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lundi 17 août 2015

Grèce : La nuit des dupes
Une nuit qui dure depuis cinq ans et demi

par Christine Cooreman, 17/8/2015

Au petit matin du vendredi 14 août, le Parlement grec a adopté le 3ème Mémorandum, autrement dit le "plan de sauvetage", qui impose à la Grèce une série de "réformes" meurtrières en échange d'un nouveau prêt de 85 milliards d'euros. Au total, 222 élus ont voté pour, 64 se sont prononcés contre – dont une trentaine membres de Syriza, y compris l’ex-ministre des Finances Varoufakis –, 11 se sont abstenus (3 députés étaient absents). Le texte a donc été validé à la majorité grâce au soutien des trois grands partis d’opposition, Nouvelle Démocratie (conservateur), le Pasok ("socialiste") et To Potami ("centre gauche"). Christine Cooreman nous raconte comment elle a vécu ces heures noires.-Tlaxcala

http://tlaxcala-int.org/upload/gal_11239.jpg
"La nuit du 13 au 14 août 2015"
Dimitris Hantzopoulos,  quotidien I Kathemirini du 14 août 2015
D'habitude, je traduis (c'est ce que je fais pour gagner mon pain quotidien). Je ne dis pas ce que moi je pense. Mais, ce coup-ci, ce sera différent. Quoique, dans un sens, il s'agira de nouveau de traduire. Mais, ce sera traduire en mots tout un vécu. Celui de la journée du 13 et de la nuit du 13 au 14 août : le coup de grâce...
Cela fait plus de cinq ans maintenant que je lis, j'écoute, je discute et me dispute, pour comprendre ce qui nous est tombé sur la tête, ici, en Grèce et, là, en « Europe ». Je n'ai jamais été conservatrice (sauf en 1e primaire où je passais tous les matins saluer la directrice de l'école...) et ce que j'avais connu de plus « à gauche » était le parti communiste grec de la fin des années 70 et du début 80. La dictature des colonels m'avait très peu touchée (j'avais 11 ans et des poussières quand ils ont dû quitter le pouvoir) mais j'avais vécu une certaine mentalité (celui du caporal ou du contrôleur de bus qui se croit investi du pouvoir suprême et sorti de la cuisse de Jupiter....).
J'étais absente de Grèce entre 1982 et septembre 1990. Donc, certaines choses bien importantes, je ne les ai pas vécues de première main. Mais, j'ai eu le temps de vivre LE « changement », avec l'arrivée d'Andréas Papandréou au pouvoir. « La Grèce appartient aux Grecs » (et « la mer Égée appartient à ses poissons », comme on pouvait lire sur certains murs...). Je suis partie alors que le mouvement de l'antipsychiatrie grandissait... je suis allée étudier la psychologie clinique. Après la première année, le mouvement avait déjà dégonflé... mais, moi j'ai poursuivi.
Tout ça, pour planter le décor et dire que je ne parlerai pas en expert...
Ainsi, les mesures d'austérité ont commencé à pleuvoir depuis cinq ans. Des mesures « inévitables », « méritées » selon d'aucuns... Nous avons appris des termes nouveaux : service de la dette publique, FSM, BCE, EFSF, créanciers, mémorandum, souveraineté nationale, solidarité... des commissaires aux noms étrangers nous « expliquaient » que nous avions mal vécu dans un État qui n'en n'était pas un et qu'ils allaient nous fournir toute « l'assistance » nécessaire pour que nous devenions finalement un État digne de ce nom ! Certains Grecs -des politiciens, des industriels, des « intellectuels », surtout – considéraient que le « mémorandum » était une bénédiction...
Les mémorandums ont « avalé » un nombre non négligeable de gouvernements élus ou plantés par les bons soins de nos « partenaires » européens.
Entre-temps, nous avons fait plus ample connaissance avec l'extrême-droite, le chômage croissant, l'injustice profonde des mesures, les suicides, les dispensaires sociaux gérés par des médecins bénévoles qui voulaient suppléer aux lacunes de l’État qui ne faisait que se réduire au fil du temps et des mesures.
Non, les Grecs n'ont pas accepté leur sort. Ils se sont soulevés. Ce premier été-là, les places furent occupées par des milliers d'indignés... ils réclamaient haut et fort la chute du gouvernement, le respect de la Constitution, la dignité, enfin ! Ils se sont battus au point d'être battus (par les « forces de l'ordre » et par ce que d'aucuns appellent « les pompiers », ceux qui disaient « attendez un peu, nous viendrons au pouvoir et vous verrez... », mais nous y reviendrons...)
La guerre psychologique fut menée (et l'est toujours) de manière magistrale. Le coup du fouet et de la carotte, la torture de la goutte, la culpabilisation, la flatterie, tout y passe... et surtout le terrorisme, sous toutes ses formes...infligé par les chaînes de TV privées et les journalistes dont certains seraient à la solde de divers employeurs plutôt louches…Ne PAS suivre les JT et émissions d’info en tout genre relève de la survie psychologique…
Comprends-moi bien. Des gens comme toi et moi, qui s'en sortaient tant bien que mal jusque-là, se sont soudain retrouvés en train de devoir à tout le monde : banques, fisc, sécurité sociale... tout... On finit par se demander si on ne va pas taxer l’air qu’on respire…
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mercredi 18 février 2015

La raison délirante de l’Europe, un nouveau fascisme mou ?

par Laurent de Sutter, Libération, 10 février 2015 
Laurent de Sutter est professeur de théorie du droit,
à la Vrije Universiteit de Bruxelles,
directeur de la collection «Perspectives critiques»
aux Presses universitaires de France et écrivain

Il est temps d’ouvrir les yeux : les autorités qui se trouvent à la tête de l’Europe incarnent un fascisme nouveau. Ce fascisme, ce n’est plus celui, manifeste et assumé, qui a fait du XXsiècle l’un des grands siècles de la laideur politique ; il s’agit plutôt d’un fascisme mou et retors, dissimulant ses intentions mauvaises derrière un langage qui se voudrait de raison. Mais la raison que manifestent tous ceux qui, aujourd’hui, se trouvent forcés de discuter avec le Premier ministre grec, Aléxis Tsípras, est en réalité une raison délirante. Elle l’est sur plusieurs plans.
Vladimir Kazanevsky, Ukraine

samedi 3 janvier 2015

Ce qui est en jeu en Grèce (et en Europe)

par Alessandro Gilioli, L'Espresso, 29/12/2014. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Cosa c’è in gioco in Grecia (e in Europa)
Après l'échec
de la dernière tentative pour élire son président, la Grèce va à des élections anticipées, le 25 janvier. Selon les sondages, le parti de gauche Syriza est actuellement en tête (avec une majorité relative).
Syriza est généralement appelée "gauche radicale", et c'est en effet aussi son nom. Cependant, son programme est essentiellement social-démocrate, néo-keynésien et pour certains aspects même carrément rooseveltien. Le Psi de Nenni, il ya cinquante ans, était probablement plus radical. Ce n'est pas parce que chez nous Boschi, D’Alema et Gutgeld* se définissent eux-mêmes comme de gauche, qu'il doit par force en aller de même partout.
Une autre idée fausse répandue est que si Syriza gagne en Grèce, Athènes sortira de l'euro, ce qui pourrait être le début de la fin de la monnaie unique, par effet domino.

