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jeudi 22 septembre 2011

Obama, l'État palestinien et la schizophrénie sioniste

par Gilad Atzmon, 20/9/2011. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Ceux qui suivent la presse hébraïque et comprennent  l'État juif peuvent être quelque peu intrigués de découvrir que, alors que la presse en hébreu n’accorde que peu d'attention, lui donnant une place insignifiante, à la campagne actuelle des dirigeants actuels palestiniens en faveur de la reconnaissance de leur  État, les médias israéliens de langue anglaise sont saturés d’informations sur la perspective d'une résolution pro-palestinienne à l'ONU la semaine prochaine.
 
Si vous voulez comprendre ce décalage évident entre la presse juive en hébreu et en anglais prises, il reflète clairement une scission dans la psyché collective juive.
 
Je suppose que certains peuvent être surpris d'apprendre qu’ Israël et les Israéliens veulent réellement que l'initiative palestinienne aille de l'avant et soit couronnée de succès. Ils veulent un État palestinien, car c'est la seule solution qui permettrait de sauver “l'État  des seuls Juifs” d'un effondrement démographique.
 
De récents sondages en Israël prouvent que la majorité des Israéliens sont très excités au sujet de la «solution à deux États». Non seulement les Israéliens ne se sentent  pas menacée par l'idée d'un  État palestinien, mais ils l’aiment réellement, car cela permettrait d’installer leur réalité dans le cadre du droit international. Il faut aussi se rappeler que le parti Kadima, qui a remporté les deux dernières élections en Israël, a été et est encore attaché au «désengagement», une séparation claire entre les «Juifs» et les Palestiniens par le biais d’un retrait  unilatéral israélien. En d'autres termes, un  État palestinien atteint exactement le même  objectif :  il exonère les Israéliens de toute responsabilité quant aux territoires qu’ils ont autrefois occupés  et détruits. Il est évident que certains éléments en Israël s'opposent à l'initiative palestinienne à  l'ONU: Je suppose que le ministre des Affaires étrangères Avigdor Lieberman n'est pas trop heureux à ce sujet. Les colons de Cisjordanie peuvent également être très en colère, mais pour quelque raison, même eux sont relativement calmes ces jours-ci.
 
Et pourtant, le lobby juif dans le monde entier s'oppose totalement à l'initiative palestinienne à l'ONU: il s’en tient clairement à l’ image très simpliste d'un État juif expansionniste du «fleuve [le Jourdain, NdT] à la mer». Et à ce qu’ il semble, il ne va pas renoncer à son rêve de sitôt.
 
Ce que nous voyons ici en pratique, c’est une crise d'identité claire ou même un clivage schizophrénique entre les aspirations des sionistes israéliens et de  ceux de diaspora. Alors que les Israéliens sont en train de revenir à la vieille attitude du ghetto juif, préférant se serrer, rester ensemble et s'entourer de vastes et impénétrables murailles de béton, le discours de la diaspora juive sioniste récit est axé sur la confrontation, belliqueux, va-t-en guerre militant et expansionniste. Ils veulent  le tout, avec ou sans les Palestiniens.
 
Une fois encore, nous remarquons qu’Israël et le sionisme ont évolué en deux discours séparés et opposés. Alors qu'Israël cherche à maintenir son identité racialement orientée par une politique de ségrégation, le discours sioniste en diaspora continue d’insister sur une résolution de la question juive par les moyens d'un conflit sans fin.
 
Mais jetons un regard sur  l'Amérique; essayons de comprendre comment  l’ “unique superpuissance” mondiale traite ce dispositif judéocentrique schizophrène.
 
Le président Obama et son administration sont évidemment très confus. D'une part, ils sont soumis à certaines pressions incessantes infligées par le lobby juif. Le Lobby ne laisse pas une grande marge de manœuvre à l'administration US. Mais d'autre part, aussi bien l'administration US que le gouvernement israélien se rendent compte que, en ce qui concerne Israël et sa “sécurité”, l'initiative palestinienne à  l'ONU n'est pas une si mauvaise idée. De fait, Israël ne peut pas rêver mieux.
 
Il est clair maintenant que le président Obama ne va pas être sauvé par l'un des soi-disant "meilleurs amis de l'Amérique». Pour l'AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] et le Lobby, Obama est un instrument. À ce jour le lobby a l’habitude de considérer les politiciens US comme des marionnettes serviles. Israël, d'autre part, ne va pas sauver l'Amérique non plus. Il est trop suspicieux vis-à-vis de l'administration US actuelle. Israël en a même carrément  assez de l'actuelle administration US. Il serait heureux de voir Obama battu.
 
En conséquence, l'administration US se dirige tout droit vers une humiliation inévitable à l'ONU. Elle aura à opposer son veto  à une décision votée par de nombreux alliés des USA. Ceci est clairement un désastre pour Obama. Et pourtant, un seul homme peut sauver l'Amérique de son destin funeste. Cet homme n'est autre que le président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. Seuls Abbas et l'Autorité palestinienne peuvent sauver la mise aux USA.
 
Mais le sens de tout cela est aussi très embarrassant. Cela signifie que le président palestinien Mahmoud Abbas (qui est une figure relativement faible dans la politique palestinienne tout comme dans la diplomatie internationale) est la seule personne qui peut sauver notre “unique superpuissance” mondiale d'un fiasco diplomatique.
 
Je n’arrive pas à décider si c'est drôle ou triste, mais laissez-moi vous dire que c’ est certainement volatile.
 
Le temps est sans aucun doute  venu pour les USA, la Grande-Bretagne et l’Occident de trouver la force de s'opposer au lobbying sioniste et au pouvoir de Jérusalem.

À l'Onu, ça sera l'enterrement de la "solution à deux Etats"

par  Ilan Pappé, 12/9/2011. Traduit par  Marcel Charbonnier
Original: Palestine: At the UN, the funeral of the two-state solution
Traductions disponibles : Português 
Nous allons tous être invités à l’enterrement de la solution à deux Etats si et lorsque l’Assemblée générale de l’Onu annoncera l’admission de la Palestine comme Etat membre.
Le soutien de l’immense majorité des membres de cette organisation ne ferait que compléter un cycle initié en 1967 qui a valu à la calamiteuse « solution à deux États » le soutien de tous les acteurs, puissants comme moins puissants, des arènes tant internationale que régionales.

La Palestine enterrera-t-elle une bonne fois pour toutes la « solution à deux Etats », à l’Onu ?
Photo
Mohamad Torokman/MaanImages
Même en Israël, ce soutien a fini par englober la droite, à l’instar de la gauche et du centre de l’éventail politique sioniste. Et pourtant, en dépit de ce soutien passé et à venir, tout le monde (en Palestine comme en dehors de la Palestine) semble reconnaître que l’occupation se poursuivra et que, même dans le meilleur des scénarios possibles, il y aura un grand Israël raciste à côté d’un bantoustan morcelé et inutile.
L’incertitude prendra fin en septembre ou en octobre, quand l’Autorité Palestinienne soumettra, comme elle prévoit de le faire, sa demande d’admission en qualité de membre à part entière de l’Onu et, cela, de deux manières.
Soit cela douloureux et violent, si Israël continue à jouir de l’impunité internationale et s’il continue à être autorisé à parachever par la pure force brutale son remodelage de la Palestine post-Oslo, soit cela se terminera d’une manière révolutionnaire et beaucoup plus pacifique par le remplacement des vieilles usines à gaz par de nouvelles réalités solides concernant la paix et la réconciliation en Palestine. Mais le premier scénario est peut-être une condition préalable malheureuse du second ? L’avenir nous le dira.
Un dictionnaire alternatif pour le sionisme
Autrefois, on enterrait les morts avec des (voire avec les) objets qu’ils aimaient. Les funérailles annoncées observeront probablement ce rituel. La chose la plus importante destinée à être mise en terre, ce sera le dictionnaire des illusions et des tromperies avec ses célèbres rubriques comme les soi-disant « processus de paix », « seule démocratie au Moyen-Orient », « pays amoureux de la paix », « parité et réciprocité » et autre « solution humaine au problème des réfugiés ».
Le dictionnaire de remplacement est en cours de rédaction depuis bien des années, il décrit le sionisme comme du colonialisme, Israël comme un pays d’apartheid et la Nakba comme une opération d’épuration ethnique. Il sera bien plus facile de faire en sorte que tout le monde s’en serve, après le mois de septembre.
Les cartes de la « solution » mort-née seront elles aussi pieusement déposées auprès du corps de la « solution à deux Etats » arrachée à notre affection (J). La cartographie qui a réduit la Palestine à un dixième de sa superficie historique et qui nous avait été présentée comme une carte pour la paix sera, espérons-le, oubliée à jamais.
Inutile de préparer une carte de remplacement : depuis 1967, la géographie du conflit n’a jamais changé, en réalité, tandis qu’elle ne cessait de se transformer en paroles verbales dans le discours des politiciens, des journalistes et des universitaires sionistes (qui continuent à jouir encore aujourd’hui d’un très large soutien international).
La Palestine a toujours été ce pays qui s’étend entre le Jourdain et la Méditerranée. C’est toujours le cas. Ses fortunes fluctuantes au cours du XIXème siècle expliquent qu’aujourd’hui une moitié de la population contrôle l’autre moitié au travers d’une matrice d’idéologies racistes et de politique d’apartheid.
La paix, ça n’est ni changement dans la démographie ni un remodelage de cartes ; c’est l’élimination de ces idéologies et de cette politique. Qui sait ? Cela sera peut-être plus facile à réaliser que cela n’avait encore jamais été le cas par le passé ?
La mise à nu du mouvement de protestation en Israël
L’enterrement mettra à nu le caractère fallacieux du mouvement actuel de protestation populaire en Israël, tout en soulignant ses potentialités positives. Depuis sept semaines, des juifs israéliens appartenant pour la plupart aux classes moyennes manifestent en masse contre la politique économique et sociale de leur gouvernement. Afin de conserver à ces manifestations de protestation toute leur ampleur, leurs leaders et leurs coordonnateurs n’osent faire mention de l’occupation, de la colonisation ou de l’apartheid. La source de tous les maux, clament-ils, serait la politique capitaliste brutale du gouvernement israélien.
Sur un certain plan, ils n’ont pas tort. Ces politiques ont fini par empêcher la race des seigneurs d’Israël de jouir pleinement et également des fruits de la colonisation et de la confiscation de la Palestine. Mais un partage plus équitable du butin ne garantirait en rien une vie normale ni pour les juifs ni pour les Palestiniens : seule la fin de la mise à sac et du pillage sera en mesure de le faire.
Toutefois, ces manifestants ont aussi montré leur scepticisme et leur incrédulité face à ce que leurs disent leurs médias et leurs hommes politiques au sujet de la réalité socio-économique. Cela pourrait ouvrir la voie vers une meilleure compréhension des mensonges dont ils ont été gavés depuis tant d’années au sujet du « conflit » et de leur « sécurité nationale ».
L’enterrement devrait nous redonner de l’énergie pour conserver la même répartition des tâches qu’auparavant : les Palestiniens doivent résoudre de toute urgence la question de leur représentation et les forces juives progressistes, dans le monde entier, doivent être recrutées plus intensivement pour la campagne BDS (boycott, désinvestissement et sanctions) et pour les autres campagnes de solidarité avec les Palestiniens.

L’Intifada s’invite aux Proms *
Récemment, l’interruption du concert donné par l’Israel Philharmonic Orchestra dans le cadre des prestigieux Proms de la BBC à Londres a choqué les gentils Israéliens bien plus que n’importe lequel des génocides dont leur propre histoire n’est pas avare.
Mais ce qui les a le plus estomaqués, comme en ont fait état les grands ténors du journalisme israélien qui étaient présents, c’est la présence de très nombreux juifs parmi les protestataires interrupteurs. Oui, vous avez bien lu : ces mêmes journalistes qui ne cessaient par le passé de qualifier les militants de la campagne de solidarité avec la Palestine et les militants de la campagne BDS de groupes terroristes et extrémistes de la pire espèce. Ce qui est terrible, c’est qu’ils croyaient ce qu’ils écrivaient ; alors mettons au crédit de la mini-Intifada du Royal Albert Hall le fait qu’elle les a au moins amenés à se poser des questions…
Faire entrer la solution à un seul Etat dans l’action politique
En Palestine-même, le temps est venu de faire entrer le discours sur l’Etat unique dans l’action politique, et sans doute, aussi, d’adopter le nouveau dico. La dépossession est partout, par conséquent, la repossession et la réconciliation devront se produire partout aussi.
Si la relation entre les juifs et les Palestiniens doit être reformulée sur une base juste et démocratique, personne ne peut accepter ni la vieille carte inhumée de la (soi-disant) « solution à deux Etats » ni sa logique de partition. Cela signifie aussi que la distinction sacrée qui était faite entre les colonies juives autour de Haïfa et les colonies juives autour de Naplouse doit être enterrée elle aussi.
La distinction à opérer doit être faite entre les juifs disposés à débattre d’une reformulation de cette relation, d’un changement de régime et d’un statut égalitaire et ceux qui ne sont pas disposés à le faire, sans aucune considération pour l’endroit où ils vivent actuellement. Un phénomène surprenant à signaler, à cet égard : si l’on étudie bien le tissu humain et politique de la Palestine historique en 2011, gouvernée comme elle l’est par le régime israélien, l’on constate une volonté de dialogue qui est parfois plus évidente au-delà de la frontière de 1967 qu’en-deçà.
Le dialogue, de l’intérieur, pour un changement de régime, la question de la représentation (des Palestiniens, ndt) et le mouvement BDS font tous partie intégrante d’un même effort visant à amener la justice et la paix en Palestine.
Ce que nous enterrerons – croisons les doigts – au mois de septembre était un des obstacles majeurs sur la voie de la réalisation de cette vision (politique).
* il s’agit des « concerts-promenades » créés par le chef d’orchestre Henry Wood et organisés, à Londres, par la BBC.

lundi 19 septembre 2011

La droite sioniste s’arme pour attaquer les Palestiniens


par Baby Siqueira Abrão Traduit par  Gabrielle Yriarte, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Original: A direita sionista se arma para atacar os palestinos
Les rapports des services secrets israéliens affirmaient, au début du mois d’août, que les manifestations prévues à Gaza et en Cisjordanie pour septembre (quand l’ONU votera la reconnaissance de l’État de Palestine) seraient pacifiques, et réalisées loin des colonies juives et des checkpoints. Un rapport parlementaire diffusé également début août, et s’appuyant sur les informations des agences de renseignement israéliennes, prévoyait une faible probabilité d’éruption de mouvements violents, ceux-ci étant considérés par les Palestiniens comme « contreproductifs » à leur cause.
Plus tard, certains officiers des Forces armées israéliennes tinrent en public un tout autre discours. Ils affirmèrent qu’une fois que l’État serait reconnu dans les frontières antérieures à juin 1967 et avec Jérusalem-Est pour capitale, des hordes de Palestiniens marcheraient sur les colonies pour récupérer les terres qui leur appartiennent. À noter que beaucoup de ces officiers sont des colons et parlent pour leur propre défense. Ils ne cachent pas qu’ils aimeraient attaquer des Palestiniens, comme on le verra plus loin.
Le 7 août, le ministre des Affaires Étrangères, Avigdor Lieberman s’est montré encore plus catégorique. À la Knesset, le Parlement israélien, entouré de reporters, il a annoncé un septembre « violent et sanglant, à une échelle encore jamais vue ». Les médias, dont le rôle est de traquer les nouvelles, se firent l’écho de déclarations telles que: « Plus l’Autorité Palestinienne dit qu’elle va œuvrer dans le champ démocratique, plus je vois, moi, de préparatifs de violence et d’effusion de sang. » Sans présenter la moindre preuve tangible de ses affirmations, Lieberman a demandé au gouvernement sioniste de couper ses relations avec l’Autorité Nationale Palestinienne (ANP).
Ce fut Tizahi Moshe, le porte-parole du ministre, qui se chargea d’expliquer que ce dernier avait tiré ces conclusions d’informations officielles et de déclarations « d’autorités palestiniennes ». Cependant, la seule déclaration sur laquelle il s’appuie est celle de Hassan Youssef, le leader du Hamas en Cisjordanie sur Canal 2, en cette même journée du 7 août. Interrogé au sujet de la probabilité pour que les manifestations de septembre dégénèrent dans la violence, il avait répondu que le peuple palestinien pourrait « exploser à tout moment », vu son haut niveau de frustration.
Cependant, cette analyse n’est pas fiable, et Lieberman le sait. Youssef n’est sorti de la prison où il a passé six ans, qu’une semaine avant d’accorder cette interview à Canal 2. Pendant sa réclusion, les protestations non-violentes ont gagné tous les villages palestiniens, et se sont affirmées comme moyen de lutte pour la justice et la liberté.
« En septembre, à l’ONU, nous allons solliciter de la communauté internationale qu’elle nous aide à mettre fin à l’occupation israélienne. Nous avons toujours agi en accord avec la loi. Ce qui est illégal c’est l’occupation, et non les tentatives d’en finir avec elle », réagit Ghassan Khatib, porte-parole de l’ANP. « Israël est en train d’alimenter l’illusion d’un faux scénario pour septembre », ajouta-t-il.


Colons armés en action en Cisjordanie
Bien que les paroles de Lieberman, leader et fondateur du parti d’extrême droite Israel Beytenouv(Israël est notre maison) aient paru hors de propos à l’époque, elles commencent à avoir du sens aujourd’hui. Les actes de violence des colons contre les Palestiniens ont beaucoup augmenté depuis août. La destruction des ressources des agriculteurs (comme la dévastation par le feu des plantations et des oliviers, et les attaques de bergers et de troupeaux) sont devenus courantes. L’invasion de terres palestiniennes, la persécution d’habitants et de militants internationaux, les incendies de mosquées, la lapidation d’enfants, les tirs de mitraillettes dans les campagnes sont des pratiques d’intimidation constantes. Sans parler du récent bombardement de Gaza, crime encore plus grave car il implique des armes chimiques, pour lesquelles les habitants de Gaza servent de cobayes.
Selon un rapport de l’International Solidarity Foundation for Human Rights [Fondation Internationale de Solidarité pour les Droits de l’Homme], au cours du mois d’août 30 personnes sont mortes et 400 ont été faites prisonnières pendant les opérations israéliennes en Palestine. Parmi les prisonniers, 44 enfants, trois journalistes et trois parlementaires. Outre Gaza, les régions qui ont le plus souffert sont Hébron, Bethléem, Silwan (district de Jérusalem), Tulkarem, Salfit, Ramallah et Al Bireh.
Un autre rapport, diffusé le 12 septembre par l’organisation israélienne de droits humains B’Tselem, montre que l’armée israélienne ne respecte pas le « droit fondamental » à la protestation des Palestiniens. Les réactions aux manifestations pacifiques présentent toujours, selon ce document, une « utilisation excessive d’armes de contrôle des foules », comme les grenades lacrymogènes jetées directement sur les manifestants. La soussignée, habituée à couvrir les marches du vendredi peut témoigner que le rapport est fidèle aux faits.
De plus, il y a quelques semaines on a appris que depuis sept mois l’armée israélienne entrainait et armait les colons avec des grenades assourdissantes et à gaz, des grenades lacrymogènes et des balles de métal recouvertes de caoutchouc. Cet équipement s’ajoute aux mitraillettes, que les colons portent sur eux, et aux chiens de garde entrainés à l’attaque, mis à disposition par le gouvernement sioniste.
Mercredi 7 septembre, une réunion à laquelle participaient des membres de l’extrême droite israélienne, des leaders des colons, et des parlementaires a commencé à se préparer à de « possibles confrontations », au cas où l’État palestinien serait reconnu par l’ONU dans les frontières d’avant 1967. Les colons savent que tôt ou tard ils devront rendre les terres qu’ils occupent à leurs propriétaires légitimes, les Palestiniens, mais promettent de résister.
Les critiques acerbes à l’égard de la direction de l’armée n’ont pas manqué. Celle-ci est accusée par le parlementaire Zeev Elkin, du Likoud, de s’être transformée en « plus grand champion de l’ANP, adoptant le concept des deux États ». La critique de la solution à deux États est courante dans la droite israélienne, qui ne prend pas en compte le partage décidé par l’ONU en 1947, et qui établit la création de deux États : la Palestine et Israël. Pour les membres de ce courant politique, la Palestine entière, ainsi que des parties du Liban, de la Syrie, de la Jordanie et de l’Irak appartiennent à Israël, selon un « droit historique » qui n’existe que dans le discours sioniste et dans celui de ses alliés, comme le montre Keith W. Whitelam, professeur et directeur du département d’études religieuses de l’université de Stirling, dans le livre The Invention of Ancient Israel ; the Silencing of Palestinian History [L’Invention de l’ancien Israël : comment l’histoire palestinienne fut passée sous silence].
La critique d’Elkin est liée au fait que l’armée israélienne a « préféré » céder aux forces de sécurité de l’ANP la responsabilité de s’occuper des incidents impliquant des Palestiniens. Encore une fois, le parlementaire se montre mal informé. Cette responsabilité fut négociée aux accords d’Oslo, selon lesquels l’ANP doit s’occuper de la sécurité des zones A, qui correspondent aux villes – là où auront lieu les manifestations. Les secteurs B, situés entre les villes et les villages, sont confiés aux Palestiniens et aux Israéliens en commun ; les zones C, proches du mur de l’apartheid, sont surveillées par les Israéliens. L’armée ne fait donc que respecter les accords.
Pour résoudre le problème, Yaakov Katz, de l’Union Nationale, alliance des partis nationalistes d’Israël, a proposé que les colons organisent des marches dans des points stratégiques de la Palestine, pour aller à la rencontre des marches pacifiques que les Palestiniens feraient en direction des colonies (ce qu’imagine la droite sioniste). Selon Katz, ceci obligera l’armée à agir afin d’empêcher les colons d’entrer dans les villes.
Yoni Youssef, porte-parole des colons de Sheik Jarrah à Jérusalem-Est, va plus loin : il invoque la Loi Dromi, qui permet à des propriétaires de tuer ceux qui entrent dans leurs maisons. Pour lui, il serait ainsi possible de tirer sur les Palestiniens qui tenteraient d’approcher les résidences juives. Le problème, c’est qu’à Sheik Jarrah, les colonies israéliennes et les habitations palestiniennes sont très proches les unes des autres, parfois face à face. Des colons peuvent assassiner des Palestiniens qui étaient seulement sortis dans la rue, et alléguer ensuite qu’ils se dirigeaient vers leurs maisons.
Dans cette tâche, ils seront aidés par les volontaires mobilisés par La Ligue de Défense Juive (LDJ) dont le siège est en France : ceux-ci, du 19 au 25 septembre, promettent de défendre leurs « frères » de Cisjordanie – c’est-à-dire, les colons – face aux « agressions des occupants palestiniens et, donc, de renforcer les dispositifs de sécurité des village juifs de Judée et Samarie ». Remarquez que les « occupants » sont les Palestiniens, et non les colons, et que la Cisjordanie est appelée « Judée et Samarie », deux noms bibliques de pays où les Juifs sont censés avoir vécu. Le voyage est réservé « aux militants ayant une expérience militaire ».
Ce que les représentants de l’extrême droite ne savent pas, c’est que ce n’est pas l’armée qui va s’occuper de la sécurité durant les manifestations, mais la police. Dans une interview à Brasil de Fato, la porte-parole des forces armées, Avital Leibovitch, a affirmé que l’armée se contenterait « d’observer » les manifestations pacifiques. « Si les manifestations sont vraiment pacifiques, l’IDF n’a pas de raison d’intervenir », a-t-elle dit.
Si les colons entrent dans les villages pour les attaquer, ou s’ils décident de marcher contre les villes, ce sera la police israélienne qui les arrêtera. Et, d’après Avital Leibovitch, elle aura carte blanche pour agir en vue d’éviter les excès. De plus, des escadrons d’alerte composés de réservistes seront dans les zones les plus sensibles et « chercheront à éviter les heurts ». L’IDF n’entrera en scène que si nous perdons le contrôle de la situation, a déclaré la porte-parole. « Nous ne voulons pas d’effusion de sang. Nous avons appris avec la Nabka. Nous n’utiliserons que des armes non létales, comme les camions à eau “skunk“ (mouffette) et les gaz lacrymogènes » dit-elle. Et elle garantit que l’eau fétide lancée sur les manifestants par les “skunk“ ne contient pas de produits chimiques : « Ce sont des substances organiques ».


Un camion skunk
Et qu’en est-il des « lignes rouges » qui indiquent jusqu’où les Palestiniens peuvent aller sans se faire tirer dessus par les colons ? « Ah, ils savent très bien où sont les lignes », répond Avital Leibovitch. « Nous sommes en communication régulière avec eux », ajoute-t-elle. En vérifiant l’information auprès de leaders populaires, Brasil de Fato a découvert qu’ils n’ont jamais entendu parler de ces lignes. Il est probable que seules les autorités palestiniennes les connaissent. Pourquoi ne préviennent-elles pas tout le monde, si elles ne veulent pas déclencher de tragédies ? Mahmoud Abbas, président de l’ANP a demandé au cours d’une réunion avec les coordinateurs de la campagne Palestine : 194ème État (déjà en cours dans tout le pays) à ce que personne ne s’approche des colonies ni n’affronte leurs habitants. Il semblerait donc que cette autorité se réserve le « sale travail ».
L’extrême droite israélienne n’hésite pas non plus à recourir aux « travaux internes », c’est-à-dire à faire commettre à des personnes des actes de provocation pour déclencher des réactions violentes de la part d’Israël. Le ministre Avigdor Lieberman a déjà prévenu qu’il allait envoyer de l’argent et des armes au PKK, le Parti des Travailleurs du Kurdistan, qui depuis des années lutte contre la Turquie, et qui récemment a essuyé d’importantes attaques de l’armée turque. Il s’agit là de représailles contre le gouvernement du premier ministre R.T. Erdogan, qui a coupé les relations diplomatiques avec Israël et promis une série d’actions en Méditerranée (« pour qu’Israël n’y navigue plus à son gré»), après la diffusion du Rapport Palmer. Parrainé par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon, ce rapport affirme que le blocus maritime de Gaza n’est pas illégal et qu’Israël a le droit d’empêcher des navires étrangers d’accoster sur le littoral palestinien. Cela a exempté le pays de sanctions pour l’assassinat, le 31 mai 2010, de neuf pacifistes turcs, et pour l’attaque du Mavi Marmara, navire battant pavillon turc qui participait à la première Flottille de la Liberté.
Si Lieberman peut agir ainsi contre la Turquie, pour quelle raison agirait-il autrement à l’égard de la Palestine ? Les mercenaires ne manquent pas sur le marché. Il suffit de les recruter pour avoir un mois de septembre « violent et sanglant, à une échelle encore jamais vue ». Exactement comme le souhaite Lieberman.