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mercredi 5 novembre 2014

Blaise Compaoré chassé par son peuple ! Il ne doit pas échapper à la justice

Le 2 novembre 2014, à Ouagadougou, Abidjan, Berlin, Dublin, Dakar, Londres, Paris, Rennes, Montpellier, New York, Washington, Bamako, Lomé, Nairobi, Madrid, Bruxelles, Turin, Ajaccio, Toulouse, Liège, Munich, Kinshasa
Traductions disponibles : Español  Deutsch  English  Italiano  

L’insurrection populaire au Burkina Faso a balayé le régime décadent de Blaise Compaoré. Ces jours du 30 et 31 octobre 2014 sont entrés dans l’histoire d’un peuple brave, un peuple mûr, un peuple digne, et au-delà de ça dans l’histoire de l’Afrique et du monde entier. 27 ans de règne de ce mégalomane sanguinaire, ça suffit !
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Photo Mikaël Doulson Alberca
Le peuple a retrouvé sa dignité bafouée, il reprend son destin en main avec force, intelligence et conviction. Quels moments de joie, quels moments d’émotion !
Dans ces moments décisifs, toutes les forces vives de Burkina Faso se sont unies, pour mettre fin à ce régime corrompu qui a trop longtemps bénéficié du soutien de la communauté internationale, alors qu’il maintenait son peuple dans la misère.
Jusqu’au dernier moment alors que Blaise Compaoré a conduit son pays dans le chaos, certains de ces soutiens ont suggéré que ce soit lui qui gère la transition.

Après cette première victoire, il convient sans tarder que les militaires, les organisations de la société civile et les partis politiques de l’ancienne opposition se concertent rapidement, pour une transition apaisée. Le peuple ayant assuré la victoire, il convient de mettre en place rapidement une politique qui s’attaque en priorité à la misère et réponde pleinement aux aspirations populaires.
Le réseau international « Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique » s’incline devant le merveilleux peuple burkinabè, particulièrement la jeunesse, qui a marché au-devant des forces de sécurité les mains nues. Plusieurs dizaines de personnes ont sacrifié leur vie ! Qu’ils reposent en paix et qu’ils restent dans notre mémoire comme des héros !

Il les remercie d’avoir mis fin à cette hypocrisie de la communauté internationale qui consacrait Blaise Compaoré comme un « homme de paix », lui qui était impliqué dans toutes les guerres qui ont embrasé la région, entrainant des centaines de milliers de victimes. Toutes les forces progressistes en Afrique et dans le monde entier doivent aujourd’hui soutenir concrètement la révolution du Burkina Faso et organiser la solidarité concrète.
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Photo Mikaël Doulson Alberca
Blaise Compaoré a pris la fuite. Il doit être arrêté et jugé pour ses crimes. Nous réclamons une enquête internationale indépendante sur l’assassinat du président Thomas Sankara et de ses camarades le 15 octobre 1987. Aux membres du Congrès américain nous demandons d’exiger que soient ouvertes les archives de l’époque et qu’une investigation soit menée sur une éventuelle implication de la CIA. Aux parlementaires français, nous demandons d’accepter la demande d’enquête parlementaire sur l’assassinat de Thomas Sankara, déjà déposée deux fois à l’Assemblée nationale de la République française, le 20 juin 2011 et le 5 octobre 2012. Nous appelons les peuples du Togo et de la Côte d’Ivoire à exiger que la lumière soit faite sur l’implication de leurs pays dans cet assassinat.
Il ne peut y avoir de démocratie dans l’impunité. La campagne « Justice pour Thomas Sankara, Justice pour l’Afrique », forte des 14.000 signatures déjà obtenues (http://www.thomassankara.net/spip.php?article866) et du soutien des dizaines d’associations et de partis politiques de par le monde, doit s’amplifier car Blaise Compaoré bénéficie de soutiens puissants que nous dénoncerons sans relâche. Nous devons plus que jamais exiger que justice soit rendue. L’heure de la vérité et de la justice approche. Hâtons-la tous ensemble !
Gloire au peuple burkinabè ! Justice pour Thomas Sankara et ses camarades assassinés le 15 octobre 1987, justice pour toutes les victimes des assassinats et crimes économiques !
Le réseau international « Justice pour Sankara Justice pour l’Afrique »
 Contact  : contactjusticepoursankara at gmail.com
tel 00 33 6 85 03 88 6500 33 6 85 03 88 65 

mardi 7 octobre 2014

Mexique-"Y el señor andaba bailando": la nuit d'Iguala

Español México – "Y el señor andaba bailando": la noche de Iguala

 par Fausto Giudice, 7/10/2014
Un maire mafieux, complice d'un gouverneur d'État mafieux, couvert par un Président mafieux, donne l'ordre à ses hommes de tuer puis va danser, pendant que les tueurs agissent dans la nuit, tuant, blessant, kidnappant des jeunes étudiants en lutte, mais aussi des passants, des footballeurs, des passagers de taxi, bref tout ce se trouve sur le parcours de leurs projectiles. Bilan provisoire de l'horreur qui vient d'ensanglanter la ville d'Iguala de la Independencia : 49 morts, 17 blessés, 22 policiers municipaux détenus, un maire en fuite, recherché par Interpol, et un pays tétanisé par ce nouvel épisode la chronique noire d'une plongée dans l'abîme. Retour sur les événements de la nuit d'Iguala.

D'abord un peu d'histoire et de géographie.

Les scènes se passent dans l'État du Guerrero, dans le sud du Mexique, nommé d'après Vicente Guerrero, le 2ème président éphémère (8 mois) du Mexique indépendant au destin tragique : venu au pouvoir par un coup d'État, il fut destitué par un autre coup d'État et capturé puis fusillé par un acte de traîtrise (une invitation à déjeuner) préfigurant un acte similaire qui provoquera la mort, presque un siècle plus tard, d'Emiliano Zapata. Le Guerrero, connu à l'étranger, pour son haut lieu de cauchemar climatisé touristique d'Acapulco –une Babylone du Pacifique – est à l'image du reste du Mexique : livré à la prédation sauvage de la part d'un conglomérat de groupes criminels –narco-gangs, partis politiques, policiers pourris, bureaucrates corrompus, entrepreneurs mafieux, élus par achat de votes - collaborant tous entre eux. Ce pauvre Mexique, "si loin de Dieu et si proche des USA", est aujourd'hui réduit à l'état d'une Colombie, où les frontières entre "politique" et "parapolitique" (terme colombien désignant les représentants parlementaires des groupes paramilitaires auxquels l'armée et la police sous-traitent le "sale travail") se sont effacées, connaît une très forte conflictualité sociale. Les conflits qu'il vit portent sur des thèmes universels : la terre, l'eau, l'éducation, la santé, bref la défense des communs contre la prédation qui, au nom du marché, détruit le cadre de vie et les conditions mêmes de survie de la population. Une des batailles les plus spectaculaires qui se livre depuis des années concerne l'éducation. Dans ce domaine comme dans d'autres (la structure agraire) les régimes qui se sont succédé au Mexique depuis 20 ans ont tous poursuivi le plan visant à démanteler les acquis de la Révolution mexicaine de 1910, autrement dit l'éducation libre et gratuite pour tous. 

