vendredi 4 janvier 2013

La géopolitique du schiste

par  Robert D. Kaplan, 19/12/2012.Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Note du traducteur : ayant peu de choses en commun avec Monsieur Kaplan, je ne partage évidemment pas ses présupposés, ancrés dans l'idéologie usaméricaine de la "Destinée manifeste de l'Amérique", pas plus que je ne crois à une "fatalité géographique". Le but de cette traduction est d'alimenter la réflexion de tous les citoyens francophones qui se battent dans le monde contre la malédiction du gaz de schiste en leur fournissant des éléments de compréhension des stratégies fumantes (et fumeuses) "d'en haut" à l'œuvre.

Selon les revues élitaires et la presse d'opinion, l'avenir de la politique étrangère repose en grande partie sur des idées : l'élan moral en faveur d'interventions humanitaires, les diverses théories relatives aux taux de change et au rééquilibrage de la dette nécessaire pour arranger Europe, la montée du cosmopolitisme parallèlement à la vitalité tenace du nationalisme en Asie orientale et ainsi de suite. En d'autres termes, le monde de l'avenir peut être conçu et défini sur la base des thèses de doctorat. Et dans une certaine mesure cela peut être vrai. Comme le 20ème siècle nous l'a montré, les idéologies - que ce soit le communisme, le fascisme ou l'humanisme – comptent et comptent beaucoup.
Mais il y a une autre vérité: La réalité de grandes forces impersonnelles comme la géographie et l'environnement qui contribuent aussi à déterminer l'avenir des événements humains. L'Afrique a été pauvre historiquement [sic, NdT] en grande partie à cause de la rareté de bons ports naturels et de fleuves navigables de l'intérieur vers la côte. La Russie est paranoïaque à cause de sa masse terrestre exposée aux invasions avec peu d'obstacles naturels. Les émirats du Golfe Arabo-persique sont fabuleusement riches non pas à cause d'idées, mais à cause des dépôts importants de sources d'énergie souterraines. Vous avez compris. Les intellectuels se concentrent sur ce qu'ils peuvent changer, mais nous sommes impuissants à changer une grande partie de ce qui se passe.
 
Prenez le schiste, une roche sédimentaire au sein de laquelle le gaz naturel peut être piégé. Le gaz de schiste constitue une nouvelle source d'énergie extractible pour le monde post-industriel. Les pays qui ont d'importants gisements de schiste seront mieux placés dans la compétition entre États du 21e siècle, et ceux qui n'ont pas de tels dépôts seront défavorisés. Dans ce domaine, les idées compteront peu.
 
Stratfor, en l'occurrence, a étudié la question en profondeur. Voici ma propre analyse, influencée en partie par la recherche de Stratfor.
 
Voyons donc qui a du schiste et comment cela peut changer la géopolitique. Car l'avenir sera fortement influencé par ce qui se trouve sous terre.
 

 
Les USA, cela est avéré, ont de vastes gisements de gaz de schiste: au Texas, en Louisiane, au Dakota du Nord, en Pennsylvanie, dans l'Ohio, l'État de New York et ailleurs. L'USAmérique, indépendamment de la plupart des choix politiques qu'elle fait, est en passe de devenir un géant énergétique du 21e siècle. En particulier, la côte du Golfe, avec comme centre le Texas et la Louisiane, s'est engagée dans un  véritable boom du gaz de schiste du pétrole. Cette évolution fera de la Caraïbe une zone focale de l'hémisphère occidental sur le plan économique, ce qui sera favorisé par l'élargissement du canal de Panama en 2014. Dans le même temps, la coopération entre le Texas et le Mexique voisin va s'intensifier, comme le Mexique va devenir de plus en plus un marché pour le gaz de schiste, avec ses propres bassins de schiste exploités près de sa frontière nord.
 
Ce sont là, en partie, des nouvelles troublantes pour la Russie. La Russie est actuellement le géant énergétique de l'Europe, exportant du gaz naturel vers l'ouest en grandes quantités, ce qui fournit à Moscou un levier politique sur toute l'Europe centrale et de l'Est en particulier. Toutefois, les réserves de la Russie sont souvent dans certaines parties de la Sibérie qui sont difficiles et coûteuses à exploiter, même si la technologie d'extraction de la Russie, autrefois vieille, a été considérablement modernisée. Et la Russie pour le moment peut faire face à relativement peu de concurrence en Europe. Mais que faire si à l'avenir les USA étaient en mesure d'exporter du gaz de schiste vers l' Europe à un prix compétitif?
 
Les USA ont encore peu de capacités d'exportation de gaz de schiste en Europe. Ils seraient obligés de construire de nouvelles installations de liquéfaction pour le faire, en d'autres termes, il faudrait édifier des usines sur le golfe du Mexique qui liquéfient le gaz afin qu'il puisse être transporté par bateau à travers l'Atlantique, des installations de regazéification le reconvertiraient en gaz en Europe. Cela est faisable avec de l'investissement en capital, de l'expertise et une législation favorable. Les pays qui construiront de telles installations auront plus d'options énergétiques, pour exporter ou pour importer, quel que soit le cas. Alors imaginez un avenir dans lequel les USA exporteraient du gaz de schiste liquéfié vers l'Europe, réduisant la dépendance des pays européens vis-à-vis des sources d'énergie russe. La géopolitique de l'Europe pourrait changer quelque peu. Le gaz naturel pourrait devenir pour la Russie un outil moins politique et plus purement économique (même si un tel changement non-négligeable exigerait d'importantes exportations de gaz de schiste de l'Amérique du Nord vers l'Europe).
 
Moins de dépendance envers la Russie permettrait à la vision d'une Europe centrale et orientale véritablement indépendante et culturellement dynamique de pleinement prospérer - un idéal des intellectuels de la région depuis des siècles, même si les idées, dans ce cas, auraient peu de choses à voir là-dedans.
 
Cela pourrait être particulièrement pertinent pour la Pologne. Car la Pologne peut avoir d'importants gisements de gaz de schiste. Si les gisements polonais de schiste s'avéraient être les plus importants d'Europe (un très gros «si»), la Pologne pourrait devenir un producteur d'énergie à part entière, ce qui ferait de ce plat pays sans défenses naturelles, à l'est et à l'ouest - annihilé par l'Allemagne et l'Union soviétique au 20e siècle – un État-pivot ou une puissance moyenne au 21e siècle. Les USA, à leur tour, quelque peu libérés du pétrole du Moyen-Orient grâce à leurs propres sources d'énergie (y compris les gisements de gaz naturel), pourraient se concentrer sur le renforcement de la Pologne comme une puissance amie, tout en perdant une grande partie de leur fort intérêt pour l'Arabie Saoudite; Certes, les immenses gisements de pétrole et de gaz naturel dans la péninsule arabique, l'Irak et l'Iran maintiendront le Moyen-Orient comme grand exportateur d'énergie pour encore des décennies. Mais la révolution du gaz de schiste va compliquer l'approvisionnement et la répartition des hydrocarbures de la planète, de sorte que le Moyen-Orient pourra perdre une partie de sa primauté.
 
Il s'avère que l'Australie a également d'importantes réserves de gaz naturel, récemment découvertes, ce qui, avec des installations de liquéfaction, pourrait la transformer en un des principaux pays exportateurs d'énergie principale vers l'Asie orientale, en supposant que l'Australie réduise considérablement ses coûts de production (ce qui peut s'avérer très difficile à faire). Parce que l'Australie a déjà commencé à émerger comme l'allié militaire le plus fiable des USA dans l'anglosphère [resic, NdT], l'alliance de ces deux grands producteurs d'énergie de l'avenir pourrait cimenter encore plus l'influence occidentale en Asie. Les USA et l'Australie se partageraient le monde : tant bien que mal, bien sûr. En effet, si l'exploitation du gaz naturel non-conventionnel a quelque chose à y voir, le soi-disant monde post-usaméricain serait tout sauf cela.
 
L'émergence géopolitique du Canada - encore une fois, grâce au gaz naturel et au pétrole - pourrait amplifier cette tendance. Le Canada possède d'immenses gisements de gaz naturel en Alberta, qui pourrait éventuellement être transporté par des futurs gazoducs à venir vers la Colombie-Britannique, où, avec les installations de liquéfaction, il pourrait ensuite être exporté vers l'Asie orientale. Pendant ce temps, l'est du Canada pourrait bénéficier de nouveaux gisements de gaz de schiste qui sous la frontière se prolongent dans le nord des USA. Ainsi, des nouvelles découvertes de sources d'énergie lieraient plus étroitement les deux pays nord-américains, alors même que l'Amérique du Nord et l'Australie seront devenus plus puissants sur la scène mondiale.
 
La Chine a également d'importants gisements de gaz de schiste dans ses provinces intérieures. Parce que Pékin est grevé par relativement peu de règlementations, le régime pourrait acquérir les terres et construire les infrastructures nécessaires à son exploitation. Cela allégerait un peu la crise énergétique de la Chine et aider la stratégie de Pékin pour compenser le déclin de son modèle économique orienté vers le littoral en stimulant le développement des terres intérieures.
 