Alexis Tsipras : "C’est mon tour !" Antonis Samaras : “Eh, bas les pattes de la barre !”
Ilias Makris, To Ethnos, juin 2012

vendredi 2 janvier 2015

Bas les pattes devant la Grèce qui lutte et résiste !

Communiqué du CADTM Europe, 31/12/2014 
Les puissants d’Europe et du monde entier n’ont même pas attendu la dissolution du Parlement grec et l’ouverture de la campagne électorale pour lancer leur nouvelle offensive de mensonges et de chantages qui visent a terroriser les citoyens grecs afin qu’ils ne votent pas aux prochaines élections du 25 janvier 2015 en faveur de SYRIZA, la Coalition de la Gauche Radicale grecque.
En effet, secondés par les grands médias européens, « ceux d’en haut » du nom de Juncker, Merkel, Hollande, Renzi ou Moscovici commencent leur énième intervention brutale dans les affaires intérieures de cette Grèce, qu’ils ont d’ailleurs transformée en un amas de ruines sociales depuis qu’ils lui ont imposé leurs politiques d’austérité inhumaines et barbares.

mardi 12 février 2013

Thérapie du choc et stratégie du chaos : premiers éléments pour comprendre l'assassinat de Chokri Belaïd en Tunisie



La Tunisie et l'Égypte sont en train de vivre une involution parallèle et similaire. Voici quelques-uns des traits communs aux deux pays :
1- Une "révolution" virtuelle
Dans les deux pays, rien n'a changé pour que tout change : les dictateurs – qui n'étaient que des "dictés" - ont été renversés, des élections démocratiques ont été tenues, les "islamistes modérés" se sont retrouvés au "pouvoir". Mais il est clair que le pouvoir réel ne se trouve pas dans les fauteuils qu'ils occupent. En Égypte, c'est le Conseil suprême des forces armées qui conserve le pouvoir réel et tire les ficelles, en étant en contact direct et permanent avec ses parrains et protecteurs à Washington. En Tunisie, la situation est beaucoup plus opaque, et la réponse à la question "qui détient le pouvoir réel" est beaucoup plus difficile. Disons pour commencer que c'est le cartel mafieux (affairistes, bureaucrates, policiers)  de l'ancien régime, dont certains piliers se sont laissé pousser une barbe.





2-     Thérapie du choc
Les "pouvoirs démocratiques" issus de ces "révolutions" ont en commun d'être docilement soumis aux ordres des "donneurs d'ordres": Banque mondiale, FMI, OMC, UE, USA et pétromonarchies du Golfe. Le conglomérat de ces donneurs d'ordres n'a qu'un souci : empêcher que les peuples arabes (et les autres aussi, d'ailleurs) ne réussissent à mener des véritables révolutions, qui remettraient leurs sociétés à l'endroit, en établissant la justice sociale et en leur permettant d'exercer leurs droits fondamentaux de citoyens d'un État de droit. En premier lieu la jouissance souveraine des ressources énergétiques dont regorge le sous-sol de leurs pays et des autres biens communs (eau, terre, patrimoine etc.).
La thérapie appliquée a plusieurs volets :
a. Les gouvernements en place doivent payer rubis sur l'ongle le service de la dette odieuse dont ils ont hérité des dictateurs/dictés déchus, condition unique posée pour leur "octroyer" d'autres crédits qui ne font que les endetter encore plus;
b. Les gouvernements en place doivent poursuivre le travail de "nettoyage", déjà bien engagé par leurs prédécesseurs : liquidation des services publics et donc de ceux qui les défendent, privatisations, bradage des richesses du pays aux multinationales, mise en place de structures de contrôle de la population rebelle, en premier lieu les salariés syndiqués et la jeunesse précarisée (les "diplômés chômeurs"). Pour éponger les dégâts sociaux de ce "nettoyage", la solution trouvée est la "charité islamique", en lieu et place des droits sociaux légitimes;
c. La pacification de la société : des centaines de millions d'Euros sont déversés par l'UE et les fondations US, allemandes et autres, sur la société civile organisée, avec un seul but : la contrôler, la discipliner et l'orienter vers un processus de « justice transitionnelle*» qui ne remet pas en cause le système en place. Principal objectif : empêcher que la jeunesse diplômée active n'accède au niveau de la politique réelle, c'est-à-dire l'organisation du peuple pour la satisfaction de ses demandes d'accès à la citoyenneté et aux biens communs.
Le massacre de la gare de Bologne (Italie), qui fit 85 morts et 200 blessés le 2 août 1980, vu par l'artiste Carlo Carosso
3-     Stratégie du chaos
La stratégie à l'œuvre dans les deux pays est fondamentalement la même que celle qui a été mise en œuvre dans la Grèce de 1967, l'Amérique latine et la Turquie, l'Italie (la "stratégie de la tension") et le  Liban des années 1970 et 1980, l'Algérie des années 1990, avec des ajustements tactiques pour l'adapter à chaque situation particulière. Les armes principales de cette stratégie sont :
a.      L'utilisation de la violence armée groupusculaire manipulée –ce qu'on appelle le "terrorisme" – pour semer la peur, déstabiliser les gens et les faire renoncer à la lutte pacifique, de masse, démocratique et transparente. L'objectif est de casser toutes les structures (partis, syndicats, mouvements) susceptibles de freiner la "libéralisation" de l'économie.
b.      La polarisation entre courants "idéologiques" dans lesquels on veut forcer l'ensemble de la société à entrer, ce qui conduit à une logique de "camps" retranchés s'excluant mutuellement et se combattant violemment. Une nouvelle variante du "diviser pour régner" : en haut, une bourgeoisie "moderniste, laïque, démocratique" s'opposant à une bourgeoisie "conservatrice, islamique, démocratique", en bas un peuple "progressiste, libertin, révolutionnaire" s'opposant à un peuple "traditionnel, bigot, fascisant". Bref, le seul moyen trouvé par les appareils du pouvoir réel pour perdurer, c'est la guerre civile, celle du frère contre le frère, de la sœur contre la sœur, des parents contre les enfants, des "libérés" contre les "enturbannés", par des alliances entre exploiteurs et exploités au nom de clivages qui n'ont rien à voir avec les besoins réels et les intérêts de classe des gens.
c.      La manipulation diabolique du couple infernal complot-émeute. En Égypte, comme en Tunisie, comme dans l'Algérie de 1988, la révolte légitime de la jeunesse précaire est canalisée par les réseaux mafieux-policiers vers des violences nihilistes encagoulées qui se manifestent à l' occasion des rassemblements populaires. Objectif : susciter la demande d'un pouvoir fort assurant la sécurité. Dernier exemple en date : l'apparition d'un "Black Bloc" au Caire à l'occasion du 25 janvier 2013. Un "Black bloc" tout aussi infiltré par la police que l'étaient ceux de Gênes en 2011, de Montréal, de Toronto, de Londres, de Strasbourg ou de Heiligendamm.
d. Les assassinats ciblés de personnages-clé, décidés et organisés par les réseaux occultes du pouvoir réel. Attribués simultanément à d'autres, ils ont pour but de provoquer un clivage irréversible de la société (voir point a).  L'assassinat de Chokri Belaïd, comme ceux de Tahar Djaout, Abdelkader Hachani, Mohamed Boudiaf et tant d'autres (Liabes, Boucebsi, Flici, Mahiou, Merbah, Belkaid, Alloula, Bouslimani, et Cheikh Sahraoui) en Algérie, s'inscrit dans cette stratégie. 
Les mouvements sociaux, progressistes ou révolutionnaires, doivent être pleinement conscients de cette stratégie à l’œuvre. Au risque de tomber dans un piège mortel. Et de connaître le sort du taureau qui fonce sur le tissu rouge sans voir la main du torero qui lui plantera l'épée dans la nuque.

