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mercredi 9 février 2011

Noam Chomsky : Ce n’est pas l’Islam radical qui préoccupe les USA, mais l’indépendance

 Traduit par Viktor Dedaj, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

 La nature des régimes qu’ils soutiennent dans le monde arabe importe moins que leur contrôle. Les sujets sont ignorés jusqu’à ce qu’ils brisent leurs chaînes
« Le monde arabe est en feu », annonçait Al Jazeera la semaine dernière, alors que partout dans la région, les alliés occidentaux « perdent rapidement leur influence ». L’onde de choc a été déclenchée par le soulèvement dramatique en Tunisie qui a renversé un dictateur soutenu par l’Occident, avec des réverbérations surtout en Égypte, où les manifestants ont submergé la police brutale d’un autre dictateur.
 
Certains observateurs ont comparé l’événement aux renversements des régimes du camp soviétique en 1989, mais les différences sont importantes. La plus importante est qu’il n’y a aucun Mikhaïl Gorbatchev parmi les grandes puissances qui soutiennent les dictateurs arabes. Washington et ses alliés s’en tiennent plutôt au principe bien établi que la démocratie est acceptable à condition qu’elle soit conforme aux objectifs stratégiques et économiques : excellente en territoire ennemi (jusqu’à un certain point) mais à éviter dans nos chasses gardées sauf si elle est correctement contrôlée.
 
Dave Brown
La comparaison avec 1989 est cependant valable dans un cas : la Roumanie, où Washington soutenait Nicolae Ceausescu, le plus brutal des dictateurs de l’Europe de l’est, jusqu’à ce que ce dernier devienne incontrôlable. Washington a ensuite salué son renversement tout en oubliant le passé. Le scénario est classique : Ferdinand Marcos, Jean-Claude Duvalier, Chun Doo-hwan, Suharto et de nombreux autres gangsters utiles. Cela pourrait être aussi le cas avec Hosni Moubarak, tout en déployant les efforts habituels pour s’assurer que le régime qui succède ne s’éloigne pas trop du chemin tracé. Les espoirs semblent s’orienter vers le général Omar Souleymane, un fidèle de Moubarak, qui vient d’être nommé vice-président. Souleymane, qui a longtemps dirigé les services de renseignement, est détesté par le peuple en révolte presque autant que le dictateur lui-même.
 
Moubarak, Souleymane et l'esprit du nouveau gouvernement égyptien, par Steve Bell
Un refrain souvent entendu est que le risque posé par l’islamisme radical oblige à s’opposer (à contre-cœur) à la démocratie et ce pour des raisons pragmatiques. Si la formule mérite considération, elle est néanmoins trompeuse. La vraie menace a toujours été l’indépendance. Les USA et leurs alliés ont régulièrement soutenu des islamistes radicaux, parfois pour éliminer la menace d’un nationalisme laïque.
 
Un exemple connu est celui de l’Arabie Saoudite, le centre idéologique de l’Islam radical (et du terrorisme islamiste). Un autre sur la longue liste est Zia ul-Haq, le plus brutal des dictateurs pakistanais et le préféré du Président Reagan, qui a mené un programme d’islamisation radical (financé par les Saoudiens).
 
« L’argument habituel constamment avancé dans le monde arabe et à l’extérieur est que tout va bien, que tout est sous contrôle», dit Marwan Muasher, un ancien responsable jordanien et actuellement directeur des recherches sur le Moyen-Orient à la Fondation Carnegie. « En suivant ce raisonnement, les forces retranchées rétorquent que les opposants et ceux à l’étranger qui exigent des réformes exagèrent la situation à l’intérieur. »
 
On peut donc ignorer l’opinion publique. Cette doctrine ne date pas d’hier et elle a été généralisée au monde entier, y compris à l’intérieur des USA. Lorsque des troubles se produisent, quelques ajustements tactiques peuvent s’avérer  nécessaires, mais toujours avec l’idée de garder le contrôle.
Le retentissant mouvement démocratique en Tunisie était dirigé contre « un État policier, avec peu de liberté d’expression ou d’association, et de graves atteintes aux droits humains », dirigé par un dictateur dont la famille était détestée pour sa vénalité. Ainsi s’exprimait Robert Godec, ambassadeur des USA, dans un câble daté de juillet 2009 et diffusé par WikiLeaks.
 
Ainsi, selon certains observateurs, « les documents (de WikiLeaks) devraient rassurer l’opinion publique usaméricaine sur le fait que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » - et même que les câbles confirment tellement la politique des USA que c’est à se demander si ce n’est pas Obama lui-même qui organise les fuites (selon Jacob Heilbrunn dans The National Interest ).
 
« L’Amérique devrait donner une médaille à Assange», titre le Financial Times, dans un article où Gideon Rachman écrit : « la politique étrangère des USA apparaît comme éthique, intelligente et pragmatique... la position publique des USA sur un sujet donné correspond en général aux positions privées. »
 
De ce point de vue, WikiLeaks coupe l’herbe sous les pieds des « théoriciens du complot » qui émettent des doutes sur la noblesse des motivations proclamées par Washington.
 
Le câble de Godec confirme cette idée – à condition de ne pas creuser plus loin. Dans ce cas, comme l’analyste de la politique internationale Stephen Zunes l’a indiqué dans Foreign Policy in Focus, on découvre aussi, à coté du câble de Godec, que Washington a fourni 12 millions de dollars d’aide militaire à la Tunisie. On découvre que la Tunisie était l’un des cinq bénéficiaires avec Israël (de manière constante), deux dictatures du Moyen-Orient, l’Égypte et la Jordanie et la Colombie, qui détient le record en matière d’atteintes aux droits humains et qui est aussi le premier bénéficiaire de l’aide militaire US dans l’hémisphère américain.
 
La première pièce à conviction présentée par Heilbrunn est le soutien arabe à la politique des USA contre l’Iran, révélé par les câbles. Rachman lui-aussi se saisit de cet exemple, à l’instar de la plupart des médias, tout en louant ces révélations encourageantes. Toutes ces réactions montrent à quel point la démocratie est méprisée dans les milieux éduqués. [selon Chomsky, ce sont les milieux "éduqués", ceux qui passent par le formatage du système éducatif, qui deviennent les piliers du système - NdT]
Aucune mention n’est faite de ce que pense la population – chose facile à vérifier. Selon un sondage de la Brookings Institution rendu public au mois d’août, quelques Arabes sont effectivement d’accord avec Washington et les commentateurs occidentaux pour qui l’Iran représente une menace : ils sont 10%. Par contraste, les Arabes qui considèrent que ce sont USA et Israël qui représentent la plus grande menace sont, respectivement, 77% et 88%.
 
L’opinion publique arabe est si hostile à la politique usaméricaine qu’une majorité (57%) pensent que la sécurité régionale serait renforcée si l’Iran se dotait d’armes nucléaires. Néanmoins, « tout va bien, tout est sous contrôle » (selon l’expression de Muasher pour décrire cette illusion dominante). Puisque les dictateurs nous soutiennent, leurs sujets peuvent être ignorés – sauf lorsqu’ils brisent leurs chaînes. Dans ce cas, il faut procéder à un ajustement de politique.
 
D’autres documents semblent confirmer l’enthousiasme qui s’exprime autour de la noblesse supposée de Washington. En juillet 2009, Hugo Llorens, l’ambassadeur US au Honduras, a informé Washington d’une enquête de l’ambassade sur « les enjeux juridiques et constitutionnels autour du renversement le 28 juin du Président Manuel « Mel » Zelaya. »
 
L’ambassade concluait qu’ « il ne fait aucun doute que l’armée, la Cour Suprême et le Congrès ont conspiré le 28 juin dans ce qui constitue un coup d’État illégal et anticonstitutionnel contre la branche exécutive du pouvoir ». Très admirable, sauf que le Président Obama a rompu avec pratiquement toute l’Amérique latine et l’Europe en soutenant le régime issu du coup d’État et en ignorant les atrocités qui ont suivi.
 
La révélation la plus remarquable de WikiLeaks est peut-être celle qui concerne le Pakistan et qui a été examinée par l’analyste Fred Branfman dans Truthdig.
 
Les câbles révèlent que l’ambassade US était parfaitement consciente que la guerre US en Afghanistan et au Pakistan non seulement renforçait l’antiaméricanisme ambiant mais aussi « le risque d’une déstabilisation de l’État pakistanais » et soulevait la menace du cauchemar absolu : que des armes nucléaires tombent entre les mains de terroristes islamistes.
 
Encore une fois, ces révélations « devraient rassurer l’opinion publique usaméricaine sur le fait que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » (selon Heilbrunn). Pendant ce temps, Washington marche résolument à la catastrophe.

samedi 25 septembre 2010

L’Arabie saoudite face au double défi : du Sunnite Oussama Ben Laden (Al Qaida) et du Chiite Hassan Nasrallah (Hezbollah)

par René Naba, 18 et 25/9/2010
«Il existe quelqu’un de pire qu’un bourreau, son valet»
Comte Honoré Gabriel de Mirabeau
 
La dynastie wahhabite: unique entreprise familiale au monde à siéger aux Nations Unies, une illustration caricaturale de la réalité paralytique arabe

 
Paris, 18 septembre 2010 – Unique famille à avoir donné son nom à son pays, ce que même Christophe Colomb, le découvreur de l’Amérique, n’a songé à faire, unique pays à porter le nom de sa famille conquérante, ce que même Jules César n’a osé faire, l’Arabie saoudite est aussi l’unique entreprise familiale au monde à siéger aux Nations Unies, un privilège qu’aucune dynastie si prestigieuse fût-elle, qu’aucune multinationale si puissante soit-elle, n’a jamais pu exercer, un passe-droit qui donne la mesure du laxisme dont bénéficient les dirigeants ce pays sur le plan international du fait pétrolier.
 
Le Gardien des Lieux Saints de l’Islam a certes financé la promotion de l’Islam à travers le monde, mais son prosélytisme religieux tous azimuts s’est souvent confondu avec une instrumentalisation politique de la religion comme arme de combat contre les ennemis de l’Amérique, notamment l’athéisme communiste, au détriment des intérêts stratégiques du monde arabe.
 
Le chef de file de l’Islam sunnite a porté le fer aux quatre coins de la planète pour le compte de son protecteur américain, mais le bailleur de fonds des équipées militaires américaines dans le tiers-monde - de l’Afghanistan au Nicaragua - n’est jamais parvenu à libérer l’unique Haut Lieu Saint de l’islam sous occupation étrangère, la Mosquée Al Aqsa de Jérusalem, au point que son leadership est désormais concurrencé par le nouveau venu sur la scène diplomatique régionale, la Turquie et sa posture néo-ottomane.
 
