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mercredi 2 décembre 2009

Procès à Copenhague: le droit à la solidarité avec les mouvements de résistance en question

Avons-nous le droit, nous, citoyens des pays prospères, vivant en paix et "démocratiques", d'apporter notre soutien aux mouvements de résistance des pays dominés du Sud ? Depuis le 11 Septembre 2001, au nom de la "guerre contre le terrorisme", des mouvements de résistance armée se sont vus apposer l'étiquette de "terroristes". Se solidariser avec eux devient dès lors un crime, ou du moins un délit. N'acceptant pas cette logique, un groupe de Danois ont créé en 2004 l'association Oprør (Rébellion) -un millier de membres aujourd'hui -, qui a organisé des collectes d'argent destiné au FPLP palestinien et aux FARC colombiennes. Le porte-parole d'Oprør , Patrick Mac Manus est jugé à partir de demain à Copenhague. Il nous explique l'enjeu de ce procès. et appelle à la solidarité. Traduction d'Annie Goossens, édition de Fausto Giudice.

Le procès contre le groupe Oprør (Rébellion), accusé de soutenir des mouvements de résistance, commencera sous peu. Le Procureur requiert une peine d'emprisonnement. Le procès aura lieu à la VIème Chambre du tribunal de grande instance de Copenhague  les 3 et 7 décembre, 2009 et les 8 et 15 janvier 2010. Le verdict sera rendu le 8 février 2010.
L'objectif de l’association Oprør,  constituée en 2004, est de défier la « législation antiterroriste », tant au Danemark qu’au plan international.
Par le biais de la législation antiterroriste, les autorités cherchent à saper  les organisations progressistes, les mouvements de résistance, les syndicats et les mouvements de solidarité dans le monde entier.

Nous invitons tous les mouvements à nous soutenir pour :
- Défendre le droit des peuples à résister aux gouvernements illégitimes et à l’occupation étrangère!
- Défendre le droit des peuples à prendre les armes contre l'oppression quand tous les autres moyens ont été épuisés!


Oprør est accusé d'avoir transféré des fonds importants au Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) et aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en défi de la législation antiterroriste.
Le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) est depuis des décennies un chef de file de la lutte du peuple palestinien engagé dans un conflit légitime contre les forces d'occupation. Nous appuyons le Front populaire pour la libération de la Palestine (FPLP) dans sa lutte pour un Àtat laïque et démocratique pour tous. Cette organisation ne  peut en aucune façon être qualifiée de « terroriste ».
Les FARC (Forces armées révolutionnaires de Colombie) ont travaillé et ont combattu pendant des décennies pour les droits démocratiques et l'égalité du peuple. Avec l'appui des USA et en coopération avec des « escadrons de la mort » contrôlés par les grands propriétaires fonciers et les  cartels de la drogue, le régime actuel continue à persécuter les dirigeants et les membres des syndicats, des militants politiques, des étudiants et des organisations paysannes de Colombie. Plusieurs pays  latino-américains ont négocié la paix en légalisant les groupes rebelles, leur permettant ainsi de participer à un processus politique ouvert. La criminalisation des FARC empêche une solution politique en Colombie.
Au Danemark, on conteste de plus en plus  la  législation antiterroriste ; Oprør a contribué à développer ce mouvement et en est partie prenante.

Proche de nous, l'organisation Fighters & Lovers (Combattants  & Amants) a contesté la législation antiterroriste en vendant des T-shirts en soutien aux FARC et au FPLP.  Le 18 septembre 2008, la Cour d’Appel a annulé l'acquittement prononcé par le tribunal de première instance de Copenhague et a infligé à cinq des membres de l’organisation des peines de 60 jours à six mois de prison. En mars 2009, la Cour suprême a converti les peines d’emprisonnement en condamnations avec sursis, exprimant également certains doutes sur la législation elle-même.
Les thèmes du terrorisme, des mouvements de résistance et de libération font  de plus en plus l’objet de débats.
Le moindre d'entre eux n'est pas celui du mouvement de résistance danoise contre l'occupation au cours de la Deuxième Guerre mondiale. À l'époque, les résistants ont été qualifiés de « terroristes » par les forces d'occupation et leurs alliés danois. L’Association Horeserød -Stutthof, issue du mouvement de résistance et des générations suivantes, a  accéléré le débat. Depuis 2006, cette association a maintes fois transféré des fonds aux FARC et au FPLP, et en a informé le Ministère de la Justice. Et pourtant, celui-ci n'a pas réagi, révélant l'hypocrisie de l'actuelle mise en application de la législation « antiterroriste ».
Un groupe international du syndicat des travailleurs de l’industrie du bois et de la construction (TIB) de Copenhague a également transféré des fonds au mouvement de résistance en Colombie. Dans ce cas, il renvoie à  l'expérience antérieure du soutien aux mouvements de libération du Viêt Nam et d’Afrique du Sud, qui constituait à l'époque un défi aux politiques dominantes des gouvernements. À ce jour  il n’y a pas eu de réaction judiciaire à cette initiative non plus.
Dans le procès imminent contre Oprør même un acquittement ne résoudra pas le problème. La législation internationale contre le « terrorisme » continuera à défier les droits humains. Une condamnation ne modifiera pas non plus notre objectif qui est de continuer à soutenir le droit à la résistance et à la solidarité dans le monde entier.
Nous avons choisi de nous concentrer sur la Palestine et la Colombie. Nous aurions pu choisir beaucoup d'autres cas ,de la Turquie au Kurdistan, du Pays basque aux Philippines. Dans notre choix,  nous avons tenu compte d'un facteur important, à savoir que les forces de libération font progresser les objectifs laïcs, démocratiques et humanistes de concert avec le peuple.
Par le biais de l'actuelle législation antiterroriste, les États ont tenté de freiner la liberté d'expression et les droits politiques de leurs citoyens. Le droit de fournir un soutien moral et matériel aux mouvements de résistance et de libération dans le monde entier est menacé. Les droits civils et les droits des travailleurs à mener une lutte légitime pour la protection sociale et la réforme démocratique sont également de plus en plus réduits.
Oprør demande à tous les mouvements luttant pour la démocratie et la solidarité internationale à se joindre à lui en contestant la législation antiterroriste nationale et supranationale ainsi que la prétendue « guerre mondiale contre la terreur ».
Des manifestations devant les ambassades danoises exigeant l'acquittement d’ Oprør au procès à venir seraient les bienvenues de même que l'envoi de lettres de protestation aux ministères de la Justice et des Affaires étrangères.  
  • Ministère de la Justice:
    Slotsholmsgade 10
    1216 Copenhague K
    Téléphone: +45 / 72 26 84 00
    Télécopieur : +45 / 33 93 35 10
    E-mail:  
    jm@jm.dk
  • Ministère des Affaires étrangères:
    Asiatisk Plads 2
    DK-1448 Copenhague K
    Téléphone: +45/ 33 92 00 00
    Télécopie: +45/ 32 54 05 33
     E-mail:
    um@um.dk
  • Oprør peut être contacté à: opror[at]linuxmail[dot]org



