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mercredi 16 septembre 2015

Le monde brûle, et le chat se peigne*
La nouvelle religion de Varoufakis : la "raison pure"

par Fausto Giudice, 16/9/2015
Yanis "Allstar" Varoufakis vient de publier un article dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, l'organe central du PPA (Parti patronal allemand) un article qui nous laisse pantois et auquel il nous semble nécessaire de répondre.

Comme Kador, le chien des Bidochon, Varouf est donc un lecteur de Kant. Cela, nous le savions depuis février dernier, lorsque, à peine nommé ministre des Finances, il avait cité une première fois le philosophe de Königsberg, mais avec une bonne dose d'ironie. Cette fois-ci, toute ironie a disparu. Dans son article, à lire comme un sermon du dimanche matin – il est paru dans l'édition dominicale de la FAZ-, Varouf se livre à un invraisemblable cirage de pompes berlinoises. Nos lecteurs étant en général des gens pressés et débordés, nous vous proposons un résumé du message kantien de Varouf, suivi d'un bref commentaire. Les lecteurs qui en ont l'envie et le temps peuvent lire l'ensemble de son article, paru en anglais, allemand, italien et portugais.

mardi 28 avril 2015

Grèce : L’étau se resserre

par Stathis Kouvelakis Στάθης Κουβελάκης, 24/4/2015 Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Greece: The Noose Tightens
Traductions disponibles : Português  فارسی 
 

Pour le gouvernement Syriza, il ne reste que trois options
Les événements en Grèce ont pris un tour dramatique et l'insolvabilité est aux portes. Le 20 avril 2015, le gouvernement grec a émis un décret obligeant les collectivités locales à déposer leurs réserves de liquidités à la Banque De Grèce.
Deux jours plus tard, Dimitris Mardas, le vice-ministre des Finances chargé des recettes de l’État, a déclaré qu’il manquait 400 millions d’euros pour payer les retraites et les salaires à la fin du mois. Quelques heures plus tard, il a dit que l'argent avait été trouvé et qu'il essayait maintenant de constituer des réserves de trésorerie. Mais selon certaines sources, Dimitris Mardas a informé les députés de Syriza lors d'une réunion le même jour que les réserves de l’État ne permettraient d'effectuer tous les paiements en mai.
Et cela bien que, en termes de paiement de la dette, le mois de mai soit un mois relativement « facile », avec seulement 750 millions d’euros à payer  au Fonds Monétaire International (FMI), plus 400 autres millions d’euros d'intérêts à payer.
Le mois de juin sera plus difficile, avec 1 milliard 500 millions d’euros du au FMI, 700 millions dus aux institutions européennes, et 500 millions d’euros en paiements d'intérêts. Un  fardeau sans aucun doute insoutenable.

lundi 12 mars 2012

Le CADTM dénonce la campagne de désinformation sur la dette grecque et le plan de sauvetage des créanciers privés

par CADTM , 10/3/2012
Plus de 85% des créanciers privés (banques, assurances, fonds de pension…) ont accepté jeudi soir de participer à la restructuration de la dette grecque en effaçant 107 milliards d’euros. Sur le papier, ces créanciers renoncent ainsi à 53,5% de leurs créances. Mais contrairement aux apparences, le CADTM affirme que cette opération est surtout une bonne nouvelle pour les banques grecques et européennes (principalement françaises et allemandes), pas pour le peuple grec à qui on promet de nouvelles détériorations de ses conditions de vie.
En effet, les créanciers et le gouvernement grec ont mis en place un montage complexe : les créanciers privés échangent leurs titres grecs contre de nouveaux d’une valeur (faciale) inférieure. Ainsi, pour une obligation échangée d’un montant initial de 100 euros, les créanciers vont recevoir un nouveau titre d’une valeur faciale de 46,5 euros. Loin de perdre à ce petit jeu, les créanciers privés troquent des titres qui se vendaient entre 15 et 30 euros sur le marché secondaire pour des titres bien plus sûrs.


