mercredi 23 juillet 2014

Un dimanche à Sydney, Australie, avec les Palestiniens

Les plus belles images de la solidarité mondiale avec les Palestiniens nous viennent d'Australie, où plusieurs milliers de personnes ont manifesté dimanche dernier. Regardez: ils et elles sont magnifiques.
Marching as one... 14,000km from the frontline: Thousands take to Sydney streets calling for Israel to stop its bombardment of Gaza 

  • More than 2000 marched down George Street in Sydney's centre
  • It is Sydney's second major pro-Palestine rally in a fortnight
  • So far more than 350 Palestinians and seven Israelis have been killed in the 13-day conflict
  • Rally called on Australian leaders to 'stand up'


Schoolchildren have led thousands of protesters through Sydney's CBD, demanding an end to Israel's military offensive in Gaza.
Stunned shoppers watched on as a crowd of more than 2000 marched down George Street, waving flags and chanting, 'In our thousands, in our millions, we are all Palestinian.'
It is Sydney's second major pro-Palestine rally in a fortnight.
Parramatta woman Buthania Saeed took her children to Sunday's protest, which came days after four youngsters were killed in an air strike as they played on a beach in Gaza City.
Schoolchildren led a march through Sydney's centre on Sunday. They held plastic dolls to signify the loss of innocent babies' lives in Gaza

'I'm here as a mum to raise awareness of what's happening in Gaza,' Ms Saeed, 41, told AAP.
'All we're seeing is women and children being murdered, houses are being burnt down and families are being vanished.'
One demonstrator held up a baby doll swaddled in fake blood-drenched sheets, and stretcher bearers carried child-like figures wrapped in white.
More than 350 Palestinians and seven Israelis have been killed in the 13-day conflict.
Rally master of ceremonies Ophelia Haragli called on Australian leaders to 'stand up'.Over 2000 people marched along George Street with banners and flags that showed their support for Gaza

A young boy held a sign saying 'no one is free when others are oppressed' while his friend took photos of the march on his iPhone. In the background, a toddler in a pushchair was also brought to the march

Pro-Palestinian protestors painted their faces and wore t-shirts that said 'free Gaza' as they gathered to march the streets of Sydney

'You don't have to look far, you only have to look at the pictures on the screens, and touch your heart to know that what's going on in Israel is a massacre,' Ms Haragli said.
NSW Greens MP David Shoebridge, who addressed the crowd, wants the federal government to use Australia's position on the UN Security Council to push for a ceasefire.
Elsewhere in Sydney, deputy federal opposition leader Tanya Plibersek said an end to the conflict was urgently needed, though she did not outline the role Australia might play in reaching any detente.
'Of course the rockets must stop,' Ms Plibersek told reporters on Sunday. 'Hamas must agree to a ceasefire, and I also urge Israel to ensure that any response to that rocket fire is proportionate and spares the lives of civilians.'
Pro-Palestinian protestors called for 'freedom for Palestine' and held signs saying 'pray for Gaza' and 'occupation is a crime' as they chanted in the city centre

A young girl shouted passionately as she held a sign calling for the government to 'save Palestinian kids'
Tomato sauce was used to depict the bloodshed in the Gaza

More than 350 Palestinians and seven Israelis have been killed in the 13-day conflict

Rally master of ceremonies Ophelia Haragli called on Australian leaders to 'stand up'


A young boy acted as a stretcher bearer as he carried a child-like figure wrapped in white through the streets

Sydney's main shopping street was lined with people dressed in red, black, white and green in support of Gaza

NSW Greens MP David Shoebridge, who addressed the crowd, wants the federal government to use Australia's position on the UN Security Council to push for a ceasefire

mardi 15 juillet 2014

Le droit d’exister, le droit de résister : Lettres de Gaza

par Salma Ahmed Elamassie سلمى احمد الاماسي  Depuis le 9 juillet dernier, Salma Ahmed Elamassie, professeur de français à Gaza et mère de deux enfants, envoie des lettres par le biais de sa page Facebook. Des bouteilles jetées à la mer avant un  naufrage ... Lire la suite
 

lundi 7 juillet 2014

Tunisie : Le jeûne mortel des ouvrières de Latelec n’émeut pas les patrons français !

 par Henda Chennaoui هندة الشناوي , Nawaat , 7/7/2014

18e jour de la grève de la faim. Dans l’indifférence totale du gouvernement en place, de l’UGTT*, de l’ANC** et d’une grande partie de la société civile, les ouvrières de SEA Latelec-Fouchana risquent le tout pour le tout. Les négociations se mènent, jusqu’ici, aux conditions des patrons français qui persistent à refuser la réintégration des ouvrières licenciées.
Le syndicaliste Mickael Prince de la CGT de la Somme en visite de soutien aux syndicalistes licenciées de la SEA LATelec filiale de Latécoère au local de la grève de la faim à Tunis
Fragilisée par ses problèmes de santé, Sonia Jebali voit sa santé se détériorer de jour en jour.
Le médecin m’a sommé, hier, d’arrêter ma grève de la faim en me prévenant que je risque une crise cardiaque ou l’arrêt d’un rein, à n’importe quel moment. En plus de mon anémie, je suis sous traitement pour une maladie auto-immune. Depuis deux semaines, j’ai arrêté ce traitement et mes lésions cutanées me font souffrir de plus en plus. Malgré tout ça, je ne vais pas arrêter la grève de la faim jusqu’à la réintégration des ouvrières dans leur usine.
Sonia Jebali, déléguée syndicale et gréviste.
Déterminées, Sonia et ses camarades n’arrêteront pas la grève de la faim, même après que l’UGTT a annoncé une grève générale dans la zone industrielle de Ben Arous, les 16 et 17 juillet prochain. En fait, les grévistes n’ont plus confiance dans ce syndicat qui les a lâchées, lors des précédentes négociations, en signant pour valider leur licenciement.
"Pour le moment, on n’a pas réussi à trouver un compromis. Il n’y a pas assez de soutien à notre cause. Ainsi, le bureau régional exécutif de Ben Arous nous a rendu visite, seulement au dixième jour de la grève. Maintenant, je préfère garder les choses en main et continuer la grève pour maintenir la pression. Et je tiens tout le monde pour responsable, s’il m’arrivait malheur", conclut la déléguée syndicale.
C’est en 2005, avec l’implantation de Latelec en Tunisie, que ces ouvrières ont été embauchées dans des conditions précaires. Non seulement, leurs salaires mensuels ne dépassaient pas les 200 dinars*** (bien au dessous du Smig tunisien qui est passé, en 2012, de 300 à 320 dinars), mais elles étaient, en plus, victimes de harcèlement moral et sexuel, d’intimidations et de racisme. C’est ce qui les décide, en 2011, s’organiser dans un syndicat qui a réuni la majorité de la main-d’œuvre de l’usine. En contrepartie, les patrons français ont commencé à déployer toutes les méthodes de pression imaginables pour diviser le mouvement et faire taire les voix contestataires. Au bout de plusieurs mois de lutte, les ouvrières ont réussi, en mai 2012, à obtenir gain de cause en recouvrant une partie de leurs droits (augmentation de salaire, payement des heures supplémentaires et couverture sociale), ainsi que la réintégration des travailleurs qui avaient été licenciés pour donner l’exemple.