Les pays qui pourraient éventuellement souffrir à cause d'une révolution du gaz de schiste seraient les pays enclavés, producteurs de pétrole et politiquement instables comme le Tchad, le Soudan et le Sud-Soudan, dont les hydrocarbures pourraient perdre relativement en valeur à mesure que ces autres sources d'énergie seront exploitées. La Chine, en particulier, pourrait à l'avenir se désintéresser des gisements d'énergie dans ces  pays de bas de gamme [reresic, NdT] et à haut risque si le gaz de schiste qu'elle recèle se met à gicler en abondance.
 
De manière générale, l'arrivée du gaz de schiste ne peut qu'accentuer l'importance de la géographie. Quels pays ont du schiste dans leur sous-sol et lesquels n'en ont pas permettra de déterminer les relations de pouvoir. Et comme le gaz de schiste peut être transporté à travers les océans sous forme liquide, les États ayant des côtes auront l'avantage. Le monde deviendra plus petit en raison de la technologie de l'extraction du gaz non conventionnel, mais cela ne fait qu'accroître le caractère précieux de la géographie, plutôt que de le  diminuer.

mercredi 2 janvier 2013

Tunisie : Les Brigades d'intervention de retour à Thala

La video filmée hier soir à Thala, gouvernorat de Kasserine nous a été envoyée par Jaber Omri, les scènes montrent la maison de la famille du martyr Mohamed Omri après que plus de 20 policiers des brigades d'intervention ait fait irruption vers 3h du matin en lançant des bombes lacrymogènes, ils auraient agressé la sœur du martyr, Hajer Omri, ensuite ils auraient arrêté ses 3 frères : Issam, Ahmed et Khaled Omri, ils les auraient sortis nus de chez eux . La vidéo montre aussi les dommages suite à une irruption dans une autre maison voisine, où les policiers auraient lancé du gaz lacrymogène et auraient piétiné un bébé d'après les témoignages des voisins.
Twitter : @nawaat.com
E-mail: nawaat@gmail.com

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Une grande question de la Commune de Paris : la construction des barricades devait-elle être rétribuée ou bénévole ?



Commune de Paris : Affiche du 17 avril sur la rémunération des travaux de construction des barricades - Bibliothèque historique de la Ville de Paris

En dépit de ses affirmations, Ikea Israël refuse de livrer aux Palestiniens de Cisjordanie, alors qu’il fournit les colons

par Adri Nieuwhof, 4 et 28/12/2012. Traduit par JPP et Fausto Giudice
Ikea affirme publiquement que son magasin israélien fournit quiconque, sans distinction de race, de religion ou de nationalité. Mais une nouvelle fois, la preuve est faite que les affirmations d’Ikea sont fausses.
En mon nom et à ma demande, un Palestinien parlant hébreu, Iyad Misk, qui vit en Cisjordanie, a appelé Ikea pour s’informer sur les livraisons dans son village palestinien de Beit Sahour, près de Bethléhem.
Dans un courriel du 3 décembre, on me fait savoir que ma demande a été transférée à la société Moviley Dror qui fait les livraisons pour le magasin.
Le représentant « Sholy » de la société déclare que, bien que la livraison au check-point près de Bethléhem soit possible, Moviley Dror n’entre pas dans les zones de l’Autorité palestinienne. Parce que c’est dangereux, prétend Sholy.
Sholy précise que Moviley Dror ne passe pas le check-point, même si la zone est classifiée comme Zone C selon les Accords d’Oslo (une partie du village de Beit Sahour est en Zone C). La Zone C couvre plus de 60 % de la Cisjordanie et se trouve sous le total contrôle militaire israélien.
Environ 150 000 Palestiniens vivent en Zone C, selon le bureau des Nations-Unies pour la Coordination des affaires humanitaires (OCHA). Au total, 650 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie occupée, dont 300 000 à Jérusalem Est, rapportait le journal britannique The Guardian, en juillet. Il est évident que ces colons représentent un marché substantiel pour Ikea.

Après l'incendie du magasin Ikea de Nethanya, qui l'a détruit en 2011, le magasin de Rishon Lezion, ouvert le 9 mars 2010, est le seul magasin IKEA à fournir le marché israélien
Les pratiques d’apartheid par les livraisons Ikea
Le même jour, je demandai aussi à Who Profits (un projet de recherche sur la coalition des Femmes pour la paix, basé à Tel Aviv) de contacter Ikea par téléphone pour voir ce qui se passe quand il lui est demandé de livrer dans une colonie israélienne, également en Cisjordanie.
Who Profits m’indique dans un courriel qu’il a bien sollicité Ikea pour une livraison à domicile dans la colonie de Beitar Ilit – sachant que pour livrer à Beitar Ilit, il faut aussi passer par les check-points. Et que, comme les autres colonies en Cisjordanie, Beitar Ilit se trouve en Zone C.
La demande est donc également transférée à Moviley Dror. Quand il est demandé à la société Moviley Dror si elle livre les produits Ikea à Beitar Ilit, la réponse est, « oui ». La réponse de Moviley Dror prouve bien qu’Ikea passe les check-points pour livrer ses produits aux colons israéliens en Cisjordanie, mais pas aux Palestiniens natifs de la Cisjordanie.
Des employés du magasin de Rishon Lezion chantant la "chanson d'IKEA"
Colonies illégales en vertu du droit international
Suite à l’annonce par Israël de la construction de 3000 nouveaux logements en Cisjordanie occupée, vendredi, le Royaume-Uni, la France, la Suède, le Danemark et l’Espagne ont convoqué leur ambassadeur israélien pour protester contre cette décision, rapporte The Guardian. Dans un communiqué, le secrétaire général des Nations unies, Ban Kimoon, exprime sa vive préoccupation et sa déception devant le projet d’Israël, réaffirmant que les colonies sont illégales en vertu du droit international.
Malgré une position claire du droit international sur l’illégalité des colonies israéliennes en Cisjordanie, depuis des années, Ikea assure les livraisons des produits de son magasin d’Israël jusqu’au domicile des colons. Par ailleurs, la porte-parole d’Ikea, Ulrika Englesson Sanman, m’indique dans un courriel du 28 novembre qu’Ikea « ne veut exclure ni individu ni groupe d’individus de la possibilité d’être ses clients ».
Dans le passé, la société locale de transport ne pouvait pas « livrer dans les zones contrôlées par les autorités palestiniennes ». Et Englesson Sandman de prétendre encore que cette société "s’arrangeait pour que la livraison à domicile des produits Ikea puissent se faire aux gens vivant dans les zones contrôlées par les autorités palestiniennes".
Il ne semble pas qu’elle soit fidèle à cet engagement.
Le Dr Jeff Handmaker, maître de conférences en droit, en droits de l’homme et en développement à l’Institut international des Études sociales de l’université Erasmus de Rotterdam, me confirme dans un courriel du 4 décembre que « la nouvelle information qui survient corrobore qu’Ikea et ses sous-traitants en livraison se rendent complices de violations du droit humanitaire international et des droits de l’homme, en soutenant activement le transfert des Israéliens vers les colonies illégales et en renforçant le bouclage des zones palestiniennes. »
De plus, « Ikea se fait complice de l’apartheid israélien par une discrimination flagrante en faveur des seuls colons juifs de Cisjordanie, ne tenant aucun compte de l’oppression de la population palestinienne majoritaire qui n’est pas en mesure de faire même des achats dans le magasin Ikea, à plus forte raison de se faire livrer ses produits. »