    Source : Rebellion (Denmark): The Court Case is Approaching!
    Article original publié le 20/11/2009

    Annie Goossens est une collaboratrice de
    Tlaxcala
    , le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, dont Fausto Giudice est membre. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, la traductrice, le réviseur et la source.
    URL de cet article sur Tlaxcala :
    http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9371&lg=fr


       


jeudi 20 août 2009

« Ils m’accusent de terrorisme parce que j’ai écrit que les FARC sont une réponse historique aux multiples violences de l'État »


Lettre de la prison modèle de Bogotá de Miguel Ángel BELTRÁN VILLEGAS
Présenté par Nikolas Stolpkin, traduit par Esteban G., édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Carta desde la cárcel Modelo de Bogotá: "Me acusan de terrorista por sustentar en mis escritos que las FARC son respuesta histórica a las múltiples violencias del Estado"
Sur l’auteur

L’arrestation suivie de l’expulsion de Miguel Angel Beltrán Villegas, sociologue et professeur colombien, survenues au Mexique le 22 mai dernier, nous en dit plus que le fait strict qui s’est produit. Il s’agit ici, tout d’abord, d'une collaboration subreptice des autorités mexicaines avec les autorités colombiennes dont nous ignorons jusqu'où elle pourrait aller. Assistons-nous à la mise en place d’un nouveau « Plan Condor » en Amérique latine ?
D'autre part, l’arrestation de Miguel Ángel Beltrán, accusé par le gouvernement colombien d'avoir des liens supposés avec les FARC-EP, car il aurait été « découvert » grâce à l'information magique des ordinateurs du dirigeant assassiné Raúl Reyes, pourrait nous rapprocher dangereusement de ce qui pourrait facilement faire partie d'un chapitre d'une bande dessinée de science-fiction : le délit consistant à exprimer nos idées ou nos pensées ou à être censé figurer sur une liste de contacts.
Jusqu'où les tentacules de la surveillance des êtres humains pourront-elles arriver?
Miguel Ángel Beltrán est aujourd'hui emprisonné en Colombie. Il n'a tué personne, il n'a pas volé, il n'a pas violé, et pourtant il est accusé d’être un « terroriste ». Tandis qu'à lui on promet une condamnation d’environ un demi-siècle, les véritables terroristes qui sèment la peur et la douleur en Colombie, eux, sont reçus dans un cadre politique appelé « Justice et Paix » où l’on réduit la peine de ces véritables criminels à 8 ans d’emprisonnement, tout simplement parce qu’ils reconnaissent effrontément leurs innombrables massacres de citoyens colombiens. Peut-il y avoir une justice en Colombie avec cette espèce de « justice » ?
Nous publions une lettre que Miguel Ángel a adressée à ses collègues de l’Association syndicale des enseignants universitaire (Asociación Sindical de Profesores Universitarios-ASPU) de Colombie le 20 juillet 2009.


Vous pouvez écrire à Miguel Ángel :
Miguel Ángel Beltrán Villegas
Cárcel Nacional Modelo
Pabellón de Alta Seguridad
CR 56 19-30
Bogotá
Cundanimarca
Colombie
En adressant une copie à :
libertadencolombia@gmail.com

Nikolas Stolpkin pour Tlaxcala
***
Chères et chers collègues de l’ASPU,

Deux mois ont passé depuis que j’ai été arbitrairement enfermé dans ce quartier de « haute sécurité ». Actuellement nous sommes 73 détenus (sur une population de 6102 prisonniers), isolés dans cette zone de la prison nationale modèle, qui peut être considérée comme étant une « prison dans la prison », éloignée des autres cours et où nous n’avons droit qu’à une heure de soleil par jour.

Ici, je partage le sort non seulement de commandants guérilleros mais, aussi de narcotrafiquants reconnus et de chefs paramilitaires qui comme « Zeus » et « Niche » sont accusés d'être les auteurs de nombreux massacres d’hommes, de femmes et d’enfants sans défense. Heureusement, ces derniers se trouvent à un étage différent.

Chaque fois que je passe les portes de cette institution carcérale pour une audition ou une interview avec les médias, les impressionnants dispositifs de sécurité révèlent que suis considéré comme un accusé de très grand danger pour les autorités carcérales. « Le terroriste le plus dangereux des FARC », selon des paroles du président Uribe lui-même qui m'a condamné, sans être jugé, et a remercié le président mexicain Felipe Calderón pour sa collaboration à ma capture, même si les juges de garantie et d'appel ont insisté sur le fait que mon incarcération s'était produite en Colombie.

La véritable ironie est atteinte. Alors que le procureur me promet une peine de plus de quarante ans pour délit de rébellion et association pour commettre des délits à des fins terroristes, il protège au travers de la politique de « justice et paix » les véritables criminels, ceux qui ont semé la terreur dans tout le pays, en leur offrant de purger pour leurs dizaines d'homicides seulement 8 ans de prison, en échange de leur confession. Dans d'autres cas, la justice ne s’est même pas chargée d'eux et ils sont maintenus en totale impunité dans des emplois publics importants ou à de hauts postes de direction dans les forces armées.

Dans mon dossier on ne m’accuse pas d’avoir massacré des paysans à la tronçonneuse, de même que l’on ne m’attribue pas l’assassinat de jeunes provenant de secteurs populaires présentés ensuite comme des « faux positifs » ; on ne m'impute pas de traitements cruels, inhumains et dégradants contre qui que ce soit; et on m’accuse encore moins de crime contre l’humanité : au contraire, on m’accuse « d’incitation au terrorisme » pour avoir dénoncé ces faits et dévoilé la responsabilité de l'État colombien et des Forces armées dans ces crimes: Je suis accusé d'être un terroriste car je soutiens dans mes écrits dans des forums publics, que les FARC sont une réponse historique aux multiples violences de l'État, parce que dans ce pays, il y a un décret présidentiel disant qu’il n'existe pas de conflit armé, bien que le nombre de déplacés par la violence dépasse déjà 4 millions de personnes.


Le fait que mes activités universitaires soient citées comme indices pour m'inculper, démontre qu'il s'agit d'une tentative claire de criminaliser un travail d’enseignement et de recherche qui gêne l'establishment.

Par le passé ce même genre d’accusations avaient été portées contre des professeurs universitaires renommés comme le sociologue Alfredo Correa, qui avait été accusé d'être un « idéologue des FARC » ; dans ce cas les fausses inculpations provenaient d'informations fournies par les organismes mêmes de renseignement de l'État, concrètement du DAS [Département Administratif de Sécurité], institution qui dépend directement de la Présidence de la République. Bien que son innocence ait pu être confirmée durant son procès, le droit à la vie ne fut pas garanti au professeur Correa : quelques semaines après sa libération, il était assassiné dans les rues de Barranquilla.

Manifestation devant l'Institut National des Migrations (Mexico) en soutien à l’universitaire colombien Miguel Ángel Beltrán Villegas. Photo Guillermo Sologuren/La Jornada


Actions de soutien au Dr. Miguel Ángel Beltrán Villegas à l'Université Nationale de Colombie

Malheureusement, cette politique de harcèlement contre l’université colombienne n'est pas une chose du passé, au contraire elle s’est amplifiée avec la mal nommée politique de « sécurité démocratique ». William Javier Díaz est un exemple de ces machinations, membre du Taller de Formación Estudiantil Raíces [TJER-Atelier de Formation Estudiantine Racines], qui pendant plus d’une décennie a développé des séminaires sur la pensée sociale à l'Université Pédagogique et à l'Université de district « Francisco José Caldas », avec l’aide d’universitaires et de chercheurs reconnus, aujourd'hui il est victime d'un même montage juridique, par lequel, selon la base de sombres archives d'un ordinateur soi-disant saisi sur la guérilla, il est présenté comme un militant des FARC.

De cette manière l'État projette de nous punir et de punir tous ceux qui considèrent que les étudiants doivent être en contact permanent avec les problèmes sociaux non seulement du passé mais aussi du présent ; que les futurs professionnels doivent rester en contact avec les tenaces et dures réalités d'un pays continent qui semble aujourd'hui se réveiller après des années de léthargie.

L'université, qui est le centre par excellence de la production et de la circulation de la pensée critique, ne peut pas céder à cette intimidation, en se protégeant derrière une supposée neutralité de la théorie, ni en s’abritant dans la tour d'ivoire d'une connaissance d'experts étrangère à tout engagement avec la réalité sociale, les libertés de la pensée et de l'expression - le professeur universitaire également militant des droits humains, Héctor Abbé Gómez, écrivait - « C’est un droit durement conquis par des milliers d'êtres humains à travers l'histoire, un droit que nous devons conserver. L'histoire démontre que la conservation de ce droit requiert des efforts constants, souvent des combats, et parfois, des sacrifices personnels ».


Journée d'action pour Miguel Ángel à l'Université nationale à Bogotá le 31 juillet dernier


En Colombie, l'Association Syndicale des Enseignants Universitaires a été un instrument de défense de ce droit, en préservant par son combat l’« alma mater » [c’est-à-dire l’Université, du lat. mère nourricière, NdT], non seulement des barbares qui prétendent la faire taire en recourant à la violence et à la menace, mais en faisant face à la politique néolibérale qui cherche à l'asphyxier.

La généreuse solidarité que vous m'avez offerte durant ces deux longs mois de détention, confirme cet engagement que vous avez maintenu pendant des décennies au nom de la défense de l'éducation supérieure et que cette lutte concerne non seulement ma liberté mais aussi la liberté et le respect du travail scientifique et intellectuel.

Depuis ces quatre murs qui emprisonnent mon corps, mais pas ma pensée, je veux vous faire parvenir l’expression de mes sincères remerciements pour vos gestes de solidarité et de ma conviction que dans ce combat nous arriverons à nos fins, pour que dans le pays la pensée puisse circuler librement et qu’elle ne soit pas menacée par ces insensés qui aspirent à faire revivre les temps de l'inquisition, en condamnant au bûcher ceux qui comme nous expriment des idées et des opinions différents.

Accolade fraternelle.

Miguel Ángel Beltrán Villegas
Cárcel Nacional Modelo. Pabellón de Alta Seguridad
[Prison Nationale Modèle. Quartier de Haute Sécurité]
Bogotá, le 20 juillet 2009













Source : Carta desde la cárcel Modelo de Bogotá: "Me acusan de terrorista por sustentar en mis escritos que las FARC son respuesta histórica a las múltiples violencias del Estado"

Article original publié le 26/7/2009

Sur l’auteur

Nikolas Stolpkin est rédacteur du blog Stolpkin et auteur associé à
Tlaxcala, le réseau de traducteurs par la diversité linguistique, dont Esteban G., rédacteur du blog http://letacle.canalblog.com/, et Fausto Giudice, rédacteur du blog Basta ! Journal de marche zapatiste, sont membres . Cet article peut être reproduit librement à condition de respecter son intégrité et mentionner les auteurs et la source.



URL de cet article en Tlaxcala : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8372&lg=fr

jeudi 11 décembre 2008

COLOMBIE :"Échange humanitaire" et "Accord humanitaire" ne sont pas la même chose

Par Adriana Petro, APCAL (Agence de presse Canada-Amérique latine), 10 décembre 2008

«Le président de la Colombie, Álvaro Uribe, a déclaré aujourd'hui en France que même les rebelles qui ont commis d'atroces délits pourront jouir de la liberté et recevoir des récompenses s'ils acceptent la politique de délation, qui pourra être mise en oeuvre au moyen d'un échange humanitaire de détenus.»

Il serait intéressant de savoir qui sont les géniaux conseillers du président Uribe qui lui suggèrent maintenant de comparer un "accord humanitaire" avec la délation, c'est-à-dire de vendre au plus offrant des personnes enlevées. Par cette déclaration, le président Uribe Vélez a montré le genre de société qu'il est en train de construire pour les Colombiens dans son mandat. Une récompense d'un milliard de pesos, soit environ un demi million de dollars, serait aujourd'hui pour tout Colombien vivant dans la pauvreté équivaudrait à vivre au paradis. Un visa pour s'installer à l'extérieur semble être la seule option pour la majorité des Colombiens qui n'ont pas de travail. Et si, en plus, on leur donne de l'argent pour se maintenir dans un pays étranger sans dépenser la fortune avec laquelle on les envoie, en puisant dans les fonds des contribuables colombiens appauvris, qui ne serait pas prêt à vendre y compris sa propre mère?

Il en est de même pour le prétendu processus de démobilisation des paramilitaires, auxquels le gouvernement a offert toutes sortes de bénéfices, sans tenir compte ni de l'atrocité des crimes qu'ils ont commis, ni du vol des terres aux paysans, ni des millions de personnes déplacées par leur terreur, ni les personnes portées disparues, ni les assassinats, ni la vente de votes y compris ceux de la réélection présidentielle, ni l'argent des transnationales, qui ont collaboré pour tuer, ni l'argent du narcotrafic ou le blanchiment d'argent par le biais des DMG, auquel s'est livré son fils, Jerónimo Uribe, qui, par sa présence, a appuyé la crédibilité de ce que l'on nomme les "Pyramides". Rien ne les a arrêté pour mettre sur pied la "sécurité démocratique", si mal nommée, qui, derrière une façade de paix simulée, cache la vérité d'une société qui se débat aujourd'hui dans le pire genre de guerre, la guerre sale.

Le conflit de la délation, de la morale des deux poids deux mesures, d'une société basée sur des principes relatifs où tout est négociable, y compris la vie elle-même. Tel est l'un des pires fléaux que nous devrons affronter, car il n'existe aucune arme pour mener cette guerre

Les blessures de la guerre sale cause ne peuvent guérir qu'au moyen de l'application des méthodes que la société humaine a instaurées comme étant viables pour que nous ne nous détruisions pas les uns les autres, et la principale d'entre elles est la Justice. Mais il ne peut y avoir de justice sans vérité, et c'est dans ce jeu sale que nous sommes plongés, nous les Colombines, depuis l'arrivée au pouvoir du gouvernement Uribe.

La vérité qu'expriment aujourd'hui à l'unisson tous les organismes de défense des droits de la personne mais qui semble se convertir en mensonges lorsque depuis les porte-parole du gouvernement, le président lui-même, ses ministres, ses conseillers et ses amis, continuent de justifier les actions des criminels selon les convenances de l'actuel gouvernement.

jeudi 16 octobre 2008

« Ce qui a primé pour les FARC ? Ce sont les besoins du peuple »

Interview de Jaime Guaracas, légendaire guérillero des FARC
par Hernando CALVO OSPINA

C’est dans un coin reculé de la planète qu’il me reçoit. Il fait une chaleur terrible et la couleur des nuages annonce une averse. Me voyant soucieux, il me dit que cette cabane, construite de bois et de feuilles, a déjà résisté à plusieurs tempêtes. Je m’aperçois que dans la petite pièce, l’unique luxe, ce sont les livres. Les heures passant, je me rends compte que deux photos font partie de ses trésors: Il y figure sur les deux, près de Manuel Marulanda Vélez, le commandant des Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC), récemment décédé.
J’ai devant-moi un des guérilléros des plus légendaires de Colombie : Jaime Guaracas. Il est l’un des mythes révolutionnaires encore vivants, et partie indissoluble de la création et du développement des FARC. Au cours de la Septième Conférence, en mai 1982, il fut élu à la plus haute instance de cette organisation, le Secrétariat. Il dut abandonner sa charge à cause de son mauvais état santé
Il raconte que ses « soucis de santé » avaient surgi progressivement, séquelles des tortures qu’ils lui infligèrent après sa capture, le 5 juin 1973, à Cali, au sud-ouest du pays. « Les militaires m’avaient gardé enfermé pendant trois mois dans une cellule qui était appelée « calme-fous » et soumis aux méthodes les plus sauvages qu’ils avaient appris des spécialistes usaméricains. »
Guaracas a une mémoire photographique. Il se souvient près de quel fleuve, quelle colline, chemin, village éloigné, quel mois et quel jour s’étaient déroulés les détails les plus importants de l’histoire colombienne, que bien peu connaissent.
Voici une petite partie de ma conversation avec ce personnage, qui n’a presque jamais donné d’interview.

samedi 12 juillet 2008

Fidel Castro et les FARC - Huit thèses erronées de Fidel Castro

James PETRAS, 8 juillet 2008

Je suis un supporter de la Révolution cubaine depuis exactement cinquante ans et je reconnais Fidel Castro comme l'un des grands dirigeants révolutionnaires de notre temps. Mais je n'ai jamais été un béni oui-oui: à plusieurs reprises, j'ai exprimé mes désaccords par écrit, en public et dans mes discussions avec les dirigeants, les écrivains et les militants cubains. Les articles et les commentaires de Fidel Castro sur les récents événements survenus en Colombie, à savoir son analyse sur la libération par le régime colombien de plusieurs prisonniers des FARC (dont trois agents de la CIA et Ingrid Betancourt) et ses commentaires critiques sur la politique, la structure, les pratiques, la tactique et la stratégie des FARC et de leur dirigeant de renommée mondiale Manuel Marulanda, méritent un examen sérieux.

Les remarques de Castro exigent une analyse et doivent être réfutées, non seulement parce que ses opinions sont largement lues et influencent des millions de militants et d'admirateurs dans le monde, en particulier à Cuba et en Amérique latine, mais parce qu'il se propose de fournir une base "morale" à l'opposition contre l'impérialisme aujourd'hui. Tout aussi important est le fait que la regrettable diatribe critique de Castro contre les FARC, contre Marulanda et contre l'ensemble du mouvement de guérilla constitué principalement de paysans, a été bien accueillie, publiée et diffusée par l'ensemble médias pro-impérialistes sur les cinq continents. Fidel Castro, sans rencontrer beaucoup d’opposition, a rejoint sans esprit critique le choeur condamnant les FARC et, comme je le vais le démontrer, sans raison ni logique.


Huit thèses erronées de Fidel Castro


1 - Castro affirme que la "libération" des prisonniers politiques des FARC «ouvre un chapitre pour la paix en Colombie, processus que Cuba soutient depuis 20 ans comme le plus approprié pour l'unité et la libération des peuples de notre Amérique, en utilisant de nouvelles approches dans les circonstances actuelles particulières et complexes après l'effondrement de l'URSS» (Réflexions de Fidel Castro, 4 Juillet 2008). Ce qui est étonnant dans cette thèse (et dans tout le texte) est le fait que Castro ait totalement omis de faire état de la terreur de masse déclenchée par Uribe, le président de la Colombie, contre les syndicalistes, les critiques politiques, les communautés paysannes, qui est documentée par tous les groupes de défenses des droits de la personne en Colombie et ailleurs. En fait, Castro disculpe le régime d'Uribe, le plus meurtrier des régimes, et fait porter toute la faute à «l'impérialisme US». Depuis l'"effondrement de l'Union soviétique" et suite à l'offensive militaire dirigée par les USA, une multitude de mouvements révolutionnaires armés ont vu le jour au Liban, en Palestine, en Iraq, en Afghanistan, au Népal et d'autres groupes armés qui existaient déjà en Colombie et aux Philippines, ont continué à mener la lutte armée. En Amérique latine, les "nouvelles approches" de la révolution ont été tout sauf pacifiques : des soulèvements populaires massifs ont renversé des hommes politiques électoralistes corrompus en Argentine, en Bolivie, en Équateur, au Venezuela, au prix de plusieurs centaines de vies. La "libération" de Betancourt a renforcé la poigne de fer du régime Uribe, a augmenté la militarisation des zones ruales et a donné une couverture aux assassinats de syndicalistes et de paysans actuellement perpétrés par les escadrons de la mort. Contrairement à ce que dit Fidel Castro, les USA et le président de la Colombie lié aux escadrons de la mort ont utilisé leurs "succès" pour étayer leurs arguments en faveur d'une action militaire conjointe des USA et de la Colombie. Les éloges de Fidel envers le régime colombien pour son action permettant une "ouverture vers la paix" servent à détourner l'attention de la décision de la Cour suprême colombienne selon laquelle la réélection de Uribe était illégale parce que le tyran a corrompu des membres du Congrès afin de modifier la Constitution dans le but de l'autoriser à briguer et obtenir un second mandat.



Marulanda, alias "Tirofijo" (assis) en 1964 : 5 ans d'école primaire, 60 ans de résistance

2 - Fidel Castro a récemment dénigré le défunt dirigeant des FARC, Manuel Marulanda, "paysan, militant communiste, principal dirigeant de la guérilla "(Réflexions). Dans son texte du 5 juillet 2008 (Réflexions II), Castro se réfère avec condescendance à Marulanda, «(...) doté d'une intelligence et de qualités naturelles de leader remarquables, [mais qui], d'autre part, n'a jamais eu la possibilité de faire des études dans son adolescence. On dit qu'il n'a fait que cinq ans d’école. Il a conçu (la révolution) comme une lutte longue et prolongée, point de vue que je n'ai jamais partagé.» Castro était le fils d'un propriétaire de plantation, il a reçu une éducation dans des collèges privés jésuites et a eu une formation d'avocat. En fait ses propos impliquent que l'enseignement supérieur et un statut supérieur préparent les leaders révolutionnaires à diriger des paysans manquant d'éducation formelle mais que les «qualités naturelles de leader» suffisent juste à permettre de suivre les intellectuels et les professionnels mieux adaptés à diriger la révolution. Or l’épreuve de l'histoire réfute les allégations de Castro. Marulanda a construit, pendant une période de plus de 40 ans, une armée de guérilla avec une base de masse plus large que toute force de guérilla inspirée par Castro depuis les années 1960 jusqu'aux années 2000. Castro a répandu la théorie des «foyers de guérilla» entre 1963 et 1980, selon laquelle de petits groupes d'intellectuels organiseraient un noyau armé à la campagne, mèneraient la lutte et attireraient ainsi l'appui des masses paysannes. Chaque foyer de guérilla castriste a été rapidement anéanti - au Pérou, au Venezuela, au Brésil, en Uruguay (foyers urbains), en Bolivie et en Argentine. Contrairement à cela, Marulanda a choisi la stratégie de la guerre de guérilla prolongée, fondée sur une organisation des masses à la base impliquant des liens étroits des paysans avec la guérilla, en se fondant sur les liens de solidarité communautaires, familiaux et de classe, en construisant lentement et méthodiquement une armée politico-militaire populaire et nationale. En fait, un réexamen profond de la révolution cubaine montre que les guérilleros de Castro étaient recrutés dans les organisations de masse des zones urbaines, qui étaient méthodiquement organisées avant et pendant la formation des foyers de guérilla de 1956 à 1958. Bien que des données fiables existent sur les FARC, Castro a sous-estimé de moitié le nombre de guérilleros des FARC, se fiant à la propagande des médias uribistes.

3 - Castro condamne la « cruauté » de la tactique des FARC consistant à « capturer et retenir des otages dans la jungle ». Selon cette logique, Castro devrait condamner chaque mouvement révolutionnaire du XXème siècle, à commencer par les révolutions russe, chinoise et vietnamienne. Les révolutions sont cruelles mais Castro oublie que les contre-révolutions sont encore plus cruelles. Uribe a établi des réseaux locaux d’espionnage impliquant des fonctionnaires locaux, comme cela avait été fait au Vietnam durant la guerre. Et les révolutionnaires vietnamiens éliminaient les collaborateurs parce qu’ils étaient responsables de l’exécution de dizaines de milliers de militants villageois. . Castro omet de commenter le fait que Mme Betancourt, après sa “libération” tant célébrée, a embrassé et remercié le général Mario Montoya. Selon un document déclassifié de l’ambassade US, Montoya a organise une unité terroriste clandestine, l’Alliance américaine anticommuniste, qui a assassiné des milliers de dissidents colombiens, pour la plupart atrocement torturés au préalable. La cruauté de la captivité chez les FARC n’est pas apparue lors de l’examen médical de Betancourt : elle était en bonne santé !



4 - Fidel proclame : "Cuba est pour la paix en Colombie, mais pas pour une intervention militaire US ". C'est l'oligarchie colombienne et le régime Uribe qui a invité les USA à intervenir militairement et a collaboré avec eux. Castro sous-entend que l'intervention militaire US est imposée de l'extérieur, au lieu de la voir dans le cadre de la lutte des classes en Colombie, dans laquelle les gouvernants, les propriétaires terriens et les narco-trafiquants jouent un rôle prépondérant dans le financement et l’entraînement des escadrons de la mort. Dans les 6 premiers mois de 2008, 24 dirigeants syndicaux ont été assassinés par le régime Uribe, plus de 2562 ont été tués au cours des vingt dernières années, dans ce que Castro décrit comme les «nouveaux chemins de circonstances complexes et particulières. » Fidel ignore totalement la suite ininterrompue de meurtres par les escadrons de la mort de militants non armés des mouvements sociaux, et le manque de solidarité de Cuba avec tous les mouvements colombiens depuis que La Havane a développé des liens diplomatiques et commerciaux avec le régime Uribe.Est-ce que l’équilibrisme entre les intérêts d’État cubains dans les liens diplomatiques et économiques avec la Colombie et la revendication de lettres de créance révolutionnaires fait partie des « complexités » de la politique étrangère cubaine ?

5 - Castro appelle à la libération immédiate de tous les prisonniers détenus par les FARC, sans prendre aucunement en considération les 500 guérilleros torturés et déshumanisés dans les horribles “prisons spéciales” de haute sécurité d’Uribe et Bush. Castro se vante que Cuba avait libéré les prisonniers faits pendant la lutte contre Batista et appelle les FARC à suivre l’exemple cubain, plutôt que celui, révolutionnaire, des Vietnamiens et des Chinois.La tentative de Castro d’imposer universellement à la Colombie sa tactique, fondée sur l’expérience cubaine, dénote l’absence du moindre effort pour comprendre, ou au moins analyser, les spécificités de la Colombie, de son armée, le contexte politique de la lutte des classes, le contexte social et politique des négociations humanitaires qui s’y déroulent.

6- Castro déclare que les FARC devraient mettre fin à la guérilla mais ne pas rendre leurs armes, car dans le passé les guérilleros qui avaient été désarmés avaient été massacrés par le régime. Au lieu de cela, il suggère qu’ils devraient accepter l’offre française d’abandonner leur pays ou accepter la proposition de Chávez (le “frère” et “ami » d’Uribe) de négocier et d’assurer la mise en place d’une commission faite de notables latinoaméricains qui superviseraient leur intégration dans la politique colombienne. Que devraient faire des guérilleros “armés” quand des soldats et des escadrons de la mort d’Uribe ravagent par milliers les zones rurales ? Se réfugier dans les montagnes et faire la chasse aux sangliers ? Aller en France signifierait abandonner des millions de paysans affamés et vulnérables qui sont leurs partisans, cela voudrait dire abandonner la lutte de classe.




7 - Fidel Castro omet totalement dans sa discussion la manière dont chacun des leaders politiques impliqués dans la “mission humanitaire” a utilisé la célébration de la “libération” de Betancourt pour couvrir et détourner l’attention de ses propres difficultés politiques sérieuses. Avant tout, la réélection d’Uribe a été jugée illégale par la Cour suprême colombienne car il a été accuse et condamné pour avoir corrompu des membres du Congrès afin qu’ils votent l’amendement à la Constitution lui permettant de se présenter pour un second mandat. La présidence d’Uribe est illégale de facto. La remise en liberté de Betancourt et ses accolades délirantes avec Uribe sabotent le verdict judiciaire et éliminent l’ordonnance de la Cour en faveur d’un nouveau vote du Congrès ou d’une nouvelle élection présidentielle. La popularité de Sarkozy était en chute libre en France, son intervention dans les négociations avec les FARC, qui avait fait l’objet d’une énorme publicité, avait été une faillite totale, sa politique militariste au Moyen-Orient et sa politique antiimmigrés virulente lui avait aliéné d’importants secteurs de l’opinion française (tout comme l’augmentation du coût de la vie et la stagnation économique).La remise en liberté de Betancourt, ses effusions et ses éloges de Sarkozy ont ravivé l’image ternie de celui-ci et lui ont donné un répit provisoire face au mécontentement politique et économique bouillonnant devant sa politique intérieure et étrangère. Chávez a utilisé la remise en liberté de Betancourt pour embrasser son “ennemi” Uribe, et pour prendre encore plus de distances avec les FARC, en particulier et les mouvements populaires colombiens en général, ainsi que pour lancer des ponts vers celui qui succèdera à Bush. Chávez a ainsi retrouvé les bonnes grâces de l’ensemble des medias pro-impérialistes et a eu droit à des commentaires favorables du candidat de droite à la présidentielle US, John McCain, qui a dit « espérer que les FARC suivent la demande de Chávez qu’elles désarment ».Cuba, ou du moins Fidel Castro, a utilisé la 'libération' de Betancourt pour exposer son hostilité aux FARC, qui ne date pas d’hier (elle remonte au moins à 1990), car celles-ci sont un obstacle à sa politique de réconciliation avec le régime colombien.


8 - Adoptant une posture humanitaire et quasi-électorale en célébrant la remise en liberté de Betancourt, Castro a vilipendé les FARC pour leur « cruauté » et leur résistance armée au régime Uribe. Castro a attaqué la “structure autoritaire et la direction dogmatique” des FARC, oubliant que celles-ci avaient accepté d’entrer dans le jeu électoral entre 1984 et 1990 (ce qui coûta la vie à 5000 militants désarmés et candidats politiques) et avaient mené un débat libre et ouvert avec tous les secteurs de la société colombienne sur une alternative politique, dans la zone démilitarisée de 1999 à 2002. En revanche, Castro n’a jamais permis de débat et d’élections libres et ouverts, même entre candidats communistes, dans aucun processus législatif – du moins jusqu’à son remplacement par Raúl Castro.
Les leaders politiques susmentionnés n’ont fait que servir leurs propres intérêts politiques en dénigrant les FARC et en célébrant Betancourt aux dépens du peuple colombien.




Conclusion
Castro a-t-il bien réfléchi aux conséquences désastreuses (de ses propos, NdT) pour des millions de Colombiens réduits à la pauvreté ou bien n’a-t-il en tête que la possibilité d’une amélioration des relations entre Cuba et la Colombie, une fois liquidées les FARC ?Les articles de Castro contre les FARC ont eu pour effet de fournir des munitions aux mass médias impériaux afin de discréditer les FARC et toute résistance armée à la tyrannie et d’améliorer l’image du président des escadrons de la mort Uribe.En dénigrant l’histoire révolutionnaire et la pratique d’un mouvement populaire en cours et de son brillant dirigeant, qui a construit ce mouvement, le premier leader révolutionnaire du monde prive les mouvements à venir d’un riche héritage de résistance et de construction réussies. L’histoire ne l’absoudra pas.


Source : http://www.informationclearinghouse.info/article20251.htm
Sur l’auteur
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le «one man show» colombien du président Sarkozy: une saison très courte

James PETRAS, 7 Juin 2008

Il nous a paru utile de publier cet article, écrit en mai 2008 et publié en juin 2008, un mois environ avant la libération ultra-médiatisée d’Ingrid Betancourt, à laquelle Nicolas Sarkozy et son gouvernement ont été totalement étrangers, afin de rafraîchir certaines mémoires défaillantes. Lire aussi du même auteur la lettre ouverte à Nicolas Sarkozy sur le même thème (décembre 2007).

Le président français Sarkozy a été propulsé à deux reprises à l’avant scène des mass médias internationaux en annonçant sa détermination à libérer la franco-colombienne, Ingrid Betancourt, captive du mouvement colombien de guérilla, les Forces armées révolutionnaires de Colombie - Armée populaire (FARC-EP). Emboîtant le pas à Hugo Chávez, dont les négociations réussies fin décembre 2007 - début janvier 2008, ont conduit à la libération unilatérale par les FARC de quatre captifs, Sarkozy déclarait qu’il s’impliquerait directement pour libérer Ingrid, même s’il devait risquer un voyage dans la jungle colombienne et gravir ses montagnes.1



Une fois les caméras de télévision éteintes, Sarkozy chargeait son ministre des Affaires étrangères, Bernie [diminutif pour Bernard en anglais - NdlT] Kouchner de négocier avec les FARC par téléphone mobile à longue distance. Les antécédents de Kouchner, ardent soutien de la guerre US contre l'Irak (son premier voyage officiel après sa nomination aux Affaires étrangères a été d'aller en Irak annoncer son soutien aux troupes étasuniennes), inconditionnel soutien depuis toujours de la guerre d'Israël contre les Palestiniens, y compris la guerre génocidaire contre la bande Gaza palestinienne, Administrateur civil et Haut représentant de l'ONU pour le Kosovo lors du nettoyage ethnique de 200.000 Serbes du Kosovo à la fin des années 1990, le discréditaient pourtant d'office comme interlocuteur des FARC. Kouchner établissait le contact par téléphone avec le dirigeant et négociateur des FARC, Raul Reyes, et joignait le président Chávez et le président Correa de l'équateur… La CIA et les services secrets colombiens épiaient les conversations téléphoniques de Kouchner avec Reyes, à l'insu ou non de Bernie2. Reyes (inconscient peut-être du rôle de Kouchner) négociait en toute bonne foi, promettait de relâcher Ingrid Betancourt et d'autres prisonniers contre la promesse de libération réciproque par le gouvernement Colombien de 500 membres et sympathisants des FARC emprisonnés. Entre temps le gouvernement colombien continuait ses opérations militaires brutales dans la campagne où des centaines de villageois suspectés de sympathie pour les FARC étaient massacrés. Le but déclaré du président colombien étant de «libérer» militairement les prisonniers3. L'impossibilité pour Sarkozy de convaincre Uribe de négocier et la réticence de Kouchner à mettre la pression sur ce dernier, ont causé l'échec de la mission humanitaire.


Un mois plus tard, Sarkozy convoquait une fois de plus les médias internationaux et lisait une lettre adressée au dirigeant Manuel Marulanda exigeant qu’il libère immédiatement Ingrid, faisant sinon l’objet de l’opprobre de la communauté internationale et risquant la mise à l’index de l’opinion mondiale pour crime contre l’humanité4. Une fois de plus les médias couvraient sa déclaration, accompagnée de photos retransmises partout dans le monde. Inutile de dire que tel un chef d'orchestre menant seul la représentation «humanitaire» de la libération d'Ingrid Bétancourt, Sarkozy a considéré gênant de mentionner les exigences des FARC, qui demandaient un échange de prisonniers, ainsi que l'instauration d'une zone démilitarisée pour engager les négociations. Le silence du Maestro Sarkozy sur la campagne de bombardements poursuivie par le président colombien Uribe (et du président US George Bush) dans la campagne colombienne et leur refus de négocier, n'a jamais été mentionné ni pendant ni après cette extravagance médiatique. Ignoré par les FARC, ainsi que par Uribe et Bush, Sarkozy s'est tourné vers Chávez, lui demandant d'exiger que les FARC fournissent des nouvelles preuves concernant le sort des otages, notamment des photos récentes des captifs5.


Les FARC notifièrent à Chávez et à Sarkozy qu’ils s’y conformeraient en envoyant deux émissaires. Ceux-ci ont été promptement capturés par les militaires colombiens, torturés et emprisonnés. De toute évidence les lignes de communications entre Kouchner et Chávez étaient activement surveillées. Tout le long du «processus de négociation», le régime colombien soutenu par les USA n’a pas reçu un seul message - ne parlons pas d’exigences – de la part de Sarkozy insistant pour qu’il réagisse positivement aux gestes de bonne volonté des FARC qui avaient libéré certains de leurs prisonniers politiques. La nuit du 1er mars 2008 les USA ont localisé par satellite le lieu où était Reyes, de l'autre côté de la frontière avec l'équateur. Uribe a ordonné aux forces armées colombiennes de bombarder le camp des négociateurs des FARC, attaque qui a tué Reyes, le chef des négociateurs des FARC, 18 autres guérilléros, 4 étudiants d’université mexicains et un civil équatorien6.


Non seulement l’attaque transfrontalière colombienne était une agression flagrante de la souveraineté équatorienne, mais elle a anéanti le processus de négociation en cours. Uribe a délibérément tué le principal négociateur de FARC alors qu’il travaillait pour Sarkozy, Chávez et Correa7. La concession humanitaire unilatérale des FARC s'est avérée extrêmement coûteuse en termes de perte de dirigeants, d'augmentation de leur vulnérabilité quant aux attaques des militaires colombiens. À aucun moment ni Sarkozy ni Kouchner n'ont critiqué Uribe. En fait Kouchner a même applaudi les attaques «anti-terroristes» d’Uribe.


Sarkozy, tel ces acteurs dont les blagues usées ne font plus rire, a une fois de plus convoqué les media internationaux pour informer les FARC qu’ils devaient permettre à la Croix rouge internationale de rencontrer Ingrid. Il a annoncé qu’il enverrait un avion en Colombie avec un personnel médical français et que les FARC devraient préparer un comité d’accueil pour escorter Ingrid Betancourt, souffrante, à la délégation française pour qu’elle y soit soignée. Reléguant les FARC au rang de second violon, le chef d’orchestre Sarkozy assuma qu’ils n’avaient pas le choix, que leur refus révélerait leur «inhumanité», celle de ne pas avoir permis à une captive en «maladie terminale» de recevoir les soins médicaux élémentaires8.


Comme tous les maîtres chanteurs, Sarkozy a fait grimper les enchères après un premier paiement. S’étant assuré des «preuves» de l’existence des captifs, il a de nouveau exigé des concessions unilatérales. Début avril il a monté un nouveau spectacle à Paris en organisant une manifestation «Libérez Ingrid». L’avion transportant le personnel médical français a atterri en Colombie et comme d’habitude Sarkozy a fait un grand «show» en proposant d’aller, si nécessaire, dans la jungle.


Cette fois-ci, cependant il n’y avait pas de Latinoaméricains pour «étayer» son spectacle médiatique. La présidente de l’Argentine, Cristina Kirchner, qui était à Paris en visite officielle, a déclaré aux médias que la libération de Betancourt devrait faire partie d’un échange réciproque de prisonniers. C’était une note discordante dans le spectacle Sarkozy9. Le président Chávez a été encore plus direct. Il a dit à Sarkozy qu'il devrait adresser son message humanitaire au président Bush et à Uribe, étant donné qu'ils constituaient les principaux obstacles à tout échange réciproque de prisonniers10.


L’avion de Sarkozy est resté sur le tarmac de l’aérodrome en Colombie. La Croix-rouge internationale n’a reçu aucun message. Les FARC n’ont fait aucune réponse, sachant que toute communication ou mission humanitaire faciliterait une fois de plus une attaque militaire contre les négociateurs des FARC.


Les exigences et les diktats de Sarkozy aux FARC sont restés sans réponse. Le spectacle n’a pas réussi à capter l’attention des mass médias.


Les FARC, comme il était prévisible, sont restés silencieuses, sachant que toute communication avec Bernie Kouchner serait espionnée par la CIA. Pas d'échanges, pas de consultations, pas de sécurité, pas de réponses. Les présidents latinoaméricains qui avaient assisté aux spectacles médiatiques humanitaires précédents de Sarkozy, n'ont pas envoyé d'officiels pour accompagner le personnel médical et médiatique français qui s'ennuyait dans un aéroport infesté de moustiques.


Plusieurs jours plus tard, les FARC ont envoyé par e-mail un communiqué public (4 avril 2008) à Sarkozy et à destination de l’opinion publique internationale qui clarifiait la situation. Pourquoi le «one man show» de Sarkozy était voué à l'échec? Le communiqué des FARC a souligné quatre points11. Il affirmait que la précédente libération unilatérale de six prisonniers était une décision «souveraine» des FARC, qui n'était due ni à leur faiblesse ni à la pression – sous-entendant que rien ne les obligeait à faire d'autres concessions. Deuxièmement ils ont souligné la priorité de la libération de 500 camarades incarcérés en Colombie et aux USA comme partie d'un accord réciproque. Ils ont déclaré qu’Uribe n'avait satisfait aucune des conditions essentielles pour les négociations, à savoir l'établissement d'une zone démilitarisée où l'échange pourrait se faire. C'était un rappel à Sarkozy dont la prétention tordue et bancale à une nouvelle libération unilatérale de prisonniers par les FARC n'était pas envisageable. Les FARC ont aussi rappelé à l'opinion publique et à Sarkozy que la militarisation de la campagne par Uribe et l'administration Bush présentent une menace mortelle pour toute équipe de négociation des FARC.


La troisième partie du communiqué pointait directement Sarkozy concernant le meurtre de la précédente équipe de négociation par le gouvernement Uribe, y compris le meurtre de Reyes, ce qui rendait impossible tout échange humanitaire. Sarkozy, en ignorant totalement l’assassinat de Reyes et ceux de ses collègues, et ne condamnant pas la politique délibérée d’Uribe d’assassiner les négociateurs, a mis un terme à toute possibilité de procéder à une autre mission humanitaire.


Dans la dernière partie du communiqué, les FARC ont été tout à fait clairs. Dans ces conditions ils ne pouvaient pas coopérer avec la mission médicale. Et concernant Sarkozy et ses exigences arrogantes à prétentions humanitaires «d’envergure internationale», les FARC ont déclaré : «Nous n’agissons pas en réponse au chantage et aux campagnes médiatiques. Si au début de l’année, le président Uribe avait démilitarisé les municipalités de Pradera et de Florida [superficie totale approximativement 80 0km² - NdlR] pendant 45 jours, Ingrid Betancourt, aussi bien que les prisonniers militaires auraient retrouvé leur liberté contre celle des prisonniers guérilléros, et cela aurait été une victoire pour tous».


Le rideau tombe


L’avion et l’entourage médico-médiatique s’est envolé vers Paris. Il n’y a pas eu de médias pour les accueillir sur la sombre piste désertée. Une fois de plus, Sarkozy, chef d’orchestre et seul acteur de son «one man show», a démontré sa virtuosité d'acteur raté et de politicien médiocre.


Épilogue


Deux mois plus tard Bernard Kouchner a applaudi la mort du dirigeant des FARC, Manuel Marulanda, et le meurtre d’autres dirigeants des FARC comme ouvrant la voie pour la libération de Betancourt – se faisant ainsi l’écho du régime Uribe. Cela a effectivement mis un terme au rôle de la France dans le processus et restait dans la logique de la longue affinité de Kouchner avec des régimes gangsters.


Notes


1 BBC, 6 décembre, 2007 et AFP, 28 février, 2008


2 «Le dernier entretien de Reyes» , 28 février, 2008, par Anibal Gurgon et Ingrid Storgen, voir KAOSENLARED.NET


3 «Uribe ordonne à l'armée de 'localiser' ceux qui ont été enlevés par les FARC», La Jornada, 30 mars, 2008


4 La Jornada, 26 mars 26, 2008


5 La Jornada, 30 mars, 2008


6 Miami Herald, 6 mars, 2008. Sur la collaboration des É-U, voir Expresso/Guayaquil «Les


pilotes colombiens ont opéré depuis la base US de Manta»


7 Richard Goff, «L'attaque transfrontalière illégale de Uribe», Counterpunch, 3 mars, 2008


8 La Jornada, 3 avril, 2008. Le 8 avril juste 5 jours plus tard Kouchner admettait que la santé d'Ingrid Betancourt était meilleure que celle qui avait été décrite par Sarkozy.


9 La Jornada, 7 et 8 avril, 2008


10 La Jornada, 4 avril, 2008.


11 Communiqué des FARC, avril. Agencia Bolivariana de Prensa

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Source : http://axisoflogic.com/artman/publish/article_26977.shtml

Traduit par Alexandre MOUMBARIS, Tlaxcala

vendredi 11 juillet 2008

COLOMBIE : En finir avec les mensonges au sujet de l'évasion des 15 prisonniers de guerre


Communiqué du Secrétariat de l’État-Major central des FARC-EP
Montagnes de Colombie, 5 Juillet 2008


1. L'évasion de 15 prisonniers de guerre, mercredi dernier 2 Juillet , est une conséquence directe de la conduite méprisable de Cesar et Enrique, qui ont trahi leur engagement révolutionnaire et la confiance placée en eux.
2. Indépendamment d’une telle péripétie, inhérente à toute confrontation politique et militaire où il y a des victoires et des échecs, nous maintenons en vigueur notre politique actuelle visant à concrétiser des accords humanitaires pour parvenir à des échanges et pour en outre protéger la population civile contre les effets du conflit. En persistant dans le chantage comme unique voie, le gouvernement doit assumer toutes les conséquences de sa décision téméraire et aventureuse.
3. La lutte pour la libération de nos combattants politiques capturés et d’autres seront toujours à l'ordre du jour dans toutes les unités fariennes, en particulier dans leur direction. Ils sont présents dans nos esprits et dans nos cœurs.
4. Le chemin pour atteindre les transformations révolutionnaires n’a été facile nulle part dans le monde ni à aucun moment de l'histoire, au contraire, et donc notre engagement augmente à chaque nouveau défi ou difficulté.
5. La paix dont a besoin la Colombie doit être le résultat d'accords qui profitent à la majorité, ce ne sera pas la paix des cimetières basée sur la corruption, la terreur d'État, la félonie et la trahison. Les causes pour lesquelles luttent les FARC-EP existent toujours, le présent est fait de lutte et l'avenir est à nous.
Source :
http://resistencianacional.net/

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