Le protégé de l’Amérique, auteur de deux plans de paix pour le Proche-Orient, n’a jamais réussi à faire entériner par son protecteur américain et son partenaire israélien les propositions visant à régler le conflit israélo-palestinien, ni à prévenir l’annexion rampante de Jérusalem, ni la judaïsation de la 3ème ville sainte de l’Islam, pas plus qu’il n’a pu éviter le basculement des grandes capitales arabes hors de la sphère sunnite, dans le giron  adverse: Jérusalem sous occupation israélienne, Damas sous contrôle alaouite et Bagdad  enfin sous partage  kurdo-chiite.
 
Le plus riche pays arabe, membre de plein droit du G20, le directoire financier de la planète, a dilapidé une part de sa fortune à d’extravagantes réalisations de prestige et à la satisfaction d’invraisemblables caprices de prince, sans jamais songer à affecter sa puissance financière au redressement économique arabe ou au renforcement de son potentiel militaire, bridant au passage toute contestation, entraînant dans son sillage le monde arabe vers sa vassalisation à l’ordre américain.
 
La dynastie wahhabite, détournant les Arabes et les Musulmans de leur principal champ de bataille, la Palestine, dans de furieux combats en Afghanistan, n’a jamais tiré un coup de feu contre Israël, au point que le meilleur allié arabe des États-Unis apparaît, rétrospectivement, comme le principal bénéficiaire des coups de butoir israélien contre le noyau dur du monde arabe, et Israël, comme le meilleur allié objectif de la monarchie saoudienne.
 
En 78 ans d’existence, ce pays de passe-droits a été gouverné par six monarques (Abdel Aziz, Saoud, Faysal, Khaled, Fahd, Abdallah), mais, à une période charnière de l’histoire du monde arabe, à l’ère de l’optronique, de la balistique, du combat disséminé et de la furtivité de basse tension, aucun des six monarques n’était détenteur d’un diplôme universitaire, tous formatés dans le même moule de la formation bédouine et de l’école coranique, à l’instar des autres pétromonarchies gérontocratiques du Golfe, soit le tiers des membres de la Ligue arabe et les deux tiers de la richesse nationale arabe, alors que la théocratie voisine iranienne a, d’ores et déjà, accédé au statut de puissance du seuil nucléaire.
En 78 ans d’existence, malgré les turbulences, la famille Al Saoud a réussi à sauvegarder son trône, mais à plonger la zone dans une sinistrose quand Israël sinistrait la zone.
 

vendredi 5 février 2010

Un porte-avions appelé Haïti-La IVème Flotte en action

par Raúl ZIBECHI, 1/2/2010. Traduit par  Gérard Jugant, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Un portaaviones llamado Haití
La réaction des USA, consistant à militariser la partie haïtienne de l’île à la suite du dévastateur tremblement de terre du 12 janvier, doit être replacée dans le contexte de la crise financière et économique et de l’arrivée de Barack Obama à la présidence. Les tendances de fond étaient déjà présentes mais la crise les a accélérées de façon qu’elles ont gagné en visibilité. Il s’agit de la première intervention d’envergure de la IVème Flotte, rétablie peu de temps auparavant.
Avec la crise haïtienne, la militarisation des rapports entre les USA et l’Amérique latine avance d’un pas de plus, comme partie intégrante de la militarisation de toute la politique extérieure de Washington. De cette manière, la superpuissance en déclin tente de retarder le processus qui la transformerait en une puissance parmi six ou sept dans le monde. L’intervention est si éhontée que le très officiel Quotidien du Peuple chinois (21 janvier) se demande si les USA ont l’intention incorporer Haïti comme un État de plus de l’Union.

 Le quotidien chinois reprend une analyse du prestigieux magazine Time, où il est assuré qu’“Haïti est devenu le 51ème État des USA, et quand bien même il ne le serait pas, c’est pour le moins son arrière-cour”. En effet, en à peine une semaine, le Pentagone avait dépêché vers l’île un porte-avions, 33 avions de secours et de nombreux navires de guerre en plus de 11.000 soldats. La MINUSTAH, mission de l’ONU pour la stabilisation d’Haïti, a à peine 7.000 soldats. Selon la Folha de Sao Paulo (20 janvier) les USA ont détrôné le Brésil de son rôle dirigeant dans l’intervention militaire dans l’île, étant donné qu’en peu de semaines ils auront “douze fois plus de militaires que le Brésil en Haïti”, atteignant les 16.000 militaires.
Le même Quotidien du Peuple, dans un article sur l’ “effet  US” dans les Caraïbes, assure que l’intervention militaire de ce pays en Haïti aura une influence sur sa stratégie dans les Caraïbes et en Amérique latine où il maintient une importante confrontation avec Cuba et le Venezuela. Cette région est, dans la lecture de Pékin, “la porte de son arrière-cour”, qu’elle cherche à “contrôler étroitement” pour “continuer à augmenter le rayon de son influence vers le sud”.
Tout cela n’est pas vraiment nouveau. L’important est que cela s’inscrit dans une escalade qui a commencé avec le coup d’État militaire au Honduras et avec les accords avec la Colombie pour l'utilisation de sept bases dans ce pays. Si on ajoute à cela l’usage des quatre bases que le président de Panama Ricardo Martinelli céda à Washington en octobre, et celles qui existent déjà à Aruba et Curaçao (îles proches du Venezuela, colonies néerlandaises), il existe un total de treize bases encerclant le processus bolivarien. Voilà qu’en plus, il y a maintenant un énorme porte-avions au milieu des Caraïbes.
 
Intervention...flottante , par Chispa, Cuba :
- Et qu'est-ce qu'elle fait, cette IVème Flotte, dans les Caraïbes ?
- Elle cherche des "armes de destruction massive"

 Selon Ignacio Ramonet, dans Le Monde Diplomatique de janvier, “tout annonce une agression imminente”. Cela ne paraît pas bien sûr le scénario le plus probable, bien qu’on puisse en tirer deux conclusions : que les USA optent pour le militarisme afin de pallier leur déclin et qu’il ont besoin du pétrole de Colombie, d’Équateur et surtout du Venezuela pour consolider leur situation hégémonique ou, pour le moins, ralentir leur déclin. Mais les choses ne sont pas si simples.

Pour le mensuel français, “la clef est à Caracas”. Oui et non. Oui parce que, en effet, 15% des importations de pétrole des USA proviennent de Colombie, du Venezuela et d’Équateur, pourcentage qui égale la quantité importée du Moyen-Orient. De plus, le Venezuela est sur le point de se transformer en la plus grande réserve de brut de la planète si les réserves de la Bande de l’Orénoque découvertes récemment se confirment. Selon le Service Géologique des USA, elles seraient le double de celles d’Arabie Saoudite. Cela serait suffisant pour que Washington souhaite remplacer, comme c’est le cas, Hugo Chávez à la tête du processus bolivarien.

Carlos Latuff : Nous sommes OUVERTS pour le business

Selon moi, le problème central pour l’hégémonie usaméricaine dans l’ “arrière-cour” est le Brésil. Le pétrole sous terre est une richesse importante. Mais il faut l’extraire et le transporter, ce qui exige des investissements et la stabilité politique. Le Brésil est maintenant une puissance mondiale, le second des pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) en importance derrière la Chine. Sur les dix plus grandes banques du monde, trois sont brésiliennes (et cinq chinoises), mais aucune des USA ou de l’Angleterre. Le Brésil a les sixièmes réserves d’uranium du monde (alors que seulement 25% de son territoire a été exploré) et sera parmi les cinq plus grandes réserves de pétrole quand se terminera la prospection dans le bassin de Santos. Les multinationales brésiliennes figurent parmi les principales du monde: Vale do Rio Doce est la seconde entreprise minière au monde et la première en minerai de fer; Petrobras est la quatrième pétrolière du monde et la cinquième entreprise mondiale pour sa valeur de marché; Embraer est la troisième entreprise aéronautique derrière Boeing et Airbus; JBS Friboi est la première entreprise frigorifique de viande bovine du monde; Braskem est la huitième entreprise pétrochimique de la planète. Et on pourrait continuer cette liste.
A la différence de la Chine, le Brésil est auto-suffisant en matière d’énergie et sera un grand exportateur. Sa principale vulnérabilité, militaire, est en voie d’être surmontée grâce à son association stratégique avec la France: dans la décennie qui commence, le Brésil fabriquera des avions de chasse de dernière génération, des hélicoptères de combat et des sous-marins puisque la France lui transférera les technologies nécessaires. Vers 2020, sinon plus tôt, le Brésil sera la cinquième économie de la planète. Et tout cela se passe sous le nez des USA.
Le Brésil contrôle déjà une bonne partie du Produit Intérieur Brut de Bolivie, du Paraguay et de l’Uruguay, a une présence très forte en Argentine, dont il est un allié stratégique, ainsi qu’en Équateur et au Pérou, qui lui facilitent l’accès au Pacifique. Là est l’os le plus dur pour la IVème Flotte. Il s’avère que le Pentagone a conçu pour le Brésil la même stratégie qu’il applique à la Chine: provoquer des conflits à ses frontières pour l’empêcher de décoller. La Corée du Nord, l’Afghanistan et le Pakistan, en plus de la déstabilisation de la province à majorité musulmane du Xinjang.
En Amérique du Sud, un chapelet d’installations militaires du Commandement Sud entoure le Brésil par la région andine et le sud. Les tenailles se ferment avec le conflit Colombie-Venezuela et Colombie-Équateur. Maintenant il faudra compter avec le porte-avions haïtien, déplaçant de cette île l’importante présence brésilienne à la tête de la MINUSTAH. C’est une stratégie de fer, froidement calculée et rapidement exécutée.
Le problème qu’affrontent les nations et les peuples de la région, est que les catastrophes naturelles seront la monnaie courante dans les prochaines décennies. Ceci n’est que le commencement. La IVème Flotte sera la partie militaire la plus expérimentée et la mieux préparée pour des interventions “humanitaires” dans des situations d’urgence. Haïti ne sera pas l’exception mais le premier chapitre d’une nouvelle série entraînée par le positionnement militaire dans toute la région. Autrement dit : nous autres Latino-Américains sommes en sérieux danger, et il est temps que nous ouvrions l’œil.

