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lundi 7 avril 2014

20ème anniversaire du début du génocide-Rwanda : les autorités françaises persistent et nient

Versión española: 20° aniversario del inicio del genocidio
Ruanda: las autoridades francesas persisten y niegan
 

English version:  20th anniversary of the beginning of the genocide
Rwanda: the French authorities persist in their denial 


 par Survie, 7/4/2014
Le 7 avril est la journée internationale de commémoration du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994 qui fit près d’un million de morts en trois mois. Chaque année depuis 20 ans, Survie et les associations mobilisées dans la lutte pour la vérité et la justice autour de ce crime attendent une prise de parole des autorités françaises pour reconnaitre le rôle qu’elles ont joué durant ce génocide : une complicité multiforme (diplomatique, militaire, économique) documentée par un nombre considérable de travaux et confirmée encore ce matin par un ancien officier français sur France Culture.
Pour l’association Survie, la position du gouvernement socialiste sur le génocide et le rôle de l’État français se doit, en 2014, d’aller au-delà de ce qui a déjà été exprimé par Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner en 2010, lesquels avaient reconnu des "erreurs" de la France [1].

C’est pourtant à un net recul de la parole publique française sur le génocide que nous risquons d’ assister. Après plusieurs rendez-vous ratés [2], les autorités françaises ont cette fois décidé d’annuler la participation annoncée de la ministre de la Justice aux 20èmes commémorations du génocide des Tutsi au Rwanda, suite à des accusations publiques de complicité et de participation directe au génocide portées contre la France par le président rwandais Paul Kagamé. Contrairement au gouvernement belge, également mis en cause, qui a maintenu la représentation prévue, les dirigeants français ont choisi de se placer à rebours de l’Histoire et de ne pas honorer la mémoire des victimes avec la considération qu’elles méritent.


Cette décision est une nouvelle preuve de l’incapacité de l’État français à assumer les fautes de son passé et à tirer les leçons de l’Histoire, alors qu’il donne facilement des leçons sur ce point [3]. Elle marque aussi la cassure grandissante du gouvernement français avec la société civile de notre pays et ses jeunes générations, y compris dans les rangs des militants socialistes [4] pour qui la complicité dans ce crime est avérée et doit être reconnue. Plutôt qu’à la lucidité des jeunes de son propre parti, François Hollande va-t-il choisir d’adhérer aux injonctions au déni d’Alain Juppé, réitérées ces derniers jours suite à une interpellation citoyenne sur son rôle pendant le génocide ?


Sous prétexte de protéger une certaine vision de l’honneur de la France et de son armée, d’anciens responsables politiques ou militaires pressent François Hollande de taire les secrets les plus inavouables de l’armée et de la diplomatie française au Rwanda : Alain Juppé, alors ministre des affraires étrangères, Hubert Védrine, secrétaire général de l’Elysée sous Mitterrand, Paul Quilès, qui a étouffé en 1998 les conclusions les plus accablantes de la mission d’information parlementaire, ou encore les anciens gradés de l’association France Turquoise. Pour beaucoup de ces défenseurs du rôle de la France au Rwanda, le contre-feux récurrent est la dénonciation du régime rwandais actuel et de son rôle dans la sous-région depuis 1994 - un sujet qui ne doit en aucun cas occulter le rôle de l’État français dans le génocide.

Il n’appartient pas à notre association de commenter les déclarations récentes de Paul Kagamé, mais bien de continuer à interroger nos anciens responsables politiques, qui ont agi en notre nom. De nombreux témoignages, documents, investigations démontrent la complicité multiforme de l’Etat français dans le génocide et même la possibilité que des officiers français aient laissé perpétrer des crimes dont ils avaient connaissance, ou que des soldats français aient eux-mêmes commis des crimes (viols voire assassinats). L’exemple de la colline de Bisesero, où des milliers de Tutsi ont été laissés aux mains des massacreurs entre le 27 et le 30 juin 1994 est à cet égard éclairant. Plus généralement, il convient de rappeler que les autorités françaises ont soutenu les extrémistes ayant commis le génocide par de la formation, des livraisons d’armes, un soutien diplomatique, jusqu’à l’organisation de leur évacuation vers le Zaïre. Avoir fourni cette aide, en connaissance de cause, quelle qu’en soit la motivation, possède une qualification juridique bien précise : complicité de génocide.

Paris, 5 avril 2014 : action de Survie devant le Centre Pompidou

Survie s’est constitué partie civile dans plusieurs plaintes contre X déposées en 2005 par des rescapés du génocide visant des militaires français de l’Opération Turquoise. Aujourd’hui, les révélations continuent. Sur France Culture, un ancien officier français, Guillaume Ancel, vient de témoigner que Turquoise avait bien initialement un but offensif, qu’à la mi-juillet 1994 la France avait rendu leurs armes aux ex-FAR réfugiés au Zaïre alors que nombre d’entre eux avait participé au génocide, et que notre pays leur avait payé leur solde en dollars [5]. Quels responsables politiques et militaires ont pu donner de tels ordres ?

