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mardi 3 novembre 2009

Les peuples originaires exigent un contrôle indigène sur les organismes de développement en Amérique du Sud

Ils dénoncent l’impact négatif de 510 mégaprojets sur la société, l’environnement et la culture
par Rosa ROJAS, La Jornada, 1/11/2009 . Traduit par Gérard Jugant, révisé par Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Control indígena, exigen pueblos originarios para organismos de desarrollo en Sudamérica

La Paz, 31 octobre. La Coordination Andine des Organisations Indigènes, qui regroupe les peuples originaires de Bolivie, Equateur, Pérou, Colombie, Chili et Argentine, exigera lundi prochain devant la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) la restructuration stratégique de l’Initiative pour l’Intégration Régionale Sud-Américaine (IIRSA) “sous la surveillance des  indigènes au niveau  local, national et régional, dans le cadre de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur)”.
Ceci parce que les 510 projets pharaoniques  - dont le  financement s'élève à 70 milliards de dollars - qui impliquent  les 12 pays sud-américains, ont des impacts sociaux, environnementaux et culturels négatifs  sur leurs communautés et que leur réalisation viole le droit des peuples, communautés et personnes indigènes à être consultés au préalable pour savoir s'il donnent ou non leur accord  en considération du respect de leurs priorités de développement.
L’ IIRSA a été créée en août 2000 par un accord conclu lors de la réunion des Présidents des pays sud-américains. Son objectif central est de d'interconnecter les infrastructures sud-américaines pour faciliter l'exploitation des ressources naturelles.
Une délégation de la Coordination Andine des Organisations Indigènes (CAOI), sous la conduite de son coordinateur Miguel Palacín Quispe, participera à Washington à une audience devant la CIDH, au cours de laquelle elle présentera le document “Intégrer les affaires et désintégrer les peuples? Pour une restructuration stratégique de l’IIRSA”, dans lequel elle propose, pour exercer la surveillance, la création d’un Conseil Consultatif des Peuples Originaires.
Ce Conseil  serait constitué par des représentants des peuples indigènes, des paysans riverains des projets , métis et afro-américains des pays sud-américains impliqués parallèlement dans l’IIRSA et l’Unasur, étant donné que “c'est au sein de l’Unasur et dans son cadre que s'est créée l’IIRSA et  c’est là qu'elle compte aujourd’hui comme hier  sur un soutien politique au plus haut niveau”.
La restructuration stratégique de l’IIRSA devra se faire “sur la base de la consultation et du consentement préalable, libre et informé des peuples indigènes sur chacun des projets pharaoniques de cette initiative. La réalisation de ces projets doit être suspendue jusqu'à ce que cette consultation soit achevée ”, affirme la CAOI.
Il faut souligner en outre que la mise en oeuvre de cette initiative ne doit pas être laissée aux mains des institutions financières -Banque Interaméricaine de Développement, Fonds Financier pour le Développement du Bassin de la Plata et  Banque Nationale de Développement du Brésil- mais doit relever  de l’Unasur, en accord avec ses engagements déclarés à respecter l'environnement et les diverses cultures des nations qui la composent.
Dans le document cité, auquel a eu accès La Jornada, la CAOI définit l’IIRSA comme « un programme stratégique mégapolitique visant à restructurer en profondeur l'Amérique du Sud pour l'entraîner dans la mondialisation  sous la direction du capital transnational basé au Brésil ».
Parmi les projets inclus de l’IIRSA figurent la construction de routes,  l'aménagement de cours d’eau navigables, l'installation de centrales hydroélectriques et d'infrastructures de transport de l’énergie électrique, d’oléoducs, de gazoducs, de communication électronique    et d’autres modalités d’ “intégration” autour de 12 axes qui relient les régions liées avec l’Atlantique et le Pacifique, et « visent à satisfaire les appétits des gros investisseurs dans les zones d’implantation des projets qui servent avant tout les intérêts du grand capital brésilien associé au capital international”.
La CAOI signale que “l’Amérique du Sud compte plus de mille peuples et communautés et 30 millions d’indigènes qui exigent de savoir où nous mènent neuf années d’IIRSA,  dont le financement s'élève à plus de 70 milliards de dollars, abondés principalement par la dette extérieure des citoyens de 12 pays sud-américains, dont les peuples indigènes et les communautés”, générée par les institutions financières mentionnées ci-dessus.
Elle critique  la tournure “économiciste” de l’initiative, qui ne prend pas en compte les perspectives de “développement local”, du moyen ou petit capital, et encore moins des peuples et communautés indigènes, mais qui, en  exigeant une rentabilité élevée pour les investissements dans les  grands projets, donne la priorité au  grand business  en lien  avec le commerce des minerais  et hydrocarbures , du soja et du bois, à l'agroindustrie, aux agrocarburants et à l'eau - c’est-à-dire la marchandisation de la vie en général”.
Cette vision, ajoute-t-elle, se traduit en 11 axes d'investissements prioritaires qui réorganisent et reconfigurent l’Amérique du Sud, ses marchés internes, sa croissance urbaine et économique “de même que les zones où s'accroissent la mise en danger de la biodiversité, l’invasion et la colonisation territoriale, les déplacements de  population et les chocs culturels”.
Elle remarque que les projets spécifiques “sont débattus  entre les technocrates de la finance, les firmes de constructeurs et les autorités nationales”. Etant donné le caractère bi- ou tri-national de ces projets, les arrangements se font à l’échelle internationale. Bien que les travaux et impacts concernent directement les niveaux communal, local et provincial, les instances correspondantes ne sont pas prises en compte, mais sont "simplement informées des projets choisis" et, en plus,  on prévoit bien des espaces pour des objections de détail  “mais qui n'impliquent  en aucun cas une modification en profondeur de projets déjà arrêtés par l'oligarchie technocratique internationale dont nous parlions plus haut”.
Elle affirme aussi que si les finances et les décisions sont globales, que tout le reste est abandonné au niveau national. “L’IIRSA crée un gigantesque fonds de financement global qui fait main basse sur l’Amérique du Sud, mais les impacts socio-environnementaux qu’il génère, sont externalisés et remis aux bons soins des coordinations nationales, qui -on l’a vu au Pérou - organisent beaucoup d’ateliers supposés ‘participatifs’,  mais sans les communautés et organisations des peuples originaires”.

Comment l' IIRSA se représente l'Amérique du Sud :
IIRSA considère le continente sudaméricain comme un territoire discontinu composé de cinq îles et prévoit plus de 350 projets en matière de transports, énergie et communication devant constituer 10 axes ou ponts d'intégration entre les territoires.




