jeudi 23 août 2012

Le reality show du Pentagone

par Manlio Dinucci, 21/8/2012. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Traductions disponibles : English  Español 
Les commandos se jettent en mer du haut d’un hélicoptère et, arrivés sur la rive en zodiac, ils éliminent les ennemis avec leurs fusils d’assaut, minent un dépôt, qui explose tandis qu’ils repartent, agrippés à l’hélicoptère. Ceux qui accomplissent l’action ne sont pas des Marines ou des Navy Seals (forces spéciales de la marine de guerre), mais des acteurs, des chanteurs, des champions sportifs ou hommes d’affaires connus.
Recrutés par la chaîne US NBC pour le reality show "Stars Earn Stripes" ["Des stars récoltent des galons", jeu de mots avec "Stars and Stripes", "des étoiles et des bandes3, nom de l'hymne national US, NdT], ils sont entraînés et accompagnés dans l’action par d'authentiques  membres de commandos, dont des Bérets Verts. 

Le but du show, précise la NBC, est de rendre hommage à "nos héros" qui reviennent des guerres, en montrant "quelles incroyables missions ils accomplissent dans la réalité". Chaque concurrent participe contre une somme d’argent, qu’il offre à une association de bienfaisance pour militaires, poussant ainsi les téléspectateurs à contribuer de leur poche. Mais ce qui rend unique ce show est son exceptionnel meneur de jeu : le général Wesley Clark, ex-Commandant suprême des forces alliées en Europe de 1997 à 2000.  C’est lui qui planifie les missions des concurrents, les guide et les juge. Et il ne manque pas d'’expérience : c’est lui qui a planifié et commandé la guerre contre la Yougoslavie. 

Une fois à la retraite, Clark a écrit des livres et donné des cours sur la manière de "mener et gagner la guerre moderne", sur la base de celle de 1999.  Ce fut la première guerre menée par l’OTAN dans ses 50 ans d’histoire, explique Clark, pour "mettre fin à l’épuration ethnique de Milosevic contre les Albanais du Kosovo". Une guerre dans laquelle "l’Amérique a fourni la direction et a choisi les objectifs à frapper". Mais le Pentagone la transforma en "guerre de l'OTAN", en impliquant ses alliés qui effectuèrent 60% des attaques aériennes. 

C'est ainsi que Wesley Clark décrit le palimpseste d’un autre reality show, bien plus important que celui de la NBC, et que le Pentagone diffuse en mondovision pour faire prendre les vessies pour des lanternes, en camouflant les causes et les buts de la guerre. 

Ce scénario s’en tient à deux règles : focaliser l’attention de l’opinion publique sur l’ennemi numéro un du moment (Milosevic, Ben Laden, Saddam Hussein, Kadhafi, Assad, Ahmadinejad) en montrant comme il est dangereux, et comme  l’intervention militaire  est juste et urgente; mouiller les alliés, mais faire en sorte que les USA aient toujours la direction des opérations.

Dans le reality show de la guerre, il est permis de fabriquer des "preuves" contre les ennemis : comme celles présentées à l’ONU par le secrétaire d’Etat Colin Powell, le 5 février 2003, pour démontrer que l’Irak possédait des armes biologiques de destruction massive. "Preuves" dont Powell lui-même a admis plus tard la fausseté, demandant à la CIA et au Pentagone d’expliquer pourquoi ils lui avaient fourni des "informations inexactes".

Mais désormais le reality show de la guerre est passé à de nouveaux épisodes : on accuse maintenant  l’Iran de vouloir fabriquer des armes nucléaires (en passant sous silence le fait qu’Israël en possède depuis des décennies, et les tient pointées contre l’Iran et d’autres pays). Des émissions populaires comme « Stars Earn Stripes » contribuent aussi à alimenter l’idée de l’ennemi et de la nécessité de se défendre.

Wesley Clark pourrait réaliser une version italienne de l'émission en recrutant un comparse exceptionnel : Massimo D’Alema, qui en 1999, quand il était Premier ministre, a mis les bases et les forces armées italiennes aux ordres du futur animateur du reality show « Stars Earn Stripes ».

Mo et Saamiya, les deux faces de la Somalie

par Igiaba Scego, 18/8/2012. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
 Mo Farah, qui est arrivé en tant que réfugié au Royaume-Uni, est maintenant un héros national : après avoir remporté le 10 000 et  le 5 000 mètres, il a également été reçu par Cameron. Saamiya, en revanche, qui avait couru le 200 mètres aux JO de Pékin – il n’y avait là que deux athlètes somaliens – n’était pas à Londres : elle est morte dans une charrette de la mer  en essayant d'atteindre l'Occident pour échapper à la guerre.
Une des photos des Jeux Olympiques de Londres les plus partagées sur les réseaux sociaux était celle d'Usain Bolt dansant à côté du jeune et étonnant athlète britannique Mo Farah. Le roi des Jeux Olympiques plaisante pas avec le roi d'Angleterre, a-t-on entendu de toutes parts.  En fait, Mo Farah après avoir triomphé dans ses deux disciplines, le 10 000 mètres et le 5 000 mètres, a été célébré en grande pompe aussi bien par par les institutions que par le public de son pays.
Cameron l’a reçu à Downing Street, les Postes royales ont fait repeindre d’or en son honneur la boîte aux lettres devant le bureau de poste d’Isleworth et de nombreux Britanniques envisagent, après son exploit, d'appeler leurs prochains enfants Mo. En peu de temps, un garçon simple et un peu timide est devenu le symbole de tout un pays. Et même, à y regarder de plus près, de deux pays. En fait, Mo Farah est d'origine somalienne. Il est né en 1983 à Mogadiscio, en Somalie, un pays encore ravagé par une terrible guerre civile.
 
