Alliance zapatiste de libération sociale, fondée à Paris le 12 mars 1995 Liberté, justice, démocratie, partout et pour tous! التحالف الزباتي من أجل التحرر الاجتماعي تأسس بباريس في 12 مـــارس 1995. حرية، عدالة، ديمقراطية في كل مكان وللجميــــــع yekfibasta[at]gmail.com :للاتصال
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vendredi 4 janvier 2013
mercredi 26 décembre 2012
La colère de l'Inde
Une semaine après le viol collectif d'une jeune femme qui a choqué l'Inde, les rues de New Delhi, où un viol a lieu toutes les dix-huit heures, ont vu défiler dimanche des manifestants indignés réclamant plus de sécurité pour les femmes.
Malgré l'interdiction de manifester décrétée par le gouvernement, qui tente de contenir la colère, des milliers de personnes, principalement des étudiants et des femmes au foyer, se sont à nouveau rassemblées dimanche au pied de la porte de l'Inde, monument emblématique de New Delhi.
L'étudiante de 23 ans qui a été passée à tabac, violée pendant près d'une heure et jetée d'un bus en marche la semaine dernière se trouve actuellement dans un état critique, sous assistance respiratoire.
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dimanche 14 août 2011
À Londres, d'une émeute à l'autre, la colère intacte du poète Benjamin Zephaniah
English version In London, from one uprising to the next, the anger of the poet Benjamin Zephaniah remains intact: ‘The people on the street are angry people’
Benjamin Zapheniah fait partie des voix les plus importantes de la communauté afro-caribéenne britannique. Poète dub et écrivain rastafarien, il s'est régulièrement élevé contre l'abandon des quartiers défavorisés anglais et l'establishment à la tête du pays. Dans l'entretien qu'il nous accorde, il estime que les émeutes qui frappent l'Angleterre en ce mois d'août 2011, et qui ont fait déjà plusieurs morts, couvaient depuis très longtemps.
Benjamin Zapheniah fait partie des voix les plus importantes de la communauté afro-caribéenne britannique. Poète dub et écrivain rastafarien, il s'est régulièrement élevé contre l'abandon des quartiers défavorisés anglais et l'establishment à la tête du pays. Dans l'entretien qu'il nous accorde, il estime que les émeutes qui frappent l'Angleterre en ce mois d'août 2011, et qui ont fait déjà plusieurs morts, couvaient depuis très longtemps.
"Les personnes dans la rue sont des gens en colère"
Propos recueillis et traduits par Thomas Hajdukowicz et Joseph Sotinel, TV5, 10.08.2011
Propos recueillis et traduits par Thomas Hajdukowicz et Joseph Sotinel, TV5, 10.08.2011
Pensez-vous que la violence à laquelle nous assistons au Royaume-Uni est le fait de bandes organisées, ou de gens du commun ?
Il n'y a pas de bandes organisées. On peut considérer les émeutiers comme des personnes "normales" parce qu'on les voit tous les jours dans les rues d'Angleterre. Mais pour d'autres, ce sont des gens "différents", parce que ces autres ne sortent pas de leurs centres ville, et ne quittent pas leur petit monde riche. Les personnes qui sont dans la rue en ce moment sont des gens en colère qui ont profité d'une faille dans le système pour essayer de le faire sauter. Pendant des années, ils ont refoulé cette énergie, qui est littéralement en train d'exploser aujourd'hui. Ils pillent aussi des biens dans des magasins qu'ils ont longtemps convoités mais qu'ils ne pouvaient pas se permettre d'acheter. On n'a pas à être d'accord avec eux pour les comprendre. En fait, si vous ne les comprenez pas, vous ne comprenez pas ce qui ne va pas dans notre pays.
On n’a pas vu de telle explosion de violence au Royaume-Uni depuis les années 1980. Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres ?
Cette question est mal posée. Depuis 1998, on a compté 333 morts causées par la police. Je dis bien police, et pas prison. Aucun policier n'a été inquiété. Est-ce que la violence policière compte ? La violence a toujours été importante en Grande-Bretagne, mais on l'a exporté, on a été violent en dehors de nos frontières. En Irak, en Afghanistan, en Libye. On a vendu la violence (sous la forme d'armes) à l'Indonésie, la Libye, Bahreïn, la Jordanie, Israël, le Sri Lanka, et beaucoup d'autres pays. Alors pourquoi tolère-t-on cette violence ? Nous vivons dans une société violente où le pouvoir s'acquiert grâce à un pistolet ou un char. La violence ne nous a jamais quittés. Elle est juste rentrée à la maison.
La réponse du gouvernement britannique est-elle appropriée ?
Le gouvernement n'a pas de réponse. Il réussira certainement à rétablir le calme dans les rues, mais il se contentera surtout de fermer les yeux sur les événements en attendant que ça explose à nouveau. Ça arrivera tôt ou tard. On doit dépenser de l'argent pour aider ces quartiers. Ces jeunes ont besoin de travail et d'espoir. Ils ont besoin qu'on leur propose un avenir, qu'on croit en eux, en leurs quartiers, en leurs arts. Le Gouvernement mène un programme de coupes franches et de désinvestissement.
Dans ce cas, existe-t-il d'autres solutions ?
Bien sûr qu'il existe un autre moyen. Dans le contexte actuel, dans ce pays néolibéral mené par la coalition Conservateurs/Libéraux Démocrates, une révolution serait bienvenue. Mais apparemment, les Britanniques ne font pas la révolution. C'est un truc français.
Il n'y a pas de bandes organisées. On peut considérer les émeutiers comme des personnes "normales" parce qu'on les voit tous les jours dans les rues d'Angleterre. Mais pour d'autres, ce sont des gens "différents", parce que ces autres ne sortent pas de leurs centres ville, et ne quittent pas leur petit monde riche. Les personnes qui sont dans la rue en ce moment sont des gens en colère qui ont profité d'une faille dans le système pour essayer de le faire sauter. Pendant des années, ils ont refoulé cette énergie, qui est littéralement en train d'exploser aujourd'hui. Ils pillent aussi des biens dans des magasins qu'ils ont longtemps convoités mais qu'ils ne pouvaient pas se permettre d'acheter. On n'a pas à être d'accord avec eux pour les comprendre. En fait, si vous ne les comprenez pas, vous ne comprenez pas ce qui ne va pas dans notre pays.