Toutes les options disponibles pour la Grèce, par Carlos Latuff
De surcroît, la Troïka octroie un nouveau prêt de 130 milliards à la condition que le montant soit utilisé pour payer la dette et soutenir les banques. Alors que tous les grands médias reprennent le refrain officiel selon lequel la dette grecque est réduite de 107 milliards d’euros, ils oublient d’intégrer les 130 milliards de nouveaux crédits octroyés par la Troïka qui viennent l’augmenter. En bout de course, les créanciers privés s’en sortent très bien et sont remplacés par des créanciers publics internationaux (BCE, Etats de la zone euro, FMI) qui vont exercer une pression constante sur les autorités grecques afin d’aggraver les mesures antisociales.
De plus, alors qu’en cas de litige 85% des anciens titres dépendaient de la législation grecque, l’entièreté des nouveaux titres dépendra de la justice de Londres. L’objectif des créanciers est de limiter la possibilité de la Grèce de décréter un défaut de paiement ou une annulation.
Pour le CADTM, ce nouveau plan est une supercherie car, sous prétexte de venir en aide à la Grèce, il sauve la mise aux créanciers privés qui portent pourtant une lourde responsabilité dans l’endettement de la nation hellène. Les banques ont utilisé une partie de l’argent public injecté afin de les sauver de la faillite en 2008-2009 pour spéculer sur la dette grecque et ont pu réaliser d’énormes profits avant de pousser la Grèce vers la grave crise qu’elle connaît.
Selon le CADTM, tous les prêts de la Troïka à la Grèce octroyés depuis mai 2010 sont odieux, ils sont frappés de nullité car ils constituent une violation permanente des droits économiques, sociaux, civils et politiques des citoyens grecs.
Le CADTM tient une nouvelle fois à saluer le courage et la détermination du peuple grec qui lutte contre les politiques d’austérité inhumaines imposées par la Troïka. Le AAA des créanciers (Austérité Austérité Austérité) doit laisser la place au AAA des peuples : Audit Annulation Autre politique.
Pour le CADTM, la solution passe nécessairement par la mise en place d’une politique radicalement différente. En Grèce comme dans les autres pays soumis à la Troïka, il faut mettre fin au remboursement de la dette et abandonner les mesures antisociales. Afin de lutter contre la campagne mensongère sur la crise grecque, il faut renforcer l’audit citoyen de la dette publique qui doit aboutir à la répudiation de la part illégitime ou odieuse. Le CADTM soutient pleinement la Campagne d’audit de la dette grecque et les comités d’audit qui se mettent en place dans plusieurs autres pays européens. Le CADTM appelle à multiplier les actions de solidarité avec le peuple grec et à constituer un large front social européen contre les politiques d’austérité.
CADTM :
CADTM Belgique
Renaud Vivien, juriste
Eric Toussaint, président
CADTM France
Damien Millet, porte-parole du CADTM France, France@cadtm.org
Comité Grec contre la Dette – CADTM
Sonia Mitralia, animatrice du Comité grec contre la dette - CADTM
Yorgos Mitralias, animateur du Comité grec contre la dette- CADTM

vendredi 3 février 2012

Reprenons l'Europe !

Reprenons l’Europe ! - Collectif UniNomadE

1. On n'avait pas besoin des mots de Mario Draghi pour comprendre que la crise en Europe a désormais atteint un seuil d'irréversibilité. Crise de « dimensions systémiques », avait déclaré Jean-Claude Trichet, il y a quelques mois. Et voilà maintenant que Draghi, son successeur à la tête de la Banque centrale européenne, nous informe que « la situation a empiré » (16 janvier). Difficile de comprendre ce que signifie l'aggravation d'une crise de « dimensions systémiques ».

Ce qui est certain, c'est que les scénarios qui se dessinent pour les mois à venir sont très sombres, non seulement pour ceux qui paient désormais depuis des années la crise et la médication qui l’alimente : l'austérité, ou plus “sobrement” la rigueur. Même des secteurs consistants du capital et des classes dirigeantes européennes commencent à être assaillis par le doute que, dans le gigantesque processus de réajustement global des équilibres de pouvoir qui est en acte, ils risquent d'être parmi les perdants. Le spectre du “déclin”, s'il n'a pas arrêté de hanter les métropoles usaméricaines, s’est mis à fréquenter avec plus d’assiduité les rues et les places d'Europe, ou du moins de régions entières de l'Europe. Et il ne manque pas de commentateurs pour entrevoir derrière l’action des agences de notation une rationalité militaire, les premières manœuvres d’une « guerre mondiale de la dette », dans laquelle l'objectif de la survie du dollar comme monnaie souveraine au niveau mondial (avec le maintien des centres actuels de commandement sur les marchés financiers qui en découlerait) peut justifier l’effritement de l'euro. En toile de fond, les nouvelles en provenance du détroit d'Hormouz nous rappellent que face à une crise d’une telle ampleur et durée, la guerre peut être une “solution” à tenter et pas seulement sur le terrain de la finance et des dettes “souveraines” .

Disons-le clairement : l'Union européenne, telle que nous l’avons connue ces dernières années, est finie. Il n’y a pas là de quoi se réjouir. Nous-mêmes avons pensé de temps à autre que les luttes et les mouvements pourraient trouver dans le cadre institutionnel européen en formation, sur le terrain de la citoyenneté et de la gouvernance, un cadre de référence plus souple que les structures politiques nationales, un espace dans et contre lequel construire des campagnes et articuler des plateformes de revendications. Eh bien, cet espace n'existe plus. C'est la première leçon à tirer de la crise dans cette partie du monde. La seconde, cependant, est tout aussi importante pour nous : sur le terrain national, toute hypothèse d’affrontement démocratique ou socialiste de la crise est en train de se révéler une illusion dépourvue de toute efficacité et tendanciellement dangereuse. C’est l’enseignement de deux ans de résistance très dure, mais justement limitée au territoire national, aux politiques d'austérité dans les pays les plus durement touchés par la crise. De ce point de vue, la Grèce est emblématique. Difficile d'imaginer un déploiement plus radical et assorti de luttes de résistance que celui qui a eu lieu dans ce pays : de l'occupation des rues aux grèves générales qui ont duré des jours et des jours, des tentatives d'assaut du Parlement au blocus de villes entières. Et pourtant, l'efficacité de cette mobilisation permanente pour faire obstacle aux politiques draconiennes de coupes sombres et de démantèlement de l’État social et des droits, a été nulle. Lire la suite


¡Retomemos Europa! - Collettivo UniNomadE
1. No hacían falta las palabras de Mario Draghi para entender que la crisis ya es irreversible en Europa. Crisis de «dimensiones sistémicas» había dicho Jean-Claude Trichet hace un par de meses. Ahora Draghi, su sucesor ...
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Take Europe Back! - UniNomadE Collective
1. There was no need for Mario Draghi’s words to understand that the crisis has already reached an irreversible threshold in Europe. A crisis of “systemic dimensions” was what Jean-Claude Trichet said a couple of months ago. Now Draghi, ...
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Riprendiamoci l’Europa! - Collettivo UniNomadE
1. Non c’era bisogno delle parole di Mario Draghi per capire che la crisi ha ormai raggiunto in Europa una soglia di irreversibilità. Crisi di «dimensioni sistemiche», aveva detto Jean-Claude Trichet un paio di mesi fa. Ora Draghi, ...
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jeudi 2 février 2012

