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lundi 5 octobre 2009

“ Chez moi, il n’y a de place ni pour un peuple élu, ni pour une ’Terre Promise’”

Marek Edelman, le Dernier des Mohicans – La preuve qu’on peut être ‘juif polonais’ sans être sioniste
par Fausto Giudice, 5/10/2009

Español: Marek Edelman, el último de los mohicanos: la prueba viviente de que es posible ser “judío polaco” sin ser sionista

Português: A morte de um resistente - Marek Edelman, o último dos moicanos

My nie chcemy ratować życia. Żaden z nas żywy z tego nie wyjdzie. My chcemy ratować ludzką godność (Nous ne voulons pas sauver notre vie. Personne ne sortira vivant d’ici. Nous voulons sauver la dignité humaine)

Arie Wilner (alias Jurek) soldat de la ŻOB (Organisation juive de combat), Varsovie, avril 1943

Marek Edelman est mort le 2 octobre 2009. Il était le dernier combattant de l’insurrection du Ghetto de Varsovie de 1943 encore vivant et sans doute le personnage le plus attachant de sa génération.
Marek Edelman était né en 1919 à Gomel, en Biélorussie. Sa famille s’était installée à Varsovie dans les années 1920, après avoir fui l’Union soviétique, où douze de ses oncles avaient été liquidés par les Bolcheviks, pour cause d’opposition socialiste. Son père Natan Feliks, mort en 1924, était proche des troudoviki, ces militants du Parti du travail qui devaient rejoindre le Parti socialiste-révolutionnaire russe après 1917, et sa mère Cecylia Percowska, était une militante du Bund (Algemeyner Yidisher Arbeter Bund in Lite, Poyln un Rusland), l’Union générale des travailleurs juifs, qui était à la fois un parti et un syndicat, socialiste, laïc et opposé à la fois au sionisme (Lénine qualifia les bundistes de « sionistes qui ont le mal de mer ») et aux bolcheviks.


Marek Edelman en 2006. Photo Sławomir Kamiński/Agencja Gazeta

Il adhère d’abord au Socjalistiszer Kinder-Farband, l’Union des enfants du Bund, avant de rejoindre Tsukunft (Avenir), l’Union des jeunesses bundistes en 1939. Sa mère étant morte en 1934, il a commencé à travailler pour gagner sa vie dès l’âge de 15 ans.

En juillet 1942, dans la Pologne occupée, Edelman participe à la création de l’Organisation juive de combat (Żydowska Organizacja Bojowa), qui regroupe des militants de partis et de groupes juifs de gauche, dont les socialistes sionistes de Hashomer Hatzaïr. L’Union militaire juive (Żydowski Związek Wojskowy) créée en 1939, après l’occupation de la Pologne, par des officiers juifs de l’armée polonaise proches du Betar, l’organisation des sionistes de droite de l’aile révisionniste de Jabotinsky, refuse de rejoindre l’OJC, mais ses combattants se retrouveront aux côtés de ceux de l’OJC pour déclencher l’insurrection de Ghetto de Varsovie le 19 avril 1943.
Marek Edelman, qui dirigeait le groupe de combat de l’usine de brosses, prend le commandement des combattants au lendemain du suicide, le 8 mai 1943, du commandant Mordechai Anielewicz, encerclé par les SS dans le bunker de l’OJC au 18 de la rue Mila, suicide célébré avec enthousiasme en Israël, où on le considère come le Massada du XXème siècle, mais critiqué par Edelman comme un « geste d’hystérie collective ».
Quelques jours avant la chute finale du Ghetto, le 16 mai 1943, Edelman réussit à fuir le ghetto avec une quinzaine de survivants des combats féroces mettant aux prises quelques centaines (entre 800 et 1000) de jeunes mal armés (un fusil pour 10 combattants, arme principale : des cocktails Molotov) à 6000 SS et soldats allemands et ukrainiens surarmés, « travaillant » au lance-flammes pour liquider l’insurrection.
En 1944, Edelman participe à la tête d’un détachement de l’Organisation juive de combat à l’insurrection de Varsovie dirigée par l’Armée populaire (Armia Ludowa), prenant part aux combats pour la libération de la Vieille Ville.

