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mercredi 13 avril 2016

534 militants politiques assassinés en Colombie en cinq ans

Un nouveau rapport publié le 12 avril par l'organisation britannique Justice for Colombia indique pour la première fois le chiffre alarmant de 534 militants politiques tués en Colombie entre 2011 et 2015. Le rapport décrit le meurtre de plus de 90 militants par an, une moyenne de deux par semaine pour les cinq dernières années.
Le rapport Silenciados: el asesinato de los activistas políticos en Colombia (Réduits au silence : l'assassinat des militants politiques en Colombie) a été lancé au Parlement britannique à Londres lors d'un événement organisé par plusieurs députés du groupe parlementaire des Amis de la Colombie.

Les meurtres ont eu lieu dans 26 des 32 départements. Celui d'Antioquia (chef-lieu : Medellin) a été le plus violent dans le pays avec 94 meurtres au cours de ces cinq années, suivi par le Cauca avec 59 cas.
Le rapport de Justice for Colombia rassemble pour la première fois des informations provenant de cinq organisations colombiennes qui ont répertorié la violence contre des militants. Ces organisations sont la CINEP, la CUT, l'ENS, Marcha Patriotica et Somos Defensores.
Mariela Kohon, Directrice de Justice for Colombia a déclaré:
«Il est inacceptable que les militants continuent d'être assassinés en Colombie, en particulier par des groupes paramilitaires. Les chiffres figurant dans ce rapport sont épouvantables, et le fait particulièrement préoccupant est que plus de 300 militants aient été tués depuis le début du processus de paix en 2012. Il est d'une immense importance pour l'avenir de la paix en Colombie que le gouvernement prenne les mesures nécessaires contre les paramilitaires et protège les militants politiques".
Le rapport montre que toutes sortes de militants ont été persécutés en Colombie : la liste des victimes comprend des activistes communautaires, paysans, indigènes, syndicaux, écologistes, membres du mouvement LGBT, outre des militants pour la restitution des terres et les droits des victimes.

Pour plus d'informations contactez SVP Hasan Dodwell, Justice for Colombia à hasan[at] justiceforcolombia.org
Capture 26 de 32 departementos



dimanche 13 mars 2016

Le curé aux deux bibles, l'âme damnée des Douze Salopards de Yarumal
Une histoire vraie colombienne

Yarumal, une municipalité des montagnes du nord du département d'Antioquia –capitale, Medellin -: c'est ici que, dans les années 1990, a sévi la bande des "Douze Apôtres" – il faudrait plutôt dire les "Douze salopards" –assassinant au moins 300 personnes dans le cadre d'une campagne de "nettoyage social". Au centre de cette bande, Santiago Uribe, un des frères d'Alvaro Uribe, qui allait être président de Colombie de 2002 à 2010 et est aujourd'hui sénateur. Une première enquête, ouverte en 1997, avait été close en 1999, pour "absence de preuves". Mais 15 ans plus tard, de nouvelles langues ont commencé à se délier. Un ancien maire a parlé. Un procureur a ouvert une enquête. Sept des 12 témoins à charge ont été assassinés. Et enfin, fin février Santiago Uribe a été arrêté et inculpé pour homicide aggravé et association de malfaiteurs. L'étau se resserre donc autour d'Alvaro Uribe, qui tonne et menace nommément les trois magistrats responsables de l'enquête sur les "Douze Apôtres": Eduardo Montealegre, Jorge Perdomo, et Carlos Iván Mejía. Des menaces à prendre au sérieux. En Colombie, les magistrats honnêtes risquent autant leur vie que les journalistes refusant de se laisser corrompre. Gonzalo Guillén, un journaliste d'investigation qui dut s'exiler sous la présidence d'Uribe pour échapper aux menaces de mort en rafales, nous raconte l'histoire de l'un des "Douze Apôtres", le curé Palacio Palacio-FG
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_13002.jpg

Il allait sur ses 60 ans quand il est arrivé dans la ville en  autobus, avec une valise de cuir qu'il a traîné jusqu'à la résidence paroissiale où il allait vivre. À  première vue il n'avait pas l'air d'un curé quelconque car, entre autres particularités, il avait deux bibles.
Vêtu de sa soutane noire, boutonnée de haut en bas et décolorée par l'usage et les ans, Gonzalo Javier Palacio Palacio venait servir d'assistant au prêtre principal de l'église de Las Mercedes la ville de Yarumal, dans le département colombien d'Antioquia. Le nouveau prêtre se rendit rapidement célèbre, car il enquêtait jusqu'au moindre détail sur chacun des péchés des paroissiens qui venaient lui demander le pardon dans le secret  de la confession.

"Une autre chose que je me rappelle de lui, c'est qu'il avait deux bibles: l'une, ordinaire, pour les messes et l'autre, qu'il emportait partout, dans laquelle il avait aménagé un trou entre les pages pour cacher un revolver Smith & Wesson, calibre 32 , à six coups, à  crosse noire », dit un vieux paysan qui venait souvent chercher la bénédiction du prêtre.

Dans les offices religieux, il tonnait en chaire,  brandissant la Bible pour dire la messe : "Dans cet évangile, nous voyons très clairement que le Christ nous donne à nous, ses apôtres le pouvoir de pardonner les péchés. Nulle part il ne dit que les chrétiens devraient demander pardon à Dieu directement. Non, ils doivent toujours nous le demander à nous, ses apôtres", selon ses propos rapportés par le vieux paysan.

dimanche 18 mai 2014

Aux prisonniers politiques du peuple égyptien : message de solidarité de prisonniers colombiens رسالة من كولومبيا إلى مساجين الشّعب المصري السّياسيّين

Nous avons reçu cette déclaration de solidarité avec les 20 000 prisonniers politiques égyptiens, émanant des prisonniers politiques et de guerre enfermés dans la terrible geôle de haute sécurité ERON Picota de Bogotá, où ils sont en lutte permanente contre les conditions inhumaines de détention. Un bel exemple de fraternité à suivre.-Tlaxcala




La Picota

L'autodétermination des peuples est un droit inaliénable que les USA et les pays de l'hémisphère nord bafouent pour l'intérêt rapace de leur système décadent, par l'invasion, l'anéantissement, la torture, la terreur et l'enfermement derrière des murs et des barreaux, contre des pays qui cherchent à prendre en main leur propre destin.

L'humanité dans son histoire a connu des laquais de souches diverses. Des collabos déshonorant la culture des peuples dont ils étaient issus.




Ces infâmes ont plongé l'Égypte dans une situation que notre continent latino-américain est censé avoir dépassé ; alors que sous d'autres latitudes des dictatures militaires conformes aux intérêts US s'érigent, sur nos terres elles ont semé la désolation.
Mais les habitants appauvris de notre Amérique latine ont de fait de la mort et de la soumission un chant de vie, un cri de révolte, brandissant leurs poings sans peur de se sacrifier contre l'empire le plus terrible qui ait jamais existé. Les tranchées et les barricades, les idées et la praxis révolutionnaires transformées en combat font souffler aujourd'hui sur notre continent des vents de changement face à l'assaut néo-fasciste.

