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lundi 6 mai 2013

Bilan de la gestion privée de l'eau dans l'agglo de Montpellier

Interview de Thierry Ruf, spécialiste de l'eau, qui démontre le surcoût et le mauvais entretien du réseau par Veolia, opérateur privé de l'eau de l'agglomération de Montpellier depuis 1989. Les élus de l'agglomération choisiront en juillet 2013 soit de rester en délégation de service public au privé, soit de revenir à une régie publique de l'eau (comme l'on fait Grenoble, Paris, Saint-Etienne, etc.).

jeudi 29 octobre 2009

Qu’il y ait des riches, n’est-ce pas un droit des pauvres?



par Santiago Alba Rico Traduit par  Gérard Jugant, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala 

J’ai eu l’occasion d’écrire que dans le monde il existe seulement trois classes de biens: universels, généraux et collectifs.
Les biens universels sont ceux qui nous suffisent pour qu’il y ait un exemplaire ou un exemple pour que nous nous sentions universellement tranquilles. Ce sont les choses qui sont là, et qu’il n’y a pas lieu de prendre avec la main ou posséder de manière individuelle : il y a le soleil et il y a la lune, il y a les étoiles, il y a la mer, il y a un Machupichu et un Everest, il y a un Taj Mahal et une Chapelle Sixtine, un Che Guevara et un Saint François, il y a Garcia Lorca et José Marti et Garcia Marquez et Silvio Rodriguez et Cintio Vitier.
Les biens généraux sont ceux, en revanche, qu’il n’est pas nécessaire de généraliser pour que l’humanité soit complète. Il ne suffit pas qu’il ait du pain dans le palais du prince ou qu’il y ait une maison dans le jardin du comte; ce sont les choses qui doivent être ici, que tous nous devons prendre avec la main ou dont nous devons bénéficier personnellement : nous avons de la nourriture, un logement, de l’eau, des médicaments et si nous ne les avons pas c’est parce que quelque chose ne marche pas bien dans ce monde. Ce n’est pas une injustice qu’il y ait un soleil unique ou un unique Guernica de Picasso, mais s’en est une qu’il n’y a pas suffisamment de pain pour tous.
Enfin, les biens collectifs sont ceux dont nous devons bénéficier des avantages tous à égalité, mais qui ne peuvent se généraliser sans mettre en péril l’existence des biens généraux et des biens universels. Ce sont les biens, en définitive, qu’il est nécessaire de partager. Ce sont, par exemple, les moyens de production, qui ne peuvent se privatiser sans que cela laisse des millions d’êtres humains sans biens généraux (pain, logement, santé). Et il y a aussi certains objets de consommation, dont la généralisation mettrait en péril le bien universel par excellence, source et garantie de tous les autres biens: la Terre même. Nous devons tous avoir du pain et un logement, mais si nous avions tous, par exemple, une automobile, la survie de l’espèce serait impossible. Le moteur à explosion, par conséquent, n’est pas un bien général dont chacun de nous peut avoir un exemplaire, mais un bien collectif dont l’usage doit être partagé et rationalisé.
Tout au long de l’histoire, diverses classes sociales se sont approprié les biens généraux et les biens collectifs, et en cela le capitalisme ne se distingue pas des sociétés antérieures. Plus inquiétant est ce que le capitalisme a fait, ou est en train de faire, avec les biens universels. Je ne me réfère pas seulement à la colonisation de l’espace, à la privatisation des ondes, des graines et des couleurs ou à la disparition d’espèces, de montagnes et de forêts. Je me réfère, surtout, à la dévalorisation mentale dont ont souffert les “universels” sous la corrosion anthropologique du marché. Il est normal de se complaire dans la vision des étoiles; il est normal de se complaire dans le doux balancement de la neige; il est normal de se complaire dans la lecture du Canto General de Neruda. Ou non ?
En 1895, Cecil Rhodes, impérialiste anglais, entrepreneur et fondateur de la compagnie De Beers (propriétaire de 60% des diamants du monde), contemplait enragé les astres de sa fenêtre, “si clairs et si distants”, si loin de cet appétit impérial qui “voulait et ne pouvait se les annexer”.
À une plus petite échelle, un présentateur de la télévision espagnole déplorait en 2005 qu’il ne fallait pas payer pour contempler la neige qui couvrait les champs et les villes d’Espagne, si blanche et si belle, dégradée dans son prestige par le fait de s’offrir de manière indifférenciée au regard de tous à égalité. Et à une plus petite échelle encore, j’ai connu un poète qui ne pouvait lire les vers de Neruda sans être rendu furieux : “J’aurais dû les écrire moi!”. C’est une chose d’enfants de vouloir la lune et de mères corruptrices de la promettre. Le capitalisme est un infantilisme destructeur. Il isole l’acte puéril d’un enfant mal éduqué et le généralise, le normalise, le récompense socialement. Ce qui est là, ce que nous ne pouvons prendre avec les mains, ce qui est pour cela même à tous, nous appauvrit, nous attriste et ne vaut rien.

"Le Père Noël donne plus aux enfants riches qu'aux enfants pauvres"



Que reste t-il des biens universels? Restent les riches. Les riches sont à tous. Ce qui nous plaît le plus dans le capitalisme n’est pas qu’il produise des voitures, des avions, des hôtels et des machines : c’est qu’il produise des riches. Les orgies babylonesques de Berlusconi, les pensions millionnaires des banquiers espagnols au milieu de la crise, le luxe vulgaire des politiciens corrompus de Valence et Madrid, ne sont pas des taches ou des péchés du capitalisme: c’est pure publicité. La liste des hommes les plus riches du monde élaborée par la revue Forbes n’est rien d’autre qu’une barbare ostentation propagandiste qui génère beaucoup plus d’adhésion au système que l’inégal accès aux marchandises bon marché et banales. Il y a quelque chose d’étonnant que les femmes latino-américaines, interrogées sur leur “mari idéal”, se l’imaginent usaméricain, blond, aux yeux clairs, grand, chirurgien ou entrepreneur, et bien sûr, millionnaire. Ou que dans la nouvelle Chine le père auquel rêvent les jeunes mères soit Bill Gates. Ou que dans la liste des dix personnages les plus admirés par les hommes usaméricains il n’y a pas un seul écrivain ou scientifique, presque tous sont des dirigeants ou propriétaires d’entreprises et tous immensément riches. Ou que la revue au plus fort tirage d’Espagne-avec presque 700.000 exemplaires-soit Hola. Ou que les plus fameux feuilletons de la télévision, suivis par des millions de téléspectateurs, consistent en traités d’anthropologie des classes supérieures (ses habitudes, ses problèmes, ses plaisirs).
Si les pauvres ne peuvent partager la richesse, ils peuvent au moins partager leurs riches. S’ils ne peuvent consommer la richesse, ils peuvent consommer les vies des riches. Bill Gates, Carlos Slim, Warren Buffet, Amancio Ortega sont la lune et le Machupichu et le Taj Mahal du capitalisme. Ils sont le soleil et la neige et le Canto General du marché globalisé. Il se peut qu’ils soient les responsables de ce que le monde va mal, mais ils sont aussi les artisans de ce miracle que nous soyons très contents et que tout nous paraisse bien pendant que nous nous effondrons.
Qui veut l’égalité? L’inégalité, n’est-ce pas un droit des pauvres? Qu’il y ait des millionnaires, n’est-ce pas un droit des mileuristas(1) et des chômeurs? Ne devons-nous pas défendre, armes à la main, notre droit à ce que d’autres soient riches? Ne devons-nous pas leur être reconnaissants pour leurs gaspillages? Ne devons-nous pas au moins voter pour eux?
Cela est le modèle que tentent d’imposer les USA et l’Europe au reste du monde. Non le droit qu’il y ait des étoiles et le Machupichu et les chutes d’Iguaçu et la 9e Symphonie de Beethoven mais qu’il y ait des riches; non le droit au pain, à la maison et aux chaussures mais savoir qui sont et comment vivent les millionnaires.
Révolution? Le pain et la lune.
(Sachant que “pain”, dans le dictionnaire socialiste, veut dire aussi lait, vêtements, maison, hôpitaux et transports publics et “lune” veut aussi dire mer, musique, vérités et souveraineté politique).
(1)  En Espagne, les mileuristas sont des jeunes diplômés qui travaillent pour moins de 1000 euros par mois. (NdT)

jeudi 25 juin 2009

L'ARCHE DE NOÉ NOUS SAUVERA TOUS

中文


LA ACTUAL CRISIS FINANCIERA Y ECÓNOMICA MUNDIAL


A LA LUZ DEL BIEN COMÚN DE LA TIERRA Y DE LA HUMANIDAD


Palabras de Miguel d’Escoto Brockmann, Presidente de la Asamblea General


de las Naciones Unidas, al iniciarse la Conferencia de Alto Nivel sobre la Crisis


Financiera y Económica Mundial y Su Impacto Sobre el Desarrollo.


New York 24-26 junio 2009


Webcast: Español



Nube de palabras realizada con http://www.wordle.net


United Nations Conference on the World Financial and Economic Crisis and its Impact on Development


New York 24-26 june 2009


Opening Session Address of


H.E. Miguel D’Escoto Brockmann, President of The United Nations General Assembly


Webcast: English



Tag cloud created with http://www.wordle.net


Conférence des Nations Unies sur la crise financiére


et économique mondiale et son incidence sur le développement

Déclaration de S. E. Miguel D’Escoto Brockmann, Président de l’Assemblée générale des Nations Unies, à l’ouverture de la Conférence de haut niveau sur la crise financière et économique mondiale et son incidence sur le développement

New York, le 24-26 juin 2009



Nuage de mots réalisé avec http://www.wordle.net


Просьба сверять с фактическим поступлениемЗаявление Председателя Генеральной Ассамблеи


Организации Объединенных Наций Его


Превосходительства Мигеля дЭското Брокмана


на открытии Конференции высокого уровня по вопросу


о мировом финансово-экономическом кризисе и его


последствиях для развития


Нью-Йорк, 24 июня 2009 года


联合国大会主席米格尔·德斯科托·布罗克曼阁下在世界金融和经济危


机及其对发展的影响高级别会议开幕式上的发言


2009 年6 月24 日,纽约


URL: http://www.tlaxcala.es/detail_artistes.asp?lg=es&reference=336

jeudi 11 juin 2009

H1N1: pas de panique, ils nous mènent en bateau !

Voici ce que claironnent tous les médias depuis quelques heures
Réuni à Genève jeudi, le comité d'urgence de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclaré l'état de pandémie. Le niveau d'alerte de l'OMS est désormais à six, son maximum, la transmission locale du virus ayant été constatée dans au moins deux grandes régions. Selon le dernier bilan, la grippe A-H1N1 a contaminé 27 737 personnes dans 74 pays et causé la mort de 141 malades.
Et voici ce qu'ils ne vous disent pas
Pour un système de santé publique internationale honnête, transparent et équitable- interview du Dr Siti Fadilah Supari, Ministre indonésienne de la Santé, 62ème Assemblée mondiale de la santé, Genève, 20 mai 2009


ef. En 2007, le Ministère indonésien de la Santé annonçait publiquement qu’il ne fournirait plus au Réseau mondial de l’OMS pour la surveillance de la grippe (GISN) de virus de la grippe aviaire, parce que celui-ci ne prenait pas en compte les intérêts et les besoins des pays en développement. Le Dr Siti Fadilah Supari, Ministre indonésienne de la Santé, avait découvert que l’OMS, relativement à l’échange des virus, suivait ses propres règles et appliquait un double standard, puisque le GISN lui fournit des virus grippaux en provenance des pays atteints et les transmet ensuite à des firmes qui mettent au point des vaccins. Or ces vaccins sont beaucoup trop chers pour que les pays atteints par la grippe puissent les acheter, alors que les pays industrialisés font des réserves en vue d’une éventuelle pandémie. Le Dr Supari a eu le mérite de porter ce problème devant l’opinion publique mondiale dans son livre «It’s time for the world to change »(cf. Horizons et débats n° 16 du 27/04/09).
Cette année, l’Assemblée mondiale de la Santé s’est tenue du 14 au 22 mai à Genève. On devait y poursuivre entre autres les négociations, initiées par l’Indonésie et soutenues par la majorité des Etats membres de l’OMS, relatives à la transparence, l’honnêteté et l’équité dans l’échange des virus et au «benefit sharing» (participation aux bénéfices tirés du virus, par exemple sous forme de vaccins).
Et voici qu’est survenue la grippe porcine. Au motif que les Etats membres avaient besoin de leurs Ministres de la Santé pour préparer des mesures en cas de pandémie, l’Assemblée se sépara avec cinq jours d’avance, si bien que des sujets importants n’ont pu être débattus.
«Horizons et débats» s’est entretenu avec le Dr Siti Supari en marge de la Conférence.


Horizons et débats: Quelles réactions a suscitées votre livre «It’s time for the world to change»? Et qu’est-ce qui s’est fait depuis sa parution?


Dr Supari: Mon livre a retenu l’attention dans le monde entier après la critique qui en a été faite dans un journal australien par un journaliste de Sidney. Il prétendait que j’accusais l’Organisation mondiale de la santé (OMS) de complot et de mettre au point une arme biologique, bien que une telle accusation n’apparaisse nulle part dans mon livre. Cette critique a fait beaucoup parler, directement et indirectement. Certains étaient d’accord, d’autres sceptiques. En outre, beaucoup me condamnèrent docilement sans avoir lu mon livre. A ce moment-là, j’étais très préoccupée que ces accusations ont été lancées contre moi bien qu’elles étaient tout à fait injustifiées au regard du contenu de mon livre.
Mon livre a eu un grand retentissement dans mon pays, après en avoir eu dans le monde entier. J’ai été submergée par les problèmes qu’il a provoqués. Entre autres, l’OMS exigeait qu’il soit retiré de la vente. Mais cela ne s’est pas fait.
En bref, le livre renferme ce que j’ai constaté au cours de ma lutte au sein de l’OMS pour garantir transparence, honnêteté et équité dans les mécanismes régissant l’échange des virus et le «benefit sharing» (voir plus haut). Les mécanismes actuels, en vigueur depuis 60 ans, ne me paraissaient pas transparents.


Quels sont cette année de votre point de vue, celui de l’Indonésie, les sujets les plus importants pour l’Assemblée mondiale de la Santé?


Cette année, le sujet le plus important était les retombées de la crise économique et financière sur la santé publique. Mais de mon point de vue, le plus important était la pandémie de grippe H1N1 partie du Mexique, qui m’a montré clairement que les problèmes auraient pu être évités si l’on avait appliqué trois principes: honnêteté, transparence, équité.
En m’appuyant sur mes observations relatives à la souche mexicaine du virus H1N1, j’ai réussi à cerner quelques questions restées pendantes:
Premièrement: l’OMS a baptisé la pandémie «grippe porcine» puis elle est passée à nouvelle «grippe H1N1». J’ai trouvé cela bizarre et inaccoutumé. Je ne sais pas pourquoi l’OMS a donné ce nom au virus, car ce nom était inaccoutumé pour cette maladie. On aurait dû parler de souche mexicaine du H1N1, comme on l’a fait pour les souches indonésienne et vietnamienne du H5N1, au lieu de parler de «grippe porcine» ou de nouvel H1N1. Mais l’OMS a tout à coup changé ses normes pour le H1N1. Elle a modifié sa nomenclature, sa façon de désigner les virus.


Et il faut soulever cette question?


Oui, parce qu’il est très important d’avoir des droits sur le nom. Si la souche est indonésienne, l’Indonésie a des droits sur le virus. Si quelqu’un veut mettre au point un vaccin contre ce virus, il doit avoir l’accord de l’Indonésie.
Cela m’inquiète énormément, car là nous ne savons pas qui est propriétaire du virus. C’est tout simplement «une nouvelle forme de H1N1.» Jusqu’à présent on parlait toujours de virus H5N1, et on précisait souche H5N1 vietnamienne, ou thaïlandaise. Donc tout cela me semble étrange.


Certains prétendent que la grippe porcine est une grippe tout à fait ordinaire, une nouvelle forme qui vient d’apparaître.


C’est évident. C’est tout simplement une grippe de type A.
Deuxièmement: Que l’OMS ait d’emblée placé l’alarme au niveau 3–4, puis ensuite même à 5, a été un facteur de panique mondiale. Pour fixer le niveau d’alarme d’une pandémie, je pense que l’OMS ne doit pas prendre en compte seulement la contagiosité, mais aussi les indicateurs cliniques de gravité (morbidité/mortalité) et les indicateurs virologiques et des séquences génomiques. S’agit-il d’un virus très ou peu pathogène? Le nouveau virus H1N1 actuel est peu pathogène.
A y regarder de plus près, le taux de mortalité lié au nouveau virus H1N1 est assez faible. Nous avons pour l’instant 8000 cas répartis dans 39 pays. Au total 74 personnes sont mortes, soit moins de 2%. C’est très peu. Beaucoup moins que pour une grippe saisonnière.
De plus, en laboratoire, les analyses virologiques ont montré que le nouvel H1N1 est peu pathogène. Autrement dit pas trop dangereux. On devrait débattre de tout cela à l’Assemblée mondiale de la Santé, dans un but de transparence générale: nous faut-il un consensus relatif à la désignation des virus? Redéfinir les critères fixant l’état d’alarme pandémique? Les conséquences sont très lourdes pour un pays qui a déclenché l’alarme pandémique, ce qui est le cas en ce moment au Mexique. Ce pays se trouve dans une situation très difficile. Mais d’un autre côté beaucoup de firmes font de gros profits, parce que tout le monde a besoin de médicaments, de vaccins, de masques jetables, de vêtements de protection et autres. C’est une affaire juteuse.
Le cas du Mexique est très important pour le combat que je mène – en particulier l’exigence de transparence: transparence dans la définition du virus, dans les critères de fixation du niveau d’alarme pandémique. Je pense que c’est important pour tous les habitants de la planète. La transparence permet d’éviter des peurs inutiles tout en respectant la vigilance nécessaire.
Le deuxième point important (derrière le H1N1) est pour moi d’aboutir à un accord à l’issue des discussions IGM-PIP (Inter Governmental Meeting Pandemic Influenza Preparedness, Rencontres intergouvernementales de préparation à la pandémie de grippe, NdT) initiées par mon pays. Dans cet accord, il est important de disposer d’un mécanisme, honnête, équitable et transparent relatif à l’échange de virus et au benefit sharing (voir plus haut), en particulier en ce qui concerne le H5N1 et autres virus grippaux risquant de déclencher une pandémie humaine.



Le Dr. Supari


Cela avance-t-il, après votre grand succès de 2007?


Dans le cadre des discussions IGM, nous avons atteint environ 85% des objectifs que je m’étais fixés relativement aux mécanismes internes de l’OMS. Mais alors que ce processus était en cours, le H1N1 est arrivé…


Au cours de la séance de ce matin à l’Assemblée, la plupart des orateurs ont évoqué la nécessité de transparence et d’équité «pour tous les pays». C’est un nouveau langage, et je suis convaincue que ce sont les fruits de votre travail. Il était évident que tous les pays voulaient cela.


Oui. Mais jusqu’à aujourd’hui l’OMS n’a pas pris de mesures de santé publique claires et intégrées pour affronter une future pandémie. On devrait disposer de mesures de santé publique cohérentes, par exemple la garantie d’accès, à des prix abordables, aux antiviraux, vaccins et autres moyens de protection nécessaires, tels que les masques etc.
Dès que l’alarme pandémique dépasse le niveau 4, l’OMS ne fait pas preuve d’un grand zèle pour recommander systématiquement et rapidement aux pays producteurs de génériques d’augmenter leurs capacités de production.


Quels sont les pays qui apportent leur soutien à l’Indonésie?


La majorité des Etats membres participant à l’IGM-PIP sont derrière l’Indonésie, comme il s’est avéré en décembre 2008, puis les 14 et 15 mai durant la 62e Assemblée mondiale de la Santé. Les plus favorables sont les membres de la SEARO (Organisation régionale d’Asie du Sud-Est) et de l’ASEAN (Association des pays d’Asie du Sud-Est), ainsi que la plupart des pays non-alignés. C’est à dire la majorité des Etats membres.


Selon la Charte de l’OMS «toute inégalité entre les pays dans les efforts pour améliorer l’état sanitaire et combattre les maladies, en particulier contagieuses, constitue un danger pour tout le monde». Et dans l’article 1 il est dit que «[…] l’objectif de l’Organisation mondiale de la santé […] est de permettre à tous les peuples d’accéder au meilleur état sanitaire possible.»
Que faudrait-il faire pour que ces principes deviennent réalité? Quels sont les présupposés requis?


A mon avis, que tous les membres de L’OMS, en particulier les pays développés, aient véritablement la volonté de s’engager pour créer un système équitable, transparent et égalitaire. Ces principes font certes partie des règles de l’OMS, mais ils ne sont pas mis en pratique.


Que peuvent faire les Occidentaux de bonne volonté pour soutenir vos efforts?


Appeler leurs gouvernements à soutenir ceux qui œuvrent à la conclusion du SMTA (Accord sur les standards de transfert de matériel, qui réglemente le transfert de matériel biologique) et à l’établissement d’un système équitable, transparent et honnête d’échange des virus, garantissant le «benefit sharing» au pays d’origine du virus – ceci est très important pour le Mexique – ainsi que la traçabilité des utilisations du virus et l’instauration de mécanismes de contrôle tels que forums, médias, pétitions.


Quand l’Indonésie a cessé d’envoyer ses virus à l’OMS, il a été dit, entre autres, qu’il n’y avait pas de souveraineté sur les virus, que ceux-ci ne s’arrêtent pas aux frontières.


Quand j’envoie la souche sans savoir où elle va atterrir, c’est plus dangereux que le virus lui-même. Dans mon pays on conserve la souche dans un endroit sûr, très sûr. L’Indonésie est un grand pays, avec de nombreux scientifiques qui conservent le virus. Mais si j’expédie cette souche sans savoir où elle va atterrir, c’est extrêmement dangereux. Nous conservons la souche chez nous parce qu’il peut se passer beaucoup de choses. Et mon combat dure maintenant depuis trois ans, comme vous le savez. A l’heure actuelle, la souche indonésienne du H5N1 se trouve dans mon pays, et nulle part ailleurs. Et nous avons désormais extrêmement peu de cas. Et nous sommes tout aussi capables que d’autres pays d’effectuer des recherches sur ce virus. Et jusqu’à présent nous n’avons pas constaté de mutation de la souche indonésienne du H5N1.


Pourquoi les USA voudraient-ils tant avoir votre virus?


Je ne le sais pas au juste. S’ils veulent notre souche, ils peuvent nous contacter, face à face – transparence. Qu’ils s’adressent à mon pays, nous discuterons, nous leur demanderons: Pourquoi avez-vous besoin de ce virus, que voulez-vous en faire? Cela sera-t-il profitable à mon pays et à mon peuple? Nous serons au même niveau – égalité.
En réalité c’est pour les gens du monde entier que nous voulons changer les mécanismes, pas seulement pour le peuple indonésien, pas pour moi, pas seulement pour les pays en développement, mais pour tous les êtres humains. Et cela grâce à la transparence, l’honnêteté et l’équité. C’est le seul moyen d’œuvrer à la paix dans le monde et au bien-être général.


Merci beaucoup, Dr Supari, pour cette interview.

La prise de conscience des pays asiatiques

thk. Ce que Kishore Mahbubani expose de façon convaincante dans son livre «Le retour de l’Asie», l’impressionnante Ministre indonésienne de la Santé, le Dr Siti Fadilah Supari, ne fait que le confirmer. Les pays en développement, en ce cas asiatiques, en ont assez d’être tenus en lisières par les nations industrialisées, qui leur prescrivent dans toutes les instances internationales ce qu’ils doivent faire.
Grâce à son intrépide engagement Madame Supari a imposé à l’OMS de nouveaux critères pour tous les peuples de la terre. Elle a exigé que tous les Etats soient traités de la même façon en matière de maladies, agents pathogènes et vaccins. C’est à dire qu’on pratique l’égalité entre Etats. Il est inadmissible qu’un Etat où est apparu un nouveau virus soit tenu d’en fournir la souche à une nation industrialisée pour permettre à celle-ci de mettre au point des vaccins qu’elle vendra ensuite à des prix démentiels à l’Etat en question, alors que celui-ci serait depuis longtemps à même de fabriquer ce vaccin chez lui. C’est à juste titre que les autres pays veulent se libérer du joug de l’Occident et être maîtres chez eux.



Source : Current Concerns - Fairness, Transparency and Equity in International Public Health et Horizons et débats N°22, 8 juin 2009

Article original publié le 10.6.2009

Traduit par Michèle Mialane et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

Fairness, Transparency and Equity in International Public Health-Interview with Indonesian Health Minister Dr. Siti Fadilah Supari at the 62nd World Health Assembly

Für Fairness, Transparenz und Gleichbehandlung im internationalen Gesundheitswesen-Im Gespräch mit der indonesischen Gesundheitsministerin, Dr. Siti Fadilah Supari

Justicia, transparencia y equidad en la Salud Pública Internacional - Entrevista con la Dra. Siti Fadilah Supari, ministra indonesia de la Sanidad, en la 62ª Asamblea Mundial de la Salud


vendredi 17 avril 2009

Appel à souscription pour le DVD : Effet papillon (26 mn)


Un projet de documentaire de Cécile Couraud

« Qu’importe si le chemin est long du moment qu’au bout il y a un puits
Proverbe du Sahara

Qui suis-je ?
Une jeune réalisatrice indépendante. Pour ceux d’entre vous qui ont vu Déchets à ménager (52 mn, Janvier 2007 – Prix du public, Festival Les Escales Documentaires, La Rochelle), vous connaissez mes positions en matière d’écologie … Pour ceux qui n’ont pas vu Déchets à ménager, il ne vous reste plus qu’à tenter l’aventure !
Pour ce nouveau projet, j’ai obtenu le soutien de partenaires : engagement créatif, prêt de matériel et de locaux ... Mais le soutien purement financier, comme souvent, fait défaut. Or celui-ci est indispensable pour l’obtention d’aides publiques, telle que la subvention proposée par le dispositif « Envie d’agir - Défi Jeune » (Direction Départementale de la Jeunesse, des Sports - Haut Commissaire à la jeunesse).

Le film – Extrait du synopsis :
« […] Dans ce film, la caméra racontera l’histoire d’une tribu de nomades sahraouis en quête d’eau, un liquide retenu par les puissantes dents du barrage El Mansour Eddahbi près de Ouarzazate, la porte du Grand Sud marocain. […]
Ce récit n’est pas seulement une histoire d’eau ; dans ce conte, des humains cherchent à préserver leurs racines, leur identité. L’eau et les racines. Tandis que la France fait face au « déracinement » de certaines populations -des « expatriés marocains » notamment- il semble aujourd’hui essentiel de penser cette question en amont et de remonter à la source : pour grandir, les racines ont besoin d’eau. […] »

La souscription – Prix de soutien : 15 €
Le tournage commencera en mai, dans le désert, près de M’hamid, au sud du Maroc, pour se terminer fin octobre (l’été étant trop chaud pour caméras et humains!).

Une souscription vous permettra de réserver votre DVD que vous recevrez en décembre 2009 :

O Souscription à 15 € l’unité - avant le 6 avril 2009 (date limite pour la subvention!)
O Souscription à 20 € l’unité - après le 6 avril 2009
O Tout complément financier sera le bienvenu !

Pour souscrire à ce DVD, merci de remplir ce bulletin (ou de le copier sur papier libre) :
Nom / Prénom : ..............................................................................................................................
Adresse :.......................................................................................................................................
Courriel : .......................................................................................................................................

o Je souscris au DVD Effet papillon en remplissant ce bulletin (ou en le copiant sur papier libre)et j'y joins un chèque de ………… € à l'ordre de Cécile Couraud
o Je souhaite recevoir un reçu du montant de ma souscription : (à cocher éventuellement)

Date et signature :

A renvoyer à Cécile COURAUD – 24 rue de la République - 89150 SAINT-VALERIEN
Contact :
cecile.realisations@yahoo.fr

jeudi 30 octobre 2008

Le Nestlégate helvético-brésilien

Nestlé, Securitas & ATTAC : un polar de l'ère de la mondialisation
«Le politique devrait réprimander Nestlé!»-Interview de Franklin Frederick sur le Nestlégate en Suisse
par Isabelle Stucki

INTERVIEW - Engagé contre la privatisation de l'eau, le Brésilien Franklin Frederick est scandalisé par le «Nestlégate» et par le peu de réactions que l'affaire suscite dans la sphère politique.

Il est indigné, Franklin Frederick, lui qui se bat contre Nestlé pour sauver le parc d'eau de São Lourenço, au Brésil. Voici trois mois, l'émission Temps Présent révélait que Nestlé avait mandaté l'entreprise Securitas pour infiltrer le groupe Attac-Vaud. En possession du rapport, Franklin Frederick constate que l'opération le touche de près. Et qu'elle est remontée jusque dans son pays. Pour le militant, ce n'est pas le pire: la faible levée de boucliers face à cette affaire «gravissime» le choque. Entretien.


Franklin Frederick. Photo Olivier Fatton, Le Courrier


Qu'est-ce qui vous frappe dans ce rapport?

Franklin Frederick: Sa réalisation est très professionnelle. Sa première page s'ouvre sur le 2 septembre 2003. Il est question de l'organisation du Forum social suisse qui a eu lieu à Fribourg en septembre 2003 et auquel j'allais être invité pour parler du cas de Nestlé au Brésil. La dernière page du rapport est datée du 16 mai 2004. L'opération d'espionnage ayant duré plus d'une année, ce rapport est incomplet. Et comme nous n'avons pas reçu une réponse positive à la demande de notre avocat d'obtenir tous les documents, ce que nous avons entre les mains n'est que la pointe visible de l'iceberg.

Etiez-vous spécialement visé?

En tant que défenseur de l'eau au Brésil, j'étais une cible de cette opération, autant qu'Attac ou que les Colombiens, mentionnés dans le rapport. La quantité et le détail des informations sur ce qui se passe au Brésil et sur ma personne s'accroissent au fur et à mesure du document. Même mon entrée en Suisse, qui s'est faite par Neuchâtel – où les militants d'Attac ont défendu la source de Bevaix contre Nestlé–, est citée. L'agente de Securitas avait des contacts réguliers avec Nestlé. Peu à peu, son travail s'est focalisé sur le forum Nestlé que Attac, la Déclaration de Berne, Greenpeace et moi-même avons organisé en juin 2004 à Vevey.
Pour la première fois, des gens de multiples provenances se sont retrouvés pour mettre leurs savoirs en commun et parler des lieux où Nestlé pose des problèmes. Nous avons réalisé que ces cas ne sont pas uniques: Nestlé a un modèle, toutes ces situations sont similaires et appartiennent à la politique globale de Nestlé, décidée en Suisse.

Quel était l'intérêt pour Nestlé de vous espionner?

Pourquoi est-ce que Nestlé a décidé d'espionner Attac-Vaud? Certes, il y a le livre très important que le groupe écrivait sur Nestlé. Mais une des grandes motivations de la multinationale était d'obtenir, par le biais d'Attac, des renseignements sur ce que les groupes de résistance font au Brésil et en Colombie. Dans ces pays, les informations fournies par le rapport, dont mon e-mail, peuvent avoir une utilité concrète. Nestlé était en mesure de coordonner ses activités, de devancer nos stratégies et d'adapter les siennes. Si Nestlé connaît mes contacts, je ne sais pas quel genre de pressions, notamment auprès des politiciens, peuvent être exercées au Brésil: ce pays a une tradition démocratique plus faible que celle de la Suisse.



Le Parc des Eaux de São Lourenço


Vous dites que les faits de 2004 viennent de s'éclairer...

Au début de 2004, j'annonçais à Attac et à l'espionne inclue dans notre liste d'adresses que je viendrais en Suisse pour le Public Eye et l'Open Forum, événements organisés en parallèle au Forum économique mondial de Davos. J'ai sollicité, en vain, un entretien avec Nestlé. Mais à l'Open Forum, j'ai pu m'adresser à Peter Brabeck (ancien directeur général de Nestlé, ndlr). Comme il avait été renseigné, il savait que je serais là. Il était préparé. Il a alors annoncé cette nouvelle inattendue: l'usine de São Lourenço, située dans le parc d'eau que je défends, serait fermée et le pompage cesserait. En même temps, avec une parfaite synchronisation qui n'aurait pas pu avoir lieu sans les informations de l'espionne, Nestlé établissait des contacts avec le gouvernement de l'Etat de Minas Gerais, où se trouve São Lourenço. Nestlé a conclu un «gentlemen's agreement» pour y rester. Le jour où la presse suisse racontait notre «victoire», l'Etat du Minas Gerais annonçait un accord avec Nestlé: la multinationale s'était racheté le droit de rester...

Pourquoi le groupe Nestlé userait-il d'une telle stratégie?

La presse suisse avait passablement médiatisé le cas du Brésil. La multinationale déteste cette visibilité que lui confèrent les médias quand ils la critiquent. Nestlé subissait une sorte de pression de la part des églises nous soutenant et de la presse. Annoncer que le cas était résolu ferait taire tout le monde.



Fontaine dans le Parc des Eaux. Photo Gil


Le soutien de certaines églises dérange-t-il Nestlé?

Oui. Quand les critiques proviennent d'ONG cataloguées à gauche, Nestlé est habituée à riposter. Mais les remarques des églises ont un poids différent. Nestlé ne peut y répliquer de la même façon. Les diverses églises de Suisse qui épaulent notre lutte contre la privatisation de l'eau, dont l'Eglise réformée de Berne ont émis des critiques. A mesure que ces remarques se multipliaient, je devenais une cible plus importante pour Nestlé.

Comment percevez-vous les réactions suscitées par l'affaire?
Le manque de réactions fortes face à ce scandale est un scandale en soi! Un débat public devrait absolument avoir lieu. Que font les politiciens? Une réponse très sévère à l'attitude de Nestlé est nécessaire. Ce genre de pratiques est à bannir définitivement: quand cela commence, on se retrouve dans une zone trouble et dangereuse.

Craignez-vous votre retour au Brésil?
La lecture des rapports et le fait que la multinationale se donne le droit de poursuivre de telles opérations si elle se sent menacée m'inquiètent. Jusqu'à quel niveau suis-je surveillé dans mon pays? Je ne me sens pas en sécurité. Une limite a été franchie. C'est très grave: en Amérique latine, nous savons où ce type d'espionnage conduit! En l'occurrence, il me semble qu'un citoyen suisse ne peut être menacé physiquement. Mais il n'en va pas de même en Colombie et au Brésil.


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