Aujourd'hui, la Somalie est à la veille d'un vote délicat, le 20 août on élira un nouveau président. Une élection très attendue qui pourrait vraiment conduire le pays vers un avenir de paix et d'espoir. Il y a encore beaucoup de doutes, l’issue de l'élection est incertaine, mais les Somaliens semblent cette fois-ci y croire sérieusement. Même ceux qui se sont réfugiés à l'étranger envisagent maintenant de rentrer, sinon pour toujours, du moins pour jeter un coup d’œil. Les vols à destination de Mogadiscio sont pleins depuis des mois, il n'y a plus de places jusqu'en novembre, disent les gens bien informés.
 
Il y a une ébullition. Certes, trouver une maison à Mogadiscio n'est pas facile. Seul un petite portion de territoire a été «pacifiée». Et c'est dans cette partie que se déroule la vie politique et sociale de la nouvelle Somalie. Tout cela a bien sûr un coût prohibitif et cela ne met pas à l’abri d’éventuels attentats-suicides d’Al Shabab, le groupe fondamentaliste somalien lié au terrorisme international. Pour cette raison, les loyers montent en flèche à Mogadiscio. Les prix du marché de l'immobilier frôlent ceux du Marais à Paris. Pur surréalisme de  guerre.


Mo Farah exulte avec Usain Bolt
Mais beaucoup de gens puisent dans leurs économies pour  pouvoir assister à une journée annoncée par beaucoup comme un événement historique. Certains ont ouvert des restaurants après 25 ans de vie en Occident, d’autres font de l’'import-export entre la Turquie et la Somalie, d’autres encore ne sont là que pour la nostalgie. Il y a un peu de tout dans ce Mogadiscio de 2012. Une réalité en mouvement dont les médias mondiaux s’occupent peu et toujours avec les vieux schémas de la guerre froide. Et c’est cette réalité en mouvement que Mo Farah a en quelque sorte représenté avec sa foulée de guépard. Une course impossible à arrêter que la sienne. Et très belle.
 
Une course qui a pu s'épanouir grâce aux efforts de son professeur d'éducation physique Alan Watkinson. Mo, qui se  rêvait ailier droit à Arsenal s’est retrouvé au lieu de cela, par une nuit  d'août, couronné roi d'Angleterre dans un stade. Le garçon réfugié qui ne parlait pas un mot d'anglais est devenu une star sportive.  Carrière fulminante que celle du jeune Anglo-somalien. On n’oubliera pas de sitôt  l'étreinte de sa fille Rihanna et le baiser de Tania, sa compagne, enceinte de jumeaux. Cartes postales à encadrer, surtout pour une communauté comme la somalienne, qui a tant souffert ces dernières années.
 
Mais les faces d'une médaille sont toujours deux. Si l’une montre la gloire de Mo Farah, l'autre raconte l'histoire d'une Somalie qui souffre encore et qui a cessé de croire en un avenir possible sous l’équateur. C’est un ancien athlète somalien, le seul à avoir remporté une médaille pour ce pays en conflit perpétuel, qui est venu rappeler la face obscure de cette histoire. Son nom est Abdi Bile. Inconnu en Occident, c’est un héros pour ses compatriotes qui se souviennent encore avec émotion la médaille d'or aux 1500 mètres gagnée aux championnats du monde de Rome en 1987.
 
Abdi Bile, vieilli mais toujours indompté, s’est adressé dans un Somalien du passé au public rassemblé pour entendre les membres du Comité National Olympique. Abdi Bile pose une question, il demande: «Savez-vous ce qui est arrivé à Saamiya Yusuf Omar?". Personne ne connaît cette fille. Abdi Bile explique patiemment qu'elle a pris part aux Jeux de Pékin en 2008. Il étaient deux à porter le drapeau de la Somalie lors de la parade olympique, l’une était justement Saamiya. Les gens murmurent.
 
Ils ont un peu honte de ne pas connaître le nom  de cette jeune fille qui est allée toute seule  courir le 200 mètres à Pékin. Abdi Bile a une voix étranglée, il ne sait pas comment continuer son histoire. Une larme coule sur son visage marqué. Quelqu'un lui tend un mouchoir, mais il dit « je n'en ai pas besoin «  et continue : « la jeune fille, Saamiya est morte... morte en essayant d’atteindre l'Occident. Elle avait pris une charrette de la mer qui aurait du la conduire de Libye en Italie. Elle n’y est pas arrivée. C'était une très bonne athlète. Une fille splendide. »


L'athlète somalienne Saamiya  Yusuf  Omar
Le public applaudit. Un peu pour désamorcer cette infâme tension, un peu parce que cette douleur est aussi la sienne. Toutes les familles somaliennes ont eu affaire  à ces charrettes. Tout le monde a eu des parents prisonniers dans les camps libyens ou morts en Méditerranée. Saamiya et Mo, deux destins similaires qui ont emprunté des chemins différents. Saamiya, comme Mo, avait fait beaucoup de sacrifices  pour participer aux Jeux de Pékin en 2008. Le pays était dominé par des fondamentalistes islamiques, qui ne voient pas d’un bon œil une femme faisant du sport. Mais Saamiya avait des rêves. Elle avait grandi dans la pauvreté, aînée de six enfants. Elle voulait y arriver à tout prix. Elle sentait qu’en s’entraînant bien, elle aurait quelque chose en retour.
 
Londres 2012 était à son programme. Après Pékin,  la terre magique qui avait donné refuge à un grand nombre de ses compatriotes ne lui semblait plus si lointaine.
 
En surfant sur la toile, vous rencontrerez souvent le visage adolescent de Saamiya. On la voit dans l'uniforme bleu de la Somalie et avec un bandeau blanc retenant ses belles tresses noires. Wikipedia a une fiche sur elle. Wikipedia sait que Saamiya est née en 1991, la première année de la guerre en Somalie, mais ne sait pas qu’elle est morte en Méditerranée.
 
