Affichage des articles dont le libellé est Portugal. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Portugal. Afficher tous les articles

mercredi 14 janvier 2015

Sou o Charlie/Je suis Charlie

par Ângelo Alves, 9 janvier 2015
Traduit par Pedro Da Nóbrega, Tlaxcala
 Je suis Charlie. Je suis Portugais, communiste, démocrate, épris de liberté, de démocratie, de paix, de progrès et de développement social. J’aime ma terre, mon pays, mon peuple, ainsi que tous les peuples du monde avec leurs réalités, leurs histoires, parcours, particularités et droits souverains. Je voudrais vous parler de qui je suis et de ce que j’éprouve.
Je suis Charlie, je suis Portugais. Dans mon pays il y a trois millions de pauvres et le chômage réel avoisine les 23 % de la population. Les jeunes de mon pays n’ont aucune perspective. Ça n’est pas surprenant mais le résultat de 38 ans de politiques toujours pareilles qui ont détruit ce qui devrait faire fonctionner ce pays, son appareil productif. Je vois de plus en plus de personnes dans la rue, sans toit. La faim touche de plus de plus de territoires de ce pays. Les plus âgés vivent mal et leurs pensions sont de plus en plus réduites. Lors des dernières vacances de Noël, beaucoup d’écoles ont du rester ouvertes pour pouvoir servir des repas décents à des enfants qui vivent dans des conditions de grande précarité. Pendant ce temps, des gens meurent à la porte des urgences des hôpitaux... non pas en raison de la faible qualité des médecins mais parce qu’à force de réductions budgétaires successives, les hôpitaux ne sont plus en mesure de répondre à tous les besoins.
Je suis Charlie, je suis un journaliste français, je me sens comme un des ces journalistes assassinés de sang-froid avant-hier à Paris mais je suis aussi celui qui est exploité et confronté au chantage de devoir suivre aveuglément les intérêts des propriétaires des médias où je travaille sous peine de me retrouver au chômage. Je suis ce journaliste qui, pour avoir dit la vérité, a été éloigné des écrans de télé et des unes de journaux, je suis un journaliste égal à d’autres qui, en tant de pays, sont tués parce qu’ils exercent leur profession avec éthique et dignité ou qui succombent en couvrant des conflits déclenchés pour dominer des peuples et des pays entiers afin de piller leurs richesses.
Je suis Charlie, je suis Palestinien... des milliers et des milliers de mes compatriotes ont péri depuis plus de 50 ans, et je ne peux en rencontrer des millions d’autres parqués qu’ils sont dans des camps de réfugiés depuis des décennies sans pouvoir visiter la Palestine. Je suis un de ces 600 enfants morts écrasés sous les bombes d’Israël il y a quelques mois, je suis cet enfant qui jouait sur la plage avant d’être broyé par des obus tirés d’un bateau israélien dont je n’ai jamais compris ce qu’il faisait là.    
Sou o Charlie, sou português. No meu País existem 3 milhões de pessoas pobres, o desemprego real deve estar a rondar os 23%. Os jovens do meu País estão sem perspectivas. Não admira, 38 anos de políticas sempre iguais destruíram aquilo que devia fazer funcionar este pais, o seu sistema produtivo. Vejo cada vez mais pessoas na rua, sem casa. A fome já chegou a muitas zonas deste País. Os mais idosos vivem mal, e são-lhes cortadas as pensões. Nestas férias de natal muitas escolas ficaram abertas para poder dar refeições em condições a crianças que estão a viver grandes dificuldades. Entretanto já começou a morrer gente à porta das urgências dos Hospitais... não porque os médicos não sejam bons, mas porque os cortes e mais cortes, fizeram com que os hospitais não dêem resposta às necessidades.


Sou o Charlie, sou jornalista francês, sinto-me um dos jornalistas assassinados a sangue frio anteontem em Paris, mas sou também aquele que é explorado e colocado perante a chantagem de obedecer cegamente aos interesses dos donos dos jornais onde trabalho ou ir para o desemprego. Sou um jornalista que por dizer a verdade sou afastado da ribalta das televisões e dos jornais, sou um jornalista igual a outros que em variados países são assassinados por exercer a minha profissão com dignidade e ética ou que morre a cobrir guerras desencadeadas para dominar povos e países inteiros e lhes sugar as suas riquezas.



