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lundi 15 octobre 2012

Des pigeons aux rapaces en passant par les merles siffleurs


par Pedro da Nóbrega, 15/10/2012
Les volatiles de toutes sortes sont décidément très présents sur la scène politique depuis la rentrée. Tout d’abord, l’indécente danse du ventre du Premier-Ministre Ayrault à l’université d’été du MEDEF, accompagnée d’une nuée de ministres venus tous roucouler devant un parterre de patrons pour les rassurer sur le fait qu’en effet, ils n’étaient pas si « dangerous » qu’ils pouvaient en avoir l’air, augurait d’une rentrée placée sous le signe d’un changement de veste mais assurément pas d’orientation. Une sorte de « changement dans la continuité » pour reprendre une formule passée à la postérité.
D’ailleurs les patrons ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont embrayé sur une « bouleversante » campagne où, déguisés en inoffensifs « pigeons » injustement persécutés, ils poussaient dans un appel des cris d’orfraie devant la perspective apocalyptique de devoir contribuer de façon plus significative aux recettes fiscales du pays. On ne doute certes pas que nombres d’entre eux puissent se trouver un penchant migrateur vers des paradis fiscaux dès lors que se pose l’éventualité de mettre la main à la poche qu’ils gardent toutefois bien garnie mais de là à vouloir se faire passer pour des tourterelles en voie d’être plumées, il y a un abîme que mêmes leurs ailes de rapaces ne sauraient masquer. Mais cet appel aura permis à leurs nombreux serviteurs médiatiques de développer tout un discours sur l’ingratitude d’un peuple de France qui, jaloux de leur « réussite » en ces temps de crise, se remettrait à cultiver une dangereuse allergie aux riches.
Aurel
Idéal pour renchérir avec un matraquage idéologique, complaisamment relayé par leurs perroquets médiatiques, sur le supposé « coût du travail » en France qui serait la raison d’un « manque de compétitivité » justifiant l’avalanche de licenciements que subit notre pays depuis des mois. Or, n’en déplaise à ces « Diafoirus » du capital, le travail n’est pas un coût mais une ressource et la première source de création de richesse et, à ce titre, elle a, comme toute ressource, un prix. Et l’analyse des inégalités de revenus, tant en France qu’en Allemagne que ces « perruches savantes » baptisés « experts » ne cessent de citer en exemple, montre que la rémunération du travail en reste à la portion congrue eu égard à la richesse crée, comme l’atteste d’ailleurs l’évolution la part de valeur ajoutée consacrée aux salaires par rapport à celle dévolue aux dividendes.
Et même concernant les coûts horaires de la main-d'œuvre, l'institut de conjoncture COE-Rexecode indiquait pour le troisième trimestre 2010 des chiffres de 34,6 euros en France et de 33,5 en Allemagne. Si l’on pondère par les données relatives à la productivité horaire du travail, où la France se situe au-dessus de l'ensemble des pays de l'OCDE, à l'exception de la Norvège, avec une productivité horaire très nettement supérieure à celle que connaissent le Royaume-Uni, l'Espagne, les USA, le Japon et même l'Allemagne, chacun pourra mesurer combien cet argument ne tient pas la route. Mais que les politiques de rigueur salariale et de précarisation sociale aient fait exploser le nombre de travailleurs pauvres en Allemagne est une donnée que passent sous silence nos « petits soldats » du CAC40 : en dix ans, le nombre de travailleurs pauvres en Allemagne a augmenté de près de deux millions, selon une étude de l’Institut du travail de l’Université de Duisbourg-Essane publiée au début du mois. Plus de 6,5 millions de personnes en Allemagne, soit près de 20% des travailleurs, toucheraient ainsi moins de 10 euros brut de l'heure. Parmi eux, 2 millions d'employés gagnent même moins de 6 euros de l'heure et ils sont nombreux, dans l’ex-RDA, à vivre avec moins de 720 euros par mois pour un temps complet. L’opposition de toute évidence ne se pose donc pas entre salariés en France et salariés en Allemagne dans une compétition aveugle où l’on finirait par achever les « chevaux moins performants » mais entre travailleurs et exploiteurs tant en France qu’en Allemagne ainsi que dans toute l’Union Européenne.
On aurait donc pu croire que le nouveau pouvoir en France, élu sous la promesse du changement, aurait trouvé là matière à donner quelque réalité à cette promesse. D’autant plus avec un Président qui avait pris l’engagement pendant sa campagne de renégocier le TSCG, autrement appelé Traité « Merkozy » puisqu’il avait été contacté par les deux leaders d’alors de la droite européenne, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Ce qui suffit déjà à disqualifier l’argument opposé par Bernard Cazeneuve, ministre des Affaires européennes,  aux députés du Front de Gauche demandant un référendum sur le Traité quand il leur répond : « une grande consultation populaire a eu lieu qui a conduit les Français à se prononcer pour un Président de la République et pour une majorité au sein de l’Assemblée nationale ». C’est omettre deux points essentiels : le premier est qu’un représentant tire sa légitimité du mandat que lui ont confié les électeurs sur la base des engagements pris par le candidat élu lors de sa campagne ; dès lors qu’il renie un engagement, il ne saurait se prévaloir de cette légitimité. Le second revient à négliger un fait incontournable : sans les près de 4 millions de voix du Front de Gauche, François Hollande n’aurais jamais été élu Président.
Mais la pitoyable reculade de François Hollande lors du sommet européen de juillet dernier face auNein ferme et définitif de la chancelière allemande, repartant simplement avec un hochet croissance dénué de toute contrainte et pourvu d’une enveloppe budgétaire famélique augurait déjà bien mal de la suite et confirmait le caractère en effet guère « dangerous » pour la finance du nouveau pouvoir français. Il a trouvé une confirmation aussi navrante qu’éclatante avec la ratification parlementaire en catimini de ce Traité, resté identique à la virgule près, et le refus de consulter le peuple par référendum sur un texte qui, pourtant, consacre des abandons majeurs de souveraineté et met la politique économique des pays qui l’ont ratifié sous tutelle des marchés financiers, par le biais d’organismes dénués de toute légitimité démocratique, comme la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne. Avec pour justifier cette volte-face des couplets de rhétorique digne des plus virtuoses merles siffleurs : ainsi, Bruno le Roux, le président du groupe PS à l'Assemblée s’adressant à la droite : « Les interprétations d’un texte peuvent être multiples. La politique que vous avez menée pendant cinq ans et celle que vous vous apprêtiez à appliquer sous les auspices de ce traité sont totalement contraires à ce que nous voulons mettre en œuvre ». D’où l’urgence à ratifier ce texte, cherchez l’erreur !
C’est le député de droite Jean-Louis Borloo qui a d’ailleurs porté l’estocade lors du débat à l’Assemblée en interpellant le Premier-Ministre Jean Marc Ayrault : « Vous allez avec ardeur défendre ce traité paraphé par le président Nicolas Sarkozy. Je rappellerai tout de même ce que vous écriviez le 22 février sur votre blog, où vous dénonciez "le carcan budgétaire concocté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel et qui étend l’austérité infligée à la Grèce à toute la zone euro"» ! Sans parler de l’hommage sarcastique exprimé par Christian Jacob, président du groupe UMP, lors du vote sur la règle d’or budgétaire induite par ce funeste Traité et défendue par Ayrault : «Monsieur le Premier ministre, vous pouvez, sur ce sujet, compter sur le vote du groupe UMP, favorable au traité lui-même et favorable à la règle d’or. Nous le ferons car nous assumons les choix de Nicolas Sarkozy et les choix de la majorité d’hier », rappelant à cette occasion les déclarations du Premier-Ministre le 21 février 2012, alors en qualité de président du principal groupe d’opposition à l’Assemblée, qui déclarait péremptoire : "Nous n’acceptons pas d’enfermer les peuples dans une camisole, fût-elle cousue de fil d’or."
C’est donc en toute connaissance de cause que la nouvelle majorité socialiste en France se rend complice de l’institutionnalisation d’une dictature des marchés qui grave dans le marbre des politiques d’austérité socialement dévastatrices et économiquement ineptes comme le montre la situation de récession dans laquelle elles plongent la plupart des pays de l’Union Européenne. Et pour saluer cette « réussite » si l’on ose dire, le Parlement norvégien n’a rien trouvé de mieux que d’attribuer son Prix Nobel de la Paix à l’Union Européenne ! Là franchement, je trouve que le Parlement norvégien, à qui revient la responsabilité d’attribuer ce Nobel-là, s’est montré trop timoré en n’osant pas aller au bout de sa logique pour récompenser plutôt la BCE, le FMI et la Commission Européenne qui déterminent de facto, en tout déni démocratique, les orientations majeures des politiques économiques des États de l’Union. Voilà qui n’aurait déparé un palmarès qui de Théodore Roosevelt en 1906 jusqu’à Obama en 2009, en passant par le père du Plan Marshall et Henry Kissinger, peut laisser plus que perplexe. 
Il faut croire que les désastres successifs vécus par les gouvernements sociaux-démocrates ayant cautionné cette logique austéritaire tant en Amérique du Sud qu’en Europe n’auront pas suffi pour affranchir le PS français de son carcan social-libéral. Mais la bataille n’est pas achevée pour autant, il faudra qu’elle se développe aujourd’hui sur le terrain des luttes afin de pas se résigner à l’instauration d’un fascisme financier en col blanc. Car dans la mesure où la souveraineté monétaire constitue depuis l’avènement des démocraties modernes un des piliers de la souveraineté populaire et donc un des éléments constitutifs de son essence démocratique, s’opposer par tous les moyens à son abandon devient un devoir légitime et citoyen. Ce que démontrent avec éclat tous les peuples qui aujourd’hui en Europe s’insurgent contre les conséquences de cette logique totalitaire.

mercredi 22 août 2012

Le « Comte DRAGHI-LA » et les vampires de la BCE

par Pedro da Nóbrega, 22/8/2012
Les déclarations péremptoires assénées par le Président de la Banque Centrale Européenne au début de ce mois conditionnant toute intervention de l’institution qu’il dirige à la poursuite et à l’aggravation des politiques d’austérité qui ne cessent de causer de profonds dégâts sociaux dans les pays de l’Union Européenne ont au moins le mérite d’éclairer d’un jour cru la réalité institutionnelle de cette Union Européenne où le pouvoir effectif est inversement proportionnel à la légitimité démocratique. 
 
Surtout lorsqu’il assortit cette fin de non-recevoir aux demandes d’intervention qui se multiplient face à des situations de récession qui ne cessent de s’étendre, d’une déclaration pour le moins osée, venant d’un technocrate financier dépourvu justement de toute légitimité démocratique : « La politique monétaire ne peut pas tout, et surtout pas compenser le manque d’action des politiques », fermez le ban ! 


Mario Draghi en commandant du Titanic Europe, au carnaval de Viareggio (Italie) en janvier 2012
 
Outre le fait que ces propos traduisent un mépris incommensurable à l’égard des responsables politiques, ils illustrent la matrice illégitime et autoritaire de l’institution que dirige ce triste sire. Car ils négligent totalement le fait que la politique monétaire constitue précisément un des piliers de la souveraineté populaire et démocratique et que son action devrait justement, dans le cadre d’institutions qui se veulent démocratiques, être soumise au contrôle de la représentation politique.
Or il n’en est rien et malgré la situation de récession que connaissent l’Espagne, la Grèce et le Portugal notamment, la seule injonction émise par le Président de la B.C.E. réside dans l’approfondissement de la politique austéritaire, ce qui dans le langage « châtié » des financiers s’intitule la poursuite des « efforts de consolidation budgétaire et de réformes structurelles ». C’est-à-dire continuer à saigner les peuples jusqu’à la dernière goutte.
 
Ils éclairent aussi d’un jour cruel les illusions de ceux qui croient pouvoir infléchir cette dictature des marchés en se satisfaisant de quelques couplets pavés de bonnes intentions sur la croissance mais qui ne comportent aucune obligation ni encore moins d’engagements financiers significatifs.
 
Cette posture ainsi que le sermon sur la « responsabilité budgétaire » apparaissent d’autant plus scandaleux venant de quelqu’un qui a exercé les plus hautes responsabilités au sein d’un groupe financier au cœur des plus gros scandales financiers de ces dernières années, Goldman & Sachs, par exemple celui des « subprimes » aux U.S.A., déclencheur de la crise qui se prolonge aujourd’hui.
Mario DRAGHI allait même jusqu’à affirmer lors de son investiture à la tête de la BCE : « J'assume » mon passage chez Goldman Sachs.
Son « passage » certes, mais assurément pas ses responsabilités puisque le Département US de la Justice a décidé vendredi 10 août de ne pas poursuivre Goldman Sachs à la suite de l’enquête lancée sur les transactions des prêts hypothécaires subprime.
 
Pour un donneur de leçons de morale budgétaire, voilà qui fait tache dans le décor et pose un sérieux problème de crédibilité. Cette décision a inspiré le commentaire suivant à Neil BAROFSKY, professeur de droit à la New-York University dans le magazine économique Business Insider, pourtant peu suspect d’abriter des « exaltés anti-capitalistes » :
"Cela nous rappelle qu'aucun individu, ni aucune institution n'a jusqu'à maintenant été tenu responsable pour son rôle dans la crise financière.  Sans cette prise de responsabilité, les scandales sans fin touchant les mégabanques continueront inévitablement."
Mais le « Comte DRAGHI-LA », tout à son rôle de « vampire en chef » ne saurait s’embarrasser de questions de crédibilité et de responsabilité qu’il prône pour les autres, l’œil toujours rivé sur la ligne des profits de la spéculation financière. Car les pseudos « plans d’aide » destinés à résorber les « dettes publiques » visent surtout et d’abord à protéger les profits des banques privées généreusement alimentés par les prêts à des taux très bas aimablement consentis par cette même BCE. Des masses d’argent que ces mêmes banques privées prêtent à des taux usuraires aux États membres de l’Union Européenne, en particulier pour les plus vulnérables, quand elles ne les placent pas pour les faire fructifier à la BCE, prétextant un « environnement trop risqué » ! Sur les plus de mille milliards d’euros prêtés en 2011 par la BCE à ces établissements privés, moins de la moitié a été mobilisée pour des prêts.
 
Dans ce contexte, la campagne qui se développe actuellement en France pour exiger un référendum sur la ratification du Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance dans l’Union économique et monétaire, appelé aussi Traité Merkel-Sarkozy prend tout son sens.
 
L’éventualité envisagée par le Président François Hollande d’une ratification sans consultation populaire marquerait non seulement le reniement d’un des engagements majeurs de sa campagne, à savoir la renégociation du Traité qui reste pour l’essentiel intact, mais constituerait un aveu d’impuissance face au pouvoir de la finance lourd de dangers politiques pour l’avenir. Un signal de résignation et de désespérance également pour tous les peuples européens souffrant aujourd’hui très durement des politiques d’austérité. Car c’est la logique même de ce traité qui reste totalement incompatible avec toute politique de gauche : d’abord en soumettant la définition des grandes orientations socio-économiques des États à des organismes non élus dépourvus de toute légitimité démocratique au détriment des représentations politiques issues de consultations populaires. Ensuite en asphyxiant la demande et en étranglant l’investissement, il interdit toute politique de relance et conduit invariablement à la récession, à l’image de ce qui se passe déjà dans plusieurs pays de la zone euro, sous peine de sanctions financières. Plus globalement en nourrissant la défiance envers l’action politique en accordant la primauté à des critères de rentabilité financière qui donnent un pouvoir exorbitant à des institutions financières hors de tout contrôle démocratique telles que les agences de notation par exemple.
 
Le pouvoir socialiste français ferait bien de méditer sur les dégâts causés en Amérique Latine par ces mêmes politiques lors de ce que l’on a appelé la « décennie perdue » mais aussi sur leurs conséquences politiques. C’est par le choix de la rupture avec ces logiques néo-libérales que les peuples d’Amérique Latine ont pu trouver une issue mais certainement pas par la soumission au diktat de la finance qui a vu les gouvernements sociaux-libéraux qui s’y sont soumis en Grèce, en Espagne et au Portugal par exemple être balayés pour laisser la place à une droite plus dure que jamais. Le Président français qui disait lors de sa campagne vouloir affronter le pouvoir de la finance devrait s’en inspirer sous peine de connaître le même sort.