Note
* Justice transitionnelle : processus destiné à pacifier la société en mettant en place un mécanisme se substituant à la justice en place pour « tourner la page » du sombre passé de dictature ou de guerre civile et mettre un « point final » aux demandes de justice des victimes. L'exemple le plus propagé est celui de la Commission Vérité et réconciliation en Afrique du Sud. Dans le monde arabe, le Maroc est le seul pays à ce jour à avoir institué une telle commission, l'Instance équité et réconciliation. En Tunisie, le ministère des Droits de l'homme vient de signer un accord de partenariat avec le Centre international pour la justice transitionnelle (basé à New York). “En vertu de l'accord, le centre s'engage à fournir au ministère une aide technique en matière de justice transitionnelle à travers ses divers axes, notamment, la recherche de la vérité, le dédommagement, la justice pénale et la réforme institutionnelle, constitutionnelle et judiciaire. Le CIJT est, également, appelé à apporter une aide technique pour la création d'une commission Vérité et pour mettre sur pied un programme de réparation des préjudices.”

Auteurs
Collectif Les déconstructeurs du virtuel
Paraphrasant ce bon vieux Marx, nous pourrions dire : "Les philosophes n'ont jusqu'ici fait que déconstruire les textes, il s'agit maintenant de déconstruire le virtuel pour accéder au réel". Ce virtuel dans lequel nous sommes presque tous immergés, et dans lequel les jeunes générations se plongent au risque de s'y noyer, en le prenant pour le réel, construisant un monde imaginaire qui les rend inaptes à l'action. Nous nous proposons donc de redonner le sens du réel en reconstruisant la réalité qui se cache derrière les miroirs de la propagande multimédias tous azimuts, et en intervenant sur les événements qui nous frappent, qui nous interpellent, qui nous concernent pour partager nos analyses et réflexions et aider les gens à comprendre ce qui leur arrive. Notre collectif est ouvert à toute coopération.

Écrire à deconstruire[at]gmail.com

samedi 9 février 2013

Combien ça vaut un œil, François ?

par Nico CUE,Secrétaire général, MWB-FGTB, 7/2/2013

Une trentaine de cars venant de Florange, Liège et Luxembourg avaient fait le déplacement hier pour soutenir une délégation de représentants syndicaux largement animée par la MWB, venus rencontrer les groupes parlementaires européens dans le cadre du dossier Mittal.
Mais des mots d’ordre autoritaires avaient été donnés aux chiens de garde.  Les forces de police étaient mobilisées en surnombre et dès la frontière des fouilles méticuleuses étaient organisées dans les bus syndicaux.  Matraque au point, fusils électriques armés, la chasse aux pétards et présumés boulons était lancée. La récolte et les résultats seront ridicules au vu des moyens déployés !
Ridicules ?  Non, catastrophiques !
Passons ici sur les heures de provocations policières empêchant nos gars de s’approcher du parlement européen, passons ici sur les arrestations musclées qui amènent à réfléchir sur le sens du mot démocratie, passons ici sur la mise en garde à vue de 2 camarades qui ne seront relâchés que très tard dans la nuit après avoir été soumis aux questions d’un procureur …
Passons…  Passons car ici, une nouvelle vitesse semble avoir été enclenchée.
Nous apprenons ce matin que parmi les 14 blessés, John David, jeune intérimaire de la ligne galva 7, a perdu à jamais l’usage d’un œil vraisemblablement des suites d’une balle en caoutchouc tirée à hauteur de tête !
Aux témoignages de nos camarades ayant vécu les affrontements en direct, se joignent peu à peu les récits des journalistes présents sur place, pourtant rodés à l’exercice des manifs mais cette fois outrés par la tournure de celle qu’ils viennent de vivre !
Des consignes différentes auraient-elles été données cette fois  aux troupes du maintien de l’ordre ?  Bloquer jusqu’à blesser est-il devenu bloquer jusqu’à meurtrir ?
Les Métallos Wallons et Bruxellois de la FGTB se réveillent groggy et nauséeux !
Ils pensent d’abord avec tristesse à leur camarade blessé dans sa chair et lui témoignent, à lui ainsi qu’à toute sa famille, leur plus profond soutien.
Ils pensent aussi au Président de la République, aux ministres de l’Intérieur, aux Maires des villes un peu partout en Europe où ils seront amenés à se déplacer dans les mois à venir.  Ils leur conseillent vivement de réfléchir à l’accueil qu’ils leur réserveront.
Nous voulons plus d’Europe sociale, en le criant parfois !  Nous voulons sauver des emplois et le pouvoir d’achat de milliers de travailleurs dans nos régions.  Oui nous sommes mobilisés et nerveux.  Notre nervosité face à vos décisions est toute légitime !
Vos armes quant à elles vous salissent et jamais ne nous feront taire !
ArcelorMittal : Malgré la répression,
la mobilisation des salariés reste entière !


