lundi 19 septembre 2011

La droite sioniste s’arme pour attaquer les Palestiniens


par Baby Siqueira Abrão Traduit par  Gabrielle Yriarte, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Original: A direita sionista se arma para atacar os palestinos
Les rapports des services secrets israéliens affirmaient, au début du mois d’août, que les manifestations prévues à Gaza et en Cisjordanie pour septembre (quand l’ONU votera la reconnaissance de l’État de Palestine) seraient pacifiques, et réalisées loin des colonies juives et des checkpoints. Un rapport parlementaire diffusé également début août, et s’appuyant sur les informations des agences de renseignement israéliennes, prévoyait une faible probabilité d’éruption de mouvements violents, ceux-ci étant considérés par les Palestiniens comme « contreproductifs » à leur cause.
Plus tard, certains officiers des Forces armées israéliennes tinrent en public un tout autre discours. Ils affirmèrent qu’une fois que l’État serait reconnu dans les frontières antérieures à juin 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale, des hordes de Palestiniens marcheraient sur les colonies pour récupérer les terres qui leur appartiennent. À noter que beaucoup de ces officiers sont des colons et parlent pour leur propre défense. Ils ne cachent pas qu’ils aimeraient attaquer des Palestiniens, comme on le verra plus loin.
Le 7 août, le ministre des Affaires Étrangères, Avigdor Lieberman s’est montré encore plus catégorique. À la Knesset, le Parlement israélien, entouré de reporters, il a annoncé un septembre « violent et sanglant, à une échelle encore jamais vue ». Les médias, dont le rôle est de traquer les nouvelles, se firent l’écho de déclarations telles que: « Plus l’Autorité Palestinienne dit qu’elle va œuvrer dans le champ démocratique, plus je vois, moi, de préparatifs de violence et d’effusion de sang. » Sans présenter la moindre preuve tangible de ses affirmations, Lieberman a demandé au gouvernement sioniste de couper ses relations avec l’Autorité Nationale Palestinienne (ANP).
Ce fut Tizahi Moshe, le porte-parole du ministre, qui se chargea d’expliquer que ce dernier avait tiré ces conclusions d’informations officielles et de déclarations « d’autorités palestiniennes ». Cependant, la seule déclaration sur laquelle il s’appuie est celle de Hassan Youssef, le leader du Hamas en Cisjordanie sur Canal 2, en cette même journée du 7 août. Interrogé au sujet de la probabilité pour que les manifestations de septembre dégénèrent dans la violence, il avait répondu que le peuple palestinien pourrait « exploser à tout moment », vu son haut niveau de frustration.
Cependant, cette analyse n’est pas fiable, et Lieberman le sait. Youssef n’est sorti de la prison où il a passé six ans, qu’une semaine avant d’accorder cette interview à Canal 2. Pendant sa réclusion, les protestations non-violentes ont gagné tous les villages palestiniens, et se sont affirmées comme moyen de lutte pour la justice et la liberté.
« En septembre, à l’ONU, nous allons solliciter de la communauté internationale qu’elle nous aide à mettre fin à l’occupation israélienne. Nous avons toujours agi en accord avec la loi. Ce qui est illégal c’est l’occupation, et non les tentatives d’en finir avec elle », réagit Ghassan Khatib, porte-parole de l’ANP. « Israël est en train d’alimenter l’illusion d’un faux scénario pour septembre », ajouta-t-il.


Colons armés en action en Cisjordanie
Bien que les paroles de Lieberman, leader et fondateur du parti d’extrême droite Israel Beytenouv(Israël est notre maison) aient paru hors de propos à l’époque, elles commencent à avoir du sens aujourd’hui. Les actes de violence des colons contre les Palestiniens ont beaucoup augmenté depuis août. La destruction des ressources des agriculteurs (comme la dévastation par le feu des plantations et des oliviers, et les attaques de bergers et de troupeaux) sont devenus courantes. L’invasion de terres palestiniennes, la persécution d’habitants et de militants internationaux, les incendies de mosquées, la lapidation d’enfants, les tirs de mitraillettes dans les campagnes sont des pratiques d’intimidation constantes. Sans parler du récent bombardement de Gaza, crime encore plus grave car il implique des armes chimiques, pour lesquelles les habitants de Gaza servent de cobayes.
Selon un rapport de l’International Solidarity Foundation for Human Rights [Fondation Internationale de Solidarité pour les Droits de l’Homme], au cours du mois d’août 30 personnes sont mortes et 400 ont été faites prisonnières pendant les opérations israéliennes en Palestine. Parmi les prisonniers, 44 enfants, trois journalistes et trois parlementaires. Outre Gaza, les régions qui ont le plus souffert sont Hébron, Bethléem, Silwan (district de Jérusalem), Tulkarem, Salfit, Ramallah et Al Bireh.
Un autre rapport, diffusé le 12 septembre par l’organisation israélienne de droits humains B’Tselem, montre que l’armée israélienne ne respecte pas le « droit fondamental » à la protestation des Palestiniens. Les réactions aux manifestations pacifiques présentent toujours, selon ce document, une « utilisation excessive d’armes de contrôle des foules », comme les grenades lacrymogènes jetées directement sur les manifestants. La soussignée, habituée à couvrir les marches du vendredi peut témoigner que le rapport est fidèle aux faits.
De plus, il y a quelques semaines on a appris que depuis sept mois l’armée israélienne entrainait et armait les colons avec des grenades assourdissantes et à gaz, des grenades lacrymogènes et des balles de métal recouvertes de caoutchouc. Cet équipement s’ajoute aux mitraillettes, que les colons portent sur eux, et aux chiens de garde entrainés à l’attaque, mis à disposition par le gouvernement sioniste.
Mercredi 7 septembre, une réunion à laquelle participaient des membres de l’extrême droite israélienne, des leaders des colons, et des parlementaires a commencé à se préparer à de « possibles confrontations », au cas où l’État palestinien serait reconnu par l’ONU dans les frontières d’avant 1967. Les colons savent que tôt ou tard ils devront rendre les terres qu’ils occupent à leurs propriétaires légitimes, les Palestiniens, mais promettent de résister.
Les critiques acerbes à l’égard de la direction de l’armée n’ont pas manqué. Celle-ci est accusée par le parlementaire Zeev Elkin, du Likoud, de s’être transformée en « plus grand champion de l’ANP, adoptant le concept des deux États ». La critique de la solution à deux États est courante dans la droite israélienne, qui ne prend pas en compte le partage décidé par l’ONU en 1947, et qui établit la création de deux États : la Palestine et Israël. Pour les membres de ce courant politique, la Palestine entière, ainsi que des parties du Liban, de la Syrie, de la Jordanie et de l’Irak appartiennent à Israël, selon un « droit historique » qui n’existe que dans le discours sioniste et dans celui de ses alliés, comme le montre Keith W. Whitelam, professeur et directeur du département d’études religieuses de l’université de Stirling, dans le livre The Invention of Ancient Israel ; the Silencing of Palestinian History [L’Invention de l’ancien Israël : comment l’histoire palestinienne fut passée sous silence].
La critique d’Elkin est liée au fait que l’armée israélienne a « préféré » céder aux forces de sécurité de l’ANP la responsabilité de s’occuper des incidents impliquant des Palestiniens. Encore une fois, le parlementaire se montre mal informé. Cette responsabilité fut négociée aux accords d’Oslo, selon lesquels l’ANP doit s’occuper de la sécurité des zones A, qui correspondent aux villes – là où auront lieu les manifestations. Les secteurs B, situés entre les villes et les villages, sont confiés aux Palestiniens et aux Israéliens en commun ; les zones C, proches du mur de l’apartheid, sont surveillées par les Israéliens. L’armée ne fait donc que respecter les accords.
Pour résoudre le problème, Yaakov Katz, de l’Union Nationale, alliance des partis nationalistes d’Israël, a proposé que les colons organisent des marches dans des points stratégiques de la Palestine, pour aller à la rencontre des marches pacifiques que les Palestiniens feraient en direction des colonies (ce qu’imagine la droite sioniste). Selon Katz, ceci obligera l’armée à agir afin d’empêcher les colons d’entrer dans les villes.
Yoni Youssef, porte-parole des colons de Sheik Jarrah à Jérusalem-Est, va plus loin : il invoque la Loi Dromi, qui permet à des propriétaires de tuer ceux qui entrent dans leurs maisons. Pour lui, il serait ainsi possible de tirer sur les Palestiniens qui tenteraient d’approcher les résidences juives. Le problème, c’est qu’à Sheik Jarrah, les colonies israéliennes et les habitations palestiniennes sont très proches les unes des autres, parfois face à face. Des colons peuvent assassiner des Palestiniens qui étaient seulement sortis dans la rue, et alléguer ensuite qu’ils se dirigeaient vers leurs maisons.
Dans cette tâche, ils seront aidés par les volontaires mobilisés par La Ligue de Défense Juive (LDJ) dont le siège est en France : ceux-ci, du 19 au 25 septembre, promettent de défendre leurs « frères » de Cisjordanie – c’est-à-dire, les colons – face aux « agressions des occupants palestiniens et, donc, de renforcer les dispositifs de sécurité des village juifs de Judée et Samarie ». Remarquez que les « occupants » sont les Palestiniens, et non les colons, et que la Cisjordanie est appelée « Judée et Samarie », deux noms bibliques de pays où les Juifs sont censés avoir vécu. Le voyage est réservé « aux militants ayant une expérience militaire ».
Ce que les représentants de l’extrême droite ne savent pas, c’est que ce n’est pas l’armée qui va s’occuper de la sécurité durant les manifestations, mais la police. Dans une interview à Brasil de Fato, la porte-parole des forces armées, Avital Leibovitch, a affirmé que l’armée se contenterait « d’observer » les manifestations pacifiques. « Si les manifestations sont vraiment pacifiques, l’IDF n’a pas de raison d’intervenir », a-t-elle dit.
Si les colons entrent dans les villages pour les attaquer, ou s’ils décident de marcher contre les villes, ce sera la police israélienne qui les arrêtera. Et, d’après Avital Leibovitch, elle aura carte blanche pour agir en vue d’éviter les excès. De plus, des escadrons d’alerte composés de réservistes seront dans les zones les plus sensibles et « chercheront à éviter les heurts ». L’IDF n’entrera en scène que si nous perdons le contrôle de la situation, a déclaré la porte-parole. « Nous ne voulons pas d’effusion de sang. Nous avons appris avec la Nabka. Nous n’utiliserons que des armes non létales, comme les camions à eau “skunk“ (mouffette) et les gaz lacrymogènes » dit-elle. Et elle garantit que l’eau fétide lancée sur les manifestants par les “skunk“ ne contient pas de produits chimiques : « Ce sont des substances organiques ».