L’heure est venue de résister - Déclaration sur la proposition allemande d'un Commissaire à la Grèce

par Μέτωπο Αλληλεγγύης και Ανατροπής Front de Solidarité et de Changement, 29/1/2012. Traduit par Tlaxcala Original: Ανακοινωση για τη γερμανική πρόταση για Επίτροπο στην Ελλάδα
« Ni Solon. Ni Jefferson. Ni Rousseau. Ni Gandhi. Toute la culture s’effondre »
« Les places et les rues nous attendent. Sans perdre de temps. Jusqu’à la victoire. Quel qu’en soit le prix ».
Même au temps de l’occupation ottomane, de la défaite de 1897, de la catastrophe d’Asie mineure, de l’occupation nazie et de la défaite lors de la guerre civile devant les armes usaméricaines, la Grèce n’a vécu de tels moments d’avilissement, d’affront, de dévalorisation et d’effondrement de sa souveraineté.
Le gouvernement allemand a dépassé les limites avec sa proposition de mettre en place un « Super-Premier ministre » européen, le « Commissaire au Budget » qui prendra lui-même les décisions sur les impôts et les dépenses, c’est-à-dire sur le fonctionnement central de l’État, dont dépendent toutes les politiques : santé, éducation, politique sociale, politique agricole, développement.
 
Plus d’élections. Ni de partis. Ni de Constitution. Ni de démocratie. Ni de liberté. Ni de dignité.
 
La proposition allemande ne s’arrête pas là. Elle en vient à un sadisme extrême.
 
Elle demande à la Grèce de payer, au prix de ses institutions, d’abord sa dette, puis ce qu’il lui sera permis d’utiliser pour ses besoins. Un cadeau en or pour les usuriers, quatre sous pour le peuple.
 
Ni Solon. Ni Jefferson. Ni Rousseau. Ni Gandhi. Toute la culture s’effondre. Les intérêts avant la société.
 
Les impérialistes européens n’ont jamais appliqué de telles mesures, même dans leurs colonies. Ils s’efforçaient de sauver les apparences.
 
Le gouvernement allemand a réveillé le passé nazi d’assujettissement et de contrainte.
Manifestation du Front de Solidarité et de Changement à Athènes : "Le gouvernement doit tomber maintenant"
Où est le Premier ministre grec ? Où sont les ministres ? Où sont les partis gouvernementaux ? Où est le Parlement ?
 
Où se cachent-ils ?
 
Les lignes rouges qu’ils avaient tracées ne sont que lignes sur le sable.
 
Dans une telle Europe, la Grèce n’a pas sa place.
 
Notre peuple a perdu toute perspective. Il a perdu son optimisme. Il a perdu sa sécurité. Il a perdu ses droits fondamentaux à vivre.
 
S’il perd finalement sa dignité, il n’a plus d’avenir. Ce sera son « point final à la ligne ».
 
L’heure est venue de résister. De dire « Ça ne peut plus continuer ». « Ça suffit comme ça ».
 
Nous ne reconnaissons aucune dette. Nous pouvons vivre sans vos prêts, sans vos ordres, sans vos commissaires, sans votre monnaie.
 
Nous pouvons nous appuyer sur notre travail, dont vous nous avez privés. Sur notre jeunesse, que vous condamnez. Sur les ressources de notre pays, que vous mettez à l’encan. Sur notre génie, que vous méprisez. Sur nos relations avec le reste du monde, que vous contrôlez. Sur notre solidarité, que vous redoutez.
 
Les acquis du monde du travail et leur esprit de liberté ne finiront pas à la poubelle de l’Eurozone.
 
Les places et les rues nous attendent. Sans perdre de temps.
 
Jusqu’à la victoire. Quel qu’en soit le prix.
 