On n’a pas vu de telle explosion de violence au Royaume-Uni depuis les années 1980. Qu'est-ce qui a mis le feu aux poudres ?
Cette question est mal posée. Depuis 1998, on a compté 333 morts causées par la police. Je dis bien police, et pas prison. Aucun policier n'a été inquiété. Est-ce que la violence policière compte ? La violence a toujours été importante en Grande-Bretagne, mais on l'a exporté, on a été violent en dehors de nos frontières. En Irak, en Afghanistan, en Libye. On a vendu la violence (sous la forme d'armes) à l'Indonésie, la Libye, Bahreïn, la Jordanie, Israël, le Sri Lanka, et beaucoup d'autres pays. Alors pourquoi tolère-t-on cette violence ? Nous vivons dans une société violente où le pouvoir s'acquiert grâce à un pistolet ou un char. La violence ne nous a jamais quittés. Elle est juste rentrée à la maison.
La réponse du gouvernement britannique est-elle appropriée ?
Le gouvernement n'a pas de réponse. Il réussira certainement à rétablir le calme dans les rues, mais il se contentera surtout de fermer les yeux sur les événements en attendant que ça explose à nouveau. Ça arrivera tôt ou tard. On doit dépenser de l'argent pour aider ces quartiers. Ces jeunes ont besoin de travail et d'espoir. Ils ont besoin qu'on leur propose un avenir, qu'on croit en eux, en leurs quartiers, en leurs arts. Le Gouvernement mène un programme de coupes franches et de désinvestissement.
Dans ce cas, existe-t-il d'autres solutions ?
Bien sûr qu'il existe un autre moyen. Dans le contexte actuel, dans ce pays néolibéral mené par la coalition Conservateurs/Libéraux Démocrates, une révolution serait bienvenue. Mais apparemment, les Britanniques ne font pas la révolution. C'est un truc français.
Benjamin Zephaniah, poète enragé
Benjamin Obadiah Iqbal Zephaniah, plus connu sous le nom de Benjamin Zephaniah, né le 15 avril 1958 à Handsworth (Birmingham), est un écrivain rastafarien et poète Dub anglais.
Il a passé une partie de son enfance en Jamaïque.
En 1968, il fait sa première performance dans une église et, dès 1973, il est reconnu pour son art dans sa ville natale.
Zephaniah publie son premier recueil de poèmes, Pen Rhythm, en 1980. Il est si bien reçu qu’il fera l’objet de trois éditions successives. Son album Rasta, où l’on entend le premier enregistrement des Wailers depuis la mort de Bob Marley ainsi qu’un hommage à Nelson Mandela, lui attire une renommée internationale. C’est à la suite de cet album qu’il est présenté à Nelson Mandela, futur président d’Afrique du Sud, alors prisonnier politique. En 1996, ce dernier lui demande de présenter le Two Nations Concert au Royal Albert Hall de Londres.
En novembre 2003, alors qu’un de ses cousins avait trouvé la mort pendant qu’il était détenu par la police, Zephaniah révèle, dans le journal The Guardian, qu’il vient de refuser d’être décoré par la reine Elizabeth II comme "Officer of the Order of British Empire" (OBE). Il explique ce geste en disant que cela le renvoie aux "milliers d’années de brutalité, cela me rappelle comment mes ancêtres ont été violés et brutalisés". Il poursuit en disant "Imprimez ça, Mr Blair, et Mme la Reine, arrêtez de parler d’empire." C’était très inhabituel de dire cela publiquement, les conventions en la matière voulant que l’on ne formule son refus du titre qu’en privé. Il dit qu’il n’avait rien, personnellement, contre la Reine et que "elle est un peu guindée mais c’est une vieille femme sympathique."
Zephaniah se décrit lui-même comme un pur végétalien. Il est membre honoraire de la Vegan Society (Société végétalienne) britannique.
Il vit aujourd’hui à East Ham dans le Nord-Est de Londres et continue de se rendre régulièrement à Handsworth où vit toujours sa mère.
Au vu de son œuvre, Zephaniah a été admis comme docteur honoraire de plusieurs universités : University of North London (en 1998), University of Central England (en 1999), Staffordshire University (en 2002), London South Bank University (en 2003), University of Exeter et University of Westminster (en 2006).
Money, un poème extrait du recueil City Psalms (1992)Il a passé une partie de son enfance en Jamaïque.
En 1968, il fait sa première performance dans une église et, dès 1973, il est reconnu pour son art dans sa ville natale.
Zephaniah publie son premier recueil de poèmes, Pen Rhythm, en 1980. Il est si bien reçu qu’il fera l’objet de trois éditions successives. Son album Rasta, où l’on entend le premier enregistrement des Wailers depuis la mort de Bob Marley ainsi qu’un hommage à Nelson Mandela, lui attire une renommée internationale. C’est à la suite de cet album qu’il est présenté à Nelson Mandela, futur président d’Afrique du Sud, alors prisonnier politique. En 1996, ce dernier lui demande de présenter le Two Nations Concert au Royal Albert Hall de Londres.
En novembre 2003, alors qu’un de ses cousins avait trouvé la mort pendant qu’il était détenu par la police, Zephaniah révèle, dans le journal The Guardian, qu’il vient de refuser d’être décoré par la reine Elizabeth II comme "Officer of the Order of British Empire" (OBE). Il explique ce geste en disant que cela le renvoie aux "milliers d’années de brutalité, cela me rappelle comment mes ancêtres ont été violés et brutalisés". Il poursuit en disant "Imprimez ça, Mr Blair, et Mme la Reine, arrêtez de parler d’empire." C’était très inhabituel de dire cela publiquement, les conventions en la matière voulant que l’on ne formule son refus du titre qu’en privé. Il dit qu’il n’avait rien, personnellement, contre la Reine et que "elle est un peu guindée mais c’est une vieille femme sympathique."
