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mercredi 2 janvier 2013

En dépit de ses affirmations, Ikea Israël refuse de livrer aux Palestiniens de Cisjordanie, alors qu’il fournit les colons

par Adri Nieuwhof, 4 et 28/12/2012. Traduit par JPP et Fausto Giudice
Ikea affirme publiquement que son magasin israélien fournit quiconque, sans distinction de race, de religion ou de nationalité. Mais une nouvelle fois, la preuve est faite que les affirmations d’Ikea sont fausses.
En mon nom et à ma demande, un Palestinien parlant hébreu, Iyad Misk, qui vit en Cisjordanie, a appelé Ikea pour s’informer sur les livraisons dans son village palestinien de Beit Sahour, près de Bethléhem.
Dans un courriel du 3 décembre, on me fait savoir que ma demande a été transférée à la société Moviley Dror qui fait les livraisons pour le magasin.
Le représentant « Sholy » de la société déclare que, bien que la livraison au check-point près de Bethléhem soit possible, Moviley Dror n’entre pas dans les zones de l’Autorité palestinienne. Parce que c’est dangereux, prétend Sholy.
Sholy précise que Moviley Dror ne passe pas le check-point, même si la zone est classifiée comme Zone C selon les Accords d’Oslo (une partie du village de Beit Sahour est en Zone C). La Zone C couvre plus de 60 % de la Cisjordanie et se trouve sous le total contrôle militaire israélien.
Environ 150 000 Palestiniens vivent en Zone C, selon le bureau des Nations-Unies pour la Coordination des affaires humanitaires (OCHA). Au total, 650 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie occupée, dont 300 000 à Jérusalem Est, rapportait le journal britannique The Guardian, en juillet. Il est évident que ces colons représentent un marché substantiel pour Ikea.

Après l'incendie du magasin Ikea de Nethanya, qui l'a détruit en 2011, le magasin de Rishon Lezion, ouvert le 9 mars 2010, est le seul magasin IKEA à fournir le marché israélien
Les pratiques d’apartheid par les livraisons Ikea
Le même jour, je demandai aussi à Who Profits (un projet de recherche sur la coalition des Femmes pour la paix, basé à Tel Aviv) de contacter Ikea par téléphone pour voir ce qui se passe quand il lui est demandé de livrer dans une colonie israélienne, également en Cisjordanie.
Who Profits m’indique dans un courriel qu’il a bien sollicité Ikea pour une livraison à domicile dans la colonie de Beitar Ilit – sachant que pour livrer à Beitar Ilit, il faut aussi passer par les check-points. Et que, comme les autres colonies en Cisjordanie, Beitar Ilit se trouve en Zone C.
La demande est donc également transférée à Moviley Dror. Quand il est demandé à la société Moviley Dror si elle livre les produits Ikea à Beitar Ilit, la réponse est, « oui ». La réponse de Moviley Dror prouve bien qu’Ikea passe les check-points pour livrer ses produits aux colons israéliens en Cisjordanie, mais pas aux Palestiniens natifs de la Cisjordanie.
Des employés du magasin de Rishon Lezion chantant la "chanson d'IKEA"
Colonies illégales en vertu du droit international
Suite à l’annonce par Israël de la construction de 3000 nouveaux logements en Cisjordanie occupée, vendredi, le Royaume-Uni, la France, la Suède, le Danemark et l’Espagne ont convoqué leur ambassadeur israélien pour protester contre cette décision, rapporte The Guardian. Dans un communiqué, le secrétaire général des Nations unies, Ban Kimoon, exprime sa vive préoccupation et sa déception devant le projet d’Israël, réaffirmant que les colonies sont illégales en vertu du droit international.
Malgré une position claire du droit international sur l’illégalité des colonies israéliennes en Cisjordanie, depuis des années, Ikea assure les livraisons des produits de son magasin d’Israël jusqu’au domicile des colons. Par ailleurs, la porte-parole d’Ikea, Ulrika Englesson Sanman, m’indique dans un courriel du 28 novembre qu’Ikea « ne veut exclure ni individu ni groupe d’individus de la possibilité d’être ses clients ».
Dans le passé, la société locale de transport ne pouvait pas « livrer dans les zones contrôlées par les autorités palestiniennes ». Et Englesson Sandman de prétendre encore que cette société "s’arrangeait pour que la livraison à domicile des produits Ikea puissent se faire aux gens vivant dans les zones contrôlées par les autorités palestiniennes".
Il ne semble pas qu’elle soit fidèle à cet engagement.
Le Dr Jeff Handmaker, maître de conférences en droit, en droits de l’homme et en développement à l’Institut international des Études sociales de l’université Erasmus de Rotterdam, me confirme dans un courriel du 4 décembre que « la nouvelle information qui survient corrobore qu’Ikea et ses sous-traitants en livraison se rendent complices de violations du droit humanitaire international et des droits de l’homme, en soutenant activement le transfert des Israéliens vers les colonies illégales et en renforçant le bouclage des zones palestiniennes. »
De plus, « Ikea se fait complice de l’apartheid israélien par une discrimination flagrante en faveur des seuls colons juifs de Cisjordanie, ne tenant aucun compte de l’oppression de la population palestinienne majoritaire qui n’est pas en mesure de faire même des achats dans le magasin Ikea, à plus forte raison de se faire livrer ses produits. »

