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lundi 14 mars 2016

À Paris, Alexis Tsipras sacré "social-démocrate…observateur"
Alexis Tsipras consagrado en Paris « socialdemócrata…observador »

par FG, 14/3/2016
Español Alexis Tsipras consagrado en Paris «socialdemócrata…observador »
Il a bondi hors de la BMW immatriculée 46CMD1 et s'est précipité dans les bras de Tonton François, qui l'a accueilli au pied des marches du palais, en haut desquelles Cousin Manuel et Tonton Jean-Marc l'attendaient. Suivi par Matteo, il s'est engouffré dans l'Élysée.
La scène se passait samedi matin à Paris. Alexis Tsipras, Premier ministre de la pauvre Grèce, venait d'entrer dans une nouvelle étape de son involution : lui, son parti (Syriza) et son gouvernement venaient d'être sacrés "sociaux-démocrates observateurs". Cette nouvelle catégorie est sans doute le prélude à une demande d'adhésion de Syriza à l'Internationale socialiste, pour y être d'abord admise comme observateur avant de prendre définitivement la place du PASOK. Et notre camarade G.O. (Gentil Observateur) a eu les honneurs du site ouèbe de l'Elysée, avec cette magnifique photo :
 http://tlaxcala-int.org/upload/gal_13012.jpg

Voici les participants à la réunion

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_13011.jpg

Liste des participants

France

- M. François HOLLANDE
Président de la République
- M. Manuel VALLS
Premier Ministre
- M. Jean-Marc AYRAULT
Ministre des affaires étrangères et du développement international
- M. Harlem DESIR
Secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes
Allemagne
- M. Sigmar GABRIEL
Vice-chancelier de la République fédérale d’Allemagne, Ministre fédéral de l’économie et de l’énergie
Autriche
- M. Werner FAYMANN
Chancelier fédéral d’Autriche
Grèce (pays observateur)
- M. Aléxis TSÍPRAS
Premier ministre de la République hellénique
Italie
- M. Matteo RENZI
Président du Conseil des ministres de la République italienne
Luxembourg
- M. Jean ASSELBORN
Ministre des affaires étrangères et européennes du Grand-Duché de Luxembourg
Malte
- M. Joseph MUSCAT
Premier ministre de la République de Malte
Pays-Bas
- M. Diederik SAMSOM
Président du Groupe du PvdA
Portugal
- M. Antonio COSTA
Premier ministre de la République portugaise
Commission européenne
- Mme Federica MOGHERINI
Haute-Représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères
et la politique de sécurité / Vice-Présidente de la Commission européenne
- M. Maroš SEFČOVIČ
Vice-Président de la Commission européenne, commissaire européen chargé de l’Union de l’énergie
- M. Pierre MOSCOVICI
Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires, à la fiscalité et à l’Union douanière
Parlement européen
- M. Martin SCHULZ
Président du parlement européen
- M. Gianni PITTELLA
Président du Groupe des socialistes et des démocrates européens, Député européen PSE
- M. Sergueï STANICHEV
Président du PSE, Ancien Premier ministre de Bulgarie

On peut remarquer que l'occupant de l'Élysée a une conception pour le moins étrange de la social-démocratie européenne, dont sont apparemment exclus ses camarades belges, espagnols, britanniques, scandinaves et est-européens. Va comprendre...

lundi 6 octobre 2014

Alexis Tsipras, version 3.0 : coopté par la Sainte Alliance des Socialos* et des Jèzes**

Español
Alexis Tsipras, versión 3.0: cooptado por la Santa Alianza de los sociatas y los jesuatas

 English
Alexis Tsipras version 3.0: co-opted by the Holy Alliance of Socrats and Jesucrats

