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lundi 6 octobre 2014

Alexis Tsipras, version 3.0 : coopté par la Sainte Alliance des Socialos* et des Jèzes**

Español
Alexis Tsipras, versión 3.0: cooptado por la Santa Alianza de los sociatas y los jesuatas

 English
Alexis Tsipras version 3.0: co-opted by the Holy Alliance of Socrats and Jesucrats

 Italiano
Alexis Tsipras, versione 3.0: cooptato dalla Santa Alleanza dei sociocratici e dei gesucratici
 
par Fausto Giudice, 6/10/2014
J’ai découvert l’existence d’Alexis Tsipras il y a pas mal d’années, quand il n’était que le jeune leader inconnu d’un groupuscule gauchiste dont personne n’avait entendu parler en dehors de son pays, la Grèce. C’était au hasard d’une navigation sur la toile, et j’avais trouvé une vidéo d’un groupe d’étudiants se livrant à une sorte de happening bondage sur Tsipras, qui, hilare, se laissait ficeler sur une chaise. 


http://tlaxcala-int.org/upload/gal_9088.jpg
Ma première réaction avait été : « Ach ! Die Junge Garde des Sekretariats ! » La jeune garde du secrétariat : c’est ainsi qu’on appelait dans l’Allemagne des années 70 les jeunes socialistes, généralement de tendance gauchiste, qui, une fois passée la trentaine, devenaient des caciques du parti social-démocrate. On a vu le même phénomène dans toute la social-démocratie européenne.
http://spaledante.files.wordpress.com/2011/08/emsaeulisidood.jpg?w=700 
Pour ma génération, pétrie d’histoire des révolutions écrasées en Europe, la social-démocratie originelle – germanique et scandinave – a au plus tard en 1919 cessé d’être un parti de la classe ouvrière pour devenir, au mieux (dans la Vienne rouge des années 1920) un parti pour la classe ouvrière. Quand la classe ouvrière et les soldats allemands se soulèvent en 1918, emmenés par la Ligue Spartakus de Rosa Luxembourg et Wilhelm Liebknecht, qui dirige la répression ? Le social-démocrate Noske, rapidement surnommé le Bluthund (chien de sang, ou chien de rouge) pour avoir, en tant que ministre de la guerre, déclaré : « Il faut que quelqu'un fasse le chien de sang : je n'ai pas peur des responsabilités ». C’est Noske, appuyé par son parti, dirigé par Friedrich Ebert, bientôt président de la minable république de Weimar, qui a organisé le massacre des ouvriers et soldats organisés en conseils (soviets) à Kiel puis, en janvier 1919, à Berlin. Ses corps francs assassinèrent, entre beaucoup d’autres, Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht.

Le quintette des "commissaires du peuple" sociaux-démocrates qui proclament la République de Weimar
http://www.allmystery.de/i/t54c14f_malsovverraten12106.jpg« Wer hat uns verraten ? Sozialdemokraten. Wer hatte recht ? Liebknecht ! »(« Qui nous a trahis ? Les sociaux-démocrates. Qui avait raison ? Liebknecht ! »)  : ce refrain « rouge » des années 1920 est revenu à la mode dans les années 1960, lorsque la jeunesse radicale – les soixante-huitards avant la lettre – affrontait la social-démocratie, alliée (déjà ? eh oui !) dans une « grande coalition » avec les démocrates-chrétiens, mettant en œuvre son « aggiornamento » datant de 1959, quand, à Bad Godesberg, le SPD avait officiellement et définitivement abandonné toute référence marxiste, adoptant comme devise « Le marché autant que possible, l'intervention publique autant que nécessaire».

Entre les années 1920 et les années 1960, bien de l’eau avait coulé sous les ponts de Berlin : à la chute du régime nazi, nos bons sociaux-démocrates, revenus dans les bagages des « libérateurs » alliés, se mirent naturellement au service de ceux-ci, tandis que leurs cousins communistes se lançaient dans l'aventure d'un socialisme prussien à l'ombre du Grand Frère soviétique.

Et c’est ainsi que l’on eut deux Allemagne pour le prix d’une, pendant 40 ans. Quand des étudiants en révolte distribuaient des tracts dans les rues de Berlin, Munich, Hambourg ou Francfort, contre la guerre du Vietnam pour contre les lois d’exception instaurées par la « grande coalition » noire-rouge, l’Allemand moyen qui passait par là leur lançait : « Si vous n’êtes pas contents, allez donc en face », autrement dit : « Si notre paradis démocratique capitaliste ne vous convient pas, allez donc vivre dans l’enfer est-allemand du ‘socialisme réel’ ».  Le discours quotidien de Samaras et de l'Aube Dorée en Grèce contre les "rouges" ne fait que répéter ces vieilles litanies, longtemps après que l'URSS a disparu.

Puis vint 89 et la réunification. Ce ne sont pas seulement les territoires allemands qui ont été réunifiés, mais aussi le paysage politicien : tous les résidus de gauche communiste/stalinienne et de sociaux-démocrates critiques encore attachés au marxisme se sont eux aussi réunifiés pour constituer un parti qui s’est mis corps et âme sous la coupe des sociaux-démocrates, faisant taire ses dissidents par les méthodes habituelles en usage dans tous les partis atteints de crétinisme parlementaire. Ce parti, Die Linke, puisqu’il faut l’appeler par son nom, est aujourd’hui totalement entré dans le système de la démocratie représentative, parlementaire, corrompue et belliciste. C’est là que nous en revenons au camarade Tsipras.

Son parti, SYRIZA, est au moment où j’écris, crédité de 36% des intentions de vote. De nouvelles élections peuvent être annoncées à tout instant par le Premier ministre grec de droite, Samaras, qui est en discussion avec la patronne, j’ai nommé Angie, la chancelière Merkel, pour prendre une « décision », qui s’apparentera plus à un Diktat qu’à autre chose. Concrètement, les choses doivent se jouer en février prochain, lorsque le Parlement devra élire un nouveau président de la République. Il manque à la "grande coalition" Nouvelle démocratie-PASOK  la vingtaine de députés nécessaires pour atteindre le quota nécessaire de voix nécessaire (180) pour valider l'élection. Il ne resterait alors qu'à Samaras qu'à dissoudre le parlement et organiser de nouvelles élections.

Donc, Tsipras se voit déjà en chef de gouvernement à Athènes. Mais vu que les  résultats des élections démocratiques, dans la bonne vieille Europe démocratique, se décident dans les couloirs du pouvoir avant d’être sanctionnées par les urnes, il s’agite tous azimuts. Il faut qu’il obtienne le feu vert des patrons de l’Europe, qu’il trouve des alliés pour combler le gap entre les 36% dont il est crédité et les 51% (en fait moins, puisque dans le système grec, le parti venant en tête des élections reçoit un bonus de 50 sièges) dont il aurait besoin pour pouvoir « gouverner ». Il a donc adopté la voie du compromis et de la « rénovation ». D’abord, il a fait son possible pour se débarrasser de l’aile gauche de Syriza, sans y parvenir pour l'instant. Puis il a mis de l’eau dans son retsina, en cessant de tonitruer contre l’Union européenne, Bruxelles, Francfort et Berlin. Plus question de sortir de l’Euro. Plus question de refuser de payer la dette odieuse de la Grèce. Plus question d’organiser des manifestations de rue, des protestations populaires, pour répondre à l’énorme colère du peuple grec et la canaliser vers des lendemains qui chanteraient.

Le personnel de l’hôpital de Kilkis déclenche un mouvement d’occupation autogestionnaire de son hôpital menacé de fermeture. Qui s’y oppose et fait capoter le projet ? Les chefs syndicaux liés à Syriza.
Le personnel de médias condamnés à mort tente de se lancer dans des expériences autogestionnaires ? Syriza ne fait rien pour l'aider.
Les 595 femmes de ménage du ministère des Finances sont licenciées, pour tester les réactions à l'épuration des services publics exigée par la Troïka (Commission européenne-Banque centrale européenne, FMI) : elles organisent la résistance et appellent à une journée internationale de solidarité. Qui leur met des bâtons dans les roues, ordonnant à toutes ses sections d’Europe de ne pas répondre aux appels de comités locaux de solidarité avec le peuple grec ? Syriza.
Le gouvernement grec instaure de nouvelles taxes ubuesques (immobilière et sur le fuel domestique) pour pressurer la population, menacée des pires sanctions en cas de non-paiement. Qui refuse d’organiser des mouvements collectifs et solidaires de non-paiement des taxes iniques ? Syriza.