Un camion skunk
Et qu’en est-il des « lignes rouges » qui indiquent jusqu’où les Palestiniens peuvent aller sans se faire tirer dessus par les colons ? « Ah, ils savent très bien où sont les lignes », répond Avital Leibovitch. « Nous sommes en communication régulière avec eux », ajoute-t-elle. En vérifiant l’information auprès de leaders populaires, Brasil de Fato a découvert qu’ils n’ont jamais entendu parler de ces lignes. Il est probable que seules les autorités palestiniennes les connaissent. Pourquoi ne préviennent-elles pas tout le monde, si elles ne veulent pas déclencher de tragédies ? Mahmoud Abbas, président de l’ANP a demandé au cours d’une réunion avec les coordinateurs de la campagne Palestine : 194ème État (déjà en cours dans tout le pays) à ce que personne ne s’approche des colonies ni n’affronte leurs habitants. Il semblerait donc que cette autorité se réserve le « sale travail ».
L’extrême droite israélienne n’hésite pas non plus à recourir aux « travaux internes », c’est-à-dire à faire commettre à des personnes des actes de provocation pour déclencher des réactions violentes de la part d’Israël. Le ministre Avigdor Lieberman a déjà prévenu qu’il allait envoyer de l’argent et des armes au PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, qui depuis des années lutte contre la Turquie, et qui récemment a essuyé d’importantes attaques de l’armée turque. Il s’agit là de représailles contre le gouvernement du premier ministre R.T. Erdogan, qui a coupé les relations diplomatiques avec Israël et promis une série d’actions en Méditerranée (« pour qu’Israël n’y navigue plus à son gré»), après la diffusion du Rapport Palmer. Parrainé par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, ce rapport affirme que le blocus maritime de Gaza n’est pas illégal et qu’Israël a le droit d’empêcher des navires étrangers d’accoster sur le littoral palestinien. Cela a exempté le pays de sanctions pour l’assassinat, le 31 mai 2010, de neuf pacifistes turcs, et pour l’attaque du Mavi Marmara, navire battant pavillon turc qui participait à la première Flottille de la Liberté.
Si Lieberman peut agir ainsi contre la Turquie, pour quelle raison agirait-il autrement à l’égard de la Palestine ? Les mercenaires ne manquent pas sur le marché. Il suffit de les recruter pour avoir un mois de septembre « violent et sanglant, à une échelle encore jamais vue ». Exactement comme le souhaite Lieberman.

Intérimaire chez Bayer : témoignage


par CBG Coordination gegen BAYER-Gefahren/Coordination contre les méfaits de Bayer. Traduit par  Michèle Mialane, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

La multinationale de Leverkusen emploie selon ses propres dires environ 650 intérimaires. Le journaliste Markus Breitscheitel, dans son livre « Arm durch Arbeit »(Le travail qui rend pauvre, NdT)) (voir STICHWORT BAYER 04/2008) a décrit leurs pénibles conditions de travail à la fabrication des comprimés. Depuis, rien n’a changé, comme le montre ce témoignage de Mélanie Suchart (nom modifié par la rédaction) recueilli par la Coordination contre les méfaits de Bayer.
Je m’appelle Mélanie, j’ai 25 ans et j’ai perdu en Allemagne tout espoir pour l’Allemagne.
 
En août 2010, de retour d’Australie, je suis rentrée à Berlin, heureuse d’y retrouver mes ami-e-s et de revenir y vivre.
 
Je me suis inscrite en recherche d’emploi, l’agence pour l’emploi de Neukölln m’a fourni un grand nombre d’adresses, surtout d’agences d’intérim, et j’ai fait de nombreuses demandes. En novembre j‘ai été embauchée par Job@ctive (agence de travail intérimaire cédée en 2010 par Bayer, NDLR)*. Je travaillais à Berlin au conditionnement de la pilule contraceptive.


Dès l’entretien d’embauche, le chef du personnel m’a mise en garde contre la grossièreté de mes collègues : il valait mieux être blindé. D’accord, mais que faire quand on n’a pas le choix? Très vite j’ai perçu la morosité et la frustration de mes nouveaux collègues. Les intérimaires étaient nombreux dans mon domaine, on les reconnaissait facilement. Leur blouse de travail vert menthe ne portait pas le logo de Bayer comme les CDI. Les mensonges de la direction irritaient mes collègues et le sentiment d’être du personnel jetable les déprimait. Les anciens, eux, se plaignaient du turn-over des intérimaires qui les obligeait sans cesse à former les nouveaux. Eux qui avaient déjà passé plusieurs années chez Bayer ou Schering en avaient assez de devoir en permanence tout expliquer à nouveau ; c’était pour eux une source de stress, de travail supplémentaire et d’erreurs. Ils ne voulaient pas nous le faire sentir, mais je le sentais tout de même, comme tous les autres intérimaires. 



Le siège de Bayer à Berlin-Wedding

Impossible au personnel de développer un esprit d’équipe, avec sans arrêt des noms nouveaux et de nouveaux visages. Peut-être n’est-ce pas seulement un dommage collatéral, peut-être ne veut-on pas laisser se créer trop de liens entre les collègues. Chacun se bat pour soi-même et l’adversaire est gigantesque et invisible. Au petit déjeuner on apprend que le nombre des arrêts de maladie a énormément augmenté et dépasse depuis longtemps les 5%. Un signe de plus du mal-être des ouvriers et ouvrières.
 
La direction n’est jamais à court de nouveaux projets. On vous filmait pendant le travail, puis on avait une “ombre” derrière vous qui enregistrait tous vos gestes. Tout cela au nom de l’optimisation. Sur chaque poste, d’immenses tableaux étaient censés montrer aux employé-e-s les faiblesses dans les processus de travail et les motiver à plus de rapidité et d’efficacité. Combien coûtent ces entreprises que l’on fait venir pour rechercher comment optimiser notre potentiel ? Pourquoi toujours chercher à baisser les coûts et à externaliser ? Il y a longtemps que les explications de la direction ne convainquent plus personne, ce sont des mensonges, et je me demande si ces gens peuvent encore se regarder dans une glace.
 
Je ramais dans cette atmosphère déplaisante en évitant de me laisser contaminer. Deux fois pourtant ma volonté a craqué et les larmes me sont venues aux yeux. Je ne sais pas comment vous l’expliquer, mais travailler dans cet environnement me rongeait. Perdue dans le “BAYER-World”, huit heures par jour. Là on n’a pas besoin de beaucoup réfléchir, et on ne devrait pas le faire, par égard pour son âme. Je me suis faite à la routine et je m’en sortais, je faisais ce que j’avais à faire, avec toujours au fond de moi épée de Damoclès  : mon contrat ne court que jusqu’à la fin de l’année.
 
