mercredi 4 février 2009

Le procureur de la CPI étudie les moyens de juger les officiers israéliens pour « crimes de guerre » à Gaza

par Catherine Philp à Davos et James Hider à Jérusalem, The Times, 2/2/2009. Traduit par Isabelle Rousselot et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original
Prosecutor looks at ways to put Israeli officers on trial for Gaza 'war crimes'

La Cour Pénale Internationale étudie les moyens de poursuivre en justice des commandants israéliens pour crimes de guerre à Gaza.

Les crimes présumés comprennent l'utilisation du phosphore blanc mortel dans des zones fortement peuplées par des civils, comme l'a révélé une enquête du Times le mois dernier. Israël a tout d'abord nié avoir utilisé l'arme controversée qui cause d'horribles brûlures mais elle a du reconnaître plus tard, face à l'accumulation des preuves, l'avoir employée.

Quand des groupes palestiniens ont présenté une requête à la CPI ce mois-ci, son procureur a déclaré qu'elle se trouvait dans l'impossibilité de saisir l'affaire car elle n'avait aucun pouvoir de juridiction sur Israël, qui n'est pas signataire du Statut de Rome. Cependant, Luis Moreno-Ocampo, le procureur de la CPI, a indiqué au Times qu'il était, maintenant, en train d'examiner si la juridiction palestinienne pouvait s’exercer sur des crimes présumés, perpétrés à Gaza.

Des groupes palestiniens ont présenté des arguments affirmant que l'Autorité palestinienne est l'État de fait dans le territoire où les crimes présumés ont été commis.

« C'est l'État territorial qui doit en déférer à la cour. Le débat est de savoir si l'Autorité palestinienne est en réalité, cet État », a indiqué M. Moreno-Ocampo au Times lors du Forum économique mondial de Davos.

Une partie de l'argument palestinien repose sur l'insistance d'Israël à proclamer qu'elle n'a aucune responsabilité à Gaza au regard de la législation internationale car elle s'est retirée du territoire en 2006. « Ils citent la jurisprudence, » a déclaré M. Moreno-Ocampo. « C'est très compliqué. Je suis en train d'examiner une analyse différente de la situation. Ça peut prendre du temps mais je prendrai une décision conformément à la loi ».

M. Moreno-Ocampo a indiqué que son examen de l'affaire ne reflétait pas forcément une conviction de sa part que des crimes de guerre avaient été perpétrés à Gaza. La première étape était d'établir une juridiction, a t-il déclaré, et c’est seulement après cela qu’il pourra décider de lancer une enquête.

Le bureau du procureur a déjà reçu de nombreux dossiers des groupes palestiniens sur les crimes présumés et attend d'autres rapports de la Ligue arabe et d'Amnesty International comprenant des preuves rassemblées à Gaza.

Régie par le Statut de Rome, fondement juridique de sa création, la Cour pénale internationale ne peut être saisie pour enquêter ou poursuivre des allégations de crimes les plus graves que si le pays responsable de ces crimes manque de volonté ou de capacité pour le faire dans son système judiciaire national.

Des États parties du traité peuvent déférer à la cour des affaires de crimes commis par leurs citoyens ou s'étant déroulés sur leur territoire. Des situations impliquant des citoyens ou le territoire d'un pays, non parties au Statut de Rome, peuvent être déférées à la Cour par le Conseil de sécurité des Nations Unies, comme ce fut le cas pour la région du Darfour au Soudan. La Côte d'Ivoire, qui n'est pas partie au Statut de Rome, a constitué un précédent en reconnaissant la compétence de la CPI pour les crimes commis sur son territoire. Elle a signé le Traité de Rome mais ne l'a jamais ratifié. En 2005, la Côte d'Ivoire a déposé une déclaration auprès de la CPI reconnaissant la compétence de la cour pour des crimes commis sur son territoire depuis septembre 2002.

Les juristes palestiniens soutiennent que l'Autorité palestinienne devrait pouvoir déférer à la Cour le cas de Gaza, sur ces mêmes bases ad hoc, bien que son statut d'État ne soit pas reconnu par la communauté internationale.

L'affaire a de grandes répercussions sur la reconnaissance d'un État palestinien. En rejetant l'affaire, la Cour mettrait l'accent sur le trou noir légal dans lequel se trouvent les Palestiniens qui demeurent sans État. Cependant, ceci met aussi en évidence les pires craintes d'Israël sur la reconnaissance d'un État palestinien à ses frontières. Un État palestinien qui ratifierait le Traité de Rome pourrait alors renvoyer à la Cour les crimes de guerre allégués à Israël sans qu'il n'y ait plus besoin de négociations juridiques. L'affaire pourrait également amener, par un effet boule de neige, la reconnaissance internationale d'un État palestinien par les pays qui souhaitent qu'Israël soit poursuivi en justice.

Une voie possible pour Israël serait d'accepter de mener une enquête sur ses commandants et de s'engager à poursuivre les crimes révélés par l'enquête. L'affaire ne serait alors plus dans l'orbite de la Cour Internationale. Ce qui semble peu probable pour l'instant, étant donné qu'Israël continue de rejeter la notion de crimes de guerre à Gaza.

L'armée israélienne a cependant lancé une enquête interne afin de savoir si du phosphore blanc avait été utilisé dans certains cas, sur des agglomérations, ayant fini par admettre qu'elle avait utilisé la substance incendiaire, qui n'est pas illégale pour créer des rideaux de fumée sur un champ de bataille mais dont l'utilisation est prohibée dans des zones civiles. Une vidéo d'une de ces attaques, montre ce qui semble être du phosphore blanc qui pleut sur une école des Nations Unies à Beit Lahiya, où étaient stationnées des ambulances et des équipes de la Croix Rouge.

Une coalition de groupes israéliens oeuvrant pour les droits humains exhorte le Ministre de la Justice du pays à ouvrir une enquête indépendante pour allégations de crimes de guerre par des troupes, ce qui pourrait contrer l'affaire au niveau de la Cour Pénale Internationale. Les groupes, dont B'Tselem (le Centre israélien d'information pour les droits de l'homme dans les territoires occupés), ont indiqué qu'il y avait eu des rapports démontrant que les forces israéliennes ont ouvert le feu dans des zones civiles, ont refusé l'aide médicale aux blessés et empêché des ambulances palestiniennes de les secourir et ont tiré sur des gens portant des drapeaux blancs.

Pendant ce temps, les Nations Unies préparent une enquête concernant le bombardement d'une école des Nations Unies à Jabaliya, au nord de la bande de Gaza. Des forces israéliennes avaient envoyé des obus autour de l'école, qui avait été transformée en abri de réfugiés pour les Gazaouis qui fuyaient leurs maisons. Au moins 43 personnes ont trouvé la mort. Israël a déclaré que des militants palestiniens avaient tiré depuis l'enceinte de l'école, ce qui a été démenti par les Nations Unies.

Condamnation des 3 agresseurs de Ginette Skandrani

Suite à l’agression avec violence aggravée commise en groupe contre Ginette Hess Skandrani à son domicile le 25 octobre 2006, ont été jugés ce jour, 3 février :

- Ruben COLLEU, non présent, car en fuite en Israël mais défendu par son avocat. COLLEU faisait le guet dans la rue, tout en gardant les motos, pendant que les autres agressaient Ginette Skandrani avec des casques de motard.

- Steven ELIE, en train de faire son service militaire en Israël avec l’accord de la Cour et qui a envoyé une lettre accusant les autres membres du groupe qui se sont réunis la rue des Rosiers afin de programmer l'agression.

- Mike SFEZ, que Ginette Skandrani avait reconnu comme l’un de ses deux agresseurs, ce qu’il a essayé de nier, en voulant faire croire qu’il était resté derrière la porte. Le quatrième agresseur était Jordan BENHAMOU, mineur au moment des faits et condamné le 18 novembre 2008 par le Tribunal pour enfants.

L’avocat de SFEZ a essayé de faire passer la victime pour une antisémite, voir une négationniste qui fréquente un certain humoriste. Il lui a également reproché d’avoir divulgué les noms de ses agresseurs sur le net.

Ils ont tous les trois été reconnus coupables et condamnés :

SFEZ à deux ans d’emprisonnement dont 18 mois avec sursis. Les 6 mois pouvant se transformer en travaux d’intérêt général

COLLEU idem que SFEZ.

ELIE coupable par défaut à trois ans d’emprisonnement. Un mandat d’arrêt a été lancé contre lui.
Une somme de 10 000 € doit être versée pour réparation des
dommages ainsi que 1500 € pour les frais de justice.

lundi 2 février 2009

NON à l'OTAN !

Signez l'appel !


Solidaires de tous ceux qui protesteront en avril 2009 à Strasbourg et Baden-Baden contre le sommet de l’OTAN le jour du 60e anniversaire de sa création, nous appelons à faire de ces protestations le point de départ d’une campagne permanente contre l’OTAN et la militarisation de l’UE, en nous focalisant d’abord sur les points suivants :

· En Afghanistan : retrait de toutes les troupes étrangères ;

· En Irak : retrait de toutes les troupes étrangères ; arrêt du soutien militaire allemand à l’occupation ;

· Solidarité avec la légitime résistance de tous les peuples du Proche et Moyen-Orient à la guerre et à l’occupation ;

· Levée du blocus imposé à Gaza, démolition du Mur de l’apartheid et des colonies juives illégales ;

· Plus de menaces de guerre contre l’Iran ;

· NON à l’ingérence de l’OTAN dans les Balkans et retrait de ses troupes ; la reconnaissance du « Kossovo » est d’emblée nulle et non avenue ;

· Dissolution des tribunaux «ad hoc » chargés du Rwanda et de la Yougoslavie, ils sont contraires au droit international et ne servent qu’à la propagande en faveur de l’OTAN et au lavage de cerveaux ;

· Non à l’élargissement à l’Est de l’OTAN (Ukraine, Géorgie)

· Solidarité avec la résistance au bouclier anti-missiles usaméricain en République tchèque et en Pologne.

Les nations alliées au sein de l’OTAN représentent un obstacle à la résolution pacifique de presque tou les conflits présents dans le monde. L’OTAN empêche les peuples d’évoluer vers la démocratie et de disposer d’eux-mêmes et par là ruine les bases du bien-être social et d’une gestion respectueuse de l’environnement.
Après la série des agressions envers l’Irak (1991) la Somalie (1992), la Yougoslavie (1999), l’Afghanistan (2001), et à nouveau l’Irak (2003), ainsi que des guerres par procuration : celle des milices contre la RD du Congo (1998), d’Israël contre le Liban, et de la Géorgie contre la Russie (2008), on se demande avec inquiétude ce qu’il faut maintenant redouter de la part des USA et de ses alliés. Une intensification de l’occupation en Afghanistan ? Une déstabilisation de l’Inde et du Pakistan ? Un bombardement de l’Iran ? Un anéantissement par la force des armes de la voie où se sont engagés Cuba, le Venezuela et de plus en plus d’autres pays latino-américains ?
Face à l’extension de la crise économique mondiale, on se souvient que les impérialismes avaient cherché à résoudre celle des années 1930 par la course aux armements et la guerre, avec pour conséquence la catastrophe de la Deuxième guerre mondiale.
La réponse du mouvement pacifiste à la politique de l’OTAN doit être à la mesure de la montée des périls. C’est pourquoi nous en appelons à tous les hommes épris de justice : Organisons une campagne permanente, vaste et résolue contre l’OTAN. Élaborons des stratégies coordonnées pour mobiliser des oppositions sur tous les théâtres et dans tous les domaines où l’OTAN déploie ses activités. Sachons discerner à temps les dangers aigus et donnons l’alarme pour qu’un maximum de gens réagissent et se défendent. Démasquons les mensonges visant à justifier les guerres et controns le lavage des cerveaux par l’information et la pédagogie. Cherchons avec obstination à obtenir des États membres de l’OTAN leur retrait individuel de la structure. Tout ce qui affaiblit l’OTAN consolide les forces de paix et de progrès dans le monde entier. Vingt ans après la dissolution du Pacte de Varsovie, il est plus que temps de procéder à celle de l’OTAN.
L’UE s’est étendue vers l’Est et le Sud-Est de l’Europe parallèlement à l’élargissement à l’Est de l’OTAN. Mais elle a été à nouveau lézardée par de nouvelles frontières extérieures. Elle est instrumentalisée dans la nouvelle confrontation avec la Russie et le Bélarus. La doctrine de la « guerre préventive » commune à l’OTAN et aux USA a été reprise dans le cadre européen. « Des forces d’intervention rapides » européennes ont été créées, pour intervenir militairement partout dans le monde en coordination avec l’OTAN, sous prétexte de « missions humanitaires » de « lutte contre le terrorisme » ou de « résolution de crises. » À des fins de domestication politique, de contrôle des marchés et de pillage des ressources naturelles de pays tiers, la collaboration entre l’UE, les USA et l’OTAN s’est notablement intensifiée. L’UE impose à ses membres une poursuite de la militarisation et de la course aux armements. En parfait accord avec l’OTAN et les USA ainsi qu’avec les mécanismes de l’Union, les gouvernements européens ont mis en œuvre des mesures visant à restreindre les droits civils, anéantir les acquis sociaux et développer des structures répressives contre les mouvements populaires. L’UE prend de plus en plus les traits d’une union impérialiste des gouvernements européens, ce qui interdit de parler d’autonomie européenne et de rupture avec la tutelle de la superpuissance impériale, en dépit de délégations de pouvoir occasionnelles.
Mais les contradictions internes de l’UE, la concurrence de toutes les puissances impérialistes entre elles, les revers de la politique européenne, le NON français, néerlandais et irlandais au TCE, les refus et la désobéissance civile opposés aux réglementations de l’Union ouvrent des perspectives sur de nouvelles formes de collaboration entre pays européens, ainsi qu’avec l’ex-URSS, mais aussi les pays riverains de la Méditerranée, le monde arabe et les autres continents. Ce n’est qu’en refusant le rôle de petit frère des USA et de l’OTAN, en résistant à une Europe impérialiste et en lui retirant sa prétendue « légitimité » que l’on pourra pleinement engager le combat antimilitariste et anti-OTAN.
La crise universelle que nous traversons et qui inclut l’économie, la finance, le progrès social, la fourniture de matières premières et l’environnement, apporte de nouveaux dangers mais aussi de nouvelles chances. La politique néolibérale a déjà dû reconnaître sa complète faillite. L’hégémonie US sur la planète est de plus en plus remise en cause. La tentative de remodelage néocolonial du Proche et Moyen-Orient aboutit désormais à une impasse, car les forces d’affirmation nationale de la région mènent un combat de résistance acharné contre le rouleau compresseur militaire des USA et de leurs alliés. En Amérique latine se sont ouvertes de nouvelles perspectives socialistes. De nouvelles coalitions voient le jour, entre la Chine, la Russie, le Brésil et l’Inde par exemple, portant l’exigence d’un monde multipolaire. Il est bien fini, le temps où l’on célébrait le triomphe du capitalisme sur le socialisme, la « fin de l’Histoire ». Le monde est entré dans une période de montée des luttes anti-impérialistes en faveur de l’indépendance, du progrès social, des nations et des peuples.
Le rejet catégorique du pacte impérialiste de l’OTAN et de ses troupes auxiliaires de l’UE ne constitue pas, comme aimeraient le faire croire les élites de la finance, un repli isolationniste, nationaliste et autarcique, mais la reconquête de la souveraineté nationale, base essentielle de toute évolution vers la démocratie et le socialisme. Il faut opposer à l’OTAN et à l’UE un NON de principe si l’on veut maîtriser la crise et créer de nouvelles formes de collaboration internationale au service du plus grand nombre des gens qui travaillent.

POUR UN MONDE SANS OTAN - POUR UNE EUROPE DES PEUPLES

Premiers signataires :
Deutscher Freidenker-Verband (Association allemande des libres penseurs)
Initiativ e.V. .(Association Initiative)
Antiimperialistische Koordination (Coordination antiimpérialiste)
Vereinigung für Internationale Solidarität (VIS) e.V..(Association pour la solidarité internationale)
Arbeitskreis Marburger WissenschaftlerInnen für Friedens- und Abrüstungsforschung (Cercle de travail des scientifiques de Marburg pour la recherhce sur la paix et le désarmement)
Arbeiterfotografie - Forum für Engagierte Fotografie (Photographie ouvrière - Forum pour une phtographe engagée)
Contact :
redaktion@aikor.de

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NEIN zur NATO!
NO to NATO !
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dimanche 1 février 2009

« Là aussi, on est en train d’exterminer un peuple » : la guerre oubliée du Sri Lanka

Source : Von der internationalen Gemeinschaft vergessen, Zeit-Fragen, 26/1/2009. Traduit par Michèle Mialane et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

Oubliés par la communauté internationale


Interview du Professeur S.J. Emmanuel, Président de la Fédération internationale des Tamouls



Le Dr. S.J. Emmanuel, ancien vicaire général du diocèse de Jaffna


Zeit-Fragen : Professeur Emmanuel, on entend peu ou pas du tout parler du Sri Lanka dans les médias occidentaux. Vous conservez à ce jour en tant que prêtre catholique un contact étroit avec votre patrie. Quelle est la situation dans les zones tamoules ?


Le chef de gouvernement actuel du Sri Lanka est le pire qu’on puisse imaginer. Il gouverne avec ses trois frères, et ce sont des extrémistes bouddhistes cinghalais. Le gouvernement ne recherche pas de solution politique, mais une solution militaire, il nie le conflit ethnique et parle de combattre le terrorisme. Il y a à l’heure actuelle 300 000 réfugiés de l’intérieur dans la région de Vanni et chaque jour les civils sont bombardés et déplacés. Le 25 décembre les troupes gouvernementales ont même bombardé une église, tuant ou blessant plusieurs fidèles. La situation des réfugiés est catastrophique ; ils ne reçoivent aucune aide humanitaire car le gouvernement cinghalais a expulsé les organisations humanitaires internationales. La guerre doit se dérouler sans témoins. S’y ajoute depuis plusieurs semaines une longue période de pluie à laquelle les personnes déplacées sont exposées, sans autre abri que les arbres. Les blessures des civils atteints, car la plupart des blessés sont des civils, sont épouvantables : on emploie des bombes à fragmentation et des bombes thermobares, comme lors de la guerre du Liban.



Eranga Jayawardena/AP Photo


Le gouvernement a déclaré qu’il aurait réglé« le problème tamoul » avant la fin de l’année 2008. Qu’est-ce que cela signifie pour la population civile ?


Parler de problème tamoul revient pour le gouvernement à l’assimiler à du « terrorisme ». Le gouvernement sait que le conflit nécessite une solution politique, mais il n’a fait jusqu’ici aucune proposition sensée. Il a prétendu que dans la province de l’Est il y avait eu des élections législatives et que cette région avait un Premier ministre, mais la vérité est tout autre. C’est un des frères du Président qui est au pouvoir là-bas, et la population est le dernier de ses soucis. Chaque jour des Tamouls sont tués ou enlevés. Les gens au pouvoir veulent faire la même chose dans le Nord, dès qu’ils auront anéanti les Tigres tamouls. Leur solution au « problème tamoul » consiste à nommer deux membres du gouvernement ministres - un dans la province de l’Est, un au Nord - et à placer la totalité du peuple tamoul sous le contrôle de l’armée cinghalaise. Nous resterons donc sous la férule de l’impérialisme cinghalais, et cela après 450 ans de domination coloniale !


Qu’est-ce que cela veut dire ?


Oppression arbitraire. Pour moi, un ecclésiastique qui a une grande expérience du monde et de la guerre, la situation des Tamouls est choquante. Nous avons affaire à un vieux conflit ethnique qui dure depuis 60 ans. D’emblée la réponse du gouvernement aux protestations non-violentes des Tamouls a été le terrorisme d’État. C’est en réaction que s’est formée l’organisation des Tigres tamouls, afin de défendre le peuple tamoul et ses terres ancestrales. Le résultat est une guerre qui dure depuis 30 ans et a fait plus de 20 000 victimes et plus d’un million de réfugiés. Mais ce conflit n’a toujours pas éveillé l’attention mondiale. Un conflit long, une guerre qui fait des victimes sur une île perdue dont le sous-sol ne recèle pas de richesses, est presque devenu une guerre oubliée. Nous autres Tamouls sommes lourdement déçus, non seulement par les derniers évènements au Sri Lanka, mais aussi de l’attitude de la communauté internationale, de sa double morale et de sa politique qui ne sert que ses propres intérêts.


Premièrement, les Anglais ont commis une énorme faute, le « British blunder », lorsqu’ils ont quitté l’île à la fin de l’ère coloniale. Les Tamouls, qui avaient autrefois un royaume indépendant, sont devenus une minorité face aux Cinghalais. Les Anglais ont en effet réuni les deux peuples en un seul État et donné le pouvoir à la majorité. Et maintenant les Anglais font comme s’ils n’avaient aucune responsabilité dans cette guerre et soutiennent le gouvernement de Colombo.


Deuxièmement le Sri Lanka et ses ports offrent un intérêt géopolitique pour de grandes puissances, par exemple l’Inde et les USA. Ils se placent donc du côté du gouvernement et nous traitent comme des terroristes.


Troisièmement, le Sri Lanka est une démocratie où la majorité est bouddhiste et cinghalaise. Cette majorité peut se permettre de discriminer et d’opprimer les Tamouls par voie parlementaire. Et en plus elle a une armée pour imposer son pouvoir. Pendant les trente premières années nous autres Tamouls avons lutté, espéré et résisté pacifiquement. On nous a répondu par le terrorisme d’État. Nous savons que la solution ne peut être que pacifique, mais il faut bien que nous nous défendions contre ce terrorisme d’État, dont la violence ne connaît pas de bornes.


Quel est actuellement le quotidien des Tamouls ?


La plus grande partie du Nord et de l’Est du Sri Lanka - les terres ancestrales des Tamouls- est sous le contrôle strict de l’armée cinghalaise, ce qui signifie des interdictions quotidiennes de circuler, des centaines de check points, chaque jour des déportations, des assassinats etc. Au Nord-Est, dans la région dite de Kilinochchi se déroule une guerre particulièrement brutale ; les civils et les bâtiments publics, écoles et hôpitaux par exemple, subissent des bombardements. Les gens vivent dans une terreur permanente, ils n’ont ni travail ni nourriture. 40 000 enfants ne peuvent être scolarisés. Toutes les ONG internationales ont quitté le district. Il n’y a pas de médecins, les études sont interdites aux Tamouls. Il y a bien des hôpitaux, mais qui ne disposent ni de médicaments, ni de pansements.


Il y a plus de deux ans que le gouvernement de Colombo soumet les zones tamoules à un embargo économique total, et c’est un miracle que les gens puissent survivre. Même cette année, 60 ans après la condamnation du génocide par les Nations Unies, le Sri Lanka figure sur la liste des huit pays qui en sont menacés. Quand on parle de génocide, on pense immédiatement au « Troisième Reich », mais là aussi on est en train d’exterminer un peuple, avec sa langue, sa culture et ses traditions, sous couvert de démocratie.


Quelle solution proposent les Tamouls ?


Le Tamouls ont toujours voulu une solution politique, et depuis 60 ans ils ont déposé plusieurs propositions. Au début on avait pensé à un État fédéral pour l’ensemble du Sri Lanka.


Mais le gouvernement a rejeté catégoriquement cette éventualité. C’est contre le terrorisme d’État que les Tamouls ont pris les armes. Ils ne croyaient pas que le terrorisme pouvait être la solution.


La Communauté internationale, elle aussi, parle sans cesse de « terrorisme tamoul» et de « solution politique », mais elle continue à fournir Colombo en armement et à soutenir son offensive militaire. Il y a peu de temps encore on a envoyé des représentants militaires de certains pays (dont les USA, le Pakistan, la Chine, le Bangladesh et l’Inde) dans le Nord-Est du pays, où ils ont bien vu les succès militaires, mais pas les 300 000 réfugiés.


Début décembre s’est tenu en Hollande un séminaire où Europol a débattu des Tigres. Quels Tamouls avaient été invités à cette conférence ?


Aucun représentant du peuple tamoul n’avait été invité, en revanche le gouvernement de Colombo était là, qui a fait pression pour interdire les associations tamoules en Europe et restreindre leurs activités.


Quelle est votre réaction ? ,


Il est absurde d’inviter à une conférence des terroristes d’État responsables de l’exil vers l’Europe de 500 000 réfugiés tamouls pour discuter avec eux de la manière dont l’Europe doit se comporter envers ces réfugiés.


Rien de tel pour que ceux que l’on pourchasse continuent à l’être. Beaucoup d’entre eux ont pris, comme moi, la nationalité de leur pays d’accueil et se sont intégrés. Qu’attendre d’une pareille démarche ? L’objectivité exige que l’on invite les Tamouls et qu’on leur demande quelle est la situation dans leur pays.


Que peuvent faire les citoyens européens pour aider à désamorcer la situation ?


Les Tamouls sont reconnaissants d’avoir été accueillis en Europe et d’y vivre en sécurité. Le Sri Lanka exerce une influence sur les gouvernements européens, mais personne ne consulte les Tamouls, bien que nous soyons citoyens de nos pays d’accueil ; projettent-ils quelque chose contre nous ?


Les citoyens européens doivent exiger de leurs gouvernements qu’ils s’engagent en faveur d’une paix juste et n’appuient pas l’option militaire.


Monsieur le Professeur, nous vous remercions de nous avoir accordé cette interview et souhaitons beaucoup de succès à vos efforts en faveur d’une solution pacifique.



Membre des commandos de forces spéciales qui mènent la guerre sale dans le Nord du Sri Lanka. Reuters Pictures


Urgence : mettre fin au génocide des Tamouls !


par Dieter Sprock


Au Sri Lanka un génocide se déroule dans une indifférence quasi-totale.Il y a des décennies que les Tamouls y sont opprimés et traités en citoyens de seconde zone. Mais depuis le début de l’année 2008, où le gouvernement sri-lankais a rompu unilatéralement l’armistice et expulsé les observateurs internationaux, ce dernier mène contre la population tamoule une guerre ouverte, qui a pris progressivement les proportions d’un génocide. Le gouvernement n’autorise pas la présence sur l’île d’observateurs de l’ONU. Les journalistes et les organisations d’aide humanitaire n’ont pas accès aux zones de combat, et toute critique est brutalement réprimée. Le bain de sang doit se dérouler sans témoins.


Un article du « Neue Zürcher Zeitung » en date du 10 janvier montre à quel point il est dangereux d’être un journaliste critique au Sri Lanka, : la même semaine Lasantha Wickrematunge , rédacteur en chef du journal d’opposition Sunday Leader, a été abattu par deux motocyclistes en armes alors qu’il se rendait en voiture à son travail. Deux jours plus tôt les bureaux de la plus importante chaîne de télévision privée du pays, MTV, avaient été pris d’assaut et dévastés par une douzaine d’hommes armés de mitraillettes et de grenades.



Les funérailles de Lasantha Wickrematunge, à Colombo, le 12 janvier 2009, ont été l'occasion d'une grande manifestation de protestation contre son assassinat. Photos Gemunu Amarasinghe/
AP Photo


Wickrematunge, 52 ans, avait critiqué le week-end précédant son assassinat « l’ euphorie sanguinaire » du Président Mahinda Rajapakse. Celui-ci avait célébré la conquête de la ville de Kilinochchi , au Nord du Sri Lanka, tombée le 2 janvier, comme « une victoire sans exemple » des troupes gouvernementales. Or Wickrematunge avait plaidé pour une solution politique incluant des concessions du gouvernement aux Tamouls. Le Sunday Leader est l’un des rares journaux qui ose encore parler de la guerre. Le groupe MTV/MBC, détenteur de trois émetteurs de télévision et de quatre canaux radiophoniques, s’efforce lui aussi de couvrir le conflit de manière objective.


Le gouvernement attise volontairement la haine à l’encontre des voix critiques du pays, créant ainsi un climat de violence et de non-droit. « Selon Juan Perera, du National Peace Council, l’assassinat de Wickrematunge sonne le glas de la liberté de la presse au Sri Lanka. Après ce meurtre retentissant chaque journaliste se demande qui sera le prochain. Dans de pareilles conditions, il n’est tout simplement plus possible de travailler librement. Au cours de ces dernières années, de larges pans de la presse ont déjà cédé à la pression du gouvernement et « suivent la ligne ». Les rares journalistes qui continuent à fournir une couverture indépendante du conflit ethnique sont en butte à une campagne calomnieuse de dénigrement systématique de la part du « Daily News », l’organe de presse du gouvernement, qui les accuse d’être des sympathisants des Tigres et des ennemis de l’État. Selon Amnesty International, dix journalistes ont été assassinés au Sri Lanka rien que durant les deux dernières années et de très nombreux autres ont disparu ou bien ont été enlevés ou emprisonnés.


Il est désormais du devoir de la communauté internationale d’exiger du gouvernement sri-lankais le respect du droit international et de toutes les conventions internationales. Il y a urgence à faire cesser le génocide des Tamouls ; une Commission onusienne doit pouvoir veiller au respect des droits humains ; il faut garantir sans restriction l’accès de l’aide humanitaire, par exemple sous l’égide de la Croix Rouge, , ainsi que la liberté de la presse et la sécurité des journalistes. Madame le Docteur en droit Karen Parker, militante américaine des droits humains, exige qu’on raye immédiatement les Tigres tamouls de la liste des organisations terroristes. Selon elle, le droit international leur accorde le statut de combattants.( Pour en savoir plus à ce sujet, voir Zeit-Fragen N°34 du 27 août 2007). Le gouvernement sri-lankais doit revenir à la table des négociations, car seule une solution négociée prenant en compte tous les groupes ethniques du pays peut aboutir à une paix durable.

Forum des Tamouls de Suisse

« Aidez nos frères et nos sœurs de Vanni, victimes de violations des droits humains »


Monsieur Shan Thavarajah, et Monsieur Thambipillai Namasivayam, respectivement vice-président et secrétaire du Forum des Tamouls de Suisse, ont écrit à Madame le Docteur Naventham Pillay, Haut Commissaire aux Droits humains à Genève, pour la prier de faire cesser la catastrophe humanitaire à Vanni.

Ils en appellent au Haut Commissariat aux Droits humains pour :

- demander au gouvernement sri-lankais de mettre fin immédiatement à son offensive militaire dévastatrice ;

- garantir la fourniture de vivres et autres denrées de première nécessité à Vanni ;

- mettre à la disposition des habitants de Vanni les médicaments indispensables et autres équipements hospitaliers ;

- demander au gouvernement sri-lankais de déclarer « zone protégée »les hôpitaux de Vanni ;

- demander au gouvernement sri-lankais d’autoriser l’accès du district de Vanni aux organisations humanitaires locales et internationales ;

Nous vous demandons respectueusement d’intervenir sans délai dans cette affaire et d’user toute votre influence sur les États démocratiques et les organisations humanitaires pour sauver le peuple tamoul du génocide.

Source : InfoTamil du 15/1/2009

samedi 31 janvier 2009

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°7) - Mon agression par les gendarmes le 29 Janver 2009

par Abdelaziz Chaambi, Lyon, 30 Janvier 2009
Suite à mon agression par des gendarmes devant le Casino des Partouche Le Lyon Vert
à Charbonnières Les Bains 69 dans lequel se déroulait le repas annuel du CRIJF, je tenais, avant de vous relater les faits, à remercier très sincèrement toutes les personnes qui m’ont apporté des messages de sympathie, d’encouragements et de soutiens dans cette épreuve qui m’a certes amoché physiquement mais renforcé moralement et politiquement et les messages reçus de France et de l’étranger m’ont fait chaud au cœur et renforcé ma détermination à continuer la lutte et à résister à l’oppression et à l’injustice.
Compte tenu des massacres qui ont eu lieu à Gaza et sachant que des hommes et femmes politiques(dont le président du Sénat Mr Larcher) complices par leur silence ou leur approbation allaient venir à ce diner du CRIJF , nous avons voulu manifester notre désapprobation en petit groupe et de manière pacifique.
Arrivés sur les lieux et alors que nous aurions pu nous infiltrer par un petit chemin jusqu’à l’entrée du Casino, nous avions opté pour la transparence et la visibilité et avions marché sur la route principale en direction de l’entrée en commençant à crier nos slogans ; c’est alors que nous avons vus arriver sur nous un groupe de gendarmes très violents qui ont commencé à nous brutaliser, nous bousculer, et tenter de nous enlever les mégaphones , la percussion, en nous repoussant loin de l’entrée qui se trouvait déjà à 100 mètres .
Nous avons expliqué que nous venions mener une action citoyenne non violente qui visait à dénoncer les massacres commis à Gaza et le soutien apporté par le CRIJF à l’action criminelle des sionistes. Les gendarmes ont alors temporisé leurs actions en attendant du renfort , et au bout d’une heure environ on a vu arriver des dizaines de gendarmes , qui étaient alors plus d’une cinquantaine, pour une vingtaine de manifestants, nous foncer dessus et nous obligeant à reculer pour être à environ 150 mètres (distance exigée d’après eux par le Préfet pour que ces convives puissent manger sans être incommodés par nos slogans) .
Devant cette brutalité et cette violence gratuite que rien ne justifiait , ni le nombre ni l’attitude ni les slogans, ni la proximité du lieu, nous avons expliqué que nous ne faisons rien de mal et qu’on exprimait une opinion politique ; j’ai personnellement pris le mégaphone pour expliquer que c’était une manifestation non violente, qu’on ne devait pas provoquer ou répondre aux provocations et que nous devions nous asseoir, ce que tout le monde a fait. Mais rien n’y fait les gendarmes continuent à charger, à nous transporter un par un et à un moment j’entends l’un d’eux dire « c’est lui, tire le, tire le » et c’est alors que j’ai été arraché du groupe par cinq gendarmes qui m’ont retiré en arrière pendant que leurs collègues en masse ont continué à repousser notre groupe, de façon à ce qu’un rideau de gendarmes se forme entre mes amis (qui ne voyaient plus ce qui se passe) et moi.
C’est alors que le calvaire commence, après m’avoir soulevé en l’air ils m’ont jeté à terre et se sont rués sur moi et m’ont littéralement lynché : une rouée de coups de poing et de pieds qui m’ont mis à terre, j’avais beau crier que je n’avais rien fait que j’étais prêt à les suivre rien n’y faisait , alors que j’étais à plat ventre et que deux gendarmes me tenaient le cou et les épaules à l’arrière , un autre me tenait les jambes et deux autres se sont jetés sur mon dos pour me donner des grands coups de genoux à hauteur des poumons ce qui m’a fait suffoquer , je n’arrivais plus à respirer, ni à crier ni à faire quoi que ce soit, j’ai senti mon visage écrasé sur le goudron par un coup de pied. Après m’avoir menotté les mains dans le dos, ils m’ont relevé pour me mettre dans leur voiture et ont alors réalisé que je n’arrivais pas à respirer et que je commençais à perdre connaissance , j’ai trouvé la force de leur dire que j’avais un flacon de Ventoline dans ma poche et que j’étais asthmatique, et c’est un homme en civil (je pense un de leurs supérieurs) qui l’a pris et m’en a donné pour que je retrouve mon souffle.
Ils m’ont ensuite chargé dans la voiture avec les mains menottées dans le dos en me disant on va t’emmener au poste et on va t’expliquer les choses. Puis à mi chemin ils ont reçu un message dans leur radio et ont fait demi-tour pour me ramener au lieu du rassemblement. Les copains avaient exigé fermement mon retour.
Alors que j’étais souffrant, que je respirai très difficilement et blessé ils m’ont jeté sur la route dans un froid glacial sans répondre à ma demande d’appeler le Samu, j’ai appelé moi-même le 112 qui m’ont orienté sur le Samu qui me dit on vous envoie la Police, j’explique alors que j’ai été agressé par des gendarmes et que j’ai besoin d’une ambulance ou d’un médecin, mais rien n’y fait , on ne verra ni Police ni médecin, un médecin de passage en voiture a voulu s’arrêter pour me soigner et voir mon état, mais les gendarmes l’en ont empêché, et j’a attendu une heure sans couverture sans soins et malgré les appels successifs des manifestants au 15 les pompiers ne sont arrivés qu’une heure après le ;premier appel, et lorsqu’on leur a demandé depuis combien de temps ils ont été appelés ils nous répondu 5 ou 10 minutes, ce qui veut dire que durant 50 à 55 minutes le Samu n’a pas mobilisé de secours, mettant ainsi ma santé et ma vie en jeu.
J’ai été pris en charge à l’Hopital Saint Joseph à Lyon où j’ai eu droit à 8 jours d’arrêt de travail et 4 jours d’ITT et au constat que j’avais une entorse cervicale, de nombreuses dermabrasions des membres et du visage, avec des atteintes de la colonne vertébrale, une épaule démontée, des douleurs et traces de coups à la tête, un nerf du bras abimé avec la main droite insensible à motié.
La leçon qu’on peut tirer de cette agression, c’est qu’aujourd’hui en France un degré dans l’inacceptable vient d’être franchi par les autorités, qui , après avoir diabolisé et criminalisé des militants , après les avoir chassés du monde du travail et jetés dans la précarité, cherchent à les éliminer physiquement et à les empêcher de parler de certaines causes et en particulier la cause Palestinienne. Il est impératif de réagir avec la plus grande fermeté et de ne pas baisser les bras jusqu’à obtenir la garantie que cette agression ne restera pas impunie et que les droits à dénoncer les crimes et les politiques sionistes soient garantis dans ce pays et partout. L’enjeu consiste donc à tenter de préserver le peu d’espace qu’il reste à notre liberté d’expression , de manifestation et de condamnation de l’infamie et de l’injustice.
Plusieurs organisations , mouvements et associations s’apprêtent à mener des actions pour dénoncer ce que j’ai personnellement subi ainsi que cette atteinte grave aux libertés et à l’intégrité des citoyens . Merci à toutes et à tous , la résistance continue !!!


Communiqué de presse suite à l'agression d'un militant lors du dîner du CRIJF le jeudi 29 janvier 2009


Ce jeudi 29 janvier 2009 lors de la rencontre annuelle du dîner du CRIJF, un de nos militants Abdelaziz Chaambi a violemment été agressé par les gendarmes. Alors que les manifestants étaient rassemblés dans le calme sur la voie publique, les gendarmes se sont rués sur Abdelalziz sans que cela ne soit justifié par ailleurs. Les gendarmes l'ont d'abord violemment plaqué au sol avant de l'écraser à plusieurs jusqu'à ce qu'il ne puisse plus respirer alors qu'il est atteint d'asthme et qu'il est également reconnu comme partiellement invalide. Les forces de l'ordre n'ont pas jugé nécessaire d'appeler les pompiers et le SAMU tout de suite alors que notre ami était victime d'une violente crise d'asthme. Ces derniers ne sont arrivés qu'une heure plus tard et les gendarmes malgré la faiblesse de la victime ont demandé à ce qu'elle soit menottée dans l'ambulance. Abdelalziz a finalement été transporté à l'hôpital et d'après le premier examen médical, il aura sans doute plusieurs jours d'ITT. Cette agression est inacceptable et donnera lieu à des poursuites judiciaires.

Or de quoi sommes-nous coupables? Nous avons simplement organisé un rassemblement pacifique sur la place publique pour dénoncer l'attitude du CRIJF qui est coupable de soutenir la politique criminelle d'Israël, qui au regard des lois internationales a commis des crimes de guerre à Gaza. C'est au nom de la défense du droit international et par respect pour les valeurs humanistes que nous avons initié une plainte en collaboration avec l'avocat lyonnais Gilles Devers pour qu'Israël soit traduit devant la juridiction internationale pour les faits criminels commis à Gaza. Notre démarche est donc profondément citoyenne. Aucune des actions que nous avons organisées depuis 20 ans, n'a donné lieu à des débordements. Rien ne justifiait la présence disproportionnée des forces de l'ordre à ce dîner sauf la volonté de faire taire les voix qui dénoncent le CRIJF comme une organisation coupable d'apologie de crimes de guerre. Les pressions se multiplient de toutes parts pour éviter toute opinion discordante sur cette question. Il y a quelques jours une journaliste du Progrès était menacée par sa direction car elle avait rapporté les propos racistes contre les Arabes lors du dernier rassemblement organisé par le CRIJF. Cette attitude confine à un véritable terrorisme intellectuel totalement incompatible avec les règles élémentaires induites par la liberté d'expression. Aujourd'hui par cette agression inacceptable sur un militant, les autorités se rendent également complices de ce comportement.
Dès demain, nous entamerons toutes les démarches nécessaires pour que cette affaire soit portée devant la justice, car au-delà de la question palestinienne, cette agression est révélatrice d'un climat malsain qui menace gravement la liberté d'expression dans ce pays.

Collectif Résistance Palestine
Email:
resistancepalestine@yahoogroupes.fr
Contact: 0618797661

La photo du jour

"Vous êtes la crise" : manifestation contre le Forum éconmique mondial, Davos, Suisse, 31/1/2009. Photo Michel Euler, AP

vendredi 30 janvier 2009

"WANTED !" : 15 dirigeants israéliens sur la sellette /Call for arrest of 15 Israeli leaders suspected of war crimes in Gaza

Quinze suspects de crimes de guerre israéliens sont recherchés.
Public asked for information on travel plans and whereabouts of top Israeli leaders

26 January 2009
An international human rights organization has submitted evidence to the International Criminal Court for the arrest of top Israeli leaders for war crimes in Gaza and has called for information about the travel plans and whereabouts outside Israel of the suspects.A human rights organization has called for the arrest of a number of senior Israeli leaders for war crimes and crimes against humanity.
The International Coalition against Impunity (HOKOK), a non-governmental organization registered with the United Nations Economic and Social Commission for Western Asia, has submitted a “Letter of Notification and Referral” to the prosecutor of the International Criminal Court outlining the case for the arrest of 15 Israeli political and military leaders for crimes committed in Gaza in violation of the Rome Statute and the Fourth Geneva Convention.
It has also issued an international appeal for information about the undermentioned war crimes suspects.
Members of the public in Israel and throughout the world who have information about the travel plans or whereabouts of the undermentioned suspects when they are outside Israel should report this immediately to:
The Prosecutor
P.O. Box 19519
2500 Hague
Netherlands
Fax +31 70 515 8 555
otp.informationdesk@icc-cpi.int

The Israeli war crimes suspects are:

1- Ehud Barak
2 - Amir Peretz
3 - Binyamin Ben Eliezer
4 - Avi Dichter
5 - Carmi Gillon
6 - Dan Halutz
7 - Doron Almog
8 - Ehud Olmert
9 - Eliezer Shkedy
10 - Gabi Ashkenazi
11 - Giora Eiland
12 - Matan Vilnai
13 - Moshie Bogie Yaalon
14 - Shaul Mofaz
15 - Tzipi Livni
Quinze suspects de crimes de guerre israéliens sont recherchés.
Une organisation internationale pour les droits humains lance un appel pour recueillir toute information sur les projets de voyage de ces dirigeants israéliens dont vous trouverez les noms et les photos ci-dessous.
La Coalition Internationale contre l'Impunité (International Coalition against Impunity - HOKOK), qui est une organisation non-gouvernementale enregistrée auprès de la Commission économique et sociale pour l'Asie de l'ouest des Nations Unies, a déposé une "Lettre de notification et de saisine" au procureur de la Cour pénale internationale, lettre, qui fournit les grandes lignes de la demande d'arrestation de 15 dirigeants politiques et militaires israéliens pour crimes commis à Gaza en violation du Statut de Rome et de la Quatrième Convention de Genève.
Cette Coalition a également émis un appel international en vue d'obtenir des informations sur les personnes suspectées de crimes de guerre et listées ci-dessous.
Toute personne en Israël comme dans le monde entier qui détiendrait des informations relatives aux projets de voyage ou sur la localisation actuelle des suspects listés ci-après s'ils sont hors d'Israël, doit immédiatement en informer :
Le procureur
P.O. Box 19519. 2500
La Haye. Pays-Bas.
Fax +31 70 515 8 555 -
otp.informationdesk@icc-cpi.int
Les suspects sont :

1- Ehud Barak 2 - Amir Peretz 3 - Binyamin Ben Eliezer 4 - Avi Dichter 5 - Carmi Gillon 6 - Dan Halutz 7 - Doron Almog 8 - Ehud Olmert 9 - Eliezer Shkedy 10 - Gabi Ashkenazi 11 - Giora Eiland 12 - Matan Vilnai 13 - Moshie Bogie Yaalon 14 - Shaul Mofaz 15 - Tzipi Livni

Israel War Crime Suspects

jeudi 29 janvier 2009

3 février 2009 : Procès contre un deuxième agresseur de Ginette Skandrani

Le prochain procès contre un des nervis sionistes qui avaient violemment agressé Ginette Hess Skandrani à son domicile avec des casques le 25 octobre 2006 - les deux autres étant en fuite dans le pays de la barbarie - aura lieu le 3 février à 13 h 30 devant la 15è chambre au Palais de justice de Paris.
Celui qui était mineur au moment des faits a été jugé le 18 novembre 2008 et a écopé d'un an de prison avec sursis et cinq ans de mise à l'épreuve, 3000 euros de dommages à verser à la victime et 800 euros de frais de justice. Nous verrons si la justice sera plus sévère avec le deuxième qui était majeur et donc responsable de ses actes au moment des faits.

mercredi 28 janvier 2009

Un islamisme ouvert sur sa gauche : l’émergence d’un nouveau tiers-mondisme arabe ?

Islamismes, mouvements de gauche radicale et nationalismes arabes ont longtemps semblé s’opposer. Des alliances se sont pourtant nouées entre eux, recomposant profondément le champ politique en Palestine, au Liban et en Égypte.
par Nicolas Dot Pouillard, 20 janvier 2009
L'auteur est doctorant en études politiques à l’EHESS (Paris) et à l’Université libanaise (Beyrouth).
Les débats sur la place du religieux et du politique sont souvent biaisés par des perceptions idéologiques et culturelles subjectives. L’appréhension du phénomène islamiste en France reste ainsi très largement dominée par une série de paradigmes très abstraits, qui ne laissent pas la place à une analyse concrète et même factuelle du champ politique moyen-oriental. Une dichotomie arbitraire est dessinée entre « laïcs » et « religieux », « islam modéré » et « islam extrémiste », « progressiste » et « réactionnaire ».
Des typologies sont ainsi créées, correspondant en réalité à une réalité imaginée du politique : le politique tel qu’on aimerait qu’il soit, non tel qu’il est. Le champ politique moyen-oriental apparaît comme fondamentalement retors aux simplifications historiques, qui dessineraient une ligne de clivage irrémédiable entre des islamistes identiques les uns aux autres, de Al-Qaïda au Hezbollah libanais, et des laïcs naturellement attentifs aux droits de l’homme et de la femme. Ces catégorisations apparaissent en effet aujourd’hui comme partiellement fausses : en Palestine, c’est bien le Fatah « laïc » qui est l’auteur d’une des lois les plus réactionnaires sur les droits de la femme, limitant à six mois les peines d’emprisonnement pour les auteurs de crimes d’honneur. C’est que l’on confond souvent laïc et progressiste. De même, on imaginera les laïcs comme forcément persécutés par les intégristes musulmans. Vrai dans certains cas, cette assertion se révèle fausse dans d’autres. Il faut alors comprendre par exemple comment le Parti communiste libanais noue des alliances avec le Hezbollah, ou comment le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) marxiste travaille souvent avec le Hamas ou le Djihad islamique, et se laisser interroger politiquement et méthodologiquement par ces nouvelles réalités.
Il y a toujours une tendance récurrente à la simplification du débat, selon des lignes idéologiques tenaces, qui considèrent les acteurs politiques islamiques comme des catégories fixes, incapables de se transformer politiquement et idéologiquement. Le mouvement islamique a aujourd’hui pratiquement quatre-vingts ans d’existence au Moyen-Orient. L’imaginer comme un ensemble uni, homogène et sans différenciation, c’est comme supposer que la gauche recoupe un spectre large allant des anciens de la bande à Baader à Tony Blair, ou que la droite est un tout homogène regroupant indifféremment la démocratie chrétienne allemande et les néo-fascistes italiens. Il y a une histoire des droites, une histoire des gauches. Et il doit bien y avoir une histoire des islamismes, car ce référent politique s’est considérablement pluralisé. L’exemple des recompositions politiques au Moyen-Orient arabe, et la production d’un islamisme politique de type nationaliste aujourd’hui ouvert vers les gauches et les mouvements nationalistes arabes n’est pas sans poser certaines questions théoriques et politiques.
Un nouveau modèle d’alliance politique en Palestine et ailleurs
Les premières élections municipales en Cisjordanie depuis 1976, qui se sont tenues le 23 décembre 2004, constituaient à l’époque un sujet d’interrogation : le Hamas prendrait-il le pas sur le Fatah ? Quel serait l’état du rapport de force politique entre les islamistes, le mouvement nationaliste et la gauche à l’issue du scrutin ? La réponse n’était pas à sens unique : les élections municipales n’ont pas été l’objet d’une structuration claire du champ politique. Au contraire, certaines coordonnées ont été bouleversées, et des tendances ont semblé se confirmer. Plutôt qu’à une indéfectible opposition entre des camps clairement délimités – Fatah, Hamas, FPLP, FDLP, PPP [
1] -, localement de nouvelles alliances se sont nouées, fluctuantes et conjoncturelles. À Bnei Zayyaid, tout comme à Bethléem, c’est une alliance entre le FPLP et le Hamas qui permit de contester au Fatah la prédominance politique au sein du Conseil municipal. À Ramal-lah, un an plus tard, ce fut une femme membre du FPLP qui fut élue à la tête de la mai-rie, les trois voix du Hamas s’ajoutant aux six voix du FPLP, mettant en minorité les six conseillers municipaux du Fatah.
Ces alliances inédites se sont également dessinées dans le domaine des opérations militaires : les branches armées du FPLP — les Brigades Abou Ali Mustapha — ont régulièrement opéré depuis 2001 dans la Bande de Gaza au côté des Brigades Ezze-dine al- Quassem — la branche armée du Hamas — et des Brigades al-Quds — celle du Djihad islamique. Enfin, des éléments dissidents du Fatah, structurés autour de la nébuleuse des Comités populaires de la résistance (CPR), se sont peu à peu rapprochés de la direction gazaouite du Hamas : ce dernier, après sa victoire aux élections législatives de janvier 2006, nomma un des principaux activistes des CPR, Jamal Samhada-na [
2] , ancien militant du Fatah, à la tête des nouveaux services de sécurité palestiniens formés par le gouvernement Hamas : il s’agissait alors de faire contrepoids, surtout dans la Bande de Gaza, aux forces de sécurité tenues par Mohammad Dahlan, dirigeant du Fatah. Samhadana symbolise cette frange du Fatah qui s’est peu à peu éloignée de la direction du parti, et qui confirme son éclatement progressif, accéléré par la mort de Yasser Arafat le 11 novembre 2004, dont l’aura symbolique permettait d’assurer encore un minimum d’unité interne. C’est ainsi que Saed Siyyam, le nouveau Ministre de l’intérieur palestinien, membre du Hamas, choisit un ancien membre du Fatah, soit un élément politique issu du nationalisme palestinien, et non du mouvement islamique lui-même, pour diriger des services de sécurité n’ayant d’autres buts…que de concurrencer sur le terrain la prédominance armée de la Sécurité préventive, attachée à la direction du Fatah.
Les affrontements Fatah-Hamas des deux dernières années correspondent à une divergence politico-stratégique, à une différence quand au positionnement à adopter face à Israël et à la communauté internationale, non à une querelle idéologique séculariste- croyants. Et lorsque les deux partis hégémoniques Fatah-Hamas favorisent par leur combat fratricide un processus de guerre civile latente, c’est le FPLP et le Mouvement du Djihad islamique (MJIP), soit une organisation de gauche et une organisation islamique, qui jouent communément le rôle d’intermédiaire. Si le FPLP reste ainsi aujourd’hui très critique envers le Hamas, c’est essentiellement parce qu’il lui reproche de s’enfermer dans un tête à tête armé Hamas-Fatah, qui bride l’unité nationale palestinienne, et qui risque de plonger les territoires palestiniens dans le chaos sécuritaire. Et encore une fois, cette position, le FPLP la partage avec le Djihad islamique, avec qui il a pu manifester dans les rues de Gaza lors des événements de juin 2007.
La cartographie politique palestinienne n’est pas une exception : le champ politique arabe semble être en pleine recomposition, et les clivages traditionnels, notamment ceux qui avaient vu s’opposer un camp religieux à un camp séculier, voir laïc, se sont peu à peu estompés à l’échelle de la région. L’islam politique subit une phase désormais accélérée de nationalisation et de régionalisation, tandis que les secteurs issus de la gauche et du nationalisme arabe, baathiste ou nassérien, en perte de modèle politique et de partenaire stratégique, en proie à une crise structurelle et militante, tentent peu à peu de redéfinir leurs modèles idéologiques et pratiques, et se retrouvent obligés de complexifier leur réseau d’alliance, en privilégiant désormais le partenaire islamiste. Depuis 2000, une phase de recomposition politique s’est ouverte dans le monde arabe, selon des rythmes et des temporalités hétérogènes selon les pays et les espaces, tirant certains traits d’union avec le passé, amenant de nouvelles problématiques et des ruptures inédites.
Cette recomposition politique se fait autour de la question nationale arabe et de la question démocratique : dans un contexte politique marqué par l’Intifada palestinienne de septembre 2000, par l’offensive américaine sur l’Irak en 2003, ainsi que par la récente « guerre des trente-trois jours » entre le Hezbollah et Israël, la question nationale est reposée dans le monde arabe, et détermine les modèles d’action et de contestation, les formes de recomposition politique et les différents modes d’alliance tactiques entre les courants opposés au plan américain de « Grand Moyen-Orient ». S’y ajoute la question démocratique : dans la mesure où les systèmes politiques arabes souffrent très majoritairement d’un modèle fondé sur l’autoritarisme et le népotisme politiques, et où la majorité d’entre eux, de l’Égypte à la Jordanie en passant par l’Arabie saoudite et les principales pétro-monarchies du Golfe, se retrouvent liés organiquement aux différents intérêts américains et européens dans la région, la contestation de la politique israélienne et américaine passe souvent par une dénonciation des systèmes politiques internes : en Égypte, tout au long des années 2000 à 2006, ce sont les mêmes cadres politiques et les mêmes structures de mobilisation qui vont tour à tour passer de la mobilisation en faveur des Palestiniens et des Irakiens à celle en faveur de la démocratisation du régime.
Question nationale arabe et question démocratique tracent donc une série de rapprochements transversaux entre l’espace panarabe focalisé historiquement sur la problématique palestinienne et l’espace national interne : depuis 2000, une interaction constructive entre la dimension panarabe du politique et son expression nationale interne, une transversalité accrue entre question nationale arabe et question démocratique, favorisent une série de mutations politiques aboutissant à une série d’alliances tactiques et/où stratégiques entre la gauche radicale, les secteurs issus du nationalisme arabe nassérien ou baathiste, et enfin les formations islamo-nationalistes. Cette interaction entre différents espaces – nationaux, régionaux, globaux- tout comme cette transversalité entre des courants politiques autrefois opposés, laissent se dessiner peu à peu une reformulation du nationalisme arabe, une recomposition politique lente et progressive du champ politique qui commence à peine à bouleverser les donnes politiques, et qui rompt singulièrement avec les cadres d’action issus de l’histoire du XXe siècle.
Du « concordisme politique » à la dynamique unitaire
La gauche marxisante, les nationalismes arabes de diverses obédiences, et enfin les secteurs centraux de l’islam politique semblent aujourd’hui collaborer étroitement. Il n’en fut pas toujours ainsi : les différents types de nationalisme arabe se sont distingués pendant plusieurs dizaines d’années par des politiques répressives vis-à-vis des courants issus des Frères musulmans, que cela soit dans l’Égypte de Nasser ou dans la Syrie de Hafez el-Assad ; l’islamisme politique, dans sa phase montante des années 1980, à la suite de la révolution iranienne de 1979, s’est quant à lui caractérisé par un système de répression directe des groupes de gauche, lorsque ceux-ci faisaient entrave à leur développement, et plongeaient leur racine dans certains secteurs clés du monde universitaire, politique, syndical ou associatif : au Liban, le Hezbollah s’en prit physiquement, tout au long des années 1980, aux militants chiites du Parti communiste libanais, lorsqu’ils s’agissaient de leur disputer l’hégémonie de la résistance nationale au sud- Liban. Deux de ses plus brillants intellectuels, Mahdi Amil et Hussein Mroue, furent assassinés par des militants proches de la mouvance islamique [
3] .
En Palestine, les groupes évoluant dans la nébuleuse des Frères musulmans, qui allaient donner naissance au Mouvement de la résistance islamique (Hamas) en 1986, s’en prirent également aux militants du FPLP et du PPP. Le docteur Rabah Mahna, qui est aujourd’hui le négociateur du Bureau politique du FPLP dans les discussions inter-palestiniennes, et qui est ainsi amené régulièrement à trouver des points d’accord autant avec le Hamas qu’avec le Djihad islamique, fut par exemple la victime d’une tentative d’assassinat par des militants du Hamas en 1986. Mais la vision qu’il a du mouvement islamique est déterminée par la réalité politique actuelle, non par celle du passé : s’expliquant au sujet du Hamas, il en souligne les points d’avancée et de stagnation, les deux se combinant plus ou moins différemment selon la conjoncture politique : « Il y a eu une certaine évolution dans Hamas. Depuis 1988, il s’est en effet peu à peu transformé d’une organisation de type Frères musulmans en un mouvement de libération nationale islamique. Nous, on a poussé depuis Hamas à intégrer l’OLP, d’être un mouvement de libération nationale au sein de l’OLP. Mais sa non- reconnaissance de l’OLP dernièrement était très suspecte pour nous (…) Nous ne mettrons donc pas la pression sur le Hamas, et nous le reconnaissons en tant que courant de la résistance, et deuxièmement en tant que gouvernement élu. Mais au- delà, nous on ne veut pas que le Hamas reste enfermé dans une vision fermée, idéologique, de type Frères musulmans : c’est pourquoi les forces politiques mondiales et arabes qui soutiennent la cause palestinienne mais qui ne sont pas d’accord avec tout ou partie du programme du Hamas doivent nous aider à les faire sortir d’une vision enfermée, à continuer leur évolution. Sinon, en les isolant, ils risquent de retourner en arrière, de retourner vers un mouvement de type intégriste, comme avant 1988 [
4] . »
S’il y a bien eu par le passé affrontements, les différents modes d’opposition entre nationalistes, islamistes et gauche radicale peuvent être historiquement relativisés par une série de passages dynamiques, d’emprunts discursifs et idéologiques, de circulation militante entre ces trois secteurs politiques-clés du monde arabe : déjà, le sociologue Maxime Rodinson rappelaient qu’entre le nationalisme arabe, l’islam et le marxisme, existaient un « concordisme », qui favorisait la circulation des idées et des pratiques : « l’incompatibilité doctrinale incontestable des idéologies le cède à divers procédés de conciliation quand les considérations de stratégies internationales font pencher vers une attitude amicale entre les deux mouvements (communistes et musulmans). Il y a emprunt d’idées à l’idéologie communiste par les Musulmans quand ces idées correspondent à ce que leur réclame leur idéologie implicite, même en dehors de cette attitude amicale. […]. Quand on va plus loin, il y a normalement réinterprétation des notions, des idées, des symboles musulmans comme équivalents d’idées ou de thèmes communistes courants. L’opération est souvent faite par les communistes qui veulent pousser à l’alliance. Quand l’effort de réinterprétation est particulièrement forcé, on obtient ce qu’on a appelé du concordisme. Le terme pourrait être peut-être généralisé pour désigner un ensemble systématique de réinterprétation [
5] . »
Ce qu’Olivier Carré nommait pour sa part les « secteurs médians » entre religion et nationalisme [
6] se constate tout au long du siècle et de l’émergence et du développement de ces trois courants. La génération des fondateurs du mouvement national palestinien et du Fatah – Yasser Arafat, Khalil al Wazir, Salah Khalaf-, ont côtoyé de près les Frères musulmans, dans le cours des années 1950 et 1960. Le nassérisme lui-même n’est pas exempt, dans les premières années suivant la révolution de 1952, d’un rapport complexe à l’islam politique. À ces parcours personnels, s’ajoutent une réutilisation et une réinterprétation systématique des différents types de discours religieux ou politiques par un ensemble de mouvements, une circulation permanente des ensembles sémantiques et conceptuels. Par exemple, le Parti communiste irakien (PCI) n’a pas hésité à se référer aux fondements doctrinaires du chiisme, peu après la révolution de 1958 et la prise du pouvoir par Abdel Karim Kassem. La perspective révolutionnaire fut associée, dans le discours du PCI, aux fondements millénaristes et messianiques du chiisme, tandis que les dirigeants du Parti jouaient ardemment sur la proximité des termes shii’a (« chiite ») et shouyou ‘i (« communiste » en arabe). Quand au terme « socialiste » (ishtarâkii), il fut abondamment utilisé et transformé par certains cadres et idéologues des Frères musulmans comme Sayyid Quotb ou Muhammad al-Ghazali, dans la perspective d’un « socialisme islamique ».
Ainsi, on assiste depuis près d’un demi-siècle à une circulation dynamique et à une mutation continue du vocabulaire politique. C’est dire combien l’idéologie elle- même est soumise à des processus complexes de passage, d’emprunts, et de réinterprétations, toujours en mouvement une fois mise dans la pratique du politique. La temporalité du nationalisme des pays du tiers- monde est en effet une temporalité politique différenciée, où le passé, les traditions culturelles et les héritages idéologiques font figure de principes constituants dans la conscience nationale : le nationalisme anti- colonial est un espace hybride, en interaction avec les éléments des modernités politiques, mais les critiquant en même temps par la récupération, le recyclage et le réinvestissement d’éléments tirés du passé. Les « concordismes » entre nationalisme et islam ont correspondu à une actualisation politique et idéologique de l’islam, qui était alors moins une survivance du passé qu’un élément culturel hérité, vivant et pratique, en interaction et en métissage permanent avec le présent politique, même et y compris quand ce dernier était d’essence séculière et laïque. Le nationalisme anti- colonial, fondé historiquement sur une série de concordisme, n’est pas l’envers de la modernité, mais sa reprise et son détournement dans le contexte particulier d’un espace qui se sent dominé tant politiquement que culturellement.
La décennie des années 1980 est essentiellement marquée par le passage croissant et spectaculaire de militants marxistes, souvent maoïstes, ou nationalistes arabes, vers l’islamisme politique. C’est particulièrement visible au Liban, ou, alors que l’OLP est peu à peu amenée à quitter le Pays des Cèdres, et où l’axe « palestino- progressiste [
7] » disparaît sous le coup de divisions internes et des pressions syriennes, de jeunes cadres entrent dans le Hezbollah, né entre 1982 et 1985. Il en va ainsi de la majorité des combattants de la Brigade étudiante, la Katiba Tullabiya, corps militaire attaché au mouvement palestinien Fatah, qui s’engage peu à peu dans la résistance militaire islamique du « Parti de Dieu », ou dans d’autres structures à caractère islamique, sous les effets de la Révolution iranienne.
L’expérience de cette tendance de gauche du Fatah née au début des années 1970 est particulièrement intéressante : bien avant la révolution iranienne, de jeunes militants libanais et palestiniens tentent d’articuler islam, nationalisme et marxisme arabe, preuve s’il en est que la question des rapports entre les trois était déjà posée. Saoud al Mawla, aujourd’hui professeur de philosophie à l’Université libanaise de Beyrouth, ancien membre de la tendance de gauche du Fatah, est passé au Hezbollah dans les années 1980. Il l’a quitté depuis. Il explique : « Dans les années 1970, on a commencé à s’intéresser aux luttes des peuples musulmans. C’était une mixture de nationalisme arabe et d’islam, ou bien de communisme arabo-islamique, de marxisme arabo-islamique. On a essayé de faire comme les communistes musulmans soviétiques des années 1920 : Sultan Ghaliev. Et on a commencé à étudier l’islam. On avait débuté cela dès que l’on a commencé à appliquer les principes maoïstes : il faut connaître les idées du peuple, s’intéresser au peuple, à ce qu’il pense…. Il faut connaître les traditions du peuple. Et on a commencé à s’intéresser aux traditions populaires, aux idées populaires, à tout ce qui constitue la vie des gens. Et l’islam est venu comme étant le fondement de cette société, censée la mobiliser. Et c’était dans un sens militant, pragmatique, prendre et utiliser des facteurs qui peuvent mobiliser les gens dans la lutte. Et c’est comme cela qu’on s’est approché de l’islam : à partir du maoïsme, d’un point de vue théorique, et à partir de l’expérience quotidienne (….) Et c’est pour cela, quand la révolution iranienne est venue, on était déjà là. Et même cela ne s’est pas fait sur des bases idéologiques ou religieuses. C’est-à-dire qu’on a vu dans l’islam une force de civilisation, et de politique, un courant civilisationnel, qui peut regrouper des chrétiens, des marxistes et des musulmans, comme une réflexion, une riposte, un chemin de lutte, contre l’impérialisme, pour donner un chemin de lutte, pour renouveler nos approches, nos idées, nos pratiques politiques [
8] ». Si les années 1970 peuvent encore s’accommoder d’une réflexion théorique et politique chez certains militants sur l’articulation entre marxisme, islam et nationalisme, la décennie des années 1980, marquée par les effets politiques régionaux idéologiques et politiques de la révolution iranienne, et par l’hégémonie politique de l’islamisme politique, ne laisse plus la place à ces élaborations.
En l’occurrence, les années 1990 marquent une rupture, et le système tacite qui avait vu s’allier concordisme et opposition violente s’est peu à peu transformé en une dynamique unitaire, ou le concordisme est d’autant plus favorisé par un processus d’alliances tactiques entre ces différents courants. En effet, avec la guerre du Golfe, les tentatives de règlement du conflit israélo-palestinien au travers de la Conférence de Madrid et des Accords intérimaires d’Oslo en 1993, avec la fin de la bipolarisation Est-Ouest et la réunification du Yémen, un monde s’effondre. La phraséologie révolutionnaire et nationaliste est à bout de souffle, qu’elle soit islamiste ou marxiste ; cela n’est pas étranger non plus à l’abandon progressif du discours messianique et tiers-mondiste par le régime de Téhéran, sous l’impulsion du nouveau Président Rafsandjani.
Les coordonnées politiques sont changées. Il faudra déterminer en quoi il y a eu un triple échec : de l’islam politique, du nationalisme arabe, de la gauche. Mais, au-delà, c’est bien sûr les décombres des grandes utopies et des mythologies multiples du siècle finissant que va peu à peu se reconstruire et se recomposer le champ politique arabe. Les dynamiques à l’œuvre ne sont plus unilatérales : si, dans les années 1980, l’islamisme récoltait les gains des déceptions politiques et sociales du monde arabe, on assiste depuis 1991 à une plus grande interaction et à une plus large transversalité des dynamiques politiques : gauche, nationalisme et islamisme sont désormais dans un processus complexe de réélaboration idéologique et programmatique, de croisements des problématiques, face à un sentiment d’échec et d’impasse du monde arabe.
Cela se constate, en tout premier lieu, en Palestine : peu après les accords d’Oslo, en octobre 1993, une « Alliance des forces palestiniennes » se constitue, composée d’éléments ayant rompu avec le Fatah, mais surtout du FPLP marxiste et du Hamas [
9] . Des cadres progressifs de discussion se créent entre nationalistes, marxistes, et islamistes : la Fondation Al-Quds, à leadership islamiste, et surtout, la Conférence nationaliste et islamique, lancée en 1994 à l’initiative du Centre d’études pour l’unité arabe (CEUA) de Khair ad-Din Hassib, basé à Beyrouth, qui se réunit tous les quatre ans, destinée à trouver des points d’accords tactiques et/où stratégiques, et à redéfinir les liens, même et y compris d’un point de vue idéologique entre la gauche, le nationalisme et l’islamisme. Le CEUA a ainsi tenu, en mars 2006, à Beyrouth, une Conférence générale arabe de soutien à la résistance, où les principales directions des organisations nationalistes, marxisantes et islamistes (notamment le Hamas et le Hezbollah) étaient fortement représentées.
Question nationale et question démocratique
Depuis 2000, les rythmes de recompositions politiques entre nationalisme, gauche radicale et islamo-nationalisme se sont accélérés : sous le coup de la Seconde Intifada et de l’intervention américaine en Irak, les convergences tactiques entre eux se sont accentuées. Elles tournent particulièrement autour de la question nationale et de la question des « occupations », de la Palestine à l’Irak en passant par le Liban, et de la dénonciation conjointe des politiques américaines et israéliennes.
C’est d’abord sur le terrain que se réalisent ces alliances, dans le domaine pratique, non pas dans le domaine théorique : lors de la « guerre des trente-trois jours » entre le Liban et Israël, en juillet et août 2006, le Parti communiste libanais (PCL) a réactivé certains de ses groupes armés au sud Liban et dans la plaine de Baalbek, et a combattu militairement au côté du Hezbollah. Dans certains villages, comme à Jamaliyeh, où trois de ses militants sont morts lors d’une attaque d’un commando israélien repoussé, c’est lui qui a pu prendre l’initiative militaire et politique, même si le Hezbollah garde de facto le leadership politique, militaire et symbolique de cette guerre. Un Front de la résistance s’est créé, regroupant pour l’essentiel le Hezbollah et la gauche nationaliste, du PCL au Mouvement du peuple de Najah Wakim [
10] , en passant par la Troisième force de l’ancien Premier ministre Sélim Hoss : fondé sur le principe du droit à la résistance et défendant les revendications principielles de Hezbollah, à savoir la libération des prisonniers libanais en Israël et le retrait israélien des territoires libanais de Chebaa et de Kfar Chouba, ce Front avait comme dénominateur commun la question nationale et le positionnement par rapport à Israël : ce n’était pas, par exemple, un front prosyrien – le Parti communiste ayant pour sa part une longue tradition de lutte contre la tutelle et la présence syrienne au Liban.
Mais l’accord tactique sur la question nationale ne permet pas de parler a priori de « recomposition politique ». Toute la question est alors de savoir si l’accord tactique peut se transformer en accord plus ou moins stratégique, et comprendre une vision à long terme de la société, de l’État, des politiques économiques. Or, c’est là que la transformation du champ politique arabe semble être la plus profonde : de 2000 à 2006, la série d’accords politiques entre gauche, nationalistes et islamistes s’est peu à peu élargie à un ensemble de thématiques, ce qui est tout à fait nouveau par rapport aux cadres d’alliances des années 1980 et 1990.
La question nationale permet en effet de passer et d’effectuer une série de passages conceptuels, pratiques et politiques d’un domaine à l’autre : en Egypte, la dénonciation des politiques américaines et israéliennes cachait en effet une critique latente mais explicite du régime du Président Moubarak. Rapidement, les cadres de mobilisation sur la question palestinienne et irakienne ont donné naissance à une autre série de cadres politiques transversaux, touchant notamment à la question démocratique : des campagnes de dénonciation de la loi d’urgence de 1982 aux élections syndicales de novembre 2006, qui ont vu les Frères musulmans, les radicaux de gauche du groupe Kefaya et les nassériens du mouvement al-Karamah s’allier pour contester la prédominance des listes du parti au pouvoir, le Parti National Démocratique, en passant par les campagnes de soutien au mouvement de protestation des juges égyptiens qui avaient dénoncé la fraude électorale en mai 2006, le champ d’action et d’alliances est passé rapidement de la question nationale à la question de l’élargissement des droits démocratiques.
Au Liban, le Mouvement du peuple, l’Organisation populaire nassérienne, sunnite, et dont le dirigeant, Oussama Saad, est député de Saïda, le Congrès populaire arabe de Kamal Chatila, une formation nassérienne, sont au cœur du mouvement de protestation initié par Hezbollah et le Courant patriotique libre du Général Aoun en décembre 2006, un mouvement trouvant sa voie dans le quotidien de gauche al- Akhbar : ici encore, la mobilisation de l’opposition ne touche pas qu’à la question nationale et aux « armes de la résistance ». Les traits communs entre les organisations de l’opposition au gouvernement de Fouad Siniora touchent tant à la question de la réforme de la loi électorale et du système confessionnel, qu’à celle de la définition d’une politique économique d’état de type régulateur, ou keynésien, sans pour autant remettre en cause les mécanismes du marché, toutes options qui ne sont pas celles de la majorité parlementaire actuelle, très marquée par l’ultralibéralisme [
11] . Un bon exemple en est le nouveau journal al-Akhbar, quotidien de gauche très proche du Hezbollah, dont le premier numéro est paru en août 2006, et qui cherche à créer, de fait, des passerelles théoriques et politiques entre la gauche, le nationalisme et l’islam. Le PCL, qui a établi au fur et à mesure des années une sorte de partenariat avec le Hezbollah, soutient l’opposition sur la question de la chute du gouvernement Siniora, considéré comme pro- américain. Cependant, il ne cache pas que son alliance avec Hezbollah et des partis de l’opposition est un soutien critique : pour le PCL, le programme avancé par Hezbollah n’est pas encore assez radical, tant sur le plan politique qu’économique, pour remettre en cause le système libanais, fondé sur le confessionnalisme politique. Prêt à faire un front commun, il ne ménage pas ses critiques vis-à-vis de Hezbollah, mais d’une manière autre que dans les années 1980 : désormais, il s’agit de définir une politique de gauche indépendante prête à établir une complémentarité et un échange constructif avec le mouvement islamique chiite.
La question nationale joue donc aujourd’hui par extension : alors que dans les années 1990 les alliances entre gauche, nationalistes et islamistes étaient simplement fondées sur la reconnaissance d’un commun ennemi, en l’occurrence Israël, la collaboration longue entre ces courants débouche à terme sur un élargissement du champ d’action politique, allant de la question nationale à la question démocratique, et de la question démocratique à la question de l’État, des institutions et des formes sociales à adopter. Le « concordisme » et les médiations entre les organisations et les courants se sont peu à peu transformés en une dynamique d’action unitaire, qui, si elle n’est que très peu théorisée et conceptuellement pensée, prend une ampleur certaine dans la pratique politique quotidienne.
Cette recomposition politique n’est pas indépendante des nouvelles dynamiques politiques mondiales à l’œuvre, avec un mouvement altermondialiste installé dans le paysage politique, mais aussi et surtout avec l’apparition d’un pôle nationaliste de gauche en Amérique latine, symbolisé par Hugo Chavez et Evo Morales. Un mouvement islamo-nationaliste comme le Hezbollah pense son réseau d’alliance sur un modèle tiers-mondiste : Hassan Nasrallah ne cesse de faire référence au président vénézuélien, tandis que son organisation a invité, avec le Parti communiste libanais, près de 400 délégués issus de la gauche mondiale et du mouvement altermondialiste à Beyrouth, du 16 au 20 novembre 2006, dans le cadre d’une Conférence de solidarité avec la résistance, et dont le communiqué final fixait trois points stratégiques : la question nationale et la lutte contre les occupations, la défense des droits démocratiques et la protection des droits sociaux [
12]
Ce sont ces dynamiques de recomposition politique à l’œuvre qui sont aujourd’hui mésestimées : la question libanaise n’est généralement perçue que par le prisme syrien et iranien, en sous-estimant les dynamiques internes propres à la société politique libanaise. La mouvance islamique subit elle-même des tournants programmatiques pro-fonds : le Hezbollah adopte un discours tiers-mondiste, fondé sur l’opposition sud- nord et Mustakbar (arrogants) [
13] / musta’adafin (opprimés), certains cadres des Frères musulmans sont tiraillés entre leurs alliances avec la gauche et leur défense principielle de l’économie de marché. Comme l’écrit Olivier Roy, « le jeu d’alliances (des islamistes) va dans deux directions possibles : d’une part, une coalition sur les valeurs morales (….), et, d’autre part, une alliance sur des valeurs politiques essentiellement de gauche (anti-américanisme, altermondialisme, droits des minorités), où la ligne de clivage est clairement la question de la femme [14]
Et encore, même la question de la femme est sujette aujourd’hui à débat : au Liban comme en Palestine, les associations féministes issues de la gauche n’hésitent plus à mener des campagnes communes avec les associations de femmes islamistes, notamment sur la question du droit au travail et de la dénonciation des violences faites aux femmes. Pour Islah Jad, militante féministe palestinienne et chercheuse sur le mouvement des femmes en Palestine, il ne s’agit pas d’opposer les femmes laïques aux femmes islamistes, mais de développer un discours féministe séculier et radical tout en discutant et en travaillant communément avec des cadres femmes du mouvement islamique : « Les islamistes ont admis que les femmes étaient persécutées et victimes de l’oppression sociale, en le mettant sur le compte non pas de la religion mais des traditions qu’il faut faire évoluer. Selon eux, l’Islam demande que les femmes s’organisent pour libérer leur pays, qu’elles soient éduquées, organisées et politisées, actives pour le développement de leur société. Le paradoxe est qu’il y a 27 % de femmes dans l’organisation du parti islamique et 15 % au sein du « politburo », plus que dans l’OLP (…) Comme je l’ai déjà dit, le fait que les femmes islamistes ne cherchent pas à bâtir leur discours en s’appuyant sur des textes religieux donne des possibilités aux femmes laïques d’influencer la vision et les discours des islamistes, d’éviter les blocages. Nous ne pouvons pas demander nos droits en les isolant du contexte politique. C’est une étape très importante pour établir une relation de confiance entre les tendances laïques et les islamistes. Le fait que les islamistes acceptent de reconnaître que les femmes sont opprimées ouvre des perspectives sur les mesures à prendre pour faire évoluer la société. Il y aura toujours des conflits idéologiques et politiques, et c’est souhaitable. On ne sera pas totalement d’accord, mais, à mon avis, les femmes laïques peuvent peser dans le débat idéologique avec les islamistes [
15]. »
Cette interaction pratique entre gauche arabe, nationalisme et islamisme, si elle est nouvelle, et désormais avérée tant dans le domaine syndical, associatif, électoral et militaire, n’en est encore qu’à ses débuts. Des points d’accord sur la question nationale, la démocratie ou la défense des droits sociaux ne constituent pas encore un corpus assez clair et stable pour savoir jusqu’à quel point peut allier cette alliance. C’est qu’il y a justement un écart entre le pratique et le théorique : les concordismes se sont approfondis, mais il n’y a pas encore eu, dans le domaine intellectuel et théorique, de définition claire et d’élaboration d’un langage commun. Les alliances sont encore majoritairement du domaine de l’empirique et du pratique, et manquent ainsi d’assises théoriques et d’un véritable processus d’homogénéisation. Encore une fois, le Liban fait plus ou moins exception. Dernièrement, il existe encore une disjonction entre les espaces nationaux : l’alliance entre la gauche, les nationalistes et les islamistes la plus forte se trouve aujourd’hui au Liban, dans la tentative de définir ce que la gauche et le Hezbollah appellent une « société de résistance » et un « Etat de résistance ». En Palestine, les alliances entre le FPLP et le Hamas, par exemple, sont loin d’être aussi approfondies, les deux organisations gardant une méfiance réciproque. En l’occurrence, le partenariat FPLP/Djihad islamique est quand à lui établi pleinement. En Egypte, une certaine méfiance persiste entre les Frères musulmans et la mouvance de gauche. Or, cette question de la recomposition politique et des nouvelles alliances à l’œuvre dans le monde arabe est loin d’être secondaire : elle redessine en effet le visage du nationalisme panarabe, et pourrait à terme constituer un redoutable défi stratégique pour les régimes en place, tout comme pour les Etats-Unis, et les puissances européennes. L’ouverture du mouvement islamo-nationaliste sur sa gauche peut en effet ouvrir à un nouveau nationalisme panarabe en mutation une redoutable ouverture stratégique et internationale : il peut aboutir à la réémergence d’un pôle tiers-mondiste et nationaliste à l’échelle internationale, comme le suggère symboliquement cette série d’affiches rouges collées dans les rues de Beyrouth depuis septembre 2006, et qui voit se côtoyer les trois portraits de Nasser, de Nasrallah et de Chavez. Il ne s’agit donc pas de postuler l’émergence d’un islamisme de gauche, il n’y en a pas. Mais il s’agit de comprendre que le développement d’un islamisme ouvert sur sa gauche et ses dimensions nationales change quelque peu la donne politique, et enclenche des processus longs de recomposition politique, stratégique et idéologique. Les vingt dernières années ont vu le référent politique islamiste se pluraliser, avec un islamisme fondamentaliste déterritorialisé sur le modèle du réseau Al-Qaïda, la soumission d’un néo-fondamentalisme islamique aux modèles du marché, l’apparition d’un islamisme turc gouvernemental s’apparentant plus au modèle consensuel de la démocratie chrétienne des années 1950 qu’à celui de l’islam comme modèle d’Etat. Encore à ses débuts mais en développement exponentiel, l’émergence d’un pôle islamiste ouvert tout autant sur sa gauche que sur ses dimensions nationalistes et arabes constitue un phénomène politique qui est à même, lui aussi, de recomposer durablement la scène politique moyen-orientale.
Notes
[
1] Le Fatah, Mouvement national de libération de la Palestine, est l’organisation historique du nationalisme palestinien. Le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine), et le FDLP (Front démocratique de libération de la Palestine), sont les deux organisations principales de l’extrême gauche. Le Hamas – Mouvement de la résistance islamique-, est la première organisation islamiste, en terme de forces militantes. Enfin, le PPP (Parti populaire palestinien), est l’ancien Parti communiste.
[
2] Jamal Samhadana a depuis été exécuté dans une opération ciblée israélienne, en juin 2006.
[
3] Certaines sources libanaises accusent directement le Hezbollah. Cependant, des dirigeants du Parti communiste laissent aujourd’hui le doute subsister, et n’écartent pas la thèse d’assassinats perpétrés par des groupes intégristes sunnites.
[
4] Rabah Mhana, membre du Bureau politique du FPLP, entretien avec l’auteur, Paris, 2 mai 2006.
[
5] Maxisme RODINSON, « Rapport entre islam et communisme », Marxisme et monde musulman, Seuil, 1972, pp 167- 168.
[
6] A ce sujet, cf. Olivier CARRE, L’Utopie islamique dans l’orient arabe, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1994.
[
7] L’axe que l’on a communément appelé « palestino- progressiste » est constitué des organisations de la gauche libanaise (Parti socialiste progressiste, Organisation d’action communiste du Liban), et des forces palestiniennes au Liban (Fatah, FPLP, FDLP). Dans les années 1970, c’est lui qui s’oppose principalement, dans le cadre de la guerre civile, aux milices chrétiennes, les Phalanges libanaises.
[
8] Saoud al Mawla, entretien avec l’auteur, Quoreitem, Beyrouth, 27 mars 2007.
[
9] L’ensemble de ces organisation s’unissent sur le principe du refus inconditionnel des Accords intérimaires d’Oslo, signés en 1993 par le leader de l’OLP, Yasser Arafat.
[
10] Le Mouvement du peuple est une organisation nationaliste arabe de gauche. Son leader, Najah Wakim, ancien député nassérien de Beyrouth, est une figure politique nationale, réputé notamment pour ses campagnes de luttes contre la corruption.
[
11] Le point de vue de l’opposition concernant la réforme du système libanais sur le modèle d’un Etat « fort et juste » peut notamment être compris au- travers de deux documents clés : premièrement, le Document d’Entente mutuelle entre le Hezbollah et le Courant patriotique libre du 6 février 2006, et, deuxièmement, le document commun produit par le Parti communiste libanais et le Courant patriotique libre : Comment résoudre la crise politique au Liban ? Les points communs entre le Parti communiste libanais (PCL) et le Courant patriotique libre (CPL), 7 décembre 2006.
[
12] La séance d’ouverture de la Conférence, le 16 novembre 2006, au Palais de l’Unesco à Beyrouth, était symbolique de cette convergence progressive entre la gauche mondiale et alter- mondialiste et la mouvance islamo- nationaliste : parmi les intervenants d’ouverture, se trouvaient notamment Mohammad Salim, membre du Parlement indien et du Parti communiste indien, Gilberto Lopez, du Parti de la révolution démocratique mexicain, Victor Nzuzi, agriculteur et leader syndicaliste congolais, Georges Ishaak, dirigeant de Kifaya et militant de la gauche égyptienne, Khaled Hadade, Secrétaire général du Parti communiste libanais, et enfin Naim al-Quassem, Secrétaire général adjoint et numéro deux du Hezbollah libanais. .
[
13] L’opposition Arrogants/ Opprimés renvoie tout droit à la Révolution iranienne de 1979, ainsi qu’au principe doctrinaire du chiisme. Dans le vocabulaire politique de la première période de la Révolution de 1979, le couple Arrogants/ Opprimés signifiait l’opposition entre les pauvres et les riches, mais aussi entre le sud « colonisé » et le nord « impérialiste ». Cette catégorisation était autant adoptée par les Mollahs autour de Khomeyni que par les groupes de gauche et nationaliste.
[
14] Olivier Roy, « Le passage à l’ouest de l’islamisme : rupture et continuité », Islamismes d’occident. Etat des lieux et perspectives, sous la direction de Samir Amghar, Lignes de repères, 2006.
[
15] Islah Jad, entretien avec Monique Etienne, revue Pour la Palestine, mars 2005.

Source :
http://www.cetri.be/spip.php?article1022&lang=fr