Shlomi Gabay, le directeur général d'IKEA Israël

Ikea tente d'esquiver sa responsabilité dans les pratiques discriminatoires de livraison de son magasin israélien
Ikea n'a aucune intention de mettre un terme aux livraisons de ses produits aux colonies illégales israéliennes en Cisjordanie : c'est ce qu'explique une lettre du géant du meuble du 10 décembre. 
Depuis des années, Ikea a facilité la livraison de produits de son magasin d'Israël aux résidents des colonies illégales de la Cisjordanie occupée. Ikea a été informée à plusieurs reprises que le fait de faciliter de tels servcies de transport lui faisait courir le risque d'être accusée de complicité avec l'entreprise de colonisation israélienne.
Le Business & Human Rights Resource Centre de Londres a demandé à Ikea de répondre sur la fait que la société de transport d'Ikea Israël,  Moviley Dror, effectue des livraisons aux colonies israéliennes mais refuse de livrer des produits aux centre de population palestiniens en Cisjordanie.
Dans sa réponse (qui peut être téléchargée sur le site du Business & Human Rights Resource Centre), Ikea tente d'éluder sa responsabilité dans cette discrimination flagrante et cette normalisation d'une situation illégale, évitant de répondre à la question sur les livraisons aux colonies. L'enrteprise déclare simplement que c'est son franchisé local qui est reponsable de la gestion locale, des investissements et des décisions commerciales liés à son magasin en Israël.
Ikea répète son affirmation que son franchisé israélien avait organisé la livraison à domicile de produits Ikea à des clients vivant dans les zones contrôlée par "les autorités palestiniennes". Mais comme The Electronic Intifada l'a rapporté le mois dernier, Moviley Dror refuse d'effectuer des livraisons à Beit Sahour, prétendant que ce village palestinien de la zone de  Bethléhem était trop dangereux (mais le pssage des barrages routiers israéliens pour livrer la colonie de Beitar Illit ne semble pas poser de problèmes).
“Si le service de livraison n'a pas fonctionné comme prévu, nous le regrettons et nous allons nous en occuper”, peut-on lire dans la lettre du 10 décembre. Tout en regrettant les pratiques discriminatoires de son franchisé israélien, Ikea ne propose pas de solution.
Il semble qu'Ikea refuse de comprendre la différence entre les Palestiniens autochtones qui vivent en Cisjordanie sous occupation israélienne et les colons israéliens qui résident illégalement dans cette zone.
Le service des réclamations d'Ikea : "Faites une chaise et prenez place"
Ikea “pas convaincant”, dit un expert
J'ai demandé au Dr. Jeff Handmaker de commenter la réponse d'Ikea. Voici ce qu'il m'a écrit le 20 décembre :
Dans sa réponse à Business and Human Rights, Inter IKEA Systems B.V. ne traite que la moitié du problème, à savoir le traitement différencié de colons illégaux et de Palestiniens vivant sous occupation.
Mais même cela n'est pas convaincant. Même si le franchisé IKEA était à même de résoudre la question des livraisons à des Palestiniens, la plupart d'entre eux ne sont pas en mesure de visiter leur magasin, vu les contrôles israélien de tous leurs mouvements pour entrer et sortir des territoires occupés et sont donc de toute façon exclus de la clientèle d'Ikea.
Néanmoins, IKEA Systems B.V. ne répond pas pas sur le problème principal, à savoir la complicité ouverte de leur franchisé avec une violation sérieuse des droits humains, en apportant son soutien à l'entreprise de colonisation.
 IKEA Systems B.V. reste entièrement complice de violations de la législation internationale, tant que son franchisé ne refusera pas de vendre, et donc de livrer, des produits à des colons vivant dans les territoires occupés.

mardi 1 janvier 2013

La Brigade Rose, des femmes indiennes combattantes

Le Bundelkhand est l’un des endroits les plus pauvres de la région de l’Uttar Pradesh, dans le nord de l’Inde. C’est aussi l’un des territoires les plus denses d’un pays déjà largement surpeuplé. Confrontés à des terres infertiles, à une justice corrompue et au système de caste indien, oppressif et archaïque, les habitants du Bundelkhand doivent lutter quotidiennement pour leur survie.
Bref, on s’y amuse beaucoup. Et ce n’est peut-être pas très surprenant, mais annonçons-le d’emblée : les violences domestiques et la relégation des femmes au rang de citoyens de seconde zone font que l’Inde n’est pas exactement la terre des droits de la femme. Dans cet environnement catastrophique, un groupe d’autodéfense baptisé le Gulabi Gang (gulabi signifie rose) se bat—souvent au sens propre—pour plus d’égalité. Ce gang est constitué de plus de dix mille femmes qui portent toutes le même uniforme, un sari rose. Elles sont expertes dans le maniement du lathi, un bâton de combat indien traditionnel. Trop beau pour être vrai ? On pensait la même chose avant de les rencontrer. Ces femmes épatantes sont de vraies dures. Elles n’hésiteraient pas à vous exploser les genoux d’un coup de bâton.
Fondé il y a deux ans à peine, le gang est déjà sous le coup de nombreuses accusations pour rassemblements illégaux, émeutes, agression d’un représentant de l’État et obstruction à la justice. Sampat Pal Devi, 47 ans, leader du Gulabi Gang, est une femme de caractère, pas du tout découragée par les réquisitoires contre son armée. À peine instruite, mère de cinq enfants, Sampat Devi est devenue une figure messianique dans sa région natale.

« Le mot « gang » ne veut pas forcément dire « criminel », affirme-t-elle, ça peut aussi désigner une équipe. Nous sommes un gang qui œuvre pour la justice. Lors des rassemblements et des manifestations hors de nos villages, nos membres se perdaient souvent dans l’agitation de la foule. Nous avons décidé de nous habiller d’une seule couleur, plus facilement identifiable. Nous ne voulions pas utiliser des couleurs associées à des groupes politiques ou religieux. Nous avons choisi le rose, la couleur de la vie. C’est bien. Ça attire l’attention du Gouvernement. »


Le système de caste plane sur l’Inde comme un nuage noir. Non seulement la plupart des membres du gang sont d’origine pauvre, mais elles font aussi partie de la caste la plus basse, les dalit (intouchables). Quelques mois plus tôt, dans l’Uttar Pradesh, une dalit s’est fait violer par un homme d’une caste supérieure. La police n’a pas daigné enregistrer la plainte. Quand les villageois ont protesté, ils ont été arrêtés et mis en garde à vue. Mené par Sampat Devi, le Gulabi Gang a pris d’assaut le commissariat de police pour exiger la libération des villageois et l’enregistrement de la plainte contre le violeur. Elles s’en sont prises physiquement à un policier quand celui-ci a refusé de se plier à leurs demandes. Une enquête est toujours en cours.

Au mois de juin dernier, les Gulabi ont connu leur plus grand succès. Après avoir reçu des plaintes contre un magasin d’État à bas prix (l’équivalent du welfare aux États-Unis), situé à Attara, qui ne distribue pas correctement les céréales, Sampat Devi et son gang décident de surveiller secrètement les agissements du directeur du magasin. Le gang intercepte deux camions chargés de céréales destinées à l’origine aux personnes en dessous du seuil de pauvreté, pourtant en route pour être revendues sur le marché. Cette preuve en main, les membres du gang font pression sur les autorités locales pour qu’elles récupèrent les céréales et livrent le directeur à la police, mais une fois encore, la plainte n’est pas enregistrée. Furieuses, les membres du gang attaquent l’un des agents de police. Si aucune plainte formelle n’a été déposée, cet événement a fortement renforcé la crédibilité du gang dans la région.

Plusieurs membres de la communauté locale comparent Sampat Devi à la légendaire Reine de Jhansi, Laxmibai. Ils manifestent leur reconnaissance en apportant leur soutien au gang. Babloo Mishra permet au gang d’utiliser sa maison comme bureau : « Ces femmes sont prêtes à défendre la cause de n’importe qui, tant que c’est justifié, explique-t-il. Elles n’agissent pas uniquement dans l’intérêt du gang. » Mais, même s’il est aidé par des gens comme Mishra, le gang a besoin de financements pour lancer une petite industrie, afin de fournir des emplois aux villageois. Sampat Devi rêve de posséder une entreprise textile pour employer les femmes de la région, mais le manque de capitaux est un obstacle sérieux à la réalisation de ses rêves. Beaucoup reste à faire dans la région, et les citoyens comme Sampat Devi contribuent à faire évoluer les choses. Si les plaintes contre le gang sont souvent lancées à la suite de ses opérations illégales, pour Sampat Devi et ses associées, il ne s’agit pas de contourner la loi, mais de résister et de défendre ses droits.

Sampat Pal Devi, 47 ans

Je dirige le Gulabi Gang. J’ai fondé l’association dans les années 1990 mais je l’ai nommée ainsi il y a deux ans. Nous voulons donner plus de pouvoir aux femmes, promouvoir l’éducation des jeunes—surtout des filles—et mettre un frein à la corruption et aux violences domestiques. Tous les jours, je rends visite aux différents membres du gang dans leurs villages. Si nous apprenons qu’il se passe une chose à laquelle nous sommes opposées, nous nous réunissons et décidons d’un plan d’action. Nous demandons d’abord à la police de réagir. Mais comme dans notre pays, le gouvernement n’est jamais en faveur des pauvres, nous finissons souvent par prendre les choses en main. On commence par parler au mari qui bat sa femme. S’il ne comprend pas, nous demandons à son épouse de se joindre à nous quand nous le battons avec nos lathi. Nos missions, en cas de problèmes domestiques, ont un taux de réussite de cent pour cent. C’est le dialogue avec les autorités qui est difficile, parce qu’on ne peut pas toujours recourir à la loi, surtout avec des législateurs aussi corrompus. Nous avons battu des représentants véreux, mais ça n’a servi à rien. Je suis constamment menacée par leurs hommes de main. Un jour, ils sont arrivés à plusieurs et ont menacé de m’abattre, mais les femmes sont venues à mon secours, elles leur ont jeté des briques et ils se sont enfuis. Ils ne sont jamais revenus. Je n’ai peur de personne. Mes femmes sont avec moi, elles sont ma force. Ma famille ne m’a pas toujours soutenue, mais quand j’ai persisté et que j’ai expliqué à mon mari, il a compris. Depuis il me soutient. Ce que je fais n’est pas facile. Je n’ai pas d’argent. Je me déplace partout sur un vieux vélo. Certains nous aident en faisant de petits dons et des actes de charité. Je veux que ce mouvement continue. Il faudrait trouver de l’aide du côté des organisations internationales ou locales. Je travaille pour le peuple. Je veux créer une petite industrie pour les villageois dans le besoin qui travaillent avec moi. Il y a des jeunes hommes et des jeunes filles talentueux, qui savent faire du purin organique, des bougies, des médicaments ayurvédiques et cultiver des cornichons. Ils pourraient vivre décemment. Si j’obtiens des fonds, je pourrai créer un atelier de couture pour les femmes, qui seront en mesure de subvenir aux besoins de leur famille. L’avenir est brillant pour le Gulabi Gang. C’est un mouvement populaire qui va s’étoffer, à condition d’avoir le soutien des autorités locales.