Pendant ce temps, le chef voyage. En septembre, il a été en quatre endroits, Thessalonique, Vienne (Autriche), Cernobbio (Italie) et…la Cité du Vatican. Il a sûrement fait d’autres voyages intéressants, mais, ne disposant pas d’un service de renseignement professionnel, je me contenterai d’évoquer ces quatre épisodes.
À Thessalonique, Tsipras a présenté le programme (électoral) de son parti. Commentaire de Giorgos Delastik, journaliste de gauche : « À côté des engagements de Tsipras, ceux de Caramanlis (Premier ministre de droite) en 2009 paraissent du pur gauchisme ». Rien à ajouter.

A Vienne, Tsipras, invité par le Forum Bruno Kreisky, a fait un vibrant discours tendant la main aux sociaux-démocrates allemands et autrichiens pour, ensemble « sauver l’Union européenne » des méchants néolibéraux de Berlin et Francfort : « Nous allons gagner les prochaines élections, nous aurons besoin de vous ». Bref, on l’aura compris, SYRIZA se présente tout simplement comme le nouveau PASOK et je vous fiche mon billet qu’il ne va pas tarder à être coopté dans l’Internationale socialiste. Je recommande la lecture de ce morceau d’anthologie aux lecteurs qui comprennent l’anglais, il vaut son pesant de sel marin ionien : http://yanisvaroufakis.eu/2013/09/24/alexis-tsipras-at-the-kreisky-forum-vienna-the-complete-speechaddress-to-austrian-social-democrats/.


A Cernobbio, au bord du Lac de Côme, Tsipras était invité dans la Villa d’Este –le "plus bel hôtel du monde" - au Forum annuel de la Fondation Ambrosetti, une sorte de Club Bilderberg bis, à visage un peu plus humain, mais avec les mêmes objectifs et méthodes : rassembler les gens qui comptent dans le monde pour mettre au point les tactiques de pouvoir pour la période à venir.
Enfin, cerise sur le gâteau, notre brave Alexis s’est rendu à la Cité du Vatican pour y rencontrer Sa Sainteté en personne pendant 35 minutes, au sortir desquelles notre Premier ministre in spe a constaté, "étonné", de nombreuses convergences entre Syriza et l’Église catholique, apostolique et romaine. Notre bon jésuite de Bergoglio a eu, lui, une exquise petite phrase : « Tsipras n’est pas de gauche, c’est seulement son programme qui l’est ». Sous-entendu : les programmes, ça peut se changer. Pour son audience, Tsipras était encadré par deux drôles de personnages fleurant bon l’Empire austro-hongrois et qui n'auraient pas déparé dans une pièce de théâtre de boulevard viennois, Walter Baier et Franz Kronreif. 
Baier (à g.) et Kronreif avant l'audience
Le premier a été le fossoyeur du Parti communiste autrichien, dont il a liquidé la structure et les biens, vendant notamment à des fascistes un immeuble squatté par des artistes de gauche. Il est ensuite devenu l’athée de service du Vatican, ayant sa place attitrée aux rencontres œcuméniques annuelles d’Assise, auxquelles participent chrétiens, juifs, musulmans, bouddhistes et…athées, considérés comme une confession parmi  d’autres. Autrement dit, à la question : « Quelle est ta religion ? », à Assise, on peut tranquillement répondre : « Athée ». Officiellement, Baier est le coordinateur de Transform ! Europe, la danseuse, pardon, le « think tank » du Parti de gauche européen, essentiellement porté par Die Linke allemande et sa fondation Rosa-Luxembourg, dotée par l’État allemand d’un confortable matelas de millions d’euros, qui lui permettent de financer des revues que personne ne lit et de distribuer des tracts sur papier glacé dans les Forums sociaux  mondiaux, où ses « militants » sont logés dans hôtels 5 étoiles, ou à la rigueur 4.

Le second est un des responsables du mouvement des Focolari, qui est l’un des « mouvements de masse » du Vatican, complétant le travail que font Comunione e Liberazione e la Communauté de Sant’Egidio. Les Focolari sont aussi œcuméniques au sens très large, accueillant non seulement des protestants, mais même des musulmans et des athées.
Notre jésuite de pape est un sacré matou. Il a déclaré en juin dernier : «Io dico solo che i comunisti ci hanno derubato la bandiera. La bandiera dei poveri è cristiana. La povertà è al centro del Vangelo. I poveri sono al centro del Vangelo» (Je dis seulement que les  communistes nous ont volé notre drapeau. Le drapeau des pauvres est chrétien. La pauvreté est au centre de ‘l’Évangile. Les pauvres sont au centre de l’Évangile). Et les 35 minutes d’audience ont battu le record de durée jamais accordé par un pape à un quelconque dirigeant de gauche. Mais faut ce qu’il faut pour non seulement arracher aux cocos le drapeau qu’ils vous ont volé mais même les convertir à "la doctrine sociale" de l’Église catholique, apostolique et romaine.
Pour conclure : adoubé par la social-démocratie germanique, coopté par la fine fleur des décideurs politico-économiques du continent, et béni par Sa Sainteté, Alexis Tsipras est désormais en orbite, très loin du peuple martyr qui a fait de lui ce qu’il paraît être. Toute la question reste de savoir s’il saura éviter le sort d’Iridium 33 et Kosmos 2251, deux autres satellites artificiels qui se pulvérisèrent mutuellement lors d’une collision dans l’espace en 2009. Le satellite Tsipras 3.0 risque bien, lui, de s’auto-pulvériser et il n’y aura personne pour verser une larme sur son sort. Il l’aura bien cherché.
Je crois comprendre le mélange de désespoir et d'espérance du peuple grec et de ses ailes marchantes. Camarades, je n'ai qu'une chose à vous dire : faites votre le slogan de nos frères zapatistes : "Tout pour tous ! Commander en obéissant !" La seule issue réside en bas, dans auto-organisation, à partir des besoins réels des gens, pour la défense des communs, au-delà des clivages idéologiques et sectaires, meurtriers et stériles. Tout le reste n'est que simulacre.
*Socialos : sociaux-démocrates en vieil argot français
**Jèzes : jésuites en vieil argot français

mercredi 28 novembre 2012

Grèce : la bataille de l'or de Skouries

La forêt de Skouries, dans le nord de la  péninsule grecque de Chalcidique s’est transformée en champ de bataille dimanche soir alors que des villageois et des manifestants proches du Syriza se sont affrontés avec la police anti-émeute. Environ 2000 manifestants ont défilé pacifiquement vers le site de la société Eldorado contre l’impact environnemental grave de ses activités d’exploitation minière. Des escadrons de la police anti-émeute avait déjà bloqué l’entrée et lancé des grenades lacrymogènes pour disperser la foule.
Il y a eu plusieurs cas de brutalité policière scandaleux qui n’ont pas été -comme souvent- repris par les médias traditionnels. De manière opposée, les messages sur twitter furent encore une fois d’une viralité importante.

Photo A. Michailidis/AP
Des policiers auraient cassé les fenêtre des voitures en bas de la jonction de la route, avec les passagers restés à l’intérieur, ont tabassé des manifestants âgés, contraint une femme de 55 ans à s’agenouiller, la blessant à la jambe et ont cassé l’objectif de la caméra du journaliste @nikospilos.
Iliopoulos, membre du mouvement de jeunesse Syriza aurait dit: «Ils (les policiers) nous ont poursuivi jusqu’en bas de la route pendant 7km et les gens ont été pris de panique. Ils ont lancé des gaz lacrymogènes à l’intérieur des voitures. »
18 personnes ont été arrêtées et ont été conduites au poste de police de Polygyro (capitale de Halkidiki), où 150 autres personnes se sont rassemblées pour exprimer leur solidarité. Suite aux négociations, des détenus ont finalement été autorisés à voir 4 avocats.

