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mardi 23 juin 2015

Au Chili aussi, tout a commencé par des casseroles

La bourgeoisie équatorienne est à son tour entrée en résistance contre le méchant président au couteau entre les dents, qui prétend – quelle impudence ! – imposer les patrimoines hérités. A Quito et à Guyaquil, les rombières, leurs époux, leurs filles et leurs fils sont donc descendus dans la rue avec un drôle d'attirail : des banderoles noires, des drapeaux à têtes de mort et…des casseroles, sur lesquelles elles tapent avec des cuillers.
Équateur, juin 2015 : "Tais-toi, Correa, personne ne te croit" (!)
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_10689.jpg
Ne vous y trompez pas : ça commence par des casseroles, ça finit par des tanks et des séjours dans les stades pour les méchants rouges.

mardi 22 avril 2014

Les bons, le brut et les truands - Brève mise au point sur la situation actuelle au Venezuela

Par , et , mouvements, 15/4/2014
Après le triomphe apparent du chavisme aux élections municipales du 9 décembre, la guerre politique intermittente qui a ponctué ces 15 années de « Révolution bolivarienne » – elle-même consécutive à une décennie de guerre sociale – occupe à nouveau le devant de la scène : des dizaines de milliers de manifestants et émeutiers réclament depuis bientôt deux mois la « sortie » du président Nicolás Maduro. La marche de Caracas du 12 février, au carrefour des mobilisations étudiantes « contre l'insécurité » initiées à San Cristóbal et des appels à « incendier la rue » lancés par la frange la plus réactionnaire de l'opposition le 23 janvier (date symbolique de la naissance de la démocratie en 1958)ii, a inauguré un cycle d'assassinats et de représailles débouchant sur l'arrestation d'un des leaders et de deux maires de la coalition d’opposition (MUDiii), en sus de l'occupation militaire de deux régions frontalières de la Colombie. Qu'y a-t-il derrière les stéréotypes croisés d'une opposition « fasciste » aux prises avec un pouvoir d'État « castro-communiste » ? Qui sont les manifestants ? Que fait le gouvernement ? Sur fond de crise économique et de violences politiques et sociales qui semblent combler des chroniqueurs pressés d'enterrer une énième « révolution ratée », et alors que se profile une médiation internationale (avec l'UNASUR et le Vatican), voici un panorama de la situation en trois temps, en contre-points des principaux poncifs circulant de part et d'autre.

« Un coup d'État se trame » vs. « le chavisme assassine des manifestants pacifiques »

L’opposition vénézuélienne est hétérogène et divisée sur la stratégie à suivre, en présence d'un mouvement dispersé et centrifuge. D’un côté, le dirigeant du parti Voluntad Popular Leopoldo López, la députée de Caracas María Corina Machado et le maire du Grand Caracas Antonio Ledezma sont devenues les figures politiques les plus médiatisées des protestations, en invoquant d'emblée « la sortie » de Maduro. De l'autre, le candidat unique de la MUD aux présidentielles d’octobre 2012 et avril 2013, Henrique Capriles Radonsky, a répété que croire que Nicolás Maduro pouvait quitter la présidence sous la seule pression des manifestants était « une grande erreur » et que tout changement institutionnel devait passer par la voie électorale. Or la Constitution imposerait d’attendre 2016 pour un potentiel référendum révocatoire, dans l’hypothèse où l’opposition réunirait les signatures d’un cinquième des électeurs inscrits.

La tentation de l'affrontement demeurant latente, les velléités insurrectionnelles de cette opposition ne doivent pas être minorées mais appréciées à leur juste valeur. La violence des actions de rue – les guarimbas, des barricades dans des quartiers essentiellement résidentiels et aisés, tenus par des maires d’opposition –, menées à la fois en marge et en lieu et place des manifestations, fait clairement écho aux postures guerrières des « faucons », aux États-Unis ou en Colombie (autour de l’ex-président Álvaro Uribe). S'il s'en désolidarise, Capriles, affaibli par la défaite de la MUD aux municipales, a également refusé l'invitation à la Conférence pour la Paix, convoquée par Maduro pour enrayer la spirale de la violence, et réclame la libération inconditionnelle de ses homologues, mais aussi d'Iván Simonovis, ex-commissaire impliqué dans le coup d'État (avorté) contre Chávez d'avril 2002iv. Lire la suite

samedi 11 février 2012

Pas de pitié pour les Bédouins ! De Napoléon III à Franco : les “Rouges”, des “Arabes du nord”

Je viens de découvrir, en lisant l’excellent article de John Brown sur Baltasar Garzón et le piège de la transition démocratique en Espagne (lire ci-dessous) que les officiers franquistes de l’armée d’Afrique qui écrasa la République espagnole appelaient les Républicains “los moros del norte”, les Arabes du nord. Ce qui amène l’auteur cité par Brown, Gustau Nerín, dans son livre La guerra que vino de África (La guerre venue d’Afrique), à qualifier l’extermination des “Rouges“ par les fascistes de “tuerie coloniale”. J’ai immédiatement pensé à un parallèle historique saisissant d’analogie.
En février 1848, le peuple de Paris se soulevait contre la monarchie instaurée en juillet 1830 et proclamait la Seconde République. La bourgeoisie terrorisée fit appel aux troupes d’Afrique qui avaient effectué la conquête sanglante de l’Algérie de 1830 à 1847, quand l’émir Abdelkader, chef de l’insurrection algérienne, se rendit aux troupes françaises d’occupation, commandées par le général Bugeaud, massacreur d’ouvriers parisiens en 1834.
Gouverneur de l’Algérie depuis 1840, Bugeaud est rappelé à Paris pour faire face à la Révolution. Nommé commandant militaire de Paris, il déclare : “J'aurai le plaisir de tuer beaucoup de cette canaille.” L’homme chargé du commandement opérationnel des troupes est le général de Saint-Arnaud, auquel François Maspéro a consacré un livre remarquable, L'honneur de Saint-Arnaud (éd. Seuil, coll. Points, 1997, 448 p.) Saint-Arnaud, prototype du conquérant colonial, mettra tout le savoir-faire acquis dans la conquête de l’Algérie – dont les fameuses enfumades de populations civiles réfugiées dans des grottes – au service de la contre-révolution en métropole. L’homme qui écrivait en Algérie “On ravage, on brûle, on pille, on détruit les moissons et les arbres” était haï par le peuple de Paris, qui l’avait conspué et jeté à bas de son cheval au cours des journées de février. Il prendra sa revanche, et celle-ci sera sanglante.


La cavalerie dans les rues de Paris le 2 décembre 1851 (Auteur inconnu)
Après le bain de sang de juin 1848,  Louis-Napoléon Bonaparte prépare son coup d'Etat. Il nomme Saint-Arnaud général de division puis ministre de la Guerre. Dans les jours qui suivent le coup de force du 2 décembre 1851 (le fameux 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte, pour citer le titre de la brochure de Karl Marx) les troupes de Saint-Arnaud, qui deviendra ministre de l’Intérieur, s'attaquent aux quartiers ouvriers parisiens au cri de : « Pas de pitié pour les Bédouins ! »
40 000 Républicains seront arrêtés et condamnés par des “commissions mixtes” mises en place par Saint-Arnaud et son collègue à la Justice Abbatucci. Une partie d’entre eux seront déportés dans les deux bagnes de Lambèze, en Algérie, et de Cayenne, en Guyane. Ces Républicains, bien qu’ils eussent été traités comme des “Bédouins”, n’en restèrent pas moins de bons et vrais Français. La plupart d’entre eux, une fois libérés du bagne de Lambèze, devinrent des colons dans l’Algérie désormais française (un condamné au bagne ne pouvait pas retourner en métropole une fois sa peine purgée) et, au printemps 1871, ils proclamèrent la Commune d’Alger, encore plus éphémère que la Commune de Paris. Détail troublant : cette “Commune” était interdite aux “indigènes” juifs et musulmans…

Comme quoi, on est toujours l’Arabe de quelqu’un.