Les 10 axes d'intégration et de développement

Agenda de la mise en œuvre convenue pour l’IIRSA


samedi 26 septembre 2009

Le discours de Leganés



Evo Morales referme une vieille blessure



Dans le chapitre XVII de l'Histoire Générale des Indes (1554), l'ecclésiastique Francisco López de Gomara décrit comment Christophe Colomb, de retour en Espagne après son premier voyage vers le continent qui, des années plus tard, recevrait le nom d'Amérique, s'est déplacé de Palos à Barcelone où se trouvaient alors les Rois Catholiques. « Bien que le chemin était long et parsemé d’obstacles, il fut très honoré et [devint] célèbre, car on allait le voir en chemin pour avoir découvert un autre monde et en avoir rapporté de grandes richesses et des hommes vêtus différemment, de nouvelle forme et couleur ». Seulement six de ces hommes, alors étranges pour la vieille Europe, avaient survécu à la traversée. « Les six Indiens ont été baptisés, les autres ne sont pas arrivés à la Cour ; et le Roi, la Reine et le Prince Jean, leur fils, furent les parrains pour avoir autorisé en personne le saint baptême du Christ sur ces premiers chrétiens des Indes et du Nouveau Monde ».

Ces faits se sont produits en mars 1493. Cela fait exactement 516 ans et 5 mois, les mêmes qui ont dû s'écouler pour qu'un descendant de ces êtres malheureux répète le même voyage à titre de réparation, non plus en qualité de prisonnier sans voix, mais comme bavard président d'une république qui, enfin, a cassé les derniers liens avec le colonialisme. Evo Morales, un indigène bolivien d'origine aymara, a renvoyé la balle à la marâtre patrie au nom de tous ses frères qui ont souffert et continuent à subir les dernières conséquences de cette entreprise. Il faut souligner qu'il l'a fait sans rancœur, les bras tendus, mais en énumérant ses vérités haut et fort devant cinq mille Latino-Américains de quasi toutes les républiques et une bonne poignée d'Espagnols enthousiastes. Le lieu choisi pour le discours possède un symbolisme clair : Leganés n'est pas la cour d'aristocrates qui héberge l'ancienne monarchie encore régnante sur le pays, mais une populeuse ville ouvrière de 200.000 habitants située dans la banlieue industrielle de Madrid. Le dimanche 13 septembre, la mairie de Leganés a mis à la disposition du dignitaire aymara ses modernes arènes - la Cubierta- pour qu'il y parle à sa guise. Et bien sûr qu'il l'a fait, avec un ton toujours respectueux mais ferme!

Les tribunes de la Cubierta ont commencé à se remplir dès cinq heures de l'après-midi. Il y avait des drapeaux de toutes les couleurs, des faucilles et des marteaux, des pancartes revendicatives, des salutations au compagnon Evo et des hommages à la révolution indigène, communautaire, interculturelle et plurinationale bolivienne. Il y eut, pour échauffer les esprits, un spectacle haut en couleurs de danses folkloriques andines du Pérou, de l'Équateur et de la Bolivie -qui conclurent dans une diablada des plus heureuses. Et, enfin, Evo Morales est arrivé sur la scène. L'hymne national de Bolivie a retenti, qu'il a écouté le poing gauche levé et la main droite sur le cœur. Le maire de Leganés Rafaël Gómez Montoya, l'écrivaine Rosé Regàs, l'ancien directeur de l'UNESCO Federico Mayor Zaragoza, et l'ambassadrice de Bolivie en Espagne Carmen Almendras, ont ensuite souhaité tour à tour la bienvenue au premier chef d'État d'Amérique de sang indien dans les veines. Et lorsqu'Evo Morales s'est avancé vers le micro pour prononcer son discours, l'atmosphère était déjà tellement festive qu'à partir de ce moment jusqu'à la fin les ovations et les applaudissements n’ont pas arrêté. Le public buvait littéralement ses paroles. Il était temps, en cette Europe à court d'idées, si correcte et domestiquée qu'aucun de ses dirigeants n'ose altérer le prêche de fausse supériorité morale appris pendant des siècles, qu'un indigène de l'ancienne colonie, aujourd'hui investi de responsabilités étatiques, appelle les choses par leur nom et dise ce qu'eux tous savent -mais ne disent jamais- du colonialisme, de l'exploitation, du pillage, du racisme, du capitalisme, de l'impérialisme et de la destruction environnementale.

Evo Morales a démontré être un chaud orateur, exubérant de charisme. Son espagnol exotique est un baume populaire et un révulsif pour puristes. Il se fait aimer, et combien ! Il parla et parla sans lire une seule feuille, par ses lèvres s'écoulait la sève de Cuauhtémoc, Atahualpa, Tupac Amaru, Camilo Torres et du Che que les racines de son peuple ont reçue de la Terre-Mère comme aliment spirituel. À ses mots de remerciement finaux à l'adresse d'un public extatique, les tribunes entrèrent en délire, les arènes de Leganés devinrent territoire improvisé de Bolivie. L'ancien syndicaliste cultivateur de coca, instruit à l'école de la pauvreté, avait fait mouche en plein cœur de l'ancienne métropole… sans épée ni croix, sans verser une seule goutte de sang -uniquement avec l'arme des mots. Il est venu, il a vu, il a vaincu.

Il consacra le restant de sa visite, le lundi et le mardi, à des affaires protocolaires, à des accords économiques et à la diplomatie -sans doute inéluctables dans le monde de la politique officielle, mais qui sont pourtant de l'ordre du quotidien. Par contre la soirée magique de Leganés fut, quant à elle, inoubliable. Elle mérite d'entrer avec tous les honneurs dans le panthéon de l'Histoire, car elle a refermé une vieille blessure infligée par l'Espagne cinq siècles auparavant à la dignité des femmes et des hommes d'Amérique –quand, dans un voyage depuis Palos jusqu'à Barcelone, elle a humilié six Indiens prisonniers et leur a nié le droit de dire ce qu'ils pensaient d'une violation si injuste.

Que le néocolonialisme espagnol et ses multinationales le sachent : ces Indiens muets ont maintenant, aujourd'hui, une voix rédemptrice, la voix du Discours de Leganés.