Après la guerre, il engage des études de médecine à Łódź, où exercera comme cardiologue de 1951 à 2008. Dans la Pologne devenue communiste, le Bund avait refusé de s’intégrer au Parti communiste polonais et s’était autodissous « volontairement » en 1949.

Alors que la plupart des juifs survivants à l’occupation de la Pologne choisissent d’émigrer par vagues successives – après les pogroms de 1946 ou après la campagne antisémite lancée par le régime face a mouvement étudiant de mars 1968 -, Marek Edelman refusera toujours de quitter la Pologne et ne se rendra en Israël que de rares fois, pour des visites familiales. Il sera d’ailleurs toujours « mal vu » en Israël, étant considéré comme un « mauvais juif », les sionistes préférant honorer la mémoire de Mordechai Anielewicz, qui avait été un militant de Hachomer Hatzaïr, le groupe socialiste sioniste issu du scoutisme juif et qui fournira nombre de combattants au groupe Palmach, l’unité d’élite de la Haganah, l’organisation clandestine sioniste à l’origine de la fondation de l’armée israélienne.

En 1976, Edelman, qui a toujours refusé à la fois d’émigrer en Israël ("Chez moi, il n’y a de place ni pour un peuple élu, ni pour une ’Terre Promise’", a-t-il un jour déclaré) et d’adhérer au Parti communiste, rejoint le Comité de défense des ouvriers (KOR), qui sera à l’origine de la naissance du syndicat Solidarnosc, auquel il adhèrera, ce qui lui vaudra d’être interné pendant 5 jours lors de la proclamation de l’état d’urgence par le général Jaruzelsky en décembre 1981. Il participera activement au processus qui a conduit à la fin du régime communiste en Pologne, et rejoindra en 1991 l’Union pour la liberté, un des avatars de Solidarnosc, aux côtés de Tadeusz Mazowiecki et de l’historien Bronislaw Geremek.

Honoré tardivement – il reçoit l’Ordre de l’Aigle blanc polonais en 1998 et la Légion d’Honneur française des mains de Bernard Kouchner en 2008 -, Marek Edelman était un homme avare de discours et de gesticulations. Se considérant comme le « gardien des tombes juives » de la Pologne martyre, il avait pris l’habitude de venir se recueillir à titre privé devant le Monument aux Héros du ghetto chaque 19 avril, y déposant un bouquet de jonquilles, après une marche à travers les rues de l’ancien ghetto. Répondant en 2008 à une journaliste israélienne qui lui demandait s’il ne craignait pas que sa mort sans doute prochaine "ne fasse tomber dans l’oubli l’insurrection du ghetto de Varsovie", il déclarait : "Non, cet événement a laissé trop de traces dans l’histoire, la littérature, et l’art. C’est en Israël qu’on risque d’effacer notre souvenir."

Marek Edelman était le Dernier des Mohicans, la preuve vivante et trop rare qu’on pouvait être Juif polonais (ou Polonais juif) sans être pour autant sioniste.


Voici la lettre qu’il adressa "à tous les chefs d’organisations palestiniennes militaires, paramilitaires ou de guérilla, à tous les soldats de groupes militants palestiniens » le 1er août 2002, lettre qui lui attira de féroces critiques de la part des sionistes, qui lui reprochèrent d’avoir qualifié les « terroristes » palestiniens de « partisans » :

« Je m’appelle Marek Edelman. Je suis l’ancien commandant adjoint de l’Organisation militaire juive en Pologne, l’un des chefs de l’insurrection du ghetto de Varsovie. Dans l’année mémorable de cette insurrection, en 1943, nous luttions pour la survie de la communauté juive à Varsovie. Nous nous battions pour notre vie, pas pour un territoire, ni pour une identité nationale. Nous nous battions avec une détermination désespérée, mais nos armes n’étaient jamais dirigées contre des populations civiles sans défense, nous n’avons jamais tué des femmes et des enfants. Dans un monde dépouillé de principes et de valeurs, malgré le danger constant de la mort, nous sommes justement restés fidèles à ces principes et valeurs.

Nous étions isolés dans notre combat et, néanmoins, l’armée puissante à laquelle nous faisions face n’a pas réussi à détruire les garçons et filles à peine armés que nous étions. Notre lutte à Varsovie a duré plusieurs semaines, puis nous nous sommes battus dans la clandestinité et pendant l’insurrection de Varsovie, en 1944.

Cependant, nulle part au monde, un groupe de partisans ne peut remporter une victoire définitive, nulle part une guérilla ne peut être défaite par des armées, aussi bien équipées soient-elles. Votre guerre ne peut non plus apporter une solution. Le sang sera versé pour rien, et des vies seront perdues des deux côtés.

Nous n’avons jamais manqué d’égards pour la vie. Nous n’avons jamais envoyé nos soldats à une mort certaine. La vie est éternelle. Nul n’a le droit de l’ôter à la légère. Il est grand temps pour tout le monde de comprendre précisément cela.

Regardez autour de vous. Regardez l’Irlande. Après cinquante ans d’une guerre sanglante, la paix est arrivée. D’anciens ennemis mortels se sont assis à la même table. Regardez la Pologne, Walesa et Kuron. Sans coup férir, le système criminel communiste a été défait. A la fois vous et l’Etat d’Israël devez changer radicalement d’attitude. Vous devez vouloir la paix pour sauver des centaines et peut-être des milliers de gens, pour créer un meilleur avenir pour ceux que vous aimez, pour vos enfants. Je sais de ma propre expérience que l’actuel déroulement des événements dépend de vous, les chefs militaires. L’influence des acteurs politiques et civils est beaucoup plus petite. Certains d’entre vous ont étudié à l’université de ma ville, Lodz, et certains d’entre vous me connaissent. Vous êtes assez sages et intelligents pour comprendre que, sans paix, il n’y aura pas d’avenir pour la Palestine, et que la paix ne peut être obtenue qu’au prix de concessions des deux côtés.

Je demande aussi à [l’ex-] président Bill Clinton, à [l’ancien] ministre Bernard Kouchner et au [député] Daniel Cohn-Bendit de soutenir mon appel. Je voudrais vous rappeler notre position commune au sujet de la guerre en Yougoslavie. Peut-être cette guerre, la guerre qui ne peut être gagnée, peut-elle être stoppée et remplacée par des pourparlers qui mènent à un accord.

Peut-être devrions-nous chercher un médiateur, qui n’a pas besoin d’être un politique, mais plutôt une personnalité d’autorité morale irréfragable, quelqu’un qui place la vie dans la dignité et la paix pour tout le monde au-dessus de tout objectif politique. »

lundi 25 août 2008

Ils jouent avec le feu ou quand l’histoire bégaie

par Hergen MATUSSIK, 17 Août 2008, traduit par Michèle Mialane, tous deux de Tlaxcala
Originalfassung Wiederholungen und Propaganda: Das Spiel mit dem Feuer


La conjoncture politico-militaire actuelle ressemble à un effort considérable de ses acteurs , en particulier du « monde occidental » pour reconstituer le scénario qui a précédé la Deuxième guerre mondiale. C’est ainsi que Zbig Brzezinski, l’un des manitous de la politique étrangère usaméricaine, compare les évènements en Géorgie à l’invasion de la Tchécoslovaquie par Hitler et aux manœuvres de Staline en Finlande (huffingtonpost.com ; welt.de). Il confirme ainsi que les voyous préférés de l’histoire récente sont au rendez-vous pour fournir les bonnes comparaisons au bon moment.

La Russie met fin à l’agression de la Géorgie - soutenue par l’ Occident , USA en tête- contre l’Ossétie du Sud en mettant en fuite sans grand remue-ménage les troupes géorgiennes et toute la presse occidentale « reconnue » - c’est à dire le Ministère de la Propagande du « monde libre » - en fait un « agresseur » désireux de s’annexer la « pauvre petite Géorgie ».

Les faits laissent nos journalistes complètement froids - le tir de roquettes sur Tshkinvali au cours de la nuit d’ouverture des Jeux Olympiques, et les 2000 morts -à ce jour- qui en sont la conséquence directe- les « conseillers militaires » usaméricains présents en Géorgie depuis un bon moment, la fourniture massive d’armement israélien et usaméricain à ce pays, ainsi que les intérêts économiques en jeu - quel idiot pourrait encore croire qu’il s’agit de liberté et d’autodétermination de peuples dont le consommateur moyen de médias est à peine en état d’énoncer le nom et moins encore de les localiser ? mais les USA continuent à dévider leur discours va-t’en guerre ( Cheney : « ...must not go unanswered » ; Rice : »This is not Prague in 1968 ») et trouvent un soutien chez le autres gouvernements des pays membres de l’OTAN, qui révèle de plus en plus son vrai visage : celui d’une alliance impérialiste offensive visant à l’hégémonie mondiale. Fidèle à son attitude dans le conflit israélo-palestinien et à son soutien inconditionnel à Israël, l’Europe reprend largement le bla-bla-bla usaméricain, avec juste un petit bémol dans le meilleur des cas - peut-être seulement parce qu’ils seraient les premières victimes (collatérales) d’une opération militaire et que quelques Européens encore en vie en ont fait l’expérience personnelle.

- La lie de l'humanité, je présume ?
- L'assassin sanguinaire de travailleurs, je suppose ?
Caricature de David Low dans l'Evening Standard de Londres après l'attaque allemande sur la Pologne et l'entrée simultanée de l'Armée rouge le 17 septembre 1939, en application du pacte Hitler-Staline

Quasiment en réponse à l’issue humiliante de l’attaque criminelle contre l’Ossétie du Sud la Pologne et les USA mettent à exécution leur vieux projet de positionnement d’antimissiles (« défensifs ») à la frontière russo-polonaise. Un processus que certains commentateurs ont comparé à au pacte d’assistance entre l’Angleterre et la Pologne avant la Deuxième guerre mondiale (6 avril 1939). On peut effectivement constater une certain parallélisme entre les deux - on pourrait en établir aussi entre leurs conséquences, possibles dans le second cas. L’Angleterre a perdu son empire mondial dans l’affaire (du point de vue des élites qui détenaient cet empire, il est possible de considérer qu’elle ne l’a pas perdu , mais qu’il a été transformé et modernisé). Il est possible que les efforts évidents des USA et de leurs alliés pour se mettre sur le dos, en plus des foyers de crise et de guerre actuels - Afghanistan et Irak - l’Iran et à sa suite tout le Proche-Orient, ainsi que des fronts de plus en plus militarisés en Europe centrale entraînent les mêmes conséquences : un conflit devenu incontrôlable et la fin du « siècle américain » avant même son début.

S’y ajoutent le conflit kossovar, qui n’est résolu qu’en apparence, et au prix d’une humiliation infligée à la Serbie, alliée traditionnelle de la Russie dans les Balkans, la poudrière nucléaire du Pakistan, la peur soigneusement attisée du fondamentalisme islamique, l’« option » de la frappe nucléaire et de la guerre contre l’Iran et pour finir l’endettement gigantesque de « l’unique superpuissance » , qui peut entraîner son insolvabilité (autrement dit : sa faillite), joint à l’état général inquiétant du système financier international. Dans ce contexte, la perspective d’un conflit mondial est loin d’être impensable . Et à coup sûr un tel conflit « redistribuerait les cartes » ( et s’accompagnerait sans doute d’une énorme chute de la population mondiale)

Comme c’était déjà le cas en 1939, il est bien difficile d’arrêter les élites quand elles ont commencé à jouer avec le feu (en 1939 il a été impossible d’empêcher la catastrophe.) La dissolution de l’OTAN, à qui la fin de l’union Soviétique a fait perdre toute raison d’être, constituerait un pas dans la bonne direction. C’est à cela que les peuples européens devraient pousser leurs gouvernements.


Et ce droit à l’autodétermination des peuples, dont on nous rebat les oreilles, serait pour une fois respecté !