Ces faits n’ont pas été jugés, et de nombreux documents restent classifiés, ce qui permet à des responsables français de s’enfoncer dans le déni. Or, ce rôle joué avant et pendant le génocide par un certain nombre de personnalités politiques et militaires français, dont certains assument encore des responsabilités administratives ou politiques, devra un jour être examiné par les tribunaux. Si notre association s’est félicitée du premier procès d’un génocidaire rwandais sur le sol français et de la récente condamnation de Pascal Simbikangwa, elle rappelle régulièrement que bien des dossiers judiciaires traînent depuis trop longtemps, au delà du délai raisonnable pour juger.

Par devoir envers les victimes, il est grand temps pour les dirigeants et la justice française d’éclairer les nombreuses zones d’ombre qui entourent l’action de l’État français de 1990 à 1994 et de poursuivre et juger les complices français du génocide. Pour ce faire, il est incontournable que l’ensemble des documents français sur le rôle de la France au Rwanda soient enfin déclassifiés et publiés [6].

Notes

[1] M. Kouchner ayant même précisé récemment, qu’il y a bien eu "quelques ordres bizarres" durant l’opération Turquoise et, concernant le génocide, que "tout a été préparé avec [le] consentement illicite, implicite...j’en sais rien" des troupes françaises. Génocide rwandais : Kouchner reconnaît le "consentement implicite" de la France, RTL.fr, 06/04/2014. Mise à jour : 07/04/2014 12h30 : d’après Libération M. Kouchner a rappellé ces jours-ci « que « le gouvernement génocidaire a été formé dans l’enceinte de l’ambassade de France en avril 1994 », et que « Paris lui a livré des armes jusqu’en août 1994 ». »
[2] Départ précipité de Kigali du secrétaire d’Etat Renaud Muselier en avril 2004, absence notable d’un représentant politique lors de la commémoration de 2013 à Paris.
[3] Rappelons que François Hollande avait « exhorté le 27 janvier la Turquie à faire son « travail de mémoire » sur le génocide de centaines de milliers d’Arméniens  ». Hollande appelle la Turquie à « faire son travail de mémoire » sur le génocide arménien, AFP, 27/01/2014
[5] http://www.franceculture.fr/2014-04... (écouter notamment le second extrait sonore à partir de 4’10’’)

mercredi 3 juillet 2013

Hollande à Tunis

Le Président Hollande va entamer la période estivale par une baignade à Tunis. Tout le monde s’en réjouit car depuis la chute de la dictature en 2011 la Tunisie réclame avec ferveur l’expertise française en matière de conduite de « révolutions ». Elle attend donc avec impatience l’exercice de « donneur de leçons» dans lequel excelle la tradition française.
Mais un voyage à Tunis pour quoi faire ?
On cherchera en vain dans l’ordre du jour des entretiens des sujets de politique internationale ; car dans ce domaine depuis la chute de Bourguiba, la Tunisie est aux abonnés absents. Et puis côté Quai d’Orsay, on serait bien en peine de déchiffrer les grandes lignes d’une vision sur le devenir de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient. Il ne faut pas s’attendre, sauf divine surprise, à un « discours de Tunis » qui fera date.  A regret on peut prévoir qu’il ne dépassera l’incantation de redondantes tartes à la crème diplomatiques : lutte contre le terrorisme, construction du « Grand Maghreb » (Arabe ?), de « l’Euro Méditerranée » (avec Israël ?) guerre à Bachar et paix au Levant…
Au plan bilatéral, l’exercice de géométrie sera complexe  car à Tunis, le pouvoir de est tricéphale.

Le Président français sera reçu par le Président de l’Assemblée Constituante qui est un radical-centriste dont le parti a rejoint l’internationale socialiste lorsque le siège du RCD de Ben Ali s’est libéré. Le Docteur Ben Jaafar est un radiologue obstiné mais courtois avec lequel nul n’a jamais réussi à se fâcher.
Ensuite, François Hollande dînera de gala dans le clinquant Palais de Carthage avec son homologue  le Docteur Marzouki qui est un neurologue passionné et passionnant avec lequel tout le monde finit par se fâcher.
Les deux docteurs précités sont d’éminents praticiens issus de la ligue des droits de l’homme. Tous deux ont épousé des Françaises. La plupart de leurs enfants et petits-enfants portent la double citoyenneté.
De leurs côtés, presque tous les ministres du parti majoritaire Ennahda sont de culture anglo-saxonne car Londres avait offert aux islamistes l’asile que Paris leur avait refusé.
Le Président Hollande aura-il un tête à tête avec le Cheikh Rached Ghannouchi? C’est probable et très souhaitable car, même si le leader du parti islamiste n’assume aucune responsabilité régalienne, il est incontestable qu’il exerce une fonction « tribunicienne » d’étendard dont le premier ministre et les membres nahdhoui du gouvernement ne sont que les gonfaloniers.
On peut supposer que la rencontre ou de la non-rencontre fait déjà l’objet de tractations diplomatiques minutieuses entre Tunis et Paris, mais aussi Doha dont les interférences en cette matière sont coutumières.

La posture du Président français sera d’autant plus délicate que chacun des trois leaders cherchera à  tirer avantage de cette visite car leurs pouvoirs éphémères reposent sur l’équilibre instable d’un compromis que l’on pourrait résumer ainsi « il est urgent de repousser à la Saint- Glinglin les élections que nous sommes assurés de perdre ».