Manuel Talens, Tlaxcala

Paroles d'Evo Morales Ayma, Président constitutionnel de l'État Plurinational de Bolivie, à Leganés (Madrid) le 13 septembre 2009

Il est recommandé aux lecteurs d'écouter la voix d'Evo Morales et les réactions du public pendant le Discours de Leganés sur ce lien tandis qu'ils suivent en même temps, ci-après, la transcription fidèle de ses paroles :

Honorable Maire Rafaël Gómez de la ville de Leganés, autorités de la commune, autorités du Gouvernement espagnol, chère Ambassadrice de Bolivie en Espagne, salutations à tous nos frères boliviens. Merci beaucoup pour votre présence et pour me recevoir sur cette terre de Leganés, d'Espagne. Je suis surpris par la présence de milliers et de milliers de Boliviens, Équatoriens, Uruguayens, Vénézuéliens, Colombiens, de frères péruviens, de frères cubains, tant de Latino-Américains réunis ce soir. Je vous remercie beaucoup pour votre grande mobilisation, cette grande intégration en Europe de tous les Latino-Américains. Mais je veux aussi exprimer notre respect au peuple espagnol. Un tout grand merci pour votre présence et pour avoir organisé cette grande rencontre de peuples du monde.

Je suis surpris, à l'écoute de l'intervention de plusieurs sœurs et frères d'Espagne, par leur connaissance des processus de libération en Bolivie et en Amérique Latine, surpris par leur connaissance des transformations profondes en matière sociale, économique et politique. Certainement que beaucoup d’entre vous qui êtes ici savent comment nous nous sommes organisés, d'abord syndicalement, socialement, communautairement pour changer la Bolivie et, évidemment, pour changer l’Amérique Latine. Si nous parlons de changement, un des changements était justement la libération des peuples en Amérique Latine.

En Bolivie, ensemble avec la Centrale Ouvrière Bolivienne et les différents mouvements sociaux, [ce fut] une lutte permanente contre des modèles économiques qui faisaient un mal fou aux Boliviens. Si nous nous rappelons de la situation des politiques mises en œuvre pendant la république, avant la république, les peuples indigènes originaires, quechua, aymaras, guaranis, [c’est] une lutte permanente contre le pillage de nos ressources naturelles, une lutte permanente pour l'égalité en ces temps entre indigènes, métis et créoles, pour un nouveau mode de vie, d'égalité dans la dignité, mais aussi une lutte permanente pour le respect de nos droits, le droit surtout des peuples indigènes, le secteur le plus vilipendé de l'histoire bolivienne et de l'histoire d'Amérique Latine. Une résistance dure, une rébellion face à un État colonial, une rébellion des peuples contre le pillage de nos ressources naturelles, une rébellion permanente contre les formes de soumission. Et ces luttes -je veux vous le dire, sœurs et des frères de Bolivie- n'ont pas été en vaines. D’une lutte syndicale, d'une lutte sociale, d'une lutte communale, nous sommes passés à une lutte électorale.

Je me souviens parfaitement quand je suis arrivé en 1980 au Chapare , quand il y avait des négociations avec des gouvernements et que les dirigeants syndicaux, d'ex-dirigeants syndicaux émettaient des propositions de changements structurels. La réponse des gouvernements néolibéraux était que nous autres paysans, indigènes, n'avions pas le droit de faire de la politique, et nos propositions de modifications à l’ordre du jour ou au calendrier des négociations étaient controversées parce qu'elles étaient de caractère politique. Je me souviens qu’on nous disait -j'étais le délégué de base- qu’ils nous disaient : ce sont des propositions politiques et on ne s’occupe pas de ça, la politique du mouvement paysan indigène dans la zone tropicale de Cochabamba c’est la hache et la machette, c'est-à-dire le travail, et nous n'avions pas le droit de faire de la politique. Sur les hauts plateaux, c’était la pelle et la pioche, la pelle pour le travail, le pilori pour le travail aussi. Et peu à peu ce mouvement social va rompre la peur de la politique. Quelques-uns avaient le droit de faire de la politique et nous les majorités ouvrières et originaires n'avions pas le droit de faire de la politique. Quand quelque ouvrier, mineur, dans les décennies 60, 70, 80, faisait de la politique, il était accusé de communiste -nous saluons le Parti Communiste Espagnol, le Parti Socialiste, nous saluons les humanistes ici présents, merci beaucoup de m'avoir enseigné à défendre la vie, nous avons eu tant de rencontres- mais je veux que vous sachiez, sœurs et frères d'Amérique Latine, d’Europe, mouvements sociaux de ce continent, [que] nos dirigeants syndicaux, dans ces décennies 60, 70, étaient accusés de communistes et poursuivis. [On fomentait] des coups d'État, des putschs militaires pour terminer avec les dirigeants syndicaux du secteur minier. Par conséquent, la doctrine de l'impérialisme américain était de les accuser de communistes et, pour cette raison, des mineurs étaient massacrés dans des centres miniers et beaucoup de frères dirigeants miniers ont échappé en s’exilant, en Europe parfois. Je veux exprimer mon profond respect et mon admiration pour l’accueil reçu par beaucoup de frères miniers et paysans en fuite en Europe pour pouvoir survivre. Les gouvernements humanistes, communistes, socialistes leur ont sûrement accordé l’asile politique.

Est venue ensuite l'autre doctrine, qui était la lutte contre le trafic de drogues. Je me rappelle parfaitement que, dans les décennies 80 et 90, les dirigeants syndicaux étaient des narcotrafiquants, autre persécution de l'Empire et [que], à partir du 11 septembre 2001, les dirigeants syndicaux [étaient] accusés de terroristes. Quelques frères doivent sûrement se souvenir qu’on appelait Evo Morales le Bin Laden andin, les producteurs de coca les talibans, et avec ce prétexte, [est venue] la doctrine politique de coca zéro, comme moyen d’expulser le mouvement paysan de la zone productrice de coca. Tout ça pour dire -je veux qu'on me comprenne-, que nous avons supporté des interventions permanentes, parfois de caractère même militaire pour attaquer cette rébellion de nos peuples en Amérique Latine. Ces luttes, qu’elles soient ouvrières ou indigènes, ces luttes de métis, ces luttes d'intellectuels comme Marcelo Quiroga Santa Cruz, ces luttes de pères révolutionnaires comme Luis Espinal, un Espagnol qui a donné sa vie par les pauvres de Bolivie et, comme Luis Espinal, ces luttes de militaires patriotes comme Germán Busch, comme le Lieutenant-colonel Gualberto Villarroel - je vous le dis, sœurs et frères- n'ont pas été vaines. Une lutte évidemment pacifique, démocratique, pour arriver au gouvernement, au Palacio Quemado , pour changer, de là, les politiques économiques, les politiques sociales.