Confrontés aux restructurations massives avec fermetures de sites, réductions des capacités et des emplois (Liège, Florange, Basse Indre, Luxembourg, …) près d’un millier de salariés du groupe ArcelorMittal sont venus manifester le 6 février 2013 devant le Parlement Européen à Strasbourg.  Avec leurs représentants syndicaux CGT-FO-CFDT MWB-Setca-CSC OGBL, les salariés étaient venus demander aux élus européens une intervention à l’échelle du continent pour assurer la viabilité de la sidérurgie, contre la restructuration du groupe Mittal et la délocalisation de la production d’acier européenne.

Alors que plusieurs rendez-vous étaient programmés avec les groupes parlementaires PSE, Verts, GUE, et le Président du Parlement, les forces de l’ordre ont eu l’ordre de se mettre en action de manière provocatrice. Dans un premier temps les bus ont été bloqués avant Strasbourg, avec fouille individuelle des manifestants. Ensuite, les bus ont été parqués à bonne distance du Parlement, interdisant toute manifestation. Dans un 2ème temps, les CRS ont chargé, y compris à coup de « flash-ball », blessant sérieusement plusieurs salariés.

Les délégations intersyndicales ont alors rapidement décidé de stopper ces rencontres, inconcevables dans un tel climat de répression, inacceptable de la part de la part d’un gouvernement qui prône la démocratie participative et le dialogue social!

La CGT apporte son soutien aux salariés blessés, français et belges. Elle condamne fermement cette répression, seule réponse d’un gouvernement qui refuse toujours le débat de fond sur la sidérurgie et qui se rend complice de cette logique conduite par Mittal, avec l’accord passé en décembre dernier avec le premier ministre.

Avec les salariés, la CGT ne lâchera rien sur ses exigences. Pour la CGT, une intervention politique, non seulement française mais européenne, est urgente pour imposer une autre stratégie pour la filière acier que celle portée par le groupe ArcelorMittal actuellement.

Une nouvelle réunion du groupe de travail sur la sidérurgie avec la Commission européenne, a lieu à Bruxelles, le 12 février prochain. Réunion à laquelle participeront exceptionnellement les ministres wallons, français et luxembourgeois de l’industrie. Une nouvelle occasion pour les syndicats d’aborder la question de la nationalisation de la filière ou tout au moins une prise de participation conjointe dans le capital du groupe, permettant aux Etats européens d’intervenir dans la stratégie menée.

Les syndicats CGT d’ArcelorMittal et d’APERAM ont décidé des rassemblements et arrêts de travail la semaine du 11 au 15 février pour exiger des augmentations générales de salaire (refusées par la direction du groupe pour 2013), des embauches massives pour compenser les 5000 départs en retraite prévues d’ici à 2015 (25% des effectifs !) et une amélioration des conditions de travail. 

vendredi 3 février 2012

Reprenons l'Europe !

Reprenons l’Europe ! - Collectif UniNomadE

1. On n'avait pas besoin des mots de Mario Draghi pour comprendre que la crise en Europe a désormais atteint un seuil d'irréversibilité. Crise de « dimensions systémiques », avait déclaré Jean-Claude Trichet, il y a quelques mois. Et voilà maintenant que Draghi, son successeur à la tête de la Banque centrale européenne, nous informe que « la situation a empiré » (16 janvier). Difficile de comprendre ce que signifie l'aggravation d'une crise de « dimensions systémiques ».

Ce qui est certain, c'est que les scénarios qui se dessinent pour les mois à venir sont très sombres, non seulement pour ceux qui paient désormais depuis des années la crise et la médication qui l’alimente : l'austérité, ou plus “sobrement” la rigueur. Même des secteurs consistants du capital et des classes dirigeantes européennes commencent à être assaillis par le doute que, dans le gigantesque processus de réajustement global des équilibres de pouvoir qui est en acte, ils risquent d'être parmi les perdants. Le spectre du “déclin”, s'il n'a pas arrêté de hanter les métropoles usaméricaines, s’est mis à fréquenter avec plus d’assiduité les rues et les places d'Europe, ou du moins de régions entières de l'Europe. Et il ne manque pas de commentateurs pour entrevoir derrière l’action des agences de notation une rationalité militaire, les premières manœuvres d’une « guerre mondiale de la dette », dans laquelle l'objectif de la survie du dollar comme monnaie souveraine au niveau mondial (avec le maintien des centres actuels de commandement sur les marchés financiers qui en découlerait) peut justifier l’effritement de l'euro. En toile de fond, les nouvelles en provenance du détroit d'Hormouz nous rappellent que face à une crise d’une telle ampleur et durée, la guerre peut être une “solution” à tenter et pas seulement sur le terrain de la finance et des dettes “souveraines” .

Disons-le clairement : l'Union européenne, telle que nous l’avons connue ces dernières années, est finie. Il n’y a pas là de quoi se réjouir. Nous-mêmes avons pensé de temps à autre que les luttes et les mouvements pourraient trouver dans le cadre institutionnel européen en formation, sur le terrain de la citoyenneté et de la gouvernance, un cadre de référence plus souple que les structures politiques nationales, un espace dans et contre lequel construire des campagnes et articuler des plateformes de revendications. Eh bien, cet espace n'existe plus. C'est la première leçon à tirer de la crise dans cette partie du monde. La seconde, cependant, est tout aussi importante pour nous : sur le terrain national, toute hypothèse d’affrontement démocratique ou socialiste de la crise est en train de se révéler une illusion dépourvue de toute efficacité et tendanciellement dangereuse. C’est l’enseignement de deux ans de résistance très dure, mais justement limitée au territoire national, aux politiques d'austérité dans les pays les plus durement touchés par la crise. De ce point de vue, la Grèce est emblématique. Difficile d'imaginer un déploiement plus radical et assorti de luttes de résistance que celui qui a eu lieu dans ce pays : de l'occupation des rues aux grèves générales qui ont duré des jours et des jours, des tentatives d'assaut du Parlement au blocus de villes entières. Et pourtant, l'efficacité de cette mobilisation permanente pour faire obstacle aux politiques draconiennes de coupes sombres et de démantèlement de l’État social et des droits, a été nulle. Lire la suite


