mardi 17 mars 2015

Túnez, 24- 28 de marzo de 2015: 13ava (y quizás última) edición del Foro social mundial

por Fausto Giudice, desde Túnez,
Periferia, Medellín, No. 104, Marzo-Abril de 2015
Traducido por María Piedad Ossaba
Por segunda vez, el Foro Social Mundial tendrá lugar en Túnez del 24 al 28 maro de 2015. Iniciado en 2001 en Porto Alegre, capital de Rio Grande do Sul, pretendía convertirse en la Asamblea Mundial de movimientos populares. Su objetivo era reunir y coordinar todos los movimientos que se oponen  al desorden neoliberal a nivel mundial, sin excluir a nadie,  salvo a los partidos políticos como tales. Con el paso de los años, el FSM ha experimentado una evolución que sus iniciadores consideran negativa: Los partidos políticos entraron  en el FSM a todos los niveles, especialmente a través de las fundaciones de los partidos políticos  alemanes que lo financian parcialmente. Uno de los obstáculo principales para el logro del  objetivo inicial - reunir movimientos verdaderamente populares de todo el planeta - fue, como siempre el dinero, o más bien la falta de dinero, lo que volvió a los pobres más dependientes de los  ricos, que deciden  quién es digno de recibir su ayuda para poder desplazarse de un  continente a otro  y  participar en tales encuentros. Así fue como el proyecto de organizar una delegación de la Otra Colombia, realmente representativa de los movimientos de lucha de base, y no de los "representantes" acostumbrados a viajar a todos los eventos, fracasó ante el muro del (no) dinero. Ninguno de los ricos organismos de "solidaridad" a los cuales se les pidió ayuda aceptó dar un centavo para un proyecto que no hubiera costado más que lo que una señora de la oligarquía colombiana gasta en un fin de semana de ida y vuelta à Miami o a Londres.

dimanche 15 mars 2015

Tunis, 24-28 mars 2015: 13ème (et peut-être dernière) édition du Forum social mondial

par Fausto Giudice, depuis Tunis, 15/3/2015

Pour la deuxième fois, le Forum social mondial aura lieu à Tunis. Ce qui se voulait l'assemblée mondiale des mouvements populaires a été lancé en 2001 à Porto Alegre, capitale du Rio Grande do Sul. Son objectif était de rassembler et de coordonner tous les mouvements opposés au désordre néolibéral à travers le monde, sans exclure personne sauf les partis politiques en tant que tels.
Au fil des années, le FSM a connu une évolution que ses initiateurs jugent négative: les partis politiques ont fait leur entrée dans le FSM à tous les niveaux, notamment à travers les fondations des partis politiques allemands qui les financent partiellement. Un des obstacles principaux à la réalisation de l'objectif initial – rassembler des mouvements réellement populaires de toute la planète – a été, comme toujours l'argent, ou plutôt le manque d'argent, qui a rendu les pauvres dépendants des riches, lesquels décident qui est digne de recevoir leur aide pour pouvoir se déplacer d'un continent à l'autre et participer à des telles rencontres. C'est ainsi que le projet d'organiser une délégation de l'Autre Colombie, réellement représentative des mouvements de lutte de base et non des habituels "représentants" qui se rendent à toutes les rencontres, a échoué face au mur d(e non-)'argent. Aucun des riches organismes de "solidarité" auxquels une aide a été demandée n'a accepté de donner le moindre centime pour un projet qui n'aurait pas coûté plus cher que ce qu'une dame de l'oligarchie colombienne gaspille en un week-end d'aller-retour de Bogotá à Miami ou Londres.

dimanche 1 mars 2015

Yaşar Kemal, un souffle millénaire

par Mustafa Can, Aftonbladet, 28/2/2015. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala

L'extraordinaire écrivain Yaşar  Kemal vient de s'éteindre à Istanbul à l'âge de 91 ans. il nous laisse une œuvre épique inégalée, aux profondes racines populaires. Précurseur méconnu de ce qu'on appellera le "réalisme magique", Yaşar  Kemal n'aura pas eu les honneurs du Prix Nobel. Pourtant la Suède est sans doute le pays où il a été le plus lu en dehors de Turquie et c'est là qu'il trouva refuge dans les années 1970, quand la dictature militaire voulait le mettre à l'ombre pour l'éternité. Un représentant de la nouvelle génération d'écrivains suédois, lui aussi d'origine kurde, évoque l'auteur de l'épopée de Mèmed.-FG

Mustafa Can évoque un Yaşar  Kemal triste dans un restaurant chinois à Fridhemsplan à Stockholm
   



Yaşar  Kemal (1923 - 2015)
En apprenant  la mort de Yaşar  Kemal, je pense à une nuit deux jours avant le réveillon du Nouvel An 2006 , à La Havane.

Gabriel García Márquez était assis, entouré de belles femmes et d'hommes graves en costumes, aux larges épaules, sur les divans, au fond de la boîte de nuit "Le chat borgne", aux pieds du légendaire Hôtel Nacional où des mafieux, des espions, des stars de cinéma, des politiciens, des écrivains et d'autres célébrités se côtoyaient en d'autres temps.