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Une des structures les plus importantes issues de la Révolution sont les écoles normales rurales, qui forment les instituteurs ruraux, généralement eux-mêmes issus de milieux paysans et indiens (les Mexicains disent "indigènes"). Vivant en internat, les normaliens alternent formation théorique et pratique, passant la quatrième année de leur cursus comme instituteurs-stagiaires dans une école primaire rurale. Le gouvernement d'Enrique Peña Nieto veut tout simplement les liquider comme "résidu anachronique", arguant que, désormais, on n'en a plus besoin.
Cela entraînerait tout bonnement la disparition de l'école de base dans toutes les zones rurales abandonnées par l'État. Les normaliens font donc de la résistance depuis plusieurs années, payant un lourd tribut : 2200 d'entre eux ont été arrêtés depuis 2000.
http://normalesruralesenreexistencia.files.wordpress.com/2013/11/img_1933.jpg Les luttes des normaliens sont des luttes de survie, donc violentes. Les lieux et objets emblématiques de ces luttes sont les autobus, les péages d'autoroutes et les boîtes en fer blanc. Explications : les normaliens ont en permanence la fringale et le ventre vide, vu que le gouvernement leur coupe les vivres. Ils sont obligés de financer eux-mêmes leurs déplacements entre les écoles où ils sont internés, leur lieu d'origine et les localités où ils font leurs stages. Ils récupèrent donc des autobus privés ou publics, occupent – "libèrent" - des péages d'autoroutes, dont ils demandent aux préposés de dégager et démontent les caméras de surveillance et organisent des "coperachas", des collectes d'argent, parfois un peu trop insistantes, ce qui déclenche parfois des bagarres généralisées, par exemple avec les chauffeurs de taxis collectifs, de bus ou de camions qui s'insurgent contre ce "racket". Les malheureux chauffeurs ont des circonstances atténuantes: ils sont déjà soumis aux exigences de "mordida" (orig. morsure), le bakchich traditionnel prélevé sous tout prétexte par les policiers, et au racket des gangs criminels. Mais le plupart des gens sollicités acceptent sans problèmes de mettre un petit billet dans les boîtes de conserves tendues par les normaliens en lutte, qui pourraient être leurs enfants ou leurs petits frères.


Venons-en à Iguala de la Independencia. C'est une ville de 120 000 habitants, à mi-chemin de Mexico et d'Acapulco. Elle est entrée dans l'histoire puisque c'est là que fut signé et proclamé le Plan d'Iguala, déclaration d'indépendance du Mexique, fruit d'un accord entre Iturbide, le monarchiste qui se voulait empereur et Guerrero, le libéral, républicain et franc-maçon. Et c'est à Iguala, en ce même jour historique du 24 février 1821, que le tailleur et coiffeur José Magdaleno Ocampo inventa le drapeau mexicain. Jamais depuis la conquête espagnole Iguala n'avait si peu mérité son nom originel en langue nahuatl (la langue des Aztèques) de yohualcehuatl, qui signifie "là où la nuit apporte la sérénité".
Ce qu'a apporté la nuit du vendredi 26 au samedi 27 septembre 2014 à Iguala, a été tout le contraire de la sérénité. Dans l'après-midi, les normaliens en lutte de l'École normale rurale Raúl Isidro Burgos d' Ayotzinapa, à 126 km de là, étaient arrivés en ville pour collecter de l'argent afin de financer leur déplacement collectif vers la capitale, pour y participer à la grande manifestation prévue le jeudi 2 octobre, en commémoration du massacre de Tlatelolco. Le 2 octobre 1968, plusieurs centaines d'étudiants en lutte de la capitale avaient été massacrés par des snipers des escadrons de la mort sur la Place des Trois-Cultures. Ce traumatisme n'a jamais été guéri, le crime étant resté impuni à ce jour, 46 ans plus tard. Symbole de la criminalité du pouvoir en place, Tlateloco déclenche une prise de conscience qui conduit certains militants étudiants à rejoindre la voie de la lutte armée, dans laquelle divers militants se sont engagés durant les années 1960. Parmi eux Lucio Cabañas et Genaro Vázquez, étudiants de cette même école d'Ayotzinapa. Lucio fonda le Parti des Pauvres et tomba au combat le 2 décembre 1974, âgé de 36 ans. Genaro, plus âgé que lui (il avait 7 ans de plus) et avec une déjà longue expérience de lutte syndicale, passa à la lutte armée en 1968, après avoir été libéré de prison par ses camarades, créant l'Asociación Cívica Nacional Revolucionaria (ACNR). Il est mort le 2 février 1972 à Morelia, dans des circonstances restées mystérieuses à ce jour : il semble qu'il ait été laissé mourir par les militaires qui avaient découvert son identité suite à un accident de voiture dans lequel il avait été gravement blessé.

Cabañas et Vázquez sont considérés comme des héros, au même titre que Che Guevara ou Emiliano Zapata, par les normaliens en lutte d 'aujourd'hui Ce vendredi-là, les normaliens se retrouvent en plein Iguala face aux policiers municipaux accompagnés de tueurs du gang criminel Guerreros Unidos, sous les yeux de militaires et de policiers fédéraux complices, qui laisseront faire. Les tueurs attaquent et tirent. Les normaliens se dispersent, les tueurs les poursuivent. Bilan de la nuit : 6 morts, 17 blessés graves et une soixantaine de normaliens disparus, c'est-à-dire kidnappés par les escadrons de la mort. La réaction de toute la société mexicaine est un mélange d'indignation et de résignation rageuse. Tout le monde se met à enquêter : la "justice" – le procureur ordonne l'arrestation de 22 policiers municipaux -, les citoyens, les médias. Quelques jours plus tard une douzaine de kidnappés réapparaissent, vivants. On vient de retrouver les corps des 43 autres, brûlés, dans 6 fosses communes.

Les travailleurs de l'Ecole normale d'Ayotzinapa exigent :
-le châtiment des assassins de normaliens
-la destitution des fonctionnaires complices
Ayotzinapa unie jamais ne sera vaincue

Entretemps, les normaliens ont participé activement et en masse au grand rassemblement du 2 octobre sur le Zócalo de Mexico en commémoration de Tlatelolco.
Zócalo, 2 octobre. Photos Argelia Zacatzi Pérezmezcali
Les normaliens exigent de revoir en vie leurs camarades disparus
Por mi raza hablará el espíritu (« pour ma race parlera l'esprit »), la devise de l'Université nationale autonome du Mexique forgée par l'écrivain José Vasconcelos qui en fut le recteur de 1920 à 1921. La « race » fait référence à la « race cosmique » décrite par Vasconcelos, celle issue, en Amérique latine, du métissage de deux cultures (européenne et amérindienne). Elle n'a rien à voir avec le "concept" européen de "race"

Pour demain mercredi 8 octobre, est prévue au même endroit une grande manifestation contre la boucherie d'Iguala, qui s'ajoute à la longue liste qui va de Tlateloclo à Acteal, en passant par Aguas Blancas en 1995 et le massacre d'étudiants dit du Jour de Corpus Christi, le 10 juin 1971, effectué par le groupe clandestin des Halcones, les "faucons" formés par la CIA, crime pour lequel le président d'alors, Luis Echeverría Álvarez, inculpé en 2005, a bénéficié d'un non-lieu pour "absences de preuves" en 2009. Faudra-t-il attendre l'an 2048 pour que des poursuites soient engagées contre le président Enrique Peña Nieto, auquel les deux premiers responsables du massacre d'Iguala sont étroitement liés ?