Ernest Dargent, Illustration pour "Histoire d'un crime" - Quatrième journée : La victoire. © Photo RMN – Bulloz

vendredi 29 janvier 2010

Le Washington Post "fait s’effondrer" la Révolution Bolivarienne

Cet article du Post est un concentré parfait de l’idéologie, de la thématique et du vocabulaire qu’utilisent Le Monde ou Libération dans leur campagne permanente contre le "socialisme du XXIème siècle" de Chavez
par Rafael RICO RÍOS, 28/1/2010. Traduit par Thierry Deronne, pour www.larevolucionvive.org.ve
Original :
Venezuela: The Washington Post "derrumba" la Revolución Bolivariana
Le 25 janvier 2010, The Washington Post a publié l’article “Comment s’effondre la révolution de Hugo Chávez” signé par Jackson Diehl, éditorialiste et spécialiste de l’analyse internationale. Cet article est publié juste avant le terrible tempête médiatique déclenchée par l’affaire des chaines de télévision. Dommage pour cet auteur qui aurait pu y trouver quelque argument supplémentaire dans sa tentative volontariste de faire s’écrouler des révolutions.
La première phrase de son analyse est sans appel : "Hugo Chávez et son socialisme du 21ème siècle ont échoué et roulent vers l’abîme.
Face à une telle affirmation on ne peut s’attendre qu’à des révélations transcendentales et indiscutables de la part de l’analyste.
Cependant, nous sommes habitués à la presse commerciale et à ce genre d’analystes et nous trouvons rapidement ce à quoi nous nous attendions.
L’auteur dévoile rapidement sa position politique : “Au Honduras, sept mois de crise déclenchée par un client de Chávez créant une rupture de l’ordre constitutionnel, s’achèvent sur un accord qui l’enverra en exil après qu’un nouveau président élu démocratiquement a prêté serment comme président.”
Ce qui ne mérite aucun commentaire.
L’article aborde ensuite la crise économique, toujours fondamentale pour la presse commerciale. “Le Venezuela est secoué par la récession , l’inflation á deux chiffres, et le possible effondrement du réseau électrique national.” Et ajoute que pendant ce temps, “une élection présidentielle au Chili, économie la plus prospère de la région, a produit la première victoire d’un candidat de la droite”. Typique comparaison entre deux systèmes en lutte depuis quelques années.
Nous ne comprenons donc pas à quelle économie prospère se refère l’auteur. J’imagine qu’il se réfère á l’économie prospère pour les néo-libéraux, à savoir pour les riches et grands entrepreneurs internationaux, qui au Chili peuvent faire et défaire en toute “liberté”, sans s’inquiéter des injustices et des misères que provoque leur modèle de développement. Le gouvernement bolivarien a atteint, en pleine crise globale, la plus grande baisse de l’indice d’inégalité de toute l’Amérique Latine, l’indice Gini, qui descend à 0,41.
Comme toujours notre analyste avisé évoque le thème des Droits de l’Homme : “Piñera a ainsi offert à Washington une occasion d’élever la voix sur les violations des droits de l’homme au Venezuela.”
Voici le dirigeant le plus autorisé pour parler des Droits de l’Homme : Piñera. Dirigeant du parti de la droite chilienne, cette droite assise sur l’héritage d’excellentes réussites en matière de Droits de l’Homme comme 35.000 persones victimes de violations des Droits de l’Homme - 28 mille torturés, 2.279 exécutés et 1.248 qui restent disparus.
L’auteur insiste sur le Honduras, parle des élections illégales et affirme que “Le résultat est une victoire pour les États-Unis qui furent pratiquement le seul pays à appuyer une élection démocratique alors que la situation était au point mort. Honduras marque la fin de la croisade de Chávez pour exporter sa révolution vers d’autres pays”.
Nous voyons que pour l’auteur, dans le cas du Honduras, peu importent les Droits de l’Homme. Que le Honduras a subi un coup d’État militaire avec perquisitions illégales, arrestations massives, exécutions extrajudiciaires, fermeture de médias, cela indiffère l’auteur. Ce qui importe est de mettre un terme à la croisade de Chavez.
Haití ne fait qu’agrandir le trou de Chavez. Face au monde, les États-Unis commandent une opération humanitaire massive et les Haïtiens encouragent l’arrivée des Marines nord-américains.” Même la tragédie d’un tremblement de terre est une raison de plus pour justifier l’argument selon lequel Chavez est fini. Il est difficile de suivre sa logique, si tant est qu’elle existe. Ni les coups d’État, ni les disparitions, ni les tortures, ni les assassinats, ni les tremblements de terre, ni la faim, ni la souffrance. La seule chose qui semble importer à l’analyste c’est la défaite de Chávez.
Il revient à l’économie : “L’économie vénézuélienne est entrée dans une profonde récession et continue à plonger tandis que le reste de l’Amérique Latine se récupère. Les économistes prédisent que l’inflation pourrait s’élever à 60 pour cent dans les prochains mois.”
Nous savons qui sont ces économistes qui prédisent une inflation de 60% et l’écroulement de l’économie, et nous imaginons que ce sont les mêmes qui annoncent fréquemment depuis dix ans la chute du gouvernement Chávez pour faillite économique alors que dans la dernière décade, le Venezuela a atteint les meilleurs chiffres économiques des dernières décades, dont l’inflation la plus basse.
En se référant à Haiti et au rôle déplacé de Chávez il ajoute que celui-ci “a même affirmé que la Marine des États-Unis a provoqué le tremblement de terre avec une nouvelle arme secrète.” Cette affirmation il l’a tirée d’un article d’opinion repris d’un certain “Patria Grande” et repris notamment par une chaîne de télévision publique vénézuélienne. J’imagine que suivant la même logique, toutes les opinions qui s’expriment dans une télévision publique nord-américaine devront être attribuées à Obama.
Comme on pouvait s’y attendre depuis le début du texte, il fallait citer une enquête. “... Les indices d’approbation de Chávez ont continué à s’effondrer : il est tombé sous les 50 pour cent au Venezuela et à 34 pour cent dans le reste de la région.
On ignore à quelles enquêtes se réfère l’auteur. Ce 34% d’appui dans le reste de la région est intéressant si on prend en compte la campagne médiatique internationale. Cependant au Chili il n’y a pas eu de vote pour que les chiliens élisent le président du Venezuela. Ce qui importe, ce sont les élections nationales et jusqu’il y a deux semaines les enquêtes les plus sérieuses du pays confèrent un haut pourcentage de popularité (autour de 60%) à Hugo Chávez, suffisant pour gagner aisément les prochaines élections présidentielles.
De toutes manières, c’est au peuple vénézuélien que revient le dernier mot, bien que l’analyste du Washington Post ne semble pas croire beaucoup en lui, et jusqu’à l’heure actuelle Chávez a gagné clairement toutes les élections auxquelles il s’est présenté comme candidat. L’analyse se conclut par une brillante affirmation : “... le point d’inflexion dans la bataille entre populisme autoritaire et démocratie libérale en Amérique Latine est passé – et Chavez a perdu.”
Sans arguments ... et sans commentaires.