Bien sûr il a été prolongé. On m’a prévenue une semaine – je dis bien UNE semaine - avant l’expiration de mon premier contrat. Normal, ici c’est comme ça que ça se passe, m’a-t-on dit.


Je suis restée jusqu’à fin juin 2011. J’ai subi, vu ou entendu parler d’innombrables injustices. Certains intérimaires travaillent dans l’entreprise depuis 4 ans, toujours en CDD. Bayer les trimballe de “projet” en “projet” pour rester clean aux yeux de la loi. Une fête a été organisée pour la Saint-Jean ; tout le monde était invité, sauf les intérimaires. On ne leur fournissait pas non plus de bouchons d’oreilles, c’était réservé aux CDI.
 
Des différences de salaires entre intérimaires et CDI je ne dirai qu’une chose : je ne pense pas que des nouveaux venus doivent percevoir la même rémunération que des gens employés dans l’entreprise depuis 10 ans, mais il existe d’autres facteurs, par exemple un risque de chômage plus élevé, qui devraient être pris en compte. Et des intérimaires qui au bout d’un an travaillent aussi bien que des CDI devraient avoir droit à une augmentation et aux mêmes congés.
 
J’aurais pu avoir un nouveau contrat, mais ça ne m’intéressait plus. Je retourne en Australie ; dans mon pays trop de choses vont mal.
 
* “Nous sommes issus, en 2001, de l’ancien service de recrutement et de management du pool des collaborateurs de Bayer. Depuis mars 2010 nous sommes une filiale à 100% de la SARL Hanfried de Hambourg et une entreprise indépendante à Leverkusen, un pôle de la chimie. Nos clients : des firmes relevant des domaines de l’Internet, de la technique, de la vente et des sciences de la nature font confiance depuis des années à notre expérience dans toutes les branches.”( Autoportrait de job@ctive).
 

dimanche 18 septembre 2011

Tears of Gaza Gazas tårer فلم دموع غزة

A film by Vibeke Løkkeberg, Norway, 2010

Europe : Grandes soldes

par Gorka Larrabeiti, 17/9/2011. Traduit par  Fausto Giudice , Tlaxcala
Original: Liquidando Europa

À la Biennale d'art de Venise cette année il y a deux installations qui reflètent très bien le moment par lequel passe l'UE. Mike Nelson a travaillé trois mois pour restructurer le pavillon permanent du Royaume-Uni. Le visiteur est accueilli par deux portes branlantes et un couloir qui devient un labyrinthe et le transporte d' un espace vers l’autre à travers une maison désolée, délabrée, écaillée, mise à sac, poussiéreuse et étouffante. Le visiteur est désorienté, ébranlé, angoissé par cette déchéance et n’a qu’une hâte : sortir.

La métaphore du pavillon grec est encore plus synthétique. L'artiste Diohandi a emballé le pavillon permanent pour donner l'idée que le pays n’est plus réformable, qu'il n'est qu' une caisse. A l'intérieur de cette installation baptisée Beyond Reform (Au-delà de la réforme), le visiteur trouve un espace inondé et une lumière - une obscure espérance – le guide par une passerelle vers la sortie.

 Un groupe d'artistes appelé Anon Stateless Immigrants (Immigrés anonymes apatrides) a donné une touche finale avec des graffitis dignes du meilleur Banksy qui intensifient le contenu politique de l'installation: la Grèce est déjà emballée et vendue (Sold out).



Quittons la Venise européenne qui continue à s'enfoncer pour entrer dans le Colisée de Rome, où le visiteur est attendu par une exposition sur Néron, l'empereur lascif, glouton, chanteur, amoureux de spectacles et de palais, juste au moment où Berlusconi - lascif, glouton, chanteur, amoureux de spectacles et de palais-, est plus éclaboussé que jamais par des scandales pornopolitiques. Cette double décennie berlusconienne se termine également par des grandes soldes. Le Financial Times a rapporté cette semaine une réunion entre Lou Jiwei, président de la China Investment Corp, l'un des plus gros fonds souverains au monde, et le ministre italien de l'Economie Giulio Tremonti, , celui-là même qui proposait en 2003 des barrières protectionnistes contre la Chine.
En deux mots, il est maintenant prévu de vendre une partie des deux géants ENI et ENEL, ainsi qu'une partie du patrimoine public immobilier afin de réduire le fardeau de la dette publique, qui atteint déjà les 2 000 milliards d’€. Les acheteurs potentiels seraient les BRIC, la Turquie et les pays du Golfe, riche en pétrodollars [1].
Le monde change. La vieille Europe, bien emballée, devient une marchandise alléchante pour les nouveaux riches du monde, tandis que les anciens nouveaux riches voient leurs anciennes possessions en danger de changer de mains, qu’ils le veuillent ou non. Lors de la réunion d’hier des ministres de la Zone euro on a ignoré les conseils de Geithner, secrétaire au Trésor U. S., qui appelait à un élargissement du Fonds de sauvetage européen et mettait en garde contre l’effet domino d’une faillite grecque. La Voix de son maître est triste et solitaire comme celle de Dirk Bogarde dans Mort à Venise, tandis que la Chine parle d'un ton ferme, vibrant et énergique.
 Wen Jiabao a déclaré à l'ouverture du Forum économique mondial dans la ville côtière de Dalian : «La Chine continuera à développer ses investissements en Europe» (rappelez-vous les bons espagnols, le port grec du Pirée, le hub hongrois). Mais le Premier ministre chinois a mis une condition: «Ces pays devraient d’abord mettre de l’ordre dans leur maison». Puis, sur un ton amical musclé, il a demandé : «En conformité avec les règles de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce), le statut d'économie de marché à part entière de la Chine sera reconnu en 2016. Si les pays de l'UE peuvent démontrer leur sincérité quelques années avant, ce serait le reflet de notre amitié ».
Après la réunion des ministres de la Zone euro hier, nous savons que la Grèce restera dans le même emballage au moins jusqu’en octobre. Il semble que l'Italie sera la prochaine bonne occasion sur le marché, et les BRIC se réuniront la semaine prochaine à Washington pour "parler de ce qu'ils peuvent faire pour aider l'UE à sortir de cette situation".
Les maîtres du monde changent ; mais pas encore le système qui le régit.
Notes
1. Tremonti vara il piano “Britannia 2”, Il Sole 24 ore, 13-9-2011, p. 14  

samedi 17 septembre 2011

Les ouvriers palestiniens de la carrière Sal'it écrivent l'histoire

Une grève ouvrière a éclaté le 22 juin dernier dans les territoires occupés depuis 1967.
Au moment où je traduis (partiellement) le long article ci-après, la grève continue.
L'absence de couverture médiatique est effarante. Seuls des blogs et des sites web de solidarité ouvrière ont appelé à la solidarité internationale avec ces travailleurs. A ma connaissance, aucun en langue castillane.
Les familles de ces ouvriers tiennent le coup pour l'instant grâce à la solidarité de quelques organisations syndicales, surtout européennes.-Rolando  Gómez.

Les notes indiquées dans le corps du texte par NdTes sont du traducteur en espagnol

Des patrons israéliens, des ouvriers palestiniens et un syndicat judéo-arabe. Les travailleurs de la carrière Sal'it revendiquent des conditions de travail décentes, répondant aux normes élémentaires. Les patrons pensent que ces revendications sont infantiles. Ces jours-ci, la première lutte organisée d'ouvriers en Judée et Samarie [nom officiel donné par les Israéliens à la Cisjordanie depuis l'occupation de 1967. Note de Tlaxcala] atteint son point culminant. S'agit-il d'une aventure idéologique ou d'un précédent révolutionnaire ? L'histoire le dira.

Les chauffeurs des camions chargés de pierre qui se sont présentés cette semaine à la carrière Sal'it, proche de (l'implantation de colons juifs) Ma'aleh Adoumim, ont été reçus chaleureusement. Chaque fois qu'un camion arrive, quelques ouvriers s'alignent contre lui et implorent le chauffeur en arabe: "Ne passe pas ! Aide-nous ! Nous sommes en grève ! Nous travaillons ici depuis vingt ans sans les conditions les plus élémentaires !"

En général, les camions ne vont pas plus loin. - "Nous les comprenons", dit l'un des chauffeurs, ému. - "Mais si nous cessons le travail, les patrons prendront d'autres chauffeurs à notre place".

-"Jazi (le directeur de la carrière) m'a promis un salaire de 3 000 shekels", dit un autre chauffeur en souriant. -« Même un plaisantin peut prendre conscience!", crie l'un des ouvriers.