Ces deux hommes sont :
-        le maire d'Iguala, actuellement "en fuite" et recherché par Interpol : après avoir donné l'ordre à ses sbires de tirer sur les normaliens, dans la soirée, il est allé danser. "Y el señor andaba bailando", commentait une présentarice de télévision. L'homme a le profil classique du "parapolitique" mexicain du XXIème siècle. José Luis Abarca Velázquez  a commencé comme marchands de sombreros sur les marchés, puis s'est retrouvé à la tête de grands supermarchés et d'autres entreprises lucratives. L'explication du mystère de son enrichissement est simple : c'est un blanchisseur d'argent du crime organisé. Avec cet argent, il a pu s'acheter un poste de maire après s'être acheté une place au PRD, le parti de la "Révolution démocratique", qui mérite ses guillemets car il n'est qu'un PRI bis, c'est-à-dire, une machine mafieuse de pouvoir (remarque en passant : les 2 partis sont membres de l'Internationale socialiste, lisez ceci si vous cherchez encore de bonnes raisons de vous foutre en colère. Mais bon, l'IS a quand même attendu le 17 janvier 2011 pour exclure le RCD du dictateur tunisien ben Ali, trois jours après chute et sa fuite, et le 31 janvier 2011 pour exclure le PND de Moubarak, 12 jours avant la chute de celui-ci). Le PRD a bien sûr exclu Abarca de ses rangs…il y a deux jours, ce qui fait rire jaune les Mexicains. Je vous mets sa photo, au cas où vous le croiseriez, Interpol vous donnera une récompense. Sa page existe toujours sur Facebook, où son dernier post, en date du 29 septembre, souhaite un bon dimanche à ses administrés. Vous pouvez écrire à Mark Zuckerberg pour lui demander de supprimer cette page, puisque c'est celle d'un criminel recherché par Interpol…
-        Le gouverneur du Guerrero, Ángel Aguirre Rivero, lui aussi, bien sûr "militant" du PRD et élu en 2011. Lui aussi lié aux Guerreros Unidos, le gang local de narcotueurs  et a pratiqué les retours d'ascenseur avec Abarca, ce qui est normal puisqu'ils mangeaient au même râtelier. Voici deux photos du bonhomme: la première, photoshopée, de sa campagne électorale de 2011 et la seconde, qui le montre sous son vrai visage. Notez l'impudence du candidat, qui a carrément utilisé comme message de sa campagne le subliminal "Unidos transformaremos Guerrrero" (Unis nous transformerons Guerrero), qui évoquait immédiatement ses narcocriminels d'amis, protecteurs et financeurs, les Guerreros Unidos.
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vendredi 1 juillet 2011

Répression au Caire

29/6/2011
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Plus de 1000 personnes ont été blessées mercredi 29 juin lorsque les forces de sécurité ont riposté aux manifestants sur la place Tahrir au Caire avec des jets de gaz lacrymogènes et des tirs de balles en caoutchouc. La répression a commencé dans la nuit de mardi à mercredi après que la police avait frappé et arrêté des membres des familles de personnes tuées durant le soulèvement de 18 jours qui avait renversé Hosni Moubarak, lors d’une commémoration des martyrs de la révolution. Dimanche dernier, des membres des familles avaient déclenché une manifestation de colère et jeté des pierres sur des véhicules de police après qu’une juge du Caire avait reporté à nouveau le procès de l’ancien ministre de l’Intérieur Habib Al Adly et six de ses subordonnés.
Al Adly, l’une des figures les plus détestées de l’ère Moubarak, a occupé son poste pendant 14 ans avant d’être forcé de le quitter dès les premiers jours de la révolte du 25 Janvier. Sous sa direction, le ministère de l’Intérieur avait agi commeune gigantesque milice hors-la-loi, espionnant, kidnappant, menaçant, humiliant et torturant des citoyens égyptiens. La Sécurité d’Etat employait au moins 100 000 personnes et entretenait un vaste réseau d’informateurs, dans le seul but de maintenir le régime en place.
En mai, Al Adly a été condamné à 12 ans de prison et à une amende d’environ 15 millions de livres (1,7 million €, 2,5 millions $) pour blanchiment d’argent et détournements de fonds. Il doit maintenant répondre à l’accusation d’avoir donné l’ordre de tuer des manifestants pour al démocratie en janvier dernier. S’il est reconnu coupable, il pourrait être condamné à mort. Moubarak lui-même doit répondre des mêmes accusations le 3 août prochain.
Plus de 845 personnes ont été tuées pendant la révolution égyptienne, d’après les chiffres officiels et plus de 6 000 ont été blessées. Mais beaucoup de gens estiment que le nombre de morts et blessés réel est beaucoup plus élevé. Lundi dernier, la liste des morts s’est allongée avec la mort de Mahmoud Khaled, un protestataire de 24 ans, des suites de blessures infligées le 28 janvier. Il avait été dans le coma depuis 5 mois après avoir reçu dans l’œil une balle tirée par la police, puis avoir été écrasé par une voiture dans le centre du Caire durant les manifestations de masse du « Jour de colère ».
Depuis la semaine dernière, des douzaines de membres de familles de telles victimes tiennent un sit-in permanent devant le siège de la radio-télévision d’Etat. « Ils n’arrêtent pas de reporter et de reporter. Nous attendons depuis cinq mois que soit rendue une justice quelconque », dit Naima (qui a refusé de diore son nom), qui tient un portrait de son fils de 19 ans, Adel, victime d’un tir mortel le 28 janvier. « Je ne veux ni travail ni argent. Je veux la justice et que les responsables rendent des comptes ».
Le juge chargé de cette affaire, Adel Abdessalam Gomaa, a repoussé le procès dimanche sans fournir d’explication. C’est la deuxième fois que le procès d’El Adly et de ses subordonnés a été reporté. En mai, le juge Gomaa avait ordonné un premier report après que des bagarres avaient éclaté dans la salle d’audience. La police avait pris position en rangs serrés devant la cage des sept inculpés, empêchant qu’on les voie, ce qui avait provoqué le protestations des avocats des parties civiles, qui se sont affrontés aux militaires et policiers qui gardaient le tribunal.
Les défenseurs des droits humains ont aussi critiqué l’exclusion du public – y compris les victimes et leurs familles – de la salle d’audience durant le procès. De telles circonstances militent en faveur de l’argument selon lequel le juge Gomaa n’a pas la justice en tête. « Les critiques allèguent que Gomaa avait des liens avec l’ancien régime », écrivait le journal Al Masry Al Youm le 26 juin. « Durant sa carrière, il a émis des sentences contre des opposants à Moubarak comme l’avocat égypto-usaméricain des droits humains Saadeddine Ibrahim et l’opposant libéral Ayman Nour ». Le 30 juin, la Cour d’Appel doit décider si Gomaa doit continuer à présider le procès d’El Adly.
Ironie du calendrier, le report du procès d’El Adly a eu lieu à l’occasion de la Journée internationale de soutien aux victimes de la torture. Des dizaines de personnes ont afflué au siège du syndicat des journalistes au centre du Caire dimanche soir pour écouter le témoignages de personnes torturées par la police et la sécurité d’Etat agissant sous les ordres d’El Adly.
« Je ne pense pas qu’ils ont fait le lien, sinon ils n’auraient pas fixé la date du procès ce jour-là », dit Aïda Seif El Daoula, une militant des droits humains qui anime le Centre El Nedim de réhabilitation des victimes de la violence. « Ce procès est une farce, avec des reports en chaîne. C’est la même chose qu’avant, sous Moubarak : il n’y a pas de justice ». El Daoula montre des photos d’anciens caciques du régime, soulignant qu’il n’a été demandé de comptes pour leur responsabilité dans la torture à aucun des hauts responsables du régime Moubarak, à commencer par l’ex-chef des services de renseignement Omar Souleymane (lequel a joué un rôle clé dans le programme US de transferts extraordinaires au cours duquel la CIA a kidnappé des suspects de terrorisme aux quatre coins du monde et les a envoyés en Egypte pour y être interrogés et torturés).
Avec le report du procès El Adly, tous les yeux se tournent désormais vers un autre dossier judiciaire important : le procès des deux policiers inculpés pour la mort de Khaled Saïd, peut-être la victime de brutalités policières la plus célèbre d’Egypte. Saïd, un homme d’affaires de 28 ans, avait été battu à mort par deux policiers en civil devant un cybercafé d’Alexandrie. Après que la police avait dans un premier temps tenté de maquiller sa mort, des photos de son visage gravement défiguré avaient commencé à circuler sur la Toile, suscitant des protestations et ouvrant la voie à la révolution du 25 Janvier. Alors que l’administration Obama n’avait pas fait de déclaration condamnant le meurtre de Saïd à l’époque, le président Obama a reçu sa sœur Zahra à la Maison blanche la semaine dernière et à publié un communiqué saluant le sacrifice de dizaines de citoyens dans toute la région.
La dernière audience du procès, en septembre 2010, avait été entachée par la présence massive de policiers brandissant des bâtons et criant des insultes contre Khaled Saïd et sa famille. Le procès reprend le 30 juin, mais on ne s’attend pas à une manifestation similaire de culot policier, vu que la police a perdu son vernis de pouvoir et d’impunité après avoir été forcée à faire une retraite massive face au soulèvement de masse de janvier. On attend un verdict dans le procès de l’affaire Khaled Saïd pour jeudi. Les Egyptiens attendent de voir si justice sera rendue.