Zephaniah se décrit lui-même comme un pur végétalien. Il est membre honoraire de la Vegan Society (Société végétalienne) britannique.
Il vit aujourd’hui à East Ham dans le Nord-Est de Londres et continue de se rendre régulièrement à Handsworth où vit toujours sa mère.
Au vu de son œuvre, Zephaniah a été admis comme docteur honoraire de plusieurs universités : University of North London (en 1998), University of Central England (en 1999), Staffordshire University (en 2002), London South Bank University (en 2003), University of Exeter et University of Westminster (en 2006).
jeudi 11 août 2011
Emeutes anglaises : Pourquoi ici? Pourquoi maintenant?
par Tariq Ali, 9/8/2011. Traduit par A l'Encontre
Original: Riots: Why here, why now?
Traductions disponibles : Português
Pourquoi donc est-ce que ce sont toujours les mêmes zones qui s’enflamment, quelles qu’en soient les causes? Est-ce purement accidentel? Ou y aurait-il un rapport avec la race, la classe sociale, la pauvreté institutionnalisée et le caractère sinistre de la vie quotidienne? Pris dans leurs idéologies pétrifiées, les politiciens de la coalition (y compris ceux du nouveau parti travailliste, qui pourrait tout aussi bien participer à un gouvernement d’unité nationale si la récession se poursuit) ne peuvent pas le dire, car les trois partis [Conservateur, Libéral-démocrate et Nouveau Travailliste] sont chacun responsables de la crise. C’est eux qui ont créé le gâchis.
Ils privilégient les riches. Ils font savoir que les juges et les magistrats devraient donner l’exemple en infligeant de lourdes peines de prison aux protestataires armés de sarbacanes. Ils ne remettent jamais sérieusement en cause le fait qu’aucun policier n’ait jamais été puni alors que plus de mille personnes sont mortes depuis 1990 alors qu’elles étaient en détention. Quel que soit le parti ou la couleur de la peau du parlementaire, il débite les mêmes clichés. Oui, nous savons que la violence dans les rues de Londres est déplorable. Oui, nous savons qu’il n’est pas bien de piller les magasins. Mais pourquoi ces choses arrivent-elle maintenant? Pourquoi ne sont-elles pas arrivées l’année passée? Parce que des griefs s’accumulent avec le temps, parce que lorsqu’un jeune citoyen noir d’un quartier défavorisé meurt par la volonté du système [samedi, 6 août 2011, Mark Duggan, âgé de 29 ans, a été tué par la police, dans le quartier paupérisé de Tottenham, dans le nord de Londres], cela donne le signal pour le déclenchement d’une contre-offensive.
Et cela pourrait encore s’aggraver si les politiciens et l’élite du monde des affaires, soutenus par une télévision d’Etat soumise et par les réseaux (journaux et TV) de Rupert Murdoch, échouent à s’occuper de l’économie et punissent les secteurs pauvres et défavorisés pour des politiques gouvernementales qu’ils ont eux-mêmes promues depuis plus de trois décennies. Ils ne peuvent pas éternellement déshumaniser l’«ennemi» chez eux ou à l’étranger, semer la peur et procéder à des détentions sans procès.
S’il y avait dans ce pays un réel parti d’opposition, il serait en train de revendiquer le démantèlement de l’échafaudage fragile du système néo-libéral avant qu’il ne s’écroule et lèse encore plus de gens. Partout en Europe les traits distinctifs qui séparaient jadis le centre gauche du centre droit, les conservateurs des sociaux-démocrates, ont disparu. L’uniformité des politiques officielles dépossède les secteurs les moins privilégiés – autrement dit la majorité – de l’électorat.
Les jeunes Noirs chômeurs ou sous-employés à Tottenham, à Hackney, à Ensfield et à Brixton savent très bien que le système est contre eux. Les beuglements des politiciens n’ont pas d’impact sur la plupart des gens, et encore moins sur ceux qui sont en train d’allumer des feux dans les rues. Les incendies seront éteints. Il y aura probablement quelques enquêtes pathétiques pour découvrir pourquoi Mark Duggan a été abattu, des regrets seront exprimés, des fleurs seront envoyées par la police pour ses funérailles. Les protestataires arrêtés seront punis, et tout le monde lancera un soupir de soulagement et passera à autre chose jusqu’à ce qu’une nouvelle explosion se produise.
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mercredi 10 août 2011
Old England: Paroles d'émeutiers
Depuis quatre jours, les commentaires sur les émeutes au Royaume-Uni se multiplient. Riverains victimes de pillages, sociologues, responsables d'associations de quartier, hommes politiques. Chacun apporte son explication aux violences. Les émeutiers sont moins audibles. Pourtant, si certains se contentent de profiter des pillages, d'autres cherchent à faire passer un message.
- "Cibler les richesses"
Dans le quartier de Hackney, un jeune homme de 29 ans se présente à un journaliste du Parisien sous le nom de Yemoko Baboss. Lundi à 16 heures, il était sur Mare Street, là où les émeutiers s'étaient donné rendez-vous. "Il faut se révolter, assène-t-il avant d'argumenter : Les taxes sont trop élevées, on n'a pas de travail et il y a eu trop de coupes dans le budget. Pour le gouvernement aujourd'hui, les jeunes sont d'abord un problème. Il ne faut pas s'étonner de ce retour de bâton."
Yemoko Baboss tient à souligner un autre point : la contestation ne repose sur aucune base raciale. "Il y a des Noirs, mais pas seulement, affirme-t-il. J'ai vu des gens de toutes les origines." Pour lui, participer aux émeutes, c'est avant tout entreren guerre contre "le système". En "ciblant les richesses", en mettant l'économie "à terre", le jeune homme espère faire bouger les choses.
Mais, lucide, il sait que tous les émeutiers ne partagent pas cette conviction : "Il y en a qui profitent de l'opportunité. Quand tu es jeune et qu'il y a des affaires sympas à prendre, c'est sûr que tu te sers."
- "Montrer à la police qu'on peut faire ce qu'on veut"
Interrogées par une journaliste de la BBC après les émeutes à Croydon dans la nuit de lundi à mardi, deux jeunes filles s'amusent de la situation. "C'était de la folie, c'était marrant", lancent-elles tout sourire. Les deux comparses sirotent une bouteille de vin rosé, un vestige de leur récolte de la nuit dans les magasins du quartier. A leurs yeux, les commerces pillés représentent la richesse. Et elles veulent montrer à la fois à la police et aux "riches" qu'elles peuvent faire "ce qu'elles veulent".
De son côté, le Guardian rapporte une conversation entendue par un témoin des pillages dans le nord de Londres. Deux filles se disputent pour savoir quel magasindévaliser : "Allons chez Body Shop", lance la première. "Non, Body Shop, c'est mort, allons plutôt chez Boots", répond la seconde. Le témoin de la scène, qui se fait appeler Tiel, souligne la nonchalance des deux jeunes femmes, comme s'il était normal de faire son shopping à 4 h 30 du matin...
Plus insolite, le Financial Times (article payant) cite une femme sortant d'un magasin, une télévision sous le bras : "Je récupère ce que m'ont pris les impôts".
- En colère contre le fonctionnement du "système"
Celui qui se présente au New York Times sous le nom de Louis James a 19 ans. Lundi, il participait aux émeutes à Camden. Enfant d'une mère qui peine à s'ensortir, orphelin d'un père héroïnomane, déscolarisé à 15 ans, il ne se souvient même plus du nombre d'écoles qu'il a fréquentées. Aujourd'hui au chômage, il se plaint : "Personne ne m'a jamais donné une chance." Il y a trois ans, il a pourtant quitté le gang auquel il appartenait et arrêté de fumer du cannabis. Mais rien n'y fait : lui qui voulait travailler dans le commerce de détail passe son temps devant la télévision. La faute d'après lui aux 76 livres (87 euros) d'indemnité chômage qu'il perçoit tous les quinze jours et qui suffisent juste à le nourrir.
S'il a pris part aux pillages, c'est parce qu'il est "en colère contre tout ce système".Son seul butin : un sweatshirt de la marque Fred Perry. Après coup, il se sent un peu coupable de l'avoir volé. Il insiste : "Je voudrais juste trouver un travail."
Donald Walther, Le Monde, 10/8/2011
Londres, un modèle de mixité urbaine fragilisé par la crise économique
par Marc Roche,Londres, Correspondant, le Monde, 11/8/2011
Dans la capitale, " le fossé entre riches et pauvres ne cesse de grandir ", explique un chercheur. Les émeutes ont eu lieu dans les quartiers où les classes sociales se côtoient sans se fréquenter
Quelles sont les causes des émeutes urbaines qui ont déferlé sur Londres depuis le 6 août ? La pauvreté, la marginalisation sociale, l'absence d'autorité parentale, la haine de la police ou le pur vandalisme expliquent, pêle-mêle, cette flambée de violence qui a envahi le petit écran à grand renfort de chromos.
Mais, contrairement aux idées reçues, les pires saccages n'ont pas eu lieu dans les arrondissements les plus pauvres où rôdent les damnés du quart-monde. Tottenham, Hackney, Clapham, Croydon ou Enfield, théâtres des plus graves violences, sont des quartiers types de la mixité sociale qui est la norme dans la capitale. Ce mélange traditionnel entre riches et pauvres fonctionne sans trop d'accrocs en période d'essor économique.
En revanche, comme l'attestent les actes de délinquance, cette cohabitation peut facilement se fracturer en période de crise économique, de coupes draconiennes dans les dépenses publiques, en particulier dans les budgets sociaux, et d'envolée du chômage des jeunes pas ou peu qualifiés.
" Comparé aux autres métropoles européennes, Londres est une ville où le fossé entre riches et pauvres ne cesse de grandir sans atteindre pour autant les écarts d'une ville comme New York. Toutefois, il n'existe pas de ghettos à l'américaine ni de banlieues sensibles à la française. La capitale est un bel exemple de mixité sociale ", souligne Tony Travers, professeur de politique locale à la London School of Economics.
Pour appuyer son propos, cet expert de la capitale cite l'exemple de Regent's Park, le quartier cossu du centre-ville où il habite. D'un côté, l'alignement des immeubles à colonnades doriques et à balcon en ferronnerie ou en stuc - signés du grand architecte Nash -, où réside une population cossue.
De l'autre, des HLM pas très bien entretenues où vivent petits employés, des ouvriers mais aussi des chômeurs et des immigrants. Albany Road, la longue artère commerciale qui sépare ces deux mondes, est une curieuse suite de petits commerces asiatiques et de débits d'alcool jouxtant des boutiques de mode branchées et des traiteurs où rien ne manque à l'étalage.
Londres est ainsi faite de sociétés juxtaposées, pas nécessairement hostiles, qui se côtoient sans se fréquenter. Chaque groupe a ses valeurs, ses normes, sa façon de vivre. Mais l'envers de cette mixité est que l'étalage de richesses des uns peut créer l'envie chez les autres.
A écouter Tony Travers, cette politique de mixité sociale est le résultat de la fragmentation du pouvoir détenu essentiellement par les 32 boroughs (" bourgs "), l'équivalant à peu près des arrondissements parisiens. La politique du logement, notamment l'attribution des HLM, est de leur ressort, pas de celui de la mairie ou du gouvernement central.
Ces prérogatives étendues expliquent que, dans les bourgs les plus riches et les plus verts comme Kensington et Westminster, de nombreuses HLM ont été construites à côté de luxueuses propriétés.
La " gentrification " des quartiers autrefois déshérités par les propriétaires de la classe moyenne a eu raison de la vieille distinction entre zones nanties et déshéritées. " Les jeunes professionnels peuvent ainsi réaliser à prix bas l'obsession de tout Britannique : posséder sa maison et un petit jardin ", analyse Tony Travers à propos de la poussée de cette nouvelle élite sociale qui a massacré les points de repères sociologiques et les grilles de références politiques.
Tony Travers insiste enfin sur une autre facette de cette crise : l'énorme pouvoir de la Metropolitan Police, la Met, première force du royaume avec 30 000 policiers. Fondé en 1819 par Sir Robert Peel pour prévenir les délits, Scotland Yard, ancêtre de la Met, est un Etat dans l'Etat.
Si le maire fixe le budget et désigne le président de l'autorité de contrôle, la force est totalement autonome sur le plan opérationnel. Le seul pouvoir du ministre de l'intérieur est la nomination du commissaire en chef de la Met. Outre son rôle de représentation, le maire ne contrôle en fait que l'infrastructure, en particulier le transport et le planning urbain.
mardi 9 août 2011
Londres: l'intifada anglaise en chiffres
16 000 policiers appartenant à 30 forces de police du royaume ont été mobilisés pour patrouiller dans les rues de la métropole anglaise depuis lundi, dans le cadre de l'opération "Trident". Tous les congés ont été suspendus dans la police. Au moment où les émeutes ont éclaté à Croydon, Clapham, Camden, Lewisham, Peckham, Newham, East Ham, Enfield, Woolwich, Ealing et Colliers Wood, 6 000 policiers "seulement" étaient opérationnels.
563 personnes ont été arrêtées, 105 ont été inculpées pour pillage et émeute. Toutes les cellules des commissariats sont pleines.
111 hommes policiers et 5 chiens policiers ont été blessés
Depuis lundi soir, les pompiers ont reçu 2 169 appels et la police métropolitaine 20 800 appels d'urgence
Coût prévisionnel des 3 premières nuits d'émeutes : 100 millions de livres (114 millions €)
Coût prévisionnel des 3 premières nuits d'émeutes : 100 millions de livres (114 millions €)
La carte des émeutes
FUCK CAMERON! Londres, jour 3: extension de la révolte-Comment dit-on intifada en anglais ?
| La révolte qui a éclaté samedi dernier à Tottenham après la mort de Mark Duggan, s'est étendue à d'autres quartiers populaires de Londres et à d'autres villes du royaume. Les classes populaires -jeunes et moins jeunes - de la vieille Angleterre, toutes origines ethniques confondues, démontrent un radicalisme d'une autre trempe que les "indignés" espagnols. Ils ne parlent pas, ils pratiquent la critique en actes. Pour ce qui est de la parole, écoutez cette "clocharde" haranguer les émeutiers de Hackney. Elle dit tout en 45 secondes. | |
In Pictures: London's burning, day 3 Riots continue for the third night in the British capital. Matthew Cassel, Al Jazeera, 09 Aug 2011 |
Riots in London have continued for a third night and they spread to new areas of the city and to other cities in what is seen as Britain's worst violence in decades. The rioting began on Saturday after hundreds of people held a protest over the killing of 29-year-old Mark Duggan by police in Tottenham, north London.
| Hackney, east London [Luke MacGregor/Reuters] |
| Hackney, east London [Kerim Okten/EPA] |
| Hackney, east London [Luke MacGregor/Reuters] |
| Hackney, east London [Olivia Harris/Reuters] |
| Hackney, east London [Toby Melville/Reuters] |
| Enfield, north London [Ki Price/AFP] |
| Brixton, south London [Suzanne Plunkett/Reuters] |
| Hackney, east London [Toby Melville/Reuters] |
| Brixton, south London [Suzanne Plunkett/Reuters] |
| Enfield, north London [Ki Price/AFP] |
| Peckham, south London [Dylan Martinez/Reuters] |
| Ealing, west London [Toby Melville/Reuters] |
| Croydon, south London [Dylan Martinez/Reuters] |
| Croydon, south London [Carl de Souza/AFP] |
| Croydon, south London [Carl de Souza/AFP] |
dimanche 7 août 2011
Londres: révolte logique à Tottenham
La révolte qui a éclaté samedi soir à Tottenham, dans le nord de Londres, après l'assassinat par la police, mardi, d'un homme de 29 ans, rappelle celle de 1985, après la mort d'une femme au cours d'une perquisition policière. Les images que nous publions préfigurent l'avenir proche de l'Europe, lorsque le système n'aura plus à offrir que du plomb et du gaz aux braves gens mis sur la paille par les banksters.
In Pictures: London's burning
Crowds express rage in Tottenham, north London after a man is killed in armed stand-off with police.
Matthew Cassel, Al Jazeera 07 Aug 2011
Hundreds of angry protesters gathered near Tottenham police station in north London on Saturday evening demanding justice for the fatal shooting of a 29-year-old man during an apparent exchange of gunfire with police officers on Thursday. As riot police were brought into the area, crowds torched two patrol cars, a bus and a shop outside the police station on the High Road in Tottenham, smashing up shop windows.
In 1985, similar protests and subsequent riots happened in Tottenham after a woman died during a police search of her home.