Beaucoup ignorent que la majorité des syndicalistes qui s’opposent à l’exploitation des patrons finissent par être licenciés. Après quoi, la liste des noms des « fauteurs de trouble » fait le tour des usines pour intimider les ouvriers qui seraient, des fois, tentés de se révolter. Pour l’heure, en attendant que la direction de l’usine réagisse, les grévistes risquent à tout moment de succomber à leur jeûne mortel, là-bas au local de l’UGET****, non loin de la Kasbah, du Bardo***** et du ministère des Affaires sociales.
On signalera encore une autre grève de la faim, celle d’un ouvrier de la société Leman Industrie qui en est à son 15e jour de grève pour revendiquer, lui aussi, son droit à la réintégration.

Notes
*Union générale tunisienne du travail, la principale centrale syndicale de Tunisie avec 750 000 adhérents.
**Assemblée nationale constituante
***1 dinar tunisien = 0,45 €
**** Union générale des étudiants de Tunisie
*****Banlieue de Tunis où siège l'ANC
Pour rester informé-es :

اضراب جوع عمال لاتيلاك و ليمان المطرودين Grève de la faim Latelec / Leman

mardi 8 juillet, 11:00 (UTC+01)
 

vendredi 27 juin 2014

TISA/ACS : L’investisseur est roi

par Klaus Fischer, junge Welt, 21/6/2014. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Quand les États se lient eux-mêmes les mains: Wilkileaks éclaire des recoins sombres du lobbying. Des « traités » comme le TISA consolident la mainmise du capital privé sur toute la planète.
En cachette on négocie les moyens de garantir à la noblesse d’argent internationale des gains supplémentaires. Depuis longtemps des « chargés de mission » négocient un ouvrage d’art visant à accélérer et à rendre irréversible le nouveau partage du monde. À Genève, l’un des lieux préférés de cette cupide espèce pour y faire entre soi d’agréables retraites, les représentants d’une cinquantaine d’États se sont rencontrés ces derniers mois. Dans le plus grand secret on a peaufiné une sorte de nouveau partage du monde à l’aide d’un traité, désigné par l’euphémisme de Trade in Services Agreement (Accord sur le Commerce des Services, TISA/ACS). Jeudi 19 juin Michael Froman, le représentant US au Commerce, a soulevé un coin du voile et brièvement déclaré que les points fondamentaux étaient acquis, et que la septième ronde de négociations allait s’ouvrir.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_8522.jpg
Genève, 28 avril 2014 : manifestation contre le TISA/ACS. Photo EPA/SALVATORE DI NOLFI
Officiellement il s’agit, comme le nom l’indique, de services. Ce nom désigne un segment économique qui est de loin le plus important à l’échelle mondiale. Il recouvre entre autres la banque et la finance, les télécommunications et le commerce de la main-d’œuvre marchandisée, ainsi que les tâches fondamentales d’approvisionnement indispensable et de sécurité de la population, par exemple l’eau et l’électricité. Le but de cet ouvrage n’est pas d’améliorer la vie des citoyens des pays représentés - ni du « reste » du monde. Non : le TISA doit garantir l’accès sans entrave aucune du capital privé à tous les marchés mondiaux. Plus encore: cet accès, selon des informations publiées par Wikileaks, ne doit plus pouvoir être annulé par une législation ultérieure dans les pays concernés. Les fantômes gris de Genève semblent en espérer une sorte de garantie éternelle pour l’économie du profit privé.
 
Si cela vous paraît bizarre, jetez donc un coup d’œil sur la réalité actuelle. Un exemple : La Cour Suprême des USA a estimé la semaine dernière que la remise de dette décrétée en 2005 et 2010 par l’Argentine pour cause de banqueroute lésait le « droit » des investisseurs. Dans le cadre du défaut de paiement qui s’annonçait, quelques fonds spéculatifs avaient acheté des emprunts d’État argentins à bon marché. Ils refusèrent de participer à la remise de dette et exigèrent le remboursement intégral de leur valeur nominale. Comme ces obligations étaient en outre libellées en dollars US, c’étaient les tribunaux US qui étaient compétents à ce sujet. La sentence de la Cour Suprême oblige l’Argentine à payer, ce qui lui est impossible. Une autre faillite est donc en vue.
 
À Berlin se déroule en ce moment un « Kulturkampf (« combat pour la civilisation », référence à Bismarck)» de la même espèce : le sénateur chargé des finances a eu la bonne idée, lorsqu’il a affermé le réseau de distribution du gaz, de ne pas commettre la même erreur que jadis la coalition SPD/PDS lorsqu’elle a « privatisé » le réseau d’eau potable (bénéfices garantis par le contrat, etc.) C’est pourquoi Ulrich Nußbaum (sans étiquette) a inséré, lors de l’appel d’offres pour ce projet d’infrastructures, une clause interdisant une revente ultérieure. La surtaxe bénéficia à la société « Berlin Énergie », propriété du land, et la GASAG en fut pour ses frais. Autrefois, celle-ci était elle aussi propriété communale, mais grâce à d’intenses tractations politiques elle appartient désormais à Vattenfall, E.on et Gaz de France (firmes énergétiques respectivement suédoise, euro-allemande et française), - donc à de puissantes firmes privées. Elles n’acceptent pas cette décision. L’entreprise en position d’infériorité porta plainte. C’est justement le Bundeskartellamt (Office fédéral de lute contre les cartels) qui vint en aide à la GASAG. Celui-ci blâma la clause précitée. Elle pourrait discriminer des « enchérisseurs » privés.
 