Le député du Syriza Katerina Igglezi s’est vue refuser l’accès au bâtiment et aurait été agressée par un policier en civil sur place. Les détentions se sont toutes transformées en arrestations, sauf pour un conducteur de pick-up qui a été inculpé de tentative d’homicide alors qu’il était transféré à l’hôpital pour des problèmes cardiaques après que la police aient lancé une grenade lacrymogène dans son véhicule qu’il était en train de conduire (!).
Parmi les personnes présentes à la manifestation, il y avait manifestants anti-mine de Kilkis et de Thrace, dont les régions sont également menacées par un désastre environnemental dû aux plans miniers. Étaient également présents des militants écologistes de Thessalonique, deux députés du SYRIZA, un Eurodéputé Eco-Green et un représentant du parti des Grecs indépendants.
Quelques vidéos de la journée d’hier (source antigoldgreece) :
Les femmes aux avant-postes lors de la manifestation :
Un feu dans la forêt de Skouries :
Gaz lacrymogène et flashbangs :
Panique chez les manifestants :
Le service de communication du Syriza a condamné «  les forces répressives de la police « . En poursuivant que  » la police, au lieu de protéger les intérêts du peuple, est utilisée comme une armée de mercenaires pour servir les intérêts des colonialistes modernes « .
De son côté, le service de communication du ministre de l’ordre public, Dendias, a indiqué que  » L’annonce du SYRIZA est un monument d’insolence et de tentative de perversion  des faits. Les soi-disant manifestants pacifiques ont attaqué la police sans provocation à Halkidiki   avec des cocktails Molotov, des pierres, des bouts de bois.  » Dendias accuse les manifestants d’avoir provoqué le feu de forêt, comme durant les dernières manifestations contre la mine d’or.
Enfin, Dendias précise qu’  » il est temps de réaliser que les députés du Syriza comme les membres de l’Aube Dorée devraient se conformer(…), comme tous les citoyens grecs, aux même exigences de la Constitution et des lois de la République hellénique « .
Une manière de faire croire que les écologistes qui souhaitent protéger la forêt seraient assez stupides pour provoquer un incendie. Une manière de faire croire que la police fait un travail admirable pour la protection de la population et de la constitution grecque.
Et enfin une manière de faire croire que les activités du Syriza seraient comparables aux violences des membres de l’Aube Dorée.
On atteint donc des sommets.
sources : twitter, RadioBubblewww.enikos.gr,  antigoldgreece

Mise à jour du 23/10/2012 : doc4life.net a publié des photos des évènements sur son site, dont celle-ci :

photos: Alexandros Michailidis

source : OkeaNews

jeudi 28 juin 2012

La peste brune relève la tète dans cette Grèce en crise terminale. Y a–t-il quelqu’un pour l’arrêter ?...

Athènes, 28 juin 2012 - Malheureusement, les lendemains des élections du 17 juin trouvent la gauche grecque aussi désemparée devant la menace néonazie qu’elle était avant le 6 mai.  La preuve ? Le succès d’Aube Dorée est présenté comme une exception, comme un simple « point noir » d’une situation générale par ailleurs très brillante. C’est ainsi que pratiquement toutes les composantes de la gauche grecque (y compris SYRIZA) décrivent la situation comme un simple assemblage de bons et de mauvais résultats, feignant d’ignorer qu’aussi bien les « bons» que les « mauvais » points (c'est-à-dire l’apparition et le développement foudroyant des néonazis) font partie de la même situation globale, qu’ils sont interdépendants et qu’ils ont un même dénominateur commun, la crise historique de la société grecque, qui les conditionne tous !
La conséquence de cette approche superficielle de la réalité sociale et politique grecque par la gauche grecque est que le phénomène néonazi est assimilé à un…accident historique, à quelque chose de passager et finalement, à un fait politique d’importance secondaire si on le compare aux deux grands événements de temps présents : la montée en flèche de SYRIZA et l’effondrement du bipartisme traditionnel grec. Cependant, les faits sont têtus et résistent à de telles « analyses ».  D’abord, il y a l’activité  quotidienne de néonazis, qui devient de plus en plus redoutable, de plus en plus agressive, ne se limitant plus à viser uniquement les immigrés mais s’étendant désormais aux militants de gauche ou même à des simples badauds qui osent protester. Au lieu de s’assagir vu qu’elle a dorénavant une forte représentation parlementaire (comme le prévoyaient à tort plusieurs dirigeants de gauche), Aube Dorée passe maintenant à l’attaque, tous muscles dehors, multipliant les provocations et les raids dans tout le pays, et revendiquant publiquement son « droit » de frapper qui elle veut quand elle le veut !

Ensuite, il y a surtout les statistiques, qui sont encore plus effrayantes que les actes des néonazis. Selon les études approfondies des résultats de dernières élections grecques, Aube Dorée est tout sauf un « phénomène passager » et « va constituer un pôle puissant ainsi qu’un adversaire  assez redoutable pour la Gauche,  dans les années à venir » (1). Sans aucune hésitation, nous l’affirmons catégoriquement et tout de suite : les néonazis grecs non seulement s’établissent pour longtemps au cœur du paysage politique grec, mais constituent désormais, avec SYRIZA, la deuxième force organisée et en pleine expansion là où va se jouer le sort du pays : dans les grands centres urbains et parmi la population la plus active et dynamique…

Comme le fait remarquer l’auteur de l’étude et grand spécialiste des partis politiques et des comportements de l’opinion publique grecque Christoforos Vernardakis, « Aube Dorée constitue une formation cohérente, dont les résultats électoraux présentent une structure de classe prononcée  ayant à l’évidence  une grande homogénéité idéologique». La conséquence en est qu’Aube Dorée est tout à fait différente de son précurseur, le  parti d’extrême-droite LAOS, qui était non seulement « systémique » quand à ses choix politiques mais surtout interclassiste dans la composition de sa clientèle électorale, avec une forte influence dans la haute et moyenne bourgeoisie. Selon Vernardakis, «Aube Dorée présente une influence populaire plus « pure », qui s’est même exprimée aux élections de juin avec un agenda idéologique plus franc qu’en mai. La géographie d’Aube Dorée montre qu’il s’agit d’une formation qui ne sera pas conjoncturelle  dans le système partidaire ».
Ces affirmations sont corroborées par le fait que le parti néonazi, dont le résultat électoral national de presque 7% des voix n’a pas varié sensiblement entre les deux élections de mai et de juin, fait des scores tout a fait éloquents surtout dans les quartiers populaires, les tranches d’âge 25-44 ans, et chez les ouvriers non spécialisés et les travailleurs flexibles (24,5%) ainsi que chez les chômeurs (12,2%). Mais, ce n’est pas tout. L’analyse des résultats électoraux d’Aube Dorée fait apparaitre une réalité très révélatrice des intentions de la bourgeoisie grecque quand elle attribue au parti néonazi 20,3% des votes des « patrons et entrepreneurs » !  C’est plus d’ un patron et entrepreneur grec sur cinq qui vote déjà ( !) pour les émules de Hitler, ceux qui font publiquement l’apologie d’Auschwitz et égorgent dans le métro d’Athènes des immigrés sans défense !                                                                                              
Giorgos Germenis, alias Kaiadas, bassiste dans le groupe de black metal Naer Mataron (ci-dessous) et adepte de Lucifer, est l'un des députés élus d'Aube Dorée d'Athènes.Le groupe continue à se dire"apolitique" et menace de poursuites légales quiconque les traitera de fascistes...