| 1) Police officers wearing riot gear stand in a street in Tottenham, north London [Stefan Wermuth/Reuters] |
| 2) A double decker bus burns as riot police try to contain a large group of people [Leon Neal/AFP] |
| 3) A shop and police car burn in Tottenham [Leon Neal/AFP] |
| 4) A man stands in front of police officers wearing riot gear in Tottenham [Stefan Wermuth/Reuters] |
| 5) A shop burns on a main road in Tottenham [Leon Neal/AFP] |
| 6) A woman walks through the debris with two children on a main road in Tottenham [Leon Neal/AFP] |
| 7) A damaged travel agency in Tottenham [Stefan Wermuth/Reuters] |
| 8) An advertising poster for a bookmaker is seen through smashed glass on High Road in Tottenham the day after protests [Leon Neal/AFP] |
| 9) Police gather outside a damaged branch of Barclays bank on High Road in Tottenham [Leon Neal/AFP] |
| 10) Local residents discuss the previous night's events as they stand next to a destroyed shop on High Road in Tottenham [Leon Neal/AFP] |
| 11) A boy cycles past a burnt-out police car on High Road in Tottenham [Leon Neal/AFP] |
| 12) Firefighters spray the smouldering remains of a burnt-out shop on High Road in Tottenham [Leon Neal/AFP] |
| 13) A burned down building the day after riots in Tottenham [Arrizabalaga Facundo/EPA] |
jeudi 30 décembre 2010
"S’ils nous considèrent Algériens, qu’ils nous donnent notre droit. Et s’ils ne nous considèrent pas comme tels, qu’ils nous disent de changer de pays" : nouvelles révoltes dans la ceinture de misère d’Alger
Omis par l’opération de relogement à Alger, Baraki et Oued Ouchayah s’embrasent
Par Hamid Mohandi, Le Courrier d’Algérie, 26/12/2010
Emeute à Baraki, sit-in à Oued Ouchayah et ébullition dans plusieurs quartiers et bidonvilles, suite aux opérations de relogement inscrites dans le cadre de la lutte contre l’habitat précaire.
La banlieue d’Alger s’embrase pour un logement.
Décidément, pour chaque opération de relogement inscrite dans le cadre de la lutte contre l’habitat précaire, des émeutes s’éclatent entre les forces de l’ordre et des citoyens qui s’estiment lésés de leur droit légal à un logement décent.
Lorsque les procédures règlementaires en vue de bénéficier d’un logement se heurtent à des blocages de tout bord, le recours à l’affrontement devient ainsi, pour ces citoyens, la seule alternative pour faire entendre leurs voix face à des responsables locaux qui ne manient de façon majestueuse que le langage des fausses promesses.
C’est d’ailleurs ce qui s’est passé, hier, au niveau du quartier d’El Baraka, à la daïra de Baraki, dans la banlieue d’Alger où une centaine de jeunes ont décidé d’entrer en affrontement avec les forces de l’ordre qui se sont dépêchées sur les lieux dès les premières heures afin d’étouffer une manifestation pacifique prévue par les citoyens pour décrier la gestion des responsables locaux en matière de relogement.
Perchés sur les toits ou dissimulés derrière les murettes de leurs habitations, si visiblement précaires, les manifestants ont usé de pierre, de bouteilles de verre et des pneus brûlés pour repousser les éléments de la police anti-émeutes qui répliquent difficilement et de la façon la plus prudente étant donné que l’affrontement s’est déroulé au coeur même de ce quartier.
Sur place, nous avons trouvé des femmes, des hommes âgés et des jeunes filles en ébullition mais aussi désespérés de voir de plus en plus leur vie basculer du mauvais au pire. Ils contemplaient de loin leurs enfants qui font face aux forces de l’ordre. Ces familles qui occupent les 160 foyers que compte ce quartier construit à l’époque coloniale, n’ont pas eu leur dose de bonheur durant toutes les opérations de relogement que la capitale a connu depuis le début de l’année en cours.
Elles revendiquent leur droit au logement à l’instar de leurs voisins à qui la première tranche du quota a été octroyée en 2008. Deux années se sont succédées et plusieurs opérations de relogement ont été effectuées et le nouveau toit tant espéré par cette population demeure toujours une désillusion, de l’encre sur papier, une promesse sans lendemain. Pourtant, les familles sont recensées et les dossiers ont été déposés depuis une belle lurette.
Dans le désarroi, ces familles s’estiment lésées et exclues de leur droit, et ce, au moment où des milliers de logements ont été distribués dans le cadre du programme de lutte contre l’habitat précaire de la wilaya d’Alger. « Nous, on nous rebat les oreilles que par de fausses promesses.
On ne peut pas patienter davantage. Si on se tait, personne ne prendra en charge nos requêtes. Nous avons décidé de tenir un sit-in et déléguer six personnes afin de discuter de notre situation avec le chef de daïra. Mais au lieu de voir ce responsable venir nous rassurer, il nous envoie les forces de l’ordre.
C’est lui qui a transformé notre action pacifique à une émeute. C’est lui qui nous a provoqué», nous affirmera un des citoyens. « Ici à Baraki, il n’y a pas de crise de logement, il ya une crise de gestion et une envolée de Tchipa (corruption)», ajoute une dame avant que les éléments de la police antiémeute ne foncent soudainement sur la foule qui nous a entouré. Plus de peur que de mal.
C’était juste pour disperser certains jeunes qui ne voulaient guère observer un répit. Il importe de signaler qu’au moment de l’affrontement, le wali délégué et le P/APS-c de la commune de Baraki sont curieusement absents. Ils ont déserté leurs bureaux pour fuir leurs responsabilités, estime un des citoyens de cette localité d’Alger.
La colère et la perplexité minent de plus en plus l’esprit des occupants du quartier les Palmiers de Oued Ouchayah. Après avoir procédé, samedi soir, à la fermeture du tunnel en guise de protestation contre l’exclusion et les inégalités en matière de relogement dont sont victimes, plusieurs citoyens ont observé un sit-in dans l’intention de soulever leurs problèmes avec le wali d’Alger, devant l’oeil vigilant de la brigade anti-émeute dépêchée sur place.
Si l’affrontement avec les forces de l’ordre a cessé, la colère reste immuable sur les visages des 600 familles occupant le quartier. Les citoyens disent qu’ils sont indubitablement prioritaires pour être relogés.
Ils occupent des baraques et ils vivent dans la plus ignoble des misères. Ils sont considérablement frustrés de ne pas être parmi les bénéficiaires, alors que d’autres quartiers moins affectés et moins détériorés ont vu leurs rêves exaucés.
Ils tentent vaille que vaille de trouver une éventuelle sortie de crise, pourvu qu’ils quittent ce qu’ils appellent la « jungle ». « On vit au milieu des rats et des serpents. On est constamment confronté au risque de l’effondrement du tunnel. Les conditions sont inimaginablement invivables », affirme-t-on sur les lieux.
« S’ils nous considèrent Algériens qu’ils nous donnent notre droit. Et s’ils ne nous considèrent pas comme tels qu’ils nous disent de changer de pays », s’écria un des pères de famille. Selon lui, c’est le wali délégué d’El Harrach qui jette de l’huile sur le feu, en leur déclarant que leur situation lui importe peu.
Au moment où nous mettons ce papier sous presse, les choses se sont terminées comme elles avaient commencé. Il n’y rien de joyeux à l’horizon. La patience résistera-t-telle devant la négligence ?
Des manifestations ont éclaté à Diar Echems, à Oued Ouchayah et à Baraki Relogement sur fond,d’émeutes à Alger
Par Le Financier, 26/162/2010
Des émeutes ont éclaté dans les quartiers, pourtant inscrits dans le programme des 10 000 familles à recaser, et qui devraient attendre, présentement, une hypothétique seconde opération de relogement.
Premiers à sortir dans la rue : les habitants de la cité des Palmiers, dans la commune de Bachdjarah. Ces derniers ont procédé, dans la journée de samedi, à la fermeture du tunnel de Oued Ouchayah, bloquant la circulation des heures durant, dans les deux sens. Des affrontements ont eu lieu avec les forces de sécurité.
Le wali délégué a dû se réunir jusque tard dans la nuit de samedi à dimanche avec les délégués du quartier afin de les rassurer, qu’ils n’ont pas été oubliés et que leur tour viendra. Mais le sentiment général, au quartier des Palmiers, c’est que “l’État veut gagner du temps ; nous berner encore une fois”. En fait, ce quartier a été concerné par le passé par une opération de relogement qui avait touché pratiquement la plupart des habitants, suite aux travaux du creusement du tunnel de Oued Ouchayah qui avaient sérieusement endommagé les bâtisses. Deux immeubles, cependant, avaient été laissés pour plus tard.
Ce plus tard qui dure depuis plus d’une décennie. Entre-temps, l’ex-gouvernorat d’Alger a eu l’ingénieuse idée de recaser, dans les immeubles déserts, les anciens habitants des centres de transit, rendant la gestion de la cité des plus kafkaïennes. Hier, les forces de l’ordre étaient présentes en grand nombre, devant le tunnel de Oued Ouchayah, pour parer à toute reprise du blocage de cet important axe routier. À Diar Echems, la seconde opération de recasement a fait, comme prévu, des mécontents, qui ont exprimé leur colère hier matin, au moment du début de l’opération.
Mais c’est à Baraki, dans le quartier Diar El-Baraka, que la situation a dégénéré, hier. Les affrontements ont opposé les habitants aux forces de l’ordre. Les routes menant de Baraki à Sidi-Moussa et de Baraki à Larbâa ont été fermées à la circulation. Les habitants de Diar El-Baraka protestent contre le fait qu’ils ne soient pas inclus dans la liste des personnes à recaser en cette fin d’année. Il y a lieu de noter que les policiers ont reçu l’ordre de ne pas faire usage de bombes lacrymogènes et d’éviter d’envenimer la situation.
La tension vécue par le quartier Diar El-Baraka a été exploitée par l’ex-“émir” du GIA, Abdelhak Layada, habitant Baraki, qui a voulu s’immiscer dans les pourparlers engagés par le wali délégué et les représentants des habitants. Une immixtion qui rappelle bien de mauvais souvenirs vécus par le pays et dont les responsables, à tous les niveaux, ne semblent pas en avoir pris la véritable mesure. Au-delà du fait de savoir qui a bénéficié et qui n’a pas bénéficié de l’opération de relogement de 10 000 familles algéroises, et quels quartiers ont le plus bénéficié de l’attention des responsables chargés de l’opération, par rapport à d’autres quartiers, la question est de savoir : comment ont-ils pu arrêter le chiffre de 10 000 familles à reloger ? Et pourquoi, à la fin de l’opération, on se rend compte que des milliers d’autres familles, pourtant inscrites dans le programme, doivent-elles encore attendre ? Qui est prioritaire ? Celui qui attend depuis plus de 40 ans, ou celui qui a acheté une baraque il y a quelques mois, avec l’assurance d’être relogé dans les tout prochains jours ? Car, ce n’est pas tant le nombre de logements sociaux à distribuer qui pose problème, c’est la poursuite de la politique de l’autruche.
Des opérations de “débidonvillisation” ont été entamées depuis l’époque de Chadli Bendjedid. Au lieu de constituer une solution à un problème, elles se sont transformées, au fil des ans, en une manne inespérée pour les responsables locaux et tous les vautours spécialisés dans le “trafic de la misère”. Du coup, le maintien des poches de misère constitue, pour les responsables locaux, une manne qu’ils utilisent à des fins personnelles.
On a encouragé l’édification de bidonvilles dans la capitale, on a fermé l’œil sur les constructions illicites, sur les toits d’immeubles, parfois sur des projets d’utilité publique. Cette fuite en avant n’a que trop duré et cela tant que l’État algérien reste incapable d’imposer la loi à tout le monde.
La crise des bidonvilles et des habitations menaçant ruine ne fait que commencer et les charlatans ne rêvent que de voir des émeutes éclater partout, pour ressurgir.
Les émeutes se poursuivent à Alger !
par Abderrahmane Semmar, El Watan, 28/12/2010
Décidément, les émeutes sont en train de transformer Alger en un brasier ardent. Mardi matin, des centaines de jeunes de Baraki ont encore une fois manifesté leur colère en bloquant la route qui mène vers Sidi Moussa. La veille, durant la nuit du lundi, les habitants de "Laquiba" ont pris d'assaut la rue pour demander leur droit au relogement.
Les jeunes de Baraki sont sortis mardi, une nouvelle fois, dans la rue pour réclamer leur droit à un logement décent. Et tôt le matin, ils ont procédé à la fermeture de la route qui mène vers Sidi Moussa pour dire tout haut que les promesses des autorités publiques ne suffisent plus à les calmer.
Ces jeunes dont les familles occupent des taudis à Baraki ont pris leur mal en patience depuis des années. Et cette fois-ci, la misère et la galère ont fini par avoir raison de leur sang-froid. Le flou et les anomalies qui ont entouré les récentes opérations de relogement à Alger ont été également cette goutte d'eau qui a déversé définitivement le vase de la révolte.
Une révolte qui commence à toucher d'autres quartiers pauvres où la promiscuité et l'exiguïté des logements précaires tourmentent des familles entières. Pour preuve, tout au long de la nuit du lundi, des troubles ont éclaté à "Laquiba", la commune de Belouizdad, et à Rouiba au niveau des chalets de Drâa El-Guendoul.
Des centaines de familles occupent ces chalets depuis 2003 et évoluent dans des conditions de vie déplorables. Lundi soir, ils sont descendus, eux-aussi, dans la rue pour dire qu'ils ont ras-le-bol de cette "vie de misère". A "Laquiba", un autre quartier sinistre de la capitale, la situation est aussi très tendue.
Les promesses du relogement datent de plusieurs années et jusqu'à aujourd'hui, l'humidité et le froid continuent à ronger les murs délabrés des vieilles maisons lesquelles menacent de tomber en ruine à chaque intempérie.
Pour faire face à ce vent de révolte et à cette énième crise sociale, les autorités publiques ont promis de distribuer encore plus de logements en 2011. Mais jusque là, les forces de l'ordre ont été les premiers à se mobiliser pour contenir la colère populaire. Les affrontements sont d'une rare violence et à chaque fois des blessés sont à déplorer.
Source : http://www.elwatan.com/une/les-emeutes-se-poursuivent-a-alger-28-12-2010-104866_108.php
Ces jeunes dont les familles occupent des taudis à Baraki ont pris leur mal en patience depuis des années. Et cette fois-ci, la misère et la galère ont fini par avoir raison de leur sang-froid. Le flou et les anomalies qui ont entouré les récentes opérations de relogement à Alger ont été également cette goutte d'eau qui a déversé définitivement le vase de la révolte.
Une révolte qui commence à toucher d'autres quartiers pauvres où la promiscuité et l'exiguïté des logements précaires tourmentent des familles entières. Pour preuve, tout au long de la nuit du lundi, des troubles ont éclaté à "Laquiba", la commune de Belouizdad, et à Rouiba au niveau des chalets de Drâa El-Guendoul.
Des centaines de familles occupent ces chalets depuis 2003 et évoluent dans des conditions de vie déplorables. Lundi soir, ils sont descendus, eux-aussi, dans la rue pour dire qu'ils ont ras-le-bol de cette "vie de misère". A "Laquiba", un autre quartier sinistre de la capitale, la situation est aussi très tendue.
Les promesses du relogement datent de plusieurs années et jusqu'à aujourd'hui, l'humidité et le froid continuent à ronger les murs délabrés des vieilles maisons lesquelles menacent de tomber en ruine à chaque intempérie.
Pour faire face à ce vent de révolte et à cette énième crise sociale, les autorités publiques ont promis de distribuer encore plus de logements en 2011. Mais jusque là, les forces de l'ordre ont été les premiers à se mobiliser pour contenir la colère populaire. Les affrontements sont d'une rare violence et à chaque fois des blessés sont à déplorer.
Source : http://www.elwatan.com/une/les-emeutes-se-poursuivent-a-alger-28-12-2010-104866_108.php
29 émeutiers de Baraki et Oued-Ouchayah devant le juge
Par Irane Belkhedim, Le Soir d’Algérie, 30/12/2010
29 jeunes émeutiers, dont 7 mineurs, ont été arrêtés lors des protestations citoyennes survenues au cours de cette semaine dans les quartiers de Baraki et de Oued-Ouchayah (cité les Palmiers). Accusés d’atteinte à l’ordre public, ils seront présentés à la justice. – «52 policiers ont été blessés légèrement lors des émeutes, et l’on a enregistré un seul blessé parmi les citoyens. Un policier a été grièvement blessé et est encore sous surveillance médicale», a indiqué hier Samir Khaoua, commissaire principal chargé de la communication à la Sûreté de wilaya d’Alger, lors d’une conférence de presse animée au commissariat central, sur le bilan des récentes descentes policières menées à l’est d’Alger. Des sorties sur terrain ont été organisées à Dar-El- Beïda et à Rouiba et pour ce faire, 2000 policiers ont été mobilisés. 3 117 citoyens et 3 156 véhicules ont été contrôlés. L’opération s’est soldée par l’interpellation de 35 personnes et 82 contraventions infligées à des automobilistes.
«Par ces opérations, nous visons la sécurisation des Algérois», a expliqué Samir Khaoua, précisant que d’autres sorties seront opérées dans différents quartiers algérois. Il a même invité les journalistes à y assister. Des enquêtes récentes menées par les équipes de la police judiciaire ont permis de mettre fin à l’activité d’un réseau de falsification de documents administratifs à la mairie de Baraki. «Une trentaine de citoyens en ont été victimes. Les trois auteurs, qui sont en détention préventive, proposaient des documents contre 2 000 à 20 000 DA. Le fonctionnaire de la mairie de Baraki utilisait son handicap pour passer inaperçu devant les agents de sécurité», a affirmé Youcef Boutaouine, commissaire principal et chef divisionnaire de la police Est. Un second réseau composé de huit personnes, spécialisé dans les agressions et les vols à main armée (armes à feu et armes blanches), activant entre Alger et Tizi-Ouzou, a été démantelé.
«Nous avons récupéré trois voitures et 14 millions de dinars», a ajouté Youcef Boutaouine. En outre, la police judiciaire d’Alger- Centre a arrêté six personnes, deux Algériens et quatre Africains, pour trafic illicite de drogues et de stupéfiants. «Les ressortissants africains étaient en situation irrégulière. Généralement, ces Africains sont rusés, ils ne révèlent jamais leur véritable identité (sic !!!) », a déclaré Tarek Keskas, commissaire de police et chef divisionnaire de la police Centre.
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