Encouragé par mon ami Lars Asklund , je suis allé vers l'écrivain et l'ai remercié pour de magnifiques expériences de lecture. Márquez a hoché la tête et a demandé prudemment d'où je venais.
- Suède. Mais je suis originaire du Kurdistan turc.
- Oh, du même pays que Yaşar  Kemal, s'est-il  exclamé, ravi et a levé son verre.  Bien que je n'ai pas mentionné que je rencontrais parfois Yaşar  Kemal, Márquez a continué :
- C'est très bon confrère et un inspirateur. Salue-le bien de ma part quand tu le rencontres.
Cinq mois plus tard, nous étions quelques personnes attablées avec un Yaşar  Kemal attristé dans un restaurant chinois à Fridhemsplan à Stockholm. Pour lui remonter le moral - il était venu rendre visite à son ami confrère à l'agonie Mehmet Uzun - je lui ai parlé de la rencontre avec Márquez.
- Il a donc dit : «collègue inspirateur»?, a ri Kemal. C'est peut-être une manière pour le bon Márquez de reconnaître que j'ai précédé les Latino-Américains dans le réalisme magique.

Non, à la différence de son collègue colombien le Kurde Yaşar  Kemal, qui écrivait en turc, n'a jamais eu le prix Nobel de littérature. Un prix dont il voulait rarement parler - même s'il y fut candidat pendant de longues années.

- Si vous avez reçu les récits avec le lait maternel, vous ne devez pas passer votre temps à penser aux prix, vous devez simplement raconter, avait-il lancé dans un bistrot d'Istanbul après un séminaire littéraire au consulat suédois en 2004.

Kemal racontait avec verve comment ses parents kurdes avaient fui de la région du Lac de Van pour échapper aux armées russes en 1915. Comment le fait de grandir dans la seule famille kurde d'un village turkmène pauvre, Hemite, dans la plaine entre les monts Taurus et la Méditerranée, l'avait  conduit à maîtriser mieux la langue turque que sa langue maternelle .

Yaşar  Kemal baissait la voix quand il évoquait la perte de son père, qui lui manqua toute sa vie, qui fut abattu dans une mosquée par son frère adoptif quand il avait à peine cinq ans. Et il haussait de nouveau le ton et retrouvait sa bonne humeur quand il disait que c'était les bardes, les conteurs oraux qui, avant même qu'il eût appris à écrire, qui  l'avaient inspiré à aller de village en village pour recueillir des histoires plus ou moins vraies, les  mémoriser et les restituer sous une forme dramatisée. Des récits qui pouvaient durer des jours.  Et le travail de tri des livres dans la bibliothèque déserte d'Adana, la ville de la région, et la rencontre avec Homère, Cervantès, Stendhal, Tchekhov ...

- La littérature occidentale m'a offert un nouveau monde. Ces auteurs m'ont fait réaliser plus tard que "ma" La littérature devait jaillir de l'histoire de ma famille et de mon peuple avec son trésor de contes, de chansons populaires et de mythes.

Dès son premier roman Mèmed le Mince ("İnce Memed", 1955), il est devenu la figure de proue  de la littérature turque. L'inspiration pour les œuvres sur le petit orphelin maigre et rebelle Mehmed, expliquait Kemal, est venue des hommes dans la famille de sa mère. Tous étaient des hors-la-loi révolutionnaires, aucun d'eux ne mourut de vieillesse.

Son paysage d'enfance dans la plaine fertile de Çukurova était son propre Macondo. Yaşar  Kemal dépeint dans son épopée les conditions de vie des opprimés et ce qui arrive à la fois à l'homme et à  la société dans des temps de bouleversement. Lorsque la société paysanne rencontre la modernité, que la pauvreté se confronte au capitalisme, le désir de libération rencontre encore un système politique brutal.

Bien que l'œuvre de Kemal se déroule principalement durant le 20ème siècle,  elle est traversée par un souffle millénaire où chaque objet a son histoire secrète et diverses époques s'interpénètrent. Sur  la plaine de Çukurova les sites préhistoriques du Néolithique et de l'ancienne Cilicie ont laissé leurs traces. Avec des temples, des inscriptions lapidaires et des villages troglodytes prophétiques. Hittites et Babyloniens, Perses, Arméniens et Kurdes, Romains, Grecs, Arabes et Turcs. Une cohorte de souverains et d'esclaves, de paysans et de seigneurs féodaux qui tous se meuvent entre des paysages d'ombres nocturnes et des mondes féériques éblouissants .

Les romans résonnent simultanément de nombreuses voix différentes. Il y a des ruptures, des exodes de masse et des colons. La haine, la vengeance, la suspicion et la violence sont toujours présentes. Mais aussi la révolte, l'amour, la beauté, l'imagination débridée et la quête irrépressible de l'homme qui,  même en des temps chaotiques, rêve de lumière et de paix.

Pour l'athée Yaşar  Kemal, l'homme était la mesure de toute chose. Mais sans la nature, l'homme n'est qu'une coquille vide. À la question de savoir pourquoi il commence presque tous ses romans avec de longues descriptions lyriques de la nature, il répondait :
-Je suis un athée avec une angoisse de mort  parfois paralysante. La nature ne est ni bonne ni mauvaise, elle est juste grandiose, et sa beauté est peut-être mon principal argument contre la mort.

Enfant, il pouvait passer des heures, des journées à observer le vol d'un papillon, le vol des oiseaux, les abeilles sauvages aux reflets bleutés  montant et descendant en nuages ​​étincelants au-dessus la plaine, les formations nuageuses, les changements de nuances des monts Taurus, les têtes épineuses des chardons, les pêchers et abricotiers en fleurs, les amandiers sauvages explosant en rose et pourpre. Il respirait le parfum du thym sauvage et fermait les yeux en écoutant le vent, le chant des ruisseaux et des perdrix au plumage brun-roux.