¡Retomemos Europa! - Collettivo UniNomadE
1. No hacían falta las palabras de Mario Draghi para entender que la crisis ya es irreversible en Europa. Crisis de «dimensiones sistémicas» había dicho Jean-Claude Trichet hace un par de meses. Ahora Draghi, su sucesor ...
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Take Europe Back! - UniNomadE Collective
1. There was no need for Mario Draghi’s words to understand that the crisis has already reached an irreversible threshold in Europe. A crisis of “systemic dimensions” was what Jean-Claude Trichet said a couple of months ago. Now Draghi, ...
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Riprendiamoci l’Europa! - Collettivo UniNomadE
1. Non c’era bisogno delle parole di Mario Draghi per capire che la crisi ha ormai raggiunto in Europa una soglia di irreversibilità. Crisi di «dimensioni sistemiche», aveva detto Jean-Claude Trichet un paio di mesi fa. Ora Draghi, ...
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samedi 29 octobre 2011

Amérique Latine - Croissance, stabilité et inégalités : leçons pour les USA et l’Europe

Les médias dominants et les personnes éduquées décrivent l’Amérique latine comme une région de fréquents coups d’État, de révolutions périodiques, de dictatures militaires, avec une alternance de booms et de fiascos économiques et la présence éternelle du Fonds Monétaire International (FMI) pour lui dicter sa politique économique.
A l’opposé, les mêmes faiseurs d’opinion, ainsi que leurs homologues universitaires, présentent les États-Unis et l’Europe comme des sociétés stables avec des croissances économiques régulières, une amélioration progressive des acquis sociaux, des compromis consensuels pour résoudre les problèmes et des pratiques fiscales saines.
Récemment, au cours de la plus grande partie de la dernière décennie, ces images sont devenues des dogmes idéologiques qui n’ont plus rien à voir avec la réalité. En fait, on peut dire que les rôles se sont inversés : les États-Unis et l’UE sont en crise perpétuelle et l’Amérique latine, au moins pour la plus grande partie, jouit d’une stabilité et d’une croissance qui fait envie (ou devrait faire envie) aux experts de Washington et aux commentateurs financiers. Ce ’renversement des rôles’ est reconnu par beaucoup d’investisseurs et de multinationales étasuniennes, européennes et asiatiques, alors même que les journalistes soi-disant respectables du Financial Times, New York Times et Wall Street Journal continuent de parler de la fragilité, du déséquilibre et d'autres failles de la région -tout en reconnaissant à contrecœur le dynamisme de sa croissance.

Les cercles progressistes sont aussi fautifs, car ils se concentrent sur les ’avancées’ des régimes de gauche mais ignorent les dynamiques souterraines qui affectent la plus grande partie de la région et perdent ainsi de vue les nouveaux points de conflit et de dispute.

Notre projet est de mettre en lumière ce qui oppose le "Nord" (États-Unis/UE) en crise au "Sud" (Amérique du sud) dont la croissance est soutenue. On se demandera s’il est possible de transférer l’expérience de l’Amérique du sud au nord et quels ’ajustements structurels’ seraient nécessaires pour extirper les États-Unis et l’UE de la spirale néfaste de la stagnation et des violents conflits qui ont caractérisé ces deux régions pendant la plus grande partie de la dernière décennie.

Crise de la dette: La Chine à la rescousse... sous conditions

Bas van der Scho
La zone euro recherche un soutien financier des pays émergents, notamment de la Chine. Une perspective redoutée par de nombreux Européens. Côté chinois, le Global Times affirme que tout accord se fera sur la base du donnant-donnant
Le 27 octobre, les responsables européens sont parvenus à un accord pour réduire la dette grecque. Ils attendent de pays riches en liquidités et extérieurs à l’UE qu’ils financent en partie leur plan de renflouement. La Chine, disposant de la plus grande réserve de devises étrangères, est aujourd’hui une cible prioritaire.
L’Europe développée se tourne vers la Chine en quête de liquidités. Ce qui en dérange plus d’un tant en Europe qu’en Chine. Certains Européens soutiennent que l’UE n’en est pas rendue au point de mendier auprès de Pékin. Apparemment, là-bas, beaucoup estiment que l’UE devrait réclamer des fonds à la Chine, sans pour autant lui proposer de contrepartie.
Le débat fait rage en Chine aussi
En Chine, les débats font rage. Beaucoup ne comprennent pas pourquoi la Chine devrait tendre la main à l’Europe, quand la ville de Wenzhou se trouve elle-même endettée.
Pékin et Bruxelles ne sont pas unis par des liens d’une amitié indéfectible au point de pouvoir tendre sans hésiter la main à l’autre dès qu’il traverse une crise. Les deux camps se livrent pour l’heure à des calculs. Un scénario encore compliqué par les opinions publiques – de part et d’autre, on trouve des analystes qui, au mépris du professionnalisme, préfèrent flatter les bas instincts d’un populisme hystérique.
Peut-être l’ampleur de la participation chinoise au plan de renflouement de la zone euro a-t-elle été décidée au nom de l’intérêt commun, tout en tenant compte de la méfiance mutuelle entre les deux parties.
La Chine ne peut se tenir à l’écart, puisque ses intérêts sont étroitement liés à l’Europe par la mondialisation. Mais d’un autre côté, la Chine ne va pas offrir une “grosse surprise” à l’Europe. Même les économies plus saines au sein de la zone euro répugnent à aider la Grèce. En tant qu’acteur extérieur, Pékin ne peut résoudre un problème que seuls les membres de la zone euro sont en mesure de régler.
Si l’UE tient vraiment à obtenir le financement de la Chine, elle doit envisager d’ouvrir davantage son marché aux produits chinois, tout en acceptant la position de la Chine en tant qu’économie de marché. Si Bruxelles estime qu’il ne vaut pas la peine de passer des “arrangements” de ce type, la Chine ne fera rien pour l’y contraindre.
L'Europe fait figure de pingre
Pour les Chinois, c’est faire preuve d’ignorance que d’établir un lien entre le plan de renflouement de la zone euro et la crise de la dette de Wenzhou. Le premier concerne l’usage que fait Pékin de sa réserve de devises étrangères, qui ne peut pas servir à sauver les entreprises abandonnées par des patrons en fuite à Wenzhou. En tant que puissance mondiale, la Chine devrait aider ceux qui ont été touchés par une crise ou une catastrophe. Les Chinois devraient comprendre qu’un pays qui ne se préoccupe que de ses intérêts en faisant fi de la moralité finira par être détesté.
Mais les Européens devraient, eux, s’interroger sur eux-mêmes au lieu de reprocher à la Chine de jouer les pingres. Ils rejettent le système chinois et ne veulent pas exporter de technologies en Chine. Chaque fois qu’une entreprise chinoise investit en Europe, l’opinion publique locale s’enflamme. Ils redoutent que la Chine n’en apprenne trop auprès d’eux et qu’elle n’ait ainsi encore plus de succès. Tout ce qu’ils veulent, c’est se reposer sur leurs anciens acquis tout en restant aux commandes.
Avec une telle mentalité, c’est l’Europe qui fait figure de pingre. Il ne faut pas trop politiser la participation chinoise au plan de renflouement de la zone euro. Elle devrait se dérouler dans un cadre civilisé, dont les règles tacites seraient claires pour les deux parties.
Point de vue
Une contrepartie cher payée
L'Europe "courtise le dragon" pour sauver la zone euro, titre Gazeta Wybrocza. Mais pour le quotidien polonais, cette aide ne pourra être reçue qu'au prix fort. "L'Europe met tous ses espoirs dans la Chine. Un pays qui détient le record mondial du nombre d'exécutions de peine capitale et qui envoie ses dissidents politiques dans des camps de travail. Un Etat qui persécute les Tibétains et le peuple ouïghour et qui censure l'Internet."
"Alors qu'ils comptent sur la Chine pour renforcer le FESF, les responsables européens devraient répondre à une question simple", écrit Gazeta Wybrocza. "S'ils prennent les milliards [de la Chine] pour sauver la Grèce ou l'Italie, auront-ils toujours le courage de condamner le non respect des droits de l'homme au Tibet ou dans le Xinjiang ? (...) L'Europe doit redouter que Pékin refuse de l'aider ou alors elle devra tout simplement se sentir un peu stupide car il n'est pas possible de demander de l'aide à quelqu'un tout en lui donnant des leçons de morale."
Source: Preseurop, The Global Times, Beijing,  le 28 octobre 2011