Le devenir post ou pré révolutionnaire de la Tunisie est  totalement opaque.
L’activisme de la réaction est permanent. L’héritage de Ben Ali est survivant. La révolution n’a pas réussi à maîtriser le tandem police-justice qui neutralise toute velléité républicaine.  Le sombre immeuble du ministère de l’intérieur plastronne toujours avenue Bourguiba, les Champs Elysées de Tunis ! Les nahdhaouis n’ont pas touché à ce symbole des années de tortures, pire, ils sont comme frappé du syndrome de Stockholm, ils adorent  les pandores au point d’envisager de réintégrer ceux que, par vengeance hâtive, ils avaient chassés au lendemain de la révolution.
Les lois de plomb de l’ancien régime sont toujours en vigueur. Les femmes, les faibles et les jeunes continuent d’en faire les frais : chômage et soumission. Amina sœur courage, les rappeurs irrévérencieux, les caricaturistes audacieux sont au cachot, avec tant d’autres !
Hollande osera-t-il citer les vers de Maurice Vidalin chantés par Mireille Mathieu ?

Que l'on touche à la liberté
Et Paris se met en colère
Et Paris commence à gronder
Et le lendemain, c'est la guerre.

Non bien sûr car Tunis ne brûle pas encore, mais si on laisse faire, ça ne saurait tarder.

Hollande osera-t-il proclamer que l’espace de la Tunisie musulmane se confond avec celui de la France laïque? Que six millions de musulmans vivent dans l’hexagone dont près d’un million sont tunisiens. Que la Tunisie est la troisième destination des touristes français qui sont bien plus familiers de ce pays que de la Corrèze.
Hollande osera-t-il dire que le destin des deux pays est commun ? Que la justice et la liberté ne sauraient être inéquitablement réparties car les deux peuples ont lutté de conserve pour les gagner au siècle dernier.
Tiendra-t-il un discours de charme? Promettra-t-il ce qu’il ne peut tenir : de l’argent et des visas ? Aura-il un langage ferme et menaçant  dans le secret des têtes à têtes ? Aura-t-il la force de résister à son entourage, les familiers des plages, natifs de passage, naturalisés de complaisance, ou refugiés fiscaux qui parlent haut au nom d’un pays dont ils ignorent tout ?
La liste des personnalités qui accompagneront le Président sera scrutée à la loupe. Combien de ministres dîneurs du CRIF ? La Garde des Sceaux et celle de la Culture seront-elles du voyage ? La suite Présidentielle respectera-elle la parité homme/femme ? Y’aura-t-il dans la cohorte d'invités officiels un syndicaliste franco-tunisien, le meilleur boulanger de Paris, la Palme d’Or à Cannes, un médaillé olympique, l’aumônier musulman de la Gendarmerie ?
François Hollande donnera-t-il un signe fort de la rupture avec le microcosme pipole des amitiés cupides du showbiz  franco-tunisien ?

Au-delà des aspects sociologiques de la relation bilatérale, l’important volet économique n’a guère été impulsé par des ambitions communes. Ainsi, la France est très en retrait par rapport aux Allemands sur le projet de fermes solaires qui approvisionneront l’Europe en électricité depuis le sud de la Tunisie. La mise en eau de la mer intérieure du chott El Jérid est toujours dans les cartons. Il n’existe aucun projet commun grandiose hors l’utopie nucléaire encouragée par la caste des polytechniciens.
Paris regarde les rivages et ignore le pays profond. Il n’y a que les militaires qui savent que le tiers de la superficie de la Tunisie est un no man’s land qui s’enfonce sur cinq cents kilomètres de dunes entre l’Algérie et la Libye. Ce territoire stratégique longtemps oublié est devenu un « spot » convoité pour la délocalisation de l’US Africa Command. Le Président français en parlera sans doute, mais à voix basse.

Un matin de juillet 1954 Pierre Mendès-France atterrissait à Tunis sur une terre soumise à la France, le soir même il en repartait après l’avoir libérée. Bourguiba toute sa vie s’en souviendra exhibant sur son bureau l’image dédicacée du héros français de l’histoire de la Tunisie.
François Hollande aura bien du mal  à  hisser sa performance au niveau de celle de l’icône socialiste !
Commentaires
"Le Président français sera reçu par le Président de l’Assemblée Constituante qui est un radical-centriste dont le parti a rejoint l’internationale socialiste lorsque le siège du RCD de Ben Ali s’est libéré"
En fait attakattol de Mustafa Ben Jaafar a remplacé le MUP de Ben Salah dans l'internationale socialiste et ce longtemps avant le départ de Ben Ali et du RCD!
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Réponses

Dont acte Si Ahmed.
Vous avez tout à fait raison. Mais faut-il absoudre le PS et oublier ces années de complaisance au coté du RCD à l’IS ?
L'indépendance de la Tunisie (1954)
 Le 19 août 1954, de jeunes hommes manifestent leur joie dans les rues de Tunis et agitent une banderole de reconnaissance vis-à-vis du leader indépendantiste Habib Bourguiba et de Pierre Mendès France, président du Conseil français, qui a déclaré la Tunisie autonome le 31 juillet 1954. La Tunisie est autonome en 1954. Tunisie: Keystone, 19/08/1954. Noir et blanc.

samedi 9 février 2013

Combien ça vaut un œil, François ?