L’empire contre-attaque

par Victor FLORES OLEA, La Jornada, 1/2/2010. Traduit par  Gérard Jugant, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
El imperio contrataca

On a célébré l’effort des pays latino-américains qui « prennent leurs distances » de l’empire, cherchant de nouvelles voies vers un développement qui soit indépendant et distinct, et authentiquement démocratique, sans se limiter à répéter la démocratie usaméricaine, captive des grands intérêts économiques qui mettent sous leur coupe les institutions du pays.
L’histoire de nos peuples a exigé cette distance et même une une rupture: depuis les pratiques d’exploitation dans le style de la United Fruit Company, jusqu’aux nouvelles formes de domination des systèmes financiers, en passant par l’horreur des dictatures militaires.
La distance a aussi commencé à se construire par de nouvelles institutions. Les principales: l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur), l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques (Alba), la Banco del Sur, qui cherchent l’autonomie politique et économique de nos pays, surtout dans le sud, et à s’éloigner de la domination du Consensus de Washington, du Fonds Monétaire International (FMI) et de la Banque Mondiale (BM).
Mais l’empire ne tolère aucune dissidence dans ce qu’il prétend être sa “zone naturelle” d’influence (son “arrière-cour”). Il y a beaucoup de signaux qui l’indiquent. Bien sûr que face aux profonds processus sociaux et démocratiques qu’a vécu une bonne partie de l’Amérique latine dans les deux dernières décennies récentes, il n’est pas facile d’intervenir par le vieux mode des “coups d’état” du temps de la guerre froide. Aujourd’hui cette forme d’intervention paraît exclue; néanmoins, il est clair qu’il n’est pas acceptable pour l’empire que la région se “soustraie” à sa domination, fut-ce par la voie de la décision populaire et démocratique de nos nations. Henry Kissinger, ce génocidaire qui obtint le Nobel de la Paix, a dit en se référant au Chili de Salvador Allende: “Il est inacceptable que le socialisme arrive au Chili, ce qui montre simplement l’irresponsabilité du peuple chilien”. La sentence demeure en vigueur pour les leaders de l’empire.
La Quatrième Flotte continue à exister et un traité international récent concède aux USA le droit d’installer sept bases militaires en Colombie: leurs militaires et civils ont le droit d’entrer et de sortir librement du pays, avec une quelconque pièce d’identité, sans passeport, et les Usaméricains résidant en Colombie ne peuvent être déférés devant les tribunaux civils ou militaires, quel que soit leur délit, et avec le plein droit de rentrer ou de sortir du pays toute cargaison sans contrôle des autorités: une véritable annexion et une réelle impunité.
Le blocus économique de Cuba demeure reste inchangé pour l’essentiel, malgré le vote massif année après année de l’Assemblée Générale des Nations Unies, exigeant qu’il soit levé (en 2009, la totalité des pays du monde, à l’exception des USA, d’Israël et de la Micronésie). Et voilà aujourd’hui l’occupation de fait de Haïti, en raison de la tragédie, par des milliers de marines. De toute évidence, l’occupation armée ne s’explique pas par des motifs de sécurité ou d’“aide humanitaire”, mais il s’agit clairement de s’assurer le contrôle territorial de la zone. En pratique, il s’agit d’une nouvelle base militaire usaméricaine qui n’abandonnera pas sa position.
Il y a deux modèles récents qui définissent le style de contre-attaque de l’empire: celui du Honduras, avec un coup militaire “légalisé” post factum, et celui du soutien politique et économique à l’ opposition de droite, comme cela s’est passé il y a à peine une semaine au Chili.
Allan McDonald, Tlaxcala
Dans le premier cas, il a été clair que l’appui aux putschistes “légaux” de Tegucigalpa, simplement par le fait que les USA n’ont jamais condamné clairement le coup, mais bien “laissé faire et passer” jusqu’à ce que se consolide pour eux une commode transition. Bien que d’innombrables pays latino-américains et européens aient retiré leur représentation diplomatique, le gouvernement d’Obama a su “dissimuler” et son silence tactique a permis la permanence de ce “coup” avec des prétendues bases juridiques et la consolidation d’un nouvel ordre “légal” dans ce pays.
Dans le cas des élections chiliennes le retour au Palais de la Moneda du pinochétisme le plus extrême semble proprement incroyable. Pour beaucoup, l’exemple de stabilité et de progrès était donné par la Concertation et par le socialisme chilien; nous voyons maintenant que le résultat des dernières élections doit être placé dans la colonne négative de la Concertation, puisque son abandon de toute perspective de réformes sociales profondes a favorisé le retour au pouvoir de l’extrême-droite. Bien sûr, le néolibéralisme continuait de manière rampante. Atilio Boron l’a dit: “ on préfère toujours l’original à la copie”.
Dans ces deux cas, par des voies différentes, mais avec le consentement de Washington, des régimes réformistes on été éliminés et c’est une régression pure et simple aux systèmes oligarchiques qui est imposée. La contre-attaque impériale d’aujourd’hui, contre le réformisme latino-américain, est un signal de très mauvais augure et est le motif principal de notre préoccupation.
Les pays qui ont avancé par le chemin de l’émancipation de l’empire, et plus encore ceux dont l’horizon est plus radical que le simple réformisme, constituent aujourd’hui la principale préoccupation latino-américaine. L’empire ne s’intéresse pas fortement à l’Amérique latine, disent certains probablement avec raison, puisqu’elle n’est pas en tête de ses ordres de priorité, mais cela ne signifie pas qu’il nous ait oublié dans son ambition de domination mondiale. Nous ne pouvons oublier que les yeux de l’aigle sont aussi posés dans son “arrière-cour”, ni que seules les luttes populaires et l’unité pourront arrêter ses ambitions sans frein.

vendredi 22 janvier 2010

Le choix de la résistance à l’occupant menace les régimes dictatoriaux arabes

par زهير أندراوس  Zuhair  ANDRAOS , 22/1/2010. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Il apparaît  que les USA, dans l’ère du Président Obama, n’ont pas changé de politique étrangère, et le lobby sioniste contrôle toujours le cercle des décisionnaires de Washington. Comment comprendre sinon la décision prise par le gouvernement US de punir les satellites qui diffusent les chaînes arabes hostiles à son égard, selon lui ?

La seconde question découlant de la première est : au nom de quoi les USA édictent-ils des lois qu’ils imposent à d’autres pays ?

Il est également important de rappeler aux Usaméricains que celui qui a une maison de verre n’a pas intérêt à jeter de pierres sur celles des autres : la résistance des peuples qui subissent l’occupation est un droit inscrit dans la législation internationale et personne n’a le droit de priver tout peuple avide de liberté d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour se débarrasser de son occupant et de le renvoyer  là d’où il vient (« chez lui »).

Il n’y a en outre pas de mal à rappeler aux faucons et aux colombes de la Maison blanche qu’il existe un gouffre entre ce que  l’Occident qui se croit éclairé qualifie de terrorisme et le terrorisme structuré et organisé par des États, USA à leur tête, État qui s’est malheureusement transformé en gendarme du monde : il occupe l’Irak depuis 7 ans, et l’occupation n’est-elle pas le plus haut degré de terrorisme ?

Qu’en est-il du million d’Irakiens tués par la machine de guerre, de destruction, de famine US de 1990 à aujourd’hui ? Il est vrai que l’ancien président US George W. Bush a dit que « Dieu tout-puissant » lui a ordonné d’occuper l’Irak et, comme il est croyant, il a obéi à la lettre aux ordres de son Seigneur.

Ce même Bush a-t-il oublié les enseignements du christianisme –souillés par ce criminel – qui disent sans équivoque possible : « Tu ne tueras point » ?  Est-ce que les dix commandements auraient changé à notre insu ?

Jeff Koterba, Omaha World Herald
Une chose en rappelant une autre,  quand une fatwa délivrée par un religieux musulman passe inaperçue, aussitôt la machine médiatique occidentale lui donne une deuxième vie en l’interprétant pour accabler l’islam, les musulmans et les Arabes, évidemment, car elle se permet ce qu’elle ne permet pas autres. Et si quelqu’un a oublié ou fait semblant d ‘oublier, il faut lui rappeler  l’idiot de pasteur US Pat Robertson, qui a fait de la diabolisation de l’islam et des musulmans un objectif stratégique, crachant son venin et ses paroles infectes tous les jours à la télévision et sur les radios sans encourir aucune poursuite pénale : ce pasteur a déclaré que le tremblement de terre qui a frappé Haïti était le châtiment pour  son « pacte avec le diable » à l’époque de la domination coloniale française. Il a dit dans une émission télévision appelée « Le Club 700 », suivie par des millions de ses adeptes, que les Haïtiens avaient dit au Diable : « Nous serons tes serviteurs si tu nous débarrasses des Français » et que le Diable leur a dit : « OK. C’est un accord entre vous et moi. »



Dans une interview télévisée en 2005, le même Robertson avait appelé à assassiner le président vénézuélien Hugo Chávez, sous prétexte d’éviter que le Venezuela se transforme en bastion de l’extrémisme islamique et communiste, ajoutant qu’à son avis, un tel plan d’assassinat serait d’un faible coût financier et politique, car il permettrait au Trésor US de faire l’économie des 200 milliards de dollars que coûterait une guerre pour renverser Chávez.

Ce même Roberston a insulté l’islam et les musulmans, en dépassant les bornes, dans une émission de Fox TV du 18/9/2004, déclarant que l’islam était une immense escroquerie et que le Coran était un pillage minutieux de la tradition judaïque.

Demandez donc à ce pasteur ce que les soldats US ont commis à la prison irakienne d’Abou Ghraïb comme actes de torture et de mauvais traitements ? Et dans le camp de Guantánamo en inventant les méthodes de torture les plus perverses et en commettant les actes les plus immondes pour humilier les musulmans en souillant le Coran ?

Question à Obama : vous avez promis de fermer ce camp. Pourquoi ne l’avez-vous pas encore fait ?
Revenons à notre propos initial : les médias occidentaux ayant échoué lamentablement dans leur marketing de la vision usaméricaine à deux balles du monde, on est passé à une autre tactique, à savoir dompter et réduire au silence les médias arabes, déjà soumis. Le Congrès US a adopté la loi spéciale sur les médias arabes hostiles aux USA que les régimes arabes sont chargés d’appliquer, avant même les USA, car il est hors de doute qu’il y a des intérêts communs, au-delà des divergences, entre la tête de pont de l’impérialisme mondial, les USA, et les puissances signataires de l’Accord Sykes-Picot [France et Grande-Bretagne, NdT].

Il faut rappeler qu’en février 2008, les ministres de l’Information arabes –fonctionnaires de régimes de torture et de souffrance – ont signé la Charte sur les émissions satellitaires qui a été élaborée par la Ligue arabe et suite à cela, plusieurs chaînes arabes ont cessé leurs émissions. Ajoutons à cela que les ministres ont décidé de punir avec la plus grande sévérité toute chaîne satellitaire qui dénoncerait ou révèlerait la corruption d’un régime arabe. Le terreau arabe était donc déjà préparé à accepter la décision du Congrès, qui ferme les bouches  et fait de tout résistant arabe un terroriste.

Sans parler de la politique arabe officielle, qui a renoncé depuis des décennies à toute idée de libération par la résistance et a fait le choix de la négociation et de la discussion pour obtenir la paix. En outre, l’écrasante majorité des régimes arabes répriment toute tentative de résistance germant dans l’esprit des Arabes, car celui qui lutte contre l’occupant se retournera tôt ou tard contre ceux qui lui sont soumis,  le président, le roi, le sultan ou l’émir arabe, en d’autres termes  le choix de la résistance menace radicalement les régimes dictatoriaux et autoritaires soutenus par l’Usamérique.

La Résistance et les Arabes de l’Amérique
- L’Émir : J’ai peur que la victoire de la Résistance au Liban se répète à Gaza
- Moubarak : Je préfère la prédiction divine à la tienne


Enfin,  on aurait souhaité que les gouvernements arabes élèvent leur voix, non pas contre leur propre opinion et  aux côtés du Congrès US, dans cette alliance qui se consolide pour écraser ce qui reste de voix qui disent oui à la résistance et non aux murs d’acier, aux blocus qui affament, à l’occupation usaméricano-israélienne, pour dire non à la vente de sous-marins nucléaires (allemands) à Israël.

Pourquoi, ô Arabes, ne demandez-vous pas à l’Allemagne, qui a commis l’Holocauste durant la deuxième Guerre Mondiale, si elle veut vraiment retourner en arrière dans l’histoire et susciter un nouvel  Holocauste au Moyen-Orient ?

Le plus grave, c’est que ces sous-marins allemands traversent le Canal de Suez  - nationalisé par le martyr de l’arabisme Gamal Abdel Nasser en réponse à l’agression tripartite de 1956 -, par ordre officiel de Hosni Moubarak. Lequel, avec ses comparses bédouins, est complètement embabouiné par l’Oncle Sam et sa nièce, Israël.



Pour lire d'autres articles de cette Première guerre mondiale des mots, cliquez ici 
La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala.
Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à 
contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es

Zuhair Andraos
Journaliste palestinien né en 1958 et vivant dans la Palestine de 1948 (Israël) depuis 2002. Il a étudié le journalisme à Rome (Italie) de 1980 à1985. Rédacteur en chef de l’hebdomadaire local Maa Alhadath (Avec l’événement), correspondant du quotidien arabe de Londres Al Quds Al Arabi et collaborateur de plusieurs publications arabes et israéliennes, dont Yediot hAharonot  et Haaretz, dont il a dirigé une édition locale. Il a aussi dirigé des émissions de radio et de télévision. Il a été rédacteur en chef de Kul Al Arab, l’hedomadaire en arabe édité à Nazareth et le plus lu des périodiques arabes d’Israël.

mardi 19 janvier 2010

La recolonisation post-sismique d’Haïti



par Ayman El Kayman, Coups de dent n°124, 19/1/2010
Ayiti, Haïti, île-martyre, île-flambeau de la liberté des Nègs1, première république noire de l’histoire, est en train d’expérimenter une invention qui a germé dans les cabinets du pouvoir des Maîtres du monde : la recolonisation post-sismique.
L’île, qui a été occupée par l’US Army de 1915 à 1934, est à nouveau occupée par la même armée depuis quelques jours. Les troupes yankees ont pris le contrôle de l’aéroport de Port-au-Prince et d’autres points stratégiques.


Et évidemment, l’Union européenne ne veut pas être en reste dans cette opération de recolonisation. Les Bruxellocrates se tâtent donc pour savoir s’ils vont envoyer une force de police ou bien une force de gendarmerie.
Nicolas le petit ferait bien de méditer sur l’échec cuisant subi par son Grand Modèle, Napoleone Buonaparte, dont le corps expéditionnaire fut mis en déroute par les combattants de la liberté il y a 210 ans. Victoire la plus chère de l’histoire de l’émancipation des peuples esclavagisés/colonisés puisqu’elle coûta 90 millions de francs-or à la République d’Haïti, payés en guise de dommages et intérêts à l’ancienne puissance coloniale qu’était la France en échange de sa reconnaissance de l’indépendance d’Haïti.
Et c’est cette dette infâme qui fut à l’origine de la tragédie séculaire vécue par l’île. C’est là l’origine de la « malédiction » qui frappe Haïti.
Yankees e ewopeyen : sòti Ayiti !

1-      En kréyol, Nèg veut dire tout simplement être humain

Les Marines US tuèrent plusieurs milliers de « bandits » dans les années qui suivirent l’occupation

Charlemagne Peralte, ancien officier qui avait pris la tête de la résistance armée contre l’occupation yankee, fut capturé et assassiné en 1919 par un escadron de 22 Marines grimés en Nègres, et son corps exposé dans sa ville natale de Hinche. Les photos de son corps furent distribuées dans toute l’île pour semer la terreur. Le chef de l’escadron de la mort, le sergent Herman Hanneken, fut décoré de la Médaille d’Honneur. Ce haut fait d'armes de l'US Army a longtemps été enseigné comme un exemple éclatant de guerre contre-insurrectionnelle dans les écoles militaires US. Je ne suis pas sûr qu'il ne soit plus enseigné.

Bonne semaine, quand même !
Que la Force de l’esprit soit avec vous !
...et à la semaine prochaine !


dimanche 17 janvier 2010

COLOMBIE : Quatre brèves dans le même sens


par Hernando CALVO OSPINA, 11/1/2010. Traduit par Armando García, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Cuatro notas, un solo sentido


Un jour viendra

Il fait déjà l'objet d'une plainte pour crimes contre l’humanité devant la Coupe Pénale Internationale de La Haye. Ce sont des organisations de droits humains qui l'ont déposée. Le fait qu’il soit président empêche qu'on ouvre une enquête contre Álvaro Uribe Vélez.
Les crimes contre l’humanité sont au-dessus de tout crime. Malgré cela, Uribe Vélez a obtenu que plusieurs chefs narcoparamilitares, qui ont commis des milliers de meurtres horribles, soient extradés aux USA sous l’accusation de trafic de drogue.
Il a ainsi évité qu'ils continuent à raconter aux Colombiens comment lui-même, des politiciens de droite, des propriétaires fonciers, des cadres de l'armée et de multinationales ont instauré, tous unis, le terrorisme d'État.
Mais… aujourd'hui, la grande préoccupation du président, du vice-président Santos, de l'ex-ministre de la Défense - un autre Santos- et de beaucoup de « personnalités » est de ne pas être en mauvais termes avec Washington. Ils pourraient, pour une moindre brouille, finir devant un tribunal usaméricain. Les preuves qu'ont remis les paramilitaires et autres ex-fonctionnaires colombiens à la justice usaméricaine sont catégoriques. Et là, on les tient bien gardées, comme c'est la coutume aux USA…
C'est passé inaperçu. Le 24 novembre 2009 a été enregistrée au secrétariat du Sénat colombien « une dénonciation pénale pour délit de trahison de la Patrie » contre Uribe Vélez et des possibles coauteurs. Selon la plainte, les accords militaires signés avec les USA « violent les principes fondamentaux de la Constitution ».
Tant de crimes et de délits ne peuvent rester impunis. Si la justice colombienne ou la Cour Pénale Internationale n'y arrivent pas, un jour peut-être leur complice et protecteur se retournera contre eux. Dès qu’ ils ne serviront plus  à Washington, ou que leur image sera devenue indéfendable, ils seront alors traités comme des kleenex.
L'ex-secrétaire d'État US Henry Kissinger l'a dit: « Être notre allié est fatal ».

Menaces valables

Bien qu'il réside en Colombie, c'est la police fédérale usaméricaine, le FBI, qui a fait l'enquête. Dans les heures qui ont suivi sa capture, ses chefs d’inculpation lui ont été notifiés. Le jeune homme est supposé avoir menacé de mort, sur Facebook, les deux fils du président Álvaro Uribe Vélez.
Par un communiqué de la Présidence du 2 décembre, les rejetons disent : « Nous répudions tout acte de terrorisme, tel que l'incitation à l'homicide -indépendamment de sa motivation et de la personne qui le commet ».
Si l'acte du jeune homme était confirmé, il répéterait malheureusement une pratique des dirigeants colombiens. Il est courant de taxer les adversaires politiques légaux de « guérilléros » ou de «  terroristes ». Ceux qui ont été assassinés par des « inconnus » sont déjà des centaines.
Cela se fait depuis cinquante ans. Uribe Vélez a multiplié cette aberrante incitation au crime. La personne qui a le plus « mérité » ses attaques est la sénatrice Piedad Córdoba. Son inébranlable initiative d'aide à l'échange de prisonniers entre la guérilla et l'État est une des causes.
La quantité de grossièretés et de menaces proférées sur elle est déconcertante. La plupart se font dans la section « commentaires » des sites des principaux médias. On a identifié sur Facebook 30 groupes qui appellent à attenter à sa vie. Et pas une seule enquête.

Luis Carlos Galán, un crime d'État de plus ?

Le 18 août 1989, près de Bogota, Luis Carlos Galán, candidat à la présidence de Colombie, était assassiné
Ce dirigeant politique fut un des quatre candidats assassinés à cette époque.
Dans chaque cas, presque immédiatement, sans un minimum d'enquête, le chef du Département Administratif de Sécurité, le DAS, Miguel Bat Márquez, assurait que le responsable était le narcotrafiquant Pablo Escobar, chef du fameux Cartel de Medellín.
Presque personne n'osait douter de la parole « du meilleur policier du monde », comme l'avait nommé Washington. Il menait une guerre sans merci contre celui que Washington appelait le « pire criminel du monde ».
Comme on le sait, le cartel de Cali, aussi ennemi d'Escobar, livrait des informations à Maza. Par une de ces « coïncidences de la vie », le général était marié avec une parente d'un des principaux parrains de Cali. Détails sans importance…
Le 18 août 2009, à quelques heures de la prescription du meurtre de Galán, un des rares juges honnêtes et courageux de Colombie a ordonné la détention du Maza Márquez, déjà retraité.
Il l'a fait sur base du témoignage du chef narcoparamilitaire Ernesto Báez, qui a assuré que le policier « incorruptible » et « honnête » était derrière la mort de Galán.
Pablo Escobar a été responsable de centaines de crimes et d'assassinats. Mais beaucoup de ceux qu'ont commis de hauts responsables de l'État lui ont été attribués. Celui de Galán n'est qu'un échantillon.