Les camions venus de l'extérieur font partie des mesures de sauvegarde prises par Sal'it. En règle générale, l'entreprise extrait la matière première des collines voisines, mais à cause de la grève des ouvriers, qui a démarré jeudi dernier (le 22 juin 2011), la carrière travaille les pierres amenées de l'extérieur. Les énormes pierres que les camions charrient seront broyées dans les concasseurs géants et seront transformées en granulat. Le matériau broyé sera envoyé par camion à la cimenterie de Givat Shaul [à l'intérieur des frontières israéliennes de 1967. NdTes] et de là aux chantiers de construction de tout le pays.


La plupart des ouvriers sont assis sous des tentes. Jazi, le directeur, a réussi à convaincre quelques chauffeurs de casser la grève et il fait tourner les machines à un rythme réduit. Les ouvriers ne sont pas inquiets. Ils pensent que dans quelques jours vont survenir les défaillances habituelles et que l'entreprise aura à nouveau besoin de leur savoir-faire.




Les travailleurs en lutte


Nijaz Kadada - connu sous le surnom d'“Abou Mahmoud” - père de quatre enfants, ingénieur et membre du secrétariat du syndicat, est assis sous la tente. - "Nous ne voulons pas causer de tort à la carrière ; nous ne voulons pas cette grève", nous explique-t-il. - "mais avec leur comportement et leur manque de sensibilité les patrons nous ont obligés à déclencher la grève. Ce que nous voulons, c'est ce qui nous revient légalement : le paiement du salaire dans les délais ; la retraite ; des bulletins de paie ; des droits sociaux". Un autre ouvrier - Mousbah El-Bahyid - demande de façon rhétorique : "Quel est l'objectif des patrons ? Pousser les ouvriers dans une situation de désorganisation, de méconnaissance de leurs droits et où chacun s'occupe seulement de ses propres intérêts. Nous avons droit à atteindre enfin le XXIe siècle en matière de conditions de travail".

Les ouvriers convaincus retournent sous la tente. La toile noire qui leur fait de l'ombre est l'unique refuge contre le soleil brûlant. Sous la tente sont rassemblés une trentaine d'hommes, tous autour des 50 ans, de simples ouvriers avec la peau brûlée et toute tachée, résultat de trois décennies de travail dans le désert. Le fils de l'un des travailleurs, qui vit dans le groupe de maisons précaires des alentours, apporte une bouteille d'eau ; un autre ouvrier partage une pastèque ; quelqu'un découpe du pain fait maison.

Bien qu'ils n'aient pas réussi à empêcher que les camions passent, il y a un bon moral sous la tente. Peut-être parce qu'ils se sentent soudainement libérés d'un travail si difficile, ou peut-être à cause d'une sensation de respect vis-à-vis d'une lutte des travailleurs pour leurs droits, mais ils ont aussi une autre raison. Le groupe, ses membres en sont conscients, fait partie de l'histoire en marche : c'est la première lutte organisée d'ouvriers palestiniens contre des patrons israéliens dans les territoires occupés et sous la direction d'une organisation syndicale israélienne.


Comme pour tout conflit du travail en Israël, cette lutte se fait également dans le cadre des lois du ministère du Travail israélien et sous la protection d'une juridiction du travail israélienne. Cette description est complexe mais elle reflète très bien la nature de Ma’an, l'organisation syndicale qui dirige cette grève.

 [La traduction littérale du mot hébreu ma’an est "adresse" (postale) ; des données sur le lieu où l'on envoie une correspondance. Le nom complet de l'organisation syndicale est "Ma’an, Centre d’assistance aux travailleurs". Site web (en hébreu, en arabe ou en anglais) : www.wac-maan.org.il. NdTes.Ajoutons que ma’an en arabe signifie "ensemble". Note de Tlaxcala]




Respect mutuel

Ce reportage aurait dû commencer différemment : ces dernières semaines le reporter a enquêté sur les démarches de la section syndicale de Sal'it en vue de la signature du premier accord d'entreprise dans les territoires occupés de Judée et de Samarie. On supposait que ce long processus allait s'achever par un dénouement satisfaisant.

Après plus de deux ans de dures négociations, qui ont donné lieu à une confrontation des forces en présence, avec le non versement des salaires et d'interminables débats entre les avocats des deux parties, une dernière réunion allait avoir lieu jeudi dernier, le 16 juin. Le mardi précédent, la section syndicale a reçu un appel des représentants des patrons : « la réunion est annulée », ont-ils dit sans explication. La section syndicale a décidé de rompre les négociations. Et le travail a été interrompu.

Les problèmes à la carrière Sal'it n'ont pas commencé hier. La carrière a été créée par un certain Uzi Kalev au début des années quatre-vingt. C'est l'"Administration Civile" [l'autorité à la fois civile et militaire d'occupation coloniale dans les territoires palestiniens. NdTes] qui lui a donné l'autorisation d'extraction des rochers. Autour de la carrière se trouvent les baraques en tôle des Bédouins de la tribu des Jahalin. Les ouvriers racontent qu'un accord avait été passé entre Kalev et les membres de la tribu : les Bédouins lui permettaient d'installer la carrière et en échange ils bénéficieraient de postes de travail.

La poussière épaisse qui se lève de la carrière n'aurait pas pu être acceptée facilement par la plupart des localités (juives) d'Israël, mais la carrière aurait bien pu faire partie d'une zone industrielle des villages jahalin. La carrière devait, par l'intermédiaire d'impôts, financer l'ouverture d'une école et la création d'infrastructures. En réalité, les impôts - tout comme la matière première produite par la carrière - s'en vont en Israël. Les Bédouins ont dû se contenter des emplois.

Il y a actuellement, dans les territoires de la zone "C" (les territoires palestiniens restés sous le contrôle exclusif d'Israël, sans aucune intervention de l'Autorité Palestinienne, conformément aux accords d'Oslo de 1994. NdTes), 11 carrières en activité ; elles appartiennent à des sociétés israéliennes et sont régies par des autorisations de l'"Administration Civile". Sal'it est une entreprise privée et par conséquent les données la concernant ne sont pas accessibles au public. Un rapport commandé en 2008 par le ministère de l'Intérieur à un cabinet privé d'architectes atteste de l'extension des intérêts économiques sur le marché de l'exploitation des minéraux : Sal'it fabrique du granulat qui est utilisé comme agrégat pour renforcer le béton, qui est le produit le plus demandé dans l'industrie de la construction et représente plus de 70 % du marché de l'exploitation minière et des carrières en Israël.

A quel point l'industrie des carrières dans les territoires occupés est-elle stratégique pour l'industrie israélienne de la construction ? En 2007, le marché israélien a utilisé 48 millions de tonnes d'agrégat provenant de carrières de la "zone C". Chaque année sont envoyés en Israël quelque neuf millions de tonnes d'agrégat, sur un total de 12 millions de tonnes produites dans le secteur.

Le rapport montre qu'Israël est dépendant de son approvisionnement auprès des carrières de Cisjordanie et qu'il n'a aucun intérêt à y renoncer dans le futur : "ces réserves, au niveau de productivité actuel", dit le rapport, "fourniront (Israël) pour trente ans environ, s'il n'y a pas de changement politique sur les frontières de la zone C". Il est difficile de dire avec certitude quelle est la situation financière de Sal'it mais il semble que ses profits aient augmenté avec l'essor du secteur des biens fonds  de l'économie israélienne. Les ouvriers de Sal'it font remarquer que la carrière vient d'acheter quelques camions Mercedes Benz.

Depuis l'ouverture de la carrière, le groupe d'ouvriers de Sal'it s'est diversifié : quelques uns viennent toujours du village de maisons précaires voisin ; d'autres viennent de Ramallah et du secteur d'Hébron. Abou Mahmoud, par exemple, est un ingénieur qui a travaillé dans les puits de pétrole du Koweït et qui est revenu à sa terre après la première guerre du Golfe. Ses enfants sont étudiants dans les universités de Cisjordanie et ils ne suivront pas les pas de leur père dans les carrières. Dès que la situation au Koweït s'est stabilisée, il a reçu une proposition pour revenir dans le Golfe, mais à ce moment-là l'optimisme des accords d'Oslo s'était fait jour. Malgré la situation, il ne se plaint pas d'être revenu à la carrière.  "Ma maison est ici", dit-il.


Les ouvriers de la carrière remplissent diverses tâches : mécanicien de véhicules, chauffeur et forgeron. Les pierres sont broyées par un gigantesque concasseur informatisé, mais les dysfonctionnements abondent et seuls des ouvriers qualifiés savent les résoudre.