Le vieux paysan, le tractoriste, le cueilleur de coton, le gardien de nuit, l'écrivain public, l'instit intérimaire, le rebelle et socialiste, fut pendant de longues années l'une des rares consciences publiques de la nation turque. À contrecœur, comme son ami Orhan Pamuk.

Yaşar  Kemal détestait parler de politique, mais ne pouvait nénamoins pas rester à l'écart de la politique. Surtout lorsqu'il s'agissait de la liberté d'expression et de la répression systématique des Kurdes.
- Je suis un écrivain, pas un commentateur politique. Ma tâche est d'écrire aussi bien que possible, mais quel choix ai-je lorsque des gens assoiffés de liberté qui descendent dans la rue sont persécutés et même condamnés à plusieurs siècles de prison, sont torturés, assassinés?
Monument à Mèmed le Mince dans le village natal de Yaşar  Kemal, Hemite, nommé aujourd'hui Gökçedam
C'était à ses yeux immoral d'être politiquement neutre, de s'enfermer et ne s'adonner qu'à la littérature, quand le monde autour brûlait. Particulièrement dans les dictatures et les démocraties fragiles où tout le monde ne sait pas lire écrire, il était du devoir de l'intellectuel de mettre l'éthique avant l'esthétique, de mettre en lumière  l'inflation de la valeur civilisationnelle de la société et perturber l'ordre social.

Les médias turcs ont mené pendant de longues années des campagnes de diffamation et de haine contre Kemal. Au fil des ans il a été souvent condamné ou menacé de procès et d'emprisonnement pour soutien au terrorisme et pour propagande séparatiste. Je me souviens de la mine triste de Yaşar  Kemal quand une jeune femme, au cours d'une rencontre d'écrivains dans une librairie, lui a demandé quel effet ça lui faisait d'être désormais plus connu comme militant des droits de l'homme que comme écrivain:

- Je ne suis qu'un homme parmi les hommes. Être humain implique peut-être avant tout de se sentir responsable de tout ce qui se passe dans le monde et de se confronter à la fois au présent et au passé. Surtout maintenant dans l'hystérie marchande du pluralisme libéral.
Chaque fois que je rencontrais Yaşar  Kemal, il me demandait toujours des nouvelles de la Suède - "ma seconde patrie" - et évoquait la rue où il a vécu durant son exil pendant quelques années à la fin des années 70. Årstavägen 29.

Il décrivait le froid, l'obscurité, les rues désertes et la solitude. Et ce que  l'absence de langue pour communiquer  fait de l'homme, l'isolant du reste de la société, le faisant se sentir une victime impuissante. Car ce qui en fin de compte sauve l'homme est sa capacité de communiquer. Mais ...

- Je n'ai jamais été aussi productif que durant l'exil en Suède, j'ai écrit plusieurs livres en quelques années. Le silence et le calme que j'ai rencontrés là-bas, je ne les ai jamais rencontrés avant ou après. Malgré ma nostalgie du pays, j'ai été très heureux en Suède.

Il y a deux ans, lors d'une brève rencontre dans  une galerie à Istanbul, j'ai demandé Yaşar  Kemal s' il savait qu'il avait été dans les années 70 l'écrivain étranger le plus emprunté dans les bibliothèques suédoises.

Son rire bruyant a résonné entre les murs:
- En tout cas, ce n'est pas ça qui donne le prix Nobel.
 

samedi 21 février 2015

Malcolm X avait raison sur les USA

par Chris Hedges, Truthdig, 1/2/2015.Traduit par  Nicolas Casaux, édité par  Fausto Giudice
Original: Malcolm X Was Right About US-America

NEW-YORK  — Malcolm X, contrairement à Martin Luther King, ne pensait pas que l’Amérique ait une conscience. Pour lui, il n’y avait pas de grande contradiction entre les nobles idéaux de la nation — une imposture à ses yeux — et l’échec à rendre justice aux noirs. Il avait compris, peut-être mieux que King, les mécanismes inhérents à l’empire. Il n’espérait pas des dirigeants de l’empire qu’ils se reconnectent à la bonté en eux afin de construire un pays débarrassé de l’injustice et de l’exploitation. Il expliquait que depuis l’arrivée du premier bateau d’esclaves jusqu’à l’apparition de notre vaste archipel de prisons et de nos sordides colonies intérieures, où les pauvres sont piégés et maltraités, l’empire US était inexorablement hostile à ceux que Frantz Fanon appelait les « damnés de la terre ». Cela, et Malcolm en était conscient, ne changerait pas tant que l’empire ne serait pas détruit.
« Il est impossible que le capitalisme survive, premièrement parce que le système capitaliste a un besoin perpétuel de sang à sucer », disait Malcolm. « Le capitalisme était un aigle, c’est maintenant un vautour. Il était assez puissant pour sucer le sang de n’importe qui, des forts comme des faibles. Mais aujourd’hui il est devenu plus couard, comme le vautour, et il ne peut plus sucer que le sang des faibles. À mesure que les nations du monde se libèrent, le capitalisme a moins de victimes potentielles à sucer, et il s’affaiblit. Ce n’est qu’une question de temps avant l’effondrement complet. »
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_9779.jpg
King obtint une victoire légale à travers le mouvement des droits civiques, comme le montre le nouveau film « Selma ». Mais il échoua à faire naitre la justice économique, et à détourner l’appétit vorace de la machine de guerre qu’il savait pertinemment responsable des abus de l’empire sur les opprimés à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Et 50 ans après l’assassinat de Malcolm X à l’Audubon Ballroom de Harlem par des tueurs à gages de la Nation de L’Islam, il apparait clairement que c'était lui, et pas Martin Luther King, qui avait raison. Il savait quelle nation nous sommes. Les humains peuvent se racheter. Pas les empires. Notre refus de regarder en face la vérité sur l’empire, de nous attaquer à la multitude de ses crimes et de ses atrocités, a fait naître le cauchemar que Malcolm avait prédit. Et à mesure que l’ère numérique et la société post-lettrée implantent une amnésie historique terrifiante, ces crimes sont effacés aussi vite qu’ils sont commis.
 