Shlomi Gabay, le directeur général d'IKEA Israël

Ikea tente d'esquiver sa responsabilité dans les pratiques discriminatoires de livraison de son magasin israélien
Ikea n'a aucune intention de mettre un terme aux livraisons de ses produits aux colonies illégales israéliennes en Cisjordanie : c'est ce qu'explique une lettre du géant du meuble du 10 décembre. 
Depuis des années, Ikea a facilité la livraison de produits de son magasin d'Israël aux résidents des colonies illégales de la Cisjordanie occupée. Ikea a été informée à plusieurs reprises que le fait de faciliter de tels servcies de transport lui faisait courir le risque d'être accusée de complicité avec l'entreprise de colonisation israélienne.
Le Business & Human Rights Resource Centre de Londres a demandé à Ikea de répondre sur la fait que la société de transport d'Ikea Israël,  Moviley Dror, effectue des livraisons aux colonies israéliennes mais refuse de livrer des produits aux centre de population palestiniens en Cisjordanie.
Dans sa réponse (qui peut être téléchargée sur le site du Business & Human Rights Resource Centre), Ikea tente d'éluder sa responsabilité dans cette discrimination flagrante et cette normalisation d'une situation illégale, évitant de répondre à la question sur les livraisons aux colonies. L'enrteprise déclare simplement que c'est son franchisé local qui est reponsable de la gestion locale, des investissements et des décisions commerciales liés à son magasin en Israël.
Ikea répète son affirmation que son franchisé israélien avait organisé la livraison à domicile de produits Ikea à des clients vivant dans les zones contrôlée par "les autorités palestiniennes". Mais comme The Electronic Intifada l'a rapporté le mois dernier, Moviley Dror refuse d'effectuer des livraisons à Beit Sahour, prétendant que ce village palestinien de la zone de  Bethléhem était trop dangereux (mais le pssage des barrages routiers israéliens pour livrer la colonie de Beitar Illit ne semble pas poser de problèmes).
“Si le service de livraison n'a pas fonctionné comme prévu, nous le regrettons et nous allons nous en occuper”, peut-on lire dans la lettre du 10 décembre. Tout en regrettant les pratiques discriminatoires de son franchisé israélien, Ikea ne propose pas de solution.
Il semble qu'Ikea refuse de comprendre la différence entre les Palestiniens autochtones qui vivent en Cisjordanie sous occupation israélienne et les colons israéliens qui résident illégalement dans cette zone.
Le service des réclamations d'Ikea : "Faites une chaise et prenez place"
Ikea “pas convaincant”, dit un expert
J'ai demandé au Dr. Jeff Handmaker de commenter la réponse d'Ikea. Voici ce qu'il m'a écrit le 20 décembre :
Dans sa réponse à Business and Human Rights, Inter IKEA Systems B.V. ne traite que la moitié du problème, à savoir le traitement différencié de colons illégaux et de Palestiniens vivant sous occupation.
Mais même cela n'est pas convaincant. Même si le franchisé IKEA était à même de résoudre la question des livraisons à des Palestiniens, la plupart d'entre eux ne sont pas en mesure de visiter leur magasin, vu les contrôles israélien de tous leurs mouvements pour entrer et sortir des territoires occupés et sont donc de toute façon exclus de la clientèle d'Ikea.
Néanmoins, IKEA Systems B.V. ne répond pas pas sur le problème principal, à savoir la complicité ouverte de leur franchisé avec une violation sérieuse des droits humains, en apportant son soutien à l'entreprise de colonisation.
 IKEA Systems B.V. reste entièrement complice de violations de la législation internationale, tant que son franchisé ne refusera pas de vendre, et donc de livrer, des produits à des colons vivant dans les territoires occupés.

vendredi 28 décembre 2012

Discours de Roger Waters sur la Palestine à l'AG de l'ONU

Le 29 novembre, Roger Waters (Pink Floyd) s'est adressé à l'Assemblée générale des Nations Unies à New York pour exposer les conclusions du 4ème Tribunal Russell sur la Palestine