par Nico CUE,Secrétaire général, MWB-FGTB, 7/2/2013

Une trentaine de cars venant de Florange, Liège et Luxembourg avaient fait le déplacement hier pour soutenir une délégation de représentants syndicaux largement animée par la MWB, venus rencontrer les groupes parlementaires européens dans le cadre du dossier Mittal.
Mais des mots d’ordre autoritaires avaient été donnés aux chiens de garde.  Les forces de police étaient mobilisées en surnombre et dès la frontière des fouilles méticuleuses étaient organisées dans les bus syndicaux.  Matraque au point, fusils électriques armés, la chasse aux pétards et présumés boulons était lancée. La récolte et les résultats seront ridicules au vu des moyens déployés !
Ridicules ?  Non, catastrophiques !
Passons ici sur les heures de provocations policières empêchant nos gars de s’approcher du parlement européen, passons ici sur les arrestations musclées qui amènent à réfléchir sur le sens du mot démocratie, passons ici sur la mise en garde à vue de 2 camarades qui ne seront relâchés que très tard dans la nuit après avoir été soumis aux questions d’un procureur …
Passons…  Passons car ici, une nouvelle vitesse semble avoir été enclenchée.
Nous apprenons ce matin que parmi les 14 blessés, John David, jeune intérimaire de la ligne galva 7, a perdu à jamais l’usage d’un œil vraisemblablement des suites d’une balle en caoutchouc tirée à hauteur de tête !
Aux témoignages de nos camarades ayant vécu les affrontements en direct, se joignent peu à peu les récits des journalistes présents sur place, pourtant rodés à l’exercice des manifs mais cette fois outrés par la tournure de celle qu’ils viennent de vivre !
Des consignes différentes auraient-elles été données cette fois  aux troupes du maintien de l’ordre ?  Bloquer jusqu’à blesser est-il devenu bloquer jusqu’à meurtrir ?
Les Métallos Wallons et Bruxellois de la FGTB se réveillent groggy et nauséeux !
Ils pensent d’abord avec tristesse à leur camarade blessé dans sa chair et lui témoignent, à lui ainsi qu’à toute sa famille, leur plus profond soutien.
Ils pensent aussi au Président de la République, aux ministres de l’Intérieur, aux Maires des villes un peu partout en Europe où ils seront amenés à se déplacer dans les mois à venir.  Ils leur conseillent vivement de réfléchir à l’accueil qu’ils leur réserveront.
Nous voulons plus d’Europe sociale, en le criant parfois !  Nous voulons sauver des emplois et le pouvoir d’achat de milliers de travailleurs dans nos régions.  Oui nous sommes mobilisés et nerveux.  Notre nervosité face à vos décisions est toute légitime !
Vos armes quant à elles vous salissent et jamais ne nous feront taire !
ArcelorMittal : Malgré la répression,
la mobilisation des salariés reste entière !


Confrontés aux restructurations massives avec fermetures de sites, réductions des capacités et des emplois (Liège, Florange, Basse Indre, Luxembourg, …) près d’un millier de salariés du groupe ArcelorMittal sont venus manifester le 6 février 2013 devant le Parlement Européen à Strasbourg.  Avec leurs représentants syndicaux CGT-FO-CFDT MWB-Setca-CSC OGBL, les salariés étaient venus demander aux élus européens une intervention à l’échelle du continent pour assurer la viabilité de la sidérurgie, contre la restructuration du groupe Mittal et la délocalisation de la production d’acier européenne.

Alors que plusieurs rendez-vous étaient programmés avec les groupes parlementaires PSE, Verts, GUE, et le Président du Parlement, les forces de l’ordre ont eu l’ordre de se mettre en action de manière provocatrice. Dans un premier temps les bus ont été bloqués avant Strasbourg, avec fouille individuelle des manifestants. Ensuite, les bus ont été parqués à bonne distance du Parlement, interdisant toute manifestation. Dans un 2ème temps, les CRS ont chargé, y compris à coup de « flash-ball », blessant sérieusement plusieurs salariés.

Les délégations intersyndicales ont alors rapidement décidé de stopper ces rencontres, inconcevables dans un tel climat de répression, inacceptable de la part de la part d’un gouvernement qui prône la démocratie participative et le dialogue social!

La CGT apporte son soutien aux salariés blessés, français et belges. Elle condamne fermement cette répression, seule réponse d’un gouvernement qui refuse toujours le débat de fond sur la sidérurgie et qui se rend complice de cette logique conduite par Mittal, avec l’accord passé en décembre dernier avec le premier ministre.

Avec les salariés, la CGT ne lâchera rien sur ses exigences. Pour la CGT, une intervention politique, non seulement française mais européenne, est urgente pour imposer une autre stratégie pour la filière acier que celle portée par le groupe ArcelorMittal actuellement.

Une nouvelle réunion du groupe de travail sur la sidérurgie avec la Commission européenne, a lieu à Bruxelles, le 12 février prochain. Réunion à laquelle participeront exceptionnellement les ministres wallons, français et luxembourgeois de l’industrie. Une nouvelle occasion pour les syndicats d’aborder la question de la nationalisation de la filière ou tout au moins une prise de participation conjointe dans le capital du groupe, permettant aux Etats européens d’intervenir dans la stratégie menée.

Les syndicats CGT d’ArcelorMittal et d’APERAM ont décidé des rassemblements et arrêts de travail la semaine du 11 au 15 février pour exiger des augmentations générales de salaire (refusées par la direction du groupe pour 2013), des embauches massives pour compenser les 5000 départs en retraite prévues d’ici à 2015 (25% des effectifs !) et une amélioration des conditions de travail. 

dimanche 3 février 2013

Les zones d’ombre de l’intervention française au Mali

Téléchargez le Dossier d’information de Survie :
les zones d’ombre de l’intervention française au Mali
PDF - 1.4 Mo




Le (dé)blatèrement de Tombouctou : le LPM nouveau est arrivé


À Tombouctou, ville-emblème de l'imaginaire colonial français et concentré de tous ses lieux communs, conquise en 1894 et reconquise en 2013, le dromadaire blatère et à Bamako Hollande déblatère : ""La France restera le temps qu'il faudra". Aux XIXème et XXème siècle, il avait fallu une bonne vingtaine d'années aux troupes françaises pour conquérir le Mali. Combien de temps faudra-t-il pour le reconquérir au XXIème siècle ? Désormais, nous n'appellerons plus François Hollande que LPM (Le petit méhariste). Qu'on se le dise !




Discours avec le Président de la République du... par elysee

Petit rappel chronologique de la précédente conquête
6 septembre 1880 : Création du commandement supérieur du Haut-Fleuve qui a son siège à Médine. Il est transféré à Kayes dès l’année suivante. Le futur Soudan dépend encore du Sénégal, son territoire se séparant cependant de la colonie du Sénégal au confluent de la Falémé avec le grand fleuve et n’ayant pas de limites fixées vers l’est. C’est le lieutenant colonel Borgnis-Desbordes qui reçoit le commandement du territoire le 1er janvier 1881. Le 17, il arrive à Bafoulabé, puis le 7 février à Kita où il a décidé la création d’un poste.

16 février 1881 : Le massacre par les Touareg de la mission Flatters condamne pour longtemps les projets de chemin de fer transsaharien, ce qui favorise indirectement les projets de liaison entre Sénégal et Niger.

  Février-mars 1881: Premiers combats entre les troupes françaises et celles de l’almamy Samory Touré, dans la partie orientale du pays mandingue. C’est le début d’une lutte qui s’étend sur les dix-sept années suivantes. Les troupes de Samory sont dispersées en avril 1883 par Borgnis-Desbordes le long de l’Oyako, à quelques kilomètres au sud de Bamako.

26 février 1881 : Une loi accorde les crédits permettant d’entamer la construction de la ligne devant relier le Sénégal au Niger.

21 mars 1881 : Gallieni, qui a reçu à Nango le traité signé le 10 mars par Ahmadou, retrouve Borgnis-Desbordes à Kita. Il apparaît alors que, en jouant de la traduction en arabe, le traité consenti par Ahmadou est très en deçà des exigences françaises.

20 juillet 1881 : La région située entre Sénégambie et Niger devient la région du Haut-Fleuve ; son chef-lieu est Kayes.

1881-1904 : Réalisation du chemin de fer Kayes-Niger, qui permet de désenclaver les régions du cours supérieur du fleuve, progressivement soumises à la France durant cette même période.

1882 : Ouverture à Kita, à l’initiative du capitaine Piétri, de la première école française au Soudan. Une « école des otages » est organisée à Kayes en 1886, elle devient « école des fils de chefs » en 1895 puis, transférée à Bamako, « école professionnelle » en 1915, puis « école primaire supérieure » en 1923, « collège classique et moderne » en 1947 et enfin lycée Terrasson-de-Fougères en 1950.

1er février 1883 : Le Niger est atteint par les Français et, peu après, Borgnis-Desbordes établit un poste à Bamako.

1883-1884 : Le commandant Boylève succède pour un an à Borgnis-Desbordes. Il sera remplacé par le commandant Combes en 1884-1885, puis par le lieutenant-colonel Frey en 1885-1886.

19 avril 1883 : Le télégraphe atteint Bamako. Il atteint Bandiagara et Tombouctou en 1899, puis Sikasso en 1903.

Décembre 1883 : Le Parlement français refuse de voter les crédits permettant la poursuite de la construction du chemin de fer parvenu seulement à 17 km de Kayes, dans l’est du Sénégal.

1884 : L’enseigne de vaisseau Froger amène à Bamako la canonnière le Niger, un bâtiment démontable que l’on peut transporter pour éviter les rapides.

26 février 1885 : L’acte final de la conférence coloniale de Berlin reconnaît implicitement la souveraineté de la France sur le Haut et Moyen Niger.

1885 : Le lieutenant de vaisseau Davoust, qui commande le Niger, atteint Diafarabé, entre Ségou et Mopti.

juin 1885 : Les Français du commandant Combes doivent se replier à l’issue du combat livré à Niagassola, dans le nord-ouest du pays mandingue, aux troupes de Samory. Ils prennent leur revanche en janvier 1886, ce qui débouche sur la signature du traité de Kéniéba-Koura, non ratifié par Paris en raison de ses imprécisions.

1886 : Le lieutenant-colonel Gallieni prend le commandement du Haut-Fleuve qu’il exerce jusqu’en 1888. Il va profiter de la division des quatre royaumes issus de l’empire d’El Hadj Omar sur chacun desquels régnait l’un des descendants du conquérant, Aguibou à Dinguiraye, Madani, fils d’Ahmadou, à Ségou, Tidiani, neveu d’El Hadj Omar dans le Macina, enfin Ahmadou à Nioro, la capitale du Kaarta.

25 mars 1887 : Le traité de Bissandougou est signé par Samory et le capitaine Péroz. Il reconnaît à la France les droits qu’elle revendique sur la rive gauche du Niger et de son affluent, le Tinkisso, en même temps que l’almamy accepte de placer ses États sous le protectorat français. Pour concrétiser cet accord, un poste est créé à Siguiri, sur la rive gauche du Niger. Le traité est confirmé par la convention de Niako conclue en 1890.

1887-1889 : Voyage d’exploration du lieutenant Binger, de Bamako au golfe de Guinée par Sikasso, Kong et Ouagadougou jusqu’à Assinie.
File:Soudan français-Binger.jpg

12 mai 1887 : Après Aguibou, qui a accepté le protectorat français l’année précédente, Ahmadou signe le traité de Gouri qui établit une trêve avec les Français.

15 juillet 1887 : Le lieutenant de vaisseau Caron atteint Mopti à bord de la canonnière Mage et s’avance en août tout près de Tombouctou où il ne peut entrer du fait de l’hostilité manifestée par les Touareg.

1888 : Gallieni quitte le Soudan où le colonel Archinard lui succède avec le titre de commandant supérieur du Soudan français. La même année le chemin de fer atteint Bafoulabé.

1888-1893 : Le commandant, promu ensuite lieutenant-colonel, colonel puis général Archinard exerce le commandement supérieur du Haut-Fleuve qui devient commandement supérieur du Soudan français. Il est le véritable conquérant du Soudan.

Février 1889 : Aguibou évacue Dinguiraye pour se replier sur la place de Koundian qui est prise par les Français. Il se soumet alors de manière définitive.

6 avril 1889 : Prise de Ségou par les Français, suivie de celle de Nioro le 1er janvier 1891 puis de celles de Djenné et de Bandiagara en 1893. À Ségou, Madani est remplacé par un héritier légitime de la dynastie bambara auprès duquel est établi un résident français, le capitaine Underberg.

24 mai 1890 : Archinard et Samroy signent la convention de Niako, qui fixe les frontières séparant le Soudan français des territoires de l’almamy

29 mai 1890 : Mari Diara, le roi mis en place par les Français à Ségou, complote contre eux et le capitaine Underberg le fait fusiller. On installe sur le trône un chef bambara du Kaarta, Bodian Koulibali, qui fait l’unanimité des populations indigènes contre lui, ce qui entraîne une révolte générale contre l’autorité française.

18 août 1890 : Dénommée désormais Soudan français, la région du Haut-Fleuve gagne son autonomie par rapport au Sénégal voisin.

1890 : Ouverture à Kayes du premier poste de santé (dit aussi « ambulance »). Les premiers pavillons de l’hôpital de Bamako commencent à fonctionner en 1913.

28 mars 1891 : Samory ayant dénoncé le traité de Bissandougou et la convention de Niako, Archinard franchit le Niger le 30 à Niantokoro pour atteindre Bissandougou en avril, contraignant l’almamy à la fuite.

1890-1892 : La mission du commandant Monteil relie Saint-Louis à Tripoli par le lac Tchad. Monteil quitte Ségou le 23 décembre 1890 et passe par Sikasso pour atteindre Say.

9 janvier 1892 : Le colonel Humbert, nouveau commandant supérieur du Soudan français, engage une nouvelle campagne contre Samory. La citadelle de Toukoro est enlevée le 13 février 1892 alors que Samory est obligé de se replier vers l’est et le sud-est sur les territoires correspondant au nord de l’actuelle Côte-d’Ivoire.

28 février 1892 : Les Minianka entrés en rébellion emportent le poste de Bla tenu par des auxiliaires bambara.

22 avril 1892 : Le capitaine Briquetot met en déroute les rebelles Peuls qui ont tué, le 19 avril, le lieutenant Huillard près de Soba, entre Niger et Bani. Le commandant Bonnier les bat de nouveau en juin mais ils ont rallié les Minianka insurgés. Bonnier bat ensuite des groupes bambara gagnés eux aussi à l’insurrection.

27 août 1892 : Création de la colonie du Soudan. Détachée du Sénégal, elle est désormais complètement autonome et relève directement du gouvernement métropolitain.

Décembre 1892 : Échec du lieutenant Cailleau contre les Minianka insurgés. Archinard met fin à la révolte en mars 1893 et place Ségou sous administration directe.

Février-mars 1893 : Nouvelle campagne du lieutenant-colonel Combes contre Samory, qui réussit à s’échapper en dispersant ses troupes.

12 avril 1893 : Prise de Djenné par Archinard. Il gagne ensuite Mopti et y proclame roi du Macina Aguibou, le propre frère d’Ahmadou. Bandiagara est occupé le 28 avril.

19 mai 1893 : Le capitaine Blachère inflige une ultime défaite aux partisans d’Ahmadou. Leur chef doit s’enfuir vers l’est, vers les monts de Hombori, puis au-delà du Niger avant d’aller se fixer dans la région de Sokoto, hors des territoires sous contrôle des Français.

21 novembre 1893 : Un civil, Albert Grodet, est nommé gouverneur du Soudan. Dès le 26 décembre, il ordonne au lieutenant-colonel Bonnier de suspendre les opérations militaires.

16 décembre 1893 : Le lieutenant de vaisseau Boiteux occupe Tombouctou mais l’enseigne de vaisseau Aube est assassiné le 25 décembre à Kabara, l’avant-port de la ville.

6 janvier 1894 : La colonne du lieutenant-colonel Bonnier arrive devant Tombouctou qu’elle dégage sans difficultés mais elle est anéantie le 16 à Takoubao par les Touareg. C’est le commandant Joffre qui rétablit la situation en infligeant une défaite complète aux Touareg le 24 à Niafounké. Il poursuit les bandes rebelles au cours des mois suivants.

10 juillet 1894 : Joffre quitte Tombouctou après y avoir solidement établi l’autorité française mais son successeur, le colonel Ebener, reçoit en août du gouverneur Grodet l’ordre de rester sur la défensive, ce qui ne peut qu’encourager la poursuite de la dissidence.

16 juin 1895 : Décret de création du gouvernement général de l’Afrique-Occidentale française dont fait partie le Soudan français jusqu’alors administré par le lieutenant-gouverneur résidant à Kayes, d’abord capitale du Haut-Sénégal-Niger avant de devenir celle du Soudan jusqu’en 1907, date à laquelle elle est abandonnée au profit de Bamako.

1895-1899 : Le colonel de Trentinian exerce les fonctions de gouverneur du Soudan. Il crée de nouveaux postes, divise la colonie en cercles bien délimités et donne des instructions précises quant à la conduite à tenir avec les indigènes et en vue de la mise en valeur économique du pays.

1895 : Venus du Sénégal, les Pères blancs fondent à Ségou la première mission catholique du pays avant de s’installer à Kati. Les Sœurs blanches s’établissent à leur tour au Soudan à partir de 1897.

1er mars 1896 : Le colonel de Trentinian reçoit à Goundam la soumission des Touareg Tenguéréguif.

1896 : Mission de reconnaissance du Niger moyen et inférieur du lieutenant de vaisseau Hourst, qui prend contact avec les Touareg Oulliminden.

Juin 1897 : Massacre par les Touareg, à proximité de Tombouctou, d’un peloton de spahis commandé par les lieutenants de Chevigné et de La Tour de Saint-Ygest. L’expédition punitive conduite par le commandant Klobb permet de dégager les abords du fleuve jusqu’à Bourem, en aval de Tombouctou.

1897 : Le capitaine Betbeder occupe Say où le lieutenant Pelletier établit un poste.

20 août 1897 : Massacre de la mission du capitaine Braulot venu négocier un traité de protectorat avec Samory par les troupes de l’almamy.

29 septembre 1897 : Échec des négociations conduites avec Samory à Dabakala (dans la région voltaïque) par les envoyés français Nebout et Le Fillâtre.

1897 : Fondation d’un poste à San, près de Ségou, sur la rive droite du Bani.

1er mai 1898 : Prise de Sikasso par les Français. Le roi Ba Bemba, qui avait refusé quelques mois plus tôt au capitaine Morisson l’installation auprès de lui d’un résident français, se fait sauter dans son magasin à poudre plutôt que de se rendre.

29 septembre 1898 : Capture de Samory à Gueloumou par le capitaine Gouraud.
http://www.geo-phile.net/IMG/jpg/CAPTURE_DE_SAMORY_Le_Petit_Journal_.jpg

1898 : Création par le lieutenant de Gail d’un premier peloton de méharistes dans la région de Tombouctou.

1er janvier 1899 : Le lieutenant-colonel Klobb établit un fort à Gao puis un autre peu après à Ansongo, en aval sur le Niger. Deux autres sont établis ensuite, toujours plus en aval, à Dounzou et à Tillabéry.

12 mars 1899 : La voie ferrée atteint Toukoto, à mi-chemin entre Kayes et Bamako.

14 juillet 1899 : Mort du colonel Klobb, tué à Dankori alors qu’il était à la poursuite de la mission Afrique centrale des capitaines Voulet et Chanoine qui semait la dévastation sur son passage. Venue du Soudan, la mission devait rejoindre sur les rives du lac Tchad la mission Foureau-Lamy venue d’Algérie à travers le Sahara et la mission Gentil venue du Congo par l’Oubangui et le Chari ; après la mort de Voulet et de Chanoine, tués par leurs tirailleurs, les lieutenants Joalland et Meynier prennent le commandement de la mission Afrique centrale et s’emparent d’Agadès avant de rejoindre les deux autres missions au bord du Tchad en février 1900 pour en finir avec Rabah, le marchand d’esclaves qui dominait alors toute cette région d’Afrique centrale.

17 octobre 1899 : Un décret partage les régions les plus occidentales et les plus méridionales du Soudan entre Sénégal, Guinée, Côte-d’Ivoire et Dahomey et crée deux territoires militaires englobant les régions de Tombouctou, de la Volta (qui a alors son centre à Bobo Dioulasso) et de Zinder. Les « territoires du Haut-Sénégal et du Moyen-Niger » sont rattachés au Sénégal et administrés par un délégué du gouverneur de cette colonie dont la résidence est établie à Kayes. Cette fonction est confiée à William Merlaud-Ponty qui l’exerce jusqu’en 1908 pendant que le colonel Vimard succédait au général de Trentinian.

2 juin 1900 : Mort de Samory en exil au Gabon, sur l’île de Missanga, sur l’Ogooué.