Banhari Devi, 42 ans

Je n’ai pas de travail, pas d’argent, et je compte sur mon fils pour ramener de quoi manger chaque soir, pour qu’on puisse au moins avoir un repas par jour. Sampat Devi est venue à mon secours. Elle est comme le messie, elle se soucie toujours des pauvres. Elle s’est battue pour moi et elle a réussi à me faire obtenir la carte rouge (carte qui prouve qu’on vit en dessous du seuil de pauvreté). Ma famille est très pauvre, et cette carte me donne accès au riz et au blé à bas prix des centres de distribution publics. J’ai rejoint le gang il y a six mois et depuis, j’ai confiance en moi, je me sens beaucoup plus forte. Quelquefois, nous sommes parties en mission avec le Gulabi Gang, et le Gouvernement nous a menacées. Le fait d’être en groupe nous donne une telle confiance en nous que nous sommes prêtes à combattre les injustices. Quand j’ai rejoint le gang, Sampat Devi nous a présenté les objectifs du groupe. On a appris à se battre au lathi. C’est, à la base, une technique défensive. Nous ne sommes pas un groupe violent, mais si vous nous défiez, nous pouvons le devenir. Nous utilisons d’abord des méthodes pacifiques, mais si elles ne fonctionnent pas, nous nous servons de nos lathi. Le gang a changé ma vie. Je veux y rester jusqu’à ma mort.
            
Kamat Devi, 48 ansÇa fait maintenant deux ans que je suis dans le gang. J’ai participé à pratiquement toutes les campagnes récentes. Même si je n’ai pas de rôle défini au sein du gang, je finis toujours par m’occuper des différends domestiques ou de faire l’arbitre dans les disputes entre voisins. Quand nous apprenons qu’il y a une querelle de voisinage, nous nous réunissons, avec Sampat Devi, pour trouver une solution à l’amiable. Ce n’est pas toujours évident, mais les gens respectent le Gulabi Gang parce que nous adoptons toujours une position neutre. Je n’aime pas du tout recourir à la force. J’ai appris à me servir du lathi pour me défendre, pas pour attaquer. Les autres respectent ma position et je peux travailler comme je l’entends, tant que la mission est accomplie. Mon mari possède une petite parcelle de terrain et je l’aide dans les champs. La terre n’est pas assez fertile et il doit parfois chercher du travail journalier en ville, sans pour autant y parvenir à chaque fois. J’ai réussi à obtenir la carte rouge et maintenant, j’ai au moins le droit au riz et au blé à bas prix. Je me demande souvent ce qui nous serait arrivé si je n’étais par membre du Gulabi Gang.


Aarti Devi, 22 ans

Mon père, Chnadra Bhan, est un homme instruit. Bien qu’il soit un dalit, il a obtenu un double master à l’Université. Il a toujours dû se battre pour défendre ses droits et la dignité des villageois locaux. Il y a environ six mois, un homme d’une caste supérieure a violé une dalit. La police a refusé d’enregistrer la plainte. Quand mon père a protesté, on l’a mis en garde à vue avec deux autres personnes. Je suis allée trouver Sampat Devi pour lui demander de l’aide. Ce même jour, j’ai rejoint le gang. Conduites par Sampat, nous avons pris d’assaut le commissariat de police. Nous avons exigé que mon père et les autres villageois soient relâchés. La police refusait toujours d’enregistrer la plainte contre le violeur. Nous avons fini par tabasser un policier à coups de lathi. Je ne veux pas me coucher devant l’injustice. Mon père est une grande source d’inspiration pour moi, il était très fier quand il m’a vue habillée d’un sari rose, en train de manifester et de crier des slogans avec le reste du Gulabi Gang. Sampat Devi m’a entraînée à manier le lathi. Elle insistait beaucoup, c’était d’abord un moyen de défense, plus qu’une arme d’attaque. J’ai souvent été menacée par les gros bras du Gouvernement et par les autorités, on a déjà braqué un pistolet sur moi. Mais ils ne me font pas peur. Faire partie du gang me donne de la confiance et de l’assurance. Dans la plupart de nos interventions, nous insistons sur les droits de la femme, la création d’emplois, la promotion de l’éducation, tout ça pour améliorer la condition des pauvres et des nécessiteux. Nous sommes l’avenir du Gulabi Gang. Nous sommes prêtes à tout pour rendre l’égalité et la justice à ceux qui en sont privés.
Visitez le site du Gulabi Gang !

Joyeuse Crise et Bon Nouvel Ordre !

lundi 31 décembre 2012

Inde : le viol, la loi et la classe moyenne

par Walter Fernandes SJ. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: India:  India: Rape, the Law and the Middle Class
Español   India: violaciones, leyes y clase media

Le viol traumatique de la jeune femme de Delhi s'est terminé par sa mort. L'atrocité a suscité la colère de la classe moyenne dans tout le pays. L'émotion était grande autour de cet acte atroce de quelques hommes ivres et les manifestants a exprimé des exigences telles que la peine de mort et la castration publique pour les violeurs. Cette explosion est compréhensible étant donné la cruauté des auteurs du crime.

Cependant, on peut se demander si cela ne restera qu'un exemple de plus de réaction à un cas unique, sans prise de conscience du malaise qui conduit à de tels crimes. L'affaire a été très médiatisée parce que c'est arrivé à Delhi. Cela ne réduit pas l'atrocité du crime. Mais pour qu'un changement se produise en faveur des femmes,  il faut aller au-delà de ce simple cas et faire face aux problèmes en jeu. Il faut se rappeler que ce qui est arrivé à Delhi n'est pas une exception. Cela a reçu une publicité parce que c'est arrivé dans la capitale, mais de nombreux autres cas sont régulièrement passés sous silence ou ne sont pas rapportés dans les médias. Selon les chiffres de la police, l'Inde a connu en 2011  228 650 crimes contre des femmes,  dont 24 206 viols et 35 565 enlèvements.
Il s'agit des cas signalés. Probablement un nombre beaucoup plus important ne sont pas signalés en raison de la stigmatisation qui y est attachée. Deuxièmement, d'après les données de la police, environ 90 pour cent des viols sont commis par des personnes connues de la victime, pour la plupart des membres de sa famille. Troisièmement, un grand nombre de victimes appartiennent à des communautés sans voix. Par exemple, dans un article paru dans Countercurrents, Cynthia Stephen cite une jeune fille dalit* d'un village du Tamil Nadu qui dit : "Il n'y a pas de fille dans notre rue qui n'ait pas été forcée ou violée par les hommes de la caste dominante quand elle va aux champs pour chercher de l'eau ou pour travailler." Les hommes des castes dominantes menacent les dalits de conséquences terribles si elles osent se plaindre à la police. Ces cas ne sont donc pas signalés.

Captures d'écran de télévisions régionales informant sur des viols de jeunes femmes dalits

Enfin, la police ajoute souvent au traumatisme. Par exemple, une jeune fille de 18 ans du village de Badhshapur dans le district de Patiala (Punjab) s'est suicidée le 26 décembre, six semaines après avoir été violée par trois hommes. Sa mère rapporte que quand elle est allée se plaindre à la police, les policiers l'ont humiliée avec des questions obscènes comme "Comment ont-ils touché votre poitrine? Ont-ils ouvert d'abord leurs jeans ou leurs vestes ?" Les criminels n'ont été arrêtés qu'après son suicide. Ou prenons le cas de l'officier de police dans l'Haryana, qui a été élevé au rang le plus élevé bien qu'une star du tennis en herbe l'eût accusé de l'avoir violée. Elle aussi s'est suicidée parce qu'elle était incapable de supporter le harcèlement. Le policier a été condamné à une peine de six mois de prison quelques années après sa retraite.
Ces cas et d'autres sont symboliques de l'attitude de notre société. La classe moyenne manifeste pour des cas très médiatisés et ignore le reste. Les médias dits nationaux font de même. Par exemple, lorsque le 23 décembre 2005 quelques étudiantes montèrent dans un compartiment de train à Kokrajhar, ignorant que c'était un wagon militaire. Toutes ont été violées par des hommes payés pour protéger les citoyens. Mais ça n'est pas devenu une info nationale. Même dans l'Assam c'est resté une affaires de femmes Bodo**, pas de toutes les femmes.

Bodo women, victims of ethnic violence, at a relief camp in a village in Kokrajhar district, Assam, July 25, 2012.