L'Égypte est confrontée à une crise humanitaire grave et profonde sous le régime de terreur de la dictature militaire rangée sous les drapeaux du nord, dans le silence complice des pays battant pavillons de la liberté et de la démocratie. Ces pavillons sont censés leur donner le droit de déclarer la destruction du peuple palestinien au nom de ce qu'ils ont le culot d'appeler "guerre contre le terrorisme".

Le peuple égyptien, comme beaucoup d'autres dans le monde, est en train de mener une bataille peut-être ultime contre un système en décomposition qui montre son pire visage, bestial, rusé, criminel et inhumain.
Prison de Tora, Le Caire, Égypte

Pendant ce temps, l'Europe, avec son discours fétiche et hypocrite, accueille avec mépris le cri pour la justice et la liberté de cette nation africaine, cherchant à rendre invisible le drame de tant d'humains emprisonnés, conduits à la potence tandis que des milliers d'autres sont soumis à la violence et à la torture.

En Égypte et en Colombie, les prisons sont devenues des centres de torture et de mort en masse. .

Les partis européens censés être porteurs d'espérance, semblent se soucier plus de leurs intérêts sectaires que de cette grave situation humanitaire. .

Nous autres, prisonniers politiques et de guerre égyptiens, palestiniens, basques, colombiens, comme tous ceux qui luttent pour un monde viable et humain, nous avons la tâche essentielle de briser la misère du silence imposé face à l'aberration que nous vivons. Il ne tient qu'à nous de mener des actions de lutte, et pas seulement de résistance, pour atteindre l'objectif précité.
Briser les chaînes du silence et de l'infamie mondiale.

Solidarité avec les prisonniers politiques du peuple égyptien et leur autodétermination.

PRISONNIERS POLITIQUES ET DE GUERRE
PRISON ERON PICOTA
BOGOTA
COLOMBIE
AMÉRIQUE DU SUD
 

jeudi 15 mai 2014

Un, deux, cent Buenaventura à travers toute la Colombie ...

Un portrait des vandales au pouvoir
par  José Antonio Gutiérrez D.. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
 
"Ceux-ci découvraient une série de corps défigurés dispersés dans la localité , vestiges d'un antagonisme social aveugle et éradicateur. Cette scène aurait pu correspondre à quelque chose d'absolument chaotique et désordonné, dans la mesure où les corps avaient été démembrés, dispersés et empilés un peu partout. Mais il était également possible de trouver des scènes où il y avait un ordre intentionnel, une véritable mise en scène. (... ) Cette procédure visait principalement à terroriser les habitants du village, qui prenaient la fuite en abandonnant tout ".
María Victoria Uribe Alarcón , "Anthropologie de l'inhumanité " , 2004, p.92
Dès qu'on arrive à Buenaventura, on éprouve un certain sentiment de malaise. Il semble que tous les bâtiments sont sur ​​le point de tomber, en proie à la moisissure et à la pourriture. Contrairement à d'autres régions de la Colombie, on respire méfiance et peur ... un sentiment d'abandon est d'emblée évident. Il est incroyable que la plupart des échanges internationaux de la Colombie passent par ce port, ce qui indique le caractère contradictoire du capitalisme dans lequel l'investissement et la dépossession sont des termes inséparables. La misère est un concept relatif et devient d'autant plus odieuse qu'elle est entourée de richesse.
Ce qui se passe à Buenaventura, où apparaissent tous les jours des corps humains démembrés flottant parmi les mangroves ou dispersés dans les rues,  n'est pas quelque chose d'inconnu pour la grande majorité. Soudain, tout le monde s'est mis à parler de Buenaventura en Colombie. Des compte-rendus journalistiques et des programmes télévisés plein d'indignation décrivent la situation désespérée de cette ville aux prises avec le fléau paramilitaire (opérant maintenant sous les noms d'Urabeños, Rastrojos ou Empresa). Un tollé d'horreur a été suscité par les "casas de pique" (maisons d'abattage), véritables boucheries pour humains, que tout le monde – sauf la police, l'armée et les autorités – connaît et voit. Mais le traitement donné à ces informations, comme toujours, est très pauvre, sensationnaliste, décontextualisé. Il ne diffère en rien du traitement que reçoivent périodiquement d'autres scandales humanitaires en Colombie. Un jour, les médias sont outrés par les faux positifs, un autre par les personnes déplacées de force, puis c'est au tour des féminicides, ils trépignent, accusent, sont scandalisés et puis rien ne se passe . C'est comme si à travers la couverture bas de gamme de ces faits on voulait exorciser l'horreur et calmer les consciences, en banalisant du même coup la terreur. Maintenant c'est au tour de Buenaventura.
C'est comme si ces vagues médiatiques spasmodiques cherchaient à concentrer toute la terreur qui existe en Colombie sur un seul point, convertissant le conflit qui consume le pays en un seul événement ponctuel, isolé, identifiable sur la carte. Mais la réalité est que les dépeçages, qui portent la marque incontestable des paramilitaires – tolérés par tout le monde, sauf ceux qui en souffrent -, se produisent dans de nombreuses régions du pays, partout où les intérêts économiques coexistent avec la (para)militarisation. Ce qui est vraiment pénible, c'est que, en dépit de son caractère apparemment exceptionnel, la situation de Buenaventura ne l'est pas tant. Il suffit de penser à Soacha ou aux Altos de Cazuca, pour ne pas trop s'éloigner de la capitale. Ou de voir les photos des massacres de Medellín. Les paramilitaires ont œuvré à créer un, deux, cent Buenaventura sur l'ensemble du territoire colombien. Et ils l'ont fait à coups de tronçonneuse, de machette et de hache, toujours sous le regard complaisant des forces  dites de sécurité.
On pourrait penser que la tragédie de Buenaventura est récente, mais elle en fait elle remonte à longtemps : il y a près de 10 ans qu'il n'y a plus de guérilléros dans les quartiers de Bajamar [litt. "Marée basse", zone de l'île de Cascajal gagnée sur la mer par la population afro-colombienne, qui y vit dans des maisons sur pilotis; 3500 familles y sont menacées d'expulsion par un projet d'extension du port et de création d'un "malecón", un boulevard front de mer,  NdT] et la mainmise totale des paramilitaires a coïncidé avec l'aggravation des cruautés. Des paramilitaires qui, selon tous les rapports officiels  n'existent pas, mais qui sont bien là. Buenaventura dément le mensonge répété ad nauseam que les paramilitaires sont une réponse à la soi-disant " horreur " de la guérilla et que, en l'absence de guérilléros, ils disparaîtront faute de raison d'être. Ce n'est pas un hasard si un garçon m'a confessé nerveusement, quand je lui ai demandé, durant un voyage en bus vers Buenaventura, à quel moment les choses avaient mal tourné : " C'est quand ils ont viré la guérilla, alors là  le boxon a commencé".
Le répertoire des moyens de semer la terreur est aussi une vieille histoire : la profanation du corps de la victime est quelque chose qui vient de l'époque de la «Violence» dans les années 40. C'est de cette époque qu'existe un lexique riche pour désigner les modalités de l'horreur :   bocachiquiar (préparer à la mode du poisson "bocachico"), picar pa’ tamal (découper pour un tamal), matar la semilla (tuer la semence), corte de corbata (coupe-cravate), de franela (coupe-flanelle), de mica (décapitation), de florero (sabrer le pot de fleurs) etc.

Symboliquement, en disloquant le corps de la victime, on disloque la communauté. Il ne s'agit pas seulement de tuer, mais de parachever la mort, comme si on craignait par superstition la vengeance du mort, comme l'indique Uribe Alarcón dans son "Anthropologie de l'inhumanité ". Selon elle, la victime est animalisée pour créer la distance spirituelle permettant le déchiquetage physique et un espace de sacrifice rituel ad hoc est créé. Mais même si dans la "casa de pique" on reproduit le modèle de la boucherie, on va encore plus loin, car dans les véritables boucheries, l'animal n'est pas torturé à mort, on n'utilise ni haches ni tronçonneuses,  on ne l'attache pas vivant sur une table de bois pour le dépecer au milieu de cris d'agonie.

Ici les paramilitaires ne font disparaître les gens que partiellement. Parfois, on retrouve le torse ou la tête, mais on trouve toujours quelque chose, même si ce ne sont que les doigts. Le message horrible est transmis par des preuves physiques de la torture en même temps que le processus rituel de vengeance décrit par Alfredo Molano est empêché : " Le corps est préparé en lui mettant l'un des vêtements dans lesquels il a été tué ; on lui attache les gros orteils avec un lacet d'une paire de chaussures noires récemment achetées et dans sa bouche on met un morceau de papier avec les noms des meurtriers. Quelques jours après les auteurs sont assassinés ou meurent de frayeur » [1]. Les médias qui reproduisent l'événement de manière sensationnaliste, morbide et décontextualisée, diffusent et amplifient la terreur, transmettant ainsi la peur paralysante de façon entièrement fonctionnelle par rapport à l'objectif des paramilitaires.


Image de l'intérieur d'une "casa de pique" diffusée sur les réseaux sociaux en mars dernier
Quel est le but des dépeçages à Buenaventura? Exactement ce que les dépeçages visaient durant le premier cycle de la Violence : que les gens fuient, abandonnant tout. Des militants du Processus des communautés noires (PCN), nous ont expliqué lors d'une visite dans la ville portuaire, dans le cadre de la 10ème délégation asturienne-irlandaise des droits humains, que le but de tout cela était de virer la population locale pour ouvrir la voie à un grand projet de remodelage caressé par les autorités locales et nationales . Pour faire place à l'aéroport et aux méga- ports modernes qui soient à la hauteur des exigences des accords de libre-échange et de l'Alliance du Pacifique, il faudrait évacuer du territoire un bon nombre de Noirs pauvres. Il est plus facile de déplacer que de réinstaller les gens ou de parvenir à un accord satisfaisant pour eux, surtout lorsque le «progrès» n'est pas destiné à leur profiter.
Cette violence n'est ni chaotique ni gratuite, mais répond à un modèle trop familier de terreur généralisée pour déplacer les gens et gagner du terrain au nom du progrès. C'est une violence très ritualisée: "La technique de la terreur exige que les gens se rendent compte, mais ne parlent pas. Qu'ils voient la capture des victimes dans le quartier, comment elles sont attrapées, qu'ils entendent les appels à l'aide, les cris de miséricorde et de clémence et enfin les hurlements de douleur. Puis le silence : un vide terrible. Les cris continuent à résonner dans la tête des gens. Tous craignent d'être le suivant sur une liste que personne n'établit. Les voisins entendent, le quartier entend, la zone sait, la ville est au courant. Les autorités n'entendent pas, ne voient pas , ne savent pas »[2 ] . Malgré tout, il y a encore de la résistance. Les habitants de Nayero Puente, à La Playita , ont décrété leur quartier "Espace de vie et humanitaire", défiant ouvertement les paramilitaires [3]. Depuis février dernier, on assiste à des protestations populaires massives contre les paramilitaires, auxquelles se sont joints même les commerçants, généralement méprisés parce qu'on se souvient que ce sont eux qui ont financé l'arrivée des paramilitaires en 2000, mais que maintenant "ils en ont marre de se faire taxer". Les autorités locales, la police, les militaires, les commerçants, tous ont alimenté ce monstre dépeceur. Le crayon avec lequel le peuple écrit son histoire n'a pas de gomme. Et ainsi se construisent des barrières de confinement de la machine de mort.


Les enquêteurs judiciaires retirent un corps de la scène d'un crime dans le quartier Comfamar de Buenaventura,
novembre 2013 ( Stephen Ferry / HRW.org.es)
C'est maintenant que les gens sont en train de vaincre leur peur que le gouvernement réagit en militarisant la ville portuaire. Cette militarisation ne vise bien sûr pas à bénéficier aux pauvres de toujours, mais à accélérer le projet portuaire et  industriel de Buenaventura. Buenaventura semble être l'endroit le plus désolé de la terre, et pourtant, même là, le peuple colombien fait la preuve qu'il a des réserves morales pour construire un avenir meilleur : il va créer un, deux, cents points de résistance à partir desquels reprendre Buenaventura aux marchands de mort. Ils ne passeront pas : ni leurs paramilitaires ni leurs méga-ports ni leur modèle antisocial  de développement.

Notes
 

dimanche 20 avril 2014

Gabriel Garcia Marquez-Gabo : il a vécu pour la raconter

par Carlos Jiménez, 18/4/2014. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Si la seule mention du nom de Borges évoque irrésistiblement l'image d'une bibliothèque infinie, celle de  García Márquez évoque celle d'une vie incommensurable.
Lui n'aurait jamais dit ce que Borges avait dit de lui-même :"La vie et la mort ont manqué à ma vie" [et il poursuivait :"De cette indigence, mon amour laborieux pour ces bagatelles", dans le prologue à Discussion, 1932, NdT]. Car s'il y eut quelque chose de superflu dans la vie débordante et protéiforme de Gabo, ce fut bien la mort, qu'il désavoua dans une interview, parce qu'elle nous prive de qu'il avait de plus cher : la vie. Une vie qui, dans son cas, fut vécue avec une rare intensité depuis qu'à peine adolescent, sa précoce vocation littéraire ne l'enferma jamais dans une bibliothèque ni l'écarta de la rue, des amis, des femmes ou de la nuit.

Mais me voilà pris en flagrant délit de mensonge.