Et avec un résultat ! Je voudrais que vous écoutiez, sœurs et frères boliviens : depuis l'année 1940, la Bolivie n'avait jamais d’excédent fiscal, et ce jusqu'en 2005 -avant que je sois président. Après que nous ayons nationalisé en 2006 et récupéré les hydrocarbures, [il y a eu] en Bolivie en 2006, la première année de notre gouvernement, un excédent fiscal. On a fini avec cet État mendiant qui empruntait même de l’argent pour payer les étrennes en Bolivie. L'année 2005, les réserves internationales de la Bolivie étaient de 1.700 millions de dollars. Nous sommes allés avant-hier à la Banque Centrale de la Bolivie signer un prêt interne, et le président de la Banque Centrale de la Bolivie m'a informé que nous avons maintenant 8.500 millions de réserves internationales. De 1.700 à 8.500 millions de dollars de réserves internationales ! Imaginez, sœurs et frères, combien d’argent s’en est allé pendant les vingt années de gouvernement néolibéral, et où il est allé, sûrement dans la poche d’économistes, d’experts financiers en Europe, en Espagne et en Amérique Latine. Je voudrais que vous m’aidiez à enquêter sur le pillage de nos ressources naturelles. Combien d’argent ont perdu la Bolivie ou l’Amérique Latine, durant les dernières années combien argent avons-nous perdu, au détriment d'un nombre d’avantages sociaux ? Même si ce n'est pas beaucoup, ce serait un soulagement pour beaucoup de familles boliviennes. Maintenant nous avons des réserves, maintenant nous avons un excédent.

On nous a dit, depuis l'année passée, qu'il y avait une crise économique du capitalisme, une crise financière. On nous a effrayés, on nous a induit la peur pour voir comment nous allions y faire face. J'ai vraiment pensé, sœurs et frères, que cette crise allait fort nous affecter. J'ai pensé qu'il n’y aurait pas d’excédent commercial. Je voudrais vous dire, sœurs et frères boliviens, qu’au 30 juillet de cette année la balance commerciale [était] positive de trois cent millions de dollars ! Il n'y avait jamais de balance commerciale positive en Bolivie ! Et c'est pourquoi, sœurs et frères, je suis acquis aux changements structurels en démocratie et, quand il y a un certain secteur qui s'oppose, [je suis d'avis qu']il vaut mieux les soumettre au peuple bolivien par le referendum. Maintenant les Boliviens et Boliviennes ont non seulement le droit d’élire leurs autorités nationales ou départementales, ainsi que leurs autorités municipales. Maintenant le peuple bolivien a le droit de décider par tout referendum des politiques économiques pour le peuple bolivien. Ce sont des referendums qu'il n'y avait jamais avant. Mais aussi, grâce à la nouvelle Constitution politique de l'État bolivien, les Boliviens et Boliviennes non seulement ont le droit d’élire leurs autorités nationales, départementales, municipales ou parlementaires. Maintenant avec le vote du même peuple, ils ont le droit de révoquer tout président, vice-président, parlementaire, préfet ou maire qui agit mal en son domaine, ils ont le droit de les révoquer par le vote. C’est une démocratie profonde qui non seulement est représentative, mais aussi participative -là où se prennent les décisions avec le vote en conscience du peuple bolivien. Mais je voudrais vous dire, sœurs et frères, qu’il est aussi possible de changer en Bolivie les normes, les procédures pour administrer un État. Pour la première fois en 183 années de vie républicaine, le peuple bolivien approuve une nouvelle Constitution. Il n’y a jamais eu cela auparavant. Seuls la classe politique, les partis ou finalement le parti qui avait la représentation parlementaire avaient le droit de réformer la Constitution. Maintenant, le peuple approuve avec son vote une nouvelle Constitution de l'État bolivien. C'est-à-dire que nous avons même changé des constitutions.

Je voudrais vous dire, sœurs et frères, nous avons une grande faiblesse, qui est le changement de la mentalité des fonctionnaires publics. Quelques-uns ne comprennent pas encore ce qu'est être fonctionnaire public. Je l’ai déjà dit, je n'ai pas besoin de simples fonctionnaires publics, j'ai besoin de révolutionnaires au service du peuple bolivien. On a du mal à trouver des personnes qui sont au service du peuple. Il y a une mentalité, une mentalité coloniale –dirais-je-, un héritage paternaliste, du patron, du pillard, de l'exploitant, cette mentalité ne peut être changée facilement, elle est une des faiblesses présentes encore en Bolivie. Nous commençons toutefois à changer, malgré ces faiblesses. Ce n’est pas suffisant, la participation des mouvements sociaux dans ces transformations profondes sera sûrement encore importante. Il y a un moment, notre Ministre des Affaires Étrangères me disait : « En Bolivie il y a beaucoup de mobilisation, élections après élections, des campagnes pour des referendums, parfois révocatoires, parfois pour approuver la nouvelle Constitution ». Je lui ai répondu qu’auparavant c’était putsch après putsch, que maintenant c’étaient élections après élections. Je suis très content, même s'il y a chaque année des élections et des referendums -mais pas de coups d'État.

Mais je voudrais vous dire aussi que, dans notre nouvelle Constitution politique de l'État bolivien approuvé par le peuple bolivien, il ne sera pas permis, il n’est autorisé aucune base militaire étrangère, encore moins des Etats-Unis. Et je voudrais que les frères d'Europe, d'Espagne me comprennent. En Amérique Latine, là où il y a une base militaire des Etats-Unis, il y a des putschs militaires ; la paix n’est pas garantie, la démocratie n’est pas garantie. Et je parle d'expérience, puisque j'ai été continuellement victime, dans la décennie 90 -de mi-80 à mi-2000-, de la présence de militaires étrangers en armes, spécialement des Etats-Unis. C’est heureusement terminé, grâce à la conscience du peuple bolivien. Je dois demander aux mouvements sociaux d'Europe et du monde : aidez-nous à mettre un terme aux bases militaires en Amérique Latine ! Tout pour la vie, tout pour la démocratie, et tout pour une paix et une justice sociale !