Femmes Bodo, victimes de violence ethniciste, dans un camp de secours d'un village du district de Kokrajhar, en Assam, 25 juillet 2012. 
Anupam Nath/Associated Press


En d'autres termes, les crimes contre les femmes sont le résultat des fortes valeurs patriarcales de notre société, mais sont aussi conditionnées par les attitudes ethniques et de caste et dans de nombreux cas par un faux sentiment de patriotisme. Par exemple, lorsque les forces de sécurité violent des femmes on dit aux gens de protéger leur honneur et ne pas signaler ces cas. Les victimes n'ont pas d'importance. Même les lois comme la Loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées*** protègent ces criminels en uniforme.



"L'armée indienne nous viole" : Des femmes nues protestent le 15 juillet 2004 à Imphal, capitale de l'Etat du Manipur, dans le Nord-est, devant une caserne des paramilitaires du régiment des Assam Rifles contre le viol, la torture et l'assassinat de Thangjam Manorama Devi, une jeune femme de 32 ans
Compte tenu de ces attitudes, on peut se demander si de nouvelles lois, et même la peine de mort, peuvent prévenir ces crimes. On ne peut pas nier que des réformes de la police et des lois fortes sont nécessaires. Mais elles ne peuvent à elles seules résoudre les problèmes qui sont profondément enracinés dans notre culture comme les centaines de milliers de fœtus féminins avortés chaque année parce que les femmes sont considérées comme un fardeau. Si tous les violeurs devaient être pendus, les victimes auraient à perdre certains membres de la famille qui sont les auteurs de ces crimes.

En outre, l'acceptation de la valeur de la supériorité masculine par la plupart des femmes assure que les abus sont souvent gardés secrets sous le prétexte de protéger l'honneur de la jeune fille ou de la famille. Ou prenons le cas des lois coutumières tribales dans le Nord-Est qui donnent tout le pouvoir social aux seuls hommes. Les dirigeants refusent de changer les lois. Par exemple, le Nagaland n'a pas été en mesure d'organiser des élections municipales en raison de l'opposition des chefs tribaux au quota de 33% des sièges pour les femmes. Ils affirment que leur droit coutumier ne permet pas aux femmes d'avoir du pouvoir politique.
Il est donc clair que des lois ne peuvent pas changer ce système. La dot, le travail des enfants, la discrimination de caste sont interdits par la loi. Mais ces lois ne peuvent pas être appliquées sans modifier les attitudes qui donnent naissance à ces abus. C'est aussi vrai pour le statut des femmes que pour la corruption ou les attitudes de caste et ethniques. Aucune loi ne peut entrer en vigueur sans une infrastructure sociale pour la soutenir. Mais la tentation de la classe moyenne qui mène les manifestations contre le viol, la corruption et d'autres abus est de prendre un événement isolé et d'ignorer les attitudes et les systèmes sociaux qui en sont la cause. Par exemple, cette classe a pris à juste titre la corruption politique comme une cause de lutte, mais très peu d'entre eux s'est demandé si les mains de ceux qui protestaient étaient propres. De même, cette classe a également protesté contre l'arrestation arbitraire et l'emprisonnement du Dr. Binayak Sen****, ce qui était nécessaire. Mais ils n'ont pas remis en cause la Loi sur la sédition***** ou les besoins de la classe moyenne au nom desquels les tribus sont déplacées. Leur paupérisation est à l'origine de la rébellion maoïste en Inde centrale.
Il faut également veiller à ce que la question du viol ne se termine pas avec un cas. Les attitudes de genre, de classe et de caste qui causent de tels abus doivent être abordées. On ne peut pas s'en tenir à une condamnation des politiciens et des services de police. Cette étape est nécessaire, mais de nouvelles lois ne peuvent que donner bonne conscience et ne peuvent pas résoudre le problème. Il faut faire une introspection et examiner les valeurs sociales et culturelles qui sont derrière ces crimes. Si l'affaire de Delhi conduit à un tel auto-examen, la jeune femme de 23 ans n'aura pas donné sa vie en vain.
NdT
*Dalit : litt. "opprimé", hors-caste ("intouchable")
**Bodo : plus importante communauté tribale de l'Assam appartenant au groupe tibéto-birman, faisant partie des "scheduled tribes" protégées par la Constitution et censées bénéficier de mesures de discrimination positive. En août 2012, des violences exercées par des Musulmans ont provoqué la mort de 78 Bodos et la fuite de 400 000 d'entre eux.
*** La loi AFSPA (Armed Forces Special Powers Act) a été adoptée en 1958 pour donner des pouvoirs spéciaux à l'armée dans les Etats d'Arunachal Pradesh, Assam, Manipur, Meghalaya, Mizoram, Nagaland et Tripura. Elle a été étendue au Jammu et Cachemire en 1990. Elle étend de façon considérable les pouvoirs des forces de sécurité pour lutter contre des mouvements sécessionnistes. L'AFSPA a couvert de nombreux actes de violence militaires, causant la mort de dizaines de milliers de personnes.
****Pédiatre et vice-président de l'Union populaire pour les libertés civiles, condamné au nom de la loi contre la sédition à la prison à vie pour aide aux Naxalites (guérilléros maoïstes), libéré sous caution. Adopté comme prisonnier de conscience par Amnesty International.
*****Article du Code pénal datant de 1860 et donc hérité des anciens maîtres britanniques, utilisé contre les militants dérangeant le pouvoir.

"Stop...au viol" : panneau détourné à Delhi
 



EZLN: Somos los mismos de hace 500 anos, de hace 44 años, de hace 30 años, de hace 20 años, de hace apenas unos días/ Nous sommes les mêmes qu'il y a 500 ans, qu'il y a 44 ans, qu'il y a 30 ans, qu'il y a 20 ans, qu'il y a à peine quelques jours

Traductions disponibles :
Português

Somos os mesmos de há 500 anos, de há 44 anos, de há 30 anos, de há 20 anos, de uns dias atrás
Italiano

“Siamo gli stessi di 500 anni fa, di 44 anni fa, di 30 anni fa, di 20 anni fa, di solo qualche giorno faˮ