mardi 17 janvier 2012

La dictature des agences de notation


15 janvier 2012
Traduit par  Pedro da Nóbrega, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Vendredi dernier, l’agence Standard & Poor’s (S&P) a baissé la note de neuf pays de l’Union Européenne (UE), pour certains à des niveaux pouvant être considérés comme humiliants, notamment celle du Portugal dont les bons du Trésor ont été situés au niveau “poubelle”. Cette officine financière a ainsi mis à exécution sa menace, brandie le 5 décembre dernier, de dégrader les notes des principales économies européennes pour les situer dans une perspective négative.
Diverses autorités de la zone Euro, notamment françaises, ont cherché à minimiser ce fait: le Premier-Ministre, François Fillon, a déclaré que cette baisse était une mesure annoncée,  “qu’il existe 21 niveaux de notation, et que la France –qui a vu sa note chez S&P passer du très exclusif triple A à AA+ – se situait au vingtième niveau sur 21 ; qu’elle se trouvait donc encore parmi les meilleurs économies du monde, avec les États-Unis”. En Allemagne – le seul pays de la zone Euro dont la note n’a pas été abaissée –, la chancelière Angela Merkel s’est abstenue de critiquer la décision de S&P, profitant même de l’occasion pour demander la promulgation de nouveaux dispositifs économiques de choc et de discipline fiscale dans l’Union Européenne.
Si dans un premier temps, les marchés n’ont en effet pas trop réagi, comme l’avait déclaré Fillon, la baisse de ces notes ne manquera pas d’avoir des effets dévastateurs pour l’UE et, en particulier, pour les pays de la zone Euro, car les gouvernements devront payer des taux d’intérêts plus élevés pour les crédits qu’ils voudront contracter et pour les nouvelles émissions de dette souveraine, ce qui entraînera une augmentation généralisée des taux d’intérêt. Le renchérissement consécutif du coût de l’argent constituera, du coup, un obstacle supplémentaire à ce qu’une des trois principales régions économiques du monde recouvre sa stabilité et entraînera de plus grandes souffrances sociales pour les populations concernées, déjà affectées par des restrictions budgétaires généralisées et des politiques d’austérité qui frappent d’abord les couches les plus vulnérables et un chômage qui ne cesse de croître.
Il est révélateur que, tant les agences de notation –S&P, Moody’s, Fitch et consorts– que les banques d’investissement –UBS, Deutsche Bank, Crédit Suisse, Nomura, Goldman Sachs, Merryl Linch, etc.– n’aient cessé de faire pression sur les autorités économiques européennes afin qu’elles approfondissent et élargissent les politiques d’austérité, réduisent les budgets sociaux et vouent aux oubliettes toute idée d’État-providence, si ce n’est en faveur des intérêts de petites élites financières et commerciales et des grandes multinationales.
Ces faits ne font que souligner, encore une fois, le pouvoir considérable qu’ont acquis ces organismes privés dans la définition des politiques économiques et sociales afin de garantir la soumission de tout gouvernement national aux diktats des organismes financiers internationaux, qui conditionnent tout programme d’aide financière au sacrifice par leurs propres gouvernements des sociétés concernées.


Sandron, L'Avenir, Belgique
Ces faits ne font ni plus ni moins que mettre entre guillemets les principes fondamentaux de la représentation politique et de la souveraineté nationale, dès lors que la détermination des choix macroéconomiques d’un pays dépendent, in fine, d’une poignée de technocrates au service d’intérêts particuliers qui émettent des diktats basés sur la captation tout à fait abusive d’un pouvoir exorbitant.

Le comble étant que ces officines partagent pleinement la responsabilité de la crise actuelle qui sévit sur le vieux continent, puisqu’elles ont approuvé, en leur temps, les taux d’endettement irrationnels du gouvernement grec et ont laissé se développer des dérèglements fiscaux comme ceux qui ont fini par exploser en Europe. Il n’est pas inutile de rappeler, pour souligner leur rôle, que ces mêmes organismes, dans les mois précédant le début de la crise en 2008, avaient accordé les notes les plus élevées aux junk bonds et autres subprimes US qui ont contaminé les marchés financiers mondiaux, et qu’ils avaient procédé de même avec la banque Lehman Brothers, déclarée depuis en faillite.
L’autre critique qu’il convient d’adresser à ces agences de notation est leur échelle à géométrie variable pour l’évaluation des économies : bien que l’instabilité et les déséquilibres de l’économie des USA aient contaminé le reste du monde en 2008, et malgré le déficit abyssal de la balance des paiements de la superpuissance, S&P et ses analystes n’ont jamais osé dégrader la note de Washington ; dans le cas de l’Union Européenne, ils le font à contretemps, quand cette décision non seulement n’a plus aucune vertu préventive, mais risque qui plus est de contribuer à l’aggravation de la crise ; pour ce qui concerne les pays d’Amérique Latine, les agences de notation ont pour habitude de récompenser ceux qui se sont docilement pliés au Consensus de Washington [train de mesures d’austérité et de dérégulation imposés, avec l’aval de Washington, par les organismes financiers internationaux à partir du début des années 90, NdT] et de sanctionner tous les projets économiques visant à renforcer la souveraineté nationale, le marché intérieur et l’intégration régionale.




Hachfeld, Neues Deutschland

mardi 6 décembre 2011

Costas Lapavitsas : “Nous n’avons pas intérêt à sauver l’union monétaire”/»Wir haben nicht das Interesse, die Währungsunion zu retten«/“No tenemos ningún interés en salvar la unión monetaria” /Κώστας Λαπαβίτσας: "Oι εργαζόμενοι της Ευρώπης δεν έχουν συμφέρον από τη διάσωση του ευρώ"


Ελλάδα πρέπει να εγκαταλείψει το ευρώ και η γερμανική αριστερά να  αναθεωρήσει επειγόντως τη στάση της  έναντι της Ευρώπης. Ο Κώστας Λαπαβίτσας δεν είναι μόνο καθηγητής Οικονομικών, επιπλέον, απεχθάνεται την ξύλινη γλώσσα. Μια συνέντευξη με τον Stefan Bornost προσφέρει πολύ τροφή για συζήτηση.



Ο Κώστας Λαπαβίτσας είναι καθηγητής Οικονομικών στη Σχολή Ανατολικών και Αφρικανικών Σπουδών στο Πανεπιστήμιο του Λονδίνου.
Για τον συνάδελφό μας, της συντακτικής επιτροπής, ήταν αδιαμφισβήτητο:  ‘’ Οφείλουμε να προβάλουμε αυτόν τον άνθρωπο! ‘’ Αυτός ο άνθρωπος είναι ο Κώστας Lapavitsas. Ο  Marcel Bois, ένας συντάκτης του  marx21, παρεβρισκόταν  στο συνέδριο του περιοδικού Ιστορικός  Υλισμός, στο Λονδίνο,  όταν ο Κώστας διαπληκτίστηκε  (λεκτικά ) με έναν αριστερό οικονομολόγο . Το θέμα ήταν η κρίση του ευρώ και το μέλλον του ενιαίου ευρωπαϊκού νομίσματος.  Χάρη στο Facebook, ήταν εύκολο να έρθουμε  σε επαφή και τρεις ημέρες αργότερα είχαμε στην άκρη του  τηλεφώνου , τον Κώστα, τόσο φιλικό όσο και ξεκάθαρο στις απόψεις του. Η ευχή  του, στο τέλος της επικοινωνίας: η Ευρωπαϊκή Αριστερά είναι επιτακτική ανάγκη να ανοίξει άμεσα   μια συζήτηση σχετικά με τη στάση της  απέναντι στο ευρωπαϊκό εγχείρημα. Ελπίζει ότι αυτή η συνέντευξη θα αποτελέσει το  έναυσμα και  ευχαριστεί εκ των προτέρων για κάθε  απάντηση. Μεταφέρουμε αυτή την ευχή στους  αναγνώστες μας. Στείλτε σχόλια και  κριτικές στη διεύθυνση Redaktion [at] marx21 [dot] de.

Griechenland soll raus aus dem Euro und die deutsche Linke dringend ihre Haltung zu Europa überdenken. Costas Lapavitsas ist nicht nur Professor für Ökonomie, sondern auch ein Freund der klaren Worte. Ein Interview, das reichlich Diskussionsstoff liefert. Die Fragen stellte Stefan Bornost.

Christo Komarnitski, EURO -Titanic
La Grèce doit sortir de l’euro et la gauche allemande doit réviser d’urgence son attitude vis-à-vis de l’Europe. Costas Lapavitsas n’est pas seulement professeur d’économie, en outre, il déteste la langue de bois. Une interview réalisée par Stefan Bornost qui offre abondamment matière à discussion.
RABE : La stabilité de l'euro assurée par une délocalisation en Extrême-Orient
Grecia debe salirse del euro y la izquierda alemana replantearse urgentemente su posición respecto a Europa. Costas Lapavitsas es un profesor de Economía al que le gusta llamar a las cosas por su nombre.Stefan Bornost.

vendredi 18 novembre 2011

Si j’étais un Grec (Le Docteur Choc est un ennemi de la démocratie)

par  Gabor Steingart, Handelsblatt, 28/11/2011; Traduit par  Michèle Mialane, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala
 Original: Wenn ich ein Grieche wäre
Traductions disponibles : English  Ελληνικά



Le quotidien patronal allemand Handelsblatt ne peut vraiment pas être qualifié de porte-parole des IndignéEs . Mais cet édito de son rédacteur en chef indique que même des propagandistes du capitalisme de marché commencent à trouver que les banksters de Bruxelles et Francfort sont allés trop loin dans la goldmansachsisation de l'Europe ( (NDLR Basta!)

La Grèce porte certes la responsabilité du gâchis de la dette. Mais la dépression des derniers jours a été importée de Bruxelles, Berlin et Paris. Un commentaire de Gabor Steingart, rédacteur en chef du quotidien économico-commercial allemand Handelsblatt.
Düsseldorf - Après un séjour chez des amis, on aime à dire : c’était bien, ce que l’on a vu et entendu a fait forte impression. Malheureusement ce ne fur pas le cas pour les 20 membres de notre équipe de reporters, au retour de leur voyage en Grèce, où ils sont allés cette semaine pour s’informer directement à l’épicentre de la crise.
Bien sûr, nous avons rencontré ces jours derniers des chefs d’entreprise courageux qui se battent contre la crise. Une crise plus forte qu’eux-mêmes. Nous avons vu des employés vaillants dans leurs bureaux délabrés, qui essayaient de mettre de l’ordre dans l’anarchie ambiante. Nous avons parlé avec des politiciens bien conscients que leur destin les avait placés là à une époque historique.
Mais l’impression dominante était tout autre. Le pays est épuisé. Il souffre de deux maux : la pagaille due à la dette, qu’il ne doit qu’à lui-même, et celle dont est responsable la politique de sauvetage européenne, qui ne fait qu’aggraver les choses. Le bilan des sauveteurs ne pourrait guère être plus désastreux : l’économie s’effondre, le chômage augmente, les jeunes rêvent d’émigrer. Et le déficit de l’État s’accroît vertigineusement, comme si rien n’avait été fait.
Ce n’est pas en saignant l’économie qu’on viendra à bout d’une telle montagne de dettes. Malgré une politique d’austérité sans exemple - hors périodes de guerre - dans un pays occidental, la dette grecque a augmenté de 55 milliards d’euros depuis fin 2009 ; en pourcentage du PIB elle est passée de 127% à 167%. On ne peut se permettre de faire fondre ses muscles.
Si j’étais grec, je poursuivrais mes sauveteurs en justice pour coups et blessures volontaires. Et à la nuit tombante, j’irais avec tous les autres sur la place Syntagma, face au Parlement, afin de montrer ma désapprobation envers cette politique de crise qui ne fait qu’intensifier la crise.
La spirale descendante s’accélère. La remise de dettes décidée cette nuit (28/10/2011) à Bruxelles freinera la dégringolade de la Grèce, elle ne l’arrêtera pas. D’abord elle arrive un an et demi trop tard. Si à l’époque on avait divisé la dette par 2, elle serait aujourd’hui inférieure à 100% du PIB. Mais dans les conditions actuelles la Grèce restera exclue des marchés financiers pour une durée impossible à prévoir.