 
On est ici devant une réalité effrayante et… très prometteuse pour la suite du drame grec. En effet, un tel appui patronal aux néonazis grecs signifie a) que l’argent coule déjà a flots dans leurs caisses, et b) qu’une partie appréciable de la bourgeoisie grecque (+ 20%) joue déjà la carte du fascisme et de ses bandes armées pour contrecarrer le mouvement populaire et sa force montante qui est SYRIZA !  En somme, tout ça signifie qu’on est déjà très loin de certitudes naïves dont fait preuve la gauche grecque, qui persiste à sous-évaluer le danger fasciste quand elle se limite à l’exorciser avec des affirmations du genre « le fascisme est quelque chose totalement étranger aux Grecs » ou « maintenant, qu’ils (les néonazis) sont au parlement et que les médias parlent d’eux, ils révèlent leur vraie nature et les gens vont comprendre et se détourner d’eux »…
Malheureusement, ce n’est pas du tout le cas. En effet, tout indique qu’Aube Dorée est bien enracinée dans la société grecque, et surtout  que l’adhésion à ses pratiques et ses objectifs n’est pas du tout accidentelle, épidermique ou passagère. Par exemple, la remontée d’Aube Dorée après un passage à vide au lendemain des élections du 6 mai, est due non pas à un prétendu « assagissement » de ses pratiques, mais plutôt à  son choix très conscient de faire passer ses actions à un niveau qualitativement supérieur de violence (égorgements quotidiens d’ immigrés en public, provocation et faits de violence du N° 2 des néonazis contre deux députées de gauche  « en direct » d’un studio de TV,  agressions contre des militants de gauche et raids contre des locaux des partis de gauche, etc.).  En somme, ce qui se passe chaque jour sous nos yeux, est exactement le contraire de ce que prêchent les vœux pieux de la gauche grecque : la violence d’Aube Dorée contre les immigrés et les militants de gauche, non seulement ne fait pas diminuer mais… augmente son influence et sa capacité d’attraction d’un coté parmi certaines couches sociales de déshérités et de l’autre dans la bourgeoisie et le patronat grecs.
Même provisoire, la conclusion n’est pas donc si difficile : les deux forces montantes de l’échiquier politique grec sont celles qui se trouvent à ses deux extrémités, à l’extrême-gauche et à l’extrême-droite, Syriza et Aube Dorée. C’est ainsi que les résultats des deux élections successives grecques viennent confirmer de façon éclatante la thèse et l’hypothèse de travail présenté avant les élections du 6 mai dans notre texte « soixante-sept ans après la fin de la Deuxième Guerre mondiale et le procès de Nuremberg, nous voici donc en pleine République de Weimar à la grecque… »: Une très grande partie de cette société grecque ruinée après deux ans de politiques d’austérité barbare, cherche désespérément les solutions radicales à ses problèmes de survie aux deux extrêmes du paysage politique grec.
Ceci étant dit, il est tout à fait explicable que la raison profonde de l’incapacité de la gauche grecque à comprendre le phénomène Aube Dorée et d’agir contre elle, réside dans son incapacité à comprendre ce qui est en train de se passer aux tréfonds de la société grecque elle-même ! C’est pourquoi le succès électoral des néonazis est décrit uniquement comme un simple « point noir » dans un tableau généralement positif, sans qu’on comprenne que ce « point noir » est  un peu l’autre face de la médaille du succès fulgurant de SYRIZA, et surtout sans qu’on comprenne que ces mouvements de pendule des masses déshéritées allant d’un extrême à l’autre de l’échiquier politique vont continuer tant que la gauche radicale ne transforme pas l’actuelle période prérévolutionnaire en période révolutionnaire…
Mais il faut avouer qu’il y a désormais un obstacle de taille sur le chemin qui mène à cette transcroissance de la période prérévolutionnaire en révolutionnaire. Cet obstacle s’appelle Aube Dorée et ce n’est pas un hasard s’il a été créé de toute pièce (par les grands médias, une fraction de la bourgeoisie grecque, des personnalités de la droite traditionnelle grecque qui qualifient Aube Dorée d’« organisation sœur de Nouvelle Démocratie », etc.) exactement pour…faire obstacle au développement du mouvement populaire et à la montée de la gauche radicale grecque ! En termes plus simples, la gauche grecque doit cesser d’exorciser le mal néonazi avec des phrases creuses du genre « il faut isoler les fascistes » et les remplacer au plus vite par la problématique de la défense des immigrés et de sa propre autodéfense  face aux bandes de tueurs déchainés d’Aube Dorée.
Pourtant, il faut qu’il soit clair que cette « autodéfense » ne s’improvise pas d’autant plus que le mot même d’« autodéfense » reste un mot-tabou pour la gauche grecque, un mot qu’elle s’obstine à ne pas prononcer. Des objections du genre « on ne va pas descendre à leur niveau » ou « il faut affronter les fascistes avec des armes politiques » ne tiennent pas debout à partir du moment où la violence néonazie s’étend chaque jour à de nouveaux quartiers, rendant de plus en plus difficile la vie normale des gens et menaçant les activités des partis et organisations de gauche. Ici, on n’a plus affaire à des théories abstraites mais à des problèmes très concrets de la vie quotidienne des gens que la gauche grecque doit reconnaitre, affronter et résoudre de façon unitaire le plus vite possible ! Si Aube Dorée arrive à nous interdire de sortir de chez nous, tout le reste sera du bavardage irresponsable de gens qui refusent obstinément de regarder la réalité en face…
Quelques victimes d'Aube Dorée


Finalement, ce qui manque cruellement à la gauche grecque pour qu’elle puisse comprendre, affronter et combattre efficacement la peste brune qui est en train de relever la tête, est la mémoire et la compréhension de ce qui est arrivé à l’Allemagne –mais aussi en Italie- dans les années 20 et 30. Sans l’expérience et les leçons de cette époque-là, la gauche grecque est condamnée à improviser  et à tourner en rond face à des néonazis qui donnent déjà l’impression d’avancer  en suivant scrupuleusement les lignes directrices du manuel original du national-socialisme. Car, il faut enfin l’admettre, la situation actuelle en Grèce présente désormais des similitudes toujours plus grandes avec celle de l’Allemagne avant la fin de la République de Weimar et la montée de Hitler au pouvoir.  Ça parait invraisemblable mais, malheureusement, c’est comme ça ! Alors, tant que perdurera l’incompréhension du phénomène  Aube Dorée en tant que produit de son époque (de crise économique, sociale et politique terminale), ce « phénomène » continuera sans problèmes son développement fulgurant. Donc, attention : on n’est encore qu’au tout début de cette histoire qui promet des lendemains cauchemardesques si la gauche grecque continue de voir en Aube Dorée un simple « anachronisme » passager condamné à disparaitre dès que les gens s’apercevront de sa nature passéiste et malsaine.  Non, les néonazis grecs sont beaucoup plus que ça, car ils constituent désormais un vrai mouvement radical populaire doté de ses groupes paramilitaires et qui en plus jouit de l’appui (politique, médiatique, financier,…) d’une fraction très importante de la bourgeoisie grecque.
La conclusion est volontairement alarmiste. La gauche grecque devrait avoir fait son autocritique parce qu’elle a laissée le serpent néonazi sortir de son œuf.  Elle ne l’a pas faite, et maintenant elle continue sur la même lancée suicidaire, prétendant affronter le mal en l’exorcisant, comme s’il  s’agissait d’un simple …esprit maléfique et non pas d’une très réelle force matérielle qui vise à la destruction du mouvement ouvrier par tous les moyens. Il y a seulement 3 mois, dire qu’Aube Dorée pourrait obtenir 7% des voix paraissait une énormité digne d’un scenario de politique-fiction. Qui oserait aujourd’hui exclure que ce même « scenario de politique-fiction » ne nous réserve d’autres surprises, encore plus grandes et surtout plus douloureuses ?
(1) Voir article et tableaux de Christoforos Vernardakis dans le quotidien Avgi du 24 juin 2012.