NdT : le verdict a été repoussé au mois de septembre

Vidéo de Mostafa Sheshtawy, montrant clairement la collusion entre les policiers en tenue de combat et les baltaguiyas (repris de justice utilisés comme supplétifs et provocateurs) le 29 juin

mardi 25 août 2009

Colombie endolorie et amère

par le Collectif de Réfugiés Colombiens dans les Asturies « Luciano Romero Molina », 18/8/2009
Extrait:

"Nous sommes persuadés que le gouvernement d'Obama connaît les atrocités commises par Uribe, mais qu'il les tolère en échange de pouvoir installer immédiatement sept bases militaires de l'armée US sur le territoire de la Colombie, menaçant la paix, les démocraties et la stabilité militaire d'une Amérique du Sud lasse de néocolonialisme.
Mais… et l'Europe et l'Espagne ? Pourquoi gardent-elles le silence face à tant de crimes ? Nous ne voulons pas penser que c’est par intérêt économique. Nous ne trouvons toutefois pas d’autre explication à tant d’affection et collaboration politique, policière et militaire de l'Espagne avec la satrapie colombienne."

Lire l'article dans son intégralité ici

jeudi 9 avril 2009

Colombie : La nouvelle phase du nettoyage social

par Iván Cepeda Castro, 5/4/2009
Original:
LA NUEVA FASE DE LA ‘LIMPIEZA SOCIAL’
Dans plus de 100 communes et 20 des principales villes du pays sont apparus des tracts dans lesquels on annonce le retour du « nettoyage social » contre les jeunes, les prostituées, les toxicomanes, les délinquants et les homosexuels.
Lire aussi: Iván Cepeda-Portrait d'un humaniste colombien, par Cristina de la Torre

mercredi 31 décembre 2008

Gaza, mardi 30 décembre 2008, 23 h : 370 morts, 1700 blessés

Israël :"Il ne restera plus aucun bâtiment du Hamas debout", "Nous ne visons pas la population, mais le Hamas".Et comment font-ils pour distinguer la "population" du "Hamas" ? Ils ont programmé leurs missiles et leurs bombes avec un logiciel renifleur ?
Mahmoud Abbas demande "l'envoi d'une force de protection internationale de la poplation de Gaza". Comme en Irak ? Comme en Afghanistan ? Comme au Congo ?

Elias Sanbar, représentant de Mahmoud Abbas à l'UNESCO :"Frapper des civils n'est pas légitime". Frapper des résistants l'est donc, à en croire le grand intellectuel.
De dizaines de milliers de personnes ont manifesté cet après-midi à Beyrouth et Téhéran. Sans doute des antisémites.

lundi 29 décembre 2008

Les roquettes de la faim et la propagande israélienne

par Kawther SALAM كوثر سلام, 26/12/2008. Traduit par Esteban G. et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Source : The Rockets of Hunger and Israeli Propaganda



J’ai reçu un message du photojournaliste et militant pour la paix Sameh Habeeb de Gaza pendant qu’aux informations de la télévision autrichienne ils mitraillaient en parlant des roquettes que le Hamas tirait soi-disant sur les « innocents habitants israéliens » et qui ont mené à la réclusion un million et demi de personnes à Gaza avant que se déchaîne l'Intifada Al Aqsa.



Image d’une roquette publiée sur le site web de ORF (MOHAMED SABER/EPA/ORF)

Les roquettes que montrait la télévision autrichienne m’ont parues identiques à celles des feux d’artifices qui sont tirées ici pendant les célébrations de la nouvelle année et les vidéos qu'ils ont utilisées font que je me pose beaucoup de questions :

->L'image publiée dans le site web de l’ORF (la télévision publique autrichienne) est attribuée à « MOHAMED SABER/EPA ». Il s'agit de deux prénoms, il n'y a pas le nom de famille. Qui est cette personne? Pourquoi est ce qu’elle ne se présente pas avec son nom de famille, comme le ferait tout autre Arabe? Est-ce qu’elle existe réellement ou est-elle une fabrication?

->Les roquettes qui sont montrées dans cette image (et dans la vidéo) ressemblent plus aux feux d’artifices en vente dans n’importe quel magasin du monde lorsque les festivités s'approchent qu'à aucune arme connue.

->Ces dénommées « roquettes » ne paraissent disposer d'aucune place pour le carburant ou pour un moteur mais on suppose qu’elles volent 10 ou 15 km. Comment arrivent-elles à réaliser un miracle semblable?

->Comment cette vidéo qui montre des supposés « miliciens du Hamas » tirant des roquettes au milieu des vergers, est-elle parvenue dans les mains de l’ORF et des autres médias occidentaux? Est-ce l'ambassade israélienne qui l’a distribuée? On ne connaît aucun Autrichien ni aucun autre journaliste occidental qui ait accès à Gaza, donc la seule possibilité qu'ils aient obtenu le matériel vient du gouvernement israélien et c’est précisément cela que suggère le lien vers le site du gouvernement israélien qui se trouve sur le site de l'ORF.

->Si le tir de ces roquettes à partir de Gaza inspire quelque doute, de quel autre endroit pourrait-il avoir été déclenché? Du territoire israélien peut-être ? Se pourrait-il que le tir de ces roquettes soit une campagne de propagande mise en marche par l'armée israélienne pour « justifier » un long massacre prémédité contre le peuple de Gaza ?

->L'armée israélienne ne pourrait-elle pas utiliser les habitants de Sderot, Ashkelon et d'autres lieux près de Gaza pour créer la justification d'un génocide contre un peuple déjà à moitié décimé car il se meurt de faim?

->Pourquoi, avant de diffuser une vidéo dans les diverses télévisions européennes personne ne se pose-t-il de telles questions? Si les médias occidentaux sont anormalement négligents dans leurs recherches et ne vérifient pas les sources mais continuent à publier du matériel qui est une propagande évidente, ne pourrions-nous pas dire que leur attitude irresponsable et dépourvue de professionnalisme, ce relais de propagande israélienne, équivaut à une complicité du génocide contre le peuple palestinien?


Le peuple affamé de Gaza, face au blocus israélien. Photo Sameh Habeeb


Même dans le cas peu probable que ces roquettes soient « réelles », elles seraient une réaction compréhensible bien que regrettable pour tant d’années occupation illégale et de chaos criminel perpétrés par le régime israélien. Dans ce cas il s'agirait de « roquettes de la faim », pleinement justifiées au regard du droit international, qui autorise un peuple envahi à se défendre avec ce qu’il a à sa portée.


Le régime d'occupation israélien se prépare à tuer sauvagement le peuple assiégé de Gaza et, comme chacun sait, il mène actuellement une grande campagne de propagande partout dans le monde dans le but de contrôler l’opinion publique internationale et faire passer ses propres crimes contre l'humanité comme étant des « réactions » aux roquettes de Gaza


Les médias internationaux peu objectifs acceptent systématiquement la propagande israélienne et répètent leurs faux récits tandis que la destruction de Gaza se prépare sur la tête d’un million et demi d'habitants en majorité sans défense, dont près de la moitié sont des enfants.


Aucun média européen n’a montré une image objective de la situation réelle à Gaza, qui est de facto un camp de concentration. Même pendant la dernière trêve entre Israël et Gaza, l'État criminel d'Israël a maintenu le blocus pour faire mourir de faim et faire disparaître les Palestiniens de Gaza.


J'aimerais poser quelques questions simples aux fournisseurs de propagande internationaux bien rémunérés et aux gouvernements mondiaux :


Si quelqu'un les enfermait dans un ghetto pendant plus de six ans, ou pendant six jours, s'ils veulent, en leur refusant les droits humains les plus fondamentaux, en leur imposant un blocus qui tue les malades, en occupant l’espace aérien, en bombardant et en assassinant les gens sans raison perceptible, continueraient-ils ne serait-ce qu’une seconde, à être un peuple pacifique? Le blocus et la faim en permanence peuvent-ils nourrir la paix?