Au fil des ans, les ouvriers voyaient la carrière comme un lieu de travail, rude mais respectable. Ils n'ont jamais reçu une simple fiche de paie et ils n'ont jamais pointé. Tout se passait à la bonne franquette. Le patron traitait généralement les gens de façon juste et agréable. Si quelqu'un était malade, il prenait soin de lui rendre visite et de s'enquérir de sa santé. - "On pouvait lui faire confiance", disent les ouvriers. Vers la fin des années quatre-vingt-dix, Kalev mourut et l'usine revint à ses enfants et ceux-ci cessèrent dès lors de s'investir dans sa gestion. Sous les commandes nouvelles d'un gérant très dur, l'affaire commença à être dirigée dans l'anarchie. Les ouvriers commencèrent à subir des affronts et des abus (notre tentative de parler avec le gérant afin de lui demander sa version des faits a reçu pour seule réponse: "tirez-vous de là").

Alors que toutes ces humiliations s'accumulaient, les salaires ont commencé à rétrécir. Les travailleurs ont alors cherché des solutions légales et se sont adressés à un avocat de Jérusalem. Les ouvriers palestiniens, dans leur situation, ont peur d'affronter les patrons, mais ils savaient qu'ils avaient pour eux quelques atouts. En premier lieu, le niveau de spécialisation demandé à un ouvrier de carrière est relativement élevé, et de ce fait les patrons n'ont pas envisagé de les licencier.

Cela étant, l'un des ouvriers montre l'usine et dit : "ici, il n'y a pas de mur" [allusion au mur de séparation des territoires occupés. NdTes]. Les coûteuses structures d'acier, d'une valeur de plusieurs millions de shekels, sont installées en terrain ouvert. "L'accord le prévoyait ainsi", nous dit-il. "Nous le respectons et il nous respecte."

Pendant de nombreuses années et deux intifadas, dans l'un des secteurs les plus pauvres du pays, assailli de vols et bien pourvu en trafiquants de métaux, la carrière a continué à travailler sans être dérangée. Les gérants juifs ont continué à venir ici, et même sans surveillance. "Rien que pour la surveillance et la protection des propriétaires, ils devraient sortir des centaines de milliers de shekels par an", dit Assaf Adiv, le secrétaire général de Ma’an.

Année après année, les avocats israéliens ont défendu une solution aux problèmes des travailleurs par la voie strictement judiciaire, mais ils n'y sont pas parvenus. L’ Histadrout [Confédération officielle de travailleurs d'Israël, NdTes] n’était pas dans le coup. Les ouvriers ont pris contact verbalement avec ll’antenne de Ma’an à Jérusalem et ont organisé une réunion pour faire connaissance. Les choses ont commencé à bouger : ils ont recueilli des signatures, ils ont élu la section syndicale et ils ont entrepris les négociations avec les patrons. La conquête la plus importante jusqu'à présent est la remise de bulletins de paie, pour la première fois, à partir de 2008.

« Comme les Philippins »

Pour expliquer pourquoi le contact a eu lieu précisément avec Ma’an, et non avec la Histadrout, il faut revenir quelques jours en arrière, aux circonstances du démarrage de la grève, lors de l'assemblée annuelle de Ma’an à Tel Aviv.

Sous le souffle des révolutions dans le monde arabe, l'ambiance était à l'optimisme. Une centaine de représentants de sections syndicales se sont rendus à cette assemblée. C'était un mélange éclectique de travailleurs qui ne se seraient rencontrés en aucune autre circonstance : des ouvrières agricoles arabes de Galilée et du Triangle [zone d'Israël dans les frontières de 1967, à l'est des plaines de Sharon, où se concentre une grande partie de la population arabe de citoyenneté israélienne. NdTes], des professeurs de disciplines artistiques de l'école de théâtre frontal et de l'école judéo-palestinienne d'art “Mousrara” de Jérusalem, une serveuse dans un restaurant hyper-sélect de Tel Aviv, des travailleuses sociales en lutte, et les Palestiniens de la carrière Sal'it, à qui l'on avait octroyé un permis à usage unique pour entrer en Israël.


Abou Mahmoud fit un discours au nom des ouvriers et il décrivit Ma’an en langage poétique comme « la barque du désert qui nous amènera sur les plages de nos aspirations ». L'organisation a acquis il y a quelques mois des écouteurs pour les traductions simultanées. Les membres de la direction de Ma’an – des hommes (juifs) d'origine ashkénaze et misrahi [respectivement d'origine européenne et séfarade. NdTes] et des femmes arabes - maîtrisent aisément l’hébreu et l’arabe, au point que les traductrices perdent le fil et ne savent plus, parfois, dans quelle langue il faut traduire.




Assaf Adiv, le directeur de Ma'an. Photo Noam Frankfurter, Maariv.


L'organisation Ma’an a surgi au milieu des années quatre-vingt-dix, à partir d'un groupe de vétérans militants de gauche.

(…)

La stratégie de Ma’an est de rentrer dans tous les vides que laisse l’Histadrout. -« L’Histadrout joue un rôle économique important en faveur des travailleurs », dit Adiv. « Je ne conteste pas sa position. Mais l’Histadrout se retire parfois du combat. Elle est simplement impuissante comme force de combat. Et spécialement par rapport aux ouvriers faibles, aux exploités, aux arabes. Cela parce qu'elle est idéologiquement conçue en fonction d'objectifs nationalistes ».

L’Histadrout, estime Adiv, ne s'est pas contentée d'abandonner les ouvriers arabes mais aussi tous ceux dont l'éducation est légèrement moindre. Il peut s'agir des Éthiopiens, des personnes âgés ou encore de ceux qui vivent à Yeruham » [localité du sud d'Israël composée en majorité de juifs séfarades pauvres. Ndtes], dit Adiv. « L’Histadrout ne les défend pas. Il y a 25 ans elle réunissait sous son organisation 85 % des travailleurs israéliens, pourcentage le plus élevé des pays occidentaux. Aujourd'hui, à peine 26 % de la force de travail est organisée. Cela veut dire simplement que plus de la moitié de ceux qui participent à la force de travail sont laissés de côté. A côté de cela, il y a trente mille travailleurs palestiniens dans les implantations (dans les colonies) qui ne sont pas organisés. »


Il définit les travailleurs palestiniens dans les usines israéliennes comme « moins mal en point que les travailleurs migrants africains, à peine un peu mieux que les Thaïlandais ; un peu en-dessous des Éthiopiens, à peu près au même niveau que les Philippins. Les citoyens arabes d'Israël sont à peine au-dessus de tous ceux-là. Le pays est comme ça. Alors nous irons là où se trouvent les faibles et nous deviendrons leur guide. »


L’Histadrout n'a pas de raison de se préoccuper de la position de Ma’an mais ce mouvement peut fournir à ses responsables matière à réflexion : au cours des dix dernières années, environ 8 000 ouvriers au total sont passés par Ma’an. L'organisation compte aujourd'hui un millier d'adhérents qui versent une cotisation moyenne de 35 shekels par mois et qui se répartissent dans neuf sections syndicales. L'organisation emploie à ce jour 14 salariés permanents. En accord avec la décision de l'organisation elle-même, chacun d'eux reçoit un salaire minimum. La majorité des ouvriers qu'Adiv représente gagnent plus qu'eux.


Chaque jour des représentants du syndicat, venant de tous les coins du pays, arrivent à la petite tente dressée à l'entrée de la carrière pour soutenir les ouvriers. Tous restent à la tente chaque jour jusqu'à 16 heures. « La grève, c'est aussi du travail », explique Abou Mahmoud et il montre la liste des personnes présentes. Dans le syndicat, on définit la grève comme une « grève jusqu'au bout ».


Les ouvriers ont déjà fait grève pendant quatre jours il y a environ un an et cette grève s'est terminée par le début des négociations pour un contrat collectif. Leur revendication minimale, pour les salaires, est ce que la loi établit. « Et pas moins ; ils doivent nous traiter avec respect », dit Mousbah El-Bahyid. Le mécanisme qui va garantir le respect, et qui fait partie de la proposition de contrat collectif, est une commission ouvriers-patrons avec réunion mensuelle pour discuter des divers problèmes.

Jusqu'à la semaine dernière, la direction n'a pas bougé. Mais le rabbin Nathan Netanson, président du directoire de Sal'it, a déclaré à un journaliste de Jérusalem qu'ils (les ouvriers) « ne sont pas de petits enfants et pourtant ils ne comprennent rien aux mécanismes de communication entre les ouvriers et l'entreprise. Tous ces droits et toutes ces jolies choses sont des explications de Ma’an qui enlèvent aux ouvriers le peu de sens du travail qu'ils avaient. Depuis que Ma’an est ici, nous souffrons de leur présence, qui entraîne moins de sérieux et moins de motivation. Je ne pense pas qu'ils se comportent de façon intelligente, y compris pour eux-mêmes. »

Adiv explique que « le salaire des ouvriers de Sal'it est bas. Si je dis aux patrons de Sal'it que je veux voir doubler le salaire, cela reviendrait à déclarer la guerre mondiale. Nous réclamons des conquêtes de base. Il faut arriver à quelque chose de raisonnable et de logique ».