Lui-même a raconté que, quand il préparait son bac dans un internat du glacial clochemerle de  Zipaquirá, dans les environs de Bogotá, presque sans amis ni compagnie, il s'enfermait dans la bibliothèque pour lire des livres de poésie, avec le même zèle qui allait accompagner désormais tous ses engagements. On le comprend : pour un gars de la Côte comme lui, né et grandi au bord de la mer Caraïbe et donc habitué à ses gens remuants et chahuteurs et à ses chaleurs tout aussi extrêmes que ses tempêtes, cette ville collet monté et silencieuse, perdue dans les hauteurs vertigineuses des Andes et habitée par des hommes taciturnes et des femmes effacées aux silhouettes rendues floues par la brume et le crachin, lui semblait être une version de l'enfer plus convaincante et vraisemblable que ses représentations flamboyantes offertes par les ténébreux retables des églises coloniales.
Ses meilleurs biographes – comme Dasso Saldívar ou son frère Eligio García – rapportent que, jusqu'au jour béni où le premier tirage de Cent ans de solitude eut été épuise en un temps record à Buenos Aires, sa carrière littéraire s'était confondue avec celle d'un indomptable chien fou d'écrivain poussé à errer d'un lieu à l'autre aussi bien par sa vocation impétueuse que par ses vicissitudes, celles de sa famille et de son pays, tel une feuille morte portée par la bourrasque. Ainsi il alla d'Aracataca à Zipaquirá, de Zipaquirá à Bogotá et de là à Cartagena, à Montería puis à Barranquilla et de nouveau à Bogotá, pour de là aller pour la première fois à Paris, d'où il revint à Bogotá,  juste pour préparer le voyage vers Mexico, qui en fin de compte devint sa résidence définitive.  Il ne cessa jamais, dans aucune de ces stations, de cultiver et de faire croître sa vocation littéraire : La hojarasca (Des feuilles dans la bourrasque), El coronel no tiene quien le escriba (Pas de lettre pour le colonel) et Cent ans de solitude sont là pour le prouver. Mais cela ne l'empêcha jamais de vivre sa vie avec une passion sans fissures, allant de pair avec le sobre fatalisme qui habite tant de ses meilleures pages.
Le succès de Cent ans de solitude le rendit célèbre et le conduisit à Barcelone, lui permettant de déployer plus largement et plus librement sa vocation politique. Car il faut ici le rappeler, en ce jour où les nécrologies pleuvent de toutes parts : Gabo fut un modèle d'écrivain engagé (en français dans le texte), comme l'avaient été en leur temps Ernst Hemingway, Ilya Ehrenbourg ou André Malraux. Ou, à l'autre extrémité de l'arc politique, Curzio Malaparte ou Louis -Ferdinand Céline. L'emblème de cet engagement est son amitié indéfectible avec Fidel Castro,un leader politique dont García Márquez lui-même a tenté de déchiffrer la dimension historique contradictoire et complexe dans L'Automne du patriarche, son œuvre la plus risquée et difficile, qu'il faudrait d'ailleurs lire parallèlement à La mort de Virgile, d'Hermann Broch, une précieuse réflexion sur les relations entre le poète et l'empereur.

Cette fidélité de García Márquez à Fidel Castro irrite particulièrement les critiques libéraux et dans le meilleur des cas, ils la voient comme une verrue qui défigure une œuvre littéraire d'une qualité absolument indiscutable.  Ce n'est pas pour rien qu'on lui a décerné le prix Nobel de Littérature. Mais ces critiques oublient où rejettent avec dédain un "détail" : Gabriel García Márquez, "un des onze fils du télégraphiste d'Aracataca", dont la première source d'inspiration furent les récits de sa grand-mère, est inscrit dans l'histoire vivante de la Caraïbe, celle qui se transmet oralement de génération en génération et à laquelle se réfèrent de manière récurrente les légendes comme la musique populaires.  Et cette histoire est chargée de toutes les tragédies que cinq siècles de colonialisme et de néocolonialisme ont produit dans la Caraïbe, dont les formes les plus perverses d'esclavage moderne et les dizaines d'invasions et de coups d'État concoctés ou appuyés par les gouvernements de Washington. García Márquez ne pouvait donc que sympathiser avec le radicalisme de la tentative de la révolution cubaine de mettre fin à cette histoire infâme et avec le leader qui, qu'on le veuille ou non, incarne ce radicalisme : Fidel Castro.

En son temps, la France  lui décerna la Légion d'Honneur et lui-même posséda un appartement à Paris. Mais ni cet honneur ni ce privilège ne lui firent oublier cette nuit funeste des années 50 du siècle passé où la gendarmerie française, en représailles pour un attentat terroriste du FLN, donna la chasse à tous les Algériens résidant alors à Paris*. Ils en arrêtèrent et tabassèrent des milliers – et parmi eux, García Márquez, qu'ils prirent pour l'un d'eux a – et en jeta un nombre indéterminé à la Seine. Tout simplement pour qu'ils se noient.
Gabo pardonnait mais n'oubliait pas. Son œuvre journalistique  est immense et aussi éblouissante que le reste de ses écrits. Mais parmi elle, il faut citer les chroniques qu'il consacra à la révolution et à la guerre civile en Angola et à l'audacieuse intervention, qui fut décisive, de Cuba. Leur qualité est au moins comparable aux chroniques sur la Guerre civile espagnole écrites par  Hemingway, Dos Passos, Ehrenbourg, Koestler.... Avec la chronique trépidante de l'aventure risquée de Miguel Littin allant tourner clandestinement un film sur le Chili de Pinochet, elles sont des preuves suffisantes de ce que Gabriel García Márquez fut un formidable écrivain politique et qu'il faut le lire comme tel.
* Le 17 octobre 1961 à Paris. Il y eut entre 200 et 500 morts (officiellement : 2) [NdT]
 

jeudi 21 février 2013

Colombie: Prisons ou déchèteries humaines ?

Traduit par  Pascale Cognet, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

En août 2012, les prisonniers de guerre de la prison La Dorada (Caldas) ont expliqué à l’opinion nationale que trois détenus étaient morts  dans un laps de temps de trois mois sur ce site de réclusion .L’inattention médicale les a tués sans pitié. Il s’agissait de JAMES ALBERTO GIRALDO CHIQUITO, décédé le 8 mai,  LUIS CARLOS FLORES VILLAREAL, décédé le  17 août et WENLLY ALEXANDER ZULETA MURIEL, assassiné le 8 août. Wenlly est mort après avoir reçu 59 coups de couteau d’un autre détenu  alors qu’il se trouvait à deux mètres du poste de garde du pénitencier.

 Pénitencier La Dorada, Caldas
Environ 9500 prisonniers politiques connaissent le calvaire de la vie dans le système pénitencier colombien, qui dans la réalité est devenu un labyrinthe de tortures, de vexations et de mort pour les reclus de toute nature. 90% des prisonniers politiques sont des acteurs civils incarcérés dans le but inavoué de démanteler les organisations populaires et d’écraser la dissidence populaire face à l’injustice sociale qui existe en Colombie. Les 10% restant sont des prisonniers politiques et de guerre soumis à l’utilisation du système judiciaire et pénitencier comme arme de dissuasion et de punition contre-insurrectionnelle.
Le panorama carcéral est fait d’entassement, de puanteur, de suicides, de maladies infectieuses, d' assassinats perpétrés par les matons comme l’ont dénoncé les détenus du quartier 7 de la prison de La Dorada en octobre 2011 (l'assassin a été le soldat de première classe GALLO), il montre des prisonniers aveugles, estropiés, paralytiques ou encore morts faute de soins médicaux, situation qui n’est pas résolue par des recours en justice car les juges ne sanctionnent pas les contrevenants.
 
