et politiquement inférieures les forces populaires des pays du Sud ».
La Palestine
La solidarité avec la Palestine est une excellente occasion d’examiner la gravité de la situation. On constate qu’en dépit du traitement meurtrier que les Israéliens infligent aux Palestiniens, la solidarité avec les Palestiniens n’a toujours pas acquis l’ampleur d’un mouvement de masse. Elle risque fort de ne jamais réussir à acquérir cette ampleur. Étant donné l’échec de l’Occident à soutenir les droits des opprimés, les Palestiniens semblent avoir retenu la leçon : ils ont démocratiquement élu un parti islamique qui leur avait promis de résister. Fait significatif, il y eut extrêmement peu de gens de gauche pour soutenir le peuple palestinien dans son choix démocratique.
Dans les dispositions actuelles, qui sont celles d’une solidarité politiquement conditionnée, nous sommes en train de perdre des militants à chaque tournant de cette route cahoteuse. En voici les raisons :
1) Le mouvement palestinien de libération est fondamentalement un mouvement de libération nationale : cette prise de conscience nous fait perdre tous les gens de gauche tenants du cosmopolitisme, c’est-à-dire tous ceux qui rejettent le nationalisme;
2) En raison de l’ascension politique du Hamas, la Résistance palestinienne est désormais perçue comme une résistance islamique : là, nous perdons les laïcistes et les athées rabiques, qui vomissent la religion, ce qui les envoie valdinguer dans la catégorie des PEP (Progressistes, Excepté en ce qui concerne la Palestine) [4] ;
De fait, les PEP se divisent en deux groupes :
Les PEP-1: ce sont ceux qui, tout en étant contre le Hamas au motif qu’il serait « réactionnaire », l’approuvent néanmoins, en raison de ses succès opérationnels, comme mouvement de Résistance. Fondamentalement, ces militants attendent des Palestiniens qu’ils changent d’opinion et qu’ils redeviennent des adeptes d’une société laïque. Mais ils sont prêts à soutenir les Palestiniens, en tant que peuple opprimé, à certaines conditions.
Les PEP-2 : ce sont ceux qui sont contre le Hamas au motif qu’il s’agirait d’un mouvement « réactionnaire », et qui, de surcroît, rejettent même ses succès opérationnels. Ceux-là attendent la révolution mondiale. Ils préfèrent laisser les Palestiniens cuire dans leur jus, pour le moment, comme si Gaza était une station balnéaire.
Avec l’évaporation rapide de ces forces de la solidarité, nous nous retrouvons avec un mouvement miniature de solidarité avec les Palestiniens, doté d’un pouvoir intellectuel (occidental) pitoyablement limité, et encore moins capable d’une quelconque efficacité au niveau de la base. Cette situation tragique a été dénoncée, récemment, par Nadine Rosa-Rosso, une marxiste indépendante vivant à Bruxelles. Elle écrit : « L’immense majorité de la gauche, communistes compris, est d’accord pour soutenir la population de Gaza contre l’agression israélienne, mais refuse d’en soutenir les expressions politiques, notamment le Hamas, en Palestine, et le Hezbollah, au Liban. » (sic, NdT)
Cela amène Nadine Rosa-Rosso à se demander « pourquoi la gauche et l’extrême-gauche mobilisent-elles aussi peu de gens ? Et, disons-le carrément, soyons clairs : la gauche et l’extrême-gauche sont-elles encore capables de mobiliser, sur ces questions ? »
Quel sera le prochain épisode ?
« Si le soutien qu’apporte la gauche aux droits de l’homme en Palestine est conditionné et dépendant de la dénonciation, par les Palestiniens, de leur religion et de leurs croyances idéologiques, de leur héritage culturel et de leurs traditions sociales, et de l’adoption, par les mêmes Palestiniens, d’une nouvelle gamme de croyances, de valeurs allogènes et de comportements sociaux convenant à ce que la culture de ladite gauche considère acceptable, cela signifie que le monde est en train de dénier aux Palestiniens un des droits humains les plus fondamentaux, à savoir le droit de penser et de vivre à l’intérieur du code éthique de leur choix. » Nahida Izzat
Le discours actuel de solidarité avec les Palestiniens de la gauche est futile : il abandonne lui-même son sujet, il ne réalise rien du tout et semble n’aller nulle part. Si nous voulons aider les Palestiniens, les Irakiens et les autres millions de victimes de l’impérialisme occidental, nous devons vraiment nous arrêter une seconde, prendre une profonde respiration et tout recommencer de zéro.
Nous devons apprendre à écouter : au lieu d’imposer nos convictions aux autres, nous devons apprendre à écouter ce en quoi les autres croient.
Serons-nous capables de suivre les conseils de Bustani et de Rosa-Rosso, et réviser totalement notre notion de l’Islam, de ses racines spirituelles, de sa non-séparation de la sphère civile et de la sphère spirituelle, de sa vision de lui-même en tant que « façon de vivre » ? La question de savoir si nous en sommes capables, ou non, est une très bonne question.
Une autre option consisterait à reconsidérer notre aveuglement et à aborder les questions humanistes dans une perspective humaniste (en opposition à politique). Plutôt que de nous aimer nous-mêmes par le biais de la souffrance d’autrui, ce qui est la forme ultime de l’égoïsme, nous ferions mieux, pour la première fois, de mettre en pratique la notion de réelle empathie, en nous mettant à la place de l’autre, tout en reconnaissant que ne nous serons sans doute jamais à même de comprendre totalement cet autre-là.
Au lieu de nous aimer nous-mêmes à travers les Palestiniens, et à leurs dépens, nous devons accepter les Palestiniens pour qui ils sont, et les soutenir pour qui ils sont, sans égard pour nos propres opinions ou nos propres machins. C’est là la seule forme réelle de solidarité possible : elle vise à une conformité éthique plutôt qu’idéologique. Elle remet l’humanité en son centre. Elle réfléchit à la profonde compréhension qu’avait Marx de la religion en tant que « soupir poussé par les opprimés ». Si nous prétendons avoir de la compassion pour les gens, nous devons apprendre à les aimer pour ce ils sont, plutôt que pour ce que nous attendons qu’ils soient.
Notes
[1] Cela a à voir avec un héritage du Bas-Empire romain et des premiers développements du christianisme en tant que concept expansionniste visant à s’étendre lui-même à des cultures et à des civilisations lointaines.
[2] On peut argumenter que le programme essentiel des tentatives postmodernes est celui de déstabiliser les fondements de la connaissance et de l’éthique modernes en remettant en cause la possibilité qu’elles soient applicables universellement aujourd’hui. Comme l’a exprimé éloquemment Muqtedar Khan, le postmoderniste cherche à privilégier l’ « ici et maintenant » par rapport au global. Tant la philosophie postmoderne que la théologie, dit Khan, « rejettent l’affirmation moderniste de l’infaillibilité de la raison ». Comme les postmodernistes, l’Islam et le judaïsme sont sceptiques à l’égard de la souveraineté de la raison et du discours rationaliste.
[3] La suggestion marxiste bizarre et très commune selon laquelle « un tas de gens, hors de chez nous » sont, de fait, « réactionnaires » du fait qu’ils sont religieux implique la présupposition nécessaire que le marxiste lui-même est confortablement installé dans une supériorité morale absolue. Ce postulat est tout à fait erroné, pour deux raisons évidentes :
- Prétendre en savoir plus que les autres, sur la base d’une affiliation idéologique ou politique n’est rien d’autre que du suprématisme en action ;
- La prétention de posséder la supériorité morale de niveau X ne saurait être scientifiquement vérifiée, sauf à avoir été validée par une autre supériorité morale, encore plus élevée, de niveau X’. Pour pouvoir affirmer que sa position est « d’un niveau moral supérieur », un marxiste devrait poursuivre sa logique et affirmer détenir la position morale encore supérieure X’. Pour vérifier X’, il devra passer à un X’ supérieur, et ainsi de suite… Nous somme confrontés, ici, à la recherche sans fin de la validation d’une signification éthique. Un tel modèle de pensée devrait nous aider à comprendre la raison pour laquelle le marxisme occidental a réussi à se détacher totalement de la réalité éthique et de la pensée éthique, et a beaucoup de mal à aborder les questions relatives à l’égalité authentique.
Le problème – évident – que pose la mise en pratique par le marxisme de la dichotomie « progressistes contre réactionnaires » tient au fait que les marxistes affirment commodément se situer dans le camp des progressistes, et qu’ils affirment, tout aussi commodément, que l’ «adversaire » se trouve parmi les réactionnaires. C’est à l’évidence légèrement suspect, voire douteux, c’est le moins qu’on puisse dire.
[4] C’est Phil Weiss, sur son inestimable blog MondoWeiss, qui a récemment inventé cette définition politiquement utile : PEP = Progressiste, Excepté en ce qui concerne la Palestine.
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Commentaire
Je voudrais faire ce commentaire, avec tout le respect que je dois à Gilad Atzmon pour son engagement contre le sionisme.
En fait, je trouve « trop rapide » et « fausse » son analyse quand il dit :
"À la différence du christianisme, l’Islam et le judaïsme sont des systèmes de croyance à orientation tribale. Plus qu’à un « individualisme éclairé », c’est à la survie de la famille étendue que ces deux systèmes de croyance sont essentiellement intéressés. Les Talibans, considérés par la plupart des Occidentaux comme le nec plus ultra de l’obscurantisme politique, ne se sentent tout simplement pas concernés par les questions ayant trait aux libertés individuelles ou aux droits de la personne. C’est la sécurité de la tribu, alliée au maintien des valeurs familiales, à la lumière du Coran qui en constitue le noyau. Le judaïsme rabbinique n’est en cela pas différent. Sa mission fondamentale est de protéger la tribu juive en perpétuant le judaïsme en tant que « mode de vie »."
Depuis le premier jour l’islam a cassé l’allégeance « aveugle » à la tribu. Il a d’abord placé l’être humain devant sa responsabilité individuelle et son devoir personnel de mener son combat pour « s’élever » et pour atteindre les « lumières » (le djihâd contre soi). Il a rendu l’être humain responsable individuellement comme le lieutenant du Dieu/Allah « khalifah » sur la terre, et a placé cette responsabilité au centre de la foi et de la « mission divine » confiée à l’être humain.
L’islam a développé ensuite la notion de la « Oummah » qui dépasse toute appartenance tribale, mais où il ne s’agit nullement d’y faire allégeance comme si c’était une tribu, mais bien au contraire, de veiller, au prix de sa propre vie, à ce que cette Oummah soit toujours respectueuses du droit et de la justice.
C’est cette paire « Individu, Oummah » qui va ensemble et jamais l’un sans l’autre. D’ailleurs le Coran a aussi développé un concept d’un « individu-oummah » dans l’exemple d’Ibrâhim (paix sur lui), où toute une « Oummah » pourrait être égarée et c’est un seul individu qui jouera le rôle de toute une oummah par sa rectitude.
Je ne vais pas citer ici les versets ou les paroles du Prophète. Mais je trouve dommage que l’exemple cité par Gilad Atzmon pour apporter des arguments à sa thèse soit celui des Talibans, comme s’ils étaient les représentants officiels de l’islam.
C’est d’autant plus regrettable que beaucoup de gens respectent M. Atzmon et acceptent ce qu’il dit sans y apporter nécessairement un regard critique.