COMUNICADO DEL COMITÉ CLANDESTINO REVOLUCIONARIO INDÍGENA-COMANDANCIA GENERAL DEL EJÉRCITO ZAPATISTA DE LIBERACIÓN NACIONAL.
MÉXICO.
30 DE DICIEMBRE DEL 2012.
AL PUEBLO DE MÉXICO:
A LOS PUEBLOS Y GOBIERNOS DEL MUNDO:
HERMANOS Y HERMANAS:
COMPAÑEROS Y COMPAÑERAS:
EL PASADO 21 DE DICIEMBRE DEL 2012, EN HORAS DE LA MADRUGADA, DECENAS DE MILES DE INDÍGENAS ZAPATISTAS NOS MOVILIZAMOS Y TOMAMOS, PACÍFICAMENTE Y EN SILENCIO, 5 CABECERAS MUNICIPALES EN EL SURORIENTAL ESTADO MEXICANO DE CHIAPAS.
EN LAS CIUDADES DE PALENQUE, ALTAMIRANO, LAS MARGARITAS, OCOSINGO Y SAN CRISTÓBAL DE LAS CASAS, LOS MIRAMOS Y NOS MIRAMOS A NOSOTROS MISMOS EN SILENCIO.
NO ES EL NUESTRO UN MENSAJE DE RESIGNACIÓN.
NO LO ES DE GUERRA, DE MUERTE Y DESTRUCCIÓN.
NUESTRO MENSAJE ES DE LUCHA Y RESISTENCIA.
DESPUÉS DEL GOLPE DE ESTADO MEDIÁTICO QUE ENCUMBRÓ EN EL PODER EJECUTIVO FEDERAL A LA IGNORANCIA MAL DISIMULADA Y PEOR MAQUILLADA, NOS HICIMOS PRESENTES PARA HACERLES SABER QUE SI ELLOS NUNCA SE FUERON, TAMPOCO NOSOTROS.
HACE 6 AÑOS, UN SEGMENTO DE LA CLASE POLÍTICA E INTELECTUAL SALIÓ A BUSCAR UN RESPONSABLE PARA SU DERROTA. EN AQUEL TIEMPO NOSOTROS ESTÁBAMOS, EN CIUDADES Y COMUNIDADES, LUCHANDO POR JUSTICIA PARA UN ATENCO QUE NO ESTABA ENTONCES DE MODA.
EN ESE AYER NOS CALUMNIARON PRIMERO Y QUISIERON ACALLARNOS DESPUÉS.
INCAPACES Y DESHONESTOS PARA VER QUE EN SÍ MISMOS TENÍAN Y TIENEN LA LEVADURA DE SU RUINA, PRETENDIERON DESAPARECERNOS CON LA MENTIRA Y EL SILENCIO CÓMPLICE.
SEIS AÑOS DESPUÉS, DOS COSAS QUEDAN CLARAS:
ELLOS NO NOS NECESITAN PARA FRACASAR.
NOSOTROS NO LOS NECESITAMOS A ELLOS PARA SOBREVIVIR.
NOSOTROS, QUE NUNCA NOS FUIMOS AUNQUE ASÍ SE HAYAN EMPEÑADO EN HACERLES CREER LOS MEDIOS DE TODO EL ESPECTRO, RESURGIMOS COMO INDÍGENAS ZAPATISTAS QUE SOMOS Y SEREMOS.
EN ESTOS AÑOS NOS HEMOS FORTALECIDO Y HEMOS MEJORADO SIGNIFICATIVAMENTE NUESTRAS CONDICIONES DE VIDA. NUESTRO NIVEL DE VIDA ES SUPERIOR AL DE LAS COMUNIDADES INDÍGENAS AFINES A LOS GOBIERNOS EN TURNO, QUE RECIBEN LAS LIMOSNAS Y LAS DERROCHAN EN ALCOHOL Y ARTÍCULOS INÚTILES.
NUESTRAS VIVIENDAS SE MEJORAN SIN LASTIMAR A LA NATURALEZA IMPONIÉNDOLE CAMINOS QUE LE SON AJENOS.
EN NUESTROS PUEBLOS, LA TIERRA QUE ANTES ERA PARA ENGORDAR EL GANADO DE FINQUEROS Y TERRATENIENTES, AHORA ES PARA EL MAÍZ, EL FRIJOL Y LAS VERDURAS QUE ILUMINAN NUESTRAS MESAS.
NUESTRO TRABAJO RECIBE LA SATISFACCIÓN DOBLE DE PROVEERNOS DE LO NECESARIO PARA VIVIR HONRADAMENTE, Y DE CONTRIBUIR EN EL CRECIMIENTO COLECTIVO DE NUESTRAS COMUNIDADES.
NUESTROS NIÑOS Y NIÑAS VAN A UNA ESCUELA QUE LES ENSEÑA SU PROPIA HISTORIA, LA DE SU PATRIA Y LA DEL MUNDO, ASÍ COMO LAS CIENCIAS Y LAS TÉCNICAS NECESARIAS PARA ENGRANDECERSE SIN DEJAR DE SER INDÍGENAS.
LAS MUJERES INDÍGENAS ZAPATISTAS NO SON VENDIDAS COMO MERCANCÍAS.
LOS INDÍGENAS PRIÍSTAS VAN A NUESTROS HOSPITALES, CLÍNICAS Y LABORATORIOS PORQUE EN LOS DEL GOBIERNO NO HAY MEDICINAS, NI APARATOS, NI DOCTORES NI PERSONAL CALIFICADO.
NUESTRA CULTURA FLORECE, NO AISLADA SINO ENRIQUECIDA POR EL CONTACTO CON LAS CULTURAS DE OTROS PUEBLOS DE MÉXICO Y DEL MUNDO.
GOBERNAMOS Y NOS GOBERNAMOS NOSOTROS MISMOS, BUSCANDO SIEMPRE PRIMERO EL ACUERDO ANTES QUE LA CONFRONTACIÓN.
TODO ESTO SE HA CONSEGUIDO NO SÓLO SIN EL GOBIERNO, LA CLASE POLÍTICA Y MEDIOS QUE LOS ACOMPAÑAN, TAMBIÉN RESISTIENDO SUS ATAQUES DE TODO TIPO.
HEMOS DEMOSTRADO, UNA VEZ MÁS, QUE SOMOS QUIENES SOMOS.
CON NUESTRO SILENCIO NOS HICIMOS PRESENTES.
AHORA CON NUESTRA PALABRA ANUNCIAMOS QUE:
PRIMERO.- REAFIRMAREMOS Y CONSOLIDAREMOS NUESTRA PERTENENCIA AL CONGRESO NACIONAL INDÍGENA, ESPACIO DE ENCUENTRO CON LOS PUEBLOS ORIGINARIOS DE NUESTRO PAÍS.
SEGUNDO.- RETOMAREMOS EL CONTACTO CON NUESTROS COMPAÑEROS Y COMPAÑERAS ADHERENTES A LA SEXTA DECLARACIÓN DE LA SELVA LACANDONA EN MÉXICO Y EN EL MUNDO.
TERCERO.- INTENTAREMOS CONSTRUIR LOS PUENTES NECESARIOS HACIA LOS MOVIMIENTOS SOCIALES QUE HAN SURGIDO Y SURGIRÁN, NO PARA DIRIGIR O SUPLANTAR, SINO PARA APRENDER DE ELLOS, DE SU HISTORIA, DE SUS CAMINOS Y DESTINOS.
PARA ESTO HEMOS LOGRADO EL APOYO DE INDIVIDUOS Y GRUPOS EN DIFERENTES PARTES DE MÉXICO, CONFORMADOS COMO EQUIPOS DE APOYO DE LAS COMISIONES SEXTA E INTERNAZIONAL DEL EZLN, DE MODO QUE SE CONVIERTAN EN CORREAS DE COMUNICACIÓN ENTRE LAS BASES DE APOYO ZAPATISTAS Y LOS INDIVIDUOS, GRUPOS Y COLECTIVOS ADHERENTES A LA SEXTA DECLARACIÓN, EN MÉXICO Y EN EL MUNDO, QUE AÚN MANTIENEN SU CONVICCIÓN Y COMPROMISO CON LA CONSTRUCCIÓN DE UNA ALTERNATIVA NO INSTITUCIONAL DE IZQUIERDA.
CUARTO.- SEGUIRÁ NUESTRA DISTANCIA CRÍTICA FRENTE A LA CLASE POLÍTICA MEXICANA QUE, EN SU CONJUNTO, NO HA HECHO SINO MEDRAR A COSTA DE LAS NECESIDADES Y LAS ESPERANZAS DE LA GENTE HUMILDE Y SENCILLA.
QUINTO.- RESPECTO A LOS MALOS GOBIERNOS FEDERALES, ESTATALES Y MUNICIPALES, EJECUTIVOS, LEGISLATIVOS Y JUDICIALES, Y MEDIOS QUE LOS ACOMPAÑAN DECIMOS LO SIGUIENTE:
LOS MALOS GOBIERNOS DE TODO EL ESPECTRO POLÍTICO, SIN EXCEPCIÓN ALGUNA, HAN HECHO TODO LO POSIBLE POR DESTRUIRNOS, POR COMPRARNOS, POR RENDIRNOS. PRI, PAN, PRD, PVEM, PT, CC Y EL FUTURO PARTIDO DE RN, NOS HAN ATACADO MILITAR, POLÍTICA, SOCIAL E IDEOLÓGICAMENTE.
LOS GRANDES MEDIOS DE COMUNICACIÓN INTENTARON DESAPARECERNOS, CON LA CALUMNIA SERVIL Y OPORTUNISTA PRIMERO, CON EL SILENCIO TAIMADO Y CÓMPLICE DESPUÉS. A QUIENES SIRVIERON Y DE CUYOS DINEROS SE AMAMANTARON YA NO ESTÁN. Y QUIENES AHORA LOS RELEVAN NO DURARÁN MÁS QUE SUS ANTECESORES.
COMO HA SIDO EVIDENTE EL 21 DE DICIEMBRE DEL 2012, TODOS HAN FRACASADO.
QUEDA ENTONCES AL GOBIERNO FEDERAL, EJECUTIVO, LEGISLATIVO Y JUDICIAL, DECIDIR SI REINCIDE EN LA POLÍTICA CONTRAINSURGENTE QUE SÓLO HA CONSEGUIDO UNA ENDEBLE SIMULACIÓN TORPEMENTE SUSTENTADA EN EL MANEJO MEDIÁTICO, O RECONOCE Y CUMPLE SUS COMPROMISOS ELEVANDO A RANGO CONSTITUCIONAL LOS DERECHOS Y LA CULTURA INDÍGENAS, TAL Y COMO LO ESTABLECEN LOS LLAMADOS “ACUERDOS DE SAN ANDRÉS”, FIRMADOS POR EL GOBIERNO FEDERAL EN 1996, ENCABEZADO ENTONCES POR EL MISMO PARTIDO AHORA EN EL EJECUTIVO.
QUEDA AL GOBIERNO ESTATAL DECIDIR SI CONTINÚA LA ESTRATEGIA DESHONESTA Y RUIN DE SU ANTECESOR, QUE ADEMÁS DE CORRUPTO Y MENTIROSO, OCUPÓ DINEROS DEL PUEBLO DE CHIAPAS EN EL ENRIQUECIMIENTO PROPIO Y DE SUS CÓMPLICES, Y SE DEDICÓ A LA COMPRA DESCARADA DE VOCES Y PLUMAS EN LOS MEDIOS, MIENTRAS SUMÍA AL PUEBLO DE CHIAPAS EN LA MISERIA, AL MISMO TIEMPO QUE HACÍA USO DE POLICÍAS Y PARAMILITARES PARA TRATAR DE FRENAR EL AVANCE ORGANIZATIVO DE LOS PUEBLOS ZAPATISTAS; O, EN CAMBIO, CON VERDAD Y JUSTICIA, ACEPTA Y RESPETA NUESTRA EXISTENCIA Y SE HACE A LA IDEA DE QUE FLORECE UNA NUEVA FORMA DE VIDA SOCIAL EN TERRITORIO ZAPATISTA, CHIAPAS, MÉXICO. FLORECIMIENTO QUE ATRAE LA ATENCIÓN DE PERSONAS HONESTAS EN TODO EL PLANETA.
QUEDA A LOS GOBIERNOS MUNICIPALES DECIDIR SI SE SIGUEN TRAGANDO LAS RUEDAS DE MOLINO CON LAS QUE LAS ORGANIZACIONES ANTIZAPATISTAS O SUPUESTAMENTE “ZAPATISTAS” LOS EXTORSIONAN PARA AGREDIR A NUESTRAS COMUNIDADES; O MEJOR USAN ESOS DINEROS PARA MEJORAR LAS CONDICIONES DE VIDA DE SUS GOBERNADOS.
QUEDA AL PUEBLO DE MÉXICO QUE SE ORGANIZA EN FORMAS DE LUCHA ELECTORAL Y RESISTE, DECIDIR SI SIGUE VIENDO EN NOSOTROS A LOS ENEMIGOS O RIVALES EN QUIENES DESCARGAR SU FRUSTRACIÓN POR LOS FRAUDES Y AGRESIONES QUE, AL FINAL, TODOS PADECEMOS, Y SI EN SU LUCHA POR EL PODER CONTINÚAN ALIÁNDOSE CON NUESTROS PERSEGUIDORES; O RECONOCEN AL FIN EN NOSOTROS OTRA FORMA DE HACER POLÍTICA.
SEXTO.- EN LOS PRÓXIMOS DÍAS EL EZLN, A TRAVÉS DE SUS COMISIONES SEXTA E INTERNAZIONAL, DARÁ A CONOCER UNA SERIE DE INICIATIVAS, DE CARÁCTER CIVIL Y PACÍFICO, PARA SEGUIR CAMINANDO JUNTO A LOS OTROS PUEBLOS ORIGINARIOS DE MÉXICO Y DE TODO EL CONTINENTE, Y JUNTO A QUIENES, EN MÉXICO Y EN EL MUNDO ENTERO, RESISTEN Y LUCHAN ABAJO Y A LA IZQUIERDA.
HERMANOS Y HERMANAS:
COMPAÑEROS Y COMPAÑERAS:
ANTES TUVIMOS LA BUENAVENTURA DE UNA ATENCIÓN HONESTA Y NOBLE DE DISTINTOS MEDIOS DE COMUNICACIÓN. LO AGRADECIMOS ENTONCES. PERO ESO FUE COMPLETAMENTE BORRADO CON SU ACTITUD POSTERIOR.
QUIENES APOSTARON A QUE SÓLO EXISTÍAMOS MEDIÁTICAMENTE Y QUE, CON EL CERCO DE MENTIRAS Y SILENCIO, DESAPARECERÍAMOS, SE EQUIVOCARON.
CUANDO NO HABÍAN CÁMARAS, MICRÓFONOS, PLUMAS, OÍDOS Y MIRADAS, EXISTÍAMOS.
CUANDO NOS CALUMNIARON, EXISTÍAMOS.
CUANDO NOS SILENCIARON, EXISTÍAMOS.
Y AQUÍ ESTAMOS, EXISTIENDO.
NUESTRO ANDAR, COMO HA QUEDADO DEMOSTRADO, NO DEPENDE DEL IMPACTO MEDIÁTICO, SINO DE LA COMPRENSIÓN DEL MUNDO Y DE SUS PARTES, DE LA SABIDURÍA INDÍGENA QUE RIGE NUESTROS PASOS, DE LA DECISIÓN INQUEBRANTABLE QUE DA LA DIGNIDAD DE ABAJO Y A LA IZQUIERDA.
A PARTIR DE AHORA, NUESTRA PALABRA EMPEZARÁ A SER SELECTIVA EN SU DESTINATARIO Y, SALVO EN CONTADAS OCASIONES, SÓLO PODRÁ SER COMPRENDIDA POR QUIENES CON NOSOTROS HAN CAMINADO Y CAMINAN, SIN RENDIRSE A LAS MODAS MEDIÁTICAS Y COYUNTURALES.
ACÁ, CON NO POCOS ERRORES Y MUCHAS DIFICULTADES, ES YA UNA REALIDAD OTRA FORMA DE HACER POLÍTICA.
POCOS, MUY POCOS, TENDRÁN EL PRIVILEGIO DE CONOCERLA Y APRENDER DE ELLA DIRECTAMENTE.
HACE 19 AÑOS LOS SORPRENDIMOS TOMANDO CON FUEGO Y SANGRE SUS CIUDADES. AHORA LO HEMOS HECHO DE NUEVO, SIN ARMAS, SIN MUERTE, SIN DESTRUCCIÓN.
NOS DIFERENCIAMOS ASÍ DE QUIENES, DURANTE SUS GOBIERNOS, REPARTIERON Y REPARTEN LA MUERTE ENTRE SUS GOBERNADOS.
SOMOS LOS MISMOS DE HACE 500 AÑOS, DE HACE 44 AÑOS, DE HACE 30 AÑOS, DE HACE 20 AÑOS, DE HACE APENAS UNOS DÍAS.
SOMOS LOS ZAPATISTAS, LOS MÁS PEQUEÑOS, LOS QUE VIVEN, LUCHAN Y MUEREN EN EL ÚLTIMO RINCÓN DE LA PATRIA, LOS QUE NO CLAUDICAN, LOS QUE NO SE VENDEN, LOS QUE NO SE RINDEN.
HERMANOS Y HERMANAS:
COMPAÑERAS Y COMPAÑEROS:
SOMOS L@S ZAPATISTAS, RECIBAN NUESTRO ABRAZO.
¡DEMOCRACIA!
¡LIBERTAD!
¡JUSTICIA!
Desde las montañas del Sureste Mexicano.
Por el Comité Clandestino Revolucionario Indígena – Comandancia General del
Ejército Zapatista de Liberación Nacional.
Subcomandante Insurgente Marcos.
México. Diciembre del 2012 – Enero del 2013.
Escucha el audio que acompaña este escrito.
 “Latinoamérica”, Calle 13 (formado por René Pérez Joglar (Residente), Eduardo José Cabra Martínez (Visitante), e Ileana Cabra (PG 13). Con Totó la Mamposina, Susana Baca y María Rita.
COMMUNIQUÉ du COMITÉ CLANDESTIN RÉVOLUTIONNAIRE INDIGÈNE-  COMMANDEMENT GÉNÉRAL DE L'ARMÉE ZAPATISTE DE LIBÉRATION NATIONALE, MEXIQUE.
Le 30 décembre 2012.
AU PEUPLE DU MEXIQUE,
AUX PEUPLE ET AUX GOUVERNEMENTS DU MONDE,
FRÈRES ET SŒURS,
CAMARADES,
Le 21 Décembre 2012, au petit matin, des dizaines de milliers d'indigènes zapatistes se sont mobilisés et ont pris, pacifiquement et en silence,  cinq centres municipaux de l'État du sud-est mexicain du Chiapas.
Dans les villes de Palenque, Altamirano, Las Margaritas, Ocosingo et San Cristóbal de Las Casas, nous les avons regardés et nous nous sommes regardés nous-mêmes en silence.
Notre message n'est pas de résignation.
Il n'est pas de guerre, de mort et de destruction. C'est un message de lutte et de résistance.
Après le coup d'État médiatique qui a porté au pouvoir exécutif fédéral ceux qui cachent mal leur ignorance ou, pire, la maquillent, nous nous sommes manifestés pour leur faire savoir que si eux, ne sont jamais partis, nous non plus.
Il y a 6 ans, une partie de la classe politique et intellectuelle est partie à la recherche d'un responsable de sa défaite. À l'époque, nous étions, dans les villes et les villages, en train de lutter pour réclamer justice pour Atenco, qui n'était pas alors à la mode.
Ils nous ont à cette époque d'abord calomniés puis ont essayé de nous réduire au silence. Incapables, dans leur malhonnêteté, de voir qu'ils portaient en eux-mêmes les causes de leur défaite, ils ont essayé de nous faire disparaître par le mensonge et le silence.
Six ans plus tard, deux choses sont claires :
Ils n'ont pas besoin de nous pour échouer.
Nous n'avons pas besoin d'eux pour survivre.
Nous autres, qui n'avons jamais disparu même si tous les médias du spectre se sont employés à le faire croire, nous réapparaissons en tant qu'indigènes zapatistes que nous sommes et continuerons à être.
 Durant ces années, nous nous sommes renforcés et nous avons considérablement amélioré nos conditions de vie.
Notre niveau de vie est supérieur à celui des communautés indigènes ayant fait allégeance aux gouvernements en place, qui reçoivent des aumônes et les dépensent en alcool et produits inutiles.
Nos conditions de logement s'améliorent sans nuire à la nature, en lui imposant des voies qui lui sont étrangères.
Dans nos villages, la terre, qui auparavant servait à engraisser le bétail des éleveurs et des propriétaires fonciers, sert maintenant à faire pousser  le maïs, les haricots et les légumes qui illuminent nos tables.
Notre travail obtient une double satisfaction : celle de nous fournir de quoi vivre honnêtement et de contribuer à la croissance collective de nos communautés.
Nos enfants vont dans une école qui leur enseigne leur propre histoire, celle de leur patrie et du monde ainsi que les sciences et les techniques nécessaires pour grandir sans cesser d'être indigènes.
Les femmes indigènes zapatistes ne sont pas vendues comme des marchandises.
Les indigènes priistes [affidés au PRI, le parti au pouvoir, NdT] vont dans nos hôpitaux, nos cliniques et laboratoires, car ceux du gouvernement manquent de médicaments, d'appareils, de médecins et de personnel qualifié.
Notre culture est florissante, non pas isolée mais enrichie par le contact avec les cultures d'autres peuples du Mexique et du monde.
Nous gouvernons et nous gouvernons nous-mêmes, recherchant toujours l'accord plutôt que la confrontation.
Tout cela a été réalisé non seulement sans le gouvernement, la classe politique et les médias les accompagnent, mais aussi en résistant à leurs attaques de toutes sortes.
Nous avons démontré, une fois de plus, que nous sommes ceux que nous sommes.
Nous avons manifesté notre présence par notre silence.
Aujourd'hui nous prenons la parole pour annoncer que :
PRIMO -. Nous réaffirmerons et consoliderons notre appartenance au Congrès National Indigène, un espace de rencontre avec les peuples originels de notre pays.
SECUNDO -. Nous reprendrons contact avec nos camarades adhérents à la Sixième Déclaration de la Jungle Lacandone au Mexique et dans le monde.