Prisonniers politiques et de guerre

En Colombie il y a environ sept mille (7.000) prisonniers politiques et de guerre. Presque tous torturés. Femmes et hommes. Noirs, Indiens, mulâtres… syndicalistes, étudiants, guérilleros, paysans, enseignants, intellectuels…
Miguel Ángel Beltrán Villegas est l'un d'eux. À la demande de Bogotá, ce sociologue a été arrêté à Mexico le 22 mai 2009. Il y résidait en tant qu’universitaire invité. On allégua qu'il était membre des FARC.
Après avoir été torturé, il fut extradé - en violation des conventions entre les deux pays qui interdisent de le faire pour motifs politiques.
Le 23 décembre 2009, dans la nuit, Beltrán Villegas a été sorti de sa cellule de la prison Modelo de Bogotá. Selon des témoins, la seule explication qu'on lui a donnée est qu'il « serait transféré vers des terres froides ».
Aucune autorité n'a informé sa famille ou ses avocats de son transfert.
On ignorait à la date du 7 janvier où il se trouvait. Il a disparu.
Si à Cuba un contre-révolutionnaire est arrêté, la nouvelle fait le tour du monde et l'Union Européenne menace d'appliquer des sanctions. Si au Venezuela un « opposant » enfreint les lois et est arrêté, la presse mondiale se scandalise devant la « répression chaviste ».
Le gouvernement colombien étant un humble serviteur de Washington, les grands médias qui créent l'opinion font comme si de rien n'était. C'est comme si ces combattants populaires et révolutionnaires n'existaient pas. Ou s’ils méritaient ce qui leur arrive...

La vérité sur les souffrances d’Haïti

par Finian  CUNNINGHAM, 14/1/2010. Traduit par Isabelle Rousselot, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : 
The Truth about Haiti’s Suffering
Même en ces heures d'anéantissement total, Haïti, le pays le plus pauvre de l'hémisphère occidental, donne au reste du monde des leçons d'une grande valeur.

Un tiers des 9 millions d'habitants de cette île des Caraïbes se voit en ce moment privé d’accès aux éléments fondamentaux que sont la nourriture, l'eau, les médicaments ou un abri. En un clin d'œil, le séisme qui a frappé le pays, a enterré sous les décombres une capitale de 3 millions d'habitants et le nombre de morts pourrait être de 100 000 à 500 000. Juste comme ça.
Semblables aux proverbiaux pompiers envoyés après l’incendie, les USA et d'autres puissances mondiales ont promis d'envoyer une aide d'urgence à Haïti. L'intention est bonne, bien entendu. Mais où étaient l'aide et l'assistance au développement économique – plus de la moitié de la population vit avec 1 $ par jour et 80 % sont considérés comme pauvres – dans les années ayant précédé cette catastrophe ?
La pauvreté d'Haïti – comme pour d'autres pays pauvres frappés par des catastrophes naturelles – rend son peuple encore plus vulnérable face au genre de catastrophe qui l’a frappé. Et attention, la pauvreté d'Haïti n'est pas due à la malchance ou à un défaut inhérent à ses ressources naturelles ou à son peuple. Le pays a été maintenu dans le sous-développement par des décennies d'ingérence politique et économique de Washington afin de s'assurer que cette ancienne colonie d'esclaves continue à servir de source d'exportations agricoles bon marché vers USA et d'atelier de misère pour les entreprises US de confection de produits textiles d'autres biens de consommation.
Alors que Washington dépense 1 000 milliards de $ dans les guerres censées combattre la menace du terrorisme, les pauvres d'Haïti – pays dont l'économie est évaluée à 7 milliards de $ - nous offrent une vision crue de ce à quoi ressemble une réelle menace de mort. Nous vivons dans un monde physique où se produisent des inondations, des tsunamis, des tremblements de terre. Ces catastrophes coûtent beaucoup plus de vies que les menaces qui obsèdent les USA et pour lesquelles ils ont dépensé beaucoup plus d'argent. Imaginez le nombre de vies qui aurait pu être sauvé lors du tremblement de terre à Haïti si une partie de l'argent dépensé pour des guerres inutiles avait été mise dans le développement social et économique de ce pays.
Bien entendu, la logique morale et raisonnable de cette idée ne s'applique pas dans un monde dominé par la politique étrangère de Washington. Ce sont les impératifs et la logique du capitalisme mené par les USA, qui exigent de pays comme Haïti d'être maintenus dans un état de pauvreté pour le profit des entreprises et qui exigent qu’on fasse une fixation sur des menaces illusoires afin de couvrir leur besoin de contrôler les ressources géopolitiques (principalement énergétiques). Voici le vrai visage du système économique que Washington et ses alliés imposent au monde. Et Haïti a enlevé le masque de cet affreux visage.
La détresse et la souffrance atroces d’Haïti nous enseignent autre chose. Les reportages déchirants sur les rues remplies de corps et le sang coulant sous les gravats, les enfants appelant leurs parents, les parents creusant avec leurs mains pour trouver leurs enfants, les voix des mourants dans l'obscurité de la nuit : c'est l'horreur de centaines de milliers de gens subitement engloutis par la souffrance. Certains observateurs ont comparé ce qui s'est passé à Haïti avec les retombées de l'explosion d'une bombe atomique. Alors, la prochaine fois que des porte-parole de Washington, lors d'une causerie télévisée du dimanche matin, émettront à la légère des projets pour anéantir l'Iran – cette autre «menace sérieuse» (c'est à dire une menace non sérieuse)- nous devrons nous souvenir que c’est ce qui s'est passé à Haïti qui ressemble à de la souffrance humaine à grande échelle.

mercredi 18 novembre 2009

Afghanistan : Le pioupiou à une brique

Un soldat US en Afghanistan coûte 1 million de dollars par an.
68 000 soldats= 68 milliards
Si Obama décide de satisfaire a demande du Général MacCrystal d'envoyer des renforts :
40 000 soldats de plus = entre 40 et 54 milliards
Budget militaire US prévu en 2010 : 734 milliards de dollars
Déficit budgétaire US actuel : 1 400 milliards de dollars
À part ça, tout va bien


mardi 27 octobre 2009

Vers un nouveau coup d’État en Amérique centrale ?

par Carlos TENA, 22/10/2009. Traduit par Salah Ahmine, révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: ¿Nuevo golpe en Centroamérica?

Il est extrêmement surprenant de voir, qu’alors qu’à peu de kilomètres de Managua, au Honduras, se maintient une dictature comme celle de Micheletti, la grande majorité des mas médias nicaraguayens (propriété d’une poignée de familles millionnaires) s’attaque depuis des années au gouvernement constitutionnel de Daniel Ortega. Les manipulations féroces et périodiques de la réalité orchestrées dans la presse écrite, radiophonique et télévisuelle, qui rappellent les campagnes subies par le président du Venezuela, Hugo Chávez, avant et après le Carmonazo [tentative de coup d’État d’avril 2002, NdE], n’ont pas cessé au Nicaragua depuis que Daniel Ortega a assumé la présidence en 2006, ou plus exactement le 10 janvier 2007.
Les disqualifications continues et les insultes de la part du complexe médiatique (à la seule exception de Radio Primerísima et Radio Ya), se sont accélérées dans le fond et dans la forme ces derniers jours, quand la Cour Suprême de Justice s’est prononcée sur la validité des arguments du leader sandiniste pour pouvoir se présenter aux prochaines élections. N’oublions pas que le président hondurien Zelaya a été renversé violemment par l’armée et ses adversaires politiques, qui ont justifié ce putsch par une prétention similaire, il y a seulement quelques semaines (28 Juin 2009), de la part du président constitutionnel.
Cet élément oblige les analystes à déduire, sans aucune crainte de se tromper, que l’Amérique Latine se trouve face à des coups d’États anti-démocratiques soft, moins sanglants que ceux qui ravagèrent le continent depuis le début du 20ème siècle jusque la moitié des années 80, dirigés et orchestrés, comme d’habitude, par le patronat le plus ultra-libéral (pour lequel les moyens de diffusion massive sont indispensables), et pouvant aujourd’hui compter sur la compréhension  des businessmen du secteur, comme le multimillionnaire mexicain Carlos Slim (ami intime de Monsieur X, autrement dit Felipe Gonzàlez), son collègue espagnol Juan Luis Cebrián, des intellectuels d’extrême-droite comme l’Hispano-anglo-péruvien Mario Vargas Llosa ou des Premiers ministres experts en prostituées de luxe, comme l’Italien Silvio Berlusconi.

Carlos Slim et Felipe González
Cette situation est la conséquence directe de la douceur avec laquelle la Maison Blanche traite le dictateur hondurien, qui se dégage facilement du double discours qu’utilisent le président Barak Obama et son éclatante Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, ou de la tiédeur de l’OEA elle-même face à ce genre de rébellions militaires, dans lesquelles il y a juste à déplorer la mort de peu de citoyens (des provocateurs violents, selon El País), qui criaient dans les rues du Honduras pour le retour de la démocratie, mais loin des milliers d’arrestations et d’assassinats en masse subies durant des décennies par les populations du continent, commis avec la totale bénédiction des différents gouvernements US et de leurs armées, dont la participation et l’assistance militaire (torture inclue) se palpent encore dans des pays comme le Salvador, le Chili, le Paraguay, la Colombie, le Pérou, le Panamá, le Guatemala et d’autres.
Il paraît que Micheletti est bien vu à Washington, au FBI, à la CIA, au siège de PRISA et jusqu’au Vatican (épicentres d’influence sociale variable mais notoire), avec toutes les nuances qu’on peut présupposer. Et le plus curieux est que, quand on découvre les liens entre les putschistes et la délinquance commune, on fait ressortir au grand jour l’asile politique aux USA en leur faveur, comme dans le cas de l’ex-maire de Maracaibo Manuel Rosales, au Venezuela, directement impliqué dans une tentative d’assassinat contre Chávez, ou Luis Posada Carriles, responsable de l’explosion en plein vol d’un avion de Cubana de Aviación qui coûta la vie à 76 personnes, et qui aujourd’hui se promène tranquillement en Floride ; ou encore celui de Patricia Poleo, journaliste d’une chaîne de télévision à Caracas, accusée de l’assassinat du procureur Danilo Anderson.
J’espère que dans le cas des directeurs de journaux aussi connus au Nicaragua que ceux du Nuevo Diario ou de La Prensa, Danilo Aguirre et Jaime Chamorro, qui, respectivement, ont été ou sont en jugement et condamnés pour injures, ou escroquerie de millions, il ne se passera pas quelque chose du même genre. Aujourd’hui, couverts par leurs collègues de la soi-disant presse indépendante, ils clament leur innocence, tout en développant leur stratégie de harcèlement et de démolition médiatique du président Daniel Ortega, téléphonant à leurs associés espagnols, mexicains, chiliens, argentins ou français, pour qu’ils leur donnent un coup de main dans la stratégie de harcèlement et démolition de l’ennemi socialiste, si possible sans effusion de sang innocent. Les unes de ces gazettes brillent de titres répétant le mantra du dictateur Ortega, avec la même allégresse que leurs collègues espagnols appelant José María Aznar président.
 
Danilo Aguirre et Jaime Chamorro
Ils oublient, semble-t-il, qu’un vrai satrape aurait fermé d’un trait de plume ces journaux, radios et stations de télévision, qui continuent à égrener leur chapelet d’insultes et de défis, atteignant le sommet de la paranoïa médiatique quand, comme cette semaine, l’objectif n’est plus Ortega lui-même, mais les magistrats qui composent la Cour Suprême de Justice du pays.
Il n’est pas hasardeux d’affirmer que les deux dirigeants de journaux (Nuevo Diario et La Prensa) sont en train de chauffer la population, ou au moins de créer un dangereux bouillon de culture, pour rendre crédible et inévitable un putsch à la Micheletti, comptant bien sûr sur la bénédiction obligée et l’assentiment de l’église catholique nicaraguayenne (comme au Honduras), mais non sur celle de l’armée, à la différence de ses collègues honduriens, même si elle est bien loin de l’exemple des militaires vénézuéliens, boliviens, équatoriens ou cubains, dont la défense de la volonté populaire est admirable, si nous la comparons avec d’autres forces armées, y compris en Europe. Ces mots d’un chauffeur de taxi de Managua au signataire de ces lignes sont dans une certaine mesure tranquillisants : «Ici, ce qu’on a pu faire avec Zelaya ne peut pas se passer avec Ortega. Nous serions des milliers de citoyens, de camarades femmes, de travailleurs qui en plus possédons une bonne formation militaire, à descendre dans la rue pour défendre la démocratie, pour bloquer, comme à Caracas, un possible coup d ‘Etat ».
Qui a intérêt à ce que se répète l’histoire récente ? Les médias néolibéraux, l’OEA elle-même, la Maison Blanche ou la Communauté Européenne seront-ils disposés à condamner un nouveau coup d’État en Amérique Centrale, aussi peu sanglant soit-il, en brandissant un inexistant respect pour la légalité internationale, l’accomplissement des normes propres de leurs organisations respectives pour ce qui à trait à la défense de la démocratie, sachant que, dans le cas de l’OEA, jamais elle n’osa expulser de son sein des régimes génocides comme ceux qui massacrèrent l’Uruguay, le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Paraguay, le Guatemala, le Salvador, etc. et qu’en plein 21ème siècle, elle ne sert qu’à organiser et parrainer des conversations entre les parties en conflit ? Est-il possible de croire en toute confiance que l’on puisse arriver à un accord entre partisans d’une dictature et démocrates convaincus, sans que ces derniers subissent une spectaculaire défaite ?
Peut-être que oui. L’Espagne l’a démontré en 1977, et on a vu ou ça l’a menée.

Madrid, 25 octobre 1977: signature des Pactes de la Moncloa pour la transition à la démocratie constitutionnelle. De g. à dr. Enrique Tierno Galván, Santiago Carrillo, José Maria Triginer, Joan Reventós, Felipe González, Juan Ajuriaguerra, Adolfo Suárez, Manuel Fraga Iribarne, Leopoldo Cavo Sotelo et Miguel Roca


lundi 5 octobre 2009

Maintenant il s’agit de négocier avec l’Iran –honnêtement et sur la base du droit!

Menacer d’une guerre et avoir recours aux services secrets, c’est du terrorisme, et c’est insupportable
par Karl MÜLLER, Zeit-Fragen, 21/9/2009. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original : Jetzt ehrlich und auf der Grundlage des Rechts mit Iran verhandeln!

Le 1er octobre commencent des négociations entre les cinq puissances nucléaires siégeant au Conseil de sécurité, l’Allemagne et l’Iran. Le monde attend que ces négociations soient menées sur la base des traités internationaux et avec la volonté résolue de parvenir à une solution pacifique.


En politique, la morale consiste en premier lieu à respecter le droit et à l’appliquer; à créer et garantir des conditions conformes au droit. Parmi les nations surarmées deux Etats, les USA et Israël, et leurs gouvernements, ainsi que leurs alliés, se sont distingués au cours des dernières années et décennies par leur non-respect du droit international, faisant ainsi preuve d’une totale imprévisibilité et plongeant le monde dans un état permanent de tension et de choc.

Ils ont contrevenu consciemment et de manière éclatante à la Charte des Nations Unies dont l’article 2, paragraphe 4, énonce que «les membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir à la menace ou à l’emploi de la force, soit contre l’intégrité territoriale ou l’indépendance politique de tout Etat, soit de toute autre manière incompatible avec les buts des Nations Unies.»

Les violations graves et répétées du droit imputables au gouvernement israélien ont été attestées plusieurs fois par des commissions d’enquêtes et institutions internationales, en dernier lieu par la Commission d’enquête du Conseil des droits de l’homme de l’ONU sur les actes commis par l’armée israélienne dans la bande de Gaza fin 2008/début 2009.

La menace d’utiliser la force contre l’Iran, en violation du droit international, et les actions illégales et violentes des services secrets en cours sur le territoire iranien durent depuis des années déjà et depuis des années des indices et témoignages à prendre très au sérieux font état de préparatifs de guerre de la part des gouvernements israélien et US.

C’est pourquoi il est plus que justifié que de nouveaux indices d’un danger de guerre imminent, par exemple ceux que nous citons dans l’appel ci-après, pris parmi d’autres uniquement à titre d’exemple, aient poussé des personnalités pacifistes à élever leur voix pour une mise en garde.

Personne de l’extérieur ne sait avec certitude ce qui est en projet ou déjà décidé dans les officines de Washington et Tel Aviv. Mais l’éternel retour de possibles scénarios de guerre devient déjà en soi insupportable, dès lors qu’il ne sont pas assortis de contre-projets et de modalités de règlement pacifique. Les «discussions» se déroulent alors par-delà le droit et l’aspect humain, et de pareils «projets», même s’ils ne sont encore que des idées, terrorisent les peuples du monde.

Et ceci d’autant plus qu’on menace ouvertement d’une guerre atomique. Dès mars 2006 Stephen M. Osborn qui, dans les années 50 du siècle dernier, était présent lors de la mise à feu de bombes atomiques dans le Pacifique, faisant des populations autochtones de simples cobayes, avait exposé dans ces pages ce que signifie pour l’humanité l’emploi de «bunker busters» (bombes anti-bunkers à charge pénétrante) atomiques ­contre des installations nucléaires iraniennes. Il écrivait, il y a trois ans et demi: «Si l’on tire des ‹bunker busters› en Iran, des centaines de milliers de tonnes de terre, d’eau et de rochers seront vaporisés, et cette ‹soupe radioactive›, dispersée par les vents, tuera ou rendra malades des peuples entiers [...] Les cas de cancers et maladies diverses augmenteront de façon prononcée dans le monde entier.»

Tout ceci et bien d’autres choses encore doivent mettre tous les gouvernements dans l’obligation de déclarer haut et fort que l’option guerrière est définitivement exclue et d’exiger le retour sur le terrain du droit.

Le 1er octobre, toutes les puissances nucléaires, l’Allemagne et l’Iran engageront des négociations directes au Conseil de sécurité. Ces derniers jours se sont fait entendre dans les médias des signaux qui pourraient servir de point de départ à un règlement pacifique du conflit au Proche-Orient.

• Le 16 septembre, le magazine US Newsweek («Intelligence Agencies Say No New Nukes in Iran») écrivait que les services secrets du Président des USA avaient confirmé en novembre 2007 que l’Iran avait abandonné son programme nucléaire militaire depuis 2003.
• Le 17 septembre, plusieurs agences de presse occidentales (Reuters, AFP) annonçaient que le ministre de la Défense israélien, Ehoud Barak, avait «changé de langage relativement à l’Iran» dans une interview accordée au quotidien «Yediot Aharonot». Selon Barak, l’Iran ne représenterait pas une menace sérieuse pour l’Etat juif: «Israël est fort, je ne vois personne qui puisse être une menace pour son existence.»
• Le même jour, la chaîne allemande Phoenix publiait un communiqué de presse où elle attirait l’attention sur une interview (retransmise le 20 septembre) du Président du Service fédéral de renseignement (BND), Ernst Uhrlau. Dans cette interview, le chef des services secrets allemands démentait une annonce, faite précédemment, selon laquelle ses services auraient prétendu que l’Iran était sur le point de fabriquer une bombe à uranium: «Cette citation ne correspond pas aux déclarations du BND, car l’Iran n’est pas en mesure de se nucléariser dans les six mois qui viennent.»
• Le Président des USA a fondé son renoncement au stationnement de systèmes antimissile en Pologne et Tchéquie entre autres sur le fait que l’Iran rencontrait plus de difficultés que prévu à mettre au point des lance-missiles à longue portée.
• Last but not least: L’Iran lui-même a déclaré par la voix de son ambassadeur en Autriche, dans une interview accordée à la «Wiener Zeitung» du 18 septembre, qu’il ne menaçait pas Israël et ne représentait pas un danger pour ce pays: «L’Iran n’a jamais dit qu’il attaquerait militairement Israël. Quand des représentants de mon pays ont dit qu’Israël ne devait pas exister sous cette forme, ils entendaient par là qu’ils rejetaient le système sioniste et la tyrannie, non qu’ils désiraient éradiquer Israël au moyen d’une attaque militaire.»

On est encore loin de déposer les armes, mais ce sont là des signaux indiquant qu’il existe une autre voie que celle de l’escalade. Et cette autre voie, il faut l’emprunter. Au sein des think tanks qui ont de l’influence sur les gouvernements US et israéliens il doit bien y avoir assez de matière grise pour mesurer les effets catastrophiques d’une nouvelle guerre, vraisemblablement nucléaire de surcroît, et pour rechercher une voie diplomatique et la trouver.

Et assez, aussi, de jugeote pour rejeter des voix comme celle de l’atlantiste allemand Josef Joffe. Il avait, dans la livraison de septembre/octobre 2009 de la revue allemande Internationale Politik et dans la revue US Foreign Affairs qui paraît en parallèle, déliré au sujet des USA, puissance hégémonique mondiale, et de leur «culture de guerre». Il faut aussi rejeter clairement des points de vue tels que celui, paru dans le journal londonien «Times» le 18 septembre, selon lequel les «intentions agressives» de l’Iran seraient une «menace pour l’Occident». De telles affirmations constituent une perversion de la réalité.

«War is obsolete» [la guerre est caduque], déclarait il y a deux ans dans ces colonnes Doug Rokke, vétéran US de la guerre du Golfe et expert en armes à l’uranium. Et de fait, c’est un droit fondamental pour le genre humain que d’avoir des gouvernements qui respectent le droit, renoncent à la violence et résolvent les conflits par le biais de négocia­tions pacifiques. C’est la seule voie acceptable dans un monde civilisé.

jeudi 17 septembre 2009

Une occupation militaire qui ne dit pas son nom

Philippines –USA : Dix ans de VFA (Accord sur les forces en visite), une évaluation
par Roland G. SIMBULAN

MANILLE – La présence de soldats usaméricains lourdement armés jusque dans les campagnes philippines les plus reculées fait désormais partie du paysage local. Nous marquons, cette année, les dix ans (1999-2009) de l’Accord sur les forces en visite (VFA – Visiting Forces Agreement), ratifié par le Sénat des Philippines le 27 mai 1999, accord qui a fait de nos campagnes une zone de tir libre pour les « exercices militaires conjoints » utilisant des munitions réelles et de l’artillerie qui a tué, blessé ou mutilé nos gens, y compris des enfants. Ces forces étrangères sont entrées en territoire philippin sans passeports ni visas, sans autorisations de la part de nos douanes ni de la part de nos autorités d’immigration, sans mise en quarantaine de la part de nos autorités sanitaires, et sans permis, ni immatriculation pour conduire leurs véhicules dans notre pays. Elles ont échappé à la justice après avoir commis des meurtres, des tentatives de meurtre, des viols, des harcèlements de nos femmes, des mauvais traitements de nos compatriotes et la destruction de notre environnement. Un document appelé l’Accord sur les forces en visite (VFA) leur a donné le droit de faire tout cela.


Plus de 40.000 soldats usaméricains sont ainsi entrés en territoire philippin dans plus de 25 provinces depuis l’entrée en vigueur du VFA en 1999. Ils sont arrivés dans plus de 78 vaisseaux et flotilles de la marine usaméricaine, comptant des porte-avions avec des armes nucléaires, des croiseurs, des sous-marins –tout cela en violation flagrante de la Constitution des Philippines qui interdit l’entrée d’armes nucléaires dans une partie quelconque du pays.


Le VFA est la plus grave anomalie dont souffrent nos relations étrangères aujourd’hui, 17 ans après le démantèlement historique des bases militaires usaméricaines en 1992. C’est un document éhonté à sens unique, puisqu’il n’est pas réciproque. Il va à l’encontre de la disposition constitutionnelle des Philippines qui prévoit « une égalité de la protection légale» par le simple fait qu’il assure des droits et privilèges spéciaux à des forces armées étrangères sur le territoire des Philippines. Le VFA a été une indignité envers notre peuple, un travestissement pour nos droits et notre État de droit. C’est pourquoi les Philippins de tous les milieux, partout dans le pays, continuent à manifester contre le soi-disant traité. Il nous rappelle que nous ne sommes pas encore vraiment souverains sur notre propre territoire en tant que nation.


Le VFA est par conséquent un mauvais exemple pour les autres accords militaires proposés ou en instance avec les autres pays tel que le Statut philippino-australien de l’Accord des forces en visite qui est toujours en examen au Sénat, ou les projets d’accord avec Singapour et la Nouvelle-Zélande. Ces derniers utilisent ostensiblement le VFA avec les USA comme modèle.


Le VFA est-il légal et constitutionnel ?


Il est clair que les décisions de la Cour Suprême en 2000 et 2009 sur le VFA ne permettent que des exercices militaires conjoints comme Balikatan (épaule contre épaule), ainsi que des exercices d’entraînement de petites unités mixtes. Elle n’accorde pas de droits pour la construction de bases ou d’installations pour des forces US de passage en visite aux Philippines. Elle n’autorise pas non plus les forces US à prendre part à des opérations de contre-insurrection dans le pays.


Protestation contre le VFA, 2008

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Original : Bulatlat-Ten Years of the VFA: An Assessment

TAMAZIGHT Filippin: Iγallen imarikaniyen "inebgawen"

DEUTSCH Die Militärbesatzung der Philippinen durch die US-Armee: eine unendliche Geschichte?


vendredi 11 septembre 2009

Les USA envahissent et occupent le Pakistan

Un point de vue pakistanais
par Talha MUJADDIDI, 30/8/2009

Nous le voyons se produire dans nos rues. Le cauchemar récurrent est aujourd'hui devenu une dure réalité pour le peuple du Pakistan. Après avoir suivi les horreurs des invasions et des occupations usaméricaines en Irak et chez notre voisin, l'Afghanistan pendant 8 ans, la « guerre contre le terrorisme » est finalement arrivée dans « Le Pays des Purs* ». Obama tient sa promesse de campagne au Pakistan. La brutale arrivée des marines US, des Hummers militaires US, des tueurs stipendiés de la société militaire privée Blackwater, les maisons barricadées pour le personnel US à Islamabad et la construction de la plus grande « ambassade » US du monde, terrorisent cette nation de 180 millions d'habitants. Le massacre et la destruction US de l'Irak et de l'Afghanistan voisin pendant les 8 dernières années leur ont donné un avant-goût ce qui peut arriver, à eux, à leurs familles et à leur pays.

Les marines usaméricains




Le 21 septembre 2008, une bombe a explosé à l'hôtel Marriott à Islamabad, tuant un grand nombre de personnes et en blessant des centaines. Avant l’attentat, des marines US ont déchargé des caisses métalliquesl d'un camion, ont franchi la sécurité et les ont transportées au 4ème étage du bâtiment. Les responsables US refusent de coopérer avec le gouvernement qui tente d'enquêter sur leurs activités. Un an plus tard, ce sont les mêmes marines US qui mènent l'occupation du Pakistan.

Jusqu'au débarquement des forces usaméricaines, le porte-parole US pour les Affaires étrangères a démenti que 1000 marines US étaient en route pour Islamabad. Les mille marines se trouvent désormais dans la capitale.. Certains d'entre eux doivent être en train de s’infiltrer tranquillement au Baloutchistan où la présence du Joint Special Operations Command (l'état-major conjoint des opérations spécial) a été signalée par des journalistes étrangers. Mais la majorité d'entre eux sont là pour défendre ce que sera la plus grande ambassade/forteresse usaméricaine du monde, pour l'instant en cours de construction, et pour servir de tête de pont à l'invasion et à l'occupation.

Le coût pour le contribuable usaméricain




L'ambassadrice usaméricaine au Pakistan, Anne W. Patterson



Le coût total pour l'hébergement et le soutien général sur place des seuls marines sera de 112.5 million $. L'ambassadrice Anne W. Patterson, a indiqué que l'argent est réparti de la façon suivante : « 5 millions $ pour les quartiers des marines, 53,5 millions $ pour les infrastructures d'hébergement, 18 millions $ pour l'amélioration de la zone de bureaux des services généraux et 36 millions $ pour les quartiers de temporaire et les équipements collectifs. »

Dans ses explications concernant l'expansion massive de l'ambassade usaméricaine, Patterson a mentionné le chiffre de 4 milliards de dollars :

« L'expansion de l'ambassade, a -t-elle déclaré, reflète l'engagement à long terme que les USA ont l'intention de prendre au Pakistan. De plus, a t'-elle indiqué, quadrupler l'aide sociale, économique et militaire qui engagera 4 milliards $ par an pendant les 18 prochains mois, nécessite un accroissement du personnel. »



L'ambassadrice Patterson n'a pas clarifié si les 4 milliards $ couvraient la construction qui fera de cette ambassade la plus grande du monde. Quand on replace cette construction dans le contexte et compte tenu du nouveau degré de l'occupation US au Pakistan, cela ressemble plus à une base militaire permanente, pas seulement pour le Pakistan mais aussi pour toute la région, qu'à une ambassade pour les opérations militaires courantes et secrètes.



Des armes et des Hummers

Des témoins et des journalistes informés ont signalé avoir observé depuis quelques semaines, du personnel usaméricain à Islamabad mais il se déplace maintenant librement à travers la capitale. La loi (section 144) stipule que des Pakistanais en possession d'armes à feu ne sont pas autorisés à les porter sur eux, dans Islamabad. Mais le personnel usaméricain montre aux Pakistanais qu'il est au-dessus de la loi en brandissant ouvertement ses armes. Il a également été confirmé que 3 000 Hummers militaires, verrouillés et chargés, attendent d’ être débarqués et déployés, à Port Qasim (Karachi). Pour des millions de Pakistanais l’évocation de ces Hummers rappelle des images de troupes usaméricaines, armées jusqu'aux dents, chargeant dans les rues des villes irakiennes, terrifiant et tuant souvent des civils sans défense.


Le 23 février 2009, le Pentagone a révélé que plus de 70 conseillers militaires usaméricains travaillaient secrètement au Pakistan.



Blackwater et la CIA

Les Pakistanais étaient au courant qu'environ 300 "conseillers" militaires US logeaient à Tarbela. Mais la nouvelle de l'arrivée des célèbres mercenaires de Blackwater, en plus des mille marines US, concentre toute leur attention. Au Pakistan, la société Blackwater a remplacé son nom entaché par un nom plus parlant, "Xe Worldwide", nom derrière lequel ces tueurs à gage se cachent

La semaine dernière également, Creative Associates International Inc (CAII), une couverture de la CIA, opérait à Peshawar. Ils ont maintenant bouclé une route et ouvert boutique près des maisons de hauts responsables pakistanais à Islamabad, juste en face d'une école.




Le Dr. Shireen Mazari

Le Dr. Shireen M. Mazari est une chercheuse et commentatrice en Études Stratégiques et Sciences Politiques du Pakistan. Elle possède un doctorat de l'Université Colombia et était Directrice Générale de l'Institut d'Etudes Stratégiques à Islamabad, au Pakistan et est ancienne présidente du Département de la Défense et des Etudes Stratégiques à l'Université Quaid-i-Azam, à Islamabad. Elle est critique des relations que le gouvernement du Pakistan entretient avec les USA et l'Inde. Intervenant pour un parti politique de l'opposition (Tehreek-e-Insaaf), le Dr. Shireen Mazari parle de la récente arrivée des forces US au Pakistan :


"Vont-ils se joindre aux brigades d'assassins du Pentagone, qui pourraient élire domicile dans les maisons barricadées d'Islamabad et avec lesquels le présent commandant US en Afghanistan était directement associé ? Des employés des aéroports pakistanais ont parlé de leurs inquiétudes au sujet de vols charters qui transportent des Américains et dont l'entrée dans le pays n'est pas enregistrée, ni même les visas des membres de l'équipage des vols qui ne sont pas non plus vérifiés, ainsi il n'existe aucun registre du nombre exact d'Usaméricains qui entrent ou sortent du Pakistan. D'ailleurs, Craig Davis du CAII (CIA/Blackwater) qui a été expulsé, est maintenant revenu à Peshawar ! Et ne nous laissons pas avoir par l'argument comme quoi le nombre est le reflet de l'amitié car nous savons ce que le nombre signifiait pour les satellites soviétiques."