jeudi 28 janvier 2010

El Pais baillonne Chavez

Venezuela: RCTV appuie la solution militaire pour en finir avec Chavez
par Rafael RICO RÍOS, 27/1/2010. Traduit par Grégoire Souchay pour http://www.larevolucionvive.org.ve
Une fois de plus, le journal espagnol El País nous donne une leçon de journalisme de qualité avec son éditorial du 26 janvier, intitulé “Chávez Amordaza.” (Chavez censure). Cet éditorial marque la ligne idéologique d’un journal et dans le cas présent, il définit très clairement la position du média vis-à-vis du processus vénézuelien
El País critique la suspension temporaire de 6 chaines de télévision au Venezuela. American Network, America TV, Momentum, RCTV, Ritmo Son et TV Chile, sont suspendues jusqu’à ce qu’elles acceptent de respecter les lois en vigueur. Les points soulignés par El País correspondent parfaitement avec ce qui se diffuse internationalement dans les médias commerciaux.
L’éditorial s’ouvre en affirmant que “le gouvernement vénézuelien a définitivement coupé le signal au canal de télévision”. Or la suspension de la possibilité d’émettre de ces six chaines n’est pas définitive. Il n’y a aucune déclaration de la part des responsables de cette mesure qui indique qu’elle sera définitive, au contraire il s’agit d’une suspension temporaire. Cela a été dit et redit par la Commission Nationale des Telecommunications, CONATEL (équivalent du CSA) et les compagnies de cable elles-mêmes ont insisté en ce sens auprés des chaînes privées. Ce n’est donc en rien une suspension définitive comme le clame l’article.
Les chaines suspendues, qui avaient parfaitement connaissance du cadre juridique qu’elles étaient dans l’obligation de respecter, doivent se présenter devant la CONATEL pour s’enregistrer comme production nationale audiovisuelle et ainsi réunir les conditions requises par la Loi de responsabilité Sociale pour la Radio et la Télévision (Resorte). Elle pourront dès lors immédiatement recommencer à émettre. C’est donc une mesure de réajustement vis-à-vis des lois vénézueliennes. Le canal TV Chile, par exemple, voit son signal déjà en cours de rétablissement
Cependant, dans ce spectacle, Radio Caracas Television ( RCTV) a un autre objectif : créer de l’agitation dans des rues. Il faut rappeler que RCTV a participé activement au coup d’Etat du 11 avril 2002, et à d’autres tentatives de déstabilisation ces dernières années. Son objectif semble être de se victimiser, de maintenir la situation de conflit dans la rue, et de créer de la violence. Le 26 janvier, la mort de deux étudiants dans la ville de Mérida a été confirmée, l’un d’entre eux était membre du Parti Socialiste Unifié du Venezuela, et manifestait pour appuyer les mesures du gouvernement.
El País continue en expliquant que “Caracas accentue sa politique visant à faire taire les médias d’information critiques”. Depuis que Chávez gouverne, aucun média de communication ne s’est vu interdire pour avoir été critique. Dans le cas en question de RCTV en 2007, c’est la concession pour émettre sur le canal hertzien public qui est arrivée à terme. La chaîne a été transférée vers le réseau câblé et satellite. En 2007, le même journal répétait à l’envie que RCTV avait été fermée. Dans ce cas, si la chaine a été fermée en 2007, comme le claironnaient les grands médias, qu’est-ce qui est fermé aujourd’hui par le gouvernement ?
El País insiste également sur la question de la répression : “ce n’est pas la première fois que des voix discordantes sont supprimées” ... “en aout passé, Caracas à muselé trente autres stations de radio qui supposément n’auraient pas renouvelée leur concession administrative”. En août 2008 les concessions de diffusion pour 34 radios sur les plus de 800 existantes au niveau national ont été révoquées. Ces stations furent fermées, non pas pour des raisons politiques, mais parce qu’elles refusaient de respecter la Loi Organique des Télécommunications. Certaines d’entre elles n’étaient même pas d’opposition, toutes les stations du pays ayant été inspectées en application de la loi et certaines d’entre elles présentaient des irrégularités.
Celles-ci eurent un délai de plusieurs mois pour régulariser leur situation, et finalement, celles qui n’y avaient pas remédié ont été fermées. Ces mesures sont habituelles dans tous les pays, les stations qui ne respectent pas la loi sont suspendues. Certaines d’entre elles, héritées de père en fils, dans la totale illégalité, appartenaient à des entrepreneurs de l’opposition qui, une fois de plus, ont profité de l’application de la loi pour générer des troubles et accuser le gouvernement d’attaquer la liberté d’expression. La mise à jour des ondes permet d’ailleurs de libérer certaines fréquences pour les médias associatifs, qui connaissent un boom depuis leur légalisation par le gouvernement bolivarien et de poursuivre ainsi la démocratisation du "latifundio radio-électrique".
El País, dans son éditorial, cite que “la commission inter-américaine des droits humains considère la mesure comme une attente aux garanties constitutionnelles et ajoute que les chaines fermées n’ont pas eu la possibilité de se défendre devant une autorité impartiale.” Nous ne savons pas à quoi il est fait allusion par “se défendre devant une autorité impartiale”. La CONATEL est l’organisme public qui régule les télécommunications au Venezuela et ses portes sont ouvertes pour que ces chaines présentent les pré-requis édictés par la Loi Resorte et rétablissent leur diffusion. Diosdado Cabello, président de la CONATEL l’a répétée une fois encore : “le signal est resté ouvert pour les autres télévisions qui ont été établies comme productions nationales, la loi est la même pour tout le monde. Nous avons tous les mêmes droits et devoirs”
L’éditorial accuse également Chavez du fait de ses politiques économiques : “Chavez opère un contrôle des prix, la fermeture de centaines de commerces et menace d’expropriation. Tout un arsenal antidémocratique”. Certaines entrepreneurs vénézueliens ont profité des rumeurs des conséquences de la dévaluation de la monnaie pour augmenter leurs prix de leurs produits sans justification, jusqu’à + 300%, pour spéculer et d’enrichir. Si prendre des mesures pour contrôler la spéculation, l’augmentation des prix et les monopolisations est antidémocratique, qu’est-ce que El País considère comme démocratique ? Appuyer les entrepreneurs qui trichent, qui volent et pratiquent l’usure ?
Finalement, il est affirmé que “Radio Caracas Télévision International refuse de transmettre les discours doctrinaires du président”. Parmi les normes non respectées par ces canaux, y compris RCTV l’on trouve : non transmission des allocutions présidentielles (pas uniquement les directs), non diffusion de l’hymne national, non annonce du type de production, des éléments de langage, santé, sexe et violence, la diffusion de plus de deux heures de séries pour adultes aux horaires pour enfants. Ce n’est donc pas seulement pour ne pas transmettre, lorsque ceci est envisagé, les discours du président.
Le plus préoccupant est un fait qui n’a pas été publié par la presse commerciale internationale, les déclarations de Noel Álvarez, président de la Fédérations des Chambres et Associations de Commerce et de Production du Venezuela, Fedecamaras (équivalent du MEDEF).
Le 21 janvier, sur RCTV, la chaine défendue par ces médias pour son caractère si démocratique, Noel Álvarez déclare que la solution pour en finir avec Chavez est la “solution militaire” (heureusement qu’il n’a pas dit la solution finale ...), avec la réaction enthousiaste du journaliste-intervieweur vedette de RCTV, Miguel Ángel Rodríguez, qui applaudit triomphalement à cette idée de la “solution militaire”.
Évidemment, El País ne le mentionne pas. Serait-ce parce que ce journal défend également la solution militaire ?
Ce type d’éditorial est un exemple de la position de El País vis-à-vis de Chavez. Jour après jour, il bombarde de manière maladive, à la limite de la paranoïa, une kyrielle d’articles contre le président Chavez. Il devient urgent de se demander : s’ils pense tout cela d’un président élu par plus de 60% de la population vénézuelienne, alors que pensent-ils des millions de sympathisants qui appuient le président Chavez ? La réponse semble être claire : il les méprise.
Demi-vérités, déformation, mensonge, insultes, manipulation, toute un vocabulaire utilisé pour s’en prendre quotidiennement au Président Chavez. Et en réalité, ce qu’à l’air d’oublier ce média, peut être parce qu’il a perdu tout principe démocratique, c’est qu’au fond tout cela représente l’indifférence pour la décision des électeurs vénézueliens. Une fois encore, El País méprise le peuple vénézuélien.

Vidéo des déclarations de Noel Álvarez sur RCTV où il demande une “solution militaire, à partir de 1 min 40 

lundi 9 novembre 2009

9 novembre


Le monde "libre", "démocratique" et "prospère" fête dans l'enthousiasme la chute du Mur de Berlin. Un enthousiasme unanimiste. Quand règne une apparence d'unanimité, il faut toujours se méfier. passons sur les aspects comico-grotesques de cette commémoration, dont la palme revient au Grand Nabot National, Sarkozy Ier, qui, sur Facebook, revendique, photo à l'appui, sa part dans les travaux de destruction du Mur le 9 Novembre. Sauf que ce qu'il ne nous dit pas, c'est qu'il n'est arrivé, avec Alain Juppé, que le 10 novembre 1989, quand le Mur était déjà tombé...

Des uniformes de l'Armée nationale populaire aux fameuses Trabant, l'Ostalgie ne s'est jamais si bien portée et est devenu un créneau commercial porteur. Exemple le plus comique de cette nostalgie, cette liqueur qui fait fureur, baptisée Erich's Rache, La Vengeance d'Erich (Honecker).
Il n'y a pas lieu d'éprouver de la nostalgie pour le socialisme prussien, qui n'a jamais su se déstaliniser. Mais le communisme authentique reste à inventer. Peu importe comment on l'appellera. Et il s'invente dans les luttes des peuples, au jour le jour, du Chiapas aux Andes, de Caracas à Cochabamba. Loin de l'Europe, qui a cessé d'être le centre du monde, où la gauche -italienne, française, allemande, espagnole - est devenue une Chose sans forme, sans nom, sans vertèbres, comme l'écrit si bien Barbara Spinelli dans l'article ci-dessous. Et puisqu'on commémore, revenons sur l'histoire de ce 9 novembre 1989, avec Chems Eddine CHITOUR. Et n'oublions pas cet autre 9 Novembre allemand, celui de 1918, quand la classe ouvrière tenta de monter à l'assaut du ciel, mais fut arrêtée net dans un bain de sang par la social-démocratie.


Ce mur qui est tombé sur la gauche 

par Barbara SPINELLI,  La Stampa, 8/11/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Quel muro che cadde sulla sinistra
Le Mur de Berlin est tombé sur la tête de la gauche italienne comme le jour du Seigneur dans la Première épître de Paul aux Thessaloniciens: «Vous savez bien que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit. Quand les hommes diront: " Paix et sûreté! " c'est alors qu'une ruine soudaine fondra sur eux comme la douleur sur la femme qui doit enfanter, et ils n'y échapperont point." Pour certains dans le Parti communiste italien il en fut vraiment ainsi, Alessandro Natta, qui avait dirigé  le PCI  jusqu'en 1988, confia à Claudio Petruccioli (on était le 10 novembre 10, quelques heures à peine après la nuit fatale) que «Hitler avait gagné."


 C’est à cette époque que son successeur, Achille Occhetto, a commencé à parler, à la Bolognina*, de la Chose: il ne pouvait pas encore lui donner un nom, mais il avait senti que pour s’en sortir il fallait  immédiatement inventer un parti nouveau, et surtout un nom qui fasse oublier le passé avec ses nombreuses idées fausses, ses doubles vérités, ses impuissances volontaires. Pour beaucoup de militants ce fut un choc, parce que le passé ne s’efface pas en une nuit à la manière dont Staline effaçait les traces des camarades et de leur histoire.
Parce qu’on ne peut pas appeler la nouveauté  une Chose, simplement parce qu’on a peur d'utiliser des mots tragiquement déshonorés comme projet, idéologie, objectif. Et pas seulement ça: si les dirigeants purent changer si facilement de route, cela voulait dire que pendant des dizaines d'années,  ils avaient caché la vérité à leur base: s’ils avaient parlé plus tôt, ils n'auraient pas permis que l'Italie se retrouve privée d'alternative pendant près d'un demi-siècle.
Vingt ans ont passé depuis, et les héritiers du Parti communiste souffrent encore de cet abandon précipité, de cette perte subite de sens du vocabulaire. Il ya des mots qui laissent une empreinte même s’ils sont nébuleux, et c’est ce qui s’est passé avec la Chose. Au lieu de l'idée du monde, apparut ce substantif qui est une annonce, une coquille que l’on promettait de remplir, «  un nom générique - écrit le dictionnaire Devoto - qui ne reçoit sa définition que dans le contexte du discours». Tout dès lors a été un futur  suspendu à un contexte indéterminé: même les primaires, auxquelles on avait appelé à adhérer sans savoir exactement à quoi on allait adhérer. Même l'espoir de combiner les deux forces fondatrices de la République: le socialisme et le catholicisme, oubliant (l'historien Giuseppe Galasso l’a rappelé le 30 août dans le Corriere della Sera) ce tiers importun qu’est la tradition laïque, libérale, radicale. Passant en revue les deux dernières décennies, Arturo Parisi parle du contrôle que la nomenclature de l'ancien Parti communiste, en est venue à acquérir sur l’Olivier (l’Ulivo), et du pacte scellé par elle avec les faux rénovateurs du même parti. Les candidats aux postes de secrétaires régionaux aux primaires provenaient à 75% des Démocrates de gauche (DS), faisant « coïncider la géographie électorale du Parti démocrate (Pd) avec les limites du vote communiste » et provoquant la défaite de l'Olivier (entretien avec Gianfranco Brunelli, Il Regno 16/2009) .
Force indispensable de la gauche, mais pas bien identifié, l'ancien Parti communiste encombre avec le poids, qui n’est pas léger, d’une histoire répudiée. Cela fait des années qu’il expie, jusqu’à à l'excès, un passé dont il ne veut  pourtant pas encore parler. Le centrisme, le profil bas, la trêve entre les pôles, la politique sans confrontations: nous sommes dans un pays où le principal parti de gauche, par  honte du passé, ne fait pas de véritable opposition, de peur de ressembler à ce qu’il a été. L'esprit de 89 lui a peu appris. La primauté du droit, l'honnêteté de l'élite, la découverte du conflit sort de la démocratie: la libération de 89, chez nous, a pris la forme des l’opération Mani Pulite  (Mains propres), sans égratigner la politique. Inutile de blâmer les juges, s’ils se sont retrouvés tout seuls à exprimer le désir de régénération. Bersani** a fait remarquer hier que le dialogue est devenu un «mot malade et ambigu. »
Le rapt de l'Olivier et du Pd ne crée pas l'identité. Le  socialisme italien a aussi été capturé ainsi: en l’usurpant, en ne l’intégrant pas et en cherchant à comprendre la débâcle des autres plutôt que la sienne propre. Pour le  socialisme italien aussi la chute du Mur est surgie comme un voleur dans la nuit. Les métamorphoses du PCI sont une histoire d’appropriation cruelle, mais le socialisme n'est pas moins coupable de ce vol de mots et d'identité. Il n’'a jamais réussi à devenir dominant, comme dans le reste de l'Europe. Et quand avec Craxi il voulut disputer la représentation de la gauche au PCI, il  a été incapable d’en tirer les conséquences: il a continué son double jeu, il a fait miroiter les perspectives d’une union de la gauche sans renoncer à répartir le pouvoir, il ne s’est pas renouvelé moralement, mais il s’est dégradé jusqu'à devenir le symbole de la corruption italienne.
Dans un essai lucide sur l'Italie, l'historien Perry Anderson décrit un parti socialiste qui génère le berlusconisme, en expliquant que ce dernier est l’héritier du PSI dans sa dernière période, plutôt que de la DC (Démocratie-chrétienne) (London Review of Books, 21-3-2002). Le manque de préjugés de Craxi est un trait spécial et unique de notre culture. Ailleurs l’homme sans préjugés est un personnage du XVIIIème siècle qui combat les préjugés, les dogmes : il ne coïncide pas avec l’homme sans scrupules. Chez nous, les deux se confondent, et l’absence de préjugés est une vertu digne d’éloges de ceux qui méprisent les règles, le droit et l'éthique, dans la certitude que le pouvoir rend tout licite, sinon légal. La classe dirigeante tout entière en est responsable, et il n’est pas étonnant que depuis des décennies l'ordre du jour politique soit  dicté par Berlusconi.
Occhetto espérait peut-être un véritable tournant. Il mettait ses espoirs dans une caravane qui sur sa route associerait diverses forces, et il craignait la caserne désirée par Massimo D'Alema. Une crainte qui s’est révélée justifiée, mais qui ne voit pas le seule D'Alema sur le banc des accusés. Cela au moins a été clair: l'Olivier ne lui a jamais plu. Les faux rénovateurs furent plus coupables, que promettaient sans tenir : ceux qui n'ont pas hésité, comme Veltroni, à détruire le dernier gouvernement Prodi. Néanmoins, M. D'Alema reste l'homme-clé de ces deux décennies. D'une certaine manière il est resté ce qu'il était, débarrassé de ses dogmes, mais avec une volonté de puissance inchangée. Des communistes il a gardé l’intolérance envers la dissidence, le même agacement froid devant la presse indépendante. Les phrases comme: « Les journaux? C'est un signe de civilisation de ne pas les lire. Il faut les laisser dans les kiosques », sont de lui et pas de Berlusconi. La mort temporaire de L’Unità, en 2000, en témoigne. Michele Serra parlò di delitto perfetto su la Repubblica: «La fine dell'Unità, forse più ancora della Bolognina, illumina lo sconquasso identitario della sinistra italiana. Michele Serra, dans  La Repubblica, parle de crime parfait : « La fin de L’Unità, peut-être plus encore plus que discours de la Bolognina, illumine le fracas identitaire de la gauche italienne. Elle en dit les incertitudes,  les complexes  d’infériorité, l’avancée incertaine et peu linéaire vers une modernité souvent vécue de manière pragmatique et opportuniste. »
Vivre la modernité de manière pragmatique et opportuniste, c’est abandonner l'idéologie au nom de l’anti-dogmatisme. Le fait que les idéologies totalitaires aient péri, ne signifie pas qu'un parti peut vivre seulement de volonté de puissance, et sur celle-ci  fabriquer des accords louches. Et qu’il peut continuer à recevoir sa couleur de discours éphémères. Se doter d’une idéologie signifie avoir un système cohérent d'images, des métaphores, de principes éthiques. Cela veut dire penser un rapport différent avec les étrangers, la nature, le travail qui change, l'imaginaire. Contrairement à la politique quotidienne, l'idéologie a une durée non pas courte, mais moyenne et la durée n'est pas un signe d’imperfection. C'est parce qu'elle n’avait pas d’idées sur l'information de masse et la société d’immigration que la gauche a été renversée par Berlusconi. Parce qu’elle n’a pas su adopter tout de suite une loi sur les conflits d'intérêt. Che giunse sino a chiamare la Lega una propria costola. Parce qu’elle en est même venue à appeler la Ligue [la Lega Nord d’Umberto Bossi, NdT) une de ses côtes.
Perry Anderson estime que notre gauche est invertébrée. Une Chose justement, sans squelette: un métamorphe, comme dans le film de Carpenter. Son rêve récurrent est celui d'un pays normal: une autre Chose - imprécise, camouflée – qui, depuis 1989,  capture les esprits. La gauche invertébré a été courtiser Clinton, Blair, Schröder, chantant les louanges de la modération et du centrisme. La vie normale pour la gauche, a signifié jusqu’à maintenant démobilisation idéologique et conformisme : le nouveau, nous l’attendons toujours. 
NdT
* Le 12 novembre 1989, lors d’une cérémonie de commémoration de la bataille de la Bolognina, Achille Occhetto, secrétaire général, annonce une perestroïka à l’italienne : il s’agit, dit-il, de « transformer le parti en une chose plus grande et aussi plus belle ».. En février 1991, lors du « congrès du tournant », le PCI est dissous. La majorité des délégués suit Occhetto dans la création du Parti démocratique de la gauche (PDS), tandis que la minorité de gauche créera le Mouvement de la refondation communiste, qui deviendra ensuite le Parti de la refondation communiste. En 2007, suite à leur 4ème congrès les « démocrates de gauche » transforment leur parti en « Parti démocrate », dont le premier secrétaire général sera Walter Veltroni. Le PD regroupe, aux côtés des anciens communistes, une nébuleuse allant d’ex-socialistes à des libéraux en passant par des chrétiens-sociaux et des réformistes de diverses nuances.

** Pier Luigi Bersani (* 1951), élu secrétaire général du Parti démocrate le 25 octobre 2009 (avec 53% des voix), ce philosophe originaire de Plaisance a été ministre dans les gouvernements Prodi, D’Alema et Amato.




Mythe du mur de Berlin et vrai mur de la Honte en Palestine
Pr Chems Eddine CHITOUR*, L'Expression Lundi 9 Novembre 2009
«Tout ce que les communistes vous ont dit du communisme était faux, mais tout ce qu’ils vous ont dit du capitalisme était vrai.»
Proverbe russe

«Ich bin in Berliner», «Je suis un Berlinois» s’exclamait J.F. Kennedy venu soutenir les Berlinois au plus fort du blocus: résonne encore dans nos oreilles de naïfs bercés par la doxa occidentale au point que l’on croyait tout ce qu’on nous disait -le «on» symbolisant les médias occidentaux. Nous avons comme pour le cinéma hollywoodien vibré et communié avec ceux que l’on nous présentait comme faible avec naturellement le «Zorro» redresseur de torts qui fait qu’on applaudissait à la fin des films. Je veux dans cette contribution «déconstruire» le mythe du mur de Berlin et parler d’un vrai mur, celui de la honte, celui de la force injuste contre le peuple opprimé de Palestine.

Pourquoi le mur a été construit?
William Blum nous explique pourquoi le mur a été construit: « (...) Pour commencer, rappelons qu’avant que le mur soit construit, des milliers d’Allemands de l’Est faisaient quotidiennement la navette entre Berlin Est et Berlin Ouest pour leur travail, c.-à-d. rentraient chez eux tous les soirs. Ils n’étaient donc aucunement retenus à l’Est contre leur volonté. Le mur a été construit principalement pour deux raisons:
1. L’Ouest était en train de harceler l’Est par une forte campagne de recrutement de professionnels et d’ouvriers hautement qualifiés, qui avaient été éduqués aux frais du gouvernement communiste. Cela finit par provoquer à l’Est une sérieuse crise de la production et de la main-d’œuvre. À titre indicatif, le New York Times notait, en 1963: «L’érection du mur a fait perdre à Berlin Ouest à peu près 60.000 ouvriers très qualifiés, qui se rendaient chaque jour de leurs domiciles de Berlin Est à leur lieu de travail de Berlin Ouest». New York Times, 27 juin 1963, p.12
2. Pendant les années 50, les «guerriers froids» américains de Berlin Ouest ont déclenché une brutale campagne de sabotages et de subversion contre l’Allemagne de l’Est, dont le but était de détraquer sa machine économique et administrative. La CIA et d’autres services militaires d’espionnage US ont recruté, équipé, entraîné et financé des activistes, individuellement ou par groupes, tant à l’Est qu’à l’Ouest, pour exécuter des actions qui, couvrant tout le spectre des possibilités, allèrent du terrorisme à la délinquance juvénile: n’importe quoi qui pût rendre la vie difficile aux citoyens d’Allemagne de l’Est, et affaiblir le soutien qu’ils apportaient à leur gouvernement, n’importe quoi qui pût donner des cocos une mauvaise image. (...) » (1)
Petit retour en arrière: Egon Krenz dernier président du Conseil d’État de la République démocratique allemande (RDA) évoque la chute du mur, le rôle de Gorbatchev, ses relations avec Kohl, ses propres erreurs, le socialisme.: L’histoire me libérera.(...) Mon sort personnel importe peu. En revanche, le calvaire vécu par de nombreux citoyens de la RDA relève de l’inadmissible. Je pense à tous ceux qui ont perdu leur travail alors qu’ il n’y avait pas de chômage en RDA. Je pense à tous ceux qui ont été marginalisés. Mais avez-vous remarqué que les dirigeants de la RFA ont tout mis en œuvre pour éviter la prison aux nazis? (..) Au bureau politique du SED, j’étais le plus jeune. Avec la disparition de la RDA, c’est une bonne partie de ma vie que j’ai enterrée.
Avec le chancelier Kohl, nous avions décidé d’ouvrir plusieurs points de passage. La date avait été fixée par mon gouvernement au 10 novembre 1989. Or, la veille, un membre du bureau politique, Schabowski, a annoncé publiquement, non pas l’ouverture de passages, mais la «destruction du mur». J’avais une grande confiance en Gorbatchev, une grande confiance dans la perestroïka comme tentative de renouvellement du socialisme. J’ai rencontré Gorbatchev, le 1er novembre 1989, à Moscou. Quatre heures d’entretien. Je lui ai dit: «Que comptez-vous faire de votre enfant?» II me regarde étonné et me répond: «Votre enfant? Qu ’entendez-vous par là?» J’ai poursuivi: «Que comptez-vous faire de la RDA?» II m’a dit: «Egon, l’unification n’est pas à l’ordre du jour.» Et il a ajouté: «Tu dois te méfier de Kohl.» Au même moment, Gorbatchev envoyait plusieurs émissaires à Bonn. Gorbatchev a joué un double jeu. Il nous a poignardés dans le dos. Egon Krenz, le «Gorbatchev allemand», disait-on à l’époque. En 1989, je l’aurais accepté comme un compliment car l’interprétant comme reconnaissant mon action visant à améliorer, à moderniser, à démocratiser le socialisme. Pas à l’abattre. Aujourd’hui, si certains me collaient cette étiquette, j’aurais honte. (...) L’idée socialiste, les valeurs socialistes vivent et vivront. Je reste persuadé que l’avenir sera le socialisme ou la barbarie. Le système ancien est définitivement mort. Je considère que j’ai failli. À d’autres de construire le socialisme moderne et démocratique. Un nouveau socialisme.(2)
Une autre version moins édulcorée lui attribue un rôle trouble. C’est Egon Krenz avec trois autres membres qui poussa Erich Honecker vers la sortie avec la bénédiction de Gorbatchev. Nous lisons: (...) Quant à la direction soviétique livrée au courant liquidateur de Gorbatchev et des traîtres qui l’entourent, elle encourage et favorise le mouvement. Le chef de l’Etat et du Parti communiste soviétique, Mikhaïl Gorbatchev, engagé lui-même dans le même processus liquidateur, leur a déjà souhaité «bonne chance», rapporte Harry Tisch, un des comploteurs, alors chef de la «Fédération libre des syndicats de RDA», parti à Moscou chercher du soutien. Le 17 octobre, la succession de Honecker est mise à l’ordre du jour de la réunion du bureau politique. Lors du tour de table, Honecker ne trouve pas de soutien, même chez ceux en qui il avait confiance. La trahison est complète et définitive. Egon Krenz est élu à la succession de Honecker le 18 octobre. Il ne parviendra pas à rester au pouvoir. Comme leur modèle Gorbatchev, les opportunistes ont ouvert la voie du malheur pour leur peuple. Quelques semaines après les premiers «McDo» ouvrent à Moscou. Quant à Erich Honecker, il est mort en mai 1994 il avait été emprisonné par le régime libéral de RFA. Réfugié à Moscou, il avait été livré par Eltsine.
La France a essayé d’empêcher la réunification. François Mitterrand a-t-il raté la réunification allemande?, s’interroge Pierre Haski. La polémique, d’abord historique mais pas seulement, a repris depuis la publication, à Londres, de documents déclassifiés par le Foreign Office, et en particulier des notes d’entretiens entre le président français et Margaret Thatcher, alors Premier ministre. Ce soupçon de loupé diplomatique majeur pèse sur François Mitterrand depuis des années. Pourtant, pour avoir suivi comme correspondant diplomatique de Libération à l’époque, toutes les étapes de cette page d’histoire, j’ai ressenti comme beaucoup d’autres l’immense flottement, le sentiment d’un homme qui était à contre-courant de l’histoire sans pour autant commettre de faute irréparable. On n’est pourtant pas passé loin si l’on en croit les documents britanniques, et en particulier cette conversation, début décembre, entre Mitterrand et Thatcher, dans laquelle ils font surenchère de références à la Seconde Guerre mondiale, et se renforcent mutuellement dans leur soupçon vis-à-vis du géant allemand qui renaît. Mitterrand redoute de voir Français et Britanniques se retrouver «dans la situation de leurs prédécesseurs dans les années 30, qui n’avaient pas su réagir» au désir d’hégémonie allemande. Et Maggie Thatcher sort de son célèbre sac à main une carte d’Europe découpée dans un journal d’avant-guerre...(3)
Dans ses mémoires récentes, Kohl a écrit avoir été très déçu par Mitterrand, qui en aparté se serait révélé très hostile à la réunification. Ce qui a le plus agacé Kohl, c’est que Mitterrand lui parle avec insistance de la ligne Oder Neisse, comme si on était avant guerre. Il en a été vexé dit-il, et n’a pas pardonné. La réunification a été le grand moment du chancelier Kohl, son heure de gloire et son titre incontestable pour la postérité. On est donc loin du main dans la main de la fameuse photo que, visiblement, Kohl a voulu gommer dans ses mémoires.

La chute du mur: pour le meilleur comme pour le pire
La suite est tristement connue. Ce sera la «réunification officielle», en fait une opération de colonisation de l’Est par l’Ouest, où l’ex-RDA sera livrée au capitalisme sauvage et au chômage. L’exemple de Leipzig, capitale industrielle de la RDA, qui rivalisait techniquement avec l’Occident dans les années 60-80, est significatif. «Leipzig ville fantôme» le Courrier International (Paris) «La municipalité incite les propriétaires à faire démolir leurs immeubles, car ils ne les loueront plus jamais», résume Der Spiegel. «Ensuite, ils sont invités à faire don des terrains à la ville.
Quant à ceux qui refusent, ils finiront par vendre leur bien, devenu inexploitable, à très bas prix, estiment les urbanistes
». http://www.pcn-ncp.com/dossier/ddr/ddr2.htm
On aurait pensé alors, propagande aidant, que la libération était synonyme de bonheur. Il n’en fut rien. En 1999, USA Today écrivait «Quand le Mur de Berlin est tombé, les Allemands de l’Est se sont imaginé une vie de liberté et d’abondance, où les difficultés auraient disparu. Dix ans plus tard, un remarquable 51% aux élections a fait savoir qu’ils étaient plus heureux sous le communisme». USA Today, 11 octobre 1999, p.1. Vingt ans plus tard, le capitalisme a pu envahir le monde, se propager à toute allure, matérialisé par des McDo, des parcs d’attractions, des jeans et des chewing-gums. Mais qu’ont-ils véritablement gagné? Pourquoi ne pas aussi parler d’une absence de chômage, d’une société sans SDF où chacun pouvait trouver sa place, ce que regrettent grandement aujourd’hui les populations d’Europe de l’Est. Sans compter que la pauvreté de la RDA s’explique par le fait qu’elle a du supporter seule les dommages de guerre dues par l’Allemagne à l’URSS, la RFA étant exonérée et bénéficiant au contraire d’un généreux plan Marshall...Les Allemands de l’Est en sont à redécouvrir l’Ost-algie d’avant...
Pourquoi ne pas parler du vrai mur de la honte de plusieurs kilomètres qui défigure la Jordanie, obligeant chaque matin des milliers de Palestiniens à faire d’énormes détours pour aller travailler chez les colons israéliens, ou pour rentrer le soir ne sachant pas s’ils peuvent ou non passer selon le bon vouloir et les humiliations au quotidien de la part des soldats. Il est vrai que la Cour Internationale de Justice a déclaré illégal ce mur et a demandé son démantèlement. Peine perdue. Le mur continue d’être peaufiné: les Palestiniens seront «comme des cafards dans un bocal» pour reprendre l’expression appropriée d’un général israélien...

Le vrai mur de la honte
Marquant le 20e anniversaire depuis la chute du mur de Berlin, les Palestiniens ont démoli ce vendredi dans le village cisjordanien de Ni’lin, un pan de mur [d’Apartheid] construit par Israël. Lors de la manifestation hebdomadaire contre le mur, qui traverse le centre du village situé dans la région de Ramallah et isole les habitants de 60% de leurs terres agricoles, quelque 300 manifestants ont méthodiquement démantelé une section en béton avant que les forces israéliennes n’ouvrent le feu. Ils ont brûlé des pneus et abattu une dalle de béton de huit mètres de haut en s’aidant d’un vérin mécanique pour voiture. «Il y a vingt ans, personne n’imaginait que la monstruosité d’un Berlin divisé en deux pourrait jamais être abattue, mais il n’a fallu que deux jours pour le faire», a déclaré Muhib Hawaja, un des manifestants, au journal israélien Yedioth Aharonot. «Aujourd’hui, nous avons prouvé que nous aussi pouvions l’imposer, ici et maintenant. Ce sont nos terres au-delà de ce mur, et nous n’avons pas l’intention d’accepter son existence. Nous triompherons car la justice est de notre côté.»(4)
Pour rappel. Commencé en juin 2002, le Mur de séparation devrait faire plus de 703 kilomètres de long, soit deux fois la longueur des frontières de 1967 avec la Cisjordanie et quatre fois plus long que le Mur de Berlin. Le Mur atteint à certains endroits 8 mètres de hauteur, plus de deux fois celle du Mur de Berlin. A d’autres endroits, le Mur est constitué d’une barrière métallique électrifiée entourée de tranchées de patrouilles, des fils barbelés et des détecteurs de mouvements. (Comme la ligne Morice en Algérie Ndlr). Le Mur s’enfonce profondément en Cisjordanie, divisant des villes, des villages et leurs périphéries, séparant les familles. Le Mur empêche les paysans palestiniens d’accéder à leurs terres; les étudiants de se rendre à leurs écoles; les malades, les personnes âgées et les femmes enceintes d’accéder aux soins de santé de base.
Pourtant, l’Avis consultatif de la CIJ édicté le 9 juillet 2004, est on ne peut plus clair: «L’édification du Mur qu’Israël, puissance occupante, est en train de construire en territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, et le régime qui lui est associé, sont contraires au Droit International» (paragraphe 163),; «Israël est dans l’obligation de mettre un terme aux violations du Droit International dont il est l’auteur; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le Territoire Palestinien Occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est, de démanteler immédiatement l’ouvrage situé dans ce territoire; Israël est dans l’obligation de réparer tous les dommages causés par la construction du Mur dans le Territoire Palestinien Occupé, y compris à l’intérieur et autour de Jérusalem-Est.» «Cette construction, s’ajoutant aux mesures prises antérieurement, dresse ainsi un obstacle grave à l’exercice par le peuple palestinien de son droit à l’autodétermination et viole de ce fait l’obligation incombant à Israël de respecter ce droit.» (paragraphe 121) (5). Tout est dit: nous attendons la justice des hommes.

(*) Ecole nationale polytechnique, Ecole d´ingénieurs Toulouse

1.William Blum: Le Mur de Berlin, un mythe de la guerre http://www.legrandsoir.info/Guerissons-le-monde-de-la-maladie-du-pacifisme.html
2.Egon Krenz: «L’avenir sera le socialisme ou la barbarie» José Fort L’Humanité 6 11 2009
3.Pierre Haski Quand Mitterrand tentait de ralentir la réunification allemande. Rue89 15/09/2009
4. 20 ans après la chute du mur de Berlin, les Palestiniens abattent un pan du Mur d’Apartheid. 7 novembre 2009 sur le site info-palestine.net Ma’an News Agency
5.http://www.oxfamsol.be/fr/Mur-de-separation-en-Palestine-l.html  10.11.2006

 

mercredi 3 juin 2009

L'opposant vénézuélien Leopoldo López en visite à Londres : ça sent le fascisme !

par Romain MIGUS
Original:
¡Leopoldo López de visita en londres: huele a fascismo!
L'ancien maire de la commune de Chacao, Leopoldo López arrivera à Londres à la fin de ce mois de mai, il est également l’un des principaux dirigeants du parti dit « social-démocrate » Un Nuevo Tiempo [Un Nouveau Temps], fondé et dirigé par Manuel Rosales, qui a fui la justice vénézuélienne [il est au Pérou, NdE]. Il sera accompagné par Luis Giusti, ancien président de PDVSA [société pétrolière d’État, NdE], ancien membre de l'équipe de direction de la pétrolière privée Shell et membre des laboratoires d'idées Council on Foreign Relations et Center for Strategic and International Studies.
Ces chefs de file de la contre-révolution ont été invités par l'École de Commerce de Londres pour participer à un forum où assisteront également plusieurs représentants d'entreprises multinationales et l'ancien président du Chili, Ricardo Lagos. Le thème du forum : « Amérique latine : la croissance se poursuit en période de turbulences » nous indique, de fait, l'orientation du débat…
Quelques jours plus tard, le 3 juin, López et Giusti participeront, au Parlement britannique, à un forum sur « la persécution politique au Venezuela ». Cet événement est organisé par la Henry Jackson Society et le
Comité de Solidarité avec les Persécutés Politiques au Venezuela.

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mercredi 15 octobre 2008

Bolivie : La Préfecture de Cochabamba préparait le terrain pour une guerre civile

par Wilson GARCÍA MÉRIDA
Le rapport final de l’Inspection Générale des Finances de la République qui établit une malversation de plus d’un demi-million de dollars pour l’achat frauduleux de véhicules de luxes utilisés pour des campagnes de prosélytisme politique, et ni plus ni moins avec des ressources de l’IDH 1, n’est que le bout de la pelote d’un interminable écheveau de corruption, semblable à la découverte, dans le département de Pando, sous la gestion de Leopoldo Fernández, que l’appareil préfectoral était utilisé avec l’unique finalité improductive de créer l’environnement propice pour imposer, par la force, une « autonomie départementale » immorale et insurrectionnelle.
Les ex fonctionnaires préfectoraux Manfred Reyes Villa Bacigalupi, Johnny Ferrel Soria Galvarro, Adolfo Aponte Zambrana et Gustavo Navia Mallo, avec les patrons Roberto Dick Noya et Carlos Enrique Paz Grozdanovic, doivent rembourser à la Préfecture de Cochabamba la somme exacte de 3.632.743 bolivianos, équivalents à 553.909 dollars, pour la malversation réalisée avec l’achat frauduleux de véhicules de luxe pour l’usage somptuaire de Reyes Villa et de ses collaborateurs. Plusieurs de ces véhicules motorisés arrivaient équipés d’un blindage anti-balle et de vitres « raybanisées »2 comme pour les déplacements en situation de guerre.

Bolivie : Le néofasciste italien Marco Diodato continue d’agir dans l’ombre, après avoir simulé sa mort

Dans l'enquête menée sur le massacre de 15 paysans indigènes commis le 11 Septembre dernier dans le département du Pando, émerge à nouveau une piste néofascsciste européenne, et plus précisément italienne. L'ancien parachutiste originaire des Abruzzes Marco Marino Diodato, 51 ans, serait, selon Michel Irusta, journaliste et ancien parlementaire bolivien, lié au préfet du Pando, Leopoldo Fernández, actuellement détenu pour avoir violé l'état de siège imposé par le gouvernement dans le département, et aurait été son complice dans le financement des escadrons de la mort qui ont commis le massacre du 11 Septembre.Le journaliste indépendant de Cochabamba Wilson García Mérida pense la même chose. Selon lui, Diodato a opéré récemment dans les départements "rebelles" de la Media Luna (Santa Cruz, Beni, Pando et Tarija) “organisant des équipes d'assassins".Le néofasciste italien, qui s'est installé en Bolivie à la fin des années 70, a travaillé pour le dictateur Hugo Banzer, dont il épousa une nièce, et pour Luis García Meza. Accusé de diriger une bande de narcotrafiquants, il a été condamné en 1999 à dix ans de prison est s'est évadé en 2004. Depuis lors, il est en fuite.

mardi 14 octobre 2008

Vents de guerre civile en Bolivie - Pistes pour s’orienter dans un conflit à quatre bandes

par Raquel GUTIÉRREZ AGUILAR

Pendant la première quinzaine de septembre, les régions nord, est et sud de la Bolivie ont vécu dans le chaos. Même maintenant que l’ouragan de violence, confusion et mort déclenché dans les regions « autonomes » semble s’être calmé et que le gouvernement central et les préfets des départements factieux ont commencé une negociation difficile accompagnée par des médiateurs et des observateurs nationaux et étrangers –parmi lesquels des représentants de diverses églises installées en Bolivie et des fonctionnaires de l’OEA– la tension interne n’est pas finie.
Comme c’est habituellement le cas dans les conflits internes récents dans divers pays, la compréhension des événements s’avère très difficile à cause de l'accumulation des disputes anciennes et nouvelles que s’entremêlent et produisent des scénarios inédits. Le but des pages qui suivent est, essentiellement de relater schématiquement le déroulement des derniers événements qui ont connu leur apogée avec le massacre d’El Porvenir dans le Pando, en présentant simultanément des éléments pour identifier les divers composants du conflit.
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dimanche 5 octobre 2008

Les racines coloniales du conflit bolivien

Interview de Ximena Soruco par Roberto AGUIRRE

Cette crise a des racines historiques. Ximena SORUCO nous a expliqués comment s’est formée cette élite orientale, l’origine des revendications autonomistes et le racisme sévissant dans les départements tenus par l’opposition.
La crise interne que vit actuellement la Bolivie est loin de constituer un problème conjoncturel. La bataille entre le gouvernement d’Evo MORALES et les préfets autonomistes séditieux est en fin de compte la traduction concrète d’un rapport de forces historique entre l’élite traditionnelle de l’Est riche et les peuples aborigènes qui, pour la première fois depuis deux siècles, assument le contrôle de l’État.
La chercheuse en sciences sociales bolivienne nous précise quelles sont à ses yeux les origines de cet affrontement, d’où vient la revendication autonomiste et quel est le quotidien vécu par les "collas" [peuple très ancien des Andes, soumis par l’Empire Inca puis réduit à l’esclavage par les conqusitadores espagnols et devenu nomade; utilisé comme terme raciste dans l’Est bolivien pour désigner les Indiens, NdR] dans les régions contrôlées par l’opposition.
Parmi ses nombreux travaux réalisés sur la Bolivie, nous signalons l’ouvrage récent qu’elle a co-signé, Les barons de l’Orient. Élites et pouvoir à Santa Cruz, qui dévoile l’origine de cette classe sociale qui constitue l’opposition aujourd’hui et se bat pour préserver ses intérêts.
- Vue de l’extérieur, la crise en Bolivie peut apparaître comme un affrontement entre l’opposition et le gouvernement de MORALES. Quelles sont les causes profondes du conflit en Bolivie ?
- Je considère qu’aujourd’hui en Bolivie, ce ne sont pas seulement des partis ou représentations politiques, ni même des projets politiques distincts qui sont en dispute (l’un de reconstruction d’un État capable d’avoir la maîtrise de ses richesses afin de les redistribuer à la population et l’autre visant le statu quo en matière de politique économique).
Le conflit actuel met en lumière le fondement de l’État en Bolivie : son colonialisme. Une élite traditionnelle créole, concentrée aujourd’hui dans l’Est, qui considère le territoire national comme son domaine privé, avec une main-d’œuvre indigène qui lui doit obéissance et l’État comme son patrimoine privé, tout cela légitimé par l’héritage.
- Comment s’est constituée cette élite dans l’Est bolivien, que vous décrivez dans l’ouvrage Les barons de l’Orient?