C’est cela l'histoire de Gaza et de ses roquettes inutiles que vous utilisez pour justifier le génocide, l’assassinat, l'emprisonnement et la mort par la faim.


Le message du peuple affamé de Gaza, une voix qui se perd sous la propagande occidentale et que davantage de gens devraient entendre, est écrit ci-dessous. Et ici vous pourrez voir plus de photos du peuple palestinien affamé de Gaza.


Sameh Habeeb a écrit :

Ma souffrance à Gaza m'a obligé à rédiger ce rapport sur la faim de mon peuple. Je me suis arrêté à la boulangerie Al Shanty dans le centre de la ville de Gaza. C’est une des plus grandes boulangeries de toute la bande et elle fournit du pain à des dizaines de milliers de personnes. Des centaines de personnes se pressaient aux portes de la boulangerie sur une longue file dans laquelle elles attendaient pour acheter un sachet de pain. Des enfants, des femmes et des hommes attendaient pour avoir du pain, dont le stock est totalement épuisé à Gaza.


Abed Mas’od, 24 ans, est ouvrier dans la boulangerie Al Shanty. J'ai parlé avec lui pendant qu'il fabriquait du pain sans s’arrêter pour des milliers de personnes. Je suis parvenu à ce qu’il me fournisse l’information.


Avant la crise meurtrière du pain qui a commencé il y a deux jours, cette boulangerie préparait 30 sacs de farine par jour. Mais, avec ce qu’il y a aujourd'hui, elle en fait autour de 100 et chaque sac pèse 60 kg. Abed explique cette augmentation avec la demande de pain non enregistrée de la population qui est arrivée après qu'Israël a interdit l'entrée de farine à Gaza et qu’il a fermé les frontières.


« Cela fait plusieurs jours que notre boulangerie n’a plus de pain et ce que nous avons maintenant ne durera seulement que 24 heures. De fait, hier nous sommes restés sans farine et avons arrêté de travailler. Nous utilisons maintenant des grains pour animaux et dans quelques heures il n’y en aura plus », a dit le boulanger.


Au milieu de la longue file, une voix de femme s’élève. Elle commence à crier, à demander le salut de Dieu et l'amélioration des conditions de vie. Je m'approche de la femme, je me présente et commence à la questionner. La femme, Om Ali Shoman, 45 ans, au teint mat, sombre, décrit la souffrance de toute une population.


« Ceci est notre destin », dit-elle. « C’est une conspiration organisée contre nous. De quoi mes enfants sont-ils coupables pour devoir rester à la maison sans pain? Est ce que mes enfants ont lancé des roquettes? Ont-ils tué des Israéliens? Portent-ils des pistolets? ».


À Gaza il y a 47 boulangeries dont seulement 14 fonctionnent. Dans des conditions normales, Gaza a besoin de 450 tonnes de farine, 100 pour les boulangeries et 300 pour l’usage domestique. Une partie de la farine à usage domestique est fournie par l'Agence des Nations Unies pour les Réfugiés de la Palestine du Proche Orient (UNRWA), qui a récemment interrompu ses travaux. La farine et le blé qui restent encore couvriront les besoins du peuple pour quelques jours.


Sameh A Habeeb, B.A.
Bande de Gaza, Palestine
Mob. : 00972599306096
Tél. : 0097282802825
E-mail :
Sam_hab@hotmail.com, Sameh.habeeb@gmail.com
Blog :
http://gazatoday.blogspot.com/

Gaza, lundi 29 décembre, 8 h. : 320 morts, 1400 blessés


Carlos Latuff

Sur la manchette : "Silence arabe"


samedi 27 décembre 2008

Shabbat Noir sur Gaza

Moussa Ejjawi, Palestine, 19/11/2008. Sur le pêcheur :"Le silence arabe"

Comme ils l’avaient promis, ils ont frappé samedi. En plein Shabbat. Ces gens-là ne respectent même plus ce qu’ils prétendent être leur religion. Ils ont balancé leurs missiles, qui ont fait au moins 200 morts, en bonne partie des policiers du Hamas. Ils ne tuent pas au hasard. Leur objectif est de détruire l’appareil qui permet au Hamas de faire régner l’ordre dans Gaza assiégée depuis si longtemps qu’on ne se souvient plus de quand ça a commencé vraiment. En détruisant l’infrastructure sécuritaire, les sionistes visent à créer le chaos à Gaza et laisser le champ libre aux gangsters et voyous qu’ils manipulent à coups de liasses de shekels.

Bush et Solana appellent Israël à la « retenue » et lui demandent de ne pas frapper de civils. Ce qui est impossible dans un territoire qui a la densité de population la plus élevée de la planète. Ce que ces messieurs savent, comme n’importe qui sur terre.


L’ONU, dont le Rapporteur spécial, Richard Falk, un Juif US, a été expulsé purement et simplement d’Israël le 14 décembre, se tait – ou murmure - et encaisse.

La Ligue Arabe va se réunir « bientôt » pour « arrêter une position commune ». On peut d ‘ores et déjà parier que ce sera, comme d’habitude la position…couchée.

Quand ceux d’en haut trahissent, c’eux d’en bas doivent prendre la relève.
Debout pour Gaza !

FG
, 27/12/2008
Haytham Ahmed, Palestine, 26/12/2008
Sur le panneau : "Solidarité"
1- "On ne vous permet pas de tuer de Palestiniens"
2 - "On ne vous permet pas de tuer plus de 850 Palestiniens"
3 - "On ne vous permet pas de tuer plus de 25 millions de Palestiniens"


Sur le lion :"Sommet arabe"
Le lion : "Miaou, miaou"
L'Oncle Sam : "Ouh ! J'ai peur !"

Amr Moussa, ancien ministre égyptien des Affaires étrangères et secrétaire général en exercice de la Ligue arabe depuis mai 2001:
Les 10 commandements des ministres des Affaires étrangères arabes réunis en sommet :
1 – Il n’y a de Dieu que le dollar
2- Parle de la démocratie et utilise-la contre les gens qui tiennent tête à l’Amérique
3 – N’invoque jamais en vain le nom de Bush, ne l’insulte pas et mets son portrait au-dessus de ta tête
4 – Honore tes rois et tes présidents si tu veux vivre longtemps
5 – Ne tue que les terroristes, les combattants qui défendent leur droit, leur pays, leurs biens et leur dignité
6 – Ne t’oppose jamais, même si Israël arrive au Nil et à l’Euphrate
7 – Ne commets pas d’adultère sauf avec Dollar, mais pas avec l’Euro ni le Yen
8 – Ne commets pas de faux serment avant d’être désigné au Conseil d’État ou président d’un bureau de normalisation (s-e des relations avec Israël)
9 – Tu n’envieras point celui qui a des armes de destruction massive
10 – Tu ne convoiteras pas le pétrole d’autrui, ni ses fauteuils, ni ses dollars, ni sa femme, ni ses meubles.

vendredi 12 décembre 2008

Norbert Zongo : 10 ans d'impunité, c'est trop !


Signez la pétition internationale pour la réouverture du dossier Norbert Zongo




Appel à la manifestation contre l’impunité
dans l’Affaire Norbert ZONGO !


Forts du soutien que vient de leur renouveler la France à l’occasion de leurs récents séjours en France, Blaise Compaoré et son Premier Ministre sont répartis rassérénés et encore plus déterminés à poursuivre leur gestion liberticide du pouvoir au Burkina Faso. C’est pourquoi, nos Organisations, déterminées à amplifier leurs actions de solidarité avec le peuple burkinabé, appellent leurs militants et l’opinion démocratique à manifester dans l’unité :

  • leur dénonciation du soutien multiforme qu’apportent Nicolas Sarkozy et le réseau françafricain au régime criminel de Blaise Compaoré,
  • leur soutien aux démocrates Burkinabé, aujourd’hui engagés dans de grandes mobilisations populaires commémoratives de l’odieux assassinat du journaliste Norbert Zongo et ses compagnons d’infortune le 13 décembre 1998, mobilisations qui s’inscrivent dans un vaste front de luttes syndicales, sociales et politiques contre l’impunité, la vie chère et pour une véritable démocratie au Burkina ;
  • leur exigence de vérité et de justice pour tous les crimes économiques et de sang commis par le régime de Blaise Compaoré.