 
Aide financière aux travailleurs
S'il vous plaît envoyez une copie à roni[at]hanitzoz[dot]org[dot]il
Dons:
Ma’an n'a pas de caisse de grève. Nous ne savons pas combien de temps durera la grève mais nous aimerions avoir quelques fonds de secours pour donner aux travailleurs si la grève se prolonge plus d'une semaine. Si l'argent arrive après la grève, il sera placé sur une caisse de grève spéciale pour les luttes futures.
Notre compte bancaire :
Nom de la banque : Banque Leumi
Agence : 801
Nom du titulaire du compte : Workers Advice Center – Ma'an
Compte : 101-537704
Adresse : Jerusalem boulevard # 1, Jaffa
(Tel. : 972-3-5120333)
Code Bic : LUMIILITTLV
IBAN : IL030108010000001537704
Mention: for Salit strike
 

Dans l'esprit des révolutions

Pour les deux parties en conflit, le temps est un facteur fondamental. La carrière doit fournir des matières premières à ses clients et les ouvriers vont finir par manquer d'argent. La majorité d'entre eux gagne environ 5 000 shekels par mois, 200 par jour. Un jour sans travail est un jour sans salaire. Ma’an, qui est un petit syndicat, n'a pas de caisse de grève.

Quelques centaines d'usines israéliennes emploient des milliers d'ouvriers palestiniens dans le secteur de Ma’aleh Adoumim, en particulier dans la zone industrielle de Mishor Adoumim. Des grèves éclatent souvent, surtout dans les carrières. En général il s'agit de phénomènes spontanés. Chaque partie (patrons et ouvriers) montre ses muscles et puis soit on assiste à une vague de licenciements massifs, soit le patron israélien augmente les salaires de quelques centaines de shekels pour maintenir le calme.

Mais une grève organisée comme celle-là, en Judée et Samarie, c'est semble-t-il la première du genre.

Comment est-il possible que des travailleurs palestiniens déclarent une grève sous les lois du travail israéliennes ? « Israël n'a pas annexé les territoires palestiniens en profondeur mais il a inclus insensiblement des lois israéliennes en Cisjordanie », explique le Dr. Mair Paz-Fox, de la Faculté de Droit de l'Institut Académique Ono de Jérusalem. Certains législateurs appellent cela une « annexion législative ». Par exemple, la loi électorale pour les élections au Parlement, ou la loi d'association, qui s'étend aux territoires, s'appliquent seulement aux colons (juifs). L'État d'Israël veut annexer les territoires et en même temps échapper à la colère du monde entier. Alors, les juges ont résolu ce dilemme : quand l'État parle des Israéliens, il dit qu'il faut les considérer comme si la loi d'Israël s'appliquait à eux tous. Mais là où l'affaire se complique, c'est quand les patrons sont israéliens et que les ouvriers sont palestiniens. Et c'est alors qu'apparaît la « cour suprême » : l'organisation « Kav la oved » [littéralement : « ligne pour les travailleurs ».C'est un syndicat d'organisation et de solidarité ouvrière avec personnalité juridique en Israël qui regroupe sans distinction des ouvriers juifs, palestiniens et des travailleurs étrangers non-juifs. Site web (en hébreu, arabe et anglais) : www.kavlaoved.org.il NdTes].

Kav la oved est le groupe qui a déclenché une révolution dans les définitions juridiques confuses des usines israéliennes de la « zone C ». Cela s'est produit au début des années 2000. Dans une requête au tribunal du travail faite au nom d'ouvriers palestiniens de la municipalité de Givat Zeev, un ouvrier a réclamé que ses conditions de travail (retraite, indemnisations, heures supplémentaires) soient alignées sur celles des ouvriers israéliens. La municipalité a refusé, sous le prétexte que la loi qui doit être appliquée à cet ouvrier est la loi jordanienne. L'ouvrier a gagné le procès au tribunal local, mais la municipalité a fait appel et a gagné au tribunal national. Kav la oved a fait à son tour appel auprès de la Cour Suprême et l'a emporté en fin de compte.

A Sal'it, le rabbin Netanson s'entête sur sa position qui est celle-ci : « La grève est tout à fait autorisée. Qui veut faire grève, qu'il la fasse. L'État lui permet de cesser le travail et il peut profiter de ce droit. Ce contrat collectif ne devait pas aboutir à une signature ce mois-ci. Ces revendications infantiles ne sont pas dignes de personnes adultes. » « Nous ne sommes pas d'accord avec les changements. Nous avions besoin de préparer certains dossiers. Nous voulions actualiser le contrat. Au lieu de cela, Ma’an crée ces désordres politiques. »

Mais le fait est que la grève suscite l'intérêt. De nombreuses automobiles passent sur la route qui conduit à Ramallah, avec des Palestiniens à bord. Nombre d'entre eux actionnent parfois l'avertisseur, en solidarité. « Les gens entendent dire qu'il y a ici une grève et ils veulent savoir ce qui se passe », dit El-Bahyid.


Une grève organisée par un syndicat israélien peut-elle changer la réalité des choses en Cisjordanie ? Le Dr. Gai Davidov, spécialiste en droit du travail à l'Université Hébraïque de Jérusalem, dit que les chances de succès de la grève sont faibles. « Pour triompher, ils ont besoin d'une force de négociation et je ne sais pas s'ils l'ont ». « Même s'ils sont protégés par la loi, ils échoueront en fin de compte si la carrière s'obstine sur sa position. S'ils échouent, d'autres ne se presseront pas pour revendiquer. S'ils gagnent, peut-être qu'alors d'autres oseront à leur tour. La question est de savoir jusqu'à quel point la carrière peut résister. Par exemple, les ouvriers n'ont pas de caisse de grève et par conséquent ils ne peuvent pas tenir au-delà d'un mois. Dans une telle situation, ils peuvent échouer, malgré leur combativité. D'un autre côté, il est possible que la carrière lâche du lest, en comprenant qu'il est important que les ouvriers obtiennent satisfaction ».

Assaf Adiv a été interviewé par un journaliste de Jérusalem comme étant l'un des seuls Israéliens qui ont réussi à voir la révolution égyptienne en direct. En ce qui concerne Israël, il préfère être réaliste :

« Nous pensons que la moindre amélioration aide à construire de l'estime de soi, une sensation de force et le sentiment que le changement est possible. C'est pourquoi Ma’an se bat pour que les ouvriers reçoivent mille shekels de plus, un point supplémentaire de retraite. Cela ne rend pas les ouvriers conservateurs mais tout au contraire cela les rend sûrs d'eux et forts. »

Abou Mahmoud, qui s'assied avec ses camarades sous la tente, n'hésite pas à établir la relation entre sa lutte organisée et les révolutions arabes :

« La révolte en Égypte a été provoquée par la corruption et les abus du gouvernement », explique-t-il. « Ici, nos revendications face aux patrons sont similaires : nous voulons la justice et le respect ».




Tel Aviv, 6 août 2011 : En arabe, « Erhel » (traduction de « Dégage », slogan des révolutions arabes, initialement crié par les Tunisiens à Ben Ali, qui rappelle le « Que se vayan todos ! » (« Qu'ils s'en aillent tous ! ») du soulèvement argentin du 19 décembre 2001). En hébreu : « L'Égypte, c'est ici ».


Actualisation

Une nouvelle étape dans la lutte des ouvriers de la carrière Sal'it

Par Assaf Adiv, lundi 29 août 2011


Aujourd'hui a eu lieu, au Tribunal Régional de Jérusalem, une audience, présidée par le Juge David Mintz, sur une demande de gel des actions en justice contre l'entreprise Sal'it. La demande, faite par celle-ci, vise à la protéger des banques et des organismes de substitution, qui la menacent de liquidation à la suite du rejet de ses chèques. Ce dernier est la conséquence d'une nette impasse de gestion, après l'échec de la direction de Sal'it à trouver un accord avec les travailleurs depuis deux mois et demi.

Cette requête fait suite à la désignation de l'avocat Ami Folman comme fondé de pouvoir de Sal'it. C'est lui qui, dorénavant, va décider de ce qui doit se passer dans l'entreprise. L'espoir c'est que, avec le changement de propriétaires de l'entreprise, devrait entrer comme l'un des associés un entrepreneur, I.D. Brazni, qui investirait de l'argent et qui a des relations et ainsi "l'eau surgirait" à Sal'it.

Avant cette audience, nous avons tenu une assemblée des travailleurs de Sal'it pour qui aujourd'hui est un jour férié, à l'occasion de l'Aïd El Fitr, la fête de la rupture du jeûne du Ramadan. A l'ouverture de l'assemblée, nous avons réparti entre les travailleurs les contributions solidaires obtenues de syndicats de divers coins du monde et de multiples contributeurs privés d'Israël et du monde entier. Il est toujours possible de contribuer : pour cela, allez sur le site web de Ma’an. Chaque ouvrier a reçu 850 shekels (= 165 € , 202 CHF , 228 CAD, 108 CFA) pour la fête.



Les ouvriers ont demandé qu'avant de les distribuer nous parlions de la nouvelle situation parce que c'est plus important, ce qui dénote de leur sérieux dans le combat et de leur profonde compréhension du sens de cette lutte.

J'ai expliqué en détail tout ce que j'ai appris hier au cours de conversations avec plusieurs personnalités et j'ai lu un document sur le gel des actions en justice. Les travailleurs ont écouté avec beaucoup d'attention.

Les ouvriers restent très forts. Il y avait une atmosphère de fête et de victoire, bien que je leur aie expliqué que nous faisons face à des difficultés de taille. Il y avait une vigoureuse sensation de force et le sentiment que les patrons ont besoin de nous et que nous pourrons leur imposer les conditions.

Comme je l'ai dit, il y a eu ensuite une audience au tribunal au cours de laquelle il a été décidé de nommer le fondé de pouvoir de l'entreprise. Nous sommes encore face à un défi complexe.

Toutefois, il est évident que la grève se trouve dans une étape décisive. Elle ne s'arrêtera pas tant que nous n'aurons pas obtenu la signature d'un accord d'entreprise qui nous permette d'assurer les droits des travailleurs.

Dimanche prochain a lieu un événement de solidarité avec Sal'it au Parc de la Cité à Jérusalem.

Maintenant plus que jamais il faut soutenir les ouvriers de Sal'it.

Cette semaine, à cause du jour férié, la tente de la grève, face à la carrière, sera vide.


jeudi 15 septembre 2011

Tunisie Transit: chroniques d'un pays en transition (2) تونس العابر: التقويم الفلكي من بلد يمر بمرحلة انتقالية

Collecte pour Rached El Arbi
Mise à jour: La somme atteinte jusqu'au 14 septembre est 7500 dt. Donc, il ne reste que 1500 dt pour atteindre l'objectif de 9000 dt!!! Merci à tous ceux qui ont contribué à l'atteinte de cette somme, et surtout ne baissons pas le rythme!!! Maintenons encore cette solidarité et cette générosité et Inshallah on y arrivera très bientôt! Rached compte sur nous!
Les oubliés de la Révolution
Aujourd’hui Vendredi 26 Août Hassouna ben Amor est mort, il est mort sans que personne ne parle de lui, Hassouna ben Amor est mort dans un hopital mal-équipé, Hassouna est mort à cause d'une balle tirée par un sniper, le Hassouna qui est mort n'est pas celui des séries ramadanesques, Hassouna est mort sans que personne ne le connaisse...Hassouna est mort et son assassin est libre...très probablement encore dans son poste....
Le comble de l'ingratitude, c'est grâce à eux, blessés de la révolution qu'on peut espérer vivre en dignité !!!!!!!!!
Un profond dégoût envers moi-même, envers ce gouvernement, envers la scène politique, les politiciens, les hommes d'affaire, les activistes, enaaass elli tal3ab 3attsawer, les égoistes, elli yejriiw wraa leflouss, elli léhiin bel 9chour ......ymout men biinetnaa un blessé de la révolution !!!!!!!!!!!!!!!
En fin de compte on sait très bien qu'on peut pas compter sur ce gouvernement, donc si vous cherchez un coupable, regardez simplement dans un miroir...
Source: nawaat.org

عندما تُهمل الثورة جريحها- La révolution ingrate- L’agonie de Rached el Arbi

Rached el Arbi avant la blessure par balle (Durant son service militaire)


*Pour contacter la famille de rached voilà le numero de sa mère : 22366351 et le numéro de son frère Tarek : 23700662
Soutenir la famille de Rached moralement et matérielement est un devoir révolutionnaire et humain !

De ses yeux embués d’un mélange de lassitude et d’amertume il nous a lancé un regard si fier qui nous a noyés de honte. On y retrouve encore des étincelles de la détermination du jeune homme sorti un 13 janvier à la quête de sa liberté. Debout et fier tel un soldat, il a été propulsé par cette flamme de jeunesse qui nous fait si souvent croire, à tord, que nous sommes invincibles. Surtout lorsqu’on a 21 ans, qu’on est grand et costaud, avec une année et demi de militaire derrière soi.
La fierté de son père, la prunelle des yeux de sa mère, il a suffit d’une seule balle pour faire basculer sa vie.

Ça c’est passé un 13 janvier dans la petite localité de Morneg (banlieue de Tunis). Il participait à une manifestation pacifique entouré de ses proches et amis tandis que les policiers et les agents de la garde nationale se terraient comme des rats dans le poste de police. Soudain, une rafale de balles surgit depuis la fenêtre du poste, dont une l’atteint directement en dessous de la gorge. ..Celui qui lui a tiré dessus voulait le tuer, il n’y a point de doute.

Il s’appelle Rached El Arbi. Sa photo a fait le tour du net le présentant comme un martyr. Je me rappelle encore du jour où je l’ai vue : son regard voilé, sa bouche grande ouverte, j’ai cru qu’il rendait l’âme. Un miraculé disaient ses médecins.


Rached El Arbi juste après la blessure par balle


Au premier coup d’œil, tout le monde le croyait mort. : Allah yarahmou (Que Dieu ait pitié de son âme) disait chaque médecin qui l’apercevait.
En entrant dans la salle s’opération, le pronostic fourni à sa mère était macabre. Personne ne croyait plus en sa survie, la balle avait fracassé une vertèbre dorsale (D3) et sont sort oscillait entre la mort ou la paralysie totale. Toutefois, Dieu en voulut autrement et après 12h d’opérations miracles, il en sortit vivant… mais, avec le bas du corps paralysé.

Après plusieurs mois à l’hôpital où la mort l’a frôlé maintes fois, il a été convenu qu’il serait transféré à un centre de rééducation. Son médecin a conseillé la famille de l’emmener à la Clinique de la Soukra, la seule en Tunisie ayant l’équipement et les moyens de lui accorder les soins adaptés à son état et faire en sorte qu’il s’améliore. Finalement, il a été décidé qu’il serait hospitalisé au centre de rééducation de Jbal El Wesst, la clinique de la Soukra étant vouée à des malades plus importants et surtout dont le porte feuille est mieux garni.

Il est ainsi depuis plusieurs mois, entre le centre de rééducation désuet de Jbal el West et les bras désabusés de sa famille qui se chargent de lui durant le week-end. Il est obligé de porter constamment des couches et d’horribles escarres infectées lui rongent la peau des fesses. Il est complètement dépendant pouvant à peine tenir son équilibre lorsqu’il est assis.

Sa mère nous a sortis les boites de médicaments dont il dépend quotidiennement et que la famille est obligée de payer de ses propres poches : une véritable pharmacie!
Les 3000 dinars que l’état a fourni comme aide ont à peine suffit à payer les couches …




Je me rappelle encore du regard fier de Rached qui s’est cassé, et sa honte je l’ai ressentie et elle m’a brûlée lorsque sa mère lui a enlevé ses couches et l’a allongé pour que mes amis filment ses escarres. J’ai retourné la tête par respect envers sa pudeur, mais sa douleur m’électrocutait l’épine.

Imaginez un jeune homme de 21 ans dont la mère change les couches 3 fois par jour! Pire encore, pour vider sa vessie Rached ne peut le faire qu’à travers des sondes vésicales ce qui constitue à chaque fois un vrai cauchemar pour lui et sa mère…

Les mots de sa mère résonnent encore à mes oreilles lorsque voyant mon désespoir devant la carte mémoire pleine de ma caméra, elle me tint par les épaules et me dis ces mots que je n’oublierai jamais: « Benti (ma fille), ne t’en fais pas! Ce n’est pas grave si tu ne filmes pas tout. Moi je veux que toi tu me comprennes. Que toi tu sentes ma douleur, et alors là seulement tu pourras la transmettre aux autres pour qu’ils soient au courant de l’état de Rached. Benti, ton regard empathique vaut pour moi le monde entier ».

On se sentait en la présence d’un héros, d’un jeune homme auquel nous devions toute cette liberté (fut-elle momentanée) dont nous jouissions. Un héros oublié, marginalisé…un héro avec un grand cœur, qui comble de tout, nous était reconnaissant. Il nous remerciait, nous démontrait sa gratitude et personnellement ça me tuait…Je voulais en dire plus, lui avouer mon admiration, mon respect et surtout ma honte, mais je n’ai rien dis. Je crois qu’à travers nos yeux embués de larmes il a tout compris…

La dernière phrase de Rached alors qu’on s’apprêtait à quitter nous bouleversa encore plus et restera à jamais gravée dans nos mémoires. Avec son fameux regard fier, et arborant un léger sourire confiant, il dit :« lundi quand je retournerai à Jbal El Wesst je ne serai plus le même homme qui en est venu vendredi. Maintenant que je sais qu’il y a des gens sensibilisés à ma cause et qui tentent de m’aider, je ferai tout mon possible pour ne pas vous décevoir et que vos efforts trouvent un écho. Il serait inutile que vous tentiez de m’aider sans que j’en mette du mien. J’ai de l’espoir!!».

Sa mère disait craindre, pour la première fois de sa vie, le mois du Ramadan. Ne pas savoir comment se diviser entre son fils loin d’elle et ses autres enfants qui ont tout aussi besoin de sa présence.
Faisons en sorte que chez la famille Bel Arbi, la deuxième moitié de ce mois saint soit différente de la première. Que chacun ayant les moyens de faire un geste généreux le fasse et aide Rached et sa famille.

Rached a besoin d’une aide immédiate pour AU MOINS intégrer la clinique de la Soukra, et être ainsi pris en charge adéquatement et atténuer du mieux possible de sa souffrance et celle de sa famille.

Écoutez la vidéo du témoignage de Rached et sa mère, beaucoup de détails plus graves que je ne peux écrire dans un seul article, y sont relatés….Pour contacter la famille de rached voilà le numéro de sa mère : 22366351 et le numero de son frère Tarek : 23700662
Soutenir la famille de Rached moralement et matérielement est un devoir révolutionnaire et humain !

N.B : on a su récemment à travers le frère de Rached que ce dernier est entrain de sombrer dans une dépression et que les infections des escarres ont empirées, des escarres qui s’infectent alors que Rached est sous des “soins médicaux” à Jbel Lwest…..nous devons faire vite….


هل هذا جزاء من تحدّى الرصاص الحيّ بصدره العاري ليهدي لتونس ثورة ؟؟؟

و هل يهون جريح الثورة على الثوّار ؟؟ أليس الواجب أن تُقدّم الرعاية الطبية و النفسية اللازمة لرشاد العربي ؟؟؟ إن لم يكن من باب الإعتراف بالجميل فمن باب الإنسانية ؟؟

 رشاد ابن لعائلة بسيطة نعيش بما يكفي لسد الاحتياجات اليومية و السكن …حياتهم كانت عادية إلى حدود يوم 13/01/2011 …رصاصة أطلقها شرطي غيّرت كل شيئ …كانت تونس حينهاتعيش حالة غليان …أعداد الشهداء تزيد يوما بعد يوم…و في خضّم ذلك قرّر أبناء حيّ رشادتنظيم مسيرة سلمية مساندة للثورة و مطالبة بالحرية… كانت المسيرة تجوب المدينة وكان رشاد من بين المتظاهرين عند وصولهم أمام مركز الشرطة ومن دون آي إنذار تم استعمال الرصاص الحي وأصيب رشاد مباشرة في عنقه برصاصة عون امن  في محاولة لقتله و كان ذلك على الساعة 16و 20 دقيقة وتم نقله مباشرة إلى مستشفى الحروق و الإصابات البليغة ببن عروس …. أجريت عليه عملية أولى على مستوى جانبه الأيمن لتوقيف النزيف الداخلي برئتيه عملية دامت 4 ساعات توقف فيها قلبه عن النبض و عاد من جديد للحياة ليتم نقله مباشرة لمستشفى الرابطة بتونس حيث أجريت عليه عملية ثانية على الصدر لرتق عرق القلب الذي تمزق و دامت 3 ساعات ثم عملية ثالثة على عموده الفقري لاستخراج الرصاصة ووضع دعامة حديدية على الفقرة الثالثة وقد دامت 5 ساعات و أخيرا عملية رابعة على رقبته دامت ساعتين اثر التهاب, كل هذا في ظرف 48 ساعة حيث ما إن يستفيق من أثار مخدر عملية حتى يقوم بعملية أخرى.

المعاناة لم تتوقف عند هذا الحد فقد عانى رشاد من الحرارة المرتفعة لجسده لتصل 42 درجة في بعض الأحيان و من الإمراض الجرثومية و من الآثار الجانبية لتغيير 60% من دمه الذي فقده.

مكث رشاد أكثر من شهرين بقسم الإنعاش و العناية المركزة ليتم نقله إلي المركب الصحي بجبل الوسط لتقويم الأعضاء و يعاني من شلل نصفي

شاب في 21 أصبح مقعدا يعيش على كرسي متحرك

From his eyes misty with a mixture of weariness and bitterness he launched a proud look that has drowned us in shame. It include a determination of a young man who went out Jan. 13th in search of freedom. Standing and proud as a soldier, he was propelled by the flame of youth that we so often believe, undetermined, that we are invincible. Especially when he already is 21 years old , with one year and a half of military

it took one bullet to switch his life.

It happened on January 13 in a small town called Morneg (suburb of Tunis). He participated in a peaceful demonstration surrounded by his family and friends while the police and National Guard officers were hiding like rats in the police station. Suddenly a burst of ball emerges from the window, one reaches directly below the throat. .. The man who shot him ,wanted to kill him, there is no doubt.
His name is Rashid Bel Arbi. His picture has been around the the globe presenting him as a martyr. I still remember the day I saw his picture : his eyes veiled, his mouth wide open, I thought he was dead but it was miracle because it turned out he was still alive doctors words
At first glance, everyone thought he was dead. : Yarahmou Allah (God have mercy upon his soul) says every doctor who looked at him .
Upon entering , the room takes place, the prognosis given to his mother was macabre. No one was able to believe upon his survival, the bullet had shattered a dorsal vertebra (D3) and he ranged out from death or total paralysed. However, God wanted otherwise and after 12 operations miracles, he came out alive … but with the lower body paralyzed.
After several months in the hospital where death came close many times, it was agreed that it would be transferred to a rehabilitation center. The doctor advisedhis family to take him to the clinic of Soukra, the only in Tunisia with the equipment to grant him the appropriate treatment for his condition and make him feel better. Finally, it was decided that it would be hospitalized at a rehabilitation center in El Jbal Wesst the clinical Soukra is dedicated to the people who are considered wealthy
As days pass buy rachid Has been the same for several months between the rehabilitation center outdated Jbal el West disillusioned and in the arms of his family who takes care of him during the weekend. He has to constantly wear diapers ,horrible sores infected his skin . he is completely depending on others . his arely able to keep his balance when seated.
His mother showed all boxes of drugs that he depends on daily . the family has to pay from their own pockets: a real pharmacy!
The 3000 dinars that the state has provided as an aid is barely enough to pay for diapers …
I still remember the proud look of Rached, and I felt ashamed and burned when his mother removed his diapers and has extended to my friends filming his bedsores. I had hidden my face out of respect for his modesty.
Imagine a young man a 21 years old whose mother changes diapers three times a day! Worse, to empty his bladder Rached can do that through catheters which is each time a nightmare for him and his mother …
The words of his mother still remains in my mind , when the memory card of camera was full , she held me by the shoulders and told me these words that I will never forget, “Benti (my daughter), don’t worry about it! It does not matter if you do not film it all. I want you to understand me. I want you to feel my pain, and then only then you can pass it to others to be aware of Rached situation . Benti, your empathy means t world to me . ”
We felt as the presence of hero was beside us , a young man whom we owe all this freedom (it was temporary) we enjoyed. A forgotten hero, marginalized … a hero with a big heart, which fills all, we are grateful. He thanked us he showed us his appreciation and personally it was killing me … I wanted to say more, to confess my admiration, my respect and above all my shame, but I didn’t say anything . I believe that through our eyes filled with tears he understood us ..
The last sentence of Rached when we were about to leave was even more upsetting and will remain forever engraved in our memories. With his pride, and with a confident smile, he said, “Monday when I return to El Jbal Wesst I am no longer the same man who got ther on firday. Now that I know there are people aware of my case and trying to help me, I will not disappoint you and your efforts are reflected. It would be useless as you were trying to help me unless I put my efforts . I have hope! “.

His mother said she was afraid for the first time in her life of the month of Ramadan. Not knowing how to divide between her son away from the house and other children who also needed her presence.
Let’s make a difference together for rached’s family , let’s make the second half of this holy month different from the first. everyone who can afford to make a generous gesture please do in order to help a human bein

Rached needs immediate assistance to AT LEAST integrate clinical Soukra, and thus be supported adequately his suffering.

Listen to the video of the testimony of Rashid and his mother.

Ps: Since our visit, which is three weeks, it became known recently through the uncle of Rached, that he was spirited from sinking into a depression … we must act quickly ….
Source: nawaat