TERTIO -. Nous essaierons de construire les ponts nécessaires vers les mouvements sociaux qui ont surgi et surgiront, non pas pour les diriger ou supplanter, mais pour apprendre d'eux, de leur histoire, de leurs chemins et destins.
Pour cela, nous avons obtenu le soutien d' individus et des groupes dans différentes régions du Mexique, constitués en équipes d'appui des commissions Sixième et Internationale de l'EZLN, de façon qu'ils deviennent des courroies de transmission entre les bases d'appui zapatistes et les individus, groupes et collectifs adhérents de la Sixième déclaration, au Mexique et dans le monde, qui maintiennent leur conviction et leur engagement dans la construction d'une alternative non-institutionnelle de gauche.
QUARTO -. Nous maintiendrons notre distance critique vis-à-vis de la classe politique mexicaine qui, dans son ensemble, n'a fait que prospérer au détriment des besoins et des attentes des gens humble et simples.
QUINTO- En ce qui concerne les malgouvernants fédéraux,  étatiques et municipaux, exécutifs, législatifs et judiciaires et les médias qui les accompagnent nous disons ce qui suit :
Les malgouvernements de tous les partis politiques, sans exception, ont tout fait pour nous détruire, nous acheter, nous amener à nous rendre.  PRI, PAN, PRD, PVEM, PT, CC et le futur parti  RN  nous ont attaqués militairement, politiquement, socialement et idéologiquement.
Les grands médias ont essayé de nous faire disparaître, d'abord par des calomnies serviles et opportunistes, puis par un silence sournois et complice. Ceux qu'ils ont servis et qui les ont financés ne sont plus en place. Et ceux qui ont pris leur relève ne dureront pas plus que leurs prédécesseurs.
 Comme cela apparu le 21 décembre 2012, tous ont échoué.
il ne reste au pouvoir fédéral, exécutif,  législatif et judiciaire qu'à décider s'il veut retomber dans la politique de contre-insurrection qui n'a réussi qu'une simulation fragile maladroitement soutenue par la manipulation médiatique, ou bien s'il veut reconnaître et appliquer ses engagements en inscrivant dans la Constitution les droits et la culture indigènes, comme le stipulent les "Accords de San Andrés" signés en 1996 par le gouvernement fédéral, alors dirigé par le même parti qui est aujourd'hui à la tête du pouvoir exécutif.
Quant au gouvernement de l'
État du Chiapas, il doit décider s'il continue la politique malhonnête et ignoble de son prédécesseur, qui , en plus d'être corrompu et menteur, a utilisé l'argent du peuple du Chiapas pour s'enrichir lui-même et ses complices, et s'est dédié à l'achat éhonté de voix et de plumes dans les médias, plongeant les gens du Chiapas dans la misère, tout en utilisant la police et les paramilitaires pour essayer d'arrêter le progrès de l'organisation des communautés zapatistes, ou si au contraire, avec vérité et justice, il accepte et respecte notre existence et se fait à l'idée qu'une nouvelle forme de vie sociale fleurisse en territoire zapatiste, Chiapas, Mexique. Floraison qui attire l'attention des gens honnêtes dans toute la planète.
Quant aux gouvernements municipaux, ils doivent décider s'ils veulent continuer à avaler les couleuvres servies par les organisations antizapatistes ou soi-disant "zapatistes" pour leur extorquer des moyens d'attaquer nos communautés, ou bien s'ils veulent faire un meilleur usage de cet argent pour améliorer les conditions de vie de leurs administrés.
Quant au peuple du Mexique, qui s'organise dans des formes de lutte électorale et résiste, il doit décider s'il veut continuer à voir en nous des ennemis ou des rivaux sur lesquels décharger ses frustrations pour les fraudes et agressions, dont nous souffrons tous en fin de compte, et si, dans sa lutte pour le pouvoir, il veut continuer à faire alliance avec ceux qui nous persécutent, ou bien s'il veut enfin reconnaître que nous représentons une manière autre de faire de la politique.
SEXTO -. Dans les prochains jours, l'EZLN, à travers ses commissions Sixième et Internationale, fera connaître  une série d'initiatives de  caractère civil et pacifique, pour continuer à marcher aux côtés des autres peuples originels du Mexique et de l'ensemble du continent, et avec lesquels, au Mexique et dans le monde entier, résister et lutter en bas et à gauche.
FRÈRES ET SŒURS:
Camarades,
Avant, nous avons eu la chance de retenir l'attention de divers médias de manière honnête et noble. Nous les avons alors remerciés. Mais cela a été complètement effacé par leur attitude postérieure.
Ceux qui avaient parié que nous n'avions qu'une existence médiatique et que le mensonge et le silence nous feraient disparaître, se sont trompés.
 Quand il n'y avait pas de caméras, de microphones, des plumes, d'oreilles et d'yeux, nous existions.
Quand ils nous ont calomniés, nous existions.
Quand ils nous ont réduits au silence, nous existions.
Et nous sommes là, existant.
Notre cheminement, comme cela a été démontré, ne dépend pas de l'impact médiatique, mais de la compréhension du monde et de ses parties, de la sagesse indigène qui dirige nos pas, de la détermination inébranlable que donne la dignité d'en bas et de gauche.
Dorénavant, notre parole va commencer à être sélective dans ses destinataires et, à quelques exceptions près, ne pourra être comprise que par ceux qui ont marché et marchent avec nous, sans céder aux modes médiatiques et conjoncturelles.
Ici, avec beaucoup d'erreurs et de nombreuses difficultés, une autre façon de faire de la politique est déjà une réalité.
Rares, très rares seront ceux qui auront le privilège de la connaître et d'apprendre d'elle directement.
Il y a 19 ans nous les avons surpris en prenant leurs villes par le feu et le sang. Maintenant, nous l'avons fait de nouveau, sans armes, sans mort, sans destruction.
Nous nous distinguons ainsi de ceux qui, quant ils sont au pouvoir, ont semé et sèment la mort parmi leurs administrés.
Nous sommes les mêmes qu'il y a 500 ans, qu'il y a  44 ans, qu'il y a 30 ans, qu'il y a 20 ans, qu'il y a à peine quelques jours.
Nous sommes les zapatistes, les plus petits, ceux qui vivent, luttent et meurent dans le coin le plus reculé de la patrie,  ceux qui ne vacillent pas, ceux qui ne se vendent pas, ceux qui ne rendent pas.
Frères et sœurs,
Camarades:
Nous sommes les zapatistes et nous vous donnons l'accolade.

DÉMOCRATIE!
LIBERTÉ!
JUSTICE!
Depuis les montagnes du Sud-est mexicain.
Pour le Comité clandestin révolutionnaire indigène - Commandement général de l'Armée Zapatiste de Libération Nationale
Sous-commandant insurgé Marcos
Mexique
 
Décembre 2012 - Janvier 2013
Écoutez l'audio
“Latinoamérica”, par Calle 13 (formé par René Pérez Joglar (résident), Eduardo José Cabra Martínez (visiteur) et Ileana Cabra (PG 13). Avec Totó la Mamposina, Susana Baca et María Rita.

Fuente/Source : http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2012/12/30/el-ezln-anuncia-sus-pasos-siguientes-comunicado-del-30-de-diciembre-del-2012/
Traduction: Basta Yekfi!