TOUTES ET TOUS AU RASSEMBLEMENT DU SAMEDI 13 DECEMBRE 2008 DEVANT L’AMBASSADE DU BURKINA FASO A PARIS !

Rendez-vous à la Place de l’Eglise à 15h . Métro : Saint Philippe du Roule.

Contacts : 06 29 46 44 37 / 06 63 97 46 90


Organisations signataires

Association des Etudiants Burkinabé en France - AEBF

Afrique sans Chaînes – CNT France

Centre d'Etudes et d'Iniatives de Solidarité Internationale - CEDETIM

Citoyennté Internationale Solidarité 35 – CIS 35 (Ille et Vilaine)

Collectif des Ivoiriens de France pour la Démocratie et les Droits Humains - CIFDDH

Collectif de France Affaire Norbert ZONGO – COFANZO

Confédération Nationale du Travail - CNT France

Confédération Générale du Travail de Côte d'Ivoire (CGT CI)

Coordination des Femmes Egalité - France

Fédération des Congolais de la Diaspora - France

Les Verts - France

Ligue Communiste Révolutionnaire – LCR France

Maison Internationale de Rennes ( Réseau de 100 associations rennaises de coopération internationale)

Mouvement Burkinabé des Droits de l'Homme et des Peuples - Section de France - MBDHP‐SF

Oser Inventer l'Avenir Thomas Sankara

Plate Forme Panafricaine (Réseau de 15 Organisations de la Diaspora Africaine de France)

Parti Communiste des Ouvriers de France - PCOF

Sud Education - France

Survie France

Union des Journalistes Ivoiriens de France- UJIF

Terre des Hommes (Ille et Vilaine)

Zone Libre (Aquitaine)

Norbert Zongo et les mercenaires à la Bob Denard

10ème anniversaire de l'assassinat du journaliste burkinabè
par Vincent OUATTARA
Le 13 décembre 2008, cela fera dix ans que le journaliste et écrivain Norbert Zongo a été assassiné sur la route de Sapouy. Après dix ans d’enquête, le seul inculpé a d’obtenu, le 16 août 2008, un non-lieu du Tribunal de grande instance de Ouagadougou.

« Combien de mercenaires, surtout français, envahissent chaque jour l’Afrique dite francophone ? Combien de Bob Denard nouveaux envahissent nos pays pour faire main basse sur tout ce qui brille ? Combien d’illustres mercenaires débarquent chez nous et dictent leurs lois à nos responsables qu’ils peuvent changer comme s’il s’agissait d’une roue de véhicule ? Combien sont-ils les mercenaires, les Bob Denard nouveaux qui débarquent chez nous en jets et qui nous font applaudir pendant qu’ils nous délestent de tous nos biens ? » écrivait Norbert Zongo sous son nom de plume Henri Sebgo.

Il sera assassiné avec ses trois compagnons, le 13 décembre 1998, parce qu’il suivait la voie de ces hommes qui luttent pour des valeurs de justice et de liberté. Il est parti il y a dix ans, mais sa plume n’est pas morte. On lui reconnaît les débuts des grands déballages sur les dossiers noirs du régime du président Blaise Compaoré : Dabo Boukari, Oumarou Clément Ouadraogo, Guillaume Sessouma, David Ouédraogo, et bien d’autres, vies de larmes qui n’auront de paix tant que justice ne leur sera pas rendue.

Norbert parle aussi des tragiques événements du 15 octobre 1987 qui ont porté les « rectificateurs » au pouvoir : « L’environnement de terreur a happé tout autour de lui : le président Thomas Sankara et ses compagnons pulvérisés au bazooka, Henri Zongo et Boukary Lingali exécutés sommairement par des bourreaux qui ont brûlé vivants leurs compagnons d’armes à Koudougou… » (L’indépendant n° 166, 15 octobre 1996).

Ainsi le Burkina Faso rentrera dans le rang de la Françafrique. Lors du sommet France-Afrique de Ouagadougou en 1998 qu’il appelait « France Colonies », il écrivait : « On a évacué les mendiants de la ville de Ouagadougou. On a nettoyé Ouagadougou, balayé. Nous avons honte de notre pauvreté, de notre misère » (L’indépendant n°228, 5 janvier 1998).

Il apparaît, sous sa plume, un type de citoyen qui n’est pas de la francophonie, qui ne le mérite pas : « ces pauvres, parias de la société, vivant une prison à ciel ouvert dans leur pays ». C’est donc à juste titre que Norbert Zongo écrivait : « Esclave, nous avons été, esclaves nous sommes. Des sommets France Colonies comme celui de Ouagadougou nous le prouvent… » (L’indépendant n°173, 3 décembre 1996). Mais le scribe interpellait ses concitoyens, alors que le pays plongeait dans la misère, avec son cortège de corruption, de népotisme et d’assassinats politiques. Et très proche de Paris, son principal bailleur de fonds, Blaise Compaoré sévit aussi chez ses voisins en soutenant le criminel de guerre Charles Taylor dans le dépeçage du Libéria.

Des crimes que ne pouvait laisser passer Zongo : « Calmons la tempête sous notre crâne, conseillait-il, en insistant : « Vivre auprès du sans-avenir, c’est ne plus avoir un avenir, (L’indépendant, 2 juin 1994). Le don de soi devient aussi une raison de vivre pour lui, auteur de deux œuvres importantes, « Parachutage » et « Rougbenga » où sa quête de liberté sonne comme un hymne de la vie. Il le savait et le disait avec certitude : « Je dénonce donc je suis ».

Il ne dénonçait pas seulement les crimes de sang de son pays, il s’attaquait à la politique française et à ses multinationales qui dépossèdent l’Afrique de ses biens, de ses fils et lui imposent la servilité. La privatisation de Air Afrique l’indigne, et il écrit : « Quand un Billecar s’approprie Air Afrique, affiche les tarifs les plus élevés au monde pour annihiler le tourisme africain, où s’engage la compagnie dans des rachats d’Airbus français pour la déclarer, quelques temps après, en faillite, il fait pire que Bob Denard : c’est un mercenaire des temps modernes. » (L’Indépendant n°114, 10 octobre 1995).

Le fait n’est pas seulement ce pillage des ressources mais l’arrogance qui l’accompagne que le journaliste essaie de mettre en évidence : « Quand un simple directeur de brasserie au Burkina (représentant des français au Burkina) viole, avec l’arrogance la plus insultante, les lois de notre pays, foule aux pieds les décisions judiciaires, c’est pire que du Bob Denard. Quand les Bouygues, les Saga, les Bolloré déferlent en Côte d’Ivoire, au Burkina, au Bénin (…), rachètent nos entreprises dites privatisées pour des bouchées de pain, après avoir arrosé nos responsables politiques tout en leur garantissant le soutien militaire de Paris, c’est pire qu’un mercenaire à la Bob Denard » (Ibid). Norbert Zongo appelle à la prise de conscience en avertissant que : « ces nouveaux mercenaires sont dangereux, plus dévastateurs (…) Si Bob Denard avait envahi notre pays, nous l’aurions combattu par tous les moyens. Mais voilà que nous restons impuissants devant Sitarail (groupe Bolloré), la pire des invasions coloniales et mercenaires que nous ayons subies. Le hold-up sur notre Cimat, c’est du Bob Denard supérieur ».