  



mardi 22 avril 2014

Portugal, 25 avril 1974: Voyage au coeur d'une révolution

Un documentaire de Elsa Cornevin et Anne Fleury 
 La Fabrique de l'Histoire  du lundi au vendredi de 9h06 à 10h
La nuit du 25 avril 1974, des capitaines appartenant au Mouvement des Forces Armées renversent le pouvoir en place et mettent fin à 48 ans de dictature au Portugal.
L’opération a été minutieusement préparée.  La chanson Grandôla, vila Morena de Zeca Afonso, transmise sur les ondes de Radio Renascença à minuit vingt, sert de signal au lancement de la révolution.
Les capitaines espèrent que le renversement du régime se déroulera pacifiquement, sans effusion de sang. Le peuple descend dans la rue et soutient les militaires au fur et à mesure de leurs opérations.
En 24 heures, les places fortes de la dictature tombent une à une.
Les œillets rouges, en vente alors dans les rues de la capitale,  se passent de mains en mains et deviennent le symbole de la révolution... Le symbole de la liberté.
Le coup d’état militaire au Portugal prend de surprise le monde entier.
Baptisés « Capitaines d’avril », les capitaines du Mouvement des Forces Armées entrent dans l’histoire.
Ils sont à peine âgés de trente ans et ont perdu des milliers d’hommes dans les guerres coloniales en Angola, en Guinée-Bissau et au Mozambique. Ils sont portés par des aspirations profondes, celles d’instaurer la démocratie au Portugal et d’en finir avec les guerres coloniales.
Mais qui sont ces capitaines ? Pourquoi décident-ils de renverser le régime la nuit du 25 avril ? Comment leur action militaire s’est-elle transformée en révolution ?
40 ans après, ce documentaire propose une immersion dans le Portugal à la veille de la révolution et croise les paroles des acteurs qui ont fait le 25 avril.
Avec la participation de : Otelo Saraiva de Carvalho, José Manuel Costa Neves, Manuel Martins Guerreiro, José Piteira Santos, Carlos Machado Santos, Aprigio Ramalho, Carlos Beato (pour le Mouvement des Forces Armées) et d’Adelino Gomes (journaliste ayant couvert le 25 avril 1974).
écouter aussi

Histoire du Portugal 1/4 

Grand témoin : Luis Miguel Cintra, comédien 
détail ›

Prochaines diffusions

jeudi 17 avril 2014

Mario Soares : le nouvel “indignéˮ anti-libéral ?

par Pedro da Nóbrega, 17/4/2014 
Je dois dire que je reste pour le moins perplexe lorsque je vois, venant de différents médias de sensibilité communiste ou au moins anti-libérale, la promotion sans le moindre recul critique qui est faite d’un personnage aussi controversé que Mario Soares, ancien Premier Secrétaire du PS portugais, ancien Premier ministre et Président de la République, par ailleurs membre éminent de l’Internationale Socialiste*.


Mario Soares vu par Augusto Cid en 1997
Que l’individu, face aux ravages sociaux des politiques d’austérité dans les pays de l’Union Européenne en général et au Portugal en particulier, ait fait son aggiornamento pour émettre un discours aujourd’hui critique sur l’orientation néo-libérale de l’Union Européenne n’en fait pas pour autant la nouvelle figure de proue de la lutte anti-capitaliste dans l’Union Européenne.