jeudi 19 février 2015

American Sniper : Tuer des Bougnoules pour Jésus

par Chris Hedges, Truthdig, 25/1/2015
Traduit par Nicolas Casaux, Le Partage, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

chris_hedges Christopher Lynn Hedges (né le 18 septembre 1956 à Saint-Johnsbury, au Vermont) est un journaliste et auteur US. Récipiendaire d’un prix Pulitzer, Chris Hedges fut correspondant de guerre pour le New York Times pendant 15 ans. Reconnu pour ses articles d’analyse sociale et politique de la situation US, ses écrits paraissent maintenant dans la presse indépendante, dont Harper’s, The New York Review of Books, Mother Jones et The Nation. Il a également enseigné aux universités Columbia et Princeton. Il publie une chronique chaque lundi pour le site Truthdig.com. 
American Sniper célèbre le plus répugnant des aspects de la société US - la culture du flingue, l'adoration aveugle de l'armée, la croyance que l'on a un droit inné en tant que nation "chrétienne" à exterminer les "races inférieures" de la Terre, une hypermasculinité grotesque qui bannit toute compassion et pitié, un déni des faits qui dérangent et des vérités historiques, et un dénigrement de la pensée critique et de l'expression artistique. Beaucoup d'Américains, surtout les blancs prisonniers d'une économie au point mort et d'un système politique dysfonctionnel, sont galvanisés par le supposé renouveau moral et le contrôle militarisé rigide que ce film célèbre. Ces passions, si elles se réalisent, feront disparaitre le peu qu'il reste de notre société ouverte désormais anémique.
Le film s'ouvre sur un père et son fils chassant le daim. Le garçon tire sur l'animal, lâche son fusil et court vers sa proie.
"Reviens ici", hurle son père. "On ne laisse jamais son fusil par terre".

"C'était un sacré tir, fils", dit le père. "Tu as un don. Tu feras un excellent chasseur un jour."

La caméra montre ensuite l'intérieur d'une église où une congrégation de chrétiens blancs — les noirs apparaissent aussi peu dans ce film que dans ceux de Woody Allen — écoutent un sermon à propos du plan de Dieu pour les chrétiens d'Amérique. Le personnage correspondant au titre du film, basé sur Chris Kyle, qui deviendra le sniper le plus meurtrier de l'histoire de l'armée US, va, c'est ce que laisse entendre le sermon, être appelé par Dieu à utiliser son "don" afin de tuer les méchants. La scène suivante nous montre la famille Kyle dans la salle à manger alors que le père entonne avec l'accent texan: "Il y a trois types de gens dans ce monde: les moutons, les loups, et les chiens de berger. Certains préfèrent penser que le mal n'existe pas dans le monde. Et si un jour ils étaient directement menacés, ils ne sauraient pas comment se protéger. Ce sont les moutons. Et puis tu as les prédateurs".
"Ce n'est pas de la propagande quand c'est l'Amérique qui le fait". A gauche, un film de propagande nazie, "La fierté de la nation", utilisé par Quentin Tarantino dans "Inglorious Bastards"
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mercredi 18 février 2015

La raison délirante de l’Europe, un nouveau fascisme mou ?

par Laurent de Sutter, Libération, 10 février 2015 
Laurent de Sutter est professeur de théorie du droit,
à la Vrije Universiteit de Bruxelles,
directeur de la collection «Perspectives critiques»
aux Presses universitaires de France et écrivain

Il est temps d’ouvrir les yeux : les autorités qui se trouvent à la tête de l’Europe incarnent un fascisme nouveau. Ce fascisme, ce n’est plus celui, manifeste et assumé, qui a fait du XXsiècle l’un des grands siècles de la laideur politique ; il s’agit plutôt d’un fascisme mou et retors, dissimulant ses intentions mauvaises derrière un langage qui se voudrait de raison. Mais la raison que manifestent tous ceux qui, aujourd’hui, se trouvent forcés de discuter avec le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, est en réalité une raison délirante. Elle l’est sur plusieurs plans.
Vladimir Kazanevsky, Ukraine

jeudi 5 février 2015

Le gouvernement Tsipras, le pain, les roses et nous (les femmes)

par Annamaria Rivera, MicroMega, 3/2/2015
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala 
"Vous ne pouvez pas démanteler la maison du maître avec les outils du maître". Je sais, la citation de l'écrivaine féministe africaine-américaine Audre Lorde est galvaudée. Néanmoins, la mettre en exergue peut être efficace pour énoncer d'emblée les points noirs qui, à mon sens, rendent moins brillante et lisse la victoire de Syriza, si extraordinaire soit-elle.
Du côté de la gauche, le seul fait d'émettre des doutes ou simplement un trouble, même après juré fidélité à la cause grecque, vous range déjà dans les rangs de l'ennemi. À tout le moins, vous vous retrouvez à figurer parmi ceux qui ne savent pas faire la distinction entre le principal et le secondaire, comme une radical chic qui ne voit pas les masses affamées par la Troïka et disserte sur des "détails" comme le patriarcat, le racisme, l'antisémitisme, l'homophobie ... Et il ne sert à rien que vous ayez écrit plus d'une fois - par exemple, lorsque le gouvernement Monti venait de s'installer - contre les politiques d'austérité de ces exécuteurs compassés des ordres de la Banque centrale européenne, alors que certains de ceux qui, aujourd'hui, sont "avec Tsipras", avouent avoir été des fans de Mario Monti. Le climat ressemble un peu à celui, pas si lointain,  où le fait de manifester un doute quelconque sur le «modèle socialiste» cubain vous valait d'être rangé dans le camp de l'impérialisme US. Soyons claire : il ne s'agit pas de remettre en cause le tournant prodigieux marqué par la victoire de Syriza par rapport aux politiques européennes de rigueur, d'austérité et de catastrophe sociale. Ni de nier l'importance du fait d'avoir violé le tabou de l'inévitabilité et dans quelle mesure cette victoire peut encourager, en  chaîne, d'autres soulèvements contre les diktats de la Troïka.

mardi 3 février 2015

Lettre ouverte d'un musulman français à Imran Hussein
En réponse à son appel à l’ « émigration » lancé à notre communauté

par Sayed7asan, 3/2/2015
Cette lettre ouverte est la réponse d’un musulman français à l’appel à l’émigration lancé par « Cheikh » Imran Hussein aux musulmans de France suite à l’attaque contre Charlie Hebdo. Une première version lui en a été adressée à titre privé le 25 janvier, en anglais, et n’a pas reçu de suite notable – sinon une dérobade condescendante et un renvoi à un nouvel appel plus tonitruant encore de folie furieuse, qui n’a heureusement pas été relayé. Elle est maintenant publiée en tant que lettre ouverte, dans une version enrichie et structurée afin d’en faciliter la lecture et la compréhension, mais elle garde la même teneur que la lettre qui fut adressée à Imran Hussein via courriel. Ce n’est pas tant pour obtenir une réponse de sa part que nous publions cette lettre – car il n’est manifestement pas dans une démarche d’ouverture et de dialogue mais de prédication fanatique et forcenée – qu’à destination des publics français.
Imran Hussein est parfois présenté comme un savant de l’Islam spécialiste de « l’eschatologie », et portant un regard éclairé sur l’actualité internationale qu’il analyse au regard des sources théologiques. Sans récuser l’intérêt que peuvent présenter certaines de ses analyses, quiconque a des connaissances islamiques un tant soit peu sérieuses peut affirmer avec certitude que sa légitimité, son autorité et le sérieux de ses travaux d’exégèse et de ses analyses théologiques sont nuls et contredisent bien des enseignements fondamentaux de l’Islam. Cette lettre ouverte sera une première esquisse, un premier jalon dans un effort visant à le démontrer à tous ceux qui n’en sont pas convaincus en écoutant ses divagations. Elle sera suivie par d’autres écrits et documents plus ciblés et plus synthétiques, et par la traduction d’un récent discours religieux de Sayed Hassan Nasrallah consacré à l’eschatologie islamique authentique dans son rapport à l’actualité internationale et à la fin des temps. Sayed Hassan Nasrallah y dénonçait notamment, en s’appuyant sur des preuves qui font l’unanimité des écoles de l’Islam et de toute personne rationnelle, les dangers représentés par les prédicateurs qui prétendent connaître l’avenir, dont Imran Hussein est un parfait exemple (pour les arabophones, voir dès à présent ici et ici). 
Cet appel à la hijra, ou « émigration », lancé aux musulmans français du fait de leur situation en France et de ce que les événements actuels peuvent laisser présager d’après lui, est absolument insensé, scandaleux et irresponsable, et même franchement grotesque – et c’est une évidence, que l’on se base sur des critères rationnels, moraux ou religieux –, au point qu’un tel individu ne devrait pas même recevoir la moindre considération, et encore moins motiver un long effort de réponse qui consistera nécessairement en un égrenage fastidieux de truismes. Mais le contexte étant ce qu’il est, Imran Hussein étant considéré par d’aucuns comme une autorité, et son premier appel ayant malheureusement été relayé par plusieurs sites d’information alternatifs sans les avertissements et caveat nécessaires (par légèreté, imprudence ou ignorance, voire, on a parfois pu le craindre, dans un agenda politique de couleur brun – bleu marine), ce qui lui a permis de dépasser les 150 000 vues (toutes sources confondues), sans qu’il ait suscité de réponse formelle et publique à notre connaissance, cette démarche peut ne pas être inutile.
Pour conclure, je précise que je ne prétends pas m’exprimer au nom de tous les musulmans de France : j’ai moi-même trop souffert d’entendre des voix dépourvues de toute légitimité (autoproclamées ou nominées d’en haut et/ou d’en dehors de notre communauté à des fins de contrôle, d’infantilisation et même d’humiliation) s’exprimer en mon nom et proférer des insanités et même des infamies. Je ne prétends pas à l’adhésion de l’ensemble de la communauté musulmane française au fond et à la forme de tous les points avancés ci-dessous, mais je suis convaincu du fait que mon analyse est bien plus conforme au bon sens, au droit moral et positif, aux lois divines, à la réalité de la situation en France et dans le monde et au sentiment de la grande majorité des musulmans français que ne le sont les élucubrations charlatanesques d’Imran Hussein.

jeudi 22 janvier 2015

La répression et la guerre en Ukraine : des femmes d'Odessa viennent témoigner en France

Invitation à une conférence de presse
et à
une rencontre débat

La répression et la guerre en Ukraine :
Des Ukrainiennes témoignent du massacre
du 2 Mai 2014  à Odessa

A Odessa, le 2 mai 2014 a eu lieu un massacre horrible et jusqu’ici impuni.

Du 24 au 31 janvier une délégation venue d’Odessa en Ukraine parcourra la France. Elle comprendra notamment Elena Radziehovska, qui est la mère de Andreï Brajevski, militant connu de l’organisation de gauche Borotba, âgé de 27 ans, assassiné le 2 mai 2014 dans l’incendie criminel de la Maison des Syndicats d’Odessa. Ce massacre a coûté la vie à plus de 40 opposants au nouveau régime ukrainien. Elena témoignera des difficultés d’obtenir justice dans l’Ukraine postérieure au renversement politique de la place Maïdan.

La délégation ukrainienne comprendra aussi le secrétaire d’Odessa du Parti Communiste d’Ukraine, parti qui subit une procédure d’interdiction, et dont les militants sont persécutés, traqués, torturés et parfois assassinés. Le Parti Communiste d’Ukraine est une organisation démocratique qui milite pour le maintien de l’unité du pays et qui avait proposé fin 2013 une pétition pour le règlement de la question de l’accord avec l’UE par référendum, et obtenu plus de 4 millions de signatures. Si cette voie avait été choisie, le pays aurait fait l’économie d’un coup d’Etat, d’une guerre civile et d’une répression de plus en plus violente actuellement.


Lundi 26 janvier 2015
Conférence de presse à 14h à l’AGECA
177 rue de Charonne, Paris 11ème
Avec
Irina Koval, Association « La Cause Juste »
et
Elena Radziechowskaia, professeure d’histoire à l’Université d’Odessa, membre du Conseil des Mères du 2 mai
Exposition de photos montrant la réalité du massacre du 2 mai
Rencontre publique à 19h30 à la Librairie Tropiques
63 rue Raymond Losserand, Paris 14ème

La délégation se rendra le 28 janvier à Marseille et les 30 et 31 janvier aux Rencontres Internationales de Vénissieux.
Le voyage de la délégation est organisé par Danielle Bleitrach et Marianne Dunlop.
06 77 97 64 68, laisser un message.
07 81 03 77 23
A Paris la rencontre est co-organisée par
Féministes pour une Autre Europe
09 54 89 75 17 ; mkarbowska[at]free.fr
La Librairie Tropiques, 01 43 22 75 95
tropiqueslib[at]gmail.com

mercredi 14 janvier 2015

Sou o Charlie/Je suis Charlie

par Ângelo Alves, 9 janvier 2015
Traduit par Pedro Da Nóbrega, Tlaxcala
 Je suis Charlie. Je suis Portugais, communiste, démocrate, épris de liberté, de démocratie, de paix, de progrès et de développement social. J’aime ma terre, mon pays, mon peuple, ainsi que tous les peuples du monde avec leurs réalités, leurs histoires, parcours, particularités et droits souverains. Je voudrais vous parler de qui je suis et de ce que j’éprouve.
Je suis Charlie, je suis Portugais. Dans mon pays il y a trois millions de pauvres et le chômage réel avoisine les 23 % de la population. Les jeunes de mon pays n’ont aucune perspective. Ça n’est pas surprenant mais le résultat de 38 ans de politiques toujours pareilles qui ont détruit ce qui devrait faire fonctionner ce pays, son appareil productif. Je vois de plus en plus de personnes dans la rue, sans toit. La faim touche de plus de plus de territoires de ce pays. Les plus âgés vivent mal et leurs pensions sont de plus en plus réduites. Lors des dernières vacances de Noël, beaucoup d’écoles ont du rester ouvertes pour pouvoir servir des repas décents à des enfants qui vivent dans des conditions de grande précarité. Pendant ce temps, des gens meurent à la porte des urgences des hôpitaux... non pas en raison de la faible qualité des médecins mais parce qu’à force de réductions budgétaires successives, les hôpitaux ne sont plus en mesure de répondre à tous les besoins.
Je suis Charlie, je suis un journaliste français, je me sens comme un des ces journalistes assassinés de sang-froid avant-hier à Paris mais je suis aussi celui qui est exploité et confronté au chantage de devoir suivre aveuglément les intérêts des propriétaires des médias où je travaille sous peine de me retrouver au chômage. Je suis ce journaliste qui, pour avoir dit la vérité, a été éloigné des écrans de télé et des unes de journaux, je suis un journaliste égal à d’autres qui, en tant de pays, sont tués parce qu’ils exercent leur profession avec éthique et dignité ou qui succombent en couvrant des conflits déclenchés pour dominer des peuples et des pays entiers afin de piller leurs richesses.
Je suis Charlie, je suis Palestinien... des milliers et des milliers de mes compatriotes ont péri depuis plus de 50 ans, et je ne peux en rencontrer des millions d’autres parqués qu’ils sont dans des camps de réfugiés depuis des décennies sans pouvoir visiter la Palestine. Je suis un de ces 600 enfants morts écrasés sous les bombes d’Israël il y a quelques mois, je suis cet enfant qui jouait sur la plage avant d’être broyé par des obus tirés d’un bateau israélien dont je n’ai jamais compris ce qu’il faisait là.    
Sou o Charlie, sou português. No meu País existem 3 milhões de pessoas pobres, o desemprego real deve estar a rondar os 23%. Os jovens do meu País estão sem perspectivas. Não admira, 38 anos de políticas sempre iguais destruíram aquilo que devia fazer funcionar este pais, o seu sistema produtivo. Vejo cada vez mais pessoas na rua, sem casa. A fome já chegou a muitas zonas deste País. Os mais idosos vivem mal, e são-lhes cortadas as pensões. Nestas férias de natal muitas escolas ficaram abertas para poder dar refeições em condições a crianças que estão a viver grandes dificuldades. Entretanto já começou a morrer gente à porta das urgências dos Hospitais... não porque os médicos não sejam bons, mas porque os cortes e mais cortes, fizeram com que os hospitais não dêem resposta às necessidades.


Sou o Charlie, sou jornalista francês, sinto-me um dos jornalistas assassinados a sangue frio anteontem em Paris, mas sou também aquele que é explorado e colocado perante a chantagem de obedecer cegamente aos interesses dos donos dos jornais onde trabalho ou ir para o desemprego. Sou um jornalista que por dizer a verdade sou afastado da ribalta das televisões e dos jornais, sou um jornalista igual a outros que em variados países são assassinados por exercer a minha profissão com dignidade e ética ou que morre a cobrir guerras desencadeadas para dominar povos e países inteiros e lhes sugar as suas riquezas.



  



vendredi 9 janvier 2015

Je ne suis pas Charlie

par José Antonio Gutiérrez D., 7-1-2015. Traduit par Santiago Perales, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original:
Je ne suis pas Charlie (Yo no soy Charlie)

José Antonio Gutiérrez D.  est un militant libertaire colombien résidant en Irlande où il participe à des mouvements de solidarité avec l'Amérique latine et la Colombie, il collabore à la revue CEPA (Colombie) et à El Ciudadano (Le Citoyen, Chili) ,il collabore également au site web international www.anarkismo.net et au site La Pluma. Auteur de "Problèmes et possibilités de l'anarchisme" (en portugais, Faisca ed, 2011) et coordinateur du libre "Origines libertaires du Premier mai en Amérique latine"(Quimantu ed 2010).
Je tiens à clarifier d'emblée que je considère l'attentat contre les bureaux du journal satirique Charlie-Hebdo à Paris comme une horreur et que je ne crois pas qu'il soit justifiable en quelque circonstance que ce soit, de convertir un journaliste, si douteuse que soit sa qualité professionnelle, en objectif militaire. Cela vaut en France, comme en Colombie ou en Palestine.
Je ne m'identifie non plus avec aucun fondamentalisme, ni chrétien, ni juif, ni musulman, ni non plus avec le laïcisme bébête francisé, qui érige la "République" sacrée en déesse. J'apporte ces précisions, qui sont nécessaires puisque les gourous de la haute politique en Europe nous assurent que nous vivons dans une "démocratie exemplaire" avec des "grandes libertés", même si nous savons bien que  Big Brother  nous surveille et que n'importe quel discours hors cadre toléré se voit durement puni. Mais je ne crois pas qu'une condamnation de l'attentat contre Charlie Hebdo doive entraîner automatiquement qu'on porte aux nues une publication qui est, fondamentalement, un monument d'intolérance, de racisme et d'arrogance coloniale.

jeudi 8 janvier 2015

Coup de dent n° 152-Les Pieds Nickelés chez Charlie-Hebdo

par Ayman El Kayman, 8/1/2015
À l'horreur légitime, la réponse proposée est, comme d'habitude, l'union nationale, de Mélenchon à Le Pen, en passant par Sarkozy et Hollande. Les bouffeurs de curés envoyés mercredi dans un autre monde par les frères Kouachi ont bien du se marrer en entendant le glas sonner depuis les tours de Notre-Dame et d'autres cathédrales de la douce France, fille aînée de l’Église. Le Papa Francisco n'a plus qu'à engager le processus de béatification.
 


Restons sérieux et posons quelques questions de bon sens sur l'horrible massacre de Charlie-Hebdo. On nous dit qu'il a été commis par deux terroristes professionnels, qui se sont comportés de manière techniquement impeccable. Première question : vous êtes un terroriste professionnel, vous vous embarquez dans une opération de commando avec armes, cagoules et gilet pare-balles. Et vous emportez avec vous votre carte d'identité ? Vous quittez la première voiture que vous avez utilisée pour continuer votre fuite. Et vous "oubliez" votre carte d'identité dans cette voiture ? On croit rêver, ou avoir affaire à un scénario de Pieds Nickelés, version 2015, revue par Luz et ses copains. Ça ne vous rappelle rien ? Moi, si : les fameux passeports de certains terroristes du 11 Septembre retrouvés intacts dans les décombres de Ground Zero. Ou encore la voiture louée par les hommes censés avoir commis les attentats du 7 juillet 2005 à Londres, et payée avec une vraie carte de crédit permettant de les identifier immédiatement.
Chérif Kouachi, le "petit" des deux frères, était plus que "connu des services de police" : il avait été emprisonné, jugé, condamné, de nouveau arrêté, détenu, jugé, bénéficié d'un non-lieu. Bref, il était dans les petits papiers des services de renseignement depuis 10 ans. Pourquoi a-t-on cessé de le surveiller, et quand ? Manuel Valls a eu une phrase pour le moins étonnante jeudi matin : «Ces individus étaient sans doute suivis mais il n’y a pas de risque zéro». Deux autres questions viennent à l'esprit : où est passé le chauffeur de la voiture qui a conduit les deux tueurs sur le lieu du crime, pour ensuite repartir sur un scooter ? Comme apparemment, l'opération n'était pas conçue comme une opération-suicide - un "aller-simple" sans retour -, le chauffeur aurait du logiquement attendre le retour de ses acolytes pour repartir avec eux.
Et enfin : et si la carte d'identité de Saïd Kouachi retrouvée dans la voiture n'était qu'un leurre destiné à mettre les chasseurs sur une fausse piste ?

Ces questions en appelleraient beaucoup d'autres, mais chaque chose en son temps. Attendons l'issue de la chasse à l'homme lancée tout azimut. De deux choses l'une : ou bien les frères Kouachi sont pris vivants, ou bien ils sont abattus au bout de la traque. Dans ce dernier cas, ils emporteront leur secret dans la tombe, comme tant d'autres avant eux, de Khaled Kelkal à Mohamed Merah. Dans le premier cas, on finira, peut-être, par connaître les dessous de cette affaire. Je dis bien "peut-être", car, comme le montrent d'autres affaires, les procès de terroristes survivants permettent rarement d'établir la vérité sur les agissements de ceux qui tirent les ficelles du terrorisme.
En attendant, il serait peut-être bon que ceux et celles qui, en France, ont exprimé leur émotion interpellent le ministre de l'Intérieur sur ce qui s'apparente à de la négligence criminelle dans la "protection" de Charlie-Hebdo.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’Esprit soit avec vous !

…et à la prochaine !

mardi 6 janvier 2015

La Tunisie, place forte US en Méditerranée

par Antonio Mazzeo, 6/1/2015
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Tunisia roccaforte Usa nel Mediterraneo
Quatre ans après le début du Printemps arabe, l'armée US renforce le partenariat avec un allié historique en Afrique du Nord pour contrer la pénétration du "terrorisme" islamique radical en Méditerranée. C'est la Tunisie, un pays en grave crise sociale et économique de longue durée, mais qui, grâce à Washington, a lancé un programme extrêmement coûteux de réarmement et de renforcement de son dispositif militaire.

Ces derniers jours, la Defense Security Cooperation Agency, l’Agence US de coopération en matière de défense et de sécurité - a approuvé la vente au gouvernement tunisien de douze hélicoptères de combat et de transport tactique Sikorsky UH-60M "Black Hawk", pour un coût de 700 millions de dollars qui inclut un soutien en matière de formation et technico-logistique du personnel tunisien. Ces hélicoptères peuvent transporter jusqu'à onze militaires à la fois et seront armés de mitrailleuses M134  7,62 de 51 mm. GAU-19.50 BMG 12,7 à 99 mm, des  roquettes à guidage laser et des missiles "Hellfire". La Tunisie a également demandé à Washington une série d'équipements pour les "Black Hawk" : moteurs, systèmes de positionnement global et de planification des missions aériennes,  de systèmes radio VHF (Très Haute Fréquence), UHF (Ultra Haute Fréquence) et pour la transmission satellites, du matériel et des systèmes de détection de missiles,etc.

dimanche 4 janvier 2015

Flintlock 2015 : 20 pays participeront à l'exercice militaire dirigé par l'US Africom au Tchad en février

par Antonio Mazzeo, 3/1/2015. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Italia in Ciad per grande esercitazione militare US Africom  
Les forces armées italiennes vont participer à une opération militaire multinationale à plusieurs volets sous commandement US au Tchad. Du 16 février au 9 Mars 2015 un contingent italien participera à "Flintlock 2015" (Pierre à fusil 2015), l'exercice principal d'intervention d'urgence de l'US Africom, le commandement militaire US pour le continent africain. 
Les opérations seront coordonnées par un centre interarmes dans la capitale
N'Djamena et se dérouleront principalement au Tchad et, accessoirement, également au Cameroun, au Niger, au Nigeria et en Tunisie. Flintlock 2015 verra la participation de plus de 1 200 soldats de vingt pays (outre l'Italie, la Belgique, le Burkina Faso, le Danemark, le Canada, le Tchad, l'Estonie, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Lituanie, le Mali, la Mauritanie, la Norvège, les Pays-Bas, la République tchèque, le Sénégal, l'Espagne, les USA et la Suède). "Sous la direction du US Special Operations Command Forward – West Africa (Commandement avancé des opérations spéciales US - Afrique de l'Ouest), Flintlock est un exercice conjoint visant à améliorer l'échange d'informations aux niveaux opérationnel et tactique dans la région du Sahara et à promouvoir une coopération et une coordination plus étroites", dit le Commandement de l'US Africom.   "Cet exercice vise à l'interopérabilité et au renforcement des capacités des forces militaires antiterroristes du continent africain, de l'Occident et des USA. Il renforce les institutions de sécurité et développe la coopération mutuelle entre les pays adhérant au Partenariat transsaharien contre le terrorisme (Trans-Sahara Counter-Terrorism Partnership, TSCTP). Flintlock permet également à l'US Africom de développer des initiatives de formation militaire et de coopération régionale multinationale".
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