 Italiano
Alexis Tsipras, versione 3.0: cooptato dalla Santa Alleanza dei sociocratici e dei gesucratici
 
par Fausto Giudice, 6/10/2014
J’ai découvert l’existence d’Alexis Tsipras il y a pas mal d’années, quand il n’était que le jeune leader inconnu d’un groupuscule gauchiste dont personne n’avait entendu parler en dehors de son pays, la Grèce. C’était au hasard d’une navigation sur la toile, et j’avais trouvé une vidéo d’un groupe d’étudiants se livrant à une sorte de happening bondage sur Tsipras, qui, hilare, se laissait ficeler sur une chaise. 


http://tlaxcala-int.org/upload/gal_9088.jpg
Ma première réaction avait été : « Ach ! Die Junge Garde des Sekretariats ! » La jeune garde du secrétariat : c’est ainsi qu’on appelait dans l’Allemagne des années 70 les jeunes socialistes, généralement de tendance gauchiste, qui, une fois passée la trentaine, devenaient des caciques du parti social-démocrate. On a vu le même phénomène dans toute la social-démocratie européenne.
http://spaledante.files.wordpress.com/2011/08/emsaeulisidood.jpg?w=700 
Pour ma génération, pétrie d’histoire des révolutions écrasées en Europe, la social-démocratie originelle – germanique et scandinave – a au plus tard en 1919 cessé d’être un parti de la classe ouvrière pour devenir, au mieux (dans la Vienne rouge des années 1920) un parti pour la classe ouvrière. Quand la classe ouvrière et les soldats allemands se soulèvent en 1918, emmenés par la Ligue Spartakus de Rosa Luxembourg et Wilhelm Liebknecht, qui dirige la répression ? Le social-démocrate Noske, rapidement surnommé le Bluthund (chien de sang, ou chien de rouge) pour avoir, en tant que ministre de la guerre, déclaré : « Il faut que quelqu'un fasse le chien de sang : je n'ai pas peur des responsabilités ». C’est Noske, appuyé par son parti, dirigé par Friedrich Ebert, bientôt président de la minable république de Weimar, qui a organisé le massacre des ouvriers et soldats organisés en conseils (soviets) à Kiel puis, en janvier 1919, à Berlin. Ses corps francs assassinèrent, entre beaucoup d’autres, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.

Le quintette des "commissaires du peuple" sociaux-démocrates qui proclament la République de Weimar
http://www.allmystery.de/i/t54c14f_malsovverraten12106.jpg« Wer hat uns verraten ? Sozialdemokraten. Wer hatte recht ? Liebknecht ! »(« Qui nous a trahis ? Les sociaux-démocrates. Qui avait raison ? Liebknecht ! »)  : ce refrain « rouge » des années 1920 est revenu à la mode dans les années 1960, lorsque la jeunesse radicale – les soixante-huitards avant la lettre – affrontait la social-démocratie, alliée (déjà ? eh oui !) dans une « grande coalition » avec les démocrates-chrétiens, mettant en œuvre son « aggiornamento » datant de 1959, quand, à Bad Godesberg, le SPD avait officiellement et définitivement abandonné toute référence marxiste, adoptant comme devise « Le marché autant que possible, l'intervention publique autant que nécessaire».

Entre les années 1920 et les années 1960, bien de l’eau avait coulé sous les ponts de Berlin : à la chute du régime nazi, nos bons sociaux-démocrates, revenus dans les bagages des « libérateurs » alliés, se mirent naturellement au service de ceux-ci, tandis que leurs cousins communistes se lançaient dans l'aventure d'un socialisme prussien à l'ombre du Grand Frère soviétique.

Et c’est ainsi que l’on eut deux Allemagne pour le prix d’une, pendant 40 ans. Quand des étudiants en révolte distribuaient des tracts dans les rues de Berlin, Munich, Hambourg ou Francfort, contre la guerre du Vietnam pour contre les lois d’exception instaurées par la « grande coalition » noire-rouge, l’Allemand moyen qui passait par là leur lançait : « Si vous n’êtes pas contents, allez donc en face », autrement dit : « Si notre paradis démocratique capitaliste ne vous convient pas, allez donc vivre dans l’enfer est-allemand du ‘socialisme réel’ ».  Le discours quotidien de Samaras et de l'Aube Dorée en Grèce contre les "rouges" ne fait que répéter ces vieilles litanies, longtemps après que l'URSS a disparu.

Puis vint 89 et la réunification. Ce ne sont pas seulement les territoires allemands qui ont été réunifiés, mais aussi le paysage politicien : tous les résidus de gauche communiste/stalinienne et de sociaux-démocrates critiques encore attachés au marxisme se sont eux aussi réunifiés pour constituer un parti qui s’est mis corps et âme sous la coupe des sociaux-démocrates, faisant taire ses dissidents par les méthodes habituelles en usage dans tous les partis atteints de crétinisme parlementaire. Ce parti, Die Linke, puisqu’il faut l’appeler par son nom, est aujourd’hui totalement entré dans le système de la démocratie représentative, parlementaire, corrompue et belliciste. C’est là que nous en revenons au camarade Tsipras.

Son parti, SYRIZA, est au moment où j’écris, crédité de 36% des intentions de vote. De nouvelles élections peuvent être annoncées à tout instant par le Premier ministre grec de droite, Samaras, qui est en discussion avec la patronne, j’ai nommé Angie, la chancelière Merkel, pour prendre une « décision », qui s’apparentera plus à un Diktat qu’à autre chose. Concrètement, les choses doivent se jouer en février prochain, lorsque le Parlement devra élire un nouveau président de la République. Il manque à la "grande coalition" Nouvelle démocratie-PASOK  la vingtaine de députés nécessaires pour atteindre le quota nécessaire de voix nécessaire (180) pour valider l'élection. Il ne resterait alors qu'à Samaras qu'à dissoudre le parlement et organiser de nouvelles élections.

Donc, Tsipras se voit déjà en chef de gouvernement à Athènes. Mais vu que les  résultats des élections démocratiques, dans la bonne vieille Europe démocratique, se décident dans les couloirs du pouvoir avant d’être sanctionnées par les urnes, il s’agite tous azimuts. Il faut qu’il obtienne le feu vert des patrons de l’Europe, qu’il trouve des alliés pour combler le gap entre les 36% dont il est crédité et les 51% (en fait moins, puisque dans le système grec, le parti venant en tête des élections reçoit un bonus de 50 sièges) dont il aurait besoin pour pouvoir « gouverner ». Il a donc adopté la voie du compromis et de la « rénovation ». D’abord, il a fait son possible pour se débarrasser de l’aile gauche de Syriza, sans y parvenir pour l'instant. Puis il a mis de l’eau dans son retsina, en cessant de tonitruer contre l’Union européenne, Bruxelles, Francfort et Berlin. Plus question de sortir de l’Euro. Plus question de refuser de payer la dette odieuse de la Grèce. Plus question d’organiser des manifestations de rue, des protestations populaires, pour répondre à l’énorme colère du peuple grec et la canaliser vers des lendemains qui chanteraient.

Le personnel de l’hôpital de Kilkis déclenche un mouvement d’occupation autogestionnaire de son hôpital menacé de fermeture. Qui s’y oppose et fait capoter le projet ? Les chefs syndicaux liés à Syriza.
Le personnel de médias condamnés à mort tente de se lancer dans des expériences autogestionnaires ? Syriza ne fait rien pour l'aider.
Les 595 femmes de ménage du ministère des Finances sont licenciées, pour tester les réactions à l'épuration des services publics exigée par la Troïka (Commission européenne-Banque centrale européenne, FMI) : elles organisent la résistance et appellent à une journée internationale de solidarité. Qui leur met des bâtons dans les roues, ordonnant à toutes ses sections d’Europe de ne pas répondre aux appels de comités locaux de solidarité avec le peuple grec ? Syriza.
Le gouvernement grec instaure de nouvelles taxes ubuesques (immobilière et sur le fuel domestique) pour pressurer la population, menacée des pires sanctions en cas de non-paiement. Qui refuse d’organiser des mouvements collectifs et solidaires de non-paiement des taxes iniques ? Syriza.

Pendant ce temps, le chef voyage. En septembre, il a été en quatre endroits, Thessalonique, Vienne (Autriche), Cernobbio (Italie) et…la Cité du Vatican. Il a sûrement fait d’autres voyages intéressants, mais, ne disposant pas d’un service de renseignement professionnel, je me contenterai d’évoquer ces quatre épisodes.
À Thessalonique, Tsipras a présenté le programme (électoral) de son parti. Commentaire de Giorgos Delastik, journaliste de gauche : « À côté des engagements de Tsipras, ceux de Caramanlis (Premier ministre de droite) en 2009 paraissent du pur gauchisme ». Rien à ajouter.

A Vienne, Tsipras, invité par le Forum Bruno Kreisky, a fait un vibrant discours tendant la main aux sociaux-démocrates allemands et autrichiens pour, ensemble « sauver l’Union européenne » des méchants néolibéraux de Berlin et Francfort : « Nous allons gagner les prochaines élections, nous aurons besoin de vous ». Bref, on l’aura compris, SYRIZA se présente tout simplement comme le nouveau PASOK et je vous fiche mon billet qu’il ne va pas tarder à être coopté dans l’Internationale socialiste. Je recommande la lecture de ce morceau d’anthologie aux lecteurs qui comprennent l’anglais, il vaut son pesant de sel marin ionien : http://yanisvaroufakis.eu/2013/09/24/alexis-tsipras-at-the-kreisky-forum-vienna-the-complete-speechaddress-to-austrian-social-democrats/.


A Cernobbio, au bord du Lac de Côme, Tsipras était invité dans la Villa d’Este –le "plus bel hôtel du monde" - au Forum annuel de la Fondation Ambrosetti, une sorte de Club Bilderberg bis, à visage un peu plus humain, mais avec les mêmes objectifs et méthodes : rassembler les gens qui comptent dans le monde pour mettre au point les tactiques de pouvoir pour la période à venir.
Enfin, cerise sur le gâteau, notre brave Alexis s’est rendu à la Cité du Vatican pour y rencontrer Sa Sainteté en personne pendant 35 minutes, au sortir desquelles notre Premier ministre in spe a constaté, "étonné", de nombreuses convergences entre Syriza et l’Église catholique, apostolique et romaine. Notre bon jésuite de Bergoglio a eu, lui, une exquise petite phrase : « Tsipras n’est pas de gauche, c’est seulement son programme qui l’est ». Sous-entendu : les programmes, ça peut se changer. Pour son audience, Tsipras était encadré par deux drôles de personnages fleurant bon l’Empire austro-hongrois et qui n'auraient pas déparé dans une pièce de théâtre de boulevard viennois, Walter Baier et Franz Kronreif. 
Baier (à g.) et Kronreif avant l'audience
Le premier a été le fossoyeur du Parti communiste autrichien, dont il a liquidé la structure et les biens, vendant notamment à des fascistes un immeuble squatté par des artistes de gauche. Il est ensuite devenu l’athée de service du Vatican, ayant sa place attitrée aux rencontres œcuméniques annuelles d’Assise, auxquelles participent chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes et…athées, considérés comme une confession parmi  d’autres. Autrement dit, à la question : « Quelle est ta religion ? », à Assise, on peut tranquillement répondre : « Athée ». Officiellement, Baier est le coordinateur de Transform ! Europe, la danseuse, pardon, le « think tank » du Parti de gauche européen, essentiellement porté par Die Linke allemande et sa fondation Rosa-Luxembourg, dotée par l’État allemand d’un confortable matelas de millions d’euros, qui lui permettent de financer des revues que personne ne lit et de distribuer des tracts sur papier glacé dans les Forums sociaux  mondiaux, où ses « militants » sont logés dans hôtels 5 étoiles, ou à la rigueur 4.

Le second est un des responsables du mouvement des Focolari, qui est l’un des « mouvements de masse » du Vatican, complétant le travail que font Comunione e Liberazione e la Communauté de Sant’Egidio. Les Focolari sont aussi œcuméniques au sens très large, accueillant non seulement des protestants, mais même des musulmans et des athées.
Notre jésuite de pape est un sacré matou. Il a déclaré en juin dernier : «Io dico solo che i comunisti ci hanno derubato la bandiera. La bandiera dei poveri è cristiana. La povertà è al centro del Vangelo. I poveri sono al centro del Vangelo» (Je dis seulement que les  communistes nous ont volé notre drapeau. Le drapeau des pauvres est chrétien. La pauvreté est au centre de ‘l’Évangile. Les pauvres sont au centre de l’Évangile). Et les 35 minutes d’audience ont battu le record de durée jamais accordé par un pape à un quelconque dirigeant de gauche. Mais faut ce qu’il faut pour non seulement arracher aux cocos le drapeau qu’ils vous ont volé mais même les convertir à "la doctrine sociale" de l’Église catholique, apostolique et romaine.
Pour conclure : adoubé par la social-démocratie germanique, coopté par la fine fleur des décideurs politico-économiques du continent, et béni par Sa Sainteté, Alexis Tsipras est désormais en orbite, très loin du peuple martyr qui a fait de lui ce qu’il paraît être. Toute la question reste de savoir s’il saura éviter le sort d’Iridium 33 et Kosmos 2251, deux autres satellites artificiels qui se pulvérisèrent mutuellement lors d’une collision dans l’espace en 2009. Le satellite Tsipras 3.0 risque bien, lui, de s’auto-pulvériser et il n’y aura personne pour verser une larme sur son sort. Il l’aura bien cherché.
Je crois comprendre le mélange de désespoir et d'espérance du peuple grec et de ses ailes marchantes. Camarades, je n'ai qu'une chose à vous dire : faites votre le slogan de nos frères zapatistes : "Tout pour tous ! Commander en obéissant !" La seule issue réside en bas, dans auto-organisation, à partir des besoins réels des gens, pour la défense des communs, au-delà des clivages idéologiques et sectaires, meurtriers et stériles. Tout le reste n'est que simulacre.
*Socialos : sociaux-démocrates en vieil argot français
**Jèzes : jésuites en vieil argot français

jeudi 17 avril 2014

Mario Soares : le nouvel “indignéˮ anti-libéral ?

par Pedro da Nóbrega, 17/4/2014 
Je dois dire que je reste pour le moins perplexe lorsque je vois, venant de différents médias de sensibilité communiste ou au moins anti-libérale, la promotion sans le moindre recul critique qui est faite d’un personnage aussi controversé que Mario Soares, ancien Premier Secrétaire du PS portugais, ancien Premier ministre et Président de la République, par ailleurs membre éminent de l’Internationale Socialiste*.


Mario Soares vu par Augusto Cid en 1997
Que l’individu, face aux ravages sociaux des politiques d’austérité dans les pays de l’Union Européenne en général et au Portugal en particulier, ait fait son aggiornamento pour émettre un discours aujourd’hui critique sur l’orientation néo-libérale de l’Union Européenne n’en fait pas pour autant la nouvelle figure de proue de la lutte anti-capitaliste dans l’Union Européenne.

D’autant plus que dans son tout nouveau regard critique, il est loin de brûler ce qu’il vénérait il n’y a pas si longtemps et surtout de porter une analyse autocritique sur propre son rôle historique.
Car, au moment où nous nous apprêtons à commémorer le 40ème anniversaire de la Révolution des Œillets, il n’est pas inutile de revenir sur le rôle décisif qui a été le sien pour faire échouer cette révolution inédite en Europe et ne pas le laisser réécrire l’histoire à sa guise, toujours en essayant de se donner le beau rôle. Car si ses talents de girouette sont depuis bien longtemps notoires au Portugal, il semble qu’il arrive encore à faire illusion dans d’autres contrées en tenant des discours à géométrie variable en fonction de son auditoire.
Zé (diminutif de José), déjà très détendu : "Voyons voir ce que tu nous rapportes de Paris". Sur les valises de Mário Soares: "vêtements" et "programmes". Dessin de João Abel Manta datant d'après le retour d'exil de Soares le 1er mai 1974, quelques jours après la Révolution des œillets.
Dans une entrevue accordée au I-Jornal du 17 avril dernier, il n’hésite pas à présenter le Général Spínola, premier chef de la Junte de Salut National - mise en place le 25 avril 1974 pour remplacer le pouvoir fasciste - comme un grand chef militaire opposé au dernier Président du Conseil fasciste, Marcelo Caetano, le successeur de Salazar, et comme un homme du 25 avril.
Or Spínola, hobereau haut gradé, membre par le passé de la « Division Azul » ayant combattu aux côtés des nazis sur le front soviétique, ancien Commandant du corps expéditionnaire de l’armée coloniale portugaise en Guinée, n’a jamais été lié au Mouvement des Capitaines, le MFA, ni un opposant aux guerres coloniales. Il avait acquis un certain prestige pour avoir publié pendant la dictature un livre « Le Portugal et son avenir », où il osait critiquer la gestion du conflit colonial par le pouvoir fasciste. Non pas qu’il y professât un quelconque droit à l’indépendance des colonies, mais, féru des méthodes de « guerre psychologique » auxquelles il s’était familiarisé auprès des armées françaises qui les avaient développées en Indochine et en Algérie mais aussi US avec le conflit au Vietnam, il critiquait les méthodes « archaïques », selon lui, du pouvoir fasciste portugais pour mener les conflits coloniaux. Nous voilà donc bien loin d’un anti-colonialiste !
D’ailleurs, s’il est devenu chef de la Junte de Salut National, c’est par le biais d’un compromis entre le Mouvement des Forces Armées, auteur du mouvement militaire ayant mis fin au fascisme et les dirigeants de la dictature qui refusaient de négocier avec des officiers « subalternes » pour ne pas que le « pouvoir soit à la rue », Spínola ayant intrigué pour se présenter comme le seul recours, alors que les capitaines du MFA lui préféraient le Général Costa Gomes. Mais ils ont accepté pour éviter un bain de sang dans une ville de Lisbonne où des milliers de Portugais se pressaient dans les rues, contrairement là encore à ce qu’affirme Soares dans cette interview.
Quand le journaliste lui rappelle néanmoins les liens de Spínola avec l’extrême-droite et ses tentatives de coup d’État contre la Révolution des Œillets, notamment le 11 mars 1975, Soares a le culot de répondre « qu’il ne sait pas s’il a tenté ou non un coup d’État et encore moins s’il avait des relations avec l’extrême-droite », alors que ces faits sont avérés et ne prêtent même pas à contestation.
Tactique identique lorsque le journaliste l’interroge sur ses liens privilégiés avec Frank Carlucci, ambassadeur des USA nommé à Lisbonne juste après le 25 avril 1974 et qui deviendra directeur adjoint de la CIA en 1978. Soares répond qu’il n’en sait rien et que cela ne l’intéresse pas et pourtant cela ne l’a pas empêché de réaliser de juteuses affaires avec le dit ambassadeur, qu’il ne dément même pas.
Lisbonne, 1975: rencontre entre Mario Soares et Frank Carlucci pour mettre au point la mise à l'écart du MFA et du PCP
Lisbonne, 9 juin 2011 : retrouvailles au même endroit - une mansarde - des deux vieux complices. Soares :"On se réunissait une fois par semaine. Ici, on était sûr qu'il n'y avait pas de micros du KGB"
C’est d’ailleurs Soares, alors ministre des Affaires Étrangères, qui, sur injonction des USA, impose la présence de l’UNITA à la conférence d’Alvor au Portugal en janvier 1975 sur l’accession à l’indépendance de l’Angola, alors que ce mouvement, qui est né de la collaboration avec l’armée coloniale portugaise pendant le conflit contre le MPLA, mouvement historique de libération, n’est même pas reconnu comme mouvement de libération par l’OUA (Organisation de l'unité africaine), avec le résultat tragique pour le peuple angolais qui en résultera.
Mais il n’hésite pas pourtant à justifier ses excellentes relations avec Carlucci par l’accusation aussi grotesque que ridicule de la volonté d'Alvaro Cunhal, l’historique Secrétaire Général du Parti Communiste Portugais, de faire du Portugal un « Cuba de l’Occident » (sic). Quiconque a vécu cette période sait combien cette fable est inepte et n’a rien à voir avec ce qu’a été la Révolution des Œillets.
Mais l’immodestie du personnage est telle qu’il va dans ce même entretien jusqu’à se vanter des excellentes relations qu’il entretenait avec Manuel Fraga Iribarne, franquiste notoire, allant même attribuer au dictateur Franco le mérite de s’être prétendument opposé au passage de troupes de marines US pour aller attaquer le Portugal de la Révolution des Œillets ! C’est dire le crédit à accorder aux déclarations de ce monsieur.

Lequel se loue aussi des très cordiales relations qu’il avait avec Adolfo Suárez, autre néo-franquiste notoire, et Soares ose même s’attribuer en passant un rôle essentiel dans la « transition » espagnole, excusez du peu.
Pour en revenir à l’Union Européenne, face au journaliste qui lui rappelle qu’il a été le maître d’œuvre de l’entrée du Portugal dans l’Union Européenne et lui demande quel regard il porte sur cette Union Européenne dont les politiques d’austérité empêchent la mise en œuvre de toute politique sociale, il nous livre cette analyse de « haute volée » :
La crise est un facteur dynamique et populiste dans toute l’Europe. La solidarité européenne, élément fondamental de l’Union, a disparu. Les deux partis politiques qui ont construit l’Europe ont été les sociaux-démocrates, socialistes et travaillistes ainsi que les démocrates-chrétiens. Aujourd’hui il ne reste plus que des populistes. Même s’ils se proclament sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens. Le populisme a gagné, détruisant les États au profit des marchés.”
Fermez le ban !
Pas un mot sur la soumission des forces politiques qu’il a conduit, avec d’autres, aux logiques de marché du capital, pas un mot sur la responsabilité des dirigeants politiques, dont lui-même, dans cet asservissement, il a déniche l’épouvantail idéal pour faire peur dans les chaumières de la bien-pensance et de la bonne conscience, le populisme, ce vilain avatar qui nous rappelle que le peuple est toujours quelque chose de « peu recommandable » et de « suspect ».
Et cerise sur le gâteau, lorsqu’il est interrogé sur la situation en France, la lourde défaite électorale du PS aux municipales et la montée de l’extrême-droite, il nous gratifie de ce diagnostic « lumineux » :
La situation en France est très difficile et a été créée par Sarkozy. La défaite de Hollande est grave. Mais je crois qu’il en a tiré la leçon et je fonde quelque espoir sur le nouveau gouvernement de Manuel Valls. »
Tant de « clairvoyance » a de quoi en « éblouir » plus d’un assurément !
Alors STOP ou ENCORE !
Je ne comprends vraiment pas comment on peut continuer à faire la promotion d’un personnage de cet acabit en le présentant comme le nouveau « Robin des Bois » anti-libéral ou le nouvel « indigné » du moment. Il y a des limites à la confusion idéologique et historique.
*Voir notamment Mario Soares : « Le néolibéralisme est une tragédie », Denis Sieffert, Politis, 21/11/2013; "L'austérité conduit l'Europe à la dictature", Grand entretien avec l'ancien président portugais Mario Soares, L'Humanité-Dimanche, 30/1/2014
Mario Soares Roi, terre cuite peinte à l'acrylique dans le style traditionnel de Caldas da Rainha