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mercredi 13 janvier 2016

Sultanahmet, Istanbul, 12 janvier 2016 : la réponse du berger à la bergère

La bergère, c'est Angela Merkel, le berger, c'est le Calife autoproclamé. La bombe de Sultanahmet, qui a tué une dizaine de touristes allemands hier à Istanbul, était prévisible, attendue, "logique". Il a fallu moins d'une semaine pour que les partisans de Daech donnent leur première réponse à l'engagement militaire allemand aux côtés des USA, de la France, du Royaume-Uni contre l’État islamique. Cet engagement est certes modeste, mais stratégique. Il consiste principalement en 2 Jets Tornado basés en Turquie, qui photographient les cibles à bombarder et en un Airbus de ravitaillement en vol. Mme Merkel, vous avez du sang sur les mains, du sang arabe et du sang allemand !-FG
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dimanche 8 septembre 2013

U.S. hands off Syria: March in New York City Bas les pattes de la Syrie !: manifestation à New York

More than 1,000 demonstrators protested the threatened attacks on Syria in New York City on Sept. 7, marching from Times Square to Union Square along Broadway past tens of thousands of people on a warm Saturday. Sara Flounders, co-coordination of the International Action Center, invited demonstrators to come to Washington on Monday, Sept. 9, to protest when the U.S. Congress reconvenes. Many other organizations supported the march. This was one of at least 40 demonstrations held across the U.S. today. The main slogan was "U.S. hands off Syria."
John Catalinotto
Plus de 1000 personnes ont manifesté contre la menace d'attaque de la Syrie le 7 septembre, défilant de Times Square à Union Square en passant par un Broadway plein de gens en ce samedi chaud.  Sara Flounders, une des coordinatrices de l'International Action Center, a invité les manifestants à venir à  Washington lundi 9 septembre, pour protester devant le Congrès lors de sa réouverture. Beaucoup d'autres organisations soutenaient la manifestation. Le même jour, il y a eu plus de 40 manifestations à travers tous les USA. Le slogan principal était "U.S. hands off Syria"(USA, bas les pattes de la Syrie !).





mardi 5 février 2013

Al-Qaïda au Mali et en Syrie : Le cynisme de l'antiterrorisme à géométrie variable





Jürgen Todenhöfer
Traduit par  Michèle Mialane
Edité par  Fausto Giudice Фаусто Джудиче فاوستو جيوديشي

Au Mali l’Occident combat Al-Qaida, en Syrie il se bat à ses côtés. Les ennemis se changent en alliés au gré des intérêts économiques
S'il est prévu que François Hollande intervienne ce mardi à la tribune de l'Assemblée générale de l'ONU, aucun rendez-vous avec Barack Obama n'est programmé.
La France a de gros intérêts économiques au Mali. Sa priorité n’est nullement la démocratie au Mali.  Photo: Bouchon Marmara/Le Figaro.
Quand l’Occident a envahi l’Afghanistan, il l’a fait au nom de la guerre contre le terrorisme international. Attitude totalement contre-productive. À l’échelle mondiale, le nombre des attentats-suicides a été multiplié par plusieurs entiers après le 11 septembre. Chaque mort de terroriste a suscité des dizaines de nouvelles vocations. Les « guerres contre le terrorisme » sont des programmes de développement du terrorisme.
Depuis, les terroristes opérant sur le sol national ou les « djihadistes nomades » pullulent dans le monde musulman. Ils sont essentiellement financés par des organisations privées saoudiennes, qui souhaitent répandre leur Islam wahhabite fondamentaliste dans un monde musulman qui ne compte que 2% de croyants de ce courant.
Mais, en  dépit de ce que  prétendent les  politiciens occidentaux, l’Europe a  jusqu’ici été largement épargnée par les terroristes d'Al-Qaïda. Selon Europol, en 2010, seuls trois des 249 attentats effectifs ou déjoués sur le sol européen étaient l'œuvre d’islamistes. Et en 2011, sur 174 on n’en comptait aucun. La plupart des auteurs en étaient des séparatistes ou des activistes d’extrême-gauche*.
Toutefois nous ne devrions pas laisser le monde musulman seul face au terrorisme. En définitive la cause principale de ce problème - désormais épidémique - est la politique agressive que mène l’Occident contre le monde musulman depuis des siècles.
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mercredi 19 décembre 2012

Débat sur la Syrie: le chansonnier allemand Konstantin Wecker se retire d'adopt a revolution

par Hintergrund, 14/12/2012. Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala
 
Pris de doutes quant au pacifisme des initiateurs, Konstantin Wecker a retiré sa signature à un appel  lancé par les organisations «  medico international » et « adopt a revolution » ayant pour but de soutenir l’opposition civile syrienne.
Konstantin Wecker à une manifestation pacifiste
Parmi les 60 premières personnalités signataires, issues du monde de la politique, de l’art et de la science on trouve la Première secrétaire du SPD, Andrea Nahles, Claudia Roth, Présidente des Verts, Katja Kipping, Présidente de Die Linke (La Gauche), des sociologues et philosophes tels qu’Elmar Altvater, membre du Conseil scientifique d’Attac-Allemagne, Ekkehart Krippendorff, Frigga Haug et Wolfgang Fritz Haug ainsi que les écrivains Navid Kermani  et Ilja Trojanov. (voir ici)
Ce sont des amis qui, selon les propres dires de Wecker, ont éveillé en lui des doutes relatifs à son soutien: s’agissait-il vraiment d’une action en faveur de la paix ? Après avoir d’abord annoncé, mercredi 12, qu’il « allait suivre de près l’évolution et les retombées de cet appel » il a fini le lendemain par retirer sa signature.  HINTERGRUND documente ci-dessous les raisons de la décision du chansonnier :
      " Chers amis,
Des amis du Mouvement pour la paix ont appelé mon attention sur une déclaration de Ferhat Ahma, membre du Conseil d’admistration  et l’un des principaux initiateurs d’ « adopt a revolution ». Le 3 décembre, Monsieur Ahma déclarait sur DLF : «  Je crois que pour faire chuter le régime le plus rapidement possible, les rebelles ont besoin aujourd’hui comme hier d’armes efficaces et meilleures. Sinon le combat durera  longtemps encore. » Dans ce contexte je dois retirer ma signature de l’appel pour la Syrie. Ce n’est pas ce que j’appelle une démocratisation civile .
On devrait mettre au premier plan la volonté de dialogue. Cette déclaration ne manquera malheureusement pas d’induire une toute autre interprétation de l’appel et des regrets qu’il exprime « de voir le Conseil de sécurité de l’ONU s’obstiner à se paralyser lui-même. » On comprendra par là « s’obstiner à refuser de bombarder la Syrie » - des regrets auxquels je ne m’associe nullement! Cet appel ne doit pas ouvrir la porte à l’option militaire.
Il nous faut une logique de paix, et non de guerre.
J’avoue - et je le regrette - ne m’être pas avisé, lorsque j’ai signé cet appel, qu’il  n’excluait pas expressément toute intervention militaire et que donc certains signataires considéraient sans doute qu'une intervention militaire peut parfaitement être un moyen d’imposer un choix. Je ne peux que rejeter cette attitude." (Source)
 Constantin Wecker à une manifestation contre le projet S21 à Stuttgart

Alfred Grosser dit Non à l'appel au lynchage de Bachar el-Assad

par Arnold Schölzel, junge Welt, 17/12/2012

Selon des informations parvenues au journal « junge Welt », le publiciste, sociologue et politologue Alfred Grosser, qui réside à Paris, aurait retiré sa signature d’une lettre ouverte au Président syrien Bachar el-Assad (voir « junge Welt » du 13 décembre 2012, première page). Le texte de cette lettre a été rendu public le 7 décembre, publié le 9 dans le quotidien français Libération, mais c’est seulement au milieu de la semaine dernière (9 au 16) que les agences de presse allemandes l’ont fait connaître dans ce pays.
La lettre a été signée par six lauréats du Prix de la paix des libraires allemands Alfred Grosser, David Grossman, Claudio Magris, Orhan Pamuk, Boualem Sansal et Martin Walser. Grosser, qui a reçu le prix en 1975, a déclaré samedi à l’Union boursière des libraires allemands que les « menaces proférées à la fin » de la lettre n’étaient « pas acceptables ». Que jamais encore il n’avait retiré son approbation après l’avoir donnée, mais que cette fois il ferait « une exception » . Dimanche on n’a pu joindre à ce sujet ni Grosser ni un porte-parole des libraires.
 
 Alfred Grosser
 
Le passage de la lettre incriminé par Grosser est le suivant : « Hors cette voie (démission, négociations, exil, ndlr), il n’y en a qu’une pour vous, hélas pour votre famille : la mort comme Saddam Hussein ou Kadhafi. Ou la prison à vie dans une cellule aseptisée de La Haye. »
 
Cette lettre a été rédigée au nom d’une « Association des écrivains pour la paix. » L’initiative en revient à David Grossman et Boualem Sansal qui avaient lancé début octobre un « Appel de Strasbourg », rejoint par environ 140 écrivains. L’association avait été présentée à la Foire du livre de Francfort, à laquelle assistait également David Grosser. On avait alors présenté comme futur  secrétaire général de l’organisation Denis Huber, le directeur du Centre Nord-Sud au Conseil de l’Europe ».
 
Le vendredi 7 l’association "Arbeiterfotografie" (Photographie ouvrière), entre autres,  s’était adressée à Grosser pour lui exprimer ses regrets de voir sa signature figurer en bas de cette lettre et lui demander de revoir son soutien en raison du dernier passage.
 
Le samedi 8, le Centre culturel Nazim Hikmet, à Istanbul, avait lui aussi exprimé dans un communiqué de presse ses critiques envers la signature de la lettre par le Prix Nobel de littérature Orhan Pamuk. Le communiqué dit notamment : « Ces auteurs se sont clairement laissé instrumentaliser par l’OTAN (...) Le Prix Nobel de littérature turc (...) ne représente ni les intellectuels ni l’opinion publique en Turquie. »
 
Dès jeudi le chansonnier Konstantin Wecker avait retiré son soutien à l’Appel pour la Syrie «Aider la liberté» lancé par « medico international » et « Adopt a Revolution »  (voir junge Welt du 14 décembre). Il avait déclaré que l’un des principaux initiateurs de «Adopt a Revolution», Ferhad Ahma, avait dit, au sujet de le guerre en Syrie : « Je crois que pour faire chuter le régime le plus rapidement possible, les rebelles ont besoin aujourd’hui comme hier d’armes efficaces et meilleures. Sinon le combat durera encore longtemps. » Parmi les 60 premiers signataires de la lettre, on comptait l'ex Première secrétaire du SPD, Andrea Nahles, Claudia Roth, Présidente des Verts, Katja Kipping, Présidente de Die Linke (La Gauche), l’écrivain Navid Kermani, le théologien Friedrich Schorlemmer ainsi qu’Elmar Altvater, membre du Conseil scientifique d’Attac-Allemagne.

mardi 20 septembre 2011

La Libye, le chaos et nous

par Santiago Alba Rico, 20/9/2011. Traduit par Fausto Giudice
La dernière semaine d'août, après l'entrée des rebelles à Tripoli, un cri de soulagement et de joie a éclaté dans le monde arabe. Au Yémen et en  Syrie les manifestations populaire contre les dictatures d'Ali Saleh et Bachar Al Assad se sont multipliées et intensifiées à la lumière de cette victoire que tous les peuples de la région vivaient comme la  leur. En Tunisie,  les 22 et 23 août, des réfugiés libyens et des citoyens  tunisiens ont  célébré la chute de Kadhafi  dans les rues de la capitale, mais aussi à Sfax, Gabès et Djerba. Même les partis de gauche se sont joints à la célébration. Ainsi, le Parti communiste des ouvriers de Tunisie, d’ Hamma Hammami, un des opposants les plus persécutés par le régime de Ben Ali, a diffusé le 24 août une déclaration félicitant "le peuple frère de Libye pour sa victoire sur le régime despotique et corrompu de Kadhafi, en espérant que désormais le peuple libyen pourra décider de son propre destin, récupérer ses libertés et ses droits et construire un système politique fondé sur la souveraineté qui lui permet te de reconstruire son pays, de mobiliser ses richesses  au profit de tous les citoyens et d'établir des profondes relations fraternelles avec les peuples voisins. " Au cours des six derniers mois, dans toutes les capitales arabes où les gens protestaient contre les dictateurs locaux, souvent au péril de leur vie, on a organisé des manifestations de solidarité avec le peuple libyen ; que cela nous plaise ou non, alors qu’il s’agit de l'une des régions les plus anti-impérialistes du monde, il n'y a eu aucune protestation contre l'intervention de l'OTAN.

Ces derniers mois, j'ai parfois eu l'impression que tandis que la droite colonise et bombarde le monde arabe, la gauche (une partie de la gauche européenne et latino-américaine) lui explique quand, comment et de qui il doit se libérer. Je ne vais pas entrer dans la polémique très vive  qui a fracturé le camp anti-impérialiste ;  je veux juste remarquer que le seul endroit où cette polémique n’a pas eu lieu  a été curieusement celui où les événements sont survenus. Alors que la gauche occidentale échangeait des gnons à propos de d'intervention de l'OTAN, les peuples arabes, accompagnés par une gauche régionale que  ni l'Europe ou l'Amérique latine n’ont écoutée, se sont consacrés à lutter contre les dictatures avec des moyens et dans des conditions qu’aucune analyse marxiste n’aurait prévu ni même souhaité. Le fait est que les puissances occidentales ne s’étaient  pas non plus attendues à ce qui s’est passé ni ne l’avaient souhaité  et le résultat de leur improvisation bâclée, aussi hypocrite que diligente, est encore une inconnue.

Une des erreurs dans l'analyse schématique d'un secteur de la gauche occidentale (aussi occidentale en cela que le sont les bombes de l’Alliance atlantique) a consisté à attirer l'attention sur les intérêts euro-usaméricains en Libye, comme si ces intérêts n’avaient pas été assurés sous Kadhafi et comme si, de toute manière, une intervention était la conséquence nécessaire d’une énumération d’intérêts. On n’intervient pas où et quand on veut, mais où et quand on peut. Les intérêts motivent sans doute une intervention militaire, mais ne la rendent pas forcément possible. Dans le cas de la Libye, à mon avis, ce sont deux facteurs qui l’ont rendue possible.

La première est qu'il s’agissait, comme l'ont immédiatement  reconnu les peuples et les gauches  arabes, d’une cause juste. La révolte populaire qui a commencé à Benghazi et a avorté dans le quartier de Fachloum  à Tripoli le 17 Février, était le prolongement, avec une égale légitimité et spontanéité, des révolutions en Tunisie et en Égypte. Jean-Paul Sartre a écrit en 1972 que " le pouvoir utilise la vérité quand il n’y a  pas de meilleur mensonge." Dans ce cas, aucun mensonge n’était mieux que la vérité elle-même:  le "tyran monstrueux" était un monstrueux tyran et les "rebelles libyens" étaient réellement des rebelles libyens. L’Occident utilisant la vérité pour sa propagande, la gauche schématique - très loin ou avec peu de connaissance de la région -, est tombée  dans le piège et s’est mise à répéter candidement face à celle-ci, un tas de mensonges et de demi-vérités, offrant à ceux qui bombardaient une cause juste et assumant l’ignominie  de défendre une injustice.

Le deuxième facteur a trait à l'isolement du régime Kadhafi. Mis à part le Nicaragua et le Venezuela, très éloignés de la scène, les seuls amis qu’avait Kadhafi dans le monde étaient quelques dictateurs africains et quelques impérialistes occidentaux. Une fois qu’il eut été abandonnée par ces derniers, aucun État  ayant un poids géostratégique - ni la Ligue arabe, ni la Chine ni la Russie – n’allait opposer de résistance à l'intervention de l'OTAN. Contrairement à ce qui se passe pour la Syrie, un nœud d’équilibres très sensibles dans lequel Bachar Al Assad vend la «stabilité» tous azimuts tout en tuant impunément des milliers de révolutionnaires, Kadhafi et son régime ne représentaient rien dans la région. Au contraire, tous les intérêts, y compris politiques, le rendaient vulnérable: plus que le pétrole, il faut compter parmi les facteurs déclencheurs de l’ intervention de l'OTAN les pressions de l'Arabie Saoudite sur les USA, très réticents à une intervention, et l' occasion pour la France de retrouver du prestige dans son  " arrière-cour " naturelle, l'Afrique du Nord, après la claque prise en Tunisie et en Egypte, où le soutien à Ben Ali et Moubarak (avec le scandale des vacances payées de ses ministres) avait mis Sarkozy complètement hors jeu.

L'autre erreur commises par certains secteurs de la gauche a à voir précisément avec leur schématisme ou plutôt, leur monisme. Les peuples et les  gauches arabes, risquant leur vie sur le terrain, ont compris d’emblée l'impossibilité d'échapper à l'inconfort d'analyse s’ils voulaient renverser leurs dictateurs. Ils ont su qu’il fallait affirmer de nombreux faits en même temps, dont certains contradictoires entre eux.  Dans le cas de la Libye, ces cinq ou six faits sont les suivants: Kadhafi est un dictateur, la révolte libyenne  est populaire,  légitime et spontanée ; elle  est immédiatement infiltrée par des opportunistes, des libéraux pro-occidentaux et des islamistes ;  l'intervention de l’OTAN n’a jamais eu d’objectif humanitaire, l'intervention de l'OTAN a sauvé des vies ; l'intervention de l'OTAN a provoqué  la mort de civils ; l'intervention de l'OTAN menace de transformer la Libye en un protectorat occidental. Que faisons-nous de tout  ça? Nous pouvons laisser de côté la realpolitik pour  aller au réalisme et  tenter d'analyser les nouveaux rapports de forces dans le contexte d'un monde arabe en plein  processus de transformation. Ou bien nous pouvons affirmer Un Seul Fait – monisme - et soumettre tous les autres à la cravache négationniste.  Ainsi, si nous parlons seulement de l'intervention de l'OTAN, avec ses crimes et ses menaces, nous sommes immédiatement contraints par une logique symétrique qui nous éloigne toujours plus de la réalité, de nier le caractère dictatorial de Kadhafi et d’affirmer, au contraire, son potentiel émancipateur et anti-impérialiste ; à nier le droit et la spontanéité de la révolte libyenne et affirmer, par ailleurs, sa dépendance mercenaire d'une conspiration occidentale. L'inconvénient de cet exercice de monisme est qu’il  laisse de côté précisément les données qui comptent le plus pour les peuples et les gauches arabes et devraient être le plus importantes pour les  anti-impérialistes du monde : l'injustice d'un tyran et la revendication de  justice du peuple libyen.
Le  monisme simplifie les choses là où elles sont très-très-compliquées. L’OTAN elle-même est consciente de cette complexité, comme en témoigne le fait que, comme l’a rappelé Gilbert Achcar,  elle a bombardé très peu la Libye, en vue de prolonger la guerre et d’essayer de gérer une défaite du régime sans vraiment rompre avec lui ; c’est-à-dire le contraire de ce que demandait  le peuple libyen. Le conflit entre l'OTAN et une partie des rebelles est manifeste, comme il l’est entre les rebelles et le groupe dirigeant  du CNT. Nous avons entendu ces derniers jours les dénonciations très agressives, visant à la fois les USA et l’ Angleterre, Mustafa Abdoul-Jalil et Jibril Mahmoud, et émanant d’ Abdelhakim Belhaj et Ismaïl  Salabi, les commandants rebelles liés à l'islamisme militant. Comme en Tunisie et en Égypte, les islamistes sont bien organisés et ont une  force, mais ce ne sont pas eux qui ont initié les révoltes. Il est très triste de voir tout d'un coup certains secteurs de la gauche rejoindre le chœur de la «guerre contre le terrorisme» et de la «menace d'Al Qaïda », alors que les révolutions arabes ont révélé que ce courant avait une influence très faible  sur la jeunesse arabe. Quelles que soient ou qu’aient été les relation entre Al Qaïda et le Groupe combattant islamique libyen, les déclarations publiques de ses dirigeants en faveur d’ un "État civil" et d’une "véritable démocratie",  très peu crédibles,  démontrent une grande connaissance du courant principal à l’œuvre  dans la région aujourd'hui. Les gens de gauche devront peut-être se faire à l’idée  que le monde arabe va inévitablement être gouverné par l'Islamisme dans les années à venir  - si on l’avait laissé gouverner il y a 20 ans, aujourd’hui il s’en serait libéré - mais la visite triomphale d’ Erdogan en Égypte, Tunisie et Libye indique que l'Islamisme ne sera  plus celui du djihad et des attentats-suicide,  comme on le voulait dans l'UE et aux USA, mais un «islamisme démocratique», dont les  limite, de toute manière, se révéleront aussi rapidement aux yeux d'un population excédentaire de jeunes de plus en plus intégrée dans les  réseaux d'information mondiaux.

Quoiqu’il en soit, la gauche, qui n’a ni armes ni argent,  devrait oser parler seulement après avoir imaginé ce qu’elle en aurait fait, si elle en avait eu – des armes et de l’argent.  Les aurait-elles donnés à Kadhafi ? Ou bien aux rebelles, anticipant ce qu’a fait l'OTAN? Ce que la gauche occidentale doit savoir, c’est qu’en soutenant  Kadhafi, elle ne soutient pas Chávez (contrepoint démocratique du tyran  libyen, malgré ses déclarations absurdes), mais Aznar et Berlusconi, et, pire encore, Ben Ali et Moubarak. La gauche arabe, très réaliste, sait ce qu’aurait signifié une victoire de Kadhafi pour le printemps arabe toujours en cours. N'oublions pas que Kadhafi a soutenu le dictateur tunisien après son départ, a menacé son peuple et a cherché à déstabiliser ses  nouvelles institutions pour remettre la famille Trabelsi au pouvoir jusqu'à ce que, justement, la révolte  populaire libyenne du 17 Février fasse échouer tous ses plans. L'étouffement par le sang et le feu de la révolte libyenne aurait mis en péril les acquis révolutionnaires de la Tunisie et de l'Égypte,  encouragé une répression encore plus grande au Yémen et en Syrie et congelé toutes les protestations qui refleurissent  au Maroc, en Jordanie et à Bahreïn. On ne peut pas –vraiment pas – être en même temps en faveur des révolutions arabes et de Kadhafi. Paradoxalement, ceux qui soutiennent Kadhafi  appuient sans s’en rendre compte l’offensive contre-révolutionnaire de l'OTAN en Afrique du Nord.

Peut-être faut-il préférer un ordre mauvais, pourvu qu’il soit invincible, à un désordre ambigu dans lequel il existe une possibilité de vaincre, même si c’est à long terme ; peut-être eût-il été préférable que ce lourdaud de Mohamed Bouazizi  ne s’immole pas, mettant le feu à toute la région, nous qui étions si tranquilles ; peut-être aurions-nous préféré que les peuples arabes ne se soulèvent pas s’ils ne sont pas  capables d’être marxistes et si à la fin, cela ne sert à rien ou seulement à ce que l’Islam règne ou qu’une poignée d’humiliés et d’offensés respirent un peu. Mais ce n’est pas nous qui décidons. Ce qui est sûr, c’ est que les peuples arabes, y compris celui de Libye, ont décidé de se débarrasser des dictatures les plus longues sur la planète, "dégelant" une région du monde pétrifiée depuis la Première Guerre mondiale et condamnée encore et toujours à servir des intérêts étrangers ; et en  décidant cela, ils l’ont remise dans le « courant central de l’histoire ». Bien sûr, on peut se laisser aller à éprouver des nostalgies de la guerre froide ; on peut se rassurer en voyant des conspirations des méchants habituels de toujours,  en s’épargnant ainsi l’effort de se rapprocher de nos semblables sur le terrain et d’analyser soigneusement les nouveaux acteurs qui interviennent sur la scène du monde. On peut faire des discours au lieu de faire de la politique, et faire des remontrances aux Arabes au lieu d’apprendre d’eux.  Ou bien alors on peut essayer d’être solidaires des peuples qui en ce moment essaient d’en finir avec une histoire ou d’en commencer une nouvelle ; avec ceux qui, comme en Syrie, au Yémen, à Bahreïn, essaient de secouer le joug de leurs dictateurs et avec ceux qui, comme en Tunisie, en Égypte et en Libye, doivent tenter de se libérer, dès maintenant, de diverses formes d’intervention étrangère.

vendredi 25 mars 2011

Syrie : Cessez immédiatement les massacres de manifestants pacifiques



Communiqué de presse :

Copenhague, le 25 mars 2011 : Le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme (REMDH) condamne énergiquement le massacre de plus de 30 civils par les forces de sécurité en Syrie depuis une semaine, de même que les atteintes répétées aux droits fondamentaux de manifestants pacifiques.