La France ne change pas…

« La France a beau nier les révélations de sa presse faisant état de la présence des troupes françaises au zaïre et de mercenaires issus de la garde présidentielle française, il n’y a pas d’illusions à se faire, Paris est en Afrique ce qu’il fut toujours : un maître incontesté qui déteste la contestation et la punit sévèrement. La France ne change pas et elle ne changera pas de sitôt sa politique africaine », écrivait Norbert Zongo. Et de se demander : « Sommes-nous capables de changer afin que Paris n’envoie plus ses troupes piétiner les récoltes comme au Tchad, envahir nos territoires comme pendant l’opération Turquoise au Rwanda, nous imposer des chefs d’Etat comme Mobutu, nous dicter notre comportement économique ? Il ne suffit pas de crier, de vitupérer l’impérialisme et le colonialisme français. Que cherchent les troupes françaises à Abidjan, Dakar, Ndjamena… ? Que cherchent les nombreux conseillers militaires français présents à Ouagadougou, Niamey, Lomé, Cotonou… ? »

La réponse à ces nombreuses questions, Norbert Zongo les aperçoit dans le changement qui naîtra grâce à une prise de conscience de la nécessité de bâtir des nations libres et démocratiques avec des institutions républicaines fortes. Pour y arriver, « chacun de nous doit se poser la question : suis-je un allié de cette France envahisseur, assassine des libertés de nos peuples ? » (L’Indépendant n°179, 14 janvier 1997).


Norbert condamnait la présence militaire française dans son pré carré et l’immixtion de la France dans les affaires intérieures des Etats africains favorisant les présidences à vies, les détournements, le pillage des ressources du continent etc. Il distinguait deux types de France : l’une des peuples libres et l’autre prédatrice des libertés. « Le pire est ailleurs, dit-il : la France coloniale et néocoloniale a distillé dans les veines des pouvoirs politiques africains et de la plupart de leurs hommes cet orgueil béat, cette suffisance idiote qui les empêchent de reconnaître leurs fautes… » (L’Indépendant n°107, 22 août 1995). Les Etats africains ne doivent plus être « une poubelle au sens propre et au sens figuré du monde entier dans cet enfer du protectionnisme le plus célèbre et le plus hypocrite, dans ce monde de racisme économique… ».

La voix de l’intellectuel est importante dans ce combat pour la liberté. C’est pourquoi, Norbert Zongo accusait « ces élites d’aujourd’hui qui se prélassent dans l’inconscience, l’insouciance et la paresse ». Une façon de dire que l’heure est à la lutte pour être pour ne pas succomber, à jamais.

Parmi les inculpés de l’assassinat de Norbert Zongo : Marcel Kafando, Edmond Koama et Ousseini Yaro, tous membres de la garde présidentielle du président Blaise Compaoré. Au final, le seul inculpé retenu dans ce dossier sera Marcel Kanfado, qui vient d’obtenir, le 16 août 2008, un non-lieu du Tribunal de grande instance de Ouagadougou, après dix ans d’enquête du juge Wenceslas Ilboudo. Le dossier Norbert est-il classé sans suite ? Non, affirme les juges, seules des charges nouvelles peuvent permettre de le rouvrir.

Le silence des hommes et des femmes réconforte les bourreaux dans leur rôle, leur donne le droit de continuer de tuer des citoyens honnêtes et de classer leurs dossiers sans suite, parce qu’ils ont le soutien des hommes politiques européens qui n’ont pas honte de dire qu’ils sont des amis de l’Afrique.

La fuite est terminée …
« Mon fils, je suis venue te dire une chose : de nombreuses personnes sont venues me dire que tu écris encore des choses sur le président. Elles m’ont dit que ta vie est en danger parce que le président qui est au pouvoir ne se contentera pas de t’emprisonner comme l’autre avant, mais celui-là va te tuer. Si ce qu’on dit est vrai, je viens te supplier de ne plus écrire. Si tu meurs… ». C’est par ces propos prémonitoires que débute la lettre de la mère de Norbert Zongo à son fils quelques jours avant l’assassinat.




Norbert Zongo



Source : http://billetsdafrique.survie.org/Norbert-Zongo-et-les-nouveaux, décembre 2008


Vincent Outtara est né le 25 août 1960 à Bobo-Dioulasso au Burkina Faso.Il a fait ses études successivement au Burkina et en Côte-d'Ivoire, est titulaire d'un baccalauréat Lettres et Philosophie et a poursuivi ses études supérieures à l'université d'État de Saint-Pétersbourg en Russie où il a obtenu un Master of Arts en Sciences de l'information et de la Communication en 1991.En 1994, il rentre à l'Académie de la Culture de Saint-Pétersbourg et est titulaire d'un PHD en Sciences de la Culture.
Vincent Ouattara est romancier et essayiste, auteur de 6 ouvrages :
Aurore des accusés et des accusateurs (1994-Ed L'Harmattan)
Idéologie et Tradition en Afrique Noire, pour une nouvelle pensée africaine (2001-Ed L'Harmattan)
Procès des Puschistes à Ouagadougou (2004-Imprimerie du progrès)
L'Ere Compaoré : Crimes, politique, et gestion du pouvoir ( 2006-Ed Klamba)
Halidou Ouedraogo : une vie de lutte (2008-Sankofa et Gurli Editions),
La vie en rouge (2008-Soulieurs Editeur).
Actuellement, Vincent Ouattara enseigne les sciences de la communication et l'anthropologie sociale à l'Université de Koudougou, au Burkina Faso.

samedi 22 novembre 2008

Troisième mort de milliers de Républicains espagnols- L’enquête mort-née du juge Baltasar Garzón est définitivement enterrée

Le magistrat espagnol renonce tout en remettant en lumière la tragédie des « enfants perdus du franquisme »
par Michel PORCHERON

Peut-on encore faire le procès du régime franquiste, 33 ans après les funérailles nationales de Francisco Franco ? La réponse est non. Peut-on faire, 69 ans après la fin de la guerre d’Espagne, le recensement officiel de dizaines de milliers de « disparus », Républicains fusillés et jetés dans des fosses communes ? Pas davantage, hormis peut-être quelques cas isolés un jour ou l’autre.
Le juge Baltasar Garzón visait très haut quand il annonça le 16 octobre l’ouverture d’une
instruction controversée, la première instruction jamais menée en Espagne, autorisant l’ouverture de fosses dans 19 lieux, dont celle de Federico Garcia Lorca, et pour faire nommer « crimes contre l’humanité » les exactions et atrocités franquistes commises durant la Guerre (1936-1939) et dans les années qui suivirent.
Allaient devoir apparaître quelques questions d’ordre juridique inévitables, mais plus sûrement des tirs de barrage éminemment politiques. Ce qui fut le cas.

"Gisement idéologique du paléofranquisme"

L’ambitieux (trop ambitieux ?) coup de pied dans la fourmilière de Baltasar Garzón-- qui, réussi, aurait provoqué une onde de choc historique exceptionnelle en Espagne mais aussi hors d’Espagne-- n’aura pas eu de suite. Devenu un non évènement dès la décision le 7 novembre du parquet espagnol de stopper net toute enquête, le sujet ne faisait l’objet que d’entrefilets dans la presse de droite, El Mundo et ABC en tête, le 21 novembre. « L’instruction » du juge n’aura pas duré un mois, tellement toutes les parties opposées, formations politiques de droite en commençant par le Parti Populaire, le parquet espagnol, bon nombre de religieux, les nostalgiques du franquisme, directement ou indirectement concernées, ont fait front commun, regroupé toutes leurs forces vives pour tuer dans l’œuf puis jeter à la trappe « l’instruction » du juge avec quelques pelletées de terre par-dessus.

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lundi 27 octobre 2008

Prince Johnson : C'est Compaore qui a fait tuer Sankara, avec l'aval d'Houphouët-Boigny

par RFI, 27/10/2008

C'est une exclusivité RFI. Pour la première fois depuis son passage spectaculaire devant la commission Vérité et réconciliation le 29 août, Prince Johnson, l'ancien chef rebelle libérien, a donné des détails ce week-end sur son rôle dans la mort du président burkinabè, tué en octobre 1987. Cette fois-ci c'est au micro de RFI qu'il s'est confié. A l'époque, Prince Johnson s'entraînait au Burkina Faso. Selon lui la mort de Sankara aurait été décidée par son bras droit et successeur, l'actuel numéro un burkinabè Blaise Compaoré, avec l'aval du président ivoirien de l'époque, Félix Houphouët-Boigny. Blaise Compaore a toujours démenti avoir joué le moindre rôle dans la mort de Thomas Sankara.

Prince Johnson a d’abord rendu hommage à l’ancien président burkinabè, qui pour lui était un homme exceptionnel, aimé par son peuple et par le monde extérieur. Mais il fallait se débarrasser de lui : « La seule option pour notre formation, rester au Burkina puis aller en Libye, était de répondre positivement à la requête de Blaise, c’est-à-dire se débarrasser de Thomas Sankara qui était contre notre présence au Burkina ».
A la question de savoir s’il a été facile de se débarrasser de Thomas Sankara, Prince Johnson répond que le vrai maître des lieux à cette époque-là était plutôt l’actuel président : « Franchement, Sankara n’était qu’un chef cérémonial, c’est Blaise Compaore qui contrôlait tout, les casernes et la garde présidentielle donc il était très facile de s’infiltrer ».
Prince Johnson est allé plus loin en citant le nom de l’ancien président ivoirien, Félix Houphouët Boigny : « Il voulait la chute de Sankara pour que nous puissions suivre notre formation et retourner au Liberia pour tuer Doe (Samuel K. Doe, président du Liberia à cette époque, NDLR) parce que Doe a tué son beau-fils, William Tolbert junior... »

Source : http://rfi.fr/actufr/articles/106/article_73998.asp


Me battre à mort pour Thomas Sankara
Message de Myriam Sankara, veuve du Président Thomas Sankara à l'occasion du 21ème anniversaire de son assassinat .

Mes Chers Camarades,
A l'occasion de la commémoration du 21ème anniversaire de
l'assassinat le 15 octobre 1987du Président Thomas Sankara et de 12
de ses compagnons, je suis heureuse de constater que vous êtes
toujours là aussi nombreux que d'habitude, pour ce rendez annuel de
la mémoire et du recueillement.
Il est important pour mes enfants et moi-même ainsi que pour toute
la famille Sankara et tous ceux qui sont attachés à l'idée même de
justice et de dignité humaine, de sentir que malgré toutes ces
longues années passées, des hommes, des femmes, des jeunes, au
Burkina Faso et un peu partout dans le monde continuent à se
mobiliser pour que l'œuvre et les idéaux de justice, d'intégrité et
de dignité défendus par le Président Thomas Sankara ne soient jamais
oubliés, malgré tous les efforts déployés par le régime pour effacer
ses traces.

Il est important pour le triomphe de ces idéaux, que des hommes et
des femmes continuent à redoubler de détermination au Burkina Faso
et partout dans le monde pour que les auteurs de cet ignoble
assassinat soient punis, malgré les entraves judiciaires et
politiques dressées délibérément depuis des années par le pouvoir
burkinabé contre notre combat.
Aussi, je réitère avec force et fermeté que malgré le déni de
justice dont mes enfants et moi-même sommes victimes, malgré le
refus des juridictions burkinabé d'instruire cette affaire
conformément aux recommandations pertinentes de l'Onu concernant la
saisine du Tribunal Militaire sur ordre du Ministre de la Défense
que nous n'avons cessé de réclamer, malgré les diversions, les
mensonges, les obstacles dressés sur notre chemin par le pouvoir
burkinabé, nous ne baisserons jamais les bras et continuerons à
lutter.

Tant que la lumière ne sera pas faite sur l'assassinat du Président
Thomas Sankara, nous continuerons à nous battre par tous les moyens
de droit pour que justice soit faite. Nous continuerons à le faire
parce que la mémoire de mon époux l'exige. Nous continuerons à le
faire parce que les Burkinabé et les Africains veulent connaître la
vérité. Nous continuerons à mener ce combat parce que nous ne nous
satisferons jamais de cette culture d'impunité et de violence
politique qui sévit au Burkina Faso et dans de nombreux pays
africains malgré des démocraties de pure façade.
Notre détermination est d'autant plus grande aujourd'hui que les
récentes révélations devant le Tribunal spécial pour le Liberia, des
anciens compagnons de Charles Taylor comme John Tarnue, ancien
commandant des forces du Liberia ou celles de l'ancien chef de
guerre Prince Johnson devant la Commission Vérité et Réconciliation
au Liberia, relayées par la presse nationale et internationale, ont
mis clairement et directement en cause Monsieur Blaise Compaore lui-
même dans le renversement et l'assassinat du Président Thomas
Sankara et de 12 de ses compagnons le 15 octobre 1987.

Nous ferons tout ce qui est possible auprès des instances les plus
indiquées sur le plan national et international pour lesquelles les
mots Justice, Etat de droit, Dignité humaine ne sont pas de mots
vains et creux pour que notre cause soit entendue; nous continuerons
à interpeller les autorités Burkinabé devant ces instances pour que
les auteurs de cet horrible massacre soient jugés comme le sont à
juste droit dans le monde les auteurs des crimes graves, comme l'est
d'ailleurs aujourd'hui Monsieur Charles Taylor avec lequel - selon
les deux criminels cités plus haut - Monsieur Blaise Compaore a
signé le pacte de sang qui a conduit à l'assassinat de mon époux et
de 12 de ses compagnons.
Je sais que vous continuerez à soutenir ce combat qu'aucune
indemnité financière ne pourra compenser tant que les assassins du
Président Thomas Sankara seront vivants et continueront à bénéficier
d'une totale impunité et à parader ici et là dans le monde. Je sais
que vous continuerez à soutenir ce combat étroitement lié à celui de
l'avènement d'une vraie démocratie et d'un vrai développement au
Burkina Faso et dans bon nombre de pays africains largement viciés
par cette impunité.

Qu'il me soit permis à cet effet de remercier tous les avocats du
Comité International Justice pour Thomas SANKARA, pour le précieux
appui qu'ils m'apportent gracieusement depuis des années dans ce
combat ainsi que tous ceux qui, au Burkina Faso, en Afrique et dans
le monde, continuent, depuis 21 ans à œuvrer pour que triomphent les
idéaux du Président Thomas Sankara, tous ceux qui se dressent contre
l'injustice, l'oppression, la misère, au moment où la déroute
actuelle du libéralisme un peu partout démontre à quel point, les
idéaux que défendait Thomas Sankara restent d'actualité, et que se
pose aujourd'hui plus que jamais, la nécessité d'un ordre
international plus juste.

Merci à tous les Sankaristes de continuer courageusement cette lutte
sur le plan politique et social depuis des années. Je ne peux que
les encourager à travailler pour la mise en place d'un projet de
société qui prendra assise sur les idées de celui qui a incarné et
continuera à incarner l'espoir de tous ceux qui, au Burkina Faso, en
Afrique et dans le monde, s'élèvent quotidiennement contre les
injustices sociales et se battent pour leur dignité, leur
autodétermination, ceux qui refusent l'état de survie, la
corruption, le népotisme, la destruction de la nature,
l'exploitation de l'homme par l'homme.

Merci encore au peuple burkinabé et à sa jeunesse pour sa formidable
mobilisation autour du 20ème anniversaire l'année dernière.
Merci de m'avoir reçu si chaleureusement lors de ces inoubliables
moments à jamais inscrits dans la page de notre histoire et qui nous
donnent aujourd'hui la force de continuer ensemble à nous battre
avec plus de détermination qu'avant, pour faire en sorte que chaque
centimètre carré de nos vies devienne, comme le voulait le Président
Thomas Sankara, "un centimètre carré de liberté et de dignité " pour
que,
Vive le Burkina Faso !
Vive l'Afrique!
Je vous remercie pour votre indéfectible soutien.
Montpellier le 15 octobre 2008