Pénitencier d’ Acacías, Meta

L’iniquité qui règne se manifeste par l’inattention médicale, les mises au mitard collectives pouvant aller jusqu’à soixante-douze heures, la faim, les coups, les gaz lacrymogènes à foison, les brimades et humiliations, la violation du droit à une procédure équitable, au milieu d’une dangereuse collusion criminelle armée entre l’INPEC dirigé par le sinistre général Ricaurte Tapias, le Ministère Public, les juges et les procureurs, sans qu’il soit possible de le dénoncer dans la mesure où presque 100% des plaintes des détenus sont mises au placard  sous prétexte qu’il n’y a pas de preuves pour faire avancer les recherches.
Le 8 janvier 2011, José Albeiro Manjarrez est mort dans sa cellule, rongé par un cancer de l’estomac. Aucun moyen, pas même celui de la grève de ses camarades de prison  n’a réussi à contraindre l’INPEC à lui dispenser  des soins médicaux. Après sa mort, ils l’ont inscrit à la morgue comme personne non identifiée alors qu’ils avaient eu tous les renseignements par ses proches et ses amis. Ceux-ci n’ont jamais été informés de son décès.
Des noms comme ceux d'Arcecio Lemus, Ricardo Contreras, Jhon Jairo García, Jonathan Snith Aria, Yovani Montes, Luis Fernando Pavoni, Oscar de Jesús Pérez, parmi d’autres cas qui dépassent la dizaine font partie de la liste des morts pour cause de tortures, de mauvais traitements et de manque de soins médicaux, à quoi il faut ajouter la persécution vicieuse contre les familles des dirigeants révolutionnaires qui sont mis en prison.
Dans les prisons colombiennes, plus de 400 prisonniers sont mutilés et plus de 400 sont en phase terminale, sans qu'on leur accorde une réduction de peine.
Pénitencier de Palogordo, Girón


Dans ces prisons, devenues de véritables déchèteries humaines du fait de l'indolence et de la perfidie du régime, les détenus ne sont pas séparés par catégories, ce qui est une manière d'encourager de façon préméditée des bagarres pouvant entraîner la mort de prisonniers politiques et de guerre, ou encore leur intimidation permanente.
La Loi 65/93 stipule que dans le traitement carcéral les rapports avec la famille sont un élément décisif pour faire avancer le processus de resocialisation mais au contraire, ces centres pénitenciers ont été conçus de manière à ce que le noyau familial soit détruit puisque par le bon vouloir de l’INPEC on les place délibérément à 4, 6, 10 et même 24 heures de distance de leurs régions d’origine. La possibilité qu’ils puissent voir leurs êtres chers et proches est écartée.
Sédentarité forcée à 100%, usage frauduleux du téléphone, privation de l’information, transferts dans des conditions réservées aux animaux  et entassement le plus inhumain que l’on puisse imaginer : jusqu’à 500% des capacités dans des prisons comme Bellavista. La capacité de Rioacha est de 100 prisonniers, et ils sont 512, à La Modelo, la contenance est de 2950, mais ils sont 7965 concentrés là. A la prison de la Tramacúa de Valledupar, il fait 40° et 1350 prisonniers crèvent de chaud, ne pouvant dans le meilleur des cas avoir accès à l’eau qu'au plus 15 minutes par jour. Voilà les violations des droits humains, flagrantes, éhontées et perverses commises par le gouvernement sans qu’il manifeste la moindre velléité de changement.
 



Nous demandons que le gouvernement s’engage à renoncer à  cette voie perfide qui consiste à laisser les lésions des blessés de guerre entrainer leur immobilité et une perte des capacités physiques et fonctionnelles de leurs membres. Nous réclamons la liberté pour les malades en phase terminale ou qui souffrent de cancers.
Nous demandons au gouvernement de déclarer l’état d’urgence sanitaire et humanitaire dans les prisons du pays, de permettre un contrôle public, sans secrets ni cachotteries et de prendre des mesures d’urgence qui éviteront au moins la mort des prisonniers qui sont en situation de santé extrême.


Nous demandons au gouvernement, s’il a une once d’humanité et de sérieux, de répondre devant l’opinion nationale à nos dénonciations.
DÉLÉGATION DE PAIX DES FORCES ARMÉES RÉVOLUTIONNAIRES DE COLOMBIE-ARMÉE DU PEUPLE  (FARC-EP)
La Havane, République de Cuba
Siège des Dialogues pour la Paix avec Justice Sociale pour la Colombie
10 Février 2013
 

mercredi 6 février 2013

Colombie - Arbitraire et injustice pour les gueux : à propos des détenus de La Marina (Tolima)

par José Antonio Gutiérrez D., 4/2/2013. Traduit par Pascale Cognet, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le 25 janvier devait se dérouler une nouvelle audience dans le cadre du procès contre les huit dirigeants paysans de La Marina accusés de "soutien à la subversion" et de rébellion. Edwin Lugo Caballero, José Norbey Lugo Caballero, Arcesio Díaz, Aycardo Morales Guzmán, Saan Maceto Marín, Fredynel Chávez Marín, Alexander Guerrero Castañeda et Armando Montilla Rey (ce dernier originaire de RíoBlanco), ont été accusés par des faux "guérilléros démobilisés", témoins à la solde du réseau de collabos, dans le cadre de la persécution qui sévit dans les zones de consolidation militaire contre toute forme d’organisation du peuple.
Leur procès se fonde sur le témoignage d’une personne non-identifiée. En réalité, ils sont poursuivis à cause de leur opposition au projet hydro-électrique d’ISAGEN dans l’Ambeima et pour leur défense des intérêts des paysans au sein du Comité d’Action Communale et dans le syndicat agraire ASTRACATOL. [1]

Pour les paysans, il s’avère très difficile de trouver de l’argent pour les transports et pour pouvoir assister au procès en qualité de témoins de la défense. Ils sont dans une terrible pauvreté, le voyage est long (environ six heures, parfois plus), il est très cher et représente au moins deux jours de travail perdus. Malgré ces sacrifices, et grâce à la solidarité internationale des camarades liés à des médias alternatifs comme Rebelión et La Pluma, ainsi que de  ceux de la Marche Patriotique, on a pu collecter des fonds pour soutenir les paysans afin qu’ils puissent assister à l'audience comme témoins de la défense. Mais ce jour-là, le 25 janvier, la procureure Isabel Núñez Villalba, mine de rien, adécidé de s’absenter et tout simplement de ne pas être au procès- soi-disant pour motifs de santé-, mais les paysans n’en ont été informés que le jour même à huit heures du matin, alors qu’ils étaient déjà tous sur place.

De cette façon, non seulement on prolonge l’agonie de nos camarades emprisonnés, mais en plus, on dépense le peu de ressources sur lesquelles peuvent compter les paysans pour leur défense. Qui est responsable de tout  cela ? Nous nous demandons s’il ne s’agit pas d’une stratégie d’usure vis-à-vis des familles des accusés. .

Notons, au passage, que tandis que les paysans sont poursuivis et injustement emprisonnés, sans disposer de moyens pour se défendre et tout en devant recourir à d’énormes sacrifices pour prouver leur innocence, les militaires accusés de faux positifs, de massacres et de viols d'enfants, bénéficient quant à eux  gratuitement d’une défense de l’Etat, grâce aux impôts que paient tous les Colombiens, y compris les victimes de ces criminels en uniforme. Non seulement cela : pendant que nos paysans croupissent dans les cachots comme ceux de Picaleña à Ibagué, où ils subissent des mauvais traitements, sont privés d’eau et de soins médicaux, les militaires impliqués dans des crimes contre l'humanité jouissent de leurs soldes, de mobilité, de prostituées qui leur rendent visite, de coups à boire et de fêtes dans les casernes et les centres de réclusion cinq étoiles ( comme El Tolemaida Resort) où ils purgent leur peine. Tout ceci financé par les impôts des Colombiens, y compris de ceux qui ont perdu leurs enfants à cause de ces criminels.

Un adage populaire colombien dit que la loi n’est que pour les gueux. Mais on ne se rend même plus compte qu’il y a une loi, toute injuste, toute relative qu’elle soit ; ce qui prime, c’est l’arbitraire le plus absolu. La loi dans les zones de consolidation militaire est devenue le caprice des officiers de l’armée qui sont à la fois juges et bourreaux.

Ils peuvent avoir des prisons, un demi-million d’hommes en uniformes pour imposer leur « loi » et leur « ordre », ils peuvent avoir des milliers de paramilitaires pour imposer leurs « lois » non écrites, ils peuvent avoir des matraques pour tenter d’écraser les idées, mais ils n’ont pas raison. Ils ne l’ont pas eue au cours de ces 60 années de guerre contre le peuple pauvre, et ils ne l’auront pas davantage dans 60, dans mille, dans deux mille ans. C’est la raison qui nous donne la force pour continuer à lutter contre l’injustice ; c’est la solidarité qui nous permettra de l’emporter sur elle. Et c’est cette solidarité, celle qu’il nous faut mobiliser pour pouvoir faire en sorte qu’au cours de la nouvelle audience qui devrait avoir lieu le 14 février nous puissions réunir à nouveau des fonds et faire entendre cette fois la voix de la défense. Ces parents, on leur a déjà ravi deux Noëls avec leurs enfants. Ne permettons pas qu’ils en passent un autre derrière les barreaux. Nous voulons les voir enfin libres, libres de vivre, libres d’aimer, libres de s’organiser et de continuer à se battre pour une Colombie nouvelle.
Pour faire des dons
♦ depuis la Colombie :
Fundación Lazos de Dignidad, Banco Davivienda, Cuenta Número 009800160823
♦ depuis l'étranger :
écrire à
contact[at]lapluma.net
en indiquant "presos de La Marina"
Notes
[1] Pour plus de détails sur l’affaire et sur la situation à La Marina, Chaparral, voir l’article  Colombie: La répression et la terreur d’État se "consolident" à La Marina, Chaparral (Tolima)

Colombie: La répression et la terreur d’État se "consolident" à La Marina, Chaparral (Tolima)

par José Antonio Gutiérrez D., 18/1/2013. Traduit par Pascale Cognet, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le Sud du Tolima a été touché par le conflit social et armé comme peu de zones de Colombie l’ont été, avec une longue histoire de conflits agraires qui remonte aux années 30.

Le territoire  de La Marina, commune de Chaparral, connaît depuis quelques années une militarisation croissante, par le biais des zones dites de consolidation militaire, qui a intensifié la violence du conflit [1].C’est là qu’opèrent la Fuerza de Tarea Conjunta Vulcano [NdT:Force conjointe d’action Volcan] et le 17ème Bataillon d’Infanterie "José Domingo Caicedo" de la Sixième Brigade de l'armée de terre.

Carte des mégaprojets dans le Tolima : or, pétrole, irrigation, routes et barrages

Guerre sale et mégaprojets
Cette force militaire a mené une campagne anti-insurrectionnelle intense dans un des bastions des FARC-EP [2], dont le Front 21 est actif dans cette zone et l’armée a décidé de l’éradiquer par le biais d’une guerre sale et en terrorisant la population civile. Pour cela, le Bataillon Caicedo a utilisé tous les moyens légaux et illégaux à sa disposition, s’alliant étroitement aux paramilitaires. Au début de 2012, six militaires de ce bataillon ont été arrêtés avec d’autres mafieux pour appartenance à la bande "Los Urabeños", dédiée à des tâches de harcèlement politique, de contre-insurrection et  de "nettoyage social" ainsi qu'au narcotrafic [3]. Les "Aigles Noirs", qui opèrent également  dans la zone n’ont jamais été inquiétés par les autorités. Les paysans du coin disent que, dans le même style que les anciens "chulavitas" [membres de groupes paramilitaires des premières années de la Violencia, NdT], ce seraient les soldats du Bataillon Caicedo en personne qui sortent cagoulés et en civil pour intimider la population. On entend de toutes parts des rumeurs comme quoi "les paracos [paramilitaires] vont arriver, que s’ils ne partent pas ils seront massacrés à la tronçonneuse… sous la consolidation militaire, les enfants grandissent dans la peur".


Check-point militaire sur une route de Chaparral à La Marina
À La Marina, tout le monde dit que derrière cette militarisation et para-militarisation se cachent des intérêts qui vont au-delà de la simple contre-insurrection. On dit que l’objectif n’est pas seulement de déloger  les guérilleros mais aussi tous les paysans qui résistent au projet hydro-électrique qui doit être développé dans la zone vers la fin mars ; c'est-à-dire qu’il s’agit de «  nettoyer » le territoire de façon à ce que ce projet puisse avancer sans rencontrer la moindre résistance qu’elle soit armée ou civile.
 
Une paysanne de la zone raconte:
«  Il n’y avait jamais eu autant de militaires, autant d’arrestations, on était bien tranquilles. Mais en 2008, on a commencé à parler d’un projet hydro-électrique au fil de l’eau, par tunnel, qui serait réalisé par une entreprise de Medellin appelée ISAGEN…il y en a qui disaient que cela allait changer le cours de l’eau et assécher la terre, mais l’Etat disait que le sous-sol lui appartenait et pas à nous, que peu importait que nous ayons ou non notre ferme. Nous avons vu ce qui s’est passé à San José de Las Hermosas, où ils ont fait la même chose et des fermes qui donnaient 125 quintaux de café à l’année, maintenant ne récoltent plus rien. Ils veulent en faire quatre de plus à Rio Blanco… mais nous, on n’a rien à dire, on n’a qu’à ravaler notre salive si on n’est pas content ».
Les paysans et habitants du coin, inquiets face à cette situation, informés de ce qui s’était passé à Las Hermosas avec le projet hydro-électrique, ont constitué une association appelée Asoembeima ; l’association paysanne du secteur, ASTRACATOL (membre de la FENSUAGRO) s’est également prononcée contre ce projet. Dès lors a commencé une histoire de persécution qui n’en finit pas.
La "consolidation" contre les paysans: délation rémunérée et fausses démobilisations
Les paysans considèrent que c’est avec l’arrivée du lieutenant John Jairo Vélez à  La Marina en 2010, qu’a commencé une politique systématique de harcèlement à leur encontre, ils se plaignent  que des mandats d'arrestation aient commencé à pleuvoir contre eux et que du jour au lendemain, ils se sont tous retrouvés suspectés d'être des miliciens [civils sympathisants des FARC, dont ils constituent des bases d'appui, NdE].
 
Appliquant le célèbre maxime “Diviser pour régner”, l’Etat s’est employé à opposer entre eux les membres de la communauté pour pouvoir développer son plan anti-insurrectionnel de contrôle social et de mégaprojets. Ils ont d’abord commencé par les réseaux d’informateurs, cherchant ainsi à diviser la communauté en semant le doute et la méfiance en son sein.
 
Reinel Villabón, ancien inspecteur de police à La Marina  et dirigeant de SINTRAGRITOL (Syndicat des travailleurs Agricoles de Tolima) raconte que « le plus grave c’est qu’on est en train de fabriquer des démobilisés pour pouvoir traîner en justice les gens qui travaillent. D’après la Constitution, la peine de mort n’existe pas mais dans la réalité, on sait bien qu’elle existe. Parce que bombarder des gens en train de dormir, ou bien les attraper, dire que ce sont des miliciens et les tuer, c’est appliquer la peine de mort ». Sur les fausses démobilisations, rappelons que c’est précisément dans le sud du Tolima que s’est forgée la démobilisation massive d'au moins deux fausses structures qu'on a fait passer pour des guérilléros : le soi-disant Bloc Cacica La Gaitana et la prétendue colonne Norma Patricia Galeano [4]. Ce ne sont que deux cas parmi les plus connus et reconnus mais il y en a beaucoup d’autres d’après Villabón :
Jugez vous-même, ils sont arrivés une fois chez un Monsieur qui est muletier, que je connais et ils lui ont dit ’démobilisez-vous et on vous donne un petit peu d’argent’ et si les gens refusent de participer à cette comédie, alors on leur dit qu’ils en subiront les conséquences…la radio du Bataillon Caicedo faisait des signalements de gens, en donnant des noms, et les enjoignant à se démobiliser….le lieutenant John Jairo Vélez a donné un numéro de téléphone à Chaparral pour les dénonciations, le   rendez-vous avait lieu dans le parc. Ils ont ainsi proposé à une femme très pauvre de la coopérative, Lucero Váquiro, d’améliorer ses conditions de vie et elle a fini par dénoncer beaucoup de gensˮ.
Une paysanne nous explique qu’ils connaissaient Lucero Váquiro depuis toujours, qu’elle n’avait jamais été ni milicienne, ni guérillera. Elle nous dit que tout ça était une vaste farce et que par nécessité économique, elle a commencé à dénoncer tous ceux qu’elle a pu. Elle ajoute que sur les 30 soi-disant démobilisés qu’on utilise aujourd’hui pour entamer des procès contre les paysans, pas un seul n’est un ancien guérillero. Un autre paysan dit : « ils achètent des témoins ici, des fainéants à qui on offre de l’argent pour dénoncer n’importe qui, s’il n’y avait pas ce foutu système de récompenses, rien de cela n’arriverait ».
La "consolidation"  contre les paysans: l’assassinat
Toute cette politique de répression et de terreur contre la communauté ne s’est pas arrêtée à la délation. Le 30 mars 2011 deux paysans, Gildardo Garcia et Héctor Orozco, ont été assassinés alors qu’ils se rendaient de Chaparral à La Marina, au niveau d’Espiritu Santo à Albania. L’assassinat s’est produit entre deux barrages du Bataillon Caicedo et jusqu’à aujourd’hui il reste totalement impuni. Qui étaient les deux personnes assassinées ? D’après Villabón, c’était «  des gens bien, des travailleurs. C’était des paysans qui cultivaient des haricots, des mûres, du café, des tomates arbustives et des narangilles. Garcia était membre d’ASTRACATOL. Ils l’ont appelé à Orozco pour une fausse démobilisation, il a refusé. Comme il avait une petite boutique à San Fernando, sur les hauteurs de la Marina, ils l’ont accusé d’aider la guérilla parce qu’il leur vendait des choses ».
 
Cela faisait un an qu’ils harcelaient Héctor Orozco. Les militaires le recherchaient, ils le traitaient de milicien, « camarade » sans lui montrer d’ordre de capture, et en plus ils l’appelaient pour qu’il participe à une fausse démobilisation. Au poste, ils ont commencé à le harceler en lui demandant pour qui il achetait les marchandises. D’après sa femme, « le lieutenant Vélez était celui qui s’acharnait le plus, quand il le voyait il lui disait qu’il avait déjà eu 47 guérilleros, qu’il lui en fallait trois de plus et qu’il s'offrirait des vacances bien méritées. Il l’autorisa seulement à se déplacer entre Chaparral et La Marina, uniquement sur ce tronçon. Il lui demandait pourquoi il alimentait la guérilla, ils ont commencé à nous rationner et à nous affamer, jusqu’à ce qu’il lui donne trois mois de délai pour renoncer à ASTRACATOL et devenir informateur. Comme il a refusé, ils l’ont assassiné ».
 
Selon Villabón, celui qu’ils voulaient assassiner vraiment, c’était Orozco, mais en contrôlant Gildardo Garcia et en voyant son nom de famille, ils l’ont tué aussi : «  Voyez, ici le lieutenant Vélez a déclaré que tous les Garcia étaient un objectif militaire, parce que l’un d’entre eux était parti dans la montagne avec la guérilla. Alors toute la famille Garcia est recherchée, on leur met la pression, on les tue. Auparavant, ils avaient torturé et assassiné Don Tiberio Garcia dans le hameau Brisas de San Pablo ».

On a rapporté aussi le cas de faux positifs dans la zone: le 3 juin 2007, l’armée et le Gaula [Groupe d’action unifiée pour la liberté personnelle, unité anti-kidnapping de l'armée colombienne entraînée par les USA, NdT] ont assassiné Jaro Eber Morales à Santa Ana (ainsi que trois autres personnes) en prétendant que cela s’était passé lors d'un affrontement armé ; le 19 juillet 2007 ils ont également assassiné Camilo Avila  et Don Jesus Maria Rianos au carrefour de Rio Blanca en venant de La Marina.
Chaque capture de guérillero fait l'objet d'une mise en scène comme ici, en novembre 2011, la capture de ‘Fabián’ ou ‘El Calvo’ (Le Chauve), présenté comme deuxième commandant de la colonne mobile ‘Daniel Aldana’ des FARC, suivie de celle des 5 paysans accusés de faire partie des milices bolivariennes d'appui aux FARC.
La "consolidation" contre les paysans: les arrestations
En novembre 2011, sous l’inculpation de « rébellion et financement de groupes terroristes », on arrête les frères Edwin Lugo Caballero et José Norbey Lugo Caballero,  Arcesio Díaz, Aycardo Morales Guzmán, Saan Maceto Marín et Fredynel Chávez Marín (ce dernier originaire de Las Hermosas). Tous appartenaient à ASTRACATOL, c’étaient des personnes qui s’étaient mises en avant pour la défense des droits des paysans et du territoire. Ils arrêtent aussi Alexander Guerrero Castañeda, président de l’Assemblée d’Action Communale de La Marina ainsi qu’Armando Montilla Rey, membre de l’Assemblée d’Action Communale de La Esperanza, du Rio Blanco.
 
Selon l’avocate Karen Tapias, de la Fondation Lazos de Dignidad chargée de défendre les prisonniers d’ASTRACATOL, il s’agit d’un dossier particulièrement léger et rempli d’irrégularités : « Avant tout, les 30 témoins de l’accusation sont supposés être des réinsérés. Cependant, des guérilleros qui ont plus de dix ou vingt ans dans les FARC-EP, qui se trouvent en prison, disent ne pas les connaître, et qu’ils sont en train d’utiliser des civils à qui cela procure des avantages économiques. Il est certain que ces soi-disant démobilisés ont bénéficié d’avantages économiques, éducatifs  ou en logements ». Pompilio Diaz, père d’Arcesio Diaz, un des détenus, a dit qu’ils avaient « acheté son fils pour cinq millions de pesos » [2000 €].
 
L’avocate dit que” le texte de l’accusation est basé sur un témoignage supposé d’une personne que l’on n’a pas identifiée…nous n’avons pas la certitude que le témoignage ait existé ou bien s'il ait été inventé par la police judiciaire, il n’y pas de preuve qu’une personne appartenant à l’insurrection ou à la population civile soit venue faire la dénonciation… José William Devia Moreno, en charge de l’investigation, a dit qu’il a reçu le témoignage mais qu’il n’a jamais vu la source humaine ».
 
D’après Tapias, ces procès sont d’une nature éminemment politique. « C’est quelque chose qui existe depuis quelque temps, mais qui a augmenté maintenant parce qu’il y a un besoin particulier, avec la construction de ce barrage et que les gens qu’on accuse en ce moment d’appartenir au Front 21 sont tous des paysans qui se sont élevés contre ce projet. De plus, ASTRACATOL est associée à la Marche Patriotique et nous connaissons tous les stigmatisations dont fait l’objet ce mouvement, il ne s’agit pas de faits isolés ». Le père d’un des détenus en est conscient quand il rappelle que « les soldats savent que mon fils n'a rien à se reprocher, mais ils disent que c’est la faute de la famille qui est mouillée, parce que nous faisons partie de la Marche Patriotique ».
 
Les audiences du procès contre les 8 détenus reprendront le 25 janvier à Ibagué, avec les 25 témoins de la défense [audience reportée au 14 février, NdE]. Pendant ce temps-là, ces prisonniers supportent des conditions déplorables dans la prison de Picaleña, où règnent un manque d’eau pratiquement constant, des abus de pouvoir de la part des gardiens, ainsi qu’une carence en soins médicaux. Il est nécessaire de mobiliser toute la solidarité parce qu’il ne s’agit pas ici d’un cas judiciaire mais d’une attaque frontale contre le peuple qui s’organise.

La "consolidation" militaire comme forme de violation permanente contre la population
La dégradation de la situation, fruit de la militarisation par la consolidation, touche même les rangs de l’Armée. Quatre soldats de La Marina, qui étaient en train de faire leur service, ont également été arrêtés en septembre 2011, pour collaboration supposée avec l’insurrection. Vilman Useche Pava, Wilmer Javier Pérez Parra, Isidro Alape Reyes et Jason Orlando Castañeda ont été arrêtés alors qu’ils étaient en service sur la base de Piedras à Ibagué. Leurs accusateurs sont les  faux démobilisés eux-mêmes qui accusent les prisonniers d’ASTRACATOL et des JAC [Juntas de Acción Comunal =Groupes d'Action Communale, comités d'habitants ayant une existence légale, NdE]. En ce moment, l’armée lance toute une série d’ordres de capture contre des infirmiers et des médecins pour une supposée collaboration avec l’insurrection et parce qu’ils soignent les guérilleros. Il y a également des ordres de capture de commerçants, supposés aider financièrement l’insurrection et de faire du commerce avec les guérilleros; on menace aussi les proches des guérilleros et on les arrête pour crimes de sang ; une véritable offensive contre toute personne qui exprimera une opinion à l’encontre des 7 projets hydro-électriques en cours dans le sud du Tolima.
 
Pour Tapias, il existe une situation humanitaire grave, où l’on observe “un contrôle des aliments qui entrent dans la zone comme de tout autre type de vivres et de médicaments, c’est l’armée qui décide de ce que mange la population et dans quelle proportion, et quels sont ses besoins en médicaments… par le biais de l'émetteur radio du Bataillon Caicedo de l’armée nationale on désigne des personnes de la région par leur nom et prénom comme étant des miliciens du Front 21 des FARC, sans qu’il existe de procédures juridiques à leur encontre  et ils sont invités à se démobiliser. Ils font du porte-à-porte, offrent de l’argent à la population et demandent qui sont les guérilleros dans la zone…nous avons entendu des dénonciations qui lient les paramilitaires à  l’armée, c’est une situation extrêmement grave »
 
Quand on demande aux paysans si l’armée a apporté la sécurité au village, les paysans sont virulents: « Ce que l’armée a apporté, c’est la violence, surtout les soldats professionnels qui viennent tous d’ailleurs. Les garçons d’ici qui sont dans l’armée ne s’en mêlent pas, ils ne veulent pas se battre, ce sont ceux  qui viennent de l’extérieur qui réellement apportent la violence. » Tous se plaignent quedepuis que l’armée est arrivée, on a cherché à opposer les voisins entre eux et on a semé la discorde avec le système des informateurs. Ils ont aussi utilisé d’autres méthodes comme d’envoyer des colis au nom des paysans avec des tracts pour obtenir des récompenses pour augmenter les suspicions que tel ou tel paysan sert d’informateur et dégrader le climat de cette façon en augmentant la méfiance. Dans cette atmosphère, ils espèrent rendre difficile l’organisation et la résistance des paysans aux expropriations.
 
Villabón Leal  nous dit : “avec la consolidation, le problème du déplacement s’aggrave, parce que les paysans ne peuvent plus cultiver parce qu’on les bombarde, on leur lance des bombes, on mitraille les  cimes et les vallons,  on vous repère, on vous contrôle comme si on était dans une  prison, avec des appareils numériques pour relever les empreintes, avec des photos... le seul but de la consolidation territoriale, c’est de faire entrer les multinationales ».Fernando Chacón, dirigeant d’ASTRACATOL à Chaparral est aussi d’accord avec cette analyse quand il dit que le climat de terreur constante avec les mitraillages et les bombardements, doublé de persécution que l’on fait subir aux organisations sociales a à voir avec le fait de « vider cette zone stratégique de ses paysans pour leurs projets de pseudo-développement , qui enrichit seulement quelques-uns, venus d’ailleurs…pour cela, ils veulent en finir avec notre culture, avec notre manière de vivre, notre personnalité de paysans ».
 
Ce qui est certain, malgré tout, c’est que les paysans font preuve d’une admirable résistance pour ne pas disparaître. Les organisations paysannes se renforcent dans tout le pays, malgré la militarisation, la persécution et la menace. Les organisations restent debout, en pleine rigueur de consolidation territoriale. Il est de notre devoir de continuer à brandir la bannière de la solidarité et de n' oublier ni les prisonniers, ni les paysans qui continuent à exiger une réforme agraire, au nom de la devise Terre et Liberté, si vieille et si actuelle.
 
Notes
[1] Pour connaître quelques antécédents sur la situation à La Marina, lire une interview précédente de Javier Orozco de la Commission Asturienne en  2010 http://anarkismo.net/article/21147
[2] Dans la commune de Chaparral les guérillas communistes ont agi depuis 1949, elles étaient à l’origine des groupes d’autodéfense paysanne face à la violence des gros propriétaires.