Le Pearl Continental, un hôtel de luxe à Peshawar a été soufflé par une bombe le 9 juin 2009. Les USA attribuent d'habitude ce genre d’attentats aux terroristes musulmans. Les USA ont aussi, comme d'habitude, saboté les accords de paix entre le gouvernement pakistanais et divers groupes de résistance au Pakistan. Des attentats comme celui-ci permettent de justifier l'invasion et l'occupation actuelles par les USA.

L'hôtel Pearl Continental à Peshawar a été bombardé le 9 juin 2009, ce qui n'a attiré que très peu d'attention de la part des médias dominants. Au moment de l'attentat, les médias pakistanais ont déclaré officiellement que l'hôtel était occupé par du personnel U.S. mais ils n'ont pas mentionné Blackwater. Cependant, le nom de Blackwater a commencé à apparaître suite à des rumeurs et des rapports officieux, après l’attentat à Peshawar.




Ahmed Quraishi



Le 5 août 2009, Ahmed Quraishi, analyste politique, chroniqueur et propriétaire indépendant d'un site Internet d'actualités, a rendu compte de l'introduction des marines U.S., de Blackwater, de la CIA et d'équipement militaire au Pakistan :

“Les Pakistanais se demandent : « Qui gouverne nos rues, le gouvernement pakistanais ou les Américains ? Et qui les a autorisés à venir ? »


« Il y a trois semaines, un groupe de citoyens pakistanais de Peshawar, inquiets, a écrit au ministère fédéral de l’Intérieur au sujet des activités suspectes d'un groupe d'Américains fantomatiques dans une maison louée dans leur voisinage, le quartier chic de l'University Town à Peshawar. Une ONG se désignant sous le nom de Creative Associates International Inc. louait la maison”. Selon son site Internet, la CAII se décrit comme « une organisation privée non gouvernementale qui s'occupe des défis urgents auxquels se trouvent confrontées les sociétés d'aujourd'hui … Les objectifs de Creative sont d'offrir l'opportunité d'améliorer, de transformer et de renouveler… » La description n'a aucun sens. C'est plus ou moins une parfaite couverture pour le véritable travail de cette « ONG » US : l'espionnage…

“A Peshawar, la CAII a ouvert un bureau pour travailler sur des projets dans les zones tribales proches. Il est intéressant de voir que tous ces projets sont liés au gouvernement US. Les autres projets de la CAII, à l'extérieur du Pakistan, sont aussi liés au gouvernement US. En résumé, cette ONG n'en est pas une. Elle est étroitement liée au gouvernement usaméricain. »

Entre-temps, lorsqu'on l'a interrogée sur l'agrandissement de l'ambassade, l'ambassadrice U.S., Anne W. Patterson, a été « manifestement secouée » et a répondu : “Je suis sans voix. Pour espionner le Pakistan, nous n'avons pas besoin d'une grande ambassade.” Puis se ressaisissant rapidement, elle a ajouté :“ Et nous n'avons pas non plus besoin d'espionner.” Patterson a continué en disant que le Pakistan pourrait devenir une “station familiale” – on se demande ce que ça veut dire pour un bureaucrate colonial US.

Au sujet de la couverture de la CIA pour les mercenaires de Blackwater, Ahmed précise :

« À Peshawar, la CAII a indiqué aux autorités pakistanaise qu'elle avait besoin d'engager des gardes pour sa protection. Il s'est avéré que les gardes n'étaient autres que des tueurs à gage professionnels de Blackwater. Ils utilisaient la couverture de la CAII pour mener une série d'activités secrètes dans la province de la Frontière nord-ouest du Pakistan. La tristement célèbre société de sécurité privée Blackwater opère en tant que branche de l'armée US et de la CIA, s'occupant, dans des zones stratégiques éloignées, du sale boulot auquel le gouvernement US ne peut pas ouvertement s'associer. Blackwater n'est rien d'autre qu'une société de sécurité. C'est une armée mercenaire de plusieurs milliers de soldats.

« Les responsables de la sécurité pakistanaise ont été alertés par des rapports qui indiquaient que Blackwater opérait depuis le bureau de la CAII sur Chinar Road, dans le quartier de l'University Town à Peshawar. La personne responsable du bureau, un Américain du nom de Craig Davis selon un article du journal Jang, un des plus grands quotidiens en langue urdu du Pakistan, a été arrêté et accusé d'établir des contacts avec « les ennemis du Pakistan » dans des régions attenantes à l'Afghanistan. Son visa a été annulé, le bureau fermé et d'après certaines informations, M. Davis aurait été expulsé aux USA.

« On ne sait pas exactement quand M. Davis aurait été expulsé ni s'il y a eu d'autres membres du personnel expulsés en même temps que lui. Quand j'ai contacté l'ambassade US durant le week-end, la première réaction du porte-parole, Richard Snelsire a été la suivante : « Aucun employé de l'ambassade n'a été expulsé. »



Souvenez-vous que Dr. Shireen Mazari qui est en position de savoir, a indiqué catégoriquement : « Craig Davis de la CAII qui a été expulsé, est maintenant revenu à Peshawar. »


Offres d'emploi pour le Pakistan de l'ONG qui n'est pas une ONG



Mais Ahmed Quraishi explique ainsi ce démenti de l’ambassade US :

« Cette réponse défensive est similaire aux réactions causées par la culpabilité des employés de l'ambassade US à Bagdad et à Kaboul face à la présence de mercenaires travaillant pour l'armée US et la CIA. J'ai dit à M. Snelsire que ma question ne concernait pas un employé de l'ambassade ayant été expulsé. Il a déclaré qu'il avait entendu ces rapports et qu'il avait « vérifié »de son côté avec les employés de l'ambassade mais personne n'en avait entendu parler. « C'est sans fondement » (a-t-il dit). Alors je lui ai demandé : « Est-ce que Blackwater opère au Pakistan, à Peshawar ? » réponse : « Pas à ma connaissance ».

« Admettons. Les ambassades US à Bagdad et à Kaboul n'ont jamais reconnu, non plus, aucune des opérations de Blackwater en Irak et en Afghanistan. Cela fait partie des conflits de bas niveau entre les diplomates du Département d'Etat des USA et ceux du Pentagone et de la CIA. Les gens des Affaires étrangères ont, selon certaines informations, indiqué clairement qu'ils ne reconnaîtraient pas, ni n'accepteraient des responsabilités pour les activités d’ opérations spéciales des agents opérant dans des pays amis, à l'insu de ces pays et en violation de leur souveraineté. Des rapports ont suggéré que parfois, même l'ambassadeur US n'était pas au courant des actions des mercenaires de son gouvernement dans un pays cible. »

Finalement, Ahmed parle d'un diplomate US qui a rencontré secrètement un diplomate indien à l'intérieur du Pakistan, en sachant parfaitement que l'Inde est considérée comme un État ennemi du Pakistan :

« En mai, une femme diplomate US fut surprise en train d'arranger une réunion discrète (lire « secrète») entre un diplomate indien de bas niveau et plusieurs responsables de haut niveau du gouvernement pakistanais. Une adresse à Islamabad (152 Margalla Road) fut identifiée comme le lieu où la réunion secrète aurait lieu. La diplomate usaméricaine en question savait qu'il n'y avait aucune chance pour que l'Indien rencontre les Pakistanais dans des circonstances habituelles. Il n'était pas non plus possible de le faire durant un événement de grande visibilité. Après l'incident, le ministère des Affaires étrangères du Pakistan publia un court communiqué avertissant tous les officiels du gouvernement de s'abstenir de tels contacts directs avec des diplomates étrangers dans des cadres officieux, sans en référer auparavant à leurs départements. »

Des ONG qui ne sont pas des ONG

De plus, de nombreuses ONG sponsorisées par les USA œuvrent à la production de bulletins d'information dans les médias dominants qui sont pro-Usaméricain. Pour ce faire, beaucoup d'analystes, de généraux à la retraite, d'hommes d'affaires, de journalistes et d'universitaires pakistanais sont recrutés. Comme Ahmed Quraishi l'a dit : « cette ONG n'est pas une ONG » ; par exemple des organisations non gouvernementales fonctionnent sous le contrôle et la direction des gouvernements qui les utilisent pour des opérations de couverture dans des pays étrangers et les financent discrètement.

Conclusion

Il est évident que le gouvernement actuel a donné tous les privilèges aux USA. Ils ne savent pas comment, ni ils ne veulent, contenir l’ingérence US dans les affaires pakistanaises. Pour le dire franchement, ils sont en train de céder la souveraineté du Pakistan à un pouvoir étranger. Dr. Shireen Mazari a déclaré : « Tout ce qui émane de l'ambassade US... est repris par la direction pakistanaise, terrifiée. » Les objectifs des USA sont clairs : une plus grande pénétration des USA entraînera la déstabilisation du Pakistan, qui mènera à la déstabilisation de toute la région. Ces installations militaires US renforcent également l’encerclement de Iran. Les partis d'opposition politique pakistanais gardent bouche close face à tous ces développements. La raison principale de leur silence est qu'ils sont aussi corrompus que le Parti du peuple Pakistanais (le PPP) au pouvoir. Aucun parti politique au Pakistan n'est d'humeur à résister à l'hégémonie des USA. L'armée pakistanaise ne montre plus aucun intérêt à s’ingérer directement dans les décisions politiques. Après les huit années désastreuses sous la dictature militaire de Musharraf, le peuple n'est lui non plus, pas prêt à ce que l'armée du Pakistan intervienne dans la vie politique du pays. Les terroristes du TTP (Tehreek-e-Taliban Pakistan), le Mouvement des talibans pakistanais, viennent, à peine, d'être maîtrisés. Aujourd'hui, des millions de Pakistanais sont terrifiés par leurs nouveaux et importuns invités venus d’Occident, les terroristes US. Il va maintenant nous falloir apprendre à supporter et survivre sous la colonisation croissante et de plus en plus dangereuse du Pakistan par les USA.

* L'inventeur du mot PAKISTAN, Chowdhry Rehmat Ali, l'a ainsi expliqué : " 'Pakistan' est à la fois un mot persan et urdu. Il est composé des lettres prises des noms de nos terres - "indiennes" et "asiatiques" - , c'est-à-dire : Punjab, Afghania (Province de la Frontière nord-oues), Kashmir, Iran, Sindh (y compris Kachch et Kathiawar), Tukharistan, Afghanistan et BaluchistaN. Cela veut dire le pays des Paks - les spirituellement purs et propres. Il symbolise les croyances religieuses et les souches ethniques de notre peuple; et il représente les composants territoriaux de notre Patrie originelle. Il n'a pas d'autre origine ni d'autre signification; et il n'admet aucune autre interprétation." (NdE Tlaxcala)

Source : Pak Alert Press-The U.S. Invades and Occupies Pakistan

Article original publié le 30/8/2009

Sur l’auteur

Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala