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mardi 26 avril 2016

En quatre jours, la coalition quadripartite au pouvoir a ramené la Tunisie en arrière d'un siècle et demi
في أربعة أيّام، الائتلاف الرباعي الحاكم يعود بتونس قرنا ونصفا إلى الوراء


Mokhtar Ben Hafsa مختار بن حفصة
عقد مجلس نوّاب الشّعب طيلة أربعة أيّام من نهاية الأسبوع السابق وبداية هذا الأسبوع (الجمعة والسبت والإثنين والثلاثاء) جلسات ماراطونية لمناقشة المشروع الجديد للقانون الأساسي للبنك المركزي. وهو مشروع تقدّمت به الحكومة. وجدير بالتنويه أنّ يدا خفيّة أو 'مسؤولا كبيرا'- كما جاء في أحد زلاّت رئيس الجمهورية - فرض على لجنة الماليّة والجلسة العامة بعد ذلك، أن تضع كل برامج أشغالها جانبا وتقدّم النظر في هذا القانون الأساسي باعتباره أولويّة مطلقة عندهم
الشاذلي العياري، محافظ البنك المركزي التونسي و كريستين لاغارد،المديرة العامة لصندوق النقد الدولي و سليم شاكر،وزيرا للماليّة

Le ministre des Finances Slim Chaker, Christine Lagarde, dir. générale du FMI et Chedly Ayari, gouverneur de la BCT

 وفي وقت قياسي، تمّت في جلسة مساء الثلاثاء المصادقة على القانون الجديد بـ 73 صوتا فقط وهو الحدّ الأدنى المطلوب لتمريره ممّا يعني أنّ القوى الليبراليّة الداعمة لــ'تحرير' البنك المركزي واستقلاله عن بقيّة مؤسسات جهاز الدولة قد حقّقت المطلوب منها ولو بصعوبة كبيرة.
ولا يحتاج المرء مجهودا كبيرا ليعرف أنّ اليد ظاهرة و'المسؤول الكبير' معروف. فالسلطة التنفيذية هي اليد العليا التي تحكّمت في السلطة التشريعية وأمْلت عليها ما يجب فعله. أمّا المسؤول الكبير فهو ليس إلاّ صندوق النقد الدولي الذي ما فتئت تدخّلاته في السياسة التونسية تتعزّز في السنوات الأخيرة إلى درجة أنّه تجاوز مرتبة المستشار ليصبح الآمر والناهي.
إذن، يندرج هذا القانون في اطار الخطّة التي وضعها صندوق النقد الدولي لتمويل الدولة التونسية التي تعيش صعوبات ماليّة كبيرة فهي بحاجة أكيدة إلى المزيد من الاقتراض وبصدد البحث عن حوالي خُمس ميزانية 2016. هذه الضرورة العاجلة، اضافة إلى عقيدة متزمّتة ترى الحل في المزيد من التداين ومواكبة ايديوجيا العصر المُهيمنة، هي التي دفعت حكومة الائتلاف الرباعي إلى قبول شروط صندوق النقد الدولي لإقراضها 2.8 مليار دولار ومن أبرز هذه الشروط إعداد قانون أساسيّ جديد للبنك المركزي يُعيد هيكلته على نحو يصبح فيه البنك مؤسّسة مستقلة تماما عن تدخّل الدولة والمؤسسات المنتخبة ويتلاءم مع وضع اليد على هذه المؤسسة الهامة ضمانا لديمومة نزيف التداين قبضا وصرفا وتأبيدا لسياسة ليبرالية تقطع الطريق أمام كلّ إمكانيّة لتوجّه بديل في ظل انتفاضة ثورية مازالت آفاقها مفتوحة رغم الانتصار الكبير الذي حقّقته الثورة المضادة. يا للمفارقة فعلى قدر حماس المرافعين على القانون الجديد بصيغته الحالية للاستقلالية نجد لديهم نفس الحماس، وبالقدر نفسه، لتبعية البنك المركزي للماليّة العالميّة وقوانين السوق
Les députés de l'ARP (Assemblée des représentants du peuple) ont passé quatre jours (8-9 et 11-12 avril) à des séances de marathon pour discuter du nouveau projet de loi organique sur la Banque centrale de Tunisie (BCT),  présenté par le gouvernement. Il convient de noter qu'une main cachée ou un "grand responsable", à en croire un lapsus du Président de la République, a imposé à la Commission des finances et à l'assemblée plénière de mettre de côté tout son programme pour examiner ce projet, qu'elle ou il considérait comme une priorité absolue.
En un temps record, la nouvelle loi a été ratifiée en séance mardi soir le 12, par uniquement 73 voix, ce qui était  le minimum requis pour la faire passer, ce qui signifie que les forces libérales qui veulent libérer  la banque centrale et la rendre indépendante du reste des institutions de l'État ont atteint leur but, même si cela s'est fait avec beaucoup de difficultés.

On n'a pas besoin de faire beaucoup d'efforts pour savoir que la main "cachée" est très visible et que le "grand responsable" est connu. Puisque c'est le pouvoir exécutif qui a la haute main, contrôlant le pouvoir législatif et lui dictant quoi faire. Le "grand responsable"   n'est autre que le Fonds monétaire international, dont les interventions dans la politique tunisienne se sont renforcées au cours des dernières années, passant du rôle de conseiller à celui de donneur d'ordre.

jeudi 10 mars 2016

L’olio di oliva tunisino e la guerra neocoloniale in Libia
L'huile d'olive tunisienne et la guerre néocoloniale en Libye
El aceite de oliva tunecino y la guerra neocolonial en Libia

Annamaria Rivera
L’olio di oliva tunisino e la guerra neocoloniale in Libia -
Strani sussulti d’interesse per la sorte della Tunisia vanno manifestandosi da qualche tempo in alcuni ambienti italiani e sul versante dell’Unione europea. Il 25 febbraio scorso, il Parlamento europeo ha approvato una risoluzione per l’aumento delle quote di esportazione dell’olio d’oliva tunisino verso il mercato dell’UE, “al fine di sostenere la ripresa della Tunisia dall’attuale periodo di difficoltà”.
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L'huile d'olive tunisienne et la guerre néocoloniale en Libye
Des étranges élans d'intérêt pour le sort de la Tunisie se manifestent depuis un certain temps dans certains milieux italiens et du côté de l'Union européenne. Le 25 février, le Parlement européen a approuvé une résolution en faveur de l'augmentation des quotas d'importation d'huile d'olive tunisienne sur le marché de l'UE, "afin de soutenir la reprise de la Tunisie dans l'actuelle période difficile ".
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El aceite de oliva tunecino y la guerra neocolonial en Libia Los extraños impulsos de interés por la suerte de Túnez se manifiestan desde hace algún tiempo en algunos círculos italianos y del lado de la Unión Europea. El 25 de febrero, el Parlamento Europeo aprobó una resolución en favor del  aumento de las cuotas de importación del aceite de oliva tunecino en el mercado de la UE, « con objeto de asistir a la economía tunecina, muy golpeada por los ataques terroristas de 2015».Leer más 

jeudi 17 décembre 2015

Tout ça pour ça ?
“Révolution” tunisienne, 5 ans déjà
كل هذا من أجل هذا؟ "الثورة" التونسيّة، بالكاد خمس سنوات

par FG, 17/12/2015

Italiano Tutto questo per questo?
Ormai al quinto anno dalla “rivoluzione” tunisina  

English All that for this?
The Tunisian "Revolution", 5 years later 

Español  ¿Todo esto para eso?
“Revolución” tunecina, 5 años ya
 

 
Les guillemets s'imposent pour qualifier les événements qui, déclenchés par l'auto-immolation de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010 à Sidi Bouzid, seront accélérés par sa mort le 4 janvier 2011 et conduiront à la fuite précipitée du dictateur Ben Ali, sur les bons conseils des habituels amis qui vous veulent du bien, le vendredi 14 janvier 2011. Un soulèvement qui ne fait aucun mort chez l'ennemi, mais 300 chez les insurgés, est tout sauf une révolution. Une révolution qui ne coupe aucune tête n'en est pas une. C'est pourquoi on a inventé, entre Paris et Bruxelles, le joli qualificatif de "révolution de jasmin", variante tour operator des révolutions de velours, orange et autres couleurs de l'arc-en-ciel vu des centres de commandement du monde.

Cinq ans après la phase 1.0, les Tunisiens attendent toujours la phase 2.0.
Que constatent-ils ?

1- Ils ont une nouvelle Constitution. Très bien, mais ça ne donne pas à manger. L'homme veut avoir du pain, oui, il veut avoir du pain tous les jours/L'homme veut avoir du pain, du pain et pas de discours, pour le dire à la manière de Brecht.
"Merci, M. Le Président", photo (2011) de Fakhri El Ghezal, qui purge actuellement une condamnation à un an de prison pour détention de cannabis
2-Ils sont gouvernés par des fossiles dirigés par un dinosaure qui vient de fêter son 89ème anniversaire. Conscient qu'il n'est pas immortel, l'occupant du Palais de Carthage est donc affairé à préparer sa succession dynastique : son fiston étant un jeunot (il n'a que 54 ans) est promis à un bel avenir. Évidemment toutes ces manigances présentent quelques inconvénients, entre autres elles ont déclenché une bronca au sein du parti au pouvoir, qu'un paquet de députés ont quitté en claquant la porte, mais, plus grave encore, elles laissent peu de temps pour s'occuper des vraies affaires du pays, à commencer par les kamikazes en roue libre qui font ce qu'ils veulent, vu que la police n'a ni formation, ni directives claires ni feuille de route pour étouffer ce qu'on appelle le terrorisme.

3- La police, justement, parlons-en. Elle fait à peu près n'importe quoi. Agit-elle de son propre chef ou obéit-elle aux ordres ? Les deux, mon capitaine. Dans un cas comme dans l'autre, le résultat est le même : le sentiment d'insécurité général est parfaitement justifié. Tout jeune Tunisien, indépendamment de son look et de son sexe, est aujourd'hui, un gibier en sursis. Il suffit de suivre la chronique des événements courants. Un tiers des 30 000 prisonniers du pays aujourd'hui sont des jeunes condamnés ou en attente de jugement pour détention ou consommation de cannabis. En un peu plus de 3 ans, l'appareil policier a renouvelé le stock  qui avait été vidé par des libérations de masse après la "révolution". Le citoyen de base se pince en se demandant s'il rêve ou est bien éveillé : "Avec Daech à nos portes et parmi nous, ils font la chasse aux fumeurs de zetla ? Ils sont tombés sur la tête ou quoi ? " Et voilà que la marchandise humaine livrée dans les taules est maintenant complétée par les pédés. Les condamnations à 3 ans de prison pour "sodomie" pleuvent. Pour compléter le tableau, ajoutons le harcèlement de tout ce qui bouge du côté des porteuses de seins; on ne sait jamais, elles pourraient s'aviser de les montrer pour protester contre la merde dominante et ambiante. Bref, pour parler comme au moins 75¨% des Tunisiens et Tunisiennes, on peut poser la question : "Alors, cette révolution ça vient ?"
"Il a neigé" (2012), d'Atef Maâtallah, qui purge actuellement une condamnation à un an de prison pour détention de cannabis
4-Mais tout cela n'est que détail au vu de la situation réelle de la masse du peuple : le prix de l'huile d'olive a pratiquement triplé en 4 ans, les autres prix ont tous augmenté vertigineusement. Les salaires ont à peine suivi, pour ceux qui en ont, ce qui n'est pas le cas de la moitié de la jeunesse. Le tourisme s'est effondré, Frontex a dressé un mur électronique pratiquement infranchissable en Méditerranée, et le maigre budget de l'État suffit à peine à payer les intérêts de la dette héritée de la dictature – une proposition de loi déposée à l'Assemblée constituante pour réaliser un audit de cette dette a fini aux oubliettes -, à laquelle s'est ajoutée la nouvelle dette contractée par le régime "démocratique" (1,7 milliard de $). Bref, il faut avoir une sacrée dose d'optimisme pour imaginer un futur quelconque.

Tunisie, "No future" ?
Le peuple répondra à cette question. Restez connecté-es, vous n'êtes pas au bout de vos surprises.



علامات الاقتباس ضروريّة لوصف الأحداث الناجمة عن حرق محمد البوعزيزي لنفسه يوم 17 ديسمبر 2010 في سيدي بوزيد، والتي تسارعت بوفاته يوم 4 جانفي 2011 وأدّت لاحقا إلى هروب سريع للدكتاتور بن علي المتبع لنصائح أصدقاءه المعتادين الذين ينصحونه بالأفضل دائما، الجمعة 14 جانفي 2011 انتفاضة لم تسفر عن موت أي من الأعداء، لكن إلى وفاة ثلاثمئة منتفض لا يمكن أن نسمي ما حدث ثورة. ثورة لا يتم قطع خلالها أي رأس لا يمكن في أي حال من الأحوال أن تسمى ثورة.

لهذا تم نعتها بهذا الوصف الجميل في باريس وبروكسيل-ثورة الياسمين-التسمية الترويجية للنسخة التونسية مثل الثورة المخمليّة والبرتقاليّة وألوان أخرى كألوان الطيف كما يراها أصحاب القرار في العالم.
خمس سنوات مرّت بعد المرحلة 1.0 ولازال التونسيّون ينتظرون المرحلة 2.0
ما هو رأيهم؟
لديهم دستور هذا شيء جيّد لكن لا يطعم خبزا
   الانسان يحتاج الى الخبز، نعم، يحتاج الى الخبز كل يوم
   لنقلها على طريقة بريشت" ان الإنسان يحتاج الى الخبز، يحتاج خبزا ليس خطابات."
    

    الزطلة.  صورة تعود الى 2011 لفتحي غزال ، الذي لا يزال مسجونا في قضيّة حيازة مادّة
  يحكم التونسيون كائنات متحجرة ويقودهم ديناصور احتفل مؤخرا بعيد ميلاده التاسع والثمانين يعلم جيدا كونه ليس خالدا، محتل قصر قرطاج منشغل بتحضير ولي العهد. ابنه كونه شابا ليس له من العمر إلا 54 سنة له" مستقبل واعد".
   بالطبع لكل هذه المخططات والخدائع مساوئها بطريقة او بأخرى من بينها خلق انشقاق داخل الحزب الحاكم واستقالة غاضبة لمجموعة من نواب كتلة النداء في المجلس والأخطر من ذلك عدم الإبقاء على وقت للاهتمام بالمشاغل الحقيقية للدولة، بدءا من الانتحاريين الطلقاء والفاعلين ما يحلو لهم، نظرا لغياب في التأهيل والتعليمات في جهاز الامن وعدم توفر خارطة طريق واضحة للتعامل مع ملف الإرهاب.
  -لنتحدث عن قوات الامن. هي تقوم فعلا بفعل أي شيء-تلبز-. لكن هل تنفذ الأوامر أم تتصرف كما يحلو لها الجواب هو الاثنان معا. في جميع الأحوال، النتيجة واحدة ... الشعور بانعدام الأمن وهو امر لم يأتي من فراغ انه نتاج لسلوك قوات الامن تجاه المواطن.
    كل شاب تونسي، بغض النظر عن مظهره وجنسه هو اليوم مشروع سجين.
  يكفي فقط تتبع تواتر الأحداث ثلث ال 30.000 ألف مسجون هم شبان متهمون بحيازة أو استهلاك مادّة الزطلة " القنّب" وينتظرون المحاكمة.
  في ثلاث سنوات ونيف تمكن جهاز الشرطة من تجديد مخزون السجون الذي أفرغ إثر الإعفاءات المتكررة التي تلت الثورة. يتساءل المواطن العادي إن كان مستيقظا يحلم " داعش على الأبواب و بيننا، وهم يركضون وراء مدخني الزطلة ؟ هل فقدوا عقولهم؟ " مع كل هذه البضاعة البشرية التي ترمى في السجون هناك مكان أيضا للمثليين. الحكم بثلاث سنوات لكل متهم باللواط خبر نسمعه كثيرا هذه الأيام وليكتمل المشهد مضايقات لكل من يقترب أو يمسك يد صديقته، من يعلم، فقد تقرر الفتيات تعرية صدورهنّ احتجاجا على القرف المحيط بهن.
  باختصار لنفعل كما يفعل 75 بالمائة من التونسيين والتونسيات يمكن أن نتساءل " إذن، ماذا حققت الثورة؟ هل ستعطي أكلها قريبا؟

   "سقط الثلج"،2012
عاطف معطالله، محكوم عليه الآن بالسجن بتهمة حيازة القنّب الزطلة
لكن كل هذا ليس إلا تفصيلا صغيرا نظرا للوضع الحقيقي للشعب ... تضاعف سعر زيت الزيتون بثلاث مرات في أربع سنوات، ارتفعت أسعار المواد الأخرى بحدّة. الرواتب بالكاد ارتفعت بالنسبة للذين لديهم دخل ولكن هذا ليس حال نصف الشباب التونسي.
 اما السياحة فقد انهارت تماما.
وقد قامت الوكالة الأوروبية لمراقبة الحدود الخارجية" فرونتاكس" بوضع حاجز إلكتروني في البحر الأبيض المتوسّط لا يمكن التغلب عليه عمليا.
ميزانيّة الدولة الهزيلة لا تكاد تكفي تسديد الديون الموروثة من النظام الدكتاتوري ولنضف الى كل هذا الديون التي اقترضتها وتقترضها «الحكومة الديمقراطيّة" (1.7 مليار دولار).
 في الواقع تم تقديم مشروع قانون إلى المجلس التأسيسي لإجراء مراجعة لهذا الدين لكن لم يؤخذ بمحمل الجد.
باختصار ، يجب التحلي بقدر كبير من التفاؤل لتصوّر أي مستقبل .
تونس " لا مستقبل؟ "
سوف يجيب الشعب على هذا التساؤل. ابقوا على اطلاع على اخر الاخبار فالمفاجئات لم تنتهي.
  

Sidi Bouzid, 17 décembre 2010 : ce n'était qu'un début, le combat continue
سيدي بوزيد 17 ديسمبر 2010: كان هذا مجرد بداية ويستمر الكفاح

Dernière minute:

Afraa Amaïri, une jeune femme tunsienne très engagée, a été arrêtée par la police en raison de de la campagne qu'elle mène contre les abus de la police. Elle est actuellement en garde à vue au commissariat du Kef et passera demain devant le juge. Elle n'a que 17 ans. Elle passe son bac cette année. Faites quelque chose pour elle. Elle réside au Kef. On n'en peut plus de gouvernement par la peur. Afraa, c'est notre jeunesse qu'on assassine!!! Réclamez la libération de cette jeune fille et mettez fin à la dictature policière qui s'annonce et à la "Force de l'obéissence" (B. Hiibou). Avec ceux qui nous gouvernent, vous avez l'autocratie et la ploutocratie mais pas du tout la sécurité, alors osez dire non! Libérez Afraa!


http://www.tlaxcala-int.org/upload/gal_3229.jpg

jeudi 9 mai 2013

Tunisie : une ouvrière meurt à Ben Arous تونس وفاة عاملة بالمنطقة الصناعية بن عروس أثر تدخل قوات الأمن لفض اعتصام


Khawla Dridi, 43 ans, ouvrière à l'usine de confection Europa Style dans la zone industrielle de Mégrine Riyadh Ben Arous, est morte hier (8 mai) à 21 h. d'une crise cardiaque, alors qu'elle participait à un rassemblement des travailleurs réclamant leurs droits devant l'usine.

Le problème a commencé après que l'investisseur étranger a fermé l'usine), qui employait  615 travailleurs. Les travailleurs ont bloqué la route d'accès à l'usine et  les forces de sécurité sont intervenues violemment, faisant  des blessés.

Des centaines de travailleurs et de travailleuses sont actuellement rassemblés devant le siège régional de l'Union générale des travailleurs tunisiens de Ben Arous dans un état d'extrême colère

Khawla Dridi, mère de deux enfants, avait travaillé 15 ans dans cette usine.
توفيت البارحة (8 ماي) في حدود التاسعة مساء السيدة خولة، وهي عاملة بمعمل للنسيج بالمنطقة الصناعية مقرين الرياض من ولاية بن عروس. الوفاة حصلت إثر أزمة قلبية بعد أن تجمع العمال أمام مقر ولاية بن عروس للمطالبة بحقوقهم.

المشكلة انطلقت بعد أن قام المستثمر الأجنبي بإغلاق المصنع (أروبا ستيل) الذي يشغل 615 عاملا. وقد قام العمال بإغلاق الطريق فتصدت لهم قوات الأمن بشراسة مما خلف إصابات في صفوفهم.

ويتجمع المئات من العاملات والعمال الآن أمام المقر الجهوي للاتحاد العام التونسي للشغل ببن عروس وسط حالة من الغضب الشديد

(المرحومة اسمها خولة الدريدي تبلغ من العمر حوالي 43 سنة أم لطفلين قضّت أكثر من 15 سنة عمل)



lundi 18 février 2013

Le réquisitoire de Chokri Belaïd

Le lundi 23 janvier 2012 avait été marqué en Tunisie par une série d'agressions barbares ciblant des avocats, des journalistes et des universitaires venus soutenir en marge d'un procès inquisitoire contre une chaîne de télé la liberté de création et d'expression.
Ce jour-là, une foule d'islamistes embrigadés par les cheikhs du fascisme religieux s'est rameutée à Tunis autour du tribunal qui jugeait Nessma TV et son directeur -pour la diffusion de Persépolis. Aux yeux des prisonniers de la pensée unique, ce film iranien est impie et le directeur de Nessma TV, "apologiste de l'art impie", mérite le bûcher. Pour rappel, ce procès de la honte répondait à une poursuite judiciaire engagée par des soi-disant avocats, une centaine de ceux qui portent indûment la robe de la profession, d'obédience nahdhaouie. Il rappelle à juste titre la Hisba remise au goût du jour en Égypte, une censure religieuse draconienne dirigée contre tout ce qui s'appelle création artistique et littéraire, toute œuvre s'écartant des passages cloutés islamistes.
A leur sortie de l'audience, plus d'un de l'élite éclairée tunisienne engagée contre l'importation de la Hisba en Tunisie se sont vus conspuer, subir insultes et crachats, agresser physiquement, menacer de mort et de lynchage par la foule fanatisée, qui ressuscitait ce jour-là les tristement célèbres scènes de la sainte inquisition chrétienne du Moyen âge.
Invité le soir même au plateau de Nessma TV, feu Chokri Belaïd prononce cet inoubliable réquisitoire, énergique et accablant, contre "les ennemis jurés de l'intelligence tunisienne."
Le présent document audio-visuel du plus haut intérêt mérite d'être consulté et partagé sur les réseaux sociaux, les blogs et tout ce qui s'apparente aux pages de contre-pouvoir médiatique par tous les défenseurs de la démocratie et du progrès.
A. Amri
12 février 2013
NDLR Basta!: Les fanatisés ne sont pas les seuls ennemis de l'intelligence tunisienne. Il faut poser la question : qui manipule qui ?

vendredi 15 février 2013

Jean-Luc Mélenchon à Alger : lapsus et questions en attente de réponses

Il a animé mardi une conférence à l’Institut français d’Alger
Jean-Luc Mélenchon : “La repentance ? Une belle perte de temps”
 

 par Arab Chih, Liberté, 14/2/2013


Il a qualifié la Révolution algérienne de “guerre civile”. Une de ces formules à l’emporte-pièce, à la Mélenchon, qui n’a pas manqué de susciter quelques grincements de dents.

S’il n’a pas été aussi prolifique en coups de gueule que d’habitude, et s’il semblait avoir mis, lors de son passage mardi à l’Institut français d’Alger (IFA), de l’eau dans son vin en troquant son verbe tranchant et critique contre un langage diplomatique lisse et sans saillies, le leader du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, n’a néanmoins pas démenti sa réputation de parleur à l’emporte-pièce. “Vous êtes assez subtils pour deviner qu’étant de passage à Alger, je n’ai naturellement pas l’intention de m’exprimer sur la situation en Algérie”, a-t-il souligné tout au début de sa conférence.
S’il s’est gardé de critiquer ouvertement le gouvernement algérien et encore moins les autorités de son pays, M. Mélenchon a distillé, subtilement il est vrai,  quelques piques. Au cours de sa conférence comme pendant le point de presse, le leader du Front de gauche a répété à l’envi qu’il est un patriote français qui aime son pays. Une manière, peut-être, de suggérer qu’il n’y a pas lieu de trop espérer une quelconque critique de sa part à l’égard du gouvernement Hollande.
La repentance de la France pour  les crimes coloniaux commis en Algérie ? Il ne veut pas en entendre parler, allant même jusqu’à qualifier la focalisation sur cette question de “belle perte de temps”.
“Je pense que ça serait une belle perte de temps. La France, c’est aussi moi, et moi je n’ai martyrisé personne, ni mes ancêtres (…) Je pense que c’est une perte de temps totale et un subterfuge pour ne pas parler d’autre chose, des problèmes auxquels nous sommes confrontés”, a-t-il soutenu. “Je ne me laisse pas entraîner dans des machins pareils”, a-t-il ajouté. Mais là où le grand tribun de gauche à titillé son monde, c’est quand il a qualifié la Révolution algérienne de simple “guerre civile”.
Une de ces formules à l’emporte-pièce, à la Mélenchon, qui n’a pas manqué de susciter quelques grincements de dents. Sans plus.

“Optimiste pour la Tunisie”

N’est-il pas gêné par le fait que les relations algéro-françaises se résument presque aux seuls gros contrats pour les entreprises de l’Hexagone ? “C’est qu’il doit y avoir un manque des deux côtés, non ? La vie des nations est faite aussi de contrats”, a-t-il rétorqué, avant de renouer, un petit moment, avec son style cassant : “Si les Algériens ne sont pas contents des contrats, ils n’ont qu’à en signer d’autres avec d’autres pays.” Du pur Mélenchon. M. Mélenchon ne comprend pas les reproches faits par l’opposition algérienne au président français qui, lors de sa visite en Algérie, s’était contenté de discussions avec les officiels. “Qu’est-ce qu’elle veut ? Que nous intervenions ? Ce n’est pas sérieux, je trouve que c’est une critique qui n’a pas de sens. Si les gens ne sont pas contents, ils doivent aller voter. Vous avez des libertés civiques, il faut en profiter”, a-t-il conseillé.
Autres conseils donnés aux Algériens : s’opposer à l’exploitation du gaz de schiste et à l’accord de libre-échange qui rentrera en vigueur en 2020.
Décidé à ne planter à partir d’Alger la moindre hallebarde dans le dos du gouvernement français, M. Mélenchon a refusé de qualifier d’“erreur” la guerre française au Mali, même s’il n’a pas caché son scepticisme devant l’argumentaire déroulé par les autorités de son pays pour soutenir cette décision.
“Je pense que c’est une position discutable, j’ai posé des questions, j’attends les réponses et quand je les aurai, je vous dirai si c’était une erreur ou pas”, a-t-il répondu à une question d’un journaliste.
“Il y a des questions qu’un citoyen responsable doit poser. La première, c’est au nom de quoi agit-on ? Les motifs ont changé à plusieurs reprises, tantôt c’était une résolution de l’ONU, tantôt c’est une demande du gouvernement malien qui n’avait lui-même aucune légitimité”, a-t-il expliqué.
Pour ce qui est de la révolution tunisienne, le leader du Front de gauche a refusé de parler d’“échec” et s’est dit optimiste pour l’avenir du pays du jasmin. “La révolution est un processus, les Tunisiens n’en ont pas fini avec leur Constituante. Ils font preuve d’un sang-froid extraordinaire alors qu’on vient de leur tuer un de leurs leaders”, a-t-il soutenu. “Je suis un optimiste pour la révolution tunisienne, et je juge très sévèrement les donneurs de leçons, ceux qui écrivent que la Tunisie sombre dans le chaos”, a-t-il encore asséné.

***
L'agenda de Mélenchon ce vendredi à Rabat:
  • Rabat - rencontre avec la Voie Démocratique
    vendredi 15 février 2013
    10h30
  • Rabat - Rencontre avec l'Union Socialiste des Forces Populaires
    vendredi 15 février 2013
    12h30
  • Conférence sur l'écosocialisme à Rabat
    vendredi 15 février 2013
    18h30


mardi 12 février 2013

Thérapie du choc et stratégie du chaos : premiers éléments pour comprendre l'assassinat de Chokri Belaïd en Tunisie



La Tunisie et l'Égypte sont en train de vivre une involution parallèle et similaire. Voici quelques-uns des traits communs aux deux pays :
1- Une "révolution" virtuelle
Dans les deux pays, rien n'a changé pour que tout change : les dictateurs – qui n'étaient que des "dictés" - ont été renversés, des élections démocratiques ont été tenues, les "islamistes modérés" se sont retrouvés au "pouvoir". Mais il est clair que le pouvoir réel ne se trouve pas dans les fauteuils qu'ils occupent. En Égypte, c'est le Conseil suprême des forces armées qui conserve le pouvoir réel et tire les ficelles, en étant en contact direct et permanent avec ses parrains et protecteurs à Washington. En Tunisie, la situation est beaucoup plus opaque, et la réponse à la question "qui détient le pouvoir réel" est beaucoup plus difficile. Disons pour commencer que c'est le cartel mafieux (affairistes, bureaucrates, policiers)  de l'ancien régime, dont certains piliers se sont laissé pousser une barbe.





2-     Thérapie du choc
Les "pouvoirs démocratiques" issus de ces "révolutions" ont en commun d'être docilement soumis aux ordres des "donneurs d'ordres": Banque mondiale, FMI, OMC, UE, USA et pétromonarchies du Golfe. Le conglomérat de ces donneurs d'ordres n'a qu'un souci : empêcher que les peuples arabes (et les autres aussi, d'ailleurs) ne réussissent à mener des véritables révolutions, qui remettraient leurs sociétés à l'endroit, en établissant la justice sociale et en leur permettant d'exercer leurs droits fondamentaux de citoyens d'un État de droit. En premier lieu la jouissance souveraine des ressources énergétiques dont regorge le sous-sol de leurs pays et des autres biens communs (eau, terre, patrimoine etc.).
La thérapie appliquée a plusieurs volets :
a. Les gouvernements en place doivent payer rubis sur l'ongle le service de la dette odieuse dont ils ont hérité des dictateurs/dictés déchus, condition unique posée pour leur "octroyer" d'autres crédits qui ne font que les endetter encore plus;
b. Les gouvernements en place doivent poursuivre le travail de "nettoyage", déjà bien engagé par leurs prédécesseurs : liquidation des services publics et donc de ceux qui les défendent, privatisations, bradage des richesses du pays aux multinationales, mise en place de structures de contrôle de la population rebelle, en premier lieu les salariés syndiqués et la jeunesse précarisée (les "diplômés chômeurs"). Pour éponger les dégâts sociaux de ce "nettoyage", la solution trouvée est la "charité islamique", en lieu et place des droits sociaux légitimes;
c. La pacification de la société : des centaines de millions d'Euros sont déversés par l'UE et les fondations US, allemandes et autres, sur la société civile organisée, avec un seul but : la contrôler, la discipliner et l'orienter vers un processus de « justice transitionnelle*» qui ne remet pas en cause le système en place. Principal objectif : empêcher que la jeunesse diplômée active n'accède au niveau de la politique réelle, c'est-à-dire l'organisation du peuple pour la satisfaction de ses demandes d'accès à la citoyenneté et aux biens communs.
Le massacre de la gare de Bologne (Italie), qui fit 85 morts et 200 blessés le 2 août 1980, vu par l'artiste Carlo Carosso
3-     Stratégie du chaos
La stratégie à l'œuvre dans les deux pays est fondamentalement la même que celle qui a été mise en œuvre dans la Grèce de 1967, l'Amérique latine et la Turquie, l'Italie (la "stratégie de la tension") et le  Liban des années 1970 et 1980, l'Algérie des années 1990, avec des ajustements tactiques pour l'adapter à chaque situation particulière. Les armes principales de cette stratégie sont :
a.      L'utilisation de la violence armée groupusculaire manipulée –ce qu'on appelle le "terrorisme" – pour semer la peur, déstabiliser les gens et les faire renoncer à la lutte pacifique, de masse, démocratique et transparente. L'objectif est de casser toutes les structures (partis, syndicats, mouvements) susceptibles de freiner la "libéralisation" de l'économie.
b.      La polarisation entre courants "idéologiques" dans lesquels on veut forcer l'ensemble de la société à entrer, ce qui conduit à une logique de "camps" retranchés s'excluant mutuellement et se combattant violemment. Une nouvelle variante du "diviser pour régner" : en haut, une bourgeoisie "moderniste, laïque, démocratique" s'opposant à une bourgeoisie "conservatrice, islamique, démocratique", en bas un peuple "progressiste, libertin, révolutionnaire" s'opposant à un peuple "traditionnel, bigot, fascisant". Bref, le seul moyen trouvé par les appareils du pouvoir réel pour perdurer, c'est la guerre civile, celle du frère contre le frère, de la sœur contre la sœur, des parents contre les enfants, des "libérés" contre les "enturbannés", par des alliances entre exploiteurs et exploités au nom de clivages qui n'ont rien à voir avec les besoins réels et les intérêts de classe des gens.
c.      La manipulation diabolique du couple infernal complot-émeute. En Égypte, comme en Tunisie, comme dans l'Algérie de 1988, la révolte légitime de la jeunesse précaire est canalisée par les réseaux mafieux-policiers vers des violences nihilistes encagoulées qui se manifestent à l' occasion des rassemblements populaires. Objectif : susciter la demande d'un pouvoir fort assurant la sécurité. Dernier exemple en date : l'apparition d'un "Black Bloc" au Caire à l'occasion du 25 janvier 2013. Un "Black bloc" tout aussi infiltré par la police que l'étaient ceux de Gênes en 2011, de Montréal, de Toronto, de Londres, de Strasbourg ou de Heiligendamm.
d. Les assassinats ciblés de personnages-clé, décidés et organisés par les réseaux occultes du pouvoir réel. Attribués simultanément à d'autres, ils ont pour but de provoquer un clivage irréversible de la société (voir point a).  L'assassinat de Chokri Belaïd, comme ceux de Tahar Djaout, Abdelkader Hachani, Mohamed Boudiaf et tant d'autres (Liabes, Boucebsi, Flici, Mahiou, Merbah, Belkaid, Alloula, Bouslimani, et Cheikh Sahraoui) en Algérie, s'inscrit dans cette stratégie. 
Les mouvements sociaux, progressistes ou révolutionnaires, doivent être pleinement conscients de cette stratégie à l’œuvre. Au risque de tomber dans un piège mortel. Et de connaître le sort du taureau qui fonce sur le tissu rouge sans voir la main du torero qui lui plantera l'épée dans la nuque.

Note
* Justice transitionnelle : processus destiné à pacifier la société en mettant en place un mécanisme se substituant à la justice en place pour « tourner la page » du sombre passé de dictature ou de guerre civile et mettre un « point final » aux demandes de justice des victimes. L'exemple le plus propagé est celui de la Commission Vérité et réconciliation en Afrique du Sud. Dans le monde arabe, le Maroc est le seul pays à ce jour à avoir institué une telle commission, l'Instance équité et réconciliation. En Tunisie, le ministère des Droits de l'homme vient de signer un accord de partenariat avec le Centre international pour la justice transitionnelle (basé à New York). “En vertu de l'accord, le centre s'engage à fournir au ministère une aide technique en matière de justice transitionnelle à travers ses divers axes, notamment, la recherche de la vérité, le dédommagement, la justice pénale et la réforme institutionnelle, constitutionnelle et judiciaire. Le CIJT est, également, appelé à apporter une aide technique pour la création d'une commission Vérité et pour mettre sur pied un programme de réparation des préjudices.”

Auteurs
Collectif Les déconstructeurs du virtuel
Paraphrasant ce bon vieux Marx, nous pourrions dire : "Les philosophes n'ont jusqu'ici fait que déconstruire les textes, il s'agit maintenant de déconstruire le virtuel pour accéder au réel". Ce virtuel dans lequel nous sommes presque tous immergés, et dans lequel les jeunes générations se plongent au risque de s'y noyer, en le prenant pour le réel, construisant un monde imaginaire qui les rend inaptes à l'action. Nous nous proposons donc de redonner le sens du réel en reconstruisant la réalité qui se cache derrière les miroirs de la propagande multimédias tous azimuts, et en intervenant sur les événements qui nous frappent, qui nous interpellent, qui nous concernent pour partager nos analyses et réflexions et aider les gens à comprendre ce qui leur arrive. Notre collectif est ouvert à toute coopération.

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vendredi 8 février 2013

"Le peuple veut une nouvelle révolution" : la Tunisie après l'assassinat de Chokri Belaïd

par Annamaria Rivera. Traduit par  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Original: “Il popolo vuole una nuova rivoluzione”. La Tunisia dopo l’assassinio di Chokri Belaid 
Comme presque toujours quand il s'agit de pays majoritairement arabophones, les médias italiens se distinguent, à quelques exceptions près, par leur négligence et ignorance. Ils en ont fait preuve une nouvelle fois à l'occasion de l'assassinat politique de Chokri Belaïd, un avocat engagé dans la défense des droits humains, dirigeant politique sans poil sur la langue, franc-parler, figure charismatique de l'opposition tunisienne de gauche.

Un Tunisien brandit la photo de Chokri Belaïd, l'opposant politique assassiné, lors d'une manifestation sur l'avenue Bourguiba de Tunis (Tunisie), le 6 février 2013.



Sur l'avenue Bourguiba de Tunis le  6 février 2013 (FETHI BELAID / AFP)
Dans un entrefilet venu d'on ne sait où, le 6 Février, comme un seul homme, les journaux grand public, du Corriere della Sera à La Repubblica, en passant par le Huffington Post et d'autres, ont décrit Belaïd comme dirigeant politique de Nida Tounes,  c'est-àdire le parti néo-bourguibiste fondée par Béji Caïd Essebsi, trois fois ministre puis président de la Chambre à l'époque de Bourguiba, et enfin chef du deuxième gouvernement de transition post-révolution. Dans l'édition en ligne de du même 6 février, La Repubblica a défini Belaid non seulement comme le principal dirigeant de Nida Tounes, mais aussi, et en même temps comme le chef d'un parti qui n'existe pas, le "Parti unifié nationaliste démocrate" (http://www.repubblica.it/esteri/2013/02/06/news/tunisia_ucciso_leader_opposizione-52047984/?ref=HRER3-1).  Encore plus sublime le Corriere della Sera, sans aucun rectificatif explicite, se contente dans l'édition du jour suivant de déplacer l'étiquette "Nida Tounes" de la victime vers son agresseur présumé: http://www.corriere.it/esteri/13_febbraio_07/belaid-tunista-arrestato-autista_cc932df8-712e-11e2-9be5-7db8936d7164.shtml.  

Crédit image : Malek Khadhraoui | www.nawaat.org

Photo Malek Khadhraoui | www.nawaat.org

L'auteure de ces lignes a eu l'honneur de connaître Chokri Belaïd au Palais des Congrès de Tunis du 24 avril 2011, lors de l'assemblée qui a vu l'unification entre deux formations, qui se définissent comme marxistes-léninistes et panarabistes, nées des luttes des années 70 : Le Watad - MPD (Mouvement des patriotes démocrates) et Parti du travail patriotique et démocratique (PTPD). De cette fusion est né le Parti des patriotes démocrates unifié, dont Belaïd était secrétaire général. Ce parti a ensuite rejoint le Front populaire (Al Jabha Chaâbia), une coalition di partis d'extrême-gauche comparables à Syriza en Grèce.


Peut-être l'attribution de Belaïd à Nida Tounes a-t-elle été dictée par le désir inconscient de délayer la biographie du «martyr», d'occulter son appartenance à la gauche radicale d'inspiration marxiste,  de cacher le fait que c'est grâce à celle-ci qu'aujourd'hui la dangereuse impasse institutionnelle que traverse la Tunisie a reçu une secousse et que les masses populaires avec la «société civile» - ont repris les rues comme protagonistes. Ce que sont sont leurs sentiments et leurs aspirations est bien illustré par l'un des slogans scandés lors des manifestations spontanées qui ont traversé presque tout le pays après la mort de Belaïd: "Le peuple veut une nouvelle révolution".


C'est vrai: une deuxième révolution serait nécessaire. En fait, e fossé entre le pays officiel et le pays réel ne pourrait pas être plus profond :, en particulier le pays  des masses défavorisées et abandonnées à leur sort de marginalisation, de chômage, de précarité, de pauvreté, de manque de protection sociale. De ce côté, deux ans plus tard, rien n'a changé après la révolution du 14 Janvier. Au contraire, les problèmes économiques et sociaux déjà graves et les profondes disparités régionales ont été exacerbés par la fuite des entrepreneurs et des capitaux étrangers, l'effondrement du tourisme, l'augmentation vertigineuse du chômage et du coût de la vie, l'inertie et l'inconsistance des gouvernements provisoires, en particulier le dernier en date.


Sur le plan des appareils judiciaire et répressif, les changements sont également à peine visibles. Il suffit de prendre en compte les nombreux procès pour délits d'opinion, conclus parfois par des condamnations plutôt lourdes, sans parler de la violence et de l'arbitraire avec lesquels la police réprime les manifestations et surtout les révoltes spontanées, qui sont une donnée endémique et irréductible du panorama social tunisien. Pour reprendre les termes de Fausto Giudice, éditeur à Tunis et observateur attentif, on pourrait se hasarder à dire, synthétiquement, que le véritable pouvoir est toujours en place, à savoir "la mafia affairiste-bureaucratico-policière" du régime benaliste, "dont quelques piliers se sont faits pousser une barbe". De leur côté, "les piliers barbus" et leurs serviteurs – salafistes jihadistes et prédicateurs wahhabites engraissés à coups de pétrodollars – ont pu jusqu'à présent jouir de l'indulgence d'Ennahdha, le parti islamiste "modéré" qui domine la coalition gouvernementale actuelle. Ajoutons que les nouveaux dirigeants des institutions n'ont pas la force et la capacité de se soustraire aux injonctions des puissants organismes internationaux qui dictent les règles de l'économie néolibérale, et pas seulement de celle-ci.

L'émotion était forte aujourd'hui sur l'avenue Habib Bourguiba. Crédit image : Malek Khadhraoui | www.nawaat.org

Photo Malek Khadhraoui | www.nawaat.org
 
Par complicité, négligence ou inconsistance, Ennhadha a fini par faciliter l'escalade de la violence politique qui a abouti à l'assassinat de Chokri Belaïd, probablement commis par des assassins professionnels. Belaïd lui-même avait dénoncé cette violence à plusieurs reprises, avait pointé le danger qu'elle représentait pour le sort de la transition. Belaïd, non pas par un don prophétiques mais par clairvoyance politique, avait parfaitement prédit l'envolée spectaculaire du cycle d'attaques préméditées contre des dirigeants et des sièges de l'opposition.



Une étape de cette escalade a été l'assassinat d'un dirigeant local de Nida Tounes à Tataouine le 18 octobre dernier : Lotfi Naqdh a été lynché à mort lynché à coups de barre de fer et de marteau par une des tristement célèbres "Ligues de protection de la révolution", milices armées au service d'Ennahdha (ou d'une de ses factions). En ce qui concerne les étapes les plus récentes, les premiers jours de février on a enregistré six agressions en 48 heures, toutes commises par les mêmes milices, épaulées parfois par des groupes salafistes djihadistes. À ce triste décompte, il faut ajouter les agressions contre les journalistes : pour ne citer que le plus récent, Nabil Hajri, de Zitouna TV, a été grièvement blessé par balle blanche. On peut craindre que ce funeste catalogue ne se conclue pas avec la mort de Belaïd : l'UGTT, la principale centrale syndicale,  a rapporté que depuis deux jours elle reçoit des menaces de mort contre son Secrétaire général Hocine Abassi et son fils.

Le cortége funéraire de la dépuoille de Chokri Belaid a traverser l'avenue Habib Bourguiba sous les acclamations des manifestants avant qu'il soit pris pour cible par la police. Les forces de l'ordre ont tirer des bombes à gaz lacrymogène sur le cortége. Crédit image : Emine Mtiraoui | nawaat.org

Photo Emine Mtiraoui | nawaat.org  
 
La grande et puissante réponse populaire à l'assassinat de Belaïd a rendu possible à l'opposition de gauche de proposer le retrait de ses représentants de la Constituante, d'exiger la démission du gouvernement provisoire dirigé par Hamadi Jebali, et d'appeler à une grève générale pour la journée de funérailles de l'illustre victime, appels repris par le reste de l'opposition et, fait plutôt relevant, par l'UGTT elle-même. Jebali a immédiatement réagi en proposant un gouvernement de technocrates pour mener la période de transition jusqu'aux élections, mais il est loin d'être certain que son parti lui apporte un soutien unanime. Abdelhamid Jelassi, vice-président et porte-parole d'Ennahdha, a déjà déclaré que le parti désapprouve la proposition.



Compte tenu du contexte que nous venons de tracer, toute prévision est risquée, et tout aussi infondés sont aussi bien l'optimisme naïf de certains commentateurs  tunisiens qui crient à la victoire de la rue et du tournant que le pessimisme intéressé des prophètes de malheur occidentaux qui évoquent la guerre civile. La seule chose qui est certaine, c'est que les rues et les places tunisiennes continueront de résonner des slogans des foules de manifestants demandant du travail et du pain, la liberté et la justice sociale, l'égalité et la dignité. Pour les faire taire, il ne servira à rien d'intensifier les tirs de gaz lacrymogènes et de chevrotines.


 PS :  Dimanche 10 février de 10 à 14 h, aura lieu à Rome un sit-in devant l'ambassade de Tunisie (via Asmara 7), pour condamner l'assassinat de Chokri Belaïd et exprimer la solidarité avec sa famille et ses camarades, et avec les manifestants en Tunisie.