De nombreux rassemblements pacifiques ont eu lieu en Syrie à la suite de la diffusion, sur des réseaux sociaux sur Internet, d’appels à des manifestations non violentes le 15 mars 2011 pour réclamer des réformes démocratiques, la remise en liberté des prisonniers de conscience et la fin de l’état d’urgence en vigueur depuis 1963.
Les manifestations ont débuté dans la ville de Deraa, située à 130 kilomètres au sud de Damas, puis se sont rapidement propagées à un grand nombre de villes et de villages dans tout le pays. Plutôt que de tirer les leçons des événements qui se sont produits en Tunisie et en Égypte, les autorités syriennes ont décidé de réprimer sévèrement les protestataires, tirant à balles réelles pour disperser les manifestants et plaçant des centaines de civils en état d’arrestation. Après six jours d’affrontements, les manifestations se sont soldées par des dizaines de morts et de blessés, des disparues et des centaines de détentions arbitraires.
Le matin du mercredi 23 mars, les forces armées syriennes ont fait irruption dans la mosquée Omari à Deraa et se sont mises à tirer sur les civils sans armes qui s’y étaient rassemblés. L’électricité et les communications dans une partie de la ville ayant également été coupées.
Ce grave incident a été suivi par l’arrestation arbitraire de centaines de civils, y compris des militants des droits de l’Homme et pro-démocratie, des avocats et des blogueurs. Au nombre des personnes arrêtées se trouvent notamment Hafiz Abdul Hafiz, Souhair Al Atassi et Hervin Oussi. Le jeudi 24 mars, Mazen Darwish, directeur du Centre syrien pour les médias et la liberté d’expression (SCM) et l’écrivain Louay Hussein ont été relâchés après avoir été tenus au secret.
Plusieurs prisonniers de conscience, dont Kamel al Labwani, Ismail Abdi, Anouar Al Bunni et l’avocat de défense des droits de l’Homme Mohannad Al Hassani, ainsi que des personnes arrêtées récemment à la suite de leur participation à un rassemblement devant le Ministère de l’Intérieur, ont entrepris une grève de la faim en solidarité avec les victimes de la répression.
Le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme condamne vigoureusement la violente répression, y compris le recours à des balles réelles, visant des protestataires pacifiques qui ont exercé leur droit légitime à la liberté d’expression, d’association et de réunion dans divers lieux de la Syrie au cours des derniers jours, et il demande instamment au gouvernement syrien de :
- mettre fin à la répression des militants pacifiques ;
- garantir les droits de la population à la liberté d’expression, à la liberté d’association et à la liberté de réunion et de mouvement ;
- remettre en liberté tous les militants et les protestataires qui ne sont détenus que pour avoir pris part à une manifestation pacifique ;
- instruire immédiatement des enquêtes sur les massacres, les arrestations, les détentions au secret, les mauvais traitements et les actes de torture et de brutalité excessive perpétrés par la police contre des activistes et des manifestants pacifiques ;
- ouvrir un dialogue véritable et entreprendre des réformes politiques.

Enfin, le Réseau euro-méditerranéen des droits de l’Homme prie instamment l’Union européenne et ses États membres de faire usage de tout leur poids diplomatique pour mettre fin au massacre de civils en Syrie.

jeudi 30 avril 2009

Sous faux pavillon : Qui est Louai Sakra ?

ou Comment un agent triple a organisé en 2003 en Turquie des attentats terroristes imputés à Al Qaïda
par Jürgen Elsässer, Traduit par Michèle Mialane, révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala

Source : Unter falscher Flagge: Wer ist Louai Sakra?
Ce texte est une adaptation par la revue autrichienne International Nr. 1/2009 de Terrorziel Europa. Das gefährliche Doppelspiel der Geheimdienste, par Jürgen Elsässer, Residenz Verlag, St. Pölten 2008, 344 S., 21,90 €
Sur l’auteur

Le fondamentalisme islamique est certes une réalité, mais son potentiel terroriste est avant tout une invention des services secrets usaméricains et britanniques, destinée à impliquer l’Europe de plus en plus profondément dans la guerre qu’ils mènent à l’échelon mondial.
La menace que représente Al Qaïda sert à justifier de attaques de plus en plus marquées contre les droits démocratiques. Un État entièrement sous surveillance, comme celui que décrit George Orwell dans « 1984 » n’est plus un cauchemar de science-fiction, mais un programme de gouvernement - au moins en Grande-Bretagne et en Allemagne.


Beyoglu est peut-être le quartier le plus européen d’Istanbul ; sur la promenade Istiklal Caddesi (Rue de l’Indépendance), les femmes en talons hauts et jupes courtes flânent dans les boutiques de luxe et les passages commerçants, nulle part de foulard, sans parler de voile. Des agences bancaires internationales et de compagnies aériennes, des hôtels select, des agences et des galeries d’art moderne donnent le ton : ici on est cosmopolite. Le quartier offre nombre d’attractions touristiques, dont la place Taksim avec l’opéra, la Tour Galata avec son panorama époustouflant, le palais Dolmabahce de l’époque du sultanat. À l’époque de l’Empire ottoman les minorités non-musulmanes et les résidents étrangers habitaient déjà ce quartier, et ce n’est guère étonnant qu’aujourd’hui encore presque toutes les représentations diplomatiques occidentales y soient concentrées.


Le jardin du consulat britannique après l'attentat



La banque HSBC après l'attentat


Les bombes d’Aladin

C’est non loin de là que les auteurs de l’attentat du 20 novembre ont frappé : une camionnette a pénétré à 11 heures (heure locale) dans le bâtiment du consulat britannique, puis une très forte détonation a retenti. Une partie de l’énorme bâtiment n’était plus que décombres. Les murs extérieurs se sont renversés sur la route et des masses de décombres ont endommagé les autos. Même le portail d’entrée, lourd de plusieurs tonnes, n’a pas résisté à l’explosion. Dans les rues environnantes les vitres ont volé en éclats. « J’ai cru que c’était un tremblement de terre, tout le bâtiment vacillait », raconte un membre du personnel turc qui se trouvait alors à l’office(1). Cet attentat a fait au moins 27 morts, dont le consul général britannique, Roger Short.

L’agence centrale de la banque britannique HSBC en Turquie, un bâtiment de 20 étages situé sur une artère principale à plusieurs voies, était au même moment victime d’un autre attentat. Un spectacle terrifiant: « Devant le bâtiment gisaient trois personnes, une autre devant l’entrée latérale, une cinquième sur le trottoir, tous méconnaissables, le visage noirci », raconte un passant au Stern. « Des bras et des mains arrachés parsemaient le sol » (2). Cinq jours plus tôt une auto transportant une bombe avait déjà explosé devant Neve Shalom, la plus grande synagogue d’Istanbul, et une autre devant celle de Beth Israel, dans le quartier de Bebiktab. Le 15 novembre était jour de sabbat, les édifices religieux étaient emplis de fidèles. 24 personnes ont été déchiquetées, en majorité des musulmans qui se trouvaient dans les mosquées voisines ou au travail dans les commerces des alentours. Ce furent les premiers attentats imputés à Al Qaïda en Turquie. Par la suite la justice devait inculper 173 islamistes. Le premier procès se solda par 7 condamnations à la perpétuité. Le plus connu des condamnés était un certain Louai Sakra.


La synagogue Neve Shalom après l’attentat


L’itinéraire d’un Frère musulman

Sakra a été arrêté fin juillet 2005 à Diyarbakir, dans l’Est de la Turquie. Plus tard les enquêteurs l’ont accusé d’avoir pris part à la planification des attentats de 2003. Des poseurs de bombes avaient déclaré lors des interrogatoires qu’un Syrien du nom d’«Aladin »avait financé les attentats. L’identification dudit Syrien n’a pas été trop difficile : Sakra est Syrien et l’un de ses noms de code était «Dr Alaa » ou encore « Ala al Din »(3) Il est censé avoir « proposé » les attentats et les avoir financés avec « 160 000 dollars provenant du trésor de guerre d’Al Qaida ». On avait réussi à arrêter Sakra après un incendie survenu dans son appartement de vacances à Antalya, où il aurait manipulé des explosifs. « J’avais préparé une bombe d’une tonne et j’avais aussi attaqué des navires israéliens », aurait écrit Sakra selon certains journaux turcs, lorsque les policiers l’emmenèrent. À l’automne 2007, alors qu’il était au quartier de haute sécurité de la prison de Kandira, 100 km à l’Est d’Istanbul, il accorda au journal londonien le Times plusieurs interviews où il esquissait sa biographie. Selon la rédaction, « il a dévoilé son rôle prétendu dans quelques-uns des principaux complots et peut-être répondu à quelques-unes des questions non résolues qui s’y rattachent. » (6)

Selon cette source, Sakra a grandi en Syrie. Il a été politisé dès sa prime jeunesse : en 1982, - il avait alors neuf ans- Hafez el Assad réprima un soulèvement de la confrérie fondamentaliste des Frères musulmans. Lors du nettoyage de la ville de Hama les forces de sécurité massacrèrent des dizaines de milliers de croyants. « Comme tous les autres jeunes garçons musulmans j’ai été profondément marqué par cet événement » se souvient Sakra.(7) L’éclatement de la guerre civile en Bosnie, en 1992, galvanisa Sakra – il voulait absolument aider ses frères dans la foi. Il commença par ouvrir en Turquie un bureau de recrutement pour moudjahiddines, qui organisait aussi l’aide médicale. Puis il s’entraîna au combat avec des volontaires dans les montagnes de Sylva, aux environs d’Istanbul. De là, les combattants partaient pour les Balkans, et aussi en Tchétchénie. Ce faisant il entra aussi en contact avec Abou Zoubaïdah, un proche de Ben Laden. Il aurait préparé avec lui un attentat en Jordanie à l’occasion du changement de millénaire ; mais cet attentat a été déjoué. Après l’invasion de l’Irak par les troupes US, Sakra dit avoir combattu les occupants, aux côtés du terroriste de choc Moussaq Al Zarqaoui. Au vu de ce catalogue, rien d’étonnant à ce que les publications US placent le Syrien au 5e rang dans la hiérarchie d’Al Qaida . Son avocat, Osman Karahan, propose un rang encore plus élevé : Sakra serait le « Numéro 1 » du réseau d’Al Qaida, du moins pour l’Europe, l’Iran et la Syrie(8). C’est peut-être un peu exagéré. En Turquie des sources policières considèreraient plutôt Sakra comme un cas psychiatrique, ou peut-être un égotiste qui surestime son rôle. » (9)

Sakra et le 11 septembre

Mais on ne devrait pas prendre trop vite le Syrien pour un mégalomane. Car il se trouve qu’un point central de son histoire est confirmé précisément par ceux d’en face : son rôle dans la préparation des attentats du 11 septembre. « J’étais de ceux qui connaissaient les auteurs du 11 septembre et à l’avance le lieu et l’heure des attentats. J’ai aussi participé à la préparation des attaques contre le World Trade Center et le Pentagone. J ‘ai fourni de l’argent et des passeports.» (10) Selon les indications de Sakra, 6 hommes sont arrivés en 1999 dans son camp d’entraînement des montagnes de Yalova ; quatre d’entre eux voulaient aller combattre en Tchétchénie. Mais la frontière géorgienne étant fermée, tous les six, avec l’aide de Sakra, qui leur donna de l’argent et des passeports et falsifia les visas (11), s’envolèrent pour l’Afghanistan. Là-bas ils furent reçus par l’ami de Sakra, Abou Zoubaïdah, et initiés à la tâche prétendument la plus importante de leur vie – et la dernière : la participation aux attentats du 11 septembre. Effectivement les six noms figurent sur la liste des pirates morts dans les attentats que le gouvernement US publia ensuite : Ahmed et Hamza Al Ghamdi (dont les corps auraient brûlé dans la tour Sud du World Trade Center), Satam Al Sugami (mort dans la tour Nord), Saïd Al Ghamdi (mort dans l’avion qui s’est écrasé en Pennsylvanie) ainsi que Majed Moqued et Nawaf al Hazmi (qui se seraient trouvés dans l’avion qui s’est crashé sur le Pentagone ) (12).


Satam Al Sugami & Saïd Al Ghamdi


Majed Moqued &
Nawaf al Hazmi


Les témoignages relatifs au 11 septembre fournis par Sakra au Times ont été partiellement confirmés par la Commission du 11 septembre du Congrès US. Celle-ci a également réuni des renseignements selon lesquels neuf des 19 pirates présumés, dont les quatre désignés par Sakra, auraient eu au départ l’intention de gagner la Tchétchénie via la Turquie et la Géorgie. La mise en garde que Sakra a effectuée en amont prouve aussi qu’il était bien au courant des préparatifs de l’attentat. Le Spiegel écrit : « Le 10 septembre 2001, veille des attentats, Sakra aurait informé les services secrets syriens qu’Al Qaïda préparait dans un avenir proche des attentats en Amérique. Ni les villes ni les bâtiments visés n’ont été révélés, mais Sakra dévoila la veille des attaques des détails de l’ « Opération Mardi Saint », entre autres l’utilisation d’avions et le choix de tours pour cibles. Les services secrets occidentaux en déduisent qu’il était évidemment dans le secret des dieux. » (14) Parmi les sources occidentales auxquelles se réfère le Spiegel figure entre autres Georges Tenet, à l’époque chef de la CIA.

Il préfère le whisky à Allah

Stupéfiant : l’homme impliqué dans tant d’horreurs de la prétendue Guerre Sainte n’était lui-même rien moins que religieux. Lorsqu’en prison, au cours de ses interrogatoires on lui proposa de faire une pause pour prier, il répondit : « Je ne prie pas. Je n’aime pas prier. Je préfère l’alcool, surtout le vin et le whisky. »(15) À Antalya, à l’époque où selon ses dires il préparait un attentat contre un navire de croisière israélien, on l’a vu flemmasser au bord de la piscine du centre de vacances, boire de la bière et admirer les charmes d’une beauté aux longs cheveux. La police déclara qu’un tel comportement à l’étage suprême d’Al Qaïda était « troublant ».(17)

En présence de telles contradictions, rien d’étonnant à ce que le quotidien turc Zaman titre l’un de ses premiers articles après l’arrestation de Sakra : « Al Qaida : une opération de services secrets ? (18) Concernant le dossier de la police turque relatant les interrogatoires de Sakra, le journal écrit que la CIA avait offert à Sakra, avant le 9 septembre, puisque c’était en l’an 2000, un job et une importante somme d’argent. Cette année-là, les Usaméricains auraient eu deux entretiens avec lui. Suite à ces entretiens, la CIA lui offrit un poste. « Plus tard la Sécurité nationale syrienne l’a arrêté, interrogé et visiblement lui a offert un travail. Et les services secrets turcs l’auraient courtisé eux aussi dès 2000 sur demande des Usaméricains. » (18) »Sakra serait ainsi devenu un agent triple des services secrets » résume Zaman. Que Sakra ait été, au moins pour un temps, l’homme de Washington, a été confirmé indirectement par Tenet, le chef de la CIA alors en poste, comme nous l’avons déjà dit. Dans son livre publié en 2007 « At the Center of the Storm » il parle de la mise en garde pour le 11 septembre reçue le 10 et écrit qu’un « informateur que nous avons utilisé en commun avec un pays du Moyen-Orient a rencontré son chef étranger et lui a dit en substance « qu’il se préparait une grosse affaire. »(20) Le nom de l’informateur n’apparaît certes pas ici de manière explicite, mais les détails fournis par Tenet correspondent bien à la mise en garde de Sakra telle que la rapporte le Spiegel à la veille du massacre. Aucun autre agent travaillant AUSSI pour la CIA ne dit avoir informé avant le 11 septembre un gouvernement du Moyen-Orient de la catastrophe imminente.

Le rôle douteux du BND (Bundesnachrichtendienst, Services de renseignement allemands, NdT)

Sakra affirme avoir été en contact également avec le suspect du 11 septembre, Mohammed Atta, de Hambourg - sans donner de détails toutefois. (21) Une chose est certaine : il a fait en Allemagne deux séjours assez longs. De septembre 2000 au 24 juillet 2001 il était inscrit comme demandeur d’asile sous le nom de « Louai Sakka » à Schramberg, une paisible petite ville de Forêt Noire. Il habitait au foyer d’accueil de Majolika avec sa femme, alors âgée de 18 ans, et leurs deux enfants. « Si le Syrien avait choisi le Sud de l’Allemagne, c’est sans doute parce qu’il avait fait en 1997 la connaissance de deux convertis, les frères Christian et Matthias K., deux jeunes Allemands passés à l’Islam et entichés de Tchétchénie et de moudjahidisme. Une entente parfaite régnait entre les deux familles : les deux Allemands ne tardèrent pas à épouser des sœurs de Sakra et à s’installer près de Schramberg. « (22) Il est possible qu’il ait eu des contacts avec les deux frères par l’intermédiaire du prédicateur de la Guerre Sainte Yehia Youssef, qui connaissait les deux frères depuis l’époque où il vivait à Fribourg. Lorsque Sakra arriva à Schramberg, Youssef, devenu un indicateur de la Protection de la Constitution (Verfassungsschutz, équivalent allemand des RG, NdR) en Bade-Wurttemberg était en train de déménager à Ulm, où se créa par la suite l’un des centres du fondamentalisme violent.

De fin juillet à début octobre 2001 - donc juste avant et juste après le 11 septembre- on ne trouve pas trace de Sakra en Allemagne. Et puis le revoilà. Cette fois-ci il atterrit à Holzgerlingen, une petite ville près de Stuttgart. Et là la police criminelle fédérale (BKA) le prend dans son collimateur. « À la fin de l’année 2001, Sakra, c’est une grosse prise pour les enquêteurs allemands » résume Panorama, le magazine d’ARD ( le plus gros multimédia audiovisuel allemand, NdT) .(23) « Il avait pu contribuer à découvrir, voire détruire les cellules d’Al Qaïda encore présentes sur notre sol ; il avait pu contribuer à empêcher d’autres attentats », a dit à Panorama un fonctionnaire de police. Mais la PJ ne parvient pas à se saisir de Sakra, qui s’enfuit toujours à temps, visiblement avec l’aide du BND. « Le grave soupçon des fonctionnaires de la PJ, selon un document interne : les Services secrets, la BND, se sont aussi intéressés à Sakra. À la suite de quoi ils auraient empêché toute mesure policière à l’encontre du terroriste. Et ramené Sakra en Syrie. » (24) Le BND opposa un énergique démenti.

Après l’arrestation de Sakra en août 2005 la Commission de contrôle parlementaire [Parlamentarisches Kontrollgremium,PKG, nouveau nom donné en 1999 à la commission du Bundestag chargée de superviser l’activité des services de renseignement, dont le nom, datant de 1978, s’abrégeait en PKK, ce qui faisait mauvais genre, le PKK étant un parti kurde considéré comme terroriste, NdR] se pencha sur cette affaire, interrogea des chargés de mission du gouvernement fédéral ainsi que des membres des Services secrets et examina les dossiers internes. À l’issue du processus, la commission, composée de représentants de tous les partis déclara à l’unanimité que « Les accusations portées contre le BND sont, d’après les constatations de la Commission de contrôle, dépourvues de tout fondement ».(25) Toutefois des doutes persistent, car le PKG a été régulièrement induit en erreur par le gouvernement au cours des dernières années, précisément en ce qui concerne la coopération germano-usaméricaine dans la lutte contre le terrorisme. En outre deux députés particulièrement doués pour l’investigation, Max Stadler (FDP, libéraux) et Wolfgang Neskovic (Die Linke, la Gauche), qui devaient dévoiler plusieurs cas de dissimulation au cours de la législature suivante, ne faisaient pas encore partie de la commission. Hans-Christian Ströbele, le troisième empêcheur de tourner en rond [avocat, député des Verts, NdR], ne se souvient absolument pas de la séance de la Commission relative au cas de Sakra. N’a pas non plus été tiré au clair par le PKG un autre grave soupçon concernant Sakra. Ce dernier, durant sa détention en Turquie, aurait été approché par deux hommes de langue anglaise qui lui auraient offert 10 millions de dollars pour désigner Asif Chaoukat, le chef des Services secrets syriens, comme le commanditaire du meurtre du Premier ministre libanais Rafik Hariri en 2005. S’il acceptait, le Procureur général allemand Detlev Mehli, chargé par l’ONU de l’enquête sur le meurtre de Hariri, lui rendrait visite en prison et « il aurait la vie sauve. » (26)

L’homme aux multiples visages

Les déclarations faites par Sakra à Zaman et au Times sont-elles exactes ? On n’en sera sans doute jamais tout à fait sûr. En effet, personne ne sait si l’homme ne qui a comparu devant le tribunal et se trouve actuellement en prison est bien celui qu’on cherchait. Lors de son arrestation à Antalya il était déjà différent de celui qui figurait sur les avis de recherche après l’attentat d’Istanbul- il avait subi une opération de chirurgie du visage. (27). Plus tard, au début du procès, en mars 2006, il avait à nouveau changé d’aspect ; il avait pris du poids et portait une barbe. Le Washington Post déclare : « Plus de 20 journalistes présents ne sont pas parvenus à reconnaître Sakra à son entrée dans la salle ; même son propre avocat met en doute la prétendueidentité de son mandant. » (28)

Notes


1 Ingo Bierschwale: Blankes Entsetzen nach dem Blutbad, Stem Online, 20.11.2003.


2 Cf. Ingo Bierschwale


3 Dominik Cziesche (et al.): Aladin aus dem Schwarzwald, Spiegel, 15.8.2005.


4 Karl Vick: A Bomb Builder, >Out of the Shadows<, Washington Post, 20.2.2006.


5 dpa: Turkei erlässt Haftbefehl gegen Syrer, Berliner Morgenpost, 12.8.2005.


6 Chris Gourlay/Jonathan Calvert: Al Kaida kingpin: I trained 9/11 hijqckers, Sunday Times, 25.11.2007.


7 Cf. Chris Gourlay /Jonathan Calvert.


8 Cf. Chris Gourlay/Jonathan Calvert.


9 Cf. Chris Gourlay/Jonathan Calvert.


lO Ercan Gun: Al-Qaeâa, A Secret Service Operation?, Zaman, 14.8.2005.


11 Ercan Gun: Interesting Confessions: IProvided 9/11 Attackers with Passports, Zaman, 14.8.2005.


12 Cf. Chris Gourlay/Jonathan Calvert.


13 9/11 Commission, version anglaise,p. 233.


14 Cf. Dominik Cziesche/et al.


15 Cf. Ercan Gun, Note 11.


16 Cf. Karl Vick.


17 Cf. Ercan Gun, Note 11.


18 Cf. Ercan Gun, Note 10.


19 Cf. Ercan Gun, Note 10.


20 George Tenet: At the Center of the Storm. My Years at the CIA, New York 2007, S. 160.


21 Cf. Ercan Gun, Note 11.


22 Cf. Dominik Cziesche /et al.


23 Thomas Bernât, Ahmet Senyurt: Sakra - Fluchthilfe fur einen Terroristen?, ARD-Panorama, 27.10.2005.


24 Cf. Thomas Berndt, Ahmet Senyurt.


25 Communiqué du Bundestag, Vorwürfe von »Panorama« ge­genüber BND nicht bestätigt, 30.11.2005.


26 Nick Brauns: Komplott aufgeflogen, junge welt, 15.11.2005; Sakra avait décrit l’épisode dans une lettre au quotidien arabe Al Hayat.


27 Cf. Karl Vick.


28 Karl Vick: Suspect in Al-Qaeda Bombings Disrupts Trial in Turkey, WP, 21.3.2006.