1er octobre 1902 : L’ancien Soudan français reçoit le nom, à l’issue d’une nouvelle transformation administrative, de « territoire de la Sénégambie et du Niger ». Le délégué de Kayes dépend désormais du gouverneur de l’Afrique-Occidentale, distinct du gouverneur du Sénégal.
26 décembre 1902 : Le Macina est soumis au régime de l’administration directe. Écarté du pouvoir, Aguibou – qui avait vu se concentrer sur sa personne l’hostilité que les Peuls vouaient aux Toucouleurs et la haine de ces derniers qui lui reprochaient d’avoir trahi Ahmadou – se voit offrir par les Français une retraite dorée ; il meurt en 1908.


Les Français ont déjà pris Tombouctou. C’était en… 1894

MediaBeNews, 29/01/2013

touaregs
A l’heure où les troupes françaises et maliennes ont repris Tombouctou, il n’est peut-être pas inutile de porter un regard sur le passé. Ce n’est pas la première fois, en effet, que des soldats français accompagnés de troupes africaines constituées en majeure partie de Bambara (nous dirions aujourd’hui Maliens du sud) pénètrent dans la cité mystérieuse.
La chose s’est déjà produite en 1893-1894. Depuis l’installation des Français à Bamako en 1883, l’expédition de Tombouctou était dans toutes les têtes, et les lieutenants de vaisseaux Jaime et Caron en avaient préparé les voies à bord de canonnières en 1887 et 1889.
Le gouvernement français, peu enclin à se lancer dans des aventures incertaines, et soucieux déjà de la vie de ses soldats comme des finances publiques, ne se montrait guère enthousiaste.
La conquête de ce qui était alors le Soudan français n’était pas une priorité et il ne semblait pas opportun d’engager les hostilités avec les Touaregs, dont on avait appris à se méfier suite au massacre de la mission Flatters au nord de Tamanrasset en 1881.

Vue de Tombouctou en 1888 (Wiki Commons)

C’était compter sans l’ambition des bouillants officiers. La population de Tombouctou, disaient-ils, lassée par les pillages et les brimades qui lui étaient infligés par les Touaregs, appelait la France à son secours et accueillait ses troupes en libérateurs. Ils étaient nombreux à rêver d’entrer en vainqueur dans la cité sainte de l’islam et d’inscrire ainsi leur nom dans l’Histoire.

« Raid merveilleux »

Le 25 décembre 1893, le colonel Bonnier partit par le fleuve de la ville de Ségou, à 240km de Bamako, à la tête d’un imposant convoi de 300 pirogues, pendant que le commandant Joffre prenait la route de terre pour le rejoindre à Tombouctou.
Le lieutenant de vaisseau Boiteux, qui commandait la flottille du Niger, les avait devancés et devait les attendre à Mopti ; il allait en fait outrepasser ses ordres et, laissant ses deux canonnières au mouillage à Kabara, entra dans Tombouctou le 11 décembre.
Le 28 décembre, les choses prirent mauvaise tournure : l’enseigne Aube, qui voulait rejoindre son chef, fut massacrée avec une quinzaine de matelots. Cela n’empêcha pas le colonel Bonnier d’atteindre la ville le 10 janvier 1894, à l’issue de ce qui fut qualifié alors de « raid merveilleux ».
La ville était prise, sans combat, et le drapeau français flottait sur Tombouctou. Voilà donc une belle victoire à annoncer à l’opinion publique ! Un membre de l’expédition écrit fièrement :

« C’est l’arme sur l’épaule que la colonne entre dans la ville. Les habitants sont enchantés de son arrivée. Maintenant, ils n’ont plus à craindre les fameux Touaregs, qui d’ailleurs n’ont pas jugé prudent de se montrer. »

Il ne suffit pas de tenir la ville pour tenir le désert

L’euphorie fut pourtant de courte durée… Le 12 janvier, le colonel Bonnier partit en reconnaissance, « dans l’intention de débarrasser les environs des nomades qui les infestaient », et de tirer vengeance du massacre de l’enseigne de vaisseau Aube.
Pendant trois jours, ce ne fut que razzias et pillages, la colonne s’emparant de plus de mille moutons, mais aussi de quelques femmes de notables touaregs… Le 14 janvier au soir, les soldats s’installèrent à Tacoubao où ils bivouaquèrent, se sentant en sécurité.
Le drame eut lieu quelques heures avant le lever du jour : en quelques minutes, le camp fut submergé par les Touaregs. Des 14 Européens présents, 11 périrent, dont le colonel et 8 de ses officiers. Quant aux troupes africaines commandées par les officiers français, elles perdirent 70 hommes…
Au terme d’une promenade militaire, les Français avaient donc pris Tombouctou sans coup férir, à la tête de troupes africaines. Mais il ne suffisait pas de tenir la ville pour tenir le désert. Face à un ennemi peu nombreux mais courageux et motivé, qui connaissait bien le terrain, les soldats des savanes du sud se trouvèrent décontenancés, voire pris de panique.
Pendant près d’un an, il fut pratiquement impossible aux occupants de sortir de Tombouctou, et les escarmouches, coups de mains et attaques surprise se succédèrent pendant des années avant que la région ne fût définitivement « pacifiée ». L’Histoire ne se répète pas ? Souhaitons-le !
Francis Simonis , Maître de conférences Histoire de l’Afrique