Mo Farah  et Saamiya Yusuf Omar, deux jeunes, le même pays de naissance, des destins croisés et opposés. « Nous sommes ravis pour Mo, il  est notre fierté», a déclaré Abdi Bile , « mais n'oublions pas Saamiya ». Le président (ou la présidente: Il ya deux femmes candidates) qui sortira des urnes devra tenir compte de ces deux destins s’il ou elle veut  conduire ce pays blessé vers un avenir sans guerre.

mercredi 22 août 2012

Le gouvernement allemand veut des salaires de misère

La moitié des travailleurs intérimaires à plein temps gagne moins de 1419 euros brut par mois
par Jörn Boewe, 18/8/2012. Traduit par  Michèle Mialane, Tlaxcala
OriginalRegierung will Armutslöhne
Traduction disponible : Español 


Même quand des entreprises emploient presque exclusivement des travailleurs intérimaires et les « empruntent » pour plusieurs années, le gouvernement fédéral n’y voit pas une entorse à la loi sur le prêt de personnel. La coalition gouvernementale n’envisage aucune nouvelle réglementation de quelque sorte qu’elle soit. C’est ce qui ressort d’une réponse récente du Ministère du Travail à une « petite question » de Jutta Krellmann , députée de la Linke (BT-Drs. 17/10432).
 
Cette question faisait suite à des articles de presse concernant l’entreprise Isringhausen, qui fabrique à Ludwigsfelde au sud de Berlin des sièges pour la gamme d'utilitaires  Sprinterde Mercedes-Benz . Le Märkische Allgemeine Zeitung avait relaté le 22 mai que cette entreprise n’employait que des travailleurs intérimaires, à l’exception de deux personnes, dont le directeur. Sur la totalité des « travailleurs prêtés », 30 environ travaillaient depuis six ans déjà au même poste, écrivait la MAZ, citant comme sources des personnes concernées. C’est aussi ce que dit le syndicat IG Metall local : «Mercedes exige que le sous-traitant soit établi presque à portée de voix de l’usine, tout en offrant des prix plus proches des prix chinois ou indiens que du travail allemand hautement qualifié », selon le site Internet du service administratif d’IGM à Ludwigsfelde.»
 


 "Travail intérimaire=trafic d'êtres humains". Manifestation à Francfort le 27 avril 2012. Photo dapd
«L’autorisation d’employer des travailleurs intérimaires dans la même entreprise sur une longue durée y est devenue le meilleur moyen de faire pression su les salaires », poursuit le syndicat sur son site Internet. Jusqu’à Hartz I (2003), il était interdit de prolonger un emploi intérimaire au-delà de deux ans; aujourd’hui - comme par exemple à Isringhausen - ils restent plusieurs années dans la même entreprise. C’est donc une équipe provisoire qui fonctionne comme du personnel permanent. Et si l’employeur ne veut plus de vous, un simple appel auprès de l’agence d’intérim suffit et vous disparaissez dès le lendemain. Pas de préavis, pas de plan social, pas de plainte pour licenciement abusif. »
 
 Selon la loi, «le prêt de personnel à des employeurs par des agences d’intérim ne peut être que provisoire.» La députée Krellmann voulait savoir si «le gouvernement allemand considère que l’emploi d’intérimaires depuis 6 ans et sans que l’on puisse prévoir la fin de la mission mérite l’appellation de provisoire au sens où l’entend la  loi sur le prêt de personnel. Réponse de la Ministre Ursula von der Leyen (CDU): « La notion de « provisoire » est à comprendre comme une composante temporelle flexible, sans définition de limite supérieure.» En conséquence «on n’envisage pas pour l’instant de modifier la situation juridique» et «on continuera à pouvoir employer des intérimaires sans fixer au départ une durée maximale du prêt.»
 
Mais la réponse du ministère contient aussi des indications officielles relatives aux salaires de misère en usage dans cette branche. En 2010 (dernières données disponibles), la moitié des travailleurs intérimaires à temps plein gagnait moins de 1419 euros brut. 74% se situent au-dessous du seuil de bas salaire (1802 euros). Pour comparaison, le revenu moyen des salariés déclarés était cette année-là de 2702 euros. D’après les données ministérielles la part du travail intérimaire dans les offres d’emploi se situait dernièrement aux alentours de 35%.
 
Von der Leyen « admet bien du bout des lèvres qu’elle est pour le principe « ‘à travail égal, salaire égal’ » commente Krellmann, « mais elle refuse d'établir les réglementations légales qui mettraient fin à cette situation scandaleuse. Il est grand temps d’interdire le travail intérimaire et de redonner priorité à l’emploi régulier. »

Le « Comte DRAGHI-LA » et les vampires de la BCE

par Pedro da Nóbrega, 22/8/2012
Les déclarations péremptoires assénées par le Président de la Banque Centrale Européenne au début de ce mois conditionnant toute intervention de l’institution qu’il dirige à la poursuite et à l’aggravation des politiques d’austérité qui ne cessent de causer de profonds dégâts sociaux dans les pays de l’Union Européenne ont au moins le mérite d’éclairer d’un jour cru la réalité institutionnelle de cette Union Européenne où le pouvoir effectif est inversement proportionnel à la légitimité démocratique. 
 
Surtout lorsqu’il assortit cette fin de non-recevoir aux demandes d’intervention qui se multiplient face à des situations de récession qui ne cessent de s’étendre, d’une déclaration pour le moins osée, venant d’un technocrate financier dépourvu justement de toute légitimité démocratique : « La politique monétaire ne peut pas tout, et surtout pas compenser le manque d’action des politiques », fermez le ban ! 


Mario Draghi en commandant du Titanic Europe, au carnaval de Viareggio (Italie) en janvier 2012
 
Outre le fait que ces propos traduisent un mépris incommensurable à l’égard des responsables politiques, ils illustrent la matrice illégitime et autoritaire de l’institution que dirige ce triste sire. Car ils négligent totalement le fait que la politique monétaire constitue précisément un des piliers de la souveraineté populaire et démocratique et que son action devrait justement, dans le cadre d’institutions qui se veulent démocratiques, être soumise au contrôle de la représentation politique.
Or il n’en est rien et malgré la situation de récession que connaissent l’Espagne, la Grèce et le Portugal notamment, la seule injonction émise par le Président de la B.C.E. réside dans l’approfondissement de la politique austéritaire, ce qui dans le langage « châtié » des financiers s’intitule la poursuite des « efforts de consolidation budgétaire et de réformes structurelles ». C’est-à-dire continuer à saigner les peuples jusqu’à la dernière goutte.
 
Ils éclairent aussi d’un jour cruel les illusions de ceux qui croient pouvoir infléchir cette dictature des marchés en se satisfaisant de quelques couplets pavés de bonnes intentions sur la croissance mais qui ne comportent aucune obligation ni encore moins d’engagements financiers significatifs.
 
Cette posture ainsi que le sermon sur la « responsabilité budgétaire » apparaissent d’autant plus scandaleux venant de quelqu’un qui a exercé les plus hautes responsabilités au sein d’un groupe financier au cœur des plus gros scandales financiers de ces dernières années, Goldman & Sachs, par exemple celui des « subprimes » aux U.S.A., déclencheur de la crise qui se prolonge aujourd’hui.
Mario DRAGHI allait même jusqu’à affirmer lors de son investiture à la tête de la BCE : « J'assume » mon passage chez Goldman Sachs.
Son « passage » certes, mais assurément pas ses responsabilités puisque le Département US de la Justice a décidé vendredi 10 août de ne pas poursuivre Goldman Sachs à la suite de l’enquête lancée sur les transactions des prêts hypothécaires subprime.
 
Pour un donneur de leçons de morale budgétaire, voilà qui fait tache dans le décor et pose un sérieux problème de crédibilité. Cette décision a inspiré le commentaire suivant à Neil BAROFSKY, professeur de droit à la New-York University dans le magazine économique Business Insider, pourtant peu suspect d’abriter des « exaltés anti-capitalistes » :
"Cela nous rappelle qu'aucun individu, ni aucune institution n'a jusqu'à maintenant été tenu responsable pour son rôle dans la crise financière.  Sans cette prise de responsabilité, les scandales sans fin touchant les mégabanques continueront inévitablement."
Mais le « Comte DRAGHI-LA », tout à son rôle de « vampire en chef » ne saurait s’embarrasser de questions de crédibilité et de responsabilité qu’il prône pour les autres, l’œil toujours rivé sur la ligne des profits de la spéculation financière. Car les pseudos « plans d’aide » destinés à résorber les « dettes publiques » visent surtout et d’abord à protéger les profits des banques privées généreusement alimentés par les prêts à des taux très bas aimablement consentis par cette même BCE. Des masses d’argent que ces mêmes banques privées prêtent à des taux usuraires aux États membres de l’Union Européenne, en particulier pour les plus vulnérables, quand elles ne les placent pas pour les faire fructifier à la BCE, prétextant un « environnement trop risqué » ! Sur les plus de mille milliards d’euros prêtés en 2011 par la BCE à ces établissements privés, moins de la moitié a été mobilisée pour des prêts.
 
Dans ce contexte, la campagne qui se développe actuellement en France pour exiger un référendum sur la ratification du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance dans l’Union économique et monétaire, appelé aussi Traité Merkel-Sarkozy prend tout son sens.
 
L’éventualité envisagée par le Président François Hollande d’une ratification sans consultation populaire marquerait non seulement le reniement d’un des engagements majeurs de sa campagne, à savoir la renégociation du Traité qui reste pour l’essentiel intact, mais constituerait un aveu d’impuissance face au pouvoir de la finance lourd de dangers politiques pour l’avenir. Un signal de résignation et de désespérance également pour tous les peuples européens souffrant aujourd’hui très durement des politiques d’austérité. Car c’est la logique même de ce traité qui reste totalement incompatible avec toute politique de gauche : d’abord en soumettant la définition des grandes orientations socio-économiques des États à des organismes non élus dépourvus de toute légitimité démocratique au détriment des représentations politiques issues de consultations populaires. Ensuite en asphyxiant la demande et en étranglant l’investissement, il interdit toute politique de relance et conduit invariablement à la récession, à l’image de ce qui se passe déjà dans plusieurs pays de la zone euro, sous peine de sanctions financières. Plus globalement en nourrissant la défiance envers l’action politique en accordant la primauté à des critères de rentabilité financière qui donnent un pouvoir exorbitant à des institutions financières hors de tout contrôle démocratique telles que les agences de notation par exemple.
 
Le pouvoir socialiste français ferait bien de méditer sur les dégâts causés en Amérique Latine par ces mêmes politiques lors de ce que l’on a appelé la « décennie perdue » mais aussi sur leurs conséquences politiques. C’est par le choix de la rupture avec ces logiques néo-libérales que les peuples d’Amérique Latine ont pu trouver une issue mais certainement pas par la soumission au diktat de la finance qui a vu les gouvernements sociaux-libéraux qui s’y sont soumis en Grèce, en Espagne et au Portugal par exemple être balayés pour laisser la place à une droite plus dure que jamais. Le Président français qui disait lors de sa campagne vouloir affronter le pouvoir de la finance devrait s’en inspirer sous peine de connaître le même sort.

mardi 21 août 2012

Allemagne : une modification de la Constitution qui ne dit pas son nom-Le juge Gaier fait de la résistance


par German-Foreign-Policy.com, 20/8/2102. Traduit par  Michèle Mialane, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Un Juge de la Cour constitutionnelle critique vivement la sentence qu’a rendue l’instance judiciaire suprême allemande relativement à l’engagement de la Bundeswehr à l’intérieur du pays. La décision du Tribunal constitutionnel fédéral d’autoriser l’emploi d’armes de guerre en cas de catastrophes naturelles ou d’accidents graves y compris sur le territoire de la République fédérale n’est « pas acceptable » selon le juriste Reinhard Gaier.

Reinhard Gaier
Comme il ne peut être désormais exclu que les forces armées deviennent « un instrument de politique intérieure », le Tribunal a enfreint un « principe fondamental » de la « chose publique » allemande. À terme les effets seront ceux d’une « modification de la constitution ». Selon ce juriste, cette décision du Tribunal constitutionnel fédéral met directement en question le principe de la Loi fondamentale (Constitution) qui « rejette le militarisme allemand, cause de la mort de millions de personnes au cours de deux guerres mondiales ».
Abandon de principes fondamentaux
Vendredi dernier, le Tribunal constitutionnel fédéral a publié sa sentence définitive relative à l’autorisation et aux limites des engagements de la Bundeswehr sur le territoire national. Le point de départ en était la « loi sur la sécurité aérienne » qui autorise les forces armées à abattre des avions transportant des passagers, s’ils étaient susceptibles de servir d’arme pour un attentat analogue à celui du 11 septembre. Le passage en question avait certes été annulé par les juges; mais la nouvelle sentence autorise la Bundeswehr à faire usage d’armes de guerre en cas de catastrophes naturelles et « d’accidents particulièrement graves ». Un seul juge constitutionnel sur quinza a déclaré qu’il n’approuvait pas cette décision: selon Reinhard Gaier, on assiste à « l’abandon de principes fondamentaux » (1)
Rejet du militarisme allemand
Selon ce juriste, cette décision de la plus haute instance judiciaire allemande enfreint le principe en vertu duquel « les forces armées ne doivent jamais être utilisées comme instrument de politique intérieure ». Avant de s’expliquer plus en détail, il rappelle à ses collègues qu’initialement la nouvelle Constitution allemande ne prévoyait pas de forces armées: « La Loi Fondamentale rejette le militarisme allemand, cause d’inimaginables horreurs et de la mort de millions de personnes au cours de deux guerres mondiales. En 1949 la Constitution de République fédérale allemande n’instituait pas d’armée; le retour de la Défense nationale en Allemagne en 1956 mérite parfaitement le nom de ‘tournant dans l’évolution de la République fédérale’ » .
Stricte séparation
Gaier compte au nombre des « conséquences constitutionnelles obligatoires » de « l’histoire particulière» de l’Allemagne la « séparation entre l’armée et la police ». C’est cette dernière et elle seule qui est compétente pour « assurer la sécurité intérieure », déclare le juriste : « Sa fonction est de parer aux dangers et la police doit disposer uniquement des armes adaptées et nécessaires pour y parvenir; en revanche les unités de combat et les forces armées visent à anéantir un adversaire, ce qui nécessite un armement spécifiquement militaire. Il faut une séparation stricte des deux tâches. » Celui qui enfreint ce principe « méconnaît le code génétique de ce pays » écrit Gaier. Certes le législateur a déjà « défini les présupposés pour l’intervention les forces armées dans la protection civile contre les catastrophes », mais ceux-ci « n’autorisent que des mesures de type policier et non des interventions de type militaire ».
La décision du tribunal annulle la disposition constitutionnelle de non-intervention de l'armée dans les affaires intérieures. Dessin d'Erl 
Une grande marge de manœuvre
Ce qui déplaît particulièrement au juge, c’est l’autorisation donnée par le Tribunal à la Bundeswehr d’intervenir sur le territoire national avec des armes de guerre pour parer à un évènement « d’une ampleur catastrophique » et « susceptible presque à coup sûr d’être imminent», et qui pourrait « en outre résulter de la volonté d’un tiers ». Le Tribunal constitutionnel fédéral « enrichit certes ainsi les modalités d’application du droit de nouvelles notions, qui manquent cependant de clarté et peuvent avoir des conséquences imprévisibles », écrit Gaier dans son « avis minoritaire » : « Nous avons affaire à des catégories tout à fait imprécises, qui échappent à peu près à tout contrôle juridique effectif, et laissent dans la pratique quotidienne une grande placeà des estimations subjectives, des interprétations toutes personnelles et des pronostics peu sûrs, pour ne pas dire hâtifs. » Et notamment en ce qui concerne l’intervention de forces armées sur le territoire national une telle façon de procéder n’est tout simplement « pas acceptable. »
La Constitution, une sacrée planche à percer ! Sur la perceuse, les noms des deux hommes qui ont déclenché l'affaire en 2007 : les politiciens démocrates-chrétiens Jung et Schäuble. Dessin de Stuttmann
À l’ombre des armes
Les formulations choisies par le Tribunal constitutionnel fédéral font entrevoir à Gaier le danger concret d’une utilisation de « l’intervention des forces armées sur le territoire national (...) dans le but d’intimider la population par leur simple présence , par exemple lors de manifestations ». Il pose une question rhétorique: « Comment par exemple empêcher, dans le cas de grandes manifestations antigouvernementales, comme il y en a eu entre autres en juin 2007 à l’occasion du sommet du G8 à Heiligendamm, que l’on puisse craindre que l’agressivité de quelques groupes isolés ne soit « susceptible presque à coup sûr d’entraîner de manière imminente» des violences considérables causant des «dommages catastrophiques » et donc recourir à l’intervention d’unités armées de la Bundeswehr? De toute évidence Gaier songe aux métaphores que nous ont apprises les dictatures militaires : « Il est difficile à la liberté d’opinion de prospérer à l’ombre d’un arsenal militaire.»
En-dehors de son domaine de compétences
En ultime instance la décision relative à l’engagement des forces armées sur le territoire national revient à « modifier la Constitution », estime le Juge Gaier, et à permettre précisément « ce qu’il a été impossible au gouvernement fédéral d’imposer il y a trois ans contre un partenaire de coalition et en dépit du vote au Bundesrat*. » Donc l’instance judiciaire suprême en Allemagne a clairement outrepassé ses compétences, note Gaier : En matière de législation « ce n’est ni la tâche ni du ressort du Tribunal constitutionnel fédéral d’apporter des corrections.»
Si les juges constitutionnels votent contre le Mécanisme européen de stabilité et le Pacte budgétaire, nous serons devant l'imminence d'une situation exceptionnelle de dimensions catastrophiques !  Bien fait pour eux! 
Dessin de 
Stuttmann
Troubles internes
Cette modification indirecte apportée, selon Gaier, à la Constitution, vient d’accorder à la Bundeswehr une légitimation de ses préparatifs, commencés depuis assez longtemps déjà, en vue d’opérations de guerre sur le territoire national. Tout récemment les forces armées allemandes ont mis sur pied des « unités de sécurisation et de soutien » pour « la protection d’installations » et la répression de « troubles internes. » Parallèlement des manœuvres d’entraînement à l’affrontement armé avec des combattants ennemis sur le « front intérieur » sont en cours : voir german-foreign-policy.com (2).
* Conseil fédéral de 69 membres représentant les Länder et nommés par leurs gouvernements. Equivalent d’un sénat [NdE]

(1) Sources et sources suivantes : Tribunal constitutionnel fédéral, 2 PBvU 1/11, 03.07.2012
(2) voir: Innerer NotstandBürgerkriegsmanöver etTerritoriale Reserve 

lundi 20 août 2012

"Je demande au Président Obama de cesser la persécution contre WikiLeaks": discours de Julian Assange depuis l'ambassade d'Equateur à Londres

Voici le discours tenu par Julian Assange depuis un balcon de l'ambassade équatorienne à Londres le dimanche 19 août 2012, avec traduction française


Vous m'entendez ?
Je suis ici aujourd'hui parce que je ne peux pas être avec vous là-bas, mais, merci à vous d'être venus, merci pour votre détermination et votre générosité d'esprit.

Dans la nuit de mercredi, après qu'une menace a été envoyée à cette ambassade et que la police a tenté une descente sur ce bâtiment, vous êtes venus en pleine nuit, et vous avez apporté avec vous les yeux du monde.

A l'intérieur de l'ambassade, je pouvais entendre des équipes de policiers envahissant le bâtiment par l' escalier interne d'incendie, mais je savais qu'il y aurait des témoins, et c'était grâce à vous.

Si le Royaume-uni n'a pas jeté les Conventions de Vienne aux orties l'autre nuit, c'était parce que le monde était en train d'observer.

La prochaine fois qu'on vous dira que c'est inutile de défendre ces droits qui nous sont chers, rappelez-leur votre veille dans l'obscurité devant l'ambassade d'Equateur et comment, à l'aube le soleil s'est levé sur un monde différent et uen courageuse nation latino-américaine a pris position pour la justice.

Un mot sur ces gens courageux. Je remercie le président Correa pour le courage qu'il a démontré en examinant et en acceptant ma demande d'asile.

Et je remercie aussi le gouvernement, en particulier le ministre des Affaires étrangères, Ricardo Patiño, qui a pris en compte la constitution équatorienne et sa notion de citoyenneté universelle dans l'examen de ma demande d'asile.

Et merci au peuple équatorien pour avoir soutenu et défendu cette constitution.

Et j'ai aussi une grande gratitude à l'égard du personnel de l'ambassade, dont les familles vivent à Londres, et qui ont fait preuve d'hospitalité et de gentillesse à mon égard malgré les menaces qu'ils ont tous reçu.

Ce vendredi il y aura une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères d'Amérique latine à Washington DC pour examiner la situation créée par cette affaire.

Je suis donc reconnaissant aux peuples et gouvernements d'Argentine, Bolivie, Brésil, Chili, Colombie, Salvador, Honduras, Mexique, Nicaragua, Perou, Venezuela et de tous les autres pays d'Amérique Latine qui se sont unis pour défendre le droit d'asile.

Merci aux peuples des USA, du Royaume-Uni, de Suède et d'Australie qui m'ont soutenu et donné de la force, même quand leurs gouvernements ne le faisaient pas. Et merci aussi à ceux qui, dans les gouvernements, ont la sagesse de continuer à se battre pour la justice. Votre jour viendra.

Merci à l'équipe, aux supporters et aux sources de WikiLeaks, dont le courage, l'engagement et la loyauté ont été sans égal.

Merci à ma famille et à mes enfants qui ont été privés de leur père. pardonnez-vous. Nous serons bientôt réunis.

Tout comme WikiLeaks, ce sont la liberté d'expression et la santé de nos sociétés qui sont menacées.

Nous devons saisir cette occasion pour faire voir au gouvernement des USA le choix devant lequel il se trouve. Va-t-il retourner aux valeurs sur lesquelles il a été fondé et les réaffirmer ? Ou va-t-il dégringoler dans le précipice, nous entraînant tous dans un monde dangereux et répressif, où les journalistes se taisent par peur de poursuites et où les citoyens doivent chuchoter dans le noir ?
Je dis qu'il faut faire marche arrière. Je demande au Président Obama de faire la seule chose juste. Les USA doivent renoncer à leur chasse aux sorcières contre WikiLeaks. Les USA doivent annuler leur enquête du FBI. Ils doivent s'engager à cesser de poursuivre notre équipe ou nos supporters. Les USA doivent s'engager face au monde à ne pas poursuivre des journalistes mettant en lumière les crimes secrets des puissants.

Il faut mettre fin aux discours insensés sur les poursuites contre des organisations médiatiques quelles qu'elles soient,  WikiLeaks ou  New York Times.

La guerre de l'administration US contre les lanceurs d'alerte doit prendre fin.

Thomas Drake, William Binney, John Kirakou et les autres héroïques lanceurs d'alerte US doivent - ils doivent - être grâciés et indemnisés pour les soufrfances qu'ils ont enduré au service de l'intérêt public.

Quant au soldat détenu dans une prison militaire à Fort Leavenworth, Kansas, dont les Nations Unies ont établi qu'il avait subi des mois de détention avec torture à Quantico, Virginia, et qui attend encore son procès après deux ans de prison, il doit être remis en liberté.

Bradley doit être libéré.

Et si Bradley Manning a vraiment fait ce dont il est accusé, alors il est un héros, un exemple pour nous tous et l'un des plus éminents prisonniers politiques du monde. Bradley Manning  doit être libéré.

Mercredi, Bradley Manning a passé son 815ème jour de  détention sans jugement. Le maximuml légal est de 120 jours.

Jeudi, mon ami Nabil Rajab, Président du Centre bahreïni des droits humains, a été condamné à trois ans de prison pour un tweet. Vendredi, un groupe musical russe a été condamné à deux ans de prison pour une performance politique.

Il y a une unité dans la répression. Il faut absolument y répondre avec unité et détermination.

Je vous remercie.

dimanche 19 août 2012

Ah, ces progressistes...

Les 10 ans de lois Hartz en Allemagne 
par Luis Casado, 17/8/2012. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Traduction disponible : Português  
Chacun célèbre les anniversaires qu’il peut, voilà donc les Allemands "célébrant" les dix ans des lois Hartz,  à ne pas confondre avec Herz - cœur – dont M. Hartz manquait singulièrement.
Ce DRH - comme on dit maintenant – de Volkswagen, a proposé à Gerhard Schröder, alors chancelier social-démocrate, une série de réformes visant  à augmenter la flexibilité du marché du travail, éminent  objectif qu’on peut aussi  appeler “baiser les  travailleursˮ. Ses propositions furent rapidement adoptées, ce qui provoqua la démission du ministre des Finances, Oskar Lafontaine et la division du SPD, le parti social-démocrate.
Les lois Hartz sont aujourd'hui sont l'huile de ricin que l'Allemagne veut faire avaler aux  pays du sud de l'Europe, comme si ceux-ci avaient fait l'objet d'un Anschluss, pour qu’ils retrouvent leur «compétitivité».
Schröder, arrivé au pouvoir en 1998, a rompu en 1999 avec le projet keynésien du SPD (distribuer le gâteau) et a imposé des mesures "libérales" comme unique voie vers le nirvana. Avec Tony Blair - “ma plus grande réussiteˮ, selon  Margaret Thatcher -, Schröder a tenté de théoriser cette conversion au néolibéralisme sous l’enseigne pas très bien trouvée  de «troisième voie».
Des lois inspirées par le DRH de Volkswagen la plus célèbre est «Hartz IV» qui réformé l'assurance-chômage au détriment des salariés. À de nombreuses reprises, j'ai montré que, pour les néolibéraux, le stimulant le plus efficace pour rendre les  travailleurs assidus et productifs, c'est la faim: nous y voilà.
 
Remise du Prix du ​​ «chômeur de l'année" par  Winfried Besslich
Libéralisant le marché du travail allemand, Gerhard Schröder a ouvert la porte pour que les employeurs puissent payer des  salaires mensuels de 400 euros, ou un euro par jour pour les chômeurs. On a également favorisé le travail à temps partiel et temps de travail "flexibilisé". La loi Hartz IV a réduit l’allocation de chômage à un an seulement, sans prise en compte des années de cotisation. Après un an de chômage, les chômeurs tombent tous dans la catégorie Arbeitslosengeld  II (allocation de chômage II), ils reçoivent mensuellement 374 euros. Dès lors, le chômeur Hartz IV subit un contrôle permanent de son train de vie et de sa recherche d'emploi. Avant de toucher son allocation -pour laquelle il a cotisé  de sa poche -, il doit avoir dépensé la majeure partie de ses économies. Il doit aussi accepter n'importe quel travail proposé par l'agence pour l’emploi, même avec un salaire d'un euro de l'heure, en gardant une partie de sa maigre allocation.
Comme on pouvait s’y attendre, «Hartz IV» est devenu un autre nom pour indigence. Tout le monde a essayé de sortir de cette catégorie, ce qui a dynamisé le fonctionnement du marché au profit de l'emploi précaire, qui a fortement augmenté. L'un des effets les plus remarquables des lois Hartz a été la baisse du coût de la main-d'œuvre pour les entreprises: salaire minimum = profit maximum, une autre façon de voir le soi-disant «compétitivité».
"Seuls ceux qui travaillent peuvent aussi manger" - Franz Müntefering, ministre social-démocrate  du Travail, 2006
Une autre conséquence a à voir avec la baisse de la consommation et donc l'amélioration de la balance commerciale allemande au détriment de ses partenaires commerciaux dans l'Union européenne. Mais même les partisans des lois Hartz reconnaissent qu’à partir de 2005 c’est la croissance mondiale qui a soutenu l'économie allemande. Les produits allemands ont gardé des prix  raisonnables au prix d’un serrage de ceinture des travailleurs. La demande intérieure est restée faible jusqu’en 2011 et ne réussit  pas encore à soutenir la croissance économique teutonne.
Fait intéressant, lorsque les comptes allemands étaient au rouge en 2005, Gerhard Schröder, a négocié avec Jacques Chirac  la suspension des sanctions prévues par le traité de Maastricht, celles-là même qu’Angela Merkel applique aujourd’hui avec une telle rigueur à la Grèce et à l'Espagne.
Avant de quitter la chancellerie allemande Gerhard Schröder s’est occupé avant tout de son propre avenir: il a fourni des crédits au conglomérat russe Gazprom, qui lui a renvoyé l’ascenseur en le nommant à un poste juteux. Tony Blair, son ami de la Troisième Voie, a "accepté" un  poste de conseiller dans une banque yankee pour un million de dollars par an. On voit que la social-démocratie se soucie des travailleurs...
Une autre conséquence non négligeable a à voir avec la refonte de la structure politique: la gauche du SPD et des groupes de militants syndicaux se sont  alliés avec d'ex- communistes de RDA, pour former Die Linke. Le SPD, malade jusqu'à présent des lois Hartz, a remporté 23% des voix en 2009, -19 points de moins qu'en 1998 - le chiffre le plus bas de l'après-guerre. Les électeurs préfèrent Die Linke, ou les Verts. Les centristes – démarche naturelle ? - soutiennent Merkel, c'est-à-dire la  droite. Comme l'a écrit la presse européenne, Gerhard Schröder aura été le fossoyeur des ambitions du SPD.
Pendant ce temps, les effets des lois Hartz se font toujours sentir : bas salaires, pauvreté des enfants, accroissement des inégalités. Tant et si bien que le droit allemand a récemment reconnu l'importance du salaire minimum pour toutes les branches de l'industrie et aussi pour le travail temporaire, tandis que la Cour suprême de Karlsruhe a forcé le gouvernement à réévaluer le montant des allocations familiales.
Comme nous autres Chiliens n'avons rien inventé, au Chili les lois Hartz s’appellent “lois de la Concertationˮ. Et Merkel, auf Spanisch, "Piñera".
 

vendredi 17 août 2012

Lèvres cousues : des anciens travailleurs de General Motors en Colombie à leur troisième semaine de grève de la faim

Jorge Parra, un ancien salarié de Colmotores, dit qu'il a été licencié en raison de problèmes de santé liés à son emploi à l'usine aux alentours de Bogota. D'autres racontent des histoires similaires. GM nie les allégations.
 
Au neuvième jour d’une grève de la faim pour laquelle il a cousu sa bouche fermée, Jorge Parra, un ancien ouvrier de General Motors en Colombie, affirme que son état se détériore.
Avec la bouche cousue, un groupe d'anciens travailleurs de General Motors en Colombie ont commencé leur troisième semaine de grève de la faim mercredi, exigeant une compensation pour avoir été licenciés après avoir été blessés sur leur lieu de travail.
"Nous sommes tous tout à fait prêts à mourir", a déclaré Jorge Parra, ancien métallo à l'usine Colmotores dans la banlieue de Bogota. Il parle dans un murmure, ses lèvres étant juste assez lâches pour faire sortir des mots, mais pas assez pour laisser passer de la nourriture.
"J'ai des douleurs terribles à l’estomac, mes lèvres sont gonflées et douloureuses, et j’ai des problèmes de sommeil ... Mais je ne vais pas renoncer", a-t-il déclaré au Toronto Star.
Depuis le 1 er août sept anciens travailleurs ont recouru à une aiguille et du fil pour coudre leurs lèvres. Ils disent que d’autres ont l'intention de rejoindre l’action.


Les protestataires disent qu'ils sont prêts à mourir pour leur cause.
Les travailleurs ont également manifesté devant l'ambassade US à Bogota depuis plus d'un an pour demander à l’entreprise de Detroit et aux autorités colombiennes de répondre à leurs doléances.
Ils disent qu'ils veulent deux choses: des compensations médicales et une aide pour trouver de nouveaux emplois.


Les protestataires contre GM Colombie à Bogota, sur la la photo, de gauche à droite Carlos Trujillo, Manuel Ospina et Jorge Parra, ont cousu leurs lèvres pour s’ empêcher de manger.
Parra, 35 ans, dit qu'il a été licencié par GM après avoir subi des années de blessures au travail, y compris des hernies discales et desdéchirures musculaires. Il dit qu'il est passé par trois interventions chirurgicales coûteuses et que GM lui a refusé toute indemnisation.
"Nous sommes maintenant dans une situation critique et nous devions faire quelque chose de sérieux», dit-il à propos de sa bouche cousue.
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Les hommes accusent GM de les avoir licenciés quand il sont tombés malades ou ont été blessés.
Ils accusent également GM d’avoir effacé leurs dossiers médicaux et de ne pas avoir indemnisé les salariés qui ont été blessés au travail à l'usine Colmotores.
GM a nié ces allégations.


Leurs lèvres sont cousues assez étroitement qu'ils ne puissent pas manger, mais ils sont en mesure de murmurer pour faire entendre leur point de vue.
"GM Colmotores est respectueux de la loi et n'a jamais mis la santé ou le bien-être de ses employés en danger", a déclaré GM dans un communiqué plus tôt ce mois. "En outre, la société tient à rassurer et à réaffirmer qu'aucun employé n’a été congédié pour des raisons de santé."
Les travailleurs accusent également GM de profiter des lois laxistes sur le travail en Colombie.
Ils disent qu’à la fois la Colombie et les entreprises multinationales comme GM, ont largement ignoré un nouveau plan d’action sur les conditions de travail convenu par Washington et Bogota, qui était censé améliorer les normes du travail.
La Colombie est largement considérée comme l'un des pays les plus dangereux au monde pour les syndicats. Environ 4000 syndicalistes colombiens ont été assassinés au cours des 20 dernières années, selon des estimations de l'AFL-CIO.

Photos: ASOTRECOL ASOCIACION

►En savoir plus: http://www.asotrecol.com/