La loi est depuis longtemps du côté du capital privé. Elle ne se laisse pas guider par les intérêts et les besoins (ou le pouvoir d’achat) des citoyens lambda, mais est au service de la « libre circulation des capitaux », le mot d’ordre fétiche qui régit toute l’UE. Le plus souvent c’est la « concurrence libre et non faussée » qui justifie cette attitude. Ce qui favoriserait aussi les consommateurs. Un conte que précisément Vattenfall, E.on et Cie ont réfuté abondamment depuis dix ans dans le cadre de la prétendue libéralisation du marché de l’énergie : quatre « grands » se sont partagé le marché allemand, avec pour conséquences moins de concurrence et des tarifs plus élevés.
 
La délégation australienne a obtenu à Genève que l’on poursuive dans cette voie. Il ne suffit plus comme avant de dérouler le tapis rouge devant les maîtres du monde, le TISA prévoit qu’il restera désormais en place. Acheter une Caisse d’épargne ? Cela ne pose plus aucun problème. Interdit de discriminer les fonds privés. Transférer des données de Trifouilly-les-Oies à Londres ou à Fort Meade (QG de la NSA)? Pourquoi pas, c’est une affaire entièrement privée.
 
Quant aux gouvernements qui se lient les mains en élaborant de tels accords, ils reçoivent un prix de consolation : ils sont autorisés à surveiller de plus près les télécommunications. C’est qu’il y a des terroristes partout! Quant à la protection des données des simples citoyens, on ne semble pas y accorder grande importance dans les négociations sur le TISA.

lundi 23 juin 2014

Israël et la paix... des cimetières !

Destruction d'un cimetière musulman à Jérusalem
par  Yakoubîa Oum X, 22/6/2014
 
Depuis sa création, l’État d'Israël s'est efforcé de rayer de la carte de la Palestine toute trace historique des Palestiniens, changeant le nom des localités après les avoir rasées, expropriant les habitants légitimes de leurs maisons et de leur terres, et détruisant leurs plantations d'oliviers jusqu'à aujourd'hui.

 
Mais la dernière offensive en date est particulièrement violente, car elle touche cette fois au sacré ! Le cimetière de Mamilla -anciennement Ma'man Allah, à Jérusalem-Ouest- est en passe d'être entièrement détruit. Le gouvernement israélien et le Centre Simon Wiesenthal -institution spécialisée dans la chasse aux criminels nazis mais reconvertie comme machine de propagande israélienne- sont en effet en train d'y construire « Le Musée de la dignité humaine et de la tolérance ». La construction de cet édifice a déjà donné lieu à l'exhumation de centaines de tombes, et le sort des restes humains déterrés est à ce jour inconnu.
 
La profanation de mille autres sépultures est aussi prévue, pour étendre la surface de ce musée, érigé tel un temple pharaonique, à 400 m du mur d'enceinte de la vieille ville. Une scandaleuse interprétation de la dignité humaine et de la tolérance qui laisse paraître le mépris outrecuisant des Israéliens pour ces goys (non-juifs) de Palestiniens, doublée d'un prétexte fallacieux pour effacer toute trace de la présence millénaire des musulmans à Jérusalem ! Le pire, c'est que l'Unesco a donné tacitement son feu vert à ce projet, alors qu'Israël, comme les États-Unis, a cessé de lui payer sa contribution financière depuis 2011. Dix ans de campagne internationale pour la protection du cimetière de Mamilla foutus en l'air !
 
Un comble, car celui-ci devrait figurer au catalogue de l'Unesco comme patrimoine de l'humanité ! C'est en effet l'un des plus anciens cimetières musulmans, voire même un lieu saint, qui daterait du 7ème siècle, époque où des compagnons renommés du prophète Mohammad y furent enterrés. De
nombreux saints de la voie soufie, ainsi que des fonctionnaires, des universitaires et des notables appartenant aux grandes familles de Jérusalem y furent aussi inhumés au cours de ces mille dernières années. Les descendants de ces familles ont d'ailleurs interpellé les institutions internationales depuis 2010, au moment où les travaux du nouveau musée commençaient quasi-clandestinement. En vain jusqu'à ce jour !
 
Pourtant, déclaré historique en 1927 par le Conseil suprême musulman, le cimetière de Mamilla avait aussi été reconnu comme site d'antiquités par les autorités du Mandat britannique en 1944. Il était actif jusqu'en 1948. Mais lorsque, cette année-là, le nouvel État juif s'empara de la partie occidentale de Jérusalem, le cimetière est passé sous contrôle israélien. Comme d'autres propriétés de dotation islamiques -biens waqf- le cimetière de Mamilla fut volé par le Dépositaire pour les biens des Absents, une administration israélienne spécialisée dans la spoliation des biens des Palestiniens. Depuis, les autorités musulmanes n'ont pas été autorisées à veiller à son entretien, malgré leurs multiples recours devant les tribunaux.
Le cimetière fut mis ensuite sous la tutelle du ministère israélien des Affaires religieuse qui l'a reconnu comme étant « l'un des cimetières musulmans les plus renommés, avec ses soixante mille tombes de guerriers des armées de Saladin et ses nombreux savants musulmans », et s'était engagé à le protéger. Ainsi, en réponse à une enquête de l'Unesco effectuée en 1986 sur les projets d'urbanisme prévus déjà à l'époque sur le périmètre du cimetière, les autorités israéliennes avaient déclaré : « Il n'existe aucun projet de désacralisation du site et au contraire, ses tombes doivent être préservées ». Une déclaration fallacieuse masquant le fait que, dans le même temps, une grande partie du cimetière était en train d'être détruite !
 