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lundi 6 septembre 2010

Europe: tirs groupés sur les Roms - Cassandra est revenue

par Gorka Larrabeiti, 2/9/2010. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala


Peu d'informations ont circulé sur les sept victimes d'une fusillade dans un quartier de Bratislava, le lundi 30 août. Nous savons, bien que de de nombreuses agences ne le mentionnent pas, que les morts étaient des Roms. Le ministre de l'Intérieur slovaque s’est empressé de nier qu'il s'agisse d'un cas de racisme, mais un journal local a interviewé un survivant qui a dit que l'assassin avait toujours été «très hostile aux gens de couleur et nous haïssait. » Le Réseau européen contre le racisme ( ENAR ) se demande dans un  manifeste si l'actuel climat anti-Roms n’a pas contribué à promouvoir l'idée d’un « permis de tuer. » L'empressement du ministre slovaque envoie à une vieille rengaine: les Roms sont des malfaisants, pas des victimes, et lorsque c’est le cas, mieux vaut faire silence.


Voici le cas de Mario Firu, un enfant, qui est mort carbonisé, le 27 août dans une cabane en bois dans le quartier de la Magliana, à la périphérie de Rome. Bien que l'incident  se soit produit alors que les expulsions de Roms dans la France de Sarkozy font scandale, la nouvelle de sa mort effroyables ne s’est pas propagée parce que les Tsiganes doivent continuer à faire figure de méchants de l'histoire: ils n’ont pas envie de travailler, sont nomades et ne veulent pas d'une maison ; ils n’ envoyent pas leurs enfants à l'école, volent des câbles, des sacs à main et des enfants ; et en plus, ils violent et ils tuent. Ne dites pas que ce sont ceux qui souffrent le plus de la faim, vivent moins bien et meurent  plus tô


Mario avait trois ans. Ses parents avaient allumé des bougies pour empêcher les rats d'entrer dans leur pauvre cabane. La hutte a brûlé et ses parents ont réussi à sauver son frère Marco Giovanni, trois mois, mais avec des brûlures au deuxième et troisième degré. Peu de temps après l'incendie, le campement a été démantelé, dans lequel ils vivaient avec 80 autres personnes (18 mineurs), qui payaient 200 euros par mois pour 20 mètres carrés de hutte, ou entre 20 et 30 euros pour un endroit où mettre leur lit de cartons.


ENAR lance un cri d’alarme contre les mesures discriminatoires prises par les pays comme la France, l'Italie, le Danemark et la Suède contre les Roms. Le Centre européen pour les droits des Roms a publié des rapports sur la violence contre les Roms en Hongrie, la République tchèque et la Slovaquie. Il a également condamné les expulsions décidées par le gouvernement danois en juillet dernier.


Qui l’aurait cru: l'Europe célèbre de 2005 à 2015 la Décennie d'inclusion des Roms , elle a tenu deux réunions au sommet sur les Roms son Parlement adopte des résolutions aussi dures que celle du 25  Mars 2010, pleine de considérants explicites sur la défense des Roms et approuvée par 572 voix pour, 28 contre et 23 abstentions, la Commission européenne a publié une communication sur l'intégration économique et sociale des Roms, on a créé le réseau EUroma pour promouvoir l'utilisation des Fonds structurels et pour  les deux prochains mois six réunions importantes (1) sont déjà programmées pour  s'attaquer aux problèmes des Roms.


Pourtant, la France de Sarkozy ne trouve pas cela suffisant et a demandé une réunion d'urgence le 6 Septembre d’un certain nombre d'États membres (2) pour régler la question. Bien que cela ne plaise pas aux Français, la réunion a été baptisée Sommet anti-Roms, et la proposition a été adoptée avec enthousiasme par le ministre italien de l'Intérieur Roberto Maroni, le même qui a proposé la prise d’empreintes digitales des enfants vivant dans des camps roms de Rome, qui dit qu'il va proposer à cette réunion l'expulsion de citoyens de l'UE qui n'ont pas de revenu minimum, de logement adéquat et sont la charge du système social de leur pays d'accueil. Ils veulent qu’il y ait des citoyens de l'UE de pure souche et des citoyens de l'UE clandestins. Tout comme on parle d’une Europe économique à deux vitesses, l’idée d’une UE deux types de droits commence à être formulée ouvertement.


Comme sur beaucoup d'autres questions, l'Europe hypocrite, peut montrer deux visages: celui politiquement correct de la commissaire européenne à la Justice, Viviane Reding, qui insiste sur la Charte des droits fondamentaux de l'UE et sur les racines du problème, et celui, incorrect, mais électoralement rentable des ministres français Besson  et Lellouche, qui qualifient de «grotesque», «inutiles» ou «choquantes» les accusations qui ont été portées contre leur gouvernement. Un gouvernement qui paye 300 euros pour les adultes et 100 pour les enfants, pour expulser «volontairement» des personnes sans emploi et sans logement, s’assure ainsi la Une des médias du monde, adoptant la tactique du gouvernement Berlusconi de mettre en scène la Sécurité par le nettoyage des monstres sur les écrans de télévision, sur la base d’une arithmétique ethnique corrosive  pour détourner l'attention de problèmes internes compromettants (par exemple l’affaire Woerth-Bettencourt). Peu importe que tout le monde sache que les Roms reviendront, car dans leurs pays d'origine il est impossible de survivre. La Roumanie, harcelée par le FMI, a dû baisser les salaires de 25%  et augmenter la TVA de 19 à 24%, son système de santé est au bord de la faillite et la consommation s’est effondrée.


L'Europe ne veut pas voir 10 millions de ses habitants lui rappeler l’échec du système. Elle ne veut pas les voir pour ne pas avoir le cœur qui saigne. À Rome, il y a un plan pour construire 13 nouveaux camps, bien clôturés et sans écoles, pour accueillir 6000 Roms, mais selon les estimations, la population actuelle des Roms dans la capitale italienne est de 7.200. Les ghettos, les déportations, les attaques avec des cocktails Molotov, les tirs au fusil à air comprimé. On a déjà essayé une fois de sortir d'une crise de cette manière eton sait comment ça a fini.


En rentrant de vacances, j'ai rencontré de nouveau Cassandra au feu rouge. Elle avait sa fille Adelina, 2 ans, dans les bras. Quand les attaques contre les camps à Naples ont commencé en 2008, nous l’avions convaincue de chercher une issue en Roumanie parce que ça n’était pas le bon moment pour elle  en Italie. Elle était alors repartie en Roumanie. Elle est de retour: «Je n'avais rien à donner à manger à ma fille.


Ces gouvernements européens qui se réfugient dans un populisme raciste, au rythme où ils vont, vont essayer de modifier la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, pour y écrire : «Les peuples de l'Europe, en créant entre eux une union toujours  plus étroite, ont décidé de NE PAS partager un avenir pacifique fondé sur des valeurs communes. » Quelle lune noire que cette Europe en crise.


Notes:
 (1) Les réunions sont les suivantes:
18 et 19 Novembre 2010 -  Bruxelles, Belgique
21 et 22 Octobre 2010 - Cracovie, Pologne
12-14 et le 20 Octobre 2010 - Bucarest, Iaşi et Cluj
·     Journées ouvertes : Semaine européenne des régions et des villes  
4 - 7 octobre 2010 - Bruxelles, Belgique
30 Septembre et 1er Octobre 1st 2010 - Prague, République tchèque
15 septembre 2010 - Budapest, Hong


 (2) Italie, Allemagne, Royaume-Uni, Grèce, Espagne ;  la Belgique a refusé l'invitation, Le Canada a également été invité pour aborder la questions des migrants roms de Slovaquie et Hongrie.

jeudi 1 octobre 2009

Référendum irlandais : pourquoi nous votons Non au Traité de Lisbonne

Discours de Des Dalton, vice-Président du parti irlandais Republican Sinn Fein, le 8 septembre 2009 à Vienne en Autriche. La réunion publique, intitulée « Le second référendum sur Lisbonne en Irlande », a vu la participation d'environ 200 personnes.
Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original :
Vote No to Lisbon Treaty
Sur l’auteur

Ayant déjà rejeté le traité de Lisbonne l'année dernière, les Irlandais sont forcés de voter une seconde fois. Plutôt que d'accepter le vote du peuple au référendum de 2008, le gouvernement irlandais a choisi d'ignorer ce vote. Sur ordre des commissaires au pouvoir à Bruxelles, ils imposent un second référendum – comme ils l'ont fait pour le traité de Nice en 2003 – en fait, ils se sont rangés du côté de l'élite politique européenne en opposition avec leur propre peuple. Le traité de Lisbonne n'a pas été renégocié et par conséquent, il n'a aucunement été modifié.

Leur campagne est basée sur la peur et la désinformation avec pour but de pousser les gens dans des États-Unis d'Europe militarisés. Les médias dominants sont des représentants volontaires de cette fabrique du consentement – pour paraphraser l'universitaire et militant US Noam Chomsky – avec juste un simulacre d'équilibre pour laisser de la place à ceux qui appellent à voter Non.

Six points essentiels sont au cœur de l'argumentation pour le rejet de Lisbonne :

1. Anthony Coughlan, à la tête des militants irlandais pour le Non, résume clairement, et en termes concrets, ce que signifie le traité de Lisbonne : « Les dispositions de Lisbonne qui supprimeraient la vieille Communauté Européenne que nous (l'Irlande) avons rejointe en 1973, instaurent légalement une nouvelle Union Européenne dont la forme constitutionnelle est celle d'une fédération supranationale et fait de nous tous de véritables citoyens de cette nouvelle entité étatique ».

Avec le Traité de Lisbonne, les gens deviendront des citoyens d'une Union Européenne fédérale. En cas de conflit, les droits et les devoirs des Irlandais en tant que citoyens seront subordonnés à leurs droits et devoirs envers le nouveau super-État de l'Union Européenne avec tout ce que cela implique.

2.Il est demandé au peuple irlandais de s'engager pour un État de l'Union Européenne dans lequel les lois seront d'abord passées sur la base de la taille de la population de chaque État membre. Par exemple, le nombre de voix pour l'Allemagne passera de 8 % à 17 % du vote total de l'UE tandis que les 26 autres États chuteront de 2 % à 0,8 %. Ce qui signifie que l'Allemagne aura 20 fois plus de votes que les 26 autres états tandis que la Grande-Bretagne, la France et l'Italie en auront 15 fois plus.

3. Le droit des 26 États membres de « proposer », son candidat à un poste de membre de la Commission de l'UE – le seul organe qui dispose du monopole de proposition pour toutes les lois de l'UE – serait remplacé par le droit de ne plus faire que des « suggestions ». La décision finale serait prise par le Président de la Commission européenne qui sera nommé par les États les plus grands. Ce qui signifie remplacer un processus de nomination ascendant par un processus descendant.

4. Le Traité de Lisbonne supprimerait le veto national que l'Irlande possède actuellement dans 30 nouveaux domaines politiques, passant la main au pouvoir européen pour faire des lois contraignantes pour le peuple irlandais dans des domaines tels que les services publics, le maintien de l'ordre, la criminalité, la justice, la santé publique, les transports, etc. Le Traité de Lisbonne est une charte pour l'économie libérale qui a causé l'effondrement économique que nous connaissons aujourd'hui. Ce qui aura des conséquences graves dans deux aspects importants. Premièrement, dans les changements de la politique économique et monétaire. Le Traité de Lisbonne ainsi que les dispositions des traités existants réduiront de façon substantielle, le contrôle démocratique que les citoyens pourraient avoir sur les mesures prises pour réduire les déficits budgétaires et les besoins d'emprunt. Actuellement, en Irlande, le gouvernement est en train de sacrifier les services publics et le niveau de vie des actifs pour sauver les banques. Cependant, la pression publique et la mobilisation du peuple peuvent changer le gouvernement et les mesures économiques qu'il a prises.

Par exemple, utiliser des investissements majeurs dans des projets publics pour stopper l'expansion du chômage et créer de nouveaux emplois. Une Commission européenne néo-libérale pourrait utiliser les pouvoirs qui lui ont été donnés par Lisbonne pour forcer les États à se conformer aux conditions budgétaires. Elle punirait les gouvernements qui souhaiteraient investir dans l'éducation, les services de santé et les transports publics. Et Monsieur et Madame Tout-le-Monde paieraient pour une crise capitaliste avec des coupes dans les services et les niveaux de vie, tout en cautionnant – comme la Commission européenne l'a déjà fait – les sauvetages pour plusieurs milliards d'Euros des banques et des spéculateurs.

En ce qui concerne les droits des travailleurs, la Cour de Justice européenne, dans un certain nombre de jugements importants, a mis les besoins et les priorités de marché au-dessus de ceux des salaires et des conditions de travail justes pour les personnes actives.

Les affaires Laval et Ruffert ont constitué deux jugements significatifs où la Cour de Justice européenne a statué que des entreprises employant des travailleurs d'un État membre dans un autre étaient autorisées à payer à ces travailleurs, des salaires largement plus bas que ceux négociés et conclus dans l'État d'accueil. Elle a basé ce jugement sur la primauté donnée par la législation de l’UE à la liberté de mouvement des biens, du travail et du capital.

Malgré l'affirmation que la « charte des droits fondamentaux » a été promue comme protection des droits des travailleurs. Cependant l'article 52 de la Charte – le libellé de cet article est fondé sur la jurisprudence de la Cour de Justice européenne – montre clairement que ces droits –droit de grève inclus – devront être exercés dans les conditions et les limites » du Traité de l'Union européenne et des traités de la Communauté. En résumé, il n'y aura pas de nouveaux droits pour les travailleurs avec Lisbonne et les droits promis seront soumis et inférieurs aux droits des employeurs et des entrepreneurs d'exploiter leurs employés pour des salaires plus bas et des conditions d'emploi inférieures.

5. Malgré ce que l'on nous dit, le ciel ne va pas tomber sur la tête de l'Irlande si nous rejetons Lisbonne une seconde fois. S'il y a un deuxième vote pour le Non, la République tchèque et la Pologne ne ratifieront pas le traité. Il se pourrait même que l'Allemagne elle-même ne l'ait pas ratifié au moment du référendum.

6. Même sans Lisbonne, la militarisation de l'Union européenne est une priorité, l'Agence européenne de défense est en réalité un moyen pour l'industrie d'armement européenne d'influencer la politique et les budgets européens. Des représentants de deux des plus grands fabricants d'armes d'Europe, BAE et Thales, figuraient avec des anciens politiciens, dans un groupe de travail qui a rédigé les clauses de sécurité et de défense de la Constitution européenne.

Le Traité de Lisbonne accroît l'importance politique de l'Agence européenne de défense. L'article 28 a mandaté l'agence pour prendre « toute mesure utile » qu'elle considérait nécessaire pour « renforcer la base industrielle et technologique » de la défense européenne. L'agence a également pour mission d'aider les gouvernements de l'UE à soutenir l'industrie de l'armement, en contrôlant leur observance des engagements de dépenses croissantes en équipement militaire, imposés par Lisbonne. Dans le traité, ces dépenses se rapportent à des « engagements de capacité ».

Comme rapporté dans le Sunday Business Post le 16 août, L'Institut d'Etudes de Sécurité de l'Union européenne (IESUE), le groupe de réflexion de politique étrangère de l'Union Européenne indique que l'Union européenne a besoin de « construire une double capacité civile et militaire solide »pour la prochaine décennie. Le Haut Représentant de l'UE –le Ministre des Affaires étrangères de facto de l'après-Lisbonne – Javier Solana, y a ajouté son poids : « Nous devons avoir le personnel et les capacités, autant civiles que militaires, pour soutenir ces ambitions politiques », écrit Solana.

Nous sommes en droit de demander dans quel but cette force militaire accrue va être utilisée. Est-ce pour combattre les « guerres de ressources du 21ème siècle » que le Président de la Commission européenne de l'époque, Jacques Delors, avait pronostiquées dans les années 1990. Pour être utilisée par le nord développé et riche contre le sud en développement et pauvre et posséder leurs ressources naturelles.

Notre campagne fait partie intégrante de la lutte contre l'impérialisme. Tout comme nous nous opposons à l'impérialisme britannique en Irlande, nous devons aussi nous opposer au nouvel impérialisme de l'UE. Le but du Traité de Lisbonne comme de la Constitution européenne est de construire un super-État anti-démocratique, militarisé et ultra-capitaliste. L'économiste irlandais, feu Raymond Crotty a décrit le projet européen comme « un impérialisme par d’autres moyens ».

La démocratie fonctionne mieux en termes de responsabilité et d'engagement du peuple, dans le processus démocratique à un niveau national – le Republican Sinn Fein préconise même une décentralisation plus poussée au niveau régional et local. Amener le pouvoir de décision à ce niveau rend la démocratie vivante et appropriée au peuple.

Non seulement nous croyons en la démocratie au sein des nations mais aussi entre elles. En tant que républicains irlandais, nous sommes aussi des internationalistes dédiés à la construction d’une communauté de nations libres. En nous opposant au Traité de Lisbonne, nous ne soutenons pas seulement la démocratie nationale mais aussi l'idéal d'une démocratie internationale et la véritable solidarité entre les nations dans la défense des droits humains.

Le Republican Sinn Fein a pour normes les principes démocratiques de la Proclamation de 1916 et nous considérons l'idée d'une Union européenne militarisée et non démocratique comme une subversion de ces principes. Levez-vous pour les droits des travailleurs, opposez-vous à la militarisation et à l'impérialisme, votez Non à Lisbonne II !