  
Monsieur le Président, vos Excellences, Mesdames et Messieurs
Je vous suis très reconnaissant de me recevoir en ce moment de solidarité et de crise. Je suis musicien, pas diplomate, aussi je ne vais pas gaspiller cette précieuse occasion avec des subtilités de protocoles. Cependant, j’ai pensé que vous deviez tous, dans une certaine mesure, être las à force d’écouter, aussi alors que j’étais là, assis à écouter, j’ai revu mon discours, assez long, pour en faire un discours plus court, toutefois je crois que le texte intégral sera disponible pour tous ceux qui seront intéressés, à la fin de cette réunion.
Je me présente devant vous en tant que représentant du quatrième Tribunal Russel sur la Palestine, et à ce titre, je représente la société civile du monde. En guise de préambule, je me dois de vous dire que mon intervention ici, aujourd’hui, n’est ni personnelle ni guidée par des préjugés ou la vindicte, je voudrais seulement jeter quelque lumière sur la situation difficile d’un peuple assiégé. Le Tribunal Russel sur la Palestine a été créé pour faire cette lumière, pour demander des comptes sur les violations du droit international et sur le manque de détermination des Nations Unies qui empêchent le peuple palestinien de réaliser ses droits inaliénables, particulièrement celui à son autodétermination. Ce qui surtout nous a poussés à nous réunir, c’est l’incapacité inquiétante de la communauté internationale à appliquer et faire respecter la décision de la Cour de Justice internationale de 2004, inscrite dans son avis consultatif sur le Mur israélien, et comme demandé par les Nations Unies.
Nous nous sommes réunis ici, à New York, il y a six semaines, les 6 et 7 octobre, après avoir envoyé des invitations à toutes les parties intéressées. Après avoir écouté le témoignage exhaustif de nombreux témoins experts, et après une délibération approfondie, nous sommes arrivés aux conclusions suivantes.
Nous avons constaté que l’État d’Israël est coupable d’un certain nombre de crimes internationaux.
1 – Celui d’apartheid. La Convention internationale de l’ONU sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid définit ce crime comme les actes inhumains d’un gouvernement, « commis dans le but d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur n’importe quel autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci  ». Comme vous le savez tous, les actes prohibés incluent les arrestations arbitraires, les mesures législatives qui discriminent dans les domaines politiques, sociaux, économiques et culturels ; les mesures qui divisent la population sur des critères raciaux, et la persécution de ceux qui s’opposent au système d’apartheid. Comme vous le savez, cette conclusion du tribunal a été approuvée plus tôt cette année par le Comité de l’élimination de la discrimination raciale à Genève, à la suite de la soumission des propositions du Tribunal, tant orales qu’écrites.
2 – Celui de nettoyage ethnique. Dans ce cas, ce crime inclut l’éviction systématique, par la force, d’une grande partie de la population palestinienne native depuis 1947-48.
3 – Celui de punition collective d’une population civile, explicitement prohibée par la Quatrième Convention de Genève en son article 33. Israël a failli à son obligation, en tant que puissance occupante des Territoires palestiniens occupés, incluant la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est. Ses violations les plus graves ont lieu actuellement à Gaza avec le blocus et l’enfermement de fait de toute la population, elles ont eu lieu avec les massacres aveugles de Palestiniens durant l’offensive israélienne « Opération Plomb durci » en 2008/2009, et récemment, la dévastation par la plus récente des agressions, ironiquement baptisée, « Opération Pilier de la défense ».
Au moment où je vous parle, je peux percevoir la réprobation, dans les propos des gouvernements et des médias, débitant ce mantra bien connu des apologistes, mais « c’est le Hamas qui a commencé avec ses attaques à la roquette, Israël ne fait que se défendre  ».
Examinons cet argument. Est-ce le Hamas qui « l’ » a commencé ? Quand « l’ » a-t-il commencé ? La façon dont nous comprenons les faits dépend du moment où nous faisons partir le chrono. Si nous démarrons le chrono au moment où les roquettes sont tirées depuis Gaza sur Israël, un certain après-midi, c’est une version. Si nous démarrons le chrono, plus tôt le matin du même jour, quand un garçon palestinien de 13 ans, a été abattu par des soldats israéliens alors qu’il jouait au football sur un terrain à Gaza, alors l’histoire commence à paraitre un peu différente. Et si on remonte plus loin encore, nous voyons que depuis l’ « Opération Plomb durci », d’après l’organisation israélienne des droits de l’homme, B’Tselem, 271 Palestiniens ont été tués par les bombes, roquettes, drones et avions israéliens, et que dans la même période, pas un seul Israélien n’a été tué. On peut savoir « qui » a commencé, en 1967, avec l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie. L’histoire nous enseigne que l’invasion et l’occupation d’une terre et l’asservissement de sa population provoquent presque toujours une résistance. Demandez aux Français ou aux Hollandais, ou aux Polonais, ou aux Tchèques, la liste est longue.
Cette crise à Gaza est une crise ancrée dans l’occupation.
Israël et ses alliés soutiennent que Gaza n’est plus occupée. Vraiment ? Le retrait des soldats et des colons en 2005 a changé la nature, pas l’existence, de l’occupation. Israël contrôle toujours l’espace aérien de Gaza, ses eaux côtières, ses frontières, son territoire, son économie et la vie de Gaza. Gaza est toujours occupée. La population de Gaza, un million six cent mille Palestiniens dont la moitié sont des enfants de moins de 16 ans, vit dans une prison à ciel ouvert. C’est la réalité qui sous-tend la crise actuelle. Et jusqu’à ce que nous, ce qui veut dire vous aussi, Excellences, vous les gouvernements, et vous l’Assemblée générale, jusqu’à ce que nous prenions la responsabilité de mettre fin à l’occupation, nous ne pouvons même pas espérer que la crise actuelle s’achève. En octobre, les jurés de la dernière séance du Tribunal Russel se sont adressés à ce Comité, il nous a été assuré que nos représentations et rapports seraient portés au niveau de l’Assemblée générale pour le débat général. Si tout se passe bien aujourd’hui, nous pouvons espérer que vous répondrez, Excellences, à cette assurance.
Je me suis écarté brièvement de mon propos, permettez-moi de revenir aux violations israéliennes, que le Tribunal Russel a relevées.
4 – De la violation de l’interdiction de colonies stipulée dans la Quatrième Convention de Genève, particulièrement en son article 49. Les colonies, TOUTES les colonies, ne sont pas simplement qu’un obstacle à la paix, elles sont illégales. Quelle que soit la période. Point. Toutes. Vous, à l’Assemblée générale, et même au Conseil de Sécurité, vous les avez tout au long des années qualifiées d’illégales. Et pourtant elles sont là, une réalité quotidienne où maintenant plus de 600 000 colons israéliens, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupée, violent le droit, tous les matins, simplement en se réveillant, parce que leurs maisons se trouvent sur une terre illégalement expropriée. Il ne suffit pas d’appeler, comme le font certains gouvernements, à mettre fin à l’expansion des colonies ; si nous voulons vivre dans le respect de la loi, c’est à l’entreprise coloniale tout entière qu’il doit être mis fin.
5 – Du crime d’utilisation d’armes illégales. Au cours de l’opération Plomb durci d’Israël il y a quatre ans, des organisations internationales des droits de l’homme ont documenté sur l’utilisation par Tel Aviv de phosphore blanc dans ses agressions contre Gaza. Human Rights Watch constate, et je cite, « Les tirs répétés d’Israël d’obus au phosphore blanc sur des zones densément habitées de Gaza durant sa récente campagne militaire étaient indiscriminés et constituent une preuve de crimes de guerre ». Le phosphore blanc dégage plus de 1500 degrés Fahrenheit. Imaginez ce qui se passe lorsqu’il entre en contact avec la peau d’un enfant. Humain Rights Watch a demandé que les «  commandants au plus haut niveau » d’Israël en soient tenus pour responsables. Mais jusqu’à présent, aucun n’en a été accusé. Aucun gouvernement, ni même vous, Assemblée générale des Nations Unies, n’a tenté de tenir ces commandants israéliens pour responsables. Nous entendons beaucoup dire que les Nations Unies sont engagées dans « la responsabilité à protéger » les populations vulnérables. Cette « responsabilité à protéger » des Nations Unies ne doit-elle pas s’étendre à cette population la plus vulnérable, les Palestiniens, emprisonnés dans une prison surpeuplée, assiégée, à ciel ouvert ?