Manifestants à Athènes
“On avait déjà le typhus et maintenant on nous a inoculé le cancer”
De plus, environ un tiers des obligations sont la propriété des Grecs eux-mêmes, soit 74 milliards d’euros pour leurs banques et donc leurs épargnants, et 26 milliards d’euros pour leurs fonds sociaux et donc leurs retraité-e-s. En une nuit, ils ont perdu beaucoup d’argent. Je comprends pourquoi Chryssanthos Lazarides, l’éminence grise de Samaras, le leader de l’opposition conservatrice déclare: «On avait déjà le typhus et maintenant on nous a inoculé le cancer .»
La thérapie appliquée à la Grèce rappelle ce que Jeffrey Sachs, le plénipotentiaire des USA et ses Chicago-boys ont testé dans la Russie de Boris Eltsine: déréglementation précipitée, privatisation à la chaîne et coupes dans les budgets publics. Et ils ont ainsi créé ce capitalisme sauvage qui aujourd’hui encore fait des Russes une société de milliardaires et de sans-le-sou. Sachs, l’inventeur de la « thérapie de choc » - il a été surnommé “Dr Choc”- s’est par la suite excusé auprès des Russes.
Une thérapie reprise désormais par les nombreux sauveteurs de la Grèce à Bruxelles, Paris et Berlin. Voici que sont de nouveau à l’œuvre les funambules de la finance, très au fait de restructuration de dettes, modalités de crédits et effets de levier mais bien peu de l’art de stimuler une économie nationale et ceux qui y travaillent. Les successeurs du bon docteur Choc insufflent un sentiment d’impuissance, non l’optimisme.Ils retirent de l’argent à l’économie au lieu de permettre l’investissement et enfoncent le pays en récession dans la dépression.

Si nous avions traité nos frères et sœurs est-allemands* comme les Grecs, les gens y rouleraient toujours en Trabant et attendraient toujours les bananes. Mais ce que nous avons fait de bien en RDA - annulation complète des dettes des entreprises, programme pour susciter une classe moyenne encore inexistante, élévation progressive des salaires pour accroître le pouvoir d’achat - nous ne le faisons pas en Grèce. À semer trop peu on récolte peu.
L’Europe a lancé un programme de sape de son propre Sud dont les effets diaboliques crèvent désormais les yeux à Athènes. L’addiction à l’héroïne et la prostitution s’étendent, nombre de commerçants ont définitivement fermé boutique, des citoyens en colère ont arraché les plaques de marbre aux façades de nombreuses agences bancaires.
Mais ce qu’on ne voit pas est pire que ce que l’on voit. Si j’étais Grec, je serais inquiet et sur mes gardes. Je surveillerais l’appareil militaire qui a gouverné le pays jusqu’en 1974 et qui est sans doute en train d’attendre sa revanche. Nous l’avons déjà constaté en maint autre endroit: le bon docteur Choc est un ennemi de la démocratie.
Résultats du sommet sur la crise de l’euro
- Nouveaux crédits
La Grèce recevra du fonds de crise européen pour les pays de la zone euro en difficulté (Fonds européen de stabilité financière : FESF) des prêts à faible taux (environ 3,5%). Les remboursements s’échelonneront sur 30 ans au lieu de 15. Un vaste programme de croissance et d’investissement en collaboration avec la Commission européenne doit remettre la Grèce sur pied. On exhorte le Fonds monétaire international (FMI) à participer au programme d’aide. La durée des emprunts contractés au titre du programme de sauvetage de 2010 est également allongée.
- Implication des banques
Le secteur financier participera sur la base du volontariat et avec une toute une gamme d’options au sauvetage de la Grèce. La contribution nette des banques doit se situer d’ici à 2014 autour de 37 milliards d’euros. En outre 12,6 milliards d’euros devraient être affectés au rachat des dettes. Si l’on estime que l’opération durera de 2011 à 2019, la contribution nette du secteur privé devrait atteindre aux termes de la déclaration finale 106 milliards d’euros.
- Nouvelles tâches pour les fonds de crises
Le fonds de stabilité européen reçoit de nouvelles attributions. Il peut désormais acheter des obligations d’État - mais à des conditions très strictes. En outre le fonds de sauvetage pourra imposer des programmes préventifs pour des candidats en difficulté de la zone euro. Le fonds ne sera pas davantage provisionné.
.
-  Irlande et Portugal
Le Portugal et l’Irlande, eux aussi bénéficiaires de milliards d’aides de la part de leurs partenaires, seront également soumis aux conditions de crédit prévues par le FESF
-  Déficits budgétaires
Tous les déficits européens devraient dans toute lamesure du possible revenir à moins de 3% en 2013. La politique d’austérité de l’Italie, qui devrait être effective en 2012 a reçu des félicitations, de même que les réformes que l’Espagne tente de mettre en place.
- Test de stress pour les banques
Les pays de la zone euro doivent mettre en place des mesures correctives appropriées pour les banques en faillite.
- Coordination économique
Les chefs d’État et de gouvernement exercent une pression sur la gouvernance économique: la Présidence européenne, que la Pologne exerce depuis début juillet, est chargée de réactiver les négociations avec le Parlement européen, actuellement dans l’impasse.
- Agences de notation
Tous les chefs de gouvernement sont d’accord pour limiter le pouvoir des agences de notation. On attend des propositions de la Commission européenne à ce sujet . En outre les Européens souhaitent créer leur propre agence de notation de poids international.
- Management de crise
Il faut améliorer le management de crise dans la zone euro. Avant octobre Herman Van Rompuy, Président du Conseil européen, José Manuel Barroso,Président de la Commission européenne et Jean-Claude Juncker, Président de l’Eurogroupe** feront des propositions.

*Eurogroupe : réunion mensuelle (et informelle) des ministres des Finances des États membres de la zone euro.


** "Frères et sœurs"? Cela nous rappelle une blague de 1968. Un Tchèque et un Russe roulent sur une route. Soudain, ils voient un sac de patates sur le bord de la route. Le Russe dit :"On partage en frères". Le Tchèque : "Pas question, on fait 50-50". Remplacez "Tchèque" par "Allemand de l'Est" et "Russe" par "Allemand de l'Ouest" (NDLR Basta!)

lundi 31 octobre 2011

L'accord signé ne fait que prolonger l'agonie de l'euro

par Jacques Sapir - Tribune | Jeudi 27 Octobre 2011

Les dirigeants de la zone euro ont conclu un accord, vers 4 heures ce jeudi matin, pour tenter de sauver l'euro. Pourtant, selon Jacques Sapir, ce plan anticrise est le « pire accord envisageable », car il va contribuer à nous plonger encore davantage dans la récession et priver l'Europe de son indépendance. D'autant plus qu'il ne suffira pas à sauver la Grèce.

L'accord réalisé cette nuit ne fera que prolonger l'agonie de l'Euro car il ne règle aucun des problèmes structurels qui ont conduit à la crise de la dette. Mais, en plus, il compromet très sérieusement l'indépendance économique de l'Europe et son futur à moyen terme. C'est en fait le pire accord envisageable, et un échec eût été en fin de compte préférable.Nos gouvernements ont sacrifié la croissance et l'indépendance de l'Europe sur l'autel d'un fétiche désigné Euro.
Dessin : Louison 
HUIT MESURES ACTÉES
Si nous reprenons les mesures qui ont été actées nous avons :

1. Une réduction partielle de la dette mais ne touchant que celle détenue par les banques. Autrement dit c'est 100 milliards qui ont été annulés et non 180 (50% de 360 milliards). Cela ne représente que 27,8%. La réalité est très différente de ce qu'en dit la presse. Cela ramènera la dette grecque à 120% en 2012, ce qui est certes appréciable mais très insuffisant pour sortir le pays du drame dans lequel il est plongé.

2. Le FESF va se transformer en « fonds de garantie » mais sur les 440 milliards du FESF, seuls 270 milliards sont actuellement « libres ». Comme il faut garder une réserve c'est très probablement 200 milliards qui serviront à garantir à 20% les nouveaux emprunts émis par les pays en difficultés. Cela représente une capacité de 1000 milliards d'emprunts (200 / 0,2). C'est très insuffisant. Barroso avait déclaré qu'il fallait 2200 milliards et mes calculs donnaient 1750 milliards pour les besoins de la Grèce (avant restructuration) du Portugal et de l'Espagne. Cet aspect de l'accord manque totalement de crédibilité.

3. La recapitalisation des banques est estimée à 110 milliards. Mais, l'agence bancaire européenne (EBA) estimait ce matin la recapitalisation à 147 milliards (37 de plus). De plus, c'est sans compter l'impact du relèvement des réserves sur les crédits (le core Tier 1) de 7% à 9% qui devra être effectif en juin 2012. Il faudra en réalité 200 milliards au bas mot, et sans doute plus (260 milliards semblent un chiffre crédible). Tout ceci va provoquer une contraction des crédits (« credit crunch ») importante en Europe et contribuer à nous plonger en récession. Mais, en sus, ceci imposera une nouvelle contribution aux budgets des États, qui aura pour effet de faire perdre à la France son AAA !

4. L'appel aux émergents (Chine, Brésil, Russie) pour qu'ils contribuent via des fonds spéciaux (les Special Vehicles) est une idée très dangereuse car elle va enlever toute marge de manœuvre vis à vis de la Chine et secondairement du Brésil. On conçoit que ces pays aient un intérêt à un Euro fort (1,40 USD et plus) mais pas les Européens. La Russie ne bougera pas (ou alors symboliquement) comme j'ai pu le constater moi-même lors d'une mission auprès du gouvernement russe en septembre dernier.

5. L'engagement de Berlusconi à remettre de l'ordre en Italie est de pure forme compte tenu des désaccords dans son gouvernement. Sans croissance (et elle ne peut avoir lieu avec le plan d'austérité voté par le même Berlusconi) la dette italienne va continuer à croître. 

6. La demande faite à l'Espagne de « résoudre » son problème de chômage est une sinistre plaisanterie dans le contexte des plans d'austérité qui ont été exigés de ce pays.

7. L'implication du FMI est accrue, ce qui veut dire que l’œil de Washington nous surveillera un peu plus... L’Europe abdique ici son « indépendance ».

8. La BCE va cependant continuer à racheter de la dette sur le marché secondaire, mais ceci va limiter et non empêcher la spéculation.

LES PIÈTRES CONCLUSIONS QUE L'ON PEUT EN TIRER...

Au vu de tout cela on peut d'ores et déjà tirer quelques conclusions : 
- Les marchés, après une euphorie passagère (car on est passé très près de l'échec total) vont comprendre que ce plan ne résout rien. La spéculation va donc reprendre dès la semaine prochaine dès que les marchés auront pris la mesure de la distance entre ce qui est proposé dans l'accord et ce qui serait nécessaire. 
- Les pays européens se sont mis sous la houlette de l'Allemagne et la probable tutelle de la Chine. C'est une double catastrophe qui signe en définitive l'arrêt de mort de l'Euro. En fermant la porte à la seule solution qui restait encore et qui était une monétisation globale de la dette (soit directement par la BCE soit par le couple BCE-FESF), la zone Euro se condamne à terme. En recherchant un « appui » auprès de la Chine, elle s'interdit par avance toute mesure protectionniste (même Cohn-Bendit l'a remarqué....) et devient un « marché » et de moins en moins une zone de production. Ceci signe l'arrêt de mort de toute mesure visant à endiguer le flot de désindustrialisation. 
- Cet accord met fin à l'illusion que l'Euro constituait de quelque manière que ce soit une affirmation de l'indépendance de l'Europe et une protection de cette dernière.

Pour ces trois raisons, on peut considérer que cet accord est pire qu'un constat d'échec, qui eût pu déboucher sur une négociation concertée de dissolution de la zone Euro et qui aurait eu l'intérêt de faire la démonstration des inconséquences de la position allemande, mais qui aurait préservé les capacités d'indépendance des pays et de l'Europe.

Les conséquences de cet accord partiel seront très négatives. Pour un répit de quelques mois, sans doute pas plus de six mois, on condamne les pays à de nouvelles vagues d'austérité ce qui, combiné avec le « credit crunch » qui se produira au début de 2012, plongera la zone Euro dans une forte récession et peut-être une dépression. Les effets seront sensibles dès le premier trimestre de 2012, et ils obligeront le gouvernement français à sur-enchérir dans l'austérité, provoquant une montée du chômage importante. Le coût pour les Français de cet accord ne cessera de monter. 

Politiquement, on voit guère ce que Nicolas Sarkozy pourrait gagner en crédibilité d'un accord où il est passé sous les fourches caudines de l'Allemagne en attendant celles de la Chine. Ce thème sera exploité, soyons-en sûrs, par Marine Le Pen avec une redoutable efficacité. Il importe de ne pas lui laisser l'exclusivité de ce combat.
La seule solution, désormais, réside dans une sortie de l'euro, qu'elle soit négociée ou non.

Jacques Sapir, né en 1954 à Puteaux, est un économiste français. Depuis  1996 Il est directeur d'études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, où il dirige le Centre d'études des modes d'industrialisation (CEMI-EHESS) et a été le responsable de la formation doctorale « Recherches comparatives sur le développement » jusqu’en 2006. C'est un expert des problèmes de l'économie soviétique puis russe et des questions stratégiques, mais aussi un théoricien de l'économie qui s'est fait remarquer par des positions hétérodoxes très marquées sur plusieurs sujets et un engagement politique à la gauche de la gauche. Il a pris publiquement position pour la "démondialisation" et s'interroge aujourd'hui sur le futur de la zone Euro et l'éventuelle nécessité pour la France de devoir sortir de l'Euro. Biographie détaillée 

Bibliographie
  • Pays de l'est : vers la crise généralisée ?, Federop, Lyon, 1980
  • Travail et travailleurs en URSS, La Découverte, Paris, 1984
  • Le Système militaire soviétique, La Découverte, Paris, 1988 (Prix Castex en 1989). Cet ouvrage a été publié en anglais en 1991
  • L'Économie mobilisée, La Découverte, Paris, 1989
  • Les Fluctuations économiques en URSS, 1941-1985, Paris, Éditions de l'EHESS, 1989
  • Feu le système soviétique ?, La Découverte, Paris, 1992
  • Le Chaos russe, La Découverte, Paris, 1996
  • La Mandchourie oubliée : grandeur et démesure de l'art de la guerre soviétique, Éditions du Rocher, 1996.
  • Le Krach russe, La Découverte, Paris, 1998
  • Les Trous noirs de la science économique : essai sur l'impossibilité de penser le temps et l'argent, Albin Michel, Paris, 2000 (Prix Turgot en 2001)
  • K Ekonomitcheskoj teorii neodnorodnyh sistem - opyt issledovanija decentralizovannoj ekonomiki (Théorie économique des systèmes hétérogènes: essai sur l'étude des économies décentralisées), Éditions du Haut Collège d'économie, Moscou, 2001 (ouvrage original, non traduit en français)
  • Les Économistes contre la démocratie, Albin Michel, Paris, 2002
  • Quelle économie pour le XXIe siècle ?, Odile Jacob, Paris, 2005
  • La Fin de l'eurolibéralisme, Le Seuil, 2006
  • Le nouveau XXIe siècle, du siècle américain au retour des nations, Le Seuil, 2008
  • « The social roots of the financial crisis : implications for Europe » in C. Degryze, (ed) Social Developments in the European Union : 2008, ETUI, Bruxelles, 2009
  • Ch. 8, « Le vrai sens du terme. Le libre-échange ou la mise en concurrence entre les Nations » et Ch.9, « La mise en concurrence financière des territoires. La finance mondiale et les États » in D. Colle, (ed.), D’un protectionnisme l’autre – La fin de la mondialisation , Presses Universitaires de France, 2009
  • 1940 - Et si la France avait continué la guerre..., Tallandier, 2010. Co-écrit avec Franck Stora et Loïc Mahé.
  • « La démondialisation », Le Seuil, 2011