D’autant plus que dans son tout nouveau regard critique, il est loin de brûler ce qu’il vénérait il n’y a pas si longtemps et surtout de porter une analyse autocritique sur propre son rôle historique.
Car, au moment où nous nous apprêtons à commémorer le 40ème anniversaire de la Révolution des Œillets, il n’est pas inutile de revenir sur le rôle décisif qui a été le sien pour faire échouer cette révolution inédite en Europe et ne pas le laisser réécrire l’histoire à sa guise, toujours en essayant de se donner le beau rôle. Car si ses talents de girouette sont depuis bien longtemps notoires au Portugal, il semble qu’il arrive encore à faire illusion dans d’autres contrées en tenant des discours à géométrie variable en fonction de son auditoire.
Zé (diminutif de José), déjà très détendu : "Voyons voir ce que tu nous rapportes de Paris". Sur les valises de Mário Soares: "vêtements" et "programmes". Dessin de João Abel Manta datant d'après le retour d'exil de Soares le 1er mai 1974, quelques jours après la Révolution des œillets.
Dans une entrevue accordée au I-Jornal du 17 avril dernier, il n’hésite pas à présenter le Général Spínola, premier chef de la Junte de Salut National - mise en place le 25 avril 1974 pour remplacer le pouvoir fasciste - comme un grand chef militaire opposé au dernier Président du Conseil fasciste, Marcelo Caetano, le successeur de Salazar, et comme un homme du 25 avril.
Or Spínola, hobereau haut gradé, membre par le passé de la « Division Azul » ayant combattu aux côtés des nazis sur le front soviétique, ancien Commandant du corps expéditionnaire de l’armée coloniale portugaise en Guinée, n’a jamais été lié au Mouvement des Capitaines, le MFA, ni un opposant aux guerres coloniales. Il avait acquis un certain prestige pour avoir publié pendant la dictature un livre « Le Portugal et son avenir », où il osait critiquer la gestion du conflit colonial par le pouvoir fasciste. Non pas qu’il y professât un quelconque droit à l’indépendance des colonies, mais, féru des méthodes de « guerre psychologique » auxquelles il s’était familiarisé auprès des armées françaises qui les avaient développées en Indochine et en Algérie mais aussi US avec le conflit au Vietnam, il critiquait les méthodes « archaïques », selon lui, du pouvoir fasciste portugais pour mener les conflits coloniaux. Nous voilà donc bien loin d’un anti-colonialiste !
D’ailleurs, s’il est devenu chef de la Junte de Salut National, c’est par le biais d’un compromis entre le Mouvement des Forces Armées, auteur du mouvement militaire ayant mis fin au fascisme et les dirigeants de la dictature qui refusaient de négocier avec des officiers « subalternes » pour ne pas que le « pouvoir soit à la rue », Spínola ayant intrigué pour se présenter comme le seul recours, alors que les capitaines du MFA lui préféraient le Général Costa Gomes. Mais ils ont accepté pour éviter un bain de sang dans une ville de Lisbonne où des milliers de Portugais se pressaient dans les rues, contrairement là encore à ce qu’affirme Soares dans cette interview.
Quand le journaliste lui rappelle néanmoins les liens de Spínola avec l’extrême-droite et ses tentatives de coup d’État contre la Révolution des Œillets, notamment le 11 mars 1975, Soares a le culot de répondre « qu’il ne sait pas s’il a tenté ou non un coup d’État et encore moins s’il avait des relations avec l’extrême-droite », alors que ces faits sont avérés et ne prêtent même pas à contestation.
Tactique identique lorsque le journaliste l’interroge sur ses liens privilégiés avec Frank Carlucci, ambassadeur des USA nommé à Lisbonne juste après le 25 avril 1974 et qui deviendra directeur adjoint de la CIA en 1978. Soares répond qu’il n’en sait rien et que cela ne l’intéresse pas et pourtant cela ne l’a pas empêché de réaliser de juteuses affaires avec le dit ambassadeur, qu’il ne dément même pas.
Lisbonne, 1975: rencontre entre Mario Soares et Frank Carlucci pour mettre au point la mise à l'écart du MFA et du PCP
Lisbonne, 9 juin 2011 : retrouvailles au même endroit - une mansarde - des deux vieux complices. Soares :"On se réunissait une fois par semaine. Ici, on était sûr qu'il n'y avait pas de micros du KGB"
C’est d’ailleurs Soares, alors ministre des Affaires Étrangères, qui, sur injonction des USA, impose la présence de l’UNITA à la conférence d’Alvor au Portugal en janvier 1975 sur l’accession à l’indépendance de l’Angola, alors que ce mouvement, qui est né de la collaboration avec l’armée coloniale portugaise pendant le conflit contre le MPLA, mouvement historique de libération, n’est même pas reconnu comme mouvement de libération par l’OUA (Organisation de l'unité africaine), avec le résultat tragique pour le peuple angolais qui en résultera.
Mais il n’hésite pas pourtant à justifier ses excellentes relations avec Carlucci par l’accusation aussi grotesque que ridicule de la volonté d'Alvaro Cunhal, l’historique Secrétaire Général du Parti Communiste Portugais, de faire du Portugal un « Cuba de l’Occident » (sic). Quiconque a vécu cette période sait combien cette fable est inepte et n’a rien à voir avec ce qu’a été la Révolution des Œillets.
Mais l’immodestie du personnage est telle qu’il va dans ce même entretien jusqu’à se vanter des excellentes relations qu’il entretenait avec Manuel Fraga Iribarne, franquiste notoire, allant même attribuer au dictateur Franco le mérite de s’être prétendument opposé au passage de troupes de marines US pour aller attaquer le Portugal de la Révolution des Œillets ! C’est dire le crédit à accorder aux déclarations de ce monsieur.

Lequel se loue aussi des très cordiales relations qu’il avait avec Adolfo Suárez, autre néo-franquiste notoire, et Soares ose même s’attribuer en passant un rôle essentiel dans la « transition » espagnole, excusez du peu.
Pour en revenir à l’Union Européenne, face au journaliste qui lui rappelle qu’il a été le maître d’œuvre de l’entrée du Portugal dans l’Union Européenne et lui demande quel regard il porte sur cette Union Européenne dont les politiques d’austérité empêchent la mise en œuvre de toute politique sociale, il nous livre cette analyse de « haute volée » :
La crise est un facteur dynamique et populiste dans toute l’Europe. La solidarité européenne, élément fondamental de l’Union, a disparu. Les deux partis politiques qui ont construit l’Europe ont été les sociaux-démocrates, socialistes et travaillistes ainsi que les démocrates-chrétiens. Aujourd’hui il ne reste plus que des populistes. Même s’ils se proclament sociaux-démocrates et démocrates-chrétiens. Le populisme a gagné, détruisant les États au profit des marchés.”
Fermez le ban !
Pas un mot sur la soumission des forces politiques qu’il a conduit, avec d’autres, aux logiques de marché du capital, pas un mot sur la responsabilité des dirigeants politiques, dont lui-même, dans cet asservissement, il a déniche l’épouvantail idéal pour faire peur dans les chaumières de la bien-pensance et de la bonne conscience, le populisme, ce vilain avatar qui nous rappelle que le peuple est toujours quelque chose de « peu recommandable » et de « suspect ».
Et cerise sur le gâteau, lorsqu’il est interrogé sur la situation en France, la lourde défaite électorale du PS aux municipales et la montée de l’extrême-droite, il nous gratifie de ce diagnostic « lumineux » :
La situation en France est très difficile et a été créée par Sarkozy. La défaite de Hollande est grave. Mais je crois qu’il en a tiré la leçon et je fonde quelque espoir sur le nouveau gouvernement de Manuel Valls. »
Tant de « clairvoyance » a de quoi en « éblouir » plus d’un assurément !
Alors STOP ou ENCORE !
Je ne comprends vraiment pas comment on peut continuer à faire la promotion d’un personnage de cet acabit en le présentant comme le nouveau « Robin des Bois » anti-libéral ou le nouvel « indigné » du moment. Il y a des limites à la confusion idéologique et historique.
*Voir notamment Mario Soares : « Le néolibéralisme est une tragédie », Denis Sieffert, Politis, 21/11/2013; "L'austérité conduit l'Europe à la dictature", Grand entretien avec l'ancien président portugais Mario Soares, L'Humanité-Dimanche, 30/1/2014
Mario Soares Roi, terre cuite peinte à l'acrylique dans le style traditionnel de Caldas da Rainha 
 

vendredi 13 janvier 2012

2011-2012: C’est la pauvreté qui a généré la crise et non pas l’inverse

par Saul Leblon
Journaliste brésilien, São Paulo.

Original: 2011-2012: Foi a pobreza que gerou a crise, não o inverso
Traduit par  Pedro da Nóbrega, Tlaxcala

Rallonger la journée de travail, sans contrepartie de rémunération, voilà la contribution qu’offrent au monde le Portugal et l’Espagne en cette fin d’année 2011. Une alternative néolibérale à la crise du néolibéralisme. Plutôt que de la qualifier d’excroissance conservatrice, il serait peut-être plus juste d’accorder à Passos Coelho et Mariano Rajoy [chefs des gouvernements portugais et espagnol, ndt] le bénéfice de la cohérence. Ces dirigeants ibériques se limitent à radicaliser les recettes à l’origine de la crise mondiale, consistant, entre autres fondamentaux, en trois décennies de pression sur les revenus du travail dans les principales économies des pays riches, associées à une multitude de cadeaux fiscaux ayant permis aux plus riches de faire bombance.
Pour clarifier les choses : ce n’est pas la crise qui a généré l’austérité et la pauvreté qui ravagent la planète, mais ce sont justement l’austérité et les inégalités néolibérales qui ont conduit à cette situation explosive, aggravée aujourd’hui par des hommes de droite zélés, qui rajoutent une dose de poison. L’ordre des priorités pèse à l’évidence sur l’agenda à venir : la crise n’est pas seulement financière ; exercer un contrôle sur des pouvoirs financiers dérégulés n’est qu’une partie du chemin à parcourir pour maîtriser la redistribution des revenus économiques, férocement concentrés ces dernières décennies en soufflant simultanément le chaud et le froid – austérité d’un côté, crédit à gogo et endettement suicidaire de l’autre, menant gouvernements et familles à la faillite.

Vu sous cet angle, la position des portes-plumes du conservatisme local qui qualifie de “téméraire” le choix d’augmenter en 2012 le salaire minimum de 14% (9% en valeur réelle), insinuant, en reprenant le refrain de Rajoy et Passos Coelho, que “l’excès de dépenses” (fiscales et salariales) serait à l’origine de la crise et justifierait donc à l’heure de vérité une politique d’austérité, apparaît éminemment contestable. En injectant 47 milliards de Reais supplémentaires pour soutenir la demande interne, le gouvernement brésilien renforce en réalité l’immunité du pays face aux causes de la crise mondiale, qui repose en grande partie sur la compression du pouvoir d’achat des salariés, aujourd’hui ramené aux plus bas niveaux historiques dans de nombreux pays.

L’augmentation du salaire minimum permet, au contraire, de situer le pouvoir d’achat de 48 millions de Brésiliens à son plus haut niveau des 30 dernières années, générant une relance de la production et des recettes fiscales vertueuses, qui font précisément défaut aux pays riches. Parmi les divers effets bénéfiques, la “dépense” de 19,8 milliards de Reais correspondant à l’augmentation du minimum vieillesse pour 20 millions de retraités va générer 22,9 milliards de Reais de recettes fiscales supplémentaires qui iront ainsi alimenter les finances publiques selon les chiffres fournis par le Dieese (Département Intersyndical de Statistiques et d’Études Socioéconomiques).


Nicole Eisenman, The Triumph of Poverty, 2009, Oil on canvas, 65 x 82 inches

Les politiques suivies depuis les années 90 par les gouvernements des pays développés, applaudies servilement par le dispositif médiatique de la droite brésilienne, ont consisté justement à alimenter une spirale inversée. Depuis l’an 2000, la classe moyenne usaméricaine titulaire d’un diplôme universitaire, n’a pas connu de revalorisation salariale. Plus de 46 millions d'USaméricains vivent aujourd’hui dans la pauvreté, atteignant ainsi le taux le plus élevé des 17 dernières années : 15,1%.

En termes absolus, le nombre actuel de pauvres aux USA est le plus élevé depuis que le Census Bureau [Bureau du recensement, ndt] a commencé à travailler sur les statistiques US il y a 52 ans. Illustrant de façon éloquente la casse sociale impulsée par le néolibéralisme, le nombre d'USaméricains dépourvus d’assurance-maladie se monte à environ 50 millions de personnes, et tout cela avant la crise qui a accentué le démantèlement du “way of life”, en amenant le total des chômeurs à 46 millions.

Cette recette ne constitue pas pour autant un privilège US. Un quart de l’ensemble des foyers d’Angleterre et du Pays de Galles, environ 20 millions de personnes, vivent à l’heure actuelle en situation de pauvreté, représentant le lourd héritage de gouvernements successifs,  de Thatcher, en passant par Blair, jusqu’à l’actuelle “gravure de mode” comme le surnomme Luiz Gonzaga Belluzzo [sociologue et économiste brésilien réputé, ndt]. Cameron n’éprouve aucun scrupule à traiter à la chaux vive un réseau de services sociaux qui a jadis figuré parmi les plus développés d’Europe. Diverses enquêtes montrent qu’en plein hiver, un nombre croissant de familles anglaises subissent la pire situation de dénuement depuis la 2ème Guerre Mondiale. Un récent rapport de l’OCDE – pas vraiment un bastion progressiste – avec ce titre éloquent " Nous sommes divisés parce que les inégalités augmentent ”, précise que “le revenu moyen des 10% des plus riches représente neuf fois le revenu moyen des 10% des plus pauvres” dans les pays membres de cette organisation (riches, en majeure partie).

L’écart augmente de un à dix pour la Grande-Bretagne, l’Italie et la Corée du Sud pour atteindre de 1 à 14 en Israël, aux USA et en Turquie, révèle le rapport. Les données relatives aux USA indiquent que “le revenu par famille, après impôts, a plus que doublé entre 1979 et 2007 pour les 1% plus riches. Mais ce même revenu a diminué de 7% à 5% pendant la même période s’agissant des 20 % plus pauvres.

“Quand nous évoquons les plus riches d’entre les riches, cela signifie qu’une marge existe pour augmenter les impôts”, a déclaré Angel Gurria, le Secrétaire Général de l’organisation, dans une allusion voilée aux scandaleuses et successives exonérations de toutes sortes accordées aux plus fortunés depuis le gouvernement Reagan, dans les années 80.

La crise néolibérale s’est nourrie de ce postulat de démantèlement simultané des revenus et des emplois provoqué par une délocalisation des emplois et des entreprises vers les « ateliers asiatiques ». L’asphyxie de ce modèle capitaliste n’est pas intervenue plus tôt simplement grâce à la bouée de secours d’un endettement massif des gouvernements et des familles, qui a atteint des sommets de virtuosité insoutenable dans la bulle immobilière USaméricaine, dont l’explosion a déclenché la crise mondiale de 2008.

Quand les subprimes ont crié --'le roi est nu'— tout le savant édifice d’une suprématie financière reposant sur un crédit sans épargne (parce que sans emplois, sans revenus et sans recettes fiscales correspondantes) s’est effondré.

Les tentatives actuelles de “solder le passif” de cet effondrement en ne traitant que ses hoquets financiers – c’est-à-dire, en préservant les banques et en comprimant encore plus les salariés et les pauvres – ne constituent que des façons de perpétuer l’essence même de la crise plutôt que de s’attaquer à ses racines profondes. L’enjeu est autrement plus fondamental. Exercer un contrôle sur des pouvoirs financiers dérégulés n’est qu’une partie du chemin à parcourir pour maîtriser la redistribution des revenus économiques, férocement concentrés ces dernières décennies en soufflant simultanément le chaud et le froid – austérité d’un côté, crédit à gogo de l’autre.

Vouloir préserver ce modèle par un étranglement du crédit, comme certains prétendent le faire, équivaut à un carnage économique et social.  À en juger par les initiatives prises par les dirigeants portugais et espagnols, la droite n’hésitera pas à se servir de la tronçonneuse en 2012. À suivre.




dimanche 5 juin 2011

Les électeurs portugais ont préféré l'original à la copie-40% se sont abstenus de choisir entre la peste "socialiste" et le choléra "social-démocrate"

Les Portugais choisissent la droite pour mettre en place la rigueur

par France Info, 5/6/2011, 22:28

Selon trois sondages réalisés à la sortie des urnes, la droite menée par le Parti social-démocrate décroche la majorité absolue au Parlement sur fond de plan d’austérité. Les socialistes, au pouvoir dans le pays, recueillent entre 24,8 et 30% des voix.

France Info - Pedro Passos-Coelho, le patron du Parti social-démocrate, est le grand gagnant des élections législatives portugaises. Il promet un
Pedro Passos-Coelho, le patron du Parti social-démocrate, est le grand gagnant des élections législatives portugaises. Il promet un "gouvernement fort" , capable de "remettre le Portugal debout".
© Reuters/Rafael Marchante
Face à l’austérité, le Portugal a choisi de changer de majorité. Selon les premières estimations, le parti du Premier ministre démissionnaire José Socrates a été sèchement battu par la droite ce dimanche lors des élections législatives avec 24,8 à 30% des suffrages. Le grand gagnant est le Parti social-démocrate (PSD, centre-droit). Allié avec les autres formations de droite, il devrait s’emparer de la majorité absolue avec 119 à 149 sièges sur les 230 que compte le Parlement. Un scrutin marqué par une forte abstention, entre 38 et 45% des 9,6 millions d’électeurs portugais n’ont pas voté ce dimanche.
C’est donc la droite qui va mettre en place la rigueur qui attend les Portugais. Une politique que devrait mener Pedro Passos-Coelho, le patron du PSD. À 46 ans, ce centriste libéral n’a jamais participé à un gouvernement. Il promet la constitution d’un "gouvernement fort" , capable de "remettre le Portugal debout" et prévoit d’aller "au delà" du plan international en cas de victoire de son camp. Un plan négocié le mois dernier qui comprend un prêt de 78 milliards d’euros, chargé de remettre à flot les comptes du pays. Mais aussi des coupes dans les dépenses publiques et une hausse des impôts.
En mars, le refus par les parlementaires d’un quatrième plan d’austérité avait provoqué la démission du gouvernement socialiste de José Socrates. Deux semaines plus tard, Lisbonne en avait appelé à l’aide de l’UE et du FMI. Arrivé au pouvoir en mars 2005, José Socrates a été accusé par ses opposants d’avoir mené le pays à la "banqueroute" . Lui prétend que ses adversaires ont "déclenché cette crise politique pour faire venir le FMI et appliquer plus facilement un programme ultralibéral".
 

Geração á rasca-Portugal : indignation et représentation politique

par Pedro da Nóbrega, édité par Michèle Mialane, Tlaxcala, 5/6/2011

La tenue des élections législatives au Portugal ce 5 juin est la conséquence de la chute du gouvernement P.S. de Socrátes, Premier Ministre (au Portugal, le chef de l’exécutif). Cette crise politique fait suite au rejet par l’Assemblée Nationale du plan d’austérité imposé par le FMI et la Banque Centrale Européenne en échange d’un prêt destiné à financer la dette du pays. Ce qui est nouveau, c’est la cause de cette chute: le PSD (Parti Social Démocrate), principal parti de droite, a cette fois, pour des raisons électoralistes, voté contre ce plan,  étant donné qu’il a été massivement rejeté par un mouvement social d’une puissance oubliée depuis des années, alors que le PSD avait jusqu’à maintenant adopté une posture très conciliante envers le gouvernement de Socrátes.
En effet, le PS, ne disposant pas d’une majorité au Parlement, n’a pu gouverner qu’avec la complicité du PSD, qui a notamment permis l’adoption d’un budget d’austérité pour 2011, qui s’inscrivait pourtant totalement dans la rigueur budgétaire demandée par le FMI et la BCE. Le moindre des paradoxes n’étant pas de voir ces deux formations se disputer la tête de tous les sondages, les derniers donnant un léger avantage au PSD (35%) sur le PS (32%). La troisième formation politique du pays, le CDS. (Centre Démocratique Social) qui, comme son nom ne l’indique pas, représente la droite la plus extrémiste, reste situé aux alentours de 11 % mais tente surtout de faire oublier qu’il a mis en œuvre une politique similaire pendant des années lorsqu’il soutenait le PSD, alors au pouvoir.

Car un des exercices favoris de cette campagne législative consiste pour les trois formations qui ont trusté le pouvoir depuis des décennies à essayer de masquer leurs responsabilités respectives dans la situation actuelle, qui n’est que la résultante d’une intégration européenne sous le sceau du néolibéralisme, parée à l’origine de toutes les vertus par ces trois formations. A tel point que le Ministre des Finances, Fernando Teixeira dos Santos, l’incarnation du Plan d’austérité qu’il revendique avec fierté d’ailleurs, a été prié de se mettre en congé de campagne pour ne pas gêner ses amis socialistes.

"Le pays est à la dérive"

Cette partie de « poker menteur » n’est pas étrangère à la méfiance envers la représentation politique, illustrée au Portugal par le mouvement « Geração á rasca » (Génération Galère), qui adébuté le 12 mars par la mobilisation de milliers de jeunes travailleurs précaires, à l’image du mouvement des « Indignados » en Espagne ou de la révolte de la jeunesse grecque contre, déjà, les plans d’austérité, mais surtout contre le mépris affiché par les pouvoirs en place vis-à-vis des difficultés de leurs peuples et de leur jeunesse. Néanmoins, les sondages au Portugal, comme les résultats des dernières élections locales en Espagne, montrent d’un côté qu’il ne faut pas surestimer la représentativité sociale de ces mouvements et, d’autre part, que ceux-ci révèlent la difficulté à  trouver une traduction politique à une contestation sociale majeure, cependant nullement dénuée d’objectifs politiques.
Car, contrairement à ce qu’essaient d’accréditer par un matraquage intensif les grands médias occidentaux, si ces mouvements se méfient de toute instrumentalisation partisane, ils ne sont absolument pas apolitiques. En effet, ils interpellent directement les fondements de la politique néo-libérale menée de concert, dans le cadre de l’Union Européenne, par un bloc central constitué par les formations de la droite et de la social-démocratie. Ce bloc central qui essaie depuis des années, par tous les moyens, de circonscrire l’espace démocratique à une alternance qui en est pourtant la négation, car elle évacue toute perspective de changement fondamental de société.
C’est d’abord l’échec de cette stratégie qu’illustrent non seulement les mouvements en cours mais aussi les mobilisations sociales considérables qui se sont développées ces derniers temps. Mais elles trouvent aussi leurs limites dans l’incapacité à trouver une traduction politique dans le cadre des institutions actuelles.
On peut s’étonner dans un tel contexte de la difficulté pour la gauche porteuse d’objectifs de transformation sociale d’occuper cet espace politique. Au Portugal, la CDU (Coalition Démocratique Unitaire, regroupant les communistes du PCP et les Verts) se situe dans les sondages entre 8 à 10 % et le Bloco de Esquerda (Bloc de Gauche, membre du PGE) entre 6 et 8 %.
Mais c’est peut-être dans le rapport aux institutions que se situe l’écueil majeur. Car un des aspects marquants des rébellions sociales en cours est justement une remise en cause majeure du cadre institutionnel actuel dans les pays de l’Union Européenne, avec l’exigence d’une dimension participative bien plus forte qui place sous le contrôle des citoyens les mécanismes de délégation du pouvoir et place au centre des politiques économiques la satisfaction des besoins sociaux et non l’obéissance servile aux diktats financiers.
Le paradoxe réside dans le fait que l’interpellation des schémas institutionnels soit bien plus virulente de la part de ces mouvements sociaux que de la part des organisations politiques qui affichent pourtant des ambitions de transformation sociale, comme le montrent les débats sur le devenir de la monnaie unique européenne et sur l’avenir des institutions européennes.
Sans préjuger des résultats des élections législatives au Portugal, c’est sûrement dans leur capacité à répondre à ces aspirations et à remettre en question leur forme et leur cadre d’intervention que ces formations peuvent ouvrir des perspectives alternatives et aller à la rencontre des nouvelles aspirations citoyennes.
Images du mouvement lancé le 12 mars par la jeunesse portugaise sous le nom de  Geraçao à Rasca ou M12M .