Car malgré la reconnaissance officielle de son importance et son enregistrement par l'Autorité israélienne des antiquités, le cimetière de Mamilla n'a cessé d'être empiété par la construction de bâtiments, de parcs et même de parkings. En fait, le musée Simon Wiesenthal n'est que le dernier projet en date. Une vraie provocation d'Israël pour tous les Musulmans du monde et un mépris total du patrimoine de l'humanité !

Signez la pétition pour la protection du cimetière de Mamilla : http://www.mamillacampaign.org/sign_f.php
 

samedi 7 juin 2014

Aujourd'hui, toute l’Égypte appartient aux militaires. Toute? Toute

par Bachir El Khoury بشير الخوري,Slate.fr, 4/6/2014


Il ne s’agit point d’un secret. Avec plus d'un million de membres, l'institution militaire égyptienne est la plus grande d’Afrique, et l'une des plus imposantes. Son poids n’est pas seulement militaire. L’armée en Égypte contrôle une partie importante de l’économie du pays. Et cela ne date pas d’hier.

Les généraux ont érigé un empire au cours des trente dernières années, constitué désormais de quelques 35 usines et entreprises, qu’ils ont dûment protégé contre la politique de libéralisation économique et les vagues de privatisation des années 1990 et 2000.

Cet empire, qui place l'Égypte dans une position ambivalente, à mi-chemin entre une économie socialiste et un modèle capitaliste, serait constitué de trois pôles principaux: le ministère de la Production militaire, l'Organisation arabe pour l'industrialisation, et l'Organisation nationale de services. Selon un article du centre Carnegie pour la paix, The Generals’ Secret: Egypt’s Ambivalent Market, les deux premiers piliers rassembleraient 19 usines et entreprises, dont 40 à 70% de la production est orientée vers le marché privé. Quant à la troisième entité, elle serait engagée dans la fabrication d'une large gamme de produits, dont des voitures de luxe, des couveuses, des bouteilles de gaz, ainsi que des produits alimentaires. Elle fournirait également des services tels que le nettoyage domestique et la gestion de stations-service.

Le Maréchal al-Sissi à l'Opéra du Caire en mars dernier
Cette nébuleuse s’est développée à partir de la fin des années 1970, à la suite des accords de paix de Camp David. L'armée avait alors commencé à investir dans plusieurs secteurs du pays, allant de l'agriculture à la construction de routes et de ponts, en passant par l'immobilier, les industries électroniques, les usines laitières et les fermes d'élevage.
http://www.egyptianmarathon.com/EgyptianMarathon/images/stories/sharm111.jpg
Les grands officiers ont également investi l'industrie du tourisme, via la construction et la gestion d’hôtels et de villages touristiques dans plusieurs sites, dont celui de Charm el-Cheikh; cette tendance s’était développée à l'époque du maréchal Abdel-Halim Abou Ghazala, ministre de la Défense à la fin du mandat d’Anouar el-Sadate et du début de l'ère Moubarak.
L’Armée possède également des restaurants, des terrains de football, ainsi que des hôpitaux et des centres de soins pour enfants. Elle joue aussi un rôle important dans le secteur agricole, avec plusieurs contrats conclus avec des investisseurs étrangers d'une valeur de centaines de millions de dollars. Aujourd’hui, cette économie «grise», dont les bilans ne sont soumis à aucun contrôle parlementaire ou audit indépendant, représenterait près du tiers du PIB du pays.
Des privilèges protégés par le pouvoir politique
Les intérêts économiques des militaires n’ont jamais été menacés par les régimes en place, même lorsque la pression extérieure montait pour l’application de certaines réformes-clés. Hosni Moubarak, lui-même un ancien militaire, a réussi à ménager la chèvre et le chou, se conformant à l'accord de 1992 de la Banque mondiale qui prévoyait notamment la privatisation à grande échelle d’entreprises publiques en contrepartie d’aides financières. L’ancien Rais avait toutefois veillé à ce que l’application de l’accord en question ne froisse pas les hommes d’affaires en habit militaire.
Ainsi, lorsque plus de 300 usines et entreprises publiques ont été privatisées au début des années 1990, les avoirs de l'armée sont restées intactes. Ce scénario s’est reproduit entre 2004 et 2011, lorsque le pays a connu une nouvelle vague de privatisations, à l’instigation des gouvernements formés par le cercle proche de Gamal Moubarak, homme d’affaires influent et fils du Rais. Aucune de la douzaine d’entreprises publiques concernées n’appartenait à des militaires, tandis que les hauts gradés de l’Armée étaient placés dans des postes-clés au sein de ces sociétés ou usines privatisées.
En parallèle, et dans un objectif clair de préserver les chasses gardées des bonnets militaires, tous les « réformateurs » ont été écartés du pouvoir durant l’ancien régime. Sitôt après sa nomination à la tête du ministère de la Défense par Moubarak, Youssef Sabri Abou Taleb fut destitué de son poste en 1991, après avoir promis de séparer l'armée de tous les projets non liés à la défense ou en concurrence avec le secteur privé et de lutter contre la corruption au sein de l’institution militaire. Ce dernier a été remplacé par Mohamed Hussein Tantawi, qui a refusé toutes les tentatives de mettre fin à l'empire économique de l'armée.
Les exceptions et «privilèges» sur le terrain existent également sur le papier.  En 2007, après quinze ans de réformes néolibérales, Moubarak a modifié la constitution pour supprimer des articles socialistes de Nasser, taillant toutefois avec beaucoup d’habileté les passages se rapportant à la privatisation du secteur public. Le contenu de l’article 4 de la Constitution, qui consacre le modèle économique libéral, fut atténué par des clauses stipulant la protection des entités publiques et des coopératives nationales. Au lendemain de la révolution de janvier 2011,  le Conseil suprême des forces armées (CSFA), qui assurait le pouvoir par intérim, a intégralement copié cet article dans sa déclaration constitutionnelle postrévolutionnaire.
Pouvoir foncier et aides du Golfe
Ce rempart légal et politique a permis à l’armée d’étendre son influence au-delà du Caire. Celle-ci possède aussi de vastes étendues de terres sur l’ensemble du territoire. En 1997, un décret présidentiel lui a accordé le droit de gérer l'ensemble des terrains en friche. Selon certaines estimations, l'armée contrôlerait ainsi de facto près de 87% de la superficie du pays.
Egypt’s army chief Abdelfatah al-Seesi (right) meets with Arabtec Construction CEO Hasan Abdullah Ismaik on March 9 in Cairo
Al-Sissi avec le PDG d'Arabtec Construction Hasan Abdullah Ismaik le 9 mars dernier au Caire. Photo Forces armées égyptiennes/Anadolu Agency via Getty Images (sic)
Ce «pouvoir» foncier a conféré à l’armée le rôle d’acteur incontournable dans les projets immobiliers entrepris par des investisseurs locaux ou étrangers. En mars dernier, le géant émirati Arabtec Holding concluait un accord avec le ministère égyptien de la Défense pour la construction d’un million de logements, d’un montant global de 40 milliards de dollars. Le projet, destiné aux populations à faibles revenus, s’étend sur treize sites d’une superficie totale de 160 millions de mètres carrés, majoritairement détenus par l’armée.
Cette vague de mégaprojets profitant aux officiers a été dopée par l’aide des pays du Golfe, qui a culminé à plus de 12 milliards de dollars depuis la prise du pouvoir par l’armée. Au moins six gros contrats, d’une valeur totale de 1,5 milliard de dollars, ont été confiés à l’institution militaire et ses ramifications entre septembre et décembre dernier. Ce processus a non seulement été autorisé par le gouvernement égyptien, mais il a été activement facilité. Selon la loi égyptienne, les contrats sont accordés sur la base d’un appel d’offres, mais en novembre 2013, le président par intérim, Adly Mansour, a publié un décret autorisant les ministères à outrepasser la procédure habituelle en «cas d'urgence».
Le Canal de Suez et la destitution de Morsi
Autre cible de l’armée: le canal de Suez qui génère plusieurs milliards de dollars par an et dont le contrôle aurait constitué l’un des motifs de la destitution forcée de Mohamed Morsi par les militaires. En effet, ce dernier aurait décidé de lancer un vaste projet de développement de la zone du canal, avec le soutien du Qatar, sans impliquer l’armée de manière directe. Depuis son élection, le représentant de la confrérie musulmane avait pourtant pris garde, à l’instar de ses prédécesseurs, de ne pas marcher sur les plates-bandes de l’armée.
Mais les négociations avec les Qataris – présentées comme un enjeu de souveraineté politique et militaire par les anti-Morsi et déplaisant, par ailleurs, au concurrent saoudien du petit émirat gazier – furent perçues par les militaires comme le franchissement d’une ligne rouge. L’enjeu réel était davantage lié à la «souveraineté économique» d’un des sites les plus juteux sur le plan financier.
Preuve de cet intérêt, en janvier dernier, six mois après le «putsch» militaire contre Morsi, l'Autorité du Canal de Suez, dirigée par le vice-amiral Mohab Mamish —un ancien membre du conseil militaire qui a pris le pouvoir en Égypte après le départ de Moubarak— a nommé 14 entreprises éligibles à l’appel d’offres propre au plan directeur  du projet de développement du canal. Selon le Washington Post, seules trois sociétés n’auraient aucun lien avec l’armée égyptienne, tandis qu’au moins deux parmi celles sélectionnées entretiennent des relations étroites avec les militaires.
Arab Contractors (77 000 salariés, présente dans 29 pays) a son propre club sportif, Al Mokawloon
Il s’agit d’Arab Contractors, gérée pendant 11 ans par le Premier ministre proche de l'armée, Ibrahim Mahlab. Le conseil d'administration d’une autre compagnie, Maritime Research and Consultation Center, est en outre composé presque entièrement d'officiers militaires et est présidé par le ministre des Transports, ajoute le journal qui dénonce l’opacité concernant l’identité des autres compagnies préqualifiées.
Soutenue par les pays du Golfe, et confortée par l’élection d'Abdel Fattah al-Sissi, l’armée devrait ainsi confier, sans soucis majeurs, à une seule société le contrat du Canal de Suez en octobre prochain et étendre son pouvoir politique et économique à l’ensemble du pays. Non sans risque. En l’absence de respect des libertés et d’altération des fondements du pouvoir économique, le nouveau régime risque de faire face aux mêmes «perturbations» qui avaient mené au renversement de Hosni Moubarak.
Sur le même thème, lire L’armée et l’économie en Égypte, par Zeinab Abul-Magd

mercredi 28 mai 2014

Tunis, 29 mai 2014 : Solidarité avec les syndicalistes et les ouvrières de Latelec

Rassemblement jeudi 29 mai 2014 à 11h
devant l’ambassade de France, avenue Bourguiba, Tunis
Le syndicalisme n'est pas un crime !
Non aux licenciements des syndicalistes et des travailleurs !

https://www.facebook.com/events/728231540553493/

lundi 26 mai 2014

Colombie : Le grand gagnant de l'élection présidentielle est l'abstention Colombia: El gran ganador es la abstención

Si hay que hablar de un ganador en las elecciones en Colombia, esa es la Abstención, ya que más del 60% de los colombianos y colombianas decidieron darle la espalda a unos comicios en que los dos principales candidatos (precisamente quienes pasan a una segunda vuelta) representan a la derecha y a la extrema derecha. Tanto Juan Manuel Santos como Ivan Zuluaga son parte del mismo sistema que viene malgobernando Colombia desde hace décadas, y sus cantos de sirena no engañan tan fácilmente al electorado. Leer más  

S'il faut parler d'un vainqueur des élections en Colombie, c'est l'abstention, puisque plus de 60 % des électeurs ont décidé de tourner le dos à suffrage dans lequel les deux principaux candidats (qui s'affronteront au second tour) représentent la droite et l'extrême-droite. Tant Juan Manuel Santos qu'Ivan Zuluaga font partie du même système qui malgouverne la Colombie depuis des décennies, et leurs chants de sirène ne trompent pas si facilement l'électorat.
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samedi 24 mai 2014

Sa Sainteté le Maréchal Abdelfattah Bonaparte قداسة المشير عبد الفتاح بونابارت

Wael Qandil وائل قنديل



يترجرج الجنرال الجديد في ثياب الجنرال القديم الميّت، يبدو الأمر فكاهيّاً ومضحكاً، وعبثيّاً أيضاً، بحجم المفارقة بين المأساة و الملهاة (المسخرة بتعبير كارل ماركس).
لقد جمعوا له عوادم الماضي الذي يبعثونه من قبره باعتباره اليقين والمجد، في محاولة كوميدية لصناعة أسطورة جديدة، تماماً، كما فعل تحالف "السيف والقلنسوة الكهنوتية" مع لويس بونابرات، قائد الانقلاب على قيم الثورة الفرنسية الأولى.

Abdelfattah Al-Sissi sera le probable vainqueur de la présidentielle de ces 26-27 mai. Malgré le mythe construit autour du personnage, cette élection perpétuera le règne de l’arbitraire et de la corruption.
Le maréchal [Abdelfattah Al-Sissi] flotte dans les habits de feu son prédécesseur Gamal Abdel Nasser [président nationaliste égyptien, 1956-1970]. L’impression de ridicule, et même d’absurde, est à la mesure de la distance qui sépare le drame de la farce, selon l’expression de Karl Marx. On ramasse les débris du passé pour les coller à Sissi en tant qu’emblèmes de gloire et faire de lui une nouvelle figure de légende.Lire la suite

jeudi 22 mai 2014

Fragments de la réalité (I)




sous-commandant insurgé Marcos,EZLN, mai 2014. Traduit par  Sun with Moon
Original: Fragmentos de la Realidad I
Traductions disponibles : English  Italiano  Deutsch   

 
Mai 2014.
Le petit jour… Il doit être vers les deux ou trois heures, allez savoir. Le silence résonne, ici, dans la réalité. Ai-je dit « le silence résonne » ? Mais oui, parce que par ici le silence possède un son bien à lui, semblable au bruit de scie des grillons, qui se répondent, en face, plus fort et à contretemps, tandis que d’autres encore restent constants, en contrebas. Pas une lumière en vue. Maintenant, la pluie vient rajouter son propre silence. Ici, c’est la saison des pluies, mais pas encore suffisamment pour meurtrir la terre. Tout juste si la pluie l’écorche, comme frappant doucement. Un coup d’ongle par là, une petite flaque par là-bas, comme si de rien n’était. Comme pour avertir que ça vient. Le soleil cependant, le chaleur, rapidement la repousse du sol. L’heure de la boue n’est pas venue. Pas encore. Le temps des ombres, si. Enfin, de fait c’est toujours le temps des ombres. Où que ce soit, elle va toujours partout, peu importe l’heure. Même au plus féroce du soleil, l’ombre se balade encore, s’agrippant aux murs, aux arbres, aux pierres, aux personnes. Comme si la lumière lui donnait plus de force. Ah, mais la nuit… au petit matin, là, c’est son pur moment d’ombre. De même que pendant la journée elle nous soulage, au petit matin elle nous réveille, comme si elle nous disait : « Et alors, toi, tu vas où, tu fais quoi ? » À quoi on répond avec la voix pâteuse de la veille ensommeillée. Jusqu’à ce que, enfin, on puisse répondre, se répondre : « dans la réalité ». Lire la suite 

mercredi 21 mai 2014

Égypte : cris et chuchotements des prisons صوت السجون

6/4/2014
Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: Egypt: The sound of prison
Traductions disponibles : عربي 
 
Des milliers de personnes ont été incarcérées durant et après les manifestations de ces derniers mois, mais on en sait peu de leurs conditions de détention
Il est 10 heures du matin et les abords de la prison de Tora, au sud du Caire, se remplissent de familles arrivant pour l'heure de visite aux détenus. Des vieilles 504 Peugeot déchargent les passagers, dont les visages sont marqués par la fatigue du voyage. La scène semble être un des visages invisibles du Caire.
Les vendeurs d'oranges et de mandarines font partie de l'économie de la prison, certaines familles d'arrêtant pour acheter des fruits sur leur chemin vers l'intérieur du complexe de la prison. Une fillette qui a l'air d'avoir environ 10 ans porte sur la tête un plateau colossal de kenafeh [pâtisserie feuilletée et trempée dans un sirop, réalisée à base de cheveux d'ange, de fromage, de beurre et de pistaches ou de noix, NdT]. Son frère, plus petit, porte un sac de toile plus grand que lui. Ils s'entretiennent mutuellement dans la file d'attente pour les contrôles de police avant l'entrée dans la prison.
Une heure plus tard, nous sommes lâchés dans une grande salle où les détenus attendent avec impatience l'arrivée de leurs familles. Chacun prend sa famille dans un coin où ils peuvent arracher un moment d'intimité. Une cacophonie de conversations et de disputes familiales crée un paysage sonore carcéral temporaire. Beaucoup de prisonniers sont barbus et leurs parentes entièrement voilées.
Habituellement trois personnes peuvent visiter un prisonnier, mais si une famille arrive avec deux visiteurs, une autre famille peut utiliser le quota disponible. Mais les droits de visite sont à géométrie variable : certains se voient accorder une visite toutes les deux semaines, d'autres une fois par semaine, tandis que le temps alloué varie. Les droits de visite et des détenus sont généralement mieux assurés avant la sentence qu'après.
Manal et Alaa
Manal Hassan a quelques 45 minutes chaque semaine avec son mari, Alaa Abd El Fattah , arrêté le 28 novembre 2013. Elle divise habilement le temps de la visite entre la communication d'informations, la demande de conseils sur les questions familiales et professionnelles et la transmission de salutations de gens de l'extérieur, auxquelles Abd El Fattah répond rythmiquement. Hassan veille à prendre note des demandes d'Abd El Fattah dans son bloc-notes : une paire de chaussettes, des baskets, de nouveaux draps et une serviette verte propre de la maison. A la fin, il leur reste un moment pour un échange émotionnel hâtif et un bref jeu avec leur petit Khaled, deux ans, qui court énergiquement tout autour de la cour de la prison.
A l'extérieur, la sœur d'Abd El Fattah , Sanaa, tente de convaincre un policier d'accepter l'entrée de ruban adhésif dans sa cellule. Abd El Fattah reçoit des photos de ses amis et de leurs enfants et il aime les accrocher au mur de sa cellule - aux côtés de lettres qu'il reçoit - dans une tentative désespérée de rester connecté au monde extérieur.
Quelques semaines plus tard, Abd El Fattah est remis en liberté, alors que son procès pour violation de la loi interdisant les manifestations n'a pas encore eu lie. Des milliers d'autres restent derrière les barreaux, arrêtés pour des accusations similaires, leurs familles cherchant désespérément à faciliter leur expérience de l'emprisonnement.
L'un d'eux est Hicham Abdel Moncef, arrêté le 25 janvier, devant le magasin d'alimentation qu'il gardait dans le centre du Caire. Les manifestations commémorant le troisième anniversaire de la révolution et contre le régime pro - militaire en place battaient leur plein dans la zone quand des hommes masqués se sont jeté sur lui, l'ont ligoté et battu avant de l'emmener au poste de police d'Azbakiya. Là, il s'est mis à regarder nerveusement l'horloge au mur, se disant qu'il allait rater le dernier métro s'il n'était pas rapidement relâché. Il n'imaginait pas qu'il ne serait pas à la maison pendant une longue période - plus de deux mois à ce jour - et qu'il serait condamné à deux ans de prison dans procès dont il n'a compris ni les tenants ni les aboutissants.
Abdel Moncef , maintenant détenu à la prison d'Abou Zaabal , a dit à sa famille lors d'une de leurs visites que dans le car de police après son arrestation, il a entendu un policier dire à son supérieur : "Nous avons seulement réussi à en arrêter quatre ", ce à quoi le supérieur a répondu: "Pas assez pour une inculpation pour rassemblement illégal. Attrapez m'en d'autres". Un mois plus tard, Abdel Moncef a été condamné, aux côtés de 68 autres, sur des accusations de rassemblement et de manifestation illégaux, appartenance à un groupe terroriste et possession d'armes.[le décret adopté le 30 novembre 2013 interdit les rassemblements de plus de 10 personnes, NdT]
Selon son récit, Abdel Moncef n'est qu'un numéro pour ceux qui l'ont arrêté, et il est à peine plus pour les gens à l'extérieur de la prison qui entendent sporadique parler des milliers d'arrestations de ces derniers mois. En fait, il n'y a que sa famille qui sache ce que cela signifie pour Abdel Moncef d'être en prison.
«Chaque fois que je m'assois pour manger, je vois Hicham en face de moi, disant : « Vous êtes là en train de manger et vous me laissez en prison ? », dit, brisé, Ayman Hamed, beau -frère et ami de longue date d'Abdel Moncef.
Maintenant qu'ils savent qu'il est là pour un bon moment, la famille d'Abdel Moncef lui rend visite avec moins d'espoir, mais avec toutes les bonnes choses qui peuvent rendre la vie en prison un brin plus proche de la vie à l'extérieur.
Ils le font parce que personne ne le fait. Reda Marei, avocat et chercheur à l'unité de justice pénale de l'Initiative égyptienne pour les droits de la personne, affirme que l'un des principaux problèmes avec les prisons en Égypte, c'est qu'elles sont sous la tutelle du ministère de l'Intérieur.
" Dans les années 1930 et 1940, les prisons relevaient du ministère des Affaires sociales. Dans d'autres pays elles relèvent du ministère de la Justice. Donc, cela permet au ministère de l'Intérieur de faire ce qu'il veut sans que personne ne les contrôle ", dit-il.
Lors d'une rencontre de 15 minutes toutes les deux semaines, la famille d'Abdel Moncef remplit un vide et leurs mondes se rapprochent pour un moment. Mais c'est une mission difficile.
« Nous prenons un louage pour aller à Abou Zaabal à 4 heures du matin avec des sacs de nourriture et de boissons. Nous arrivons là vers 6h 30. Nous faisons la queue avec d'autres familles pendant une heure. Ensuite, nous sommes fouillés et nous attendons à  l'intérieur pendant encore trois heures. Et puis on a nos 15 minutes. Avant même qu'on ait pu engager une conversation, les policiers sifflent pour signaler la fin de la visite. C'est le moment difficile où il fut se dire au revoir ", dit Hamed.
"À l'intérieur, on croirait entendre des perroquets », explique Mervat Abdel Wahab, la mère de Mohamed Salah, également arrêté le 25 janvier de cette année et maintenant détenu dans la prison d'Abou Zaabal. "Personne n'entend personne".
Abou Zaabal
Abdel Wahab visite Salah une fois par semaine et passe la veille de la visite à cuisiner pour lui. Tout ce qu'elle cuisine ne parvient pas à l'intérieur, puisque la police confisque arbitrairement certains plats lors de l'inspection. "Ce qu'ils font avec nous en prison est extrêmement humiliant ".
Mais l'humiliation vécue par Abdel Wahab et sa famille ne s'est pas limitée aux visites en prison. Ils n'ont découvert où se trouvait Salah qu'après quatre jours de recherches sans relâche dans les postes de police. " On m'avait dit que les mères ont une meilleure chance d'apprendre de la police où sont leurs enfants, alors je suis allé à un camp des Forces centrales de sécurité, je me suis assiste par terre en face d'un policier et lui ai demandé : 'Où est mon fils ? Je ne partirai pas tant que je ne le saurai pas'. "
Elle a écrit son nom sur un tissu et l'a tendu au policier. Et puis elle a su.
Salah, 18 ans, a été arrêté près d'une manifestation au centre du Caire. Il n'est pas membre des Frères musulmans, mais a été mis en colère par la mort de trois de ses amis lors des protestations.
Dix jours après son arrestation, sa mère a pu le voir. "Il était la plupart du temps silencieux et a parlé brièvement pour nous dire qu'il a été battu. Un policier les a menacés de décharges électriques s'ils ne disaient pas qu'ils faisaient partie de la Fraternité musulmane. Mohamed a eu peur et a dit au policier d'écrire n'importe quoi et qu'il signerait", se souvient Abdel Wahab.
Cet aveu lui a valu d'être envoyé à la fameuse prison d'Abou Zaabal où il partage une cellule de trois mètres sur trois avec 60 autres hommes. Sa mère est alors allée plaider son innocence à gauche et à droite, du bureau du procureur général à celui du doyen de son école pour prouver qu'il est un bon élève, sans appartenance connue à la Confrérie.
A la veille de la fête des mères, Abdel Wahab est rentrée à la maison avec une lettre de son fils.
" Ma mère bien-aimée, aujourd'hui, j'aurais du être avec toi et te donner un cadeau. Au lieu de cela, je suis en prison. Pardonne-moi. Et prie pour moi ", écrivait-il.
C'est avec les lettres qu'ils peuvent trouver un canal de communication plus intime. Dans une lettre récemment envoyée à sa femme par un de ses visiteurs, Abdel Moncef a écrit : « Chère femme, j'espère que tu me pardonneras mes erreurs. Je vois Baraa avec mon cœur, même si je ne peux pas le voir de mes yeux ".
L'épouse d'Abdel Moncef venait de donner naissance à leur fils, qu'elle a décidé d'appeler «Baraa », «innocent»  en arabe, dans l'espoir que cela serait de bon augure pour la libération de son père.
Certaines lettres permettent d'entrer dans le monde invisible des prisons, démystifiant la devise triomphante commune en arabe qui dit que " la prison est pour les braves ".
"Je ne peux vivre ici qu'en tant que prisonnier. Écrire régulièrement dans ma cellule et prétendre qu'ainsi, je suis libre serait un crime. Cela ne ferait qu'ajouter des briques et des barbelés à ma prison de mes propres mains", a écrit Abd El Fattah à l'auteure de ces lignes durant sa détention.
«Je contribuerais à rendre la prison plus dure pour les milliers de jeunes arrêtés dans des manifestations et allant en prison en pensant qu'ils auront une bonne expérience et acquerront une compréhension comme tous les célèbres héros de la lutte, pour ensuite se faire écraser par la prison. Non, je ne peux que vivre la vie brisée d'un prisonnier, en admettant cela sans jamais l'accepter. Je vais chercher un moyen de résister ".
Pour Alaa Bekheet, 19 ans, les lettres sont aussi un moyen d'exprimer et d'entretenir l'espoir. Elle vient d'écrire une lettre à son père de 51 ans, lui disant qu'elle demeure optimiste malgré la peine de trois ans prononcée contre lui.
Le père de Bekheet a été arrêté dans sa voiture avec ses deux fils après avoir quitté une manifestation en décembre dernier. Elle dit qu'il est barbu mais pas un membre de la Fraternité. Les deux fils ont été remis en liberté en attendant le procès. Leur grande sœur, Alaa, s'est retrouvée à devoir faire le plus gros du travail occasionné  par l'incarcération de leur père.
Lors d'une de ses récentes visites à Abou Zaabal, une autre longue journée d'attente et de fouilles, elle a entendu les cris des détenus. "J'ai vu des mères pleurer à côté de moi, parce qu'elles savaient que leurs fils étaient en train d'être torturés à l'intérieur. C'était si pénible".
 

dimanche 18 mai 2014

Aux prisonniers politiques du peuple égyptien : message de solidarité de prisonniers colombiens رسالة من كولومبيا إلى مساجين الشّعب المصري السّياسيّين

Nous avons reçu cette déclaration de solidarité avec les 20 000 prisonniers politiques égyptiens, émanant des prisonniers politiques et de guerre enfermés dans la terrible geôle de haute sécurité ERON Picota de Bogotá, où ils sont en lutte permanente contre les conditions inhumaines de détention. Un bel exemple de fraternité à suivre.-Tlaxcala




La Picota

L'autodétermination des peuples est un droit inaliénable que les USA et les pays de l'hémisphère nord bafouent pour l'intérêt rapace de leur système décadent, par l'invasion, l'anéantissement, la torture, la terreur et l'enfermement derrière des murs et des barreaux, contre des pays qui cherchent à prendre en main leur propre destin.

L'humanité dans son histoire a connu des laquais de souches diverses. Des collabos déshonorant la culture des peuples dont ils étaient issus.




Ces infâmes ont plongé l'Égypte dans une situation que notre continent latino-américain est censé avoir dépassé ; alors que sous d'autres latitudes des dictatures militaires conformes aux intérêts US s'érigent, sur nos terres elles ont semé la désolation.
Mais les habitants appauvris de notre Amérique latine ont de fait de la mort et de la soumission un chant de vie, un cri de révolte, brandissant leurs poings sans peur de se sacrifier contre l'empire le plus terrible qui ait jamais existé. Les tranchées et les barricades, les idées et la praxis révolutionnaires transformées en combat font souffler aujourd'hui sur notre continent des vents de changement face à l'assaut néo-fasciste.

L'Égypte est confrontée à une crise humanitaire grave et profonde sous le régime de terreur de la dictature militaire rangée sous les drapeaux du nord, dans le silence complice des pays battant pavillons de la liberté et de la démocratie. Ces pavillons sont censés leur donner le droit de déclarer la destruction du peuple palestinien au nom de ce qu'ils ont le culot d'appeler "guerre contre le terrorisme".

Le peuple égyptien, comme beaucoup d'autres dans le monde, est en train de mener une bataille peut-être ultime contre un système en décomposition qui montre son pire visage, bestial, rusé, criminel et inhumain.
Prison de Tora, Le Caire, Égypte

Pendant ce temps, l'Europe, avec son discours fétiche et hypocrite, accueille avec mépris le cri pour la justice et la liberté de cette nation africaine, cherchant à rendre invisible le drame de tant d'humains emprisonnés, conduits à la potence tandis que des milliers d'autres sont soumis à la violence et à la torture.

En Égypte et en Colombie, les prisons sont devenues des centres de torture et de mort en masse. .

Les partis européens censés être porteurs d'espérance, semblent se soucier plus de leurs intérêts sectaires que de cette grave situation humanitaire. .

Nous autres, prisonniers politiques et de guerre égyptiens, palestiniens, basques, colombiens, comme tous ceux qui luttent pour un monde viable et humain, nous avons la tâche essentielle de briser la misère du silence imposé face à l'aberration que nous vivons. Il ne tient qu'à nous de mener des actions de lutte, et pas seulement de résistance, pour atteindre l'objectif précité.
Briser les chaînes du silence et de l'infamie mondiale.

Solidarité avec les prisonniers politiques du peuple égyptien et leur autodétermination.

PRISONNIERS POLITIQUES ET DE GUERRE
PRISON ERON PICOTA
BOGOTA
COLOMBIE
AMÉRIQUE DU SUD