[Applaudissements nombreux] Merci beaucoup, sœurs et frères, je crois que vous m’aimez plus en Espagne qu’en Bolivie, merci beaucoup. Je suis sûr, sœurs et frères, que le processus de libération, le processus de transformation profonde, non seulement en Bolivie mais en Amérique Latine, est engagé dans une voie à sens unique. Les processus de transformation de la démocratie ne peuvent être arrêtés en Bolivie. Pourquoi dis-je ceci ? Vous les frères qui vivez ici, vous devez être informés : plusieurs fois des groupes néolibéraux de la droite fasciste, raciste, ont essayé de me sortir du gouvernement -et je m’en souviens parfaitement. La première année de mon gouvernement, qu'ont-ils dit ? « Pauvre petit indien, il restera trois, quatre, cinq, six mois, il ne va pas pouvoir gouverner, et après il va s’en aller, ils vont le sortir ». C’était en 2006. Arrive 2007, qu'ont dit ces groupes ? « Je crois que cet Indien va rester longtemps, il faut faire quelque chose ». 2008, en 2008 ils ont fait quelque chose. Et qu’est-ce que c’était ? D’abord essayer de me sortir par le vote révocatoire du peuple bolivien. J'ai accepté : allons au révocatoire ! Vous savez que nous avons gagné les élections avec 54 %. Dans ce vote révocatoire, le peuple bolivien nous a ratifiés avec 67 %. Comme ils ont raté leur coup par le vote révocatoire, qu’ils n’ont pas réussi à me faire révoquer avec la conscience du peuple, ils ont tenté l'année passée un coup d'État civil -pas militaire. Et ici je voudrais remercier les pays d’Europe, des défenseurs de la démocratie, UNASUR, les Nations Unies pour leur défense de la démocratie. Ils ont raté leur coup d’État civil préfectoral. Et voilà le grand triomphe du peuple bolivien dans le domaine politique et constitutionnel ! Et cette année, grâce à la force et à la conscience du peuple, nous avons approuvé la nouvelle Constitution. Nous avons maintenant l'obligation d'appliquer et de mettre en œuvre cette nouvelle Constitution politique de l'État bolivien, dont quelques pays européens me disent honnêtement qu’elle est plus avancée, dans le domaine social, au niveau des droits sociaux, que dans n’importe quel pays d'Europe.

Y de quels droits parlons-nous ? Nous parlons non seulement des droits individuels, nous parlons non seulement des droits politiques : dans cette nouvelle Constitution Politique de l'État bolivien, on respecte autant les droits collectifs que privés. Par exemple, tous les services de base constituent des droits de l'homme ; s'il s'agit d'un droit de l'homme, il ne peut être de négoce privé -mais de service public.

Sœurs et frères, je peux vous en raconter pas mal de cette nouvelle Constitution de l'État bolivien, mais je suis aussi sûr qu'il y a quelques requêtes que nous n'avons encore pu résoudre -spécialement du service extérieur. Je n'ai trouvé l'État bolivien -maintenant reconnu mondialement comme l'État plurinational, où existe une diversité d'êtres humains qui habitent sur cette terre de patrie qu'est la Bolivie-, je ne l'ai trouvé par exemple que deux [fois] en Espagne -à Madrid et Barcelone. Nous créons maintenant un autre consulat à Murcie -je sais, ce n'est pas suffisant. Nous sommes en train de discuter pour étendre les consulats dans quatre ou cinq villes espagnoles -inclus les Iles Canaries, Tenerife ou même Majorque et Menorca que j'ai déjà pu visiter, sœurs et frères-, pour nous occuper d'un problème nôtre, celui des migrations et des papiers y relatifs. Mais je voudrais aussi vous parler, sœurs et frères, au nom de l'Ambassade en Espagne -où tous les consulats donnent des informations grâce à la compréhension du gouvernement espagnol- de quelques thèmes importants. Le sujet par exemple des permis de conduire est très avancé, de même que celui d’une convention de vote réciproque -c'est-à-dire les résidents boliviens en Espagne auront le droit de voter aux élections municipales. Nous espérons concrétiser cela, ce vote en Espagne, lors de cette visite.

Le thème du vote à l'étranger a été une préoccupation permanente. Je veux que vous sachiez, sœurs et frères, qu’en 2006 nous avons envoyé, depuis le palais, un projet de loi au Congrès National. La Chambre des Députés a heureusement approuvé sans aucune limitation le vote à l’étranger. Mais de 2006 à 2009 il n'a pas été approuvé au Sénat, et vous savez d’ailleurs pourquoi ils ne l'ont pas approuvé au Sénat : les sénateurs néolibéraux ont très peur des frères qui ont abandonné la Bolivie à la recherche de meilleures conditions de vie. On l'a enfin approuvé pour la première fois -mais pas autant que je l’aurais voulu-, sous la forte pression en Bolivie et en Argentine. Je sais qu’ici aussi on s’est mobilisé pour faire pression sur le Congrès national en vue de l'approbation d'une loi sur le vote extérieur. Il a été approuvé jusqu’à une certaine limite, mais c'est clair, sœurs et frères, [viendra] un moment où des congressistes partageront les sentiments de beaucoup de frères vivant à l’étranger. Nous ferons alors en sorte que le vote à l'étranger ne soit pas limité. Je ne suis pas d'accord de limiter, c’est une forme d’atteinte aux droits de l’homme, le droit des citoyens boliviens vivant à l’étranger. Mais nous commencerons cette année, cette année avec le vote extérieur -bien que limité.

Sœurs et frères, il y a un moment je parlais du thème de la migration. Je voudrais dire aux pays d’Europe et du monde, spécialement d'Europe, aux gouvernements, que ce sera aussi un débat. Par le passé des Européens, des Espagnols sont arrivés en Bolivie, et nos grands-pères n'ont jamais dit qu'ils étaient illégaux. Maintenant que les Latino-Américains viennent en Europe, ils ne peuvent pas être déclarés illégaux, parce que tous, nous avons tous le droit d'habiter dans n’importe quelle partie du monde -nous avons tous le droit d'habiter dans n’importe quelle partie du monde- en respectant les lois de chaque pays. Mais nous déclarer illégaux est une grande erreur, c’est là où je diverge des Nations Unies. Heureusement beaucoup de pays se joignent à nos propositions. Nous espérons que les Nations Unies établiront bientôt des normes permettant à ces soi-disant immigrants d’être reconnus comme personnes légales -je répète, en respectant la législation de chaque pays -, qu’ils investissent ou qu’ils viennent chercher des meilleures conditions de vie. Soyez-en sûrs, sœurs et frères, ce sera une autre bataille, une autre bataille pour nos sœurs et frères -que ce soient des Européens en Bolivie ou en Amérique latine, ou d’autres Latino-Américains en Europe. Ils doivent être déclarés comme des personnes légales qui vivent de leur travail, qui, par leurs efforts, vivent pour améliorer leur situation économique et sociale.

Il y a un autre sujet central, sœurs et frères : le sujet de l'environnement. Il y a sûrement beaucoup de paceños ici. Imaginez-vous : le Chacaltaya , notre Chacaltaya n'a plus de neige ! A Potosí, le Chorolque n'a plus de neige -il y a sûrement quelques potosinos ici. Chaque jour qui passe voit se réduire le poncho blanc de ces montagnes des hauts plateaux boliviens et du haut-plateau paceño. Nous devons en établir la responsabilité : [ce sont] les modèles de développement capitaliste, l'industrialisation exagérée et illimitée de quelques pays occidentaux. Ce problème affecte toutefois [toute] l'humanité. C'est pourquoi je voudrais vous dire que je suis arrivé à la conclusion, à la conclusion suivante : à l'heure actuelle, dans ce nouveau millénaire, il est plus important de défendre le droit de la Terre Mère que le droit de l'être humain. Si nous ne défendons pas le droit de la Terre Mère, il ne servira à rien de défendre seulement le droit humain. Je voudrais dire aux frères humanistes, au grand nombre de mouvements sociaux, aux groupements, intellectuels et personnalités qui se consacrent à la défense de l'environnement, et donc de la Terre Mère, je voudrais vous dire : unissons-nous, rejoignez-nous, aidez-nous, présidents et gouvernements qui défendons le droit de la Terre Mère. Défendons tous l'environnement, par conséquent le droit à la terre, défendons la planète terre pour sauver l'humanité. Si nous ne nous unissons pas, si nous ne nous engageons pas dans une direction, si nous ne travaillons pas ensemble, quelle sera la situation de tout être humain d’ici 20, 30, 50 ans? Je veux dire, qu’il s’agisse d’un indigène, d’un ouvrier, d’un chef d'entreprise ou d'un dirigeant de transnationale : leur vie n'est pas sûre ! La seule façon de garantir, de garantir notre vie d'êtres humains qui vivons sur cette planète terre est de défendre la Terre Mère.

Il est temps d'assumer cette énorme responsabilité, et tous nous avons cette obligation noble et sacrée de défendre l'environnement. J’appelle les pays qualifiés d’industrialisés à commencer à penser sérieusement à l’annulation de la dette climatique, une dette historique qui aura fait beaucoup de tort à l'environnement. Je pressens que nous devrons assumer, en ce millénaire, cette responsabilité pour défendre l'humanité.

Sœurs et frères, je sais que vous venez de beaucoup de secteurs, par différents chemins. Salutations aux frères qui viennent nous voir de différentes villes, qui viennent nous saluer, qui viennent tous applaudir, aux frères des îles, aux compagnons latino-américains qui viennent partager ce moment, et aux organisateurs. Je remercie le maire de Leganés pour nous avoir permis ce rassemblement. En ce qui me concerne, je voudrais vous dire, frères, un grand merci à tous. A bientôt ! Nous continuerons à travailler pour l'égalité, pour la dignité et le bien des Boliviens et de tous les Latino-Américains, pour leur libération qui se prépare depuis l'Amérique du Sud. Un grand merci !



[1] La diablada est une danse traditionnelle des hauts plateaux des Andes en Bolivie et à Puno au Pérou représentant l’affrontement entre les forces infernales et celles des anges et créée dans un but d’évangélisation. Cette danse offre une série de costumes et de masques impressionnants (des capes cousues au fil d’or) –le costume du diable pèse plus de 30 kg. C’est pourquoi les danseurs doivent être capables de porter ce poids et de danser plusieurs minutes. (Wikipedia)


[2] La province de Chapare est une des 16 provinces du département de Cochambaba, en Bolivie.


[3] Palais présidentiel


[4] Les paceños sont les habitants de La Paz.


[5] Le Cerro Chacaltaya ou Chacaltaya (« chemin froid » en aymara) est une montagne culminant à 5.395 mètres d’altitude, située en Bolivie dans la Cordillère des Andes. Son glacier abritait une station de ski possédant la plus haute piste du monde, mais son retrait rapide et sa quasi disparition ont provoqué sa fermeture. Il reste une destination pour les randonneurs et abrite un laboratoire de recherche sur les particules. (Wikipedia)


[6] Le Cerro Chorolque ou Chorolque culmine à 5552m.



Manuel Talens est auteur et traducteur espagnol. Il appartient aux collectifs de Rébelión et de Tlaxcala, auquel Thierry Pignolet appartient.

Source : http://www.tlaxcala.es/detail_artistes.asp?lg=de&reference=357



mardi 15 septembre 2009

Je suis aujourd'hui un prisonnier politique de Barack Obama

par Leonard PELTIER, 11/9/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : 09/11/09 STATEMENT FROM LEONARD PELTIER REGARDING DENIAL FOR HIS PAROLE
Sur l’auteur
La libération conditionnelle de Leonard Peltier, le militant amérindien Anishinaabe/Lakota, membre de l'American Indian Movement, emprisonné depuis 1977 pour la mort de deux agents du FBI dans la réserve de Pine Ridge, vient d’être refusée après que les autorités ont décidé que le remettre en liberté – comme le permet la loi - diminuerait la gravité de son crime.
Bien qu’il ait reconnu avoir été présent lors des incidents ayant débouché sur ces morts violentes, en juin 1975, Leonard Peltier a toujours nié avoir tué les deux hommes et a répété, lors de ses nombreux procès en appel, avoir été victime d’un coup monté par le FBI. Peu après les événements, il avait fui au Canada, avant d’être extradé en 1976 vers les USA.
Peltier ne sera pas admissible à une libération conditionnelle avant... juillet 2024. Il aura alors 79 ans.
Considéré comme l’un des plus anciens prisonniers politiques du monde. Leonard Peltier est, pour nombre d’Amérindiens, un symbole de la lutte et de la résistance autochtone.
Voici sa déclaration rendue publique le 11 septembre, à la veille de son 65ème anniversaire.

Le département usaméricain de la Justice a de nouveau fait de son appellation arrogante et prétentieuse un objet de risée.

Après avoir fait libérer un adepte authentique et persistant de Charles Manson, leader d’un culte de la mort, qui avait tenté d’assassiner le président Gerald Ford, un terroriste croate reconnu, ainsi qu’un autre auteur d’une tentative d’assassinat contre le président Ford, en application de la loi sur les mises en liberté obligatoires après 30 ans de réclusion, la Commission US des mises en liberté conditionnelle (Parole Commission) a estimé que ma libération « ferait la promotion d’un manque de respect pour la loi »

Si seulement le gouvernement fédéral avait respecté ses propres lois, pour ne pas parler des traités qui sont, en vertu de la Constitution US, la loi suprême du pays, je n'aurais jamais été condamné ni forcé de passer plus de la moitié de ma vie en captivité. Sans parler du fait que toute loi dans ce pays a été créée sans le consentement des peuples premiers et qu’elle est appliquée de manière inégalitaire à nos dépens. Mon expérience devrait pour le moins remettre sérieusement en cause la compétence juridique douteuse du FBI sur les terres indiennes.

La phrase de la Commission était une citation de la formule employée par le futur ex-Procureur fédéral Drew Wrigley, qui apparemment espère conquérir le poste de gouverneur du Dakota du Nord à la tête de la cavalerie du FBI.
Ce faisant, il marche sur les traces de William Janklow, qui a construit sa carrière politique sur sa réputation de chasseur d’Indiens, passant du poste de procureur tribal (et violeur présumé d'une mineure indigène) à celui de Procureur général de l'État, puis de gouverneur du Dakota du Sud et de membre du Congrès. Certains se souviendront que Janklow avait revendiqué la responsabilité d’avoir dissuadé Président Clinton de m’accorder le pardon avant d’être reconnu coupable d’homicide (et démis de sa charge au Congrès). Le prédécesseur historique de Janklow, George Armstrong Custer, espérait de même qu’un massacre glorieux de Sioux le propulserait à la Maison Blanche, et nous savons tous ce qui lui est arrivé.

Contrairement aux barbares qui réclament mon sang dans les couloirs du pouvoir, les peuples premiers sont de vrais humanitaires : nous prions pour nos ennemis. Mais nous devons être assez réalistes pour nous organiser afin de gagner notre propre liberté et l'égalité en tant que nations. Nous constituons 5% de la population du Dakota du Nord et 10% de celle du Dakota du Sud et nous pourrions utiliser cette influence pour promouvoir notre propre pouvoir sur les réserves, où nous devrions nous concentrer. Si nous étions organisés comme un bloc électoral, nous pourrions défaire la base même de la compétition entre Dakotas pour savoir qui est le plus raciste. Dans les années 1970 nous avons été obligés de prendre les armes pour affirmer notre droit à la survie et l'auto-défense, mais aujourd'hui, la guerre n’est qu’une idée parmi d’autres. Il nous faut maintenant résister à l'oppression et la colonisation armées avec nos corps et nos esprits. Le droit international est de notre côté.

Compte tenu du profil de ces trois détenus fédéraux mis en liberté conditionnelle récemment, il pourrait sembler que mon plus grand crime est d’être un Indien. Mais la vérité est que mon plus grave crime est d’être innocent. En Iran, les prisonniers politiques sont parfois libérés s'ils s’avouent coupables des accusations ridicules pour lesquelles ils sont traînés en justice, afin de les discréditer et de les intimider, eux et les citoyens qui pensent comme eux.

Le FBI et ses commis ont suggéré la même chose, tout comme la Commission des mises en liberté conditionnelle, lorsqu’elle a décidé en 1993 que mon refus d'avouer motivait son refus de libération conditionnelle.



"Obama ! Le changement et l'espoir, pour les Indiens américains, commence par la liberté de Leonard Peltier" (Manifestation de l'AIM, American Indian Movement)

Se proclamer innocent, c’est suggérer que le gouvernement a tort, si ce n’est qu’il est lui-même coupable. Le système judiciaire usaméricain est configuré de telle sorte que l’accusé n'est pas condamné pour le crime lui-même, mais pour avoir refusé d'accepter un quelconque plaidoyer de marchandage (reconnaissance préalable de culpabilité) et pour avoir osé contraindre le système judiciaire à lui reconnaître le droit de rejeter les charges retenues contre lui dans un procès. Une telle insolence est invariablement punie par des réquisitions du ministère public en faveur de peines maximales, quand il n’exclut pas carrément l’échelle de peines proposées par le tribunal dans ses directives, ainsi que toute possibilité de mise en liberté conditionnelle.

Pour autant que les non-autochtones détestent les Indiens, nous sommes tous dans le même bateau.

Tenter de copier ce système au sein de l’administration tribale est pitoyable, pour le moins.

Ce n'est que cette année, dans l’affaire Troy Davis, que la Cour suprême a reconnu la proclamation d’innocence comme un moyen de défense juridique légitime. Comme les témoins qui ont été contraints de témoigner contre moi, ceux qui ont témoigné contre Davis ont renoncé à leurs déclarations, et pourtant Davis a frôlé a mise à mort. J’aurais pu moi-être exécuté, si le gouvernement du Canada n’avait mis comme condition à mon extradition une renonciation à la peine de mort.

L'ordre ancien est bien représenté par le juge Antonin Scalia de la Cour suprême, qui a déclaré dans son avis dissident dans le cas Davis : " "Cette Cour n’a jamais considéré que la Constitution interdit l’exécution d’un accusé reconnu coupable qui a eu un procès complet et équitable mais a ensuite été en mesure de convaincre un tribunal d’habeas corpus qu’il est « effectivement » innocent. Bien au contraire, nous avons à plusieurs reprises laissé la question sans réponse, tout en exprimant des doutes importants sur le fait qu’une quelconque proclamation d’ « innocence effective » alléguée puisse avoir valeur constitutionnelle. »

L’estimé sénateur du Dakota du Nord , Byron Dorgan, qui est actuellement le président de la Commission permanente du Sénat aux Affaires indiennes, a utilisé sensiblement le même raisonnement lorsqu’il a écrit que «notre système juridique a jugé Leonard Peltier coupable du crime dont il était accusé. J'ai passé en revue les actes du procès, et je pense que le verdict était équitable et juste ».

Pour les autochtones, c'est une déclaration bizarre et incompréhensible tout comme l’est l’assertion que l'innocence et la culpabilité ne sont qu’un simple statut juridique, pas nécessairement ancré dans des faits matériels.

C'est un truisme de dire que tous les prisonniers politiques ont été reconnus coupables des crimes dont ils étaient accusés.