Il y a bien d’autres violations, vos Excellences, mais vous le savez. Vos résolutions tracent l’histoire des violations israéliennes. Vous regrettez, vous déplorez, vous condamnez même ces violations. Mais quand vos résolutions ont-elles été mises en application ? Il ne suffit pas de déplorer et de condamner. Ce dont nous avons besoin, venant des Nations Unies – de vous, Excellences, de vos gouvernements et de l’Assemblée générale dans laquelle vous siégez – c’est que vous preniez sérieusement votre responsabilité à protéger les Palestiniens qui vivent sous l’occupation et qui sont confrontés chaque jour à la violation de leurs droits inaliénables à l’autodétermination et à l’égalité.
Notre volonté, à « nous, peuples de ces Nations Unies », c’est que tous nos frères et sœurs doivent être libres de vivre dans l’autodétermination, que les opprimés doivent être libérés de leur fardeau, qu’ils puissent avoir recours à la loi, et qu’il soit exigé des oppresseurs de rendre des compte de par cette même loi.
En 1981, j’ai écrit une chanson qui s’appelle The Gunner’s Dream et qui a été diffusée sur un album des Pink Floyd, The Final Cut , la chanson prétend exprimer le rêve mourant d’un mitrailleur de la RAF alors qu’il chute vers sa mort avec son avion endommagé sur un coin de terre étrangère. Il rêve d’un avenir pour lequel il est en train de donner sa vie. Je cite :
Un endroit où vivre
Suffisamment à manger
Quelque part où les vieux héros traînent sans danger dans les rues
Où tu peux clamer haut et fort
Tes doutes et tes peurs
Et encore mieux, personne ne disparaît jamais
Tu n’entends jamais leurs sujets bateaux frapper à ta porte.
Tu peux te détendre des deux côtés de la piste
Et les maniaques ne tuent pas les membres d’un groupe par télécommande
Et tout le monde a recours à la loi
Et plus personne ne tue d’enfants,
Et plus personne ne tue d’enfants.
En 1982, et encore en 1983, l’Assemblée générale a voté des résolutions tenant Israël pour responsable de ses violations. Ces résolutions appelaient à un embargo total sur les armes à Israël et à la cessation de l’aide militaire et du commerce avec Israël. Ces résolutions n’ont jamais été appliquées. Nous ne nous attendions pas à ce que les États-Unis, ou mon propre gouvernement, je suis du Royaume-Uni soit dit en passant, mettent en œuvre ces résolutions de l’AG ; les USA donnent à Israël 4,1 milliards de dollars chaque année pour renforcer une armée déjà pléthorique. Selon le FMI, Israël est le 26e pays le plus riche au monde, et Israël est le seul État doté d’armes nucléaires au Moyen-Orient ; pourquoi des gouvernements doivent-ils lui donner de l’argent pour d’autres d’armes. Ça me dépasse. Mais qu’ils le fassent ne libèrent pas les autres gouvernements de leurs obligations d’appliquer ces résolutions sur les embargos sur les armes.
Jamais un tel embargo n’a été imposé. Alors, c’est la société civile qui a pris les devants. Suite à l’appel de la société civile palestinienne de 2005, des mouvements sociaux, des militants, et de plus en plus d’institutions religieuses, et même certaines autorités gouvernementales locales à travers le monde, ont créé la Campagne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions. Cette campagne vise, comme beaucoup d’entre vous le savent, à effectuer une pression économique non violente sur Israël pour l’obliger à mettre fin à ses violations, fin à l’occupation et à l’apartheid, fin à son déni du droit au retour des Palestiniens, et fin à la situation des Palestiniens d’Israël, obligés de vivre comme des citoyens de seconde zone, discriminés sur des critères raciaux et soumis à des lois différentes de celles de leurs compatriotes juifs. Le mouvement BDS gagne du terrain et à grands pas. Juste la semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’adresser une lettre de soutien au gouvernement des étudiants de l’université de Californie, à Irvine, pour les féliciter d’avoir exigé de leur université qu’elle se désinvestisse des sociétés qui tirent profit de l’occupation israélienne. De plus, l’été dernier, je suis allé à Pittsburg pour assister à l’assemblée générale des Églises presbytériennes des États-Unis, laquelle assemblée a voté une résolution de désinvestissements de chez Motorola, Caterpillar et Hewlet Packard, ce qui aurait été impensable il y a dix ans. Pour citer le grand Bob Dylan, « les temps changent ».
Revenons à aujourd’hui.
Vous, les membres de l’Assemblée générale, vous allez avoir bientôt l’occasion de voter pour élever le statut de la Palestine à l’ONU à celui d’État non membre.
Bien que n’accordant pas une adhésion pleine et entière à l’ONU, cela permettra la reconnaissance par l’ONU de la Palestine en tant qu’État, qui aurait alors le droit de signer des traités ; et, fait décisif, notamment le Traité de Rome en tant que signataire de la Cour pénale internationale.
Il s’agit là d’une occasion capitale, qui s’est préparée ici depuis treize mois. C’est l’un des rares cas où vous, Excellences, pouvez changer le cours et l’image de l’histoire et, en même temps, conforter l’un des principes fondateurs des Nations Unies, le droit à l’autodétermination. La candidature inclut implicitement les frontières d’avant 1967, l’intégrité de Jérusalem-Est, une Gaza autonome et la diaspora des réfugiés.
Elle est capitale parce qu’il y a déjà plus de 132 membres qui ont reconnu la Palestine en tant qu’État et que d’autres membres se dévoilent de jour en jour. Et, maintenant, juste cette semaine, le Hamas lui apporte son soutien.
Je vous invite à considérer deux points. Tout d’abord, je vous prie de résister aux pressions que de puissants gouvernements exerceraient sur vous afin de faire échouer ou reporter cette question ; malheureusement, ce lieu vénéré où nous sommes a une histoire de coercition. Aucun gouvernement, riche ou puissant, ne devrait être autorisé à utiliser son poids financier ou militaire pour mettre de côté la politique des Nations Unies en achetant d’autres États, sur cette question comme sur toute autre question.
Deuxièmement, ne pas prendre le vote pour un statut d’État comme le dernier respect de vos obligations ; la responsabilité de l’Assemblée générale dépasse de loin les technicités des Nations Unies, elle doit inclure une protection véritable pour les Palestiniens sous occupation et une réelle responsabilisation pour les violations du droit. Vous avez des pouvoirs dont vous ne vous servez pas. Vous ne devez pas à vous en remettre au Conseil de Sécurité ou à l’attendre.
Dans quelques mois, nous allons commémorer le dixième anniversaire de la mort de Rachel Corrie, cette jeune militante tuée (le 16 mars 2003 - ndp) par un soldat israélien aux commandes d’un bulldozer blindé de chez Caterpillar, alors qu’elle essayait de protéger la maison d’un pharmacien palestinien et sa famille à Rafah, à la frontière de Gaza. Les militants internationaux comme Rachel Corrie, Tom Hurndall et James Miller ont pris des risques, ils l’ont fait, et eux, avec leurs familles, en ont payé et en paient le prix suprême, et ce, parce que la communauté internationale – vos gouvernements et les Nations Unies elles-mêmes – a failli dans la protection de la population palestinienne vulnérable vivant sous cette occupation prolongée. Nous sommes fiers, même si les larmes nous brûlent les yeux, de l’action de ces jeunes militants et profondément émus par leur sacrifice. Mais nous sommes en colère aussi, de voir nos gouvernements et nos institutions internationales, dont votre Assemblée générale, être incapables d’assurer une protection, ce qui rend nécessaires les sacrifices comme celui de Rachel Corrie. N’oublions pas non plus les milliers de courageux Palestiniens anonymes et leurs frères et sœurs d’armes israéliens (ceux du boycott de l’intérieur) qui manifestent dans la non-violence chaque semaine pour le simple droit à une vie humaine ordinaire. Le droit de vivre dans la dignité et la paix, d’élever leurs familles, de labourer leurs terres, de construire une société juste, de voyager à l’étranger, d’être libéré de toute occupation, d’aspirer aux buts de tout un chacun, tout comme nous tous.
En parlant de nous justement, je vis ici, dans la ville de New York. Nous formons un groupe quelque peu paroissial, nous les New-Yorkais, dans une large mesure coupés par la propagande et le privilège des réalités de la situation désespérée des Palestiniens. Peu d’entre nous comprennent que le gouvernement des États-Unis d’Amérique, en particulier avec son droit de veto au Conseil de Sécurité, protègent Israël de la condamnation de la société civile mondiale que j’ai l’honneur de représenter ici aujourd’hui.
Même pendant que les bombes pleuvaient sur les un million six cent mille personnes de la bande de Gaza, le Président des États-Unis d’Amérique réaffirmait sa position en disant, « Israël a le droit de se défendre ».
Nous connaissons tous la portée et la puissance de la capacité militaire d’Israël et les effets meurtriers de ses actions. Alors, qu’a donc voulu dire le Président Obama ? A-t-il voulu dire qu’Israël a le droit d’occuper indéfiniment toute la région, qu’Israël a le droit d’expulser par la force les populations des territoires qu’il occupe, maison par maison, village par village ? A-t-il voulu dire que dans ce cas précis, Israël a le droit de mener des campagnes de nettoyage ethnique et d’apartheid, et que les U.S.A. protégeront le droit d’Israël à faire ainsi ? A-t-il voulu dire qu’Israël a le droit de construire des routes en territoire occupé, protégées par des barbelés, des murs en béton, des caméras de vidéo-surveillance et des mitrailleuses pour protéger les résidents des colonies juives et eux seuls ? A-t-il voulu dire que les bombardements aveugles et meurtriers, utilisant notamment le phosphore blanc, sur la population civile de Gaza, par une force militaire d’une supériorité écrasante, se justifiaient par des motifs de défense ?
Les Palestiniens sont un peuple antique, intelligent, cultivé, hospitalier et généreux. Et naturellement, ils ont la fierté, et ils résisteront à l’occupation de leur terre et défendront leurs épouses et enfants, et leurs biens au mieux de leurs moyens. Qui ne le voudrait pas ? Vous le voudriez, vous ? Et moi, le voudrais-je ? Le Président Obama le voudrait-il ? On ose l’espérer. Ce serait son devoir. Imaginez le district de Washington, emmuré, devenu une prison et surtout un tas de décombres sous les attaques répétées. Nul n’est autorisé à y entrer ou à en sortir. Des coupures d’électricité incessantes, des canonnières étrangères sur le Potomac tuant les pêcheurs, des avions de combat lançant des frappes aériennes chirurgicales du haut de leur impunité, éliminant tout aussi bien des membres de la résistance que des femmes et des enfants.
Il y a plus d’une génération, l’Assemblée générale a voté la résolution 2625 qui traite du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes. Elle reconnait que quand un peuple est confronté « à toute mesure coercitive » qui les prive de ces droits, ils ont le droit « d’agir contre et de résister  » à un tel usage de la force. Si la communauté internationale n’assume pas sa «  responsabilité à protéger  », les Palestiniens doivent endosser eux-mêmes cette responsabilité.
Cela ne veut pas dire que je soutiens les tirs de missiles sur Israël. Par droit légal internationalement reconnu à la résistance, on entend l’attaque sur toute cible militaire engagée dans l’occupation illégale. Mais soyons clairs, nous croyons dans Le Droit comme indispensable et rendu de façon juste. Le lancement de roquettes non guidées sur Israël, où la plupart des cibles probablement seront des civils, n’est pas une forme légale de résistance.
De nombreux militants de la société civile, dont beaucoup de Palestiniens et Israéliens, sont engagés dans la résistance non violente. Le mouvement BDS, qui s’est propagé depuis la société civile palestinienne à des militants du monde entier, fait partie de cette résistance non violente et je le soutiens de tout cœur, mais précisons bien que la disparité des forces, la réalité de l’occupation et la réaction de l’occupé, sont la réalité à laquelle nous sommes confrontés, à moins que de trouver un recours dans le droit international et d’y assujettir toutes les parties. En attendant, permettez-moi de rappeler un peu la rhétorique, et de répondre à « Israël a le droit de se défendre » d’un point de vue juridique et historique.
Ex injuria jus non oritur
« Un droit légal ou un titre légal ne peuvent résulter d’une injustice ».
Si nous voulons nous opposer à toutes les formes de violence, tant par l’occupant que par la résistance violente de l’occupé, nous devons chercher à mettre fin aux causes profondes de la violence. Dans ce conflit, cela signifie mettre un terme à l’occupation, à la colonisation, au nettoyage ethnique par Israël et à son déni du droit à l’autodétermination comme des autres droits inaliénables du peuple palestinien de par la Charte des Nations Unies et les autres principes du droit international.
Ainsi pour l’avenir
Le Hamas, après avoir abandonné son exigence initiale de démantèlement d’Israël dans la perspective des élections, a été élu démocratiquement en janvier 2006, dans des élections jugées libres et honnêtes par les observateurs internationaux présents, et parmi eux, l’ancien Président des U.S.A., Jimmy Carter. Les dirigeants du Hamas ont fait connaître leur position maintes et maintes fois. Elle est la suivante : le Hamas est ouvert à une paix permanente avec Israël s’il y a un retrait total sur les frontières de 1967 (22 % de la Palestine historique), accord à confirmer par un référendum auprès de tous les Palestiniens vivant sous l’occupation. Je sais bien que vous tous, vous savez cela, mais là où je vis, ils ne le savent pas, ils ne savent pas ce qu’est la position du Hamas. Alors, je suis en train de leur dire.
Monsieur le Président, Excellences, amis. Nous sommes tous ici pour la même raison. Nous sommes tous attachés aux droits humains, au droit international, au caractère central des Nations-Unis et à l’égalité pour tous, y compris pour les Palestiniens. Nous participons tous à cette réunion du 29 novembre qui marque la Journée internationale de la solidarité de l’ONU avec le peuple palestinien.
Mais il me semble à moi, que notre commémoration d’aujourd’hui ne peut suffire.
Alors que faire d’autre ? Le champ de bataille est ici, au siège des Nations Unies, et en même temps en plein milieu de New York, avec l’accès aux médias. La bataille est sur deux fronts :
1 – Continuer le travail d’information de la population américaine sur la réalité du conflit israélo-palestinien, et plus spécialement sur le rôle de son gouvernement, pays d’accueil des Nations Unies, qui utilise les impôts des contribuables pour financer et rendre possibles les violations d’Israël. Pour lui rappeler les milliards de dollars d’aides militaires annuelles, la protection absolue d’Israël aux Nations Unies, à la Cour pénale internationale et ailleurs pour assurer son impunité dans ses crimes de guerre et ses possibles crimes contre l’humanité, pour bien faire comprendre au « peuple des États-Unis d’Amérique » que ces attachements contestables restent la pièce centrale de la politique de son gouvernement au Moyen-Orient.
2 – Tout aussi important, nous devons traiter, au bout du compte, d’une sérieuse réforme des Nations Unies Les Nations Unies doivent s’engager dans une nouvelle démocratie. Le droit de veto doit être repensé, ou alors les Nations Unies vont disparaître. L’utilisation du veto comme outil stratégique par l’un ou l’autre des membres permanents du Conseil de Sécurité est maintenant dépassé. Le droit de veto détenu simplement par cinq nations tourne en dérision la prétention de démocratie, de l’idée que « la volonté des peuples » est représentée ici. Le système est trop ouvert aux abus. La protection générale accordée à Israël par l’utilisation états-unienne du droit de veto, est un cas de ce type d’abus. Par exemple, en 1973, cela a bloqué une résolution réaffirmant les droits de Palestiniens et exigeant le retrait des territoires occupés, et une autre en 1976, appelant au droit à l’autodétermination pour les Palestiniens et encore deux en 1997, appelant à la cessation des constructions dans les colonies de Jérusalem-Est et les autres territoires occupés. Et il y en a beaucoup d’autres.
Je vous exhorte, vous, Assemblée générale, à agir collectivement pour arracher le retour du pouvoir au peuple afin d’aider à progresser vers un organisme plus démocratique, à mieux être en mesure de répondre aux hautes aspirations de cette grande institution, à mieux représenter la volonté des peuples de ces grandes Nations Unies.
Vous, Assemblée générale, vous représentez la composante la plus large, la plus démocratique des Nations Unies. Ni les États-Unis, ni la Chine, ni la France, ni la Russie et ni le Royaume-Uni n’ont de droit de veto ici. Ce qu’il faut, c’est la volonté politique. Vous pouvez prendre les décisions, et décider des actions, celles que le Conseil de Sécurité ne peut pas, ou ne veut pas prendre et décider. La Charte des Nations Unies commence par ces mots, « Nous, peuples des nations unies ». Et non par, « Nous, gouvernements ». Je vous exhorte, au nom des peuples de vos pays, au nom des peuples de tous les pays, en fait au nom de tous les peuples de cette terre, de notre terre commune, je vous exhorte à agir.
Saisissez-vous de ce moment historique.
Soutenez le vote d’aujourd’hui pour le statut amélioré d’État observateur palestinien en tant qu’étape vers une adhésion pleine et entière. Et affirmez que le maintien d’Israël comme membre des Nations Unies dépend de la réforme de son régime illégal d’apartheid.
Je vous remercie
Traduction JPP, Info-Palestine

dimanche 4 novembre 2012

Jamais l’apartheid n’a disparu en Afrique du Sud : il a été la matrice d’un ordre mondial fondé sur la violence et l’illusion

par John Pilger, 19/09/2012. Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala
L’assassinat de 34 mineurs, la plupart tués d’une balle dans le dos, par la police sud-africaine, a mis fin à l’illusion d’une démocratie post-apartheid. Il éclaire le nouvel apartheid mondial, auquel l’Afrique du Sud sert de modèle aussi bien historique qu’actuel.
 
En 1894, longtemps avant que cet infâme vocable afrikaans ne prédise à la majorité du peuple sud-africain « un développement séparé », un Anglais, Cecil Rhodes, surveillait l’application du Gren Gley Act dans ce qui était alors la colonie du Cap. Cette loi avait pour but de contraindre les agriculteurs noirs à rejoindre l’armée de main d’œuvre à bon marché essentiellement destinée à exploiter les mines d’or et autres minéraux précieux qu’on venait de découvrir. Grâce à ce darwinisme social, la société de Rhodes, la De Beers, acquit rapidement un monopole mondial, enrichissant fabuleusement son propriétaire. Fonctionnant en accord avec le libéralisme britannique et US-américain, celui-ci devint un philanthrope adulé, un mécène de nobles causes .
 
Aujourd’hui encore, les bourses de Rhodes destinées aux étudiants d’Oxford sont très appréciées des élites libérales. Leurs bénéficiaires doivent faire preuve de « force de caractère morale » et montrer « sympathie et soutien aux faibles, abnégation, amabilité et sens de la camaraderie. »L’ex-Président Clinton est l'un d'eux, de même que le général Wesley Clark, qui commanda l’attaque de la Yougoslavie par l’OTAN. Le mur que l’on désigne comme mur de l’apartheid a été érigé pour le profit du petit nombre, avec en tête les membres les plus ambitieux de la bourgeoisie.
 
Ce fut une sorte de tabou durant les années de l’apartheid racial. Les Sud-Africains d’origine britannique pouvaient ainsi se targuer d’une opposition apparente à l’obsession raciste des Boers qui leur permettait de mépriser ces derniers, tout en leur servant de façade pour maintenir un système inhumain de privilèges fondés sur la race, mais plus encore sur la classe.
 
Les nouvelles élites noires sud-africaines, dont le nombre et l’influence avaient crû  sans cesse durant les dernières années de l’apartheid, ont bien compris le rôle qu’elles allaient jouer après la « libération ». Leur « mission historique », comme l'écrivait Frantz Fanon dans son classique prophétique, Les damnés de la terre , n’est pas « une vocation à transformer la nation, mais prosaïquement de servir de courroie de transmission à un capitalisme acculé au camouflage et qui se pare aujourd’hui du masque néocolonialiste» (texte des Éditions Maspéro, 1968, p.98)
 
Voilà qui allait comme un gant aux figures dominantes de l’ANC (African National Congress), telles Cyril Ramaphosa, le patron du syndicat « National Union of Mineworkers» et maintenant entrepreneur et multimillionnaire, qui a négocié personnellement le « deal » de partage des pouvoirs avec le régime de F. W. Klerk, et Nelson Mandela lui-même, qui a accepté ce « compromis historique » impliquant que la majorité attendrait longtemps l’égalité en droits et les pauvres d’être délivrés de l’indigence. Ce fut manifeste dès 1985: un groupe d’industriels sud-africains, sous la conduite de Gavin Reilly, Président de l’Anglo-American Mining Company, rencontra en Zambie des personnalités de premier plan de l’ANC. Les deux parties se mirent d’accord pour remplacer l’apartheid racial par un apartheid économique, connu sous le nom de « liberté du marché ».
 
Par la suite, des rencontres secrètes eurent lieu dans une superbe demeure anglaise, la Mells Park House, où un futur Président d’Afrique du Sud but du whisky pur malt en compagnie de chefs d’entreprises qui avaient soutenu l’apartheid. C’est le géant britannique Consolidated Goldfields qui fournit le lieu de rencontre et le whisky. Le but était de couper les « modérés » - comme Mbeki et Mandela - des masses de plus en plus révolutionnaires des townships, où l’atmosphère rappelait les émeutes qui avaient suivi les massacres de Sharpeville en 1960 et Soweto en 1976 - sans l’aide de l’ANC.
 
En 1990, dès que Mandela fut libéré, la«  promesse infrangible » de nationaliser les monopoles ne se fit plus guère entendre. À New York, au cours de sa tournée triomphale aux USA, Mandela déclara : « L’ANC réintroduira le marché en Afrique du Sud. » Lorsqu’en 1997 - il était alors Président - je lui rappelai  cette promesse au cours d’une interview, il me fut clairement répondu : « La politique de l’ANC, c’est la privatisation.»
 
Bercés par le doux jargon de l’entreprise, les gouvernements de Mandela et Mbeki empruntèrent leurs mots d’ordre au FMI et à la Banque mondiale. Tandis que le fossé entre la majorité vivant sans eau courante sous des toitures de zinc et la nouvelle élite aisée dans ses propriétés gardiennées se creusait jusqu’à devenir un abîme, Washington félicitait le Premier ministre Trevor Manuel pour ses « succès macro-économiques ». En 2001 Georges Soros remarquait que l’Afrique du Sud avait été livrée « aux mains du capital international ».
 
Peu avant le massacre des mineurs, qui travaillent pour un salaire de misère dans une mine de platine dangereuse appartenant aux Anglais, l’érosion de l’indépendance économique de l’Afrique du Sud avait été clairement démontrée par la décision du Président Jacob Zuma de stopper l’importation du pétrole iranien, soit 42%, sous la pression de Washington. Le pétrole a déjà subi une forte hausse et le peuple s’est encore appauvri.
 
Cet apartheid économique est maintenant imité dans le monde entier, puisque les pays pauvres se plient aux exigences des « intérêts » occidentaux au lieu d’obéir aux leurs. L’arrivée du concurrent chinois pour l’acquisition des ressources africaines, bien qu’il s’abstienne des menaces militaires et économiques dont sont coutumiers les USA, a fourni un nouveau prétexte pour accroître l’expansion militaire US-américaine et envisager une nouvelle guerre mondiale, ainsi que le prouve le budget militaire et d’armement d’Obama: avec ses 737,5 milliards de dollars, c'est  le plus élevé de tous les temps. Le premier Président afro-américain au pays de l’esclavage préside à une économie de guerre permanente, à un chômage de masse et à l’abandon des droits civiques: un système qui n’a rien contre les Noirs et les basanés, tant qu’ils sont au service de la bonne classe sociale. Mais ceux qui ne se soumettent pas ont toutes les chances de finir sous les verrous.
 
Voilà la voie sud-africaine et américaine qu’incarne Obama, le fils de l’Afrique. L’hystérie des libéraux, exposant que le candidat républicain Mitt Romney est plus extrémiste qu’Obama, n’est rien d’autre que l’éternel choix du « moindre mal » et ne change rien au problème. Ironie de l’histoire, l’élection de Romney à la Maison Blanche réveillera sans doute aux USA une contestation massive que le seul succès d’Obama était d’avoir fait taire.
 
Bien qu’on ne puisse comparer Mandela et Obama - l’un étant une icône de la solidité personnelle et du courage, l’autre un artefact pseudo-politique - l’un comme l’autre ont créé l’illusion qu’ils allaient faire naître un monde nouveau où règnerait la justice sociale, et qui constitue un élément de la vaste illusion, selon laquelle tout effort humain doit être marchandisable, et qui confond médias avec information et conquête militaire avec buts humanitaires. Ce n’est qu’en abandonnant ces fantasmes que nous pourrons vaincre l’apartheid dans le monde entier.
 
 

samedi 11 février 2012

Veolia poursuit impunément son business illégal en Cisjjordanie

Veolia traite les eaux usées de la colonie juive de Modi’in Illit en Cisjordanie occupée
par
Adri Nieuwhof Άντρι Νιούχοφ آدری نیووٌف
Une recherché récente établit que Veolia est impliquée dans des projets israéliens « nouveaux » en Cisjordanie occupée. Veolia Waters Israel fournit des services à la colonie illégale de Modi’in Illit alors que Veolia Transportation Israel exploite sept lignes de transport par bus –au lieu de quatre- qui traversent les terres palestiniennes.
Who Profits? – un projet de recherche de la Coalition Israélienne des Femmes pour la Paix- a dévoilé des faits qui indiquent l’implication de Veolia dans les « nouveaux » projets d’occupation israéliens. Ces faits sont indiqués sur le site web de l’entreprise ainsi que sur les sites officiels israéliens et dans les rapports financiers.
Sur  son site web, Veolia Water Israel indique que son usine de traitement d’Ayalon traite les eaux usées de plusieurs communautés dont la colonie israélienne de Modi’in Illit. Celle-ci est située entre Jérusalem et Tel Aviv en Cisjordanie occupée. D’après «  Who Profits », Veolia Water Israel est une filiale à part entière de Veolia Environnement.

Veolia exploite trois autres lignes de bus qui traversent la Cisjordanie occupée
En août dernier, j’ai écrit que Veolia entretenait le silence à propos de deux lignes de bus desservant des colonies dans les Territoires palestiniens occupés (TPO). Veolia avait diffusé aux USA l’information qu’elle ne gérait aucun service de bus en Cisjordanie autre que les lignes  bus lines 109 and 110. Cependant, « Who Profits ?» a découvert que Veolia gérait deux autres lignes de bus vers les colonies illégales dans le TPO. La ligne 7 dessert les trajets de Modi’in vers les colonies de Hashmonaim et K’far Ha Oranim. Veolia opère aussi le bus 19 qui relie Modi’ in et la colonie de Mevo Horon.
Une recherché récente de Who Profits? révèle que Veolia gère aussi trois lignes de bus entre Bnei-Brak et Jérusalem qui traversent leS TPO et disposent d’arrêts destinés aux colons. Fin novembre 2011,Veolia a obtenu un contrat pour opérer des lignes de bus au service de la communauté ultra-orthodoxe Haredim. Who Profits? révèle ces faits   dans un a document diffusé par mail le 25 décembre. ( les arrêts de bus dans les TPO sont présentés dans la page web dans une liste qui comporte un lien pour chaque ligne de bus). 
La ligne 422 passe à travers les TPO par les nœuds routiers de Mahar Ofer, Givat Zeev, Sderot -Golda Meir, Shefa Haim et Ohel Yehoshua jusqu’à Jérusalem.
La ligne 425 traverse les TPO par les nœuds routiers de Mahane Ofer, Givat Zeev, Sderot-Golda Meir et Sderot-Vaitzman à Jérusalem.
La Line 427 traverse les TPO par l’échangeur de Harel et passe par Sderot Vaitzman à Jérusalem.
Veolia présente dans son site en hébreu les lignes de bus qu’elle opère: 422, 425 et 427.
En opérant ces lignes de bus, Veolia s’implique directement dans le maintien des colonies illégales dans les territoires palestiniens occupés.
Le tramway de Jérusalem
Le projet du  tramway de Jérusalem a été conçu par les autorités israéliennes en vue de servir les besoins des colons dans les territoires palestiniens occupés. Ce tramway permet un déplacement rapide vers Jérusalem-Ouest. Pourtant, les colonies dans les TPO ainsi que l’annexion de Jérusalem-Est sont illégales au regard du droit international. L’article 49 de la Quatrième Convention de Genève précise : « la puissance occupante ne pourra procéder à la déportation ou au transfert d’une partie de sa population civile dans le territoire occupé par elle. »

Cependant, le tramway a été utilisé comme  argument de vente dans une publicité du Fonds pour les Terres d’Israël (Israel Land Fund) pour un projet immobilier à Beit Hanina. ”Le projet est  situé sur l’autoroute 60, tout près du tramway et à 17 minutes à peine du centre-ville“, dit l’affiche publicitaire. Cette affiche souligne l’importance du tramway dans la colonisation de la Cisjordanie.
Le Fonds pour les Terres d’Israël vend des terres occupées afin que   « tout Juif, quel que soit le lieu où il réside, ait la possibilité d’obtenir une portion de la terre. Maison par maison, lot par lot, le Fonds pour les Terres d’Israël travaille afin de garantir que la terre d’Israël reste propriété du peuple juif pour toujours ». (italiques de l’auteure)

La campagne mondiale Derail Veolia et Alstom (Faisons dérailler Veolia et Alstom) appelle au boycott et au désinvestissement de Veolia pour sa complicité avec Israël dans ses violations du droit international. Veolia est engagée dans des contrats avec les autorités israéliennes qui l’impliquent dans le projet de tramway, dans l’enfouissement de déchets dans la décharge de Tovlan  dans la vallée du Jourdain , dans l’exploitation des lignes de bus israéliens en  Cisjordanie et dans le traitement des eaux usées de la colonie Modi’in Illit. Derail Veolia et Alstom va maintenir la pression sur ces deux entreprises jusqu’à ce qu’elles cessent de profiter de l’occupation et de la colonisation israélienne de la Palestine.




La décharge de Tovlan. A l'entrée, le logo d'Onyx, une filiale de Veolia