mardi 26 juin 2012

Manolis Glezos, combattant antifasciste et député de Syriza : "Nous devons sortir de l'esclavage du capital"

par Antonio Cuesta,  Gara, 25/6/2012 . Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Manolis Glezos est un combattant infatigable au long cours, député de la Coalition de la gauche radicale (Syriza) et célèbre pour l'action qui a donné le coup d’envoi à la Résistance en 1941, lorsqu’il arracha le drapeau nazi planté par les forces d'occupation allemandes sur l’Acropole d’Athènes.
Manolis Glezos note que, même si la coalition de gauche n'a pas remporté les élections législatives, elle a quand même connu une victoire car pour la première fois apparaît une gauche qui "ne veut pas conduire le peuple, mais marcher à ses côtés". Il assure vouloir que la Grèce reste dans les institutions européennes, mais avec un autre modèle, l'Europe des peuples et non celle des multinationales.
A presque 90 ans, vous êtes toujours un militant de gauche de premier plan. Comment évaluez-vous les résultats électoraux obtenus par Syriza le 17 juin?
Je pense que notre défaite est due à trois raisons principales : la première, que tout le monde connait, a été la forte pression à laquelle nous avons été soumis de la part des médias et des dirigeants européens ont fait tout ce qui a été en leur pouvoir pour terroriser les gens face à la perspective d’une victoire de Syriza. La seconde raison est qu’en Grèce, il n'ya pas de vote par correspondance, et une grande partie des électeurs sont inscrits sur leurs lieux de naissance, et qu’ils doivent donc aller voter là-bas. Ces deuxièmes élections en un peu plus d'un mois, ont fait que beaucoup de nos gens n’ont pas pu aller voter par manque d'argent pour le voyage. D'où la forte abstention. Et troisièmement, beaucoup de dirigeants de Syriza message ou n'ont pas tenu un discours homogène ou n’ont pas réussi à bien l'expliquer, surtout dans le domaine économique, ce qui a été exploité par les médias pour tromper les gens, en présentant des messages fragmentés ou apparemment contradictoires. Mais malgré tout cela, ces élections ont été une victoire pour Syriza. C’est la naissance d’une nouvelle gauche, qui n'a rien à voir avec les courants idéologiques du XXe siècle. La nouvelle gauche ne veut pas conduire le peuple, mais marcher à ses côtés, en cherchant tous ensemble les solutions dont on a besoin, pour arriver au pouvoir tous unis.
Combien de temps faudra-t-il pour qu’éclate la colère sociale contre la politique du nouveau gouvernement, dirigé par le parti conservateur Nouvelle Démocratie?
Il est difficile de mettre une date. Comme c’est la première fois qu’on assiste à une percée si importante de la gauche, je pense que les puissances internationales ne vont pas faciliter les choses pour le mouvement populaire et vont essayer de le freiner par des concessions au nouveau gouvernement. Certes, nous recevrons plus d'aide que prévu, pour essayer ainsi de marginaliser la gauche. Mais cela signifiera que nous serons enchaînés à la dette pour plus d'une décennie. Peut-être les retraites et les salaires ne seront pas abaissés  pour éviter les manifestations, mais l'avenir de notre peuple sera de toute façon hypothéqué.
Quelle sera l'attitude de Syriza dans cette nouvelle étape?
Nous sommes prêts à combattre, au Parlement et dans la rue. Nous dévoilerons ce qui se passe vraiment en Grèce. Nous allons nous concentrer sur la reconquête de la souveraineté de l'État grec. Nous n'avons pas besoin de sauveurs, ni des prêteurs ni des marchés. Nous ne sommes pas en train de dire qu’il faut nous isoler, notre politique est avec l'Union européenne.
Vos positions sur l'Union européenne sont parfois ambiguës. Pourriez-vous préciser si vous êtes favorables ou non à une poursuite du chemin dans les institutions européennes?
Nous sommes un pays européen et nous voulons appartenir à ses institutions, mais aussi travailler pour un autre modèle. Nous allons nous battre pour une Europe des peuples plutôt que des multinationales. Ils nous disent que nous devons quitter l'UE si nous ne sommes pas d'accord avec ces politiques, mais nous ne sommes pas non plus en faveur des politiques de la Grèce et nous ne sortons pas d’elle pour autant. Nous voulons y rester, et que tous les pays y restent. Comme avec l'ONU, où aucun pays n’envisage de la quitter, même s’il n’est pas d’accord avec ses règles de fonctionnement. Le problème n'est pas celui de l'euro ou de la drachme. L’important n'est pas de sortir d’une monnaie mais de sortir du capitalisme. J'ai été dans de nombreuses prisons, certaines meilleures et d’autres pires, dans certaines on avait du café, dans d’autres non. Beaucoup de prisonniers avaient envie d'aller dans les meilleures prisons, mais pour moi, il a toujours été clair que ce que je voulais, c’était sortir.  Ce dont il faut sortir, c’est l’esclavage du capital.
Manolis Glezos avec Alexis Tsipras. Foto Fotis Vrotsis
Maintenant que Syriza a grandi et occupe la place de principal parti d'opposition, ne court-elle pas le risque de s’embourgeoiser et de finir comme le PASOK, qui avait initialement un programme vraiment à gauche?
Non, cela n'arrivera pas avec Syriza. Notre coalition est composée de forces réparties sur un éventail idéologique large, qui va de groupes anarchistes à des secteurs de la gauche du PASOK, en passant par des trotskistes et des maoïste. Syriza est appelée à régénérer la gauche, ce qui est une nouveauté. Il ne s’agit pas, comme je l'ai dit, de conduire le peuple, mais de marcher avec lui. C'est ce qui nous distingue. Ce n’est pas une politique improvisée, derrière cette conception il y a de nombreux débats, qui continuent, sur le moyen d'arriver au pouvoir avec le peuple. Juste un exemple. Au cours de cette dernière campagne électorale ont eu lieu d'innombrables réunions où les gens ont apporté des contributions et des suggestions, ce qui a donné lieu à un échange fructueux d'idées. Avec tout cela on a confectionné le programme qui a pris en compte 80% des décisions prises lors des diverses réunions. Nous avons préféré les convoquer dans les villages et les quartiers, de manière à ce qu’elles ne soient pas trop grandes et aboutissent à quelque chose.
Vous avez déjà mené à la fin des années 80 une expérience de démocratie directe dans votre village. Comment ce projet a-t-il fini ?
Mon village, Apiranthos est situé sur l'île de Naxos et a une population de 1 100 habitants. Après  ma victoire aux élections locales on a décidé de créer une constitution locale qui établisse les bases d'une approche participative, en ce que l'assemblée des citoyens avait le contrôle total sur les affaires de la ville. Nous sommes arrivés à avoir cinq musées, trois bibliothèques, deux universités, deux collèges et une station météo. Le projet a été liquidé quand le gouvernement central a unifié les entités locales et les petites municipalités ont disparu.  Maintenant, tous les villages de Naxos fonctionnent sous un seul conseil municipal dominé actuellement par Nouvelle Démocratie.


Le 30 mai 1941, Manolis Glezos monta au sommet de l’Acropole et déroba le drapeau nazi qui flottait sur la ville depuis le 27 avril 1941, date de l’entrée des troupes allemandes dans Athènes. Il avait alors 17 ans. Ce geste fut le premier acte de résistance en Grèce, ce qui lui valut d’être condamnés à mort par contumace par les nazis. Le 24 mars 1942, il fut arrêté par les Allemands et torturé longuement, avant de s’évader en 1944. Le 3 mars 1948, en pleine guerre civile grecque, il fut jugé pour ses convictions politiques et condamné à mort à plusieurs reprises par le gouvernement de droite. Mais ces peines capitales ne furent pas appliquées en raison des réactions à l’étranger et finalement réduites à une condamnation à perpétuité en 1950. Encore en prison, Manolis Glezos fut élu membre au Parlement hellénique en 1951 comme candidat de la Gauche démocratique unie (EDA) ; il fut relâché en 1954. Le 5 décembre 1958, Glezos fut de nouveau arrêté et condamné cette fois pour espionnage, un prétexte courant pour persécuter les militants de gauche pendant la Guerre froide. Au cours de son deuxième emprisonnement pour raisons politiques après la guerre, il fut réélu député d’EDA en 1961, avant d’être relâché en 1962. Lors du coup d’État du 21 avril 1967, Glezos fut arrêté à 2 heures du matin, avec les autres dirigeants politiques grecs. Il fut libéré en 1971. Lors des élections législatives de 1981 et de 1985, il fut élu député sur les listes du PASOK. Au total, pendant la Seconde Guerre mondiale, la guerre civile grecque et le régime des colonels, Manolis Glezos passa 11 ans et quatre mois en prison et 4 ans et 6 mois en exil. (Note de Tlaxcala)
 

vendredi 22 juin 2012

"Syriza doit lancer un audit citoyen de la dette grecque"

Lettre d'Eric Toussaint à Syriza
Syriza, qui est dans l’opposition tout en étant sortie des élections avec un impressionnant soutien populaire, devrait mener une campagne active d’opposition et de propositions dans les mois qui viennent en favorisant les mobilisations populaires et en utilisant le parlement comme un moyen de lutte politique.
De même il est important que Syriza continue à s’adresser à l’opinion publique internationale et renforce les liens avec les mouvements politiques et sociaux qui, en dehors de la Grèce, sont prêts à s’engager activement aux côtés du peuple grec.
Parmi les priorités, Syriza, outre le refus de la poursuite de l’application des mesures antisociales d’austérité et des accords avec la Troïka, devrait prendre l’initiative de lancer un audit de la dette pour déterminer la partie illégitime afin de refuser de la payer si Syriza formait (dirigeait) un gouvernement suite à une nouvelle crise politique.
Syriza doit donc prendre la responsabilité de lancer un audit avec l’appui des mouvements sociaux en Grèce et en cherchant des collaborations et des appuis actifs en dehors de la Grèce. Il faut déterminer le champ de l’audit en donnant la priorité à démontrer l’illégitimité de la dette à l’égard de la Troïka, qui progressivement va représenter une partie de plus en plus importante.
Dans un an ou deux, la dette à l’égard de la Troïka pourrait représenter 3/4 du total de la dette publique grecque.
Si Syriza fait cela, le CADTM soutiendra au maximum cette démarche.

mardi 19 juin 2012

Syriza triomphe et… perd les élections. Mais ce n’est peut-être que partie remise…

Traductions disponibles : Español  
Athènes, 19 juin 2012- Il s’en est fallu d’un rien - 2,77% des voix - pour que la Coalition de la Gauche Radicale  (SYRIZA) gagne les élections grecques et parachève triomphalement l’extraordinaire montée en flèche de son score électoral qui est passé de 4,5% à presque 27% en moins de 3 ans ! Cependant, la droite coalisée de Nouvelle Démocratie et ses acolytes de tout bord (les vieux sociaux-libéraux du PASOK et les apprentis sociaux-démocrates de la Gauche Démocratique) ont le droit de pousser un ouf de soulagement : la menace de la formation d’un gouvernement de gauche abolissant les mesures d’austérité vient de s’éloigner, au moins pour l’instant…
Le soulagement est d’ailleurs général parmi ceux d’en haut qui nous gouvernent et nous affament. L’euro s’envole, les marchés respirent, Mme Merkel exulte et l’Internationale dite « socialiste » des Papandreou et Hollande se félicite de la « défaite » de ces empêcheurs de tourner en rond nommés Tsipras & Co. Alors, fin du cauchemar qui a vu les cobayes grecs se révolter et occuper le « laboratoire Grèce » ?  La réponse est un Non catégorique. Le cauchemar est ici pour y rester et tout indique que le nouveau gouvernement grec sera fragile et faible, miné par ses contradictions internes, la crise qu’il ne maitrise pas et, surtout, par la résistance  grandissante du peuple grec…
D’ailleurs, une analyse un peu plus approfondie des résultats électoraux de SYRIZA témoigne des lendemains qui déchantent pour les partisans des plans d’austérité.  SYRIZA prend le large dans les tranches d’âge de 18 a 45 ans et s’assure un vrai triomphe dans  les grands centres urbains comme le grand Athènes, Le Pirée ou Patras où vit et travaille plus de la moitie de la population grecque. En somme, SYRIZA s’assure le soutien de la population active et jeune tandis que les partisans de la Troïka et de l’austérité (La Nouvelle Démocratie et PASOK) survivent grâce à l’appui de la grande majorité des gens âgés (+ 65 ans) et des ruraux. Une réalité sociale politique de très mauvais augure pour la réaction grecque et ses patrons internationaux si on pense que ce sont exactement ces tranches d’âge  et ces populations urbaines qui  traditionnellement font l’histoire des pays du Nord…
 
S’il y a donc une leçon à tirer de ces élections grecques, c’est que SYRIZA domine désormais chez les travailleurs et les chômeurs, dans la jeunesse et les quartiers populaires, les bastions historiques de la gauche communiste, là où le PC (KKE) gardait jusqu'à peu une présence incontestée. Le changement est de taille, il est historique, vu que ce KKE qui dominait SYRIZA jusqu'il y a encore 2-3 mois, est maintenant réduit a une influence électorale marginale (4,5%) après avoir subi une véritable hémorragie de militants et sympathisants au profit de la Coalition de la Gauche Radicale.
A vrai dire, la recomposition de fait du paysage de la gauche  grecque est  presque totale, si on ajoute une autre hémorragie, encore plus grande, celle subie par la coalition des organisations d’extrême-gauche ANTARSYA au profit toujours de SYRIZA. Etant réduite à un éloquent 0,33% des voix, ANTARSYA doit maintenant tout faire pour éviter que sa crise ne conduise à un dramatique gâchis de milliers de militants révolutionnaires au moment où toute la gauche radicale grecque en a le plus besoin…
 
Cependant, il serait totalement faux de croire que SYRIZA aura désormais la vie facile, qu’elle peut se prévaloir de la fidélité permanente de ses 2 millions d’électeurs.  Au moindre faux pas de sa direction, SYRIZA risque de tout perdre en un temps record car l’écrasante majorité de ses électeurs l’a soutenue non pas pour des raisons « idéologiques » mais pour qu’elle donne - et applique - des solutions radicales à ses problèmes vitaux.  C’est pourquoi d’ailleurs, SYRIZA a énormément accéléré sa montée en flèche à partir du moment où elle a mis comme objectif de sa campagne de gagner les élections et de former un gouvernement de gauche qui allait abroger tout de suite les mesures d’austérité.  Et c’est, à l’inverse, pourquoi SYRIZA a perdu, pendant les derniers trois jours de la campagne, son avance - et avec elle les élections -  parce que sa direction a tenté d’amadouer ses adversaires en rendant son programme et son discours moins radical.
 
Attention donc au « faux pas » car les conséquences en seraient maintenant cataclysmiques : ceux qui profiteraient ne seraient pas les ex-grands partis traditionnels, mais les tueurs néonazis « qui sont ici pour y rester ». Pas seulement dans les urnes mais surtout dans les rues où ils multiplient déjà les agressions assassines contre les immigrés et les militants de gauche. Malheureusement, l’impréparation de la gauche grecque devant la peste brune a permis que le serpent néonazi soit désormais bien sorti de son œuf. Il n’est pas encore trop tard pour que cette gauche grecque se décide au plus vite à affronter le monstre naissant rien que pour assurer sa propre autodéfense…
 
Tout cela étant dit, il reste à tirer 2-3 grandes leçons de l’expérience de cette SYRIZA, formée, il y a bientôt 9 ans, de l’alliance ou plutôt du « mariage » d’un parti réformiste de gauche (Synaspismos) avec une douzaine d’organisations et courants d’extrême-gauche. La première leçon est que l’unité est possible. La deuxième que cette unité paye. Et la troisième, que l’unité est possible et payante à condition que ce soit une unité fondée sur la radicalité ! Par les temps qui courent, une expérience comme celle de SYRIZA mérite toute notre attention et – évidemment - notre solidarité internationaliste active. Car en Grèce la victoire de la gauche radicale reste possible, et peut n’être que partie remise…
 
 
Carte électorale du 6 mai (à gauche) et du 17 juin 2012 (Bleu N.D, vert PASOK et rose SYRIZA)
 

vendredi 15 juin 2012

Avant les élections en Grèce: ce que veut Syriza







Alexis Tsipras, par oursoula

Je maintiendrai la Grèce dans la zone euro
par Alexis Tsipras Αλέξης Τσίπρας. Traduit par  Fausto Giudice
Original: I will keep Greece in the eurozone
Traductions disponibles : Español  Português    

Qu'il n'y ait aucun doute, mon mouvement - Syriza - s'est engagé à maintenir la Grèce dans la zone euro.
Le président Barack Obama avait raison quand il a dit vendredi dernier: "Faisons maintenant  tout notre possible pour croître, quitte à verrouiller un plan à long terme pour stabiliser notre dette et nos déficits, et commencer à les faire diminuer d’une manière constante et  sensée." Cela vaut pour mon pays, aussi. La nécessité d'accorder à la Grèce une chance de croissance réelle et de nouvel avenir est maintenant plus largement acceptée que jamais.
Je crois fermement que nous obtiendrons un mandat démocratique clair du peuple de la République hellénique dimanche prochain. Avec ce mandat, nous prendrons des mesures immédiates pour mettre fin aux systèmes politique et réglementaires  grecs, qui sont corrompus et inefficaces et  qui ont ravagé notre économie au cours des dernières décennies. Le peuple de Grèce attend également de nous que nous prenions la responsabilité immédiate d’enrayer la crise humanitaire qui affecte notre pays.
Syriza est aujourd'hui  le seul mouvement politique en Grèce qui peut assurer la stabilité économique, sociale et politique à notre pays. La stabilisation de la Grèce à court terme bénéficiera à la zone euro dans un moment critique de l'évolution de la monnaie unique. Si nous ne changeons pas de voie, l'austérité menace à coup sûr de nous contraindre à sortir de l’euro.
Seule Syriza peut garantir la stabilité grecque, parce que nous ne portons  pas le bagage politique des partis de l'establishment qui ont conduit  la Grèce au bord de la ruine. C'est pour cette raison que les électeurs soutiennent notre engagement à tirer notre pays du gouffre. Nous allons mettre la Grèce sur une nouvelle voie de croissance par un gouvernement transparent. Une Grèce rénovée contribuera à refonder une Europe plus proche, plus unie. Les développements du  week-end  en Espagne confirment que la crise est paneuropéenne et que  la façon dont elle a été traitée jusqu'à présent a été totalement inefficace.
Le peuple de Grèce veut remplacer le vieux Mémorandum  d'entente (signé en mars avec l'UE et le Fonds monétaire international), qui  a échoué, par  un "plan national de reconstruction et de croissance". Cela est nécessaire à la fois pour éviter une crise humanitaire en  Grèce et pour sauver la monnaie commune.
Les problèmes fiscaux systémiques de la Grèce sont, en grande partie, un problème de faibles recettes publiques. Une myriade  d’allégements fiscaux et d’exemptions accordés aux intérêts particuliers par les administrations précédentes, avec un taux d'imposition effectif faible sur les revenus des particuliers  et du  capital, expliquent en grande partie le problème. Tout comme la méthode très inefficace de recouvrement de l'impôt.
Selon Eurostat, la Grèce est en-dessous de la moyenne des recettes publiques en pourcentage du produit intérieur brut de 4 pour cent. Le système politique bipartisan a passé des décennies à ignorer complaisamment le besoin urgent d'une réforme fiscale efficace. Il a concentré ses efforts de recouvrement des impôts sur la seule source fiscale épuisable : les ménages à faibles et moyens revenus.


Tsipras à Berlin, par Kostas Koufougiorgos: "Bonjour, Messieurs ! Je m'appelle Tsipras et je recherche des alliés allemands pour mes idées de réfomes...!"
Conformément à notre plan pour la reconstruction et la croissance, nous nous sommes engagés à suivre un programme de stabilisation fiscale pragmatique et socialement juste. Ce programme s'articule comme suit : stabilisation des dépenses publiques à environ 44 pour cent du PIB et réorientation ces dépenses pour s'assurer qu'elles sont faites à bon escient; augmentation des revenus de la fiscalité directe aux niveaux européens  moyens (plus de 4 pour cent du PIB) sur une période de quatre ans, et réforme du régime fiscal de manière à identifier la richesse et le revenu de tous les citoyens, et à répartir équitablement le fardeau de la fiscalité.
Le manque de transparence financière prévaut, alors même que les banques grecques ont été recapitalisées par des prêts de la troïka (l'UE, le FMI et la Banque centrale européenne). Nous ferons en sorte que les banques viables soient recapitalisées dans la transparence et d'une manière entièrement compatible avec l'intérêt public. C'est la seule façon de s'assurer que le système financier dans son ensemble retourne  à la pleine stabilité.
Arthur Miller a écrit qu "une époque peut être considérée comme finie lorsque ses illusions de base sont épuisées". L'illusion de base d’une bonne gouvernance sous l'ancien régime du système bipartisan a été épuisée. Il est maintenant tout à fait incapable d'assurer le retour de notre pays à la croissance et à la pleine participation à la zone euro. Dimanche prochain nous allons faire entrer la Grèce dans une nouvelle époque de croissance et de prospérité.
Cette nouvelle époque commence lundi prochain.

A gauche toute pour sortir de la crise ! Programme de Syriza pour les élections du 17 juin en Grèce


Voici le résumé en 10 points du programme de la coalition de gauche Syriza pour les élections législatives grecques du 17 juin 2012, traduit par Okeanos
Chambardement en Grèce/Changement en Europe
1. Créer un bouclier pour protéger la société contre la crise
  • Pas un seul citoyen, sans un revenu minimum garanti ou des prestations de chômage, des soins médicaux, une protection sociale, un logement et un accès à tous les services d’utilités publiques;
  • Des mesures de protection et de secours pour les ménages endettés ;
  • Le contrôle et la réduction des prix, la réduction de la TVA, la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité.
"Les mémorandums appartiennent au passé
Nous ouvrons la voie de l’espoir
Chambardement en Grèce/Changement en Europe"
2. Éliminer le fardeau de la dette
La dette est d’abord et avant tout un produit des rapports de classe et est dans son essence même inhumaine. Elle est produite par l’évasion fiscale des riches, le pillage des fonds publics et l’achat exorbitant d’armes et d’équipements militaires.
  •     Un moratoire sur le service de la dette  ;
  •     Une négociation pour l’annulation de la dette, avec une provision pour les fonds d’assurance sociale et la protection des petits épargnants. Cela doit être suivi en exploitant tous les moyens disponibles tels qu’un audit de contrôle et la suspension des paiements ;
  •     Le règlement de la dette restante avec des dispositions pour le développement économique et l’emploi ;
  •     Une réglementation européenne de la dette des Etats européens ;
  •     Un changement radical du rôle de la Banque centrale européenne ;
  •     L’interdiction de produits bancaires spéculatifs ;
  •     Une taxe européenne sur l’impôt sur la fortune, les transactions financières et les profits.

3. Redistribution des revenus, fiscalité sur la richesse et abolition des frais inutiles
  •     Réorganisation et consolidation des mécanismes de recouvrement fiscal ;
  •     Imposition des fortunes de plus de 1 millions d’euros et des hauts revenus ;
  •     Augmentation progressive, jusqu’à 45%, de l’impôt sur la redistribution de bénéfices ;
  •     Taxation des transactions financières. Taxe spéciale sur les produits de luxe ;
  •     Suppression des exonérations fiscales des armateurs et de l’Eglise orthodoxe grecque ;
  •     Suppression de la confidentialité des banques et des marchands, traque à  la fraude fiscale et aux cotisations sociales ;
  •     Interdiction des transactions effectuées par le biais de sociétés off-shore ;
  •     Quête de nouvelles ressources via :
    - l’exploitation efficace des fonds européens ;
    - la demande remboursement des créances issus de l’occupation allemande et dee réparations allemandes de la Seconde Guerre mondiale ;
    - une forte réduction des dépenses militaires.
4.  Productivité, reconstruction sociale et environnementale
  •     Nationalisation / socialisation des banques et intégration d celles-ci dans un système bancaire public sous le contrôle du social et des travailleurs dans le but de servir le développement. Le scandale de la recapitalisation des banques doit cesser immédiatement.
  •     Nationalisation de toutes les entreprises publiques, d’importance stratégique, qui ont été privatisées à ce jour. Administration de ces entreprises publiques basée sur la transparence, le contrôle social et de la planification démocratique. Aide pour la fourniture de biens publics.
  •     Protection et la consolidation des PME du secteur social et des coopératives.
  •     Transformation écologique du modèle de développement. Cela inclut une transformation dans les secteurs de la production d’énergie, la fabrication, le tourisme et l’agriculture. Tous ces secteurs doivent être réformées selon les critères de l’abondance alimentaire et de la satisfaction des besoins sociaux.
  •     Développement de la recherche scientifique et de la spécialisation productive.
5. Un emploi stable avec des salaires décents et une assurance sociale
La dégradation constante de la main-d’œuvre, couplée avec des niveaux de salaires embarrassantes n’attire pas les investissements dans le développement ni dans l’emploi.
  •   Un emploi bien payé, bien réglementé et bien assuré ;
  •   Un retour immédiat du salaire minimum et un retour des salaires réels dans les trois ans ;
  •  Un retour immédiat des conventions collectives de travail ;
  •  L’instauration de mécanismes de contrôle puissants qui protègent l’emploi ;
  • La confrontation systématique des relations de déréglementation des licenciements et du travail.
6. Plus de démocratie. Les mêmes droits démocratique et sociaux pour tous
Il y a un déficit démocratique dans le pays. La Grèce s’est progressivement transformée en un Etat policier autoritaire.
  •     Une refondation de la souveraineté populaire et une mise à niveau du pouvoir parlementaire au sein du système politique ;
  •     Une incitation à un système électoral proportionnel ;
  •     La séparation des pouvoirs ;
  •     La révocation de la loi pour la responsabilité ministérielle et l’abolition des privilèges économiques du parlementaire ;
  •     Une réelle décentralisation et un gouvernement local avec des ressources et des compétences élargies ;
  •     L’introduction de la démocratie directe et d’institutions d’auto-gestion sous le contrôle du social et des travailleurs à tous les niveaux ;
  •     Des mesures contre la corruption politique et économique ;
  •     La fondation de droits syndicaux démocratiques, politiques et commerciaux ;
  •     L’amélioration des droits des femmes et  des jeunes dans la famille, au travail et dans l’administration publique ;
  •     L’accélération du processus d’asile ;
  •     L’abolition du règlement de Dublin II et l’octroi de papiers aux immigrants ;
  •     L’inclusion sociale des immigrants et de l’égalité des droits ;
  •     La réforme démocratique de l’administration publique avec la participation active des fonctionnaires ;
  •     La démilitarisation et la démocratisation de la police et des garde-côtes ;
  •     Le démantèlement des forces spéciales.
7. Un État-providence puissant
Les lois anti-assurance ont fait baisser les services sociaux et la chute abrupte des dépenses sociales a rendu la Grèce un pays où règne l’injustice sociale.
  •     Programme immédiat de sauvetage du système de retraite qui comprend le financement tripartite et le retour progressif des portefeuilles des fonds de pension  dans un système public et universel d’assurance sociale ;
  •     Hausse des allocations de chômage jusqu’à ce que le taux de substitution atteigne les 80% du salaire. Aucun chômeur ne doit être laissé sans indemnité de chômage ;
  •     Introduction d’un revenu minimum garanti ;
  •     Système unifié de protection sociale complet couvrant les strates sociales vulnérables.
"Ils ont décidé sans nous
Nous avançons sans eux
Chambardement en Grèce/Changement en Europe"
8.  La santé : un bien public et un droit social
La santé doit être fournie gratuitement et sera financée par un système de santé publique via les mesures  suivantes (immédiates) :
  •     Soutien et mise à niveau des hôpitaux ;
  •     Mise à jour des infrastructures de santé de l’Assurance Sociale (IKA) ;
  •     Développement d’un système intégré de soins de premier niveau médical ;
  •     Arrêt des licenciements ;
  •     Couverture des besoins en traitement médical (personnel et équipements) ;
  •     Accès gratuit et sans coût d’un traitement médical pour tous les résidents dans le pays ;
  •     Traitement pharmaceutiques et examens médicaux gratuits pour les retraités à faible revenu, les chômeurs, les étudiants et ceux qui souffrent de maladies chroniques.
9. Protection de l’éducation, de la recherche publique, de la culture et des sports des politiques du Mémorandum.
  •     Consolidation de l’enseignement universel, public et gratuit ;
  •     Couverture des besoins les plus urgents en infrastructure et en personnel aux trois niveaux ;
  •     Ecole obligatoire jusqu’à 14 ans ;
  •     Révocation de la loi Diamantopoulou (ndlr : Anna Diamantopoulou avait demandé l’abolition de la loi sur  »l’asile académique », qui interdit l’accès des campus à la police. Cette abolition a été votée le 24 août 2011. On reparlait de « junte » à cette époque, puisque cette loi avait été mise en place suite à la révolte des étudiants qui avait été le point de départ de la fin de la junte militaire);
  •     Consolidation de l’autonomie des universités ;
  •     Préservation du caractère académique et public des universités.
10. Politique étrangère indépendante et engagée dans la promotion de la paix.
L’adaptation de la politique étrangère aux exigences des États-Unis et des Etats puissants de l’UE met en danger l’indépendance du pays, la paix et la sécurité.
  •     Une politique étrangère multidimensionnelle et qui prône la paix ;
  •     Le désengagement de l’OTAN et la fermeture des bases militaires étrangères ;
  •     La fin de la coopération militaire avec Israël ;
  •     L’aide aux tentatives des chypriotes de réunifier l’île ;
  •     En outre, sur la base du droit international et sur le principe de résolution pacifique des conflits, poursuite d’une solution aux relations gréco-turques, d’une solution au problème de la dénomination officielle de l’ARYM et de l’identification de la zone économique exclusive de la Grèce

  Spots de campagne
 Premier spot
Transcription (merci à Mehdi Zaaf) :

    Depuis le 24 avril 2010, le jour où ils nous ont amené le FMI, tu te souviens combien de fois ils nous ont effrayé, nous disant que nous allions sortir de l’Euro et que nous allions revenir à la drachme ?

    Que nous n’obtiendrions pas le prochain versement / la prochaine dose ?

    Que l’on faisait faillite et que les mémorandums allaient nous sauver ?

    Tellement de fois que cela ne nous fait même plus peur.

    La force électorale acquise le 7 mai, nous a ouvert une nouvelle voie, loin de la seule véritable terreur qui menace nos vies : leurs politiques et leurs mémorandums.

    Le 17 juin, nous faisons des mémorandums un artefact du passé. Nous ouvrons la voie de l’espoir.

    Syriza, front social unitaire
Deuxième spot
Transcription :

    06/05/2012

    depuis le jour ou nous avons dit NON à leur mémorandum , vous avez vu combien de fois ils ont modifié ce qu’ils disaient avant.

    Avant
    E. Venizelos, le 30/08/2011 : « Nous ne renégocions pas le cadre(…) »
    Après
    E. Venizelos, le 05/05/2012 : « … Le pays va dans la vers la révision des règles malsaines du contrat… »

    Avant
    A. Samaras, le 11/02/2011 : « …De la même manière que nous avons condamné le 1er mémorandum, nous refuserons le mémorandum 2, qui est pire …

    A. Samaras, le jour du vote du 2ème mémorandum, le 12/02/2011, un jour plus tard, au parlement : « A.Samaras a voté oui pour tout »

    Après
    A. Samaras, le 07/05/2012 : « … pour changer la politique du mémorandum à travers des rénégociations… »

    Ils ont changé si souvent que désormais, nous savons le niveau de puissance qu’ont nos droits et nos votes .

    Le 17 juin, nous faisons des mémorandums un artefact du passé. Nous ouvrons la voie de l’espoir.

    Syriza, front social unitaire