La vérité est que le gouvernement veut obtenir de moi une fausse confession dans le but de valider une opération qui était un coup monté plutôt bâclé, dont l’exposition publique pourrait ouvrir la porte à une enquête sur le rôle des USA dans la formation et l’équipement de milices de goons [Guardians of the Oglala Nation, milice mise en place par Dick Wilson président du conseil tribal de la réserve oglala-lakota de Pine Ridge dans le Dakota du Sud, en 1972 ; goon signifie aussi jaune, au sens de briseur de grève, NdT] pour éliminer le mouvement de base contre la dictature fantoche à Pine Ridge [le conseil tribunal corrompu de la réserve, NdT].



En Usamérique, il ne peut par définition pas y avoir de prisonniers politiques, mais seulement des gens dûment jugés coupables par un tribunal légal. Il est jugé trop controversé ne serait-ce que d’envisager publiquement que le gouvernement fédéral pourrait fabriquer et supprimer des preuves pour provoquer la défaite de ceux qu’il considère comme ennemis politiques. Mais c'est un fait démontrable à chaque étape de mon affaire.

Je suis aujourd'hui un prisonnier politique de Barack Obama, et j'espère et je prie pour qu’il adhère aux idéaux qui l’ont poussé à briguer la présidence. Mais, comme Obama lui-même pourrait le reconnaître, si nous l'attendons pour résoudre nos problèmes, nous passerons à côté du message de sa campagne. C’est seulement en nous organisant dans nos propres communautés et en faisant pression sur ceux qui sont censés être nos dirigeants que nous pourrons susciter les changements dont nous avons tous un tel besoin.
S'il vous plaît soutenez le
Leonard Peltier Defense Offense Committee dans notre effort pour amener le gouvernement des USA à respecter sa propre parole

Je vous remercie, vous tous qui êtes restés à mes côtés pendant toutes ces années, mais nommer qui que ce soit en exclurait bien d’autres

Nous ne devons jamais perdre l'espoir dans notre lutte pour la liberté.

Dans l'esprit de Crazy Horse,
Leonard Peltier

Leonard Peltier #89637-132
USP-Lewisburg
US Penitentiary
PO Box 1000
Lewisburg, PA 17837
USA



Retour à la maison après le bain de bébé, (Huile, 2009), 24" X 15", par Leonard Peltier

vendredi 21 août 2009

Civilisation et modernité : le mouvement indigène en Amérique Latine

par Mónica BRUCKMANN

La crise mondiale contemporaine se manifeste non seulement dans sa dimension économique et principalement financière, mais représente aussi une profonde crise de civilisation du capitalisme mondial comme mode d'organisation de la société et de production de la connaissance, en même temps qu'elle interroge fortement le système de pouvoir sur la planète. Nous assistons à la décadence d'un système hégémonique unipolaire qui a de plus en plus besoin de l'intervention militaire brutale pour valider sa condition de domination, transformant la civilisation occidentale en une usine à barbarie, en une fabrique de politiques irrespectueuses des principes fondamentaux de coexistence de l'humanité.

La vision eurocentrique
À la base de ce système de domination se trouve la perspective eurocentrique comme fondement idéologique et comme forme de production et de contrôle de la subjectivité des sociétés. La production et la reproduction de la vie matérielle des peuples et l'élaboration de ses imaginaires sont dominées par l'idée que la civilisation occidentale est le seul modèle de civilisation de la planète, et que toutes les autres civilisations -qu'importent leur niveau d'élaboration et de complexité, leur degré de développement ou leurs apports à l'humanité- sont à considérer à peine comme des cultures retardées par rapport au modèle imposé. L'arrogance de cette vision eurocentrique non seulement a justifié de violentes formes de colonisation et de colonialisme, mais elle s'est aussi transformée en une barrière cognitive qui a empêché l'Occident de connaître et de comprendre la complexité du monde et les plus anciennes et importantes civilisations de la planète. Ont été dédaignées de la sorte des connaissances millénaires, des formes d'organisation de la vie et de la société non-occidentale, des manières plus humaines de relation avec la nature et la vie, des sensibilités esthétiques hautement élaborées, de la production artistique et culturelle de grande importance, des apports philosophiques et y compris une dense pensée sociale produite hors des pays centraux d'Occident.
L'eurocentrisme a imposé une façon de faire de la science et un chemin unique de production de connaissance qui a réduit à la condition d'ascientifique, parascientifique ou folklorique toute cette connaissance produite en-dehors de ces canons. Dans cette perspective, le temps n'existe pas, parce que la connaissance est universelle et valable pour tout temps historique et pour toute réalité sociale de la planète. Cette incapacité de comprendre que la théorie, la science et la connaissance sont des produits historiques a représenté une des limitations principales de la science positiviste. Cette science, toujours plus préoccupée par sa cohérence interne que par la réalité sociale, s'est enfermée sur elle-même pour produire ses propres prémisses et octroyer à ses aspirations la condition de conclusions scientifiques. Elle a perdu, de cette manière, la capacité de comprendre la complexité du monde contemporain et de toute tentative de prévision de cadres futurs. L'humanité est sur la voie d'une rupture profonde avec ces paradigmes de science et avec cette vision du monde et de l'humanité.
Modernité contre retard ?
L'idée de modernité, comme mode d'existence sociale et modèle de développement, apparaît en Amérique Latine dans le centre même du système colonial et comme partie intégrante de cette structure de domination et de pouvoir. Il s'agit d'un moment dans l'histoire, comme le soutient le sociologue péruvien Aníbal Quijano à l'analyse de l'apparition de la notion de modernité, où les différents temps et histoires se forment dans des associations complexes, contradictoires et discontinues entre des structures fragmentaires et mutantes de relations de sens et de significations, parties d'un même et unique monde nouveau en pleine constitution. [1] L'idée de modernité apparaît alors à la base de la structure du pouvoir colonial, et se transforme en un mécanisme justificateur qui impose la civilisation occidentale comme l'unique voie d'atteindre le soi-disant « progrès ». Tout ce qui était en-dehors de cette vision et de cette forme d'organisation sociale était considéré comme pré-moderne ou retardé.
Cette notion de modernité, insérée organiquement dans la structure du pouvoir colonial, a eu une capacité énorme de destruction et de désarticulation des sociétés originaires d'Amérique Latine. Au nom de la modernité ont été détruites des structures entières de connaissance et de sagesse millénaire, ainsi que des modes avancés de production agricole et des formes d'organisation sociale communautaires. On a mis en pratique une action systématique de destruction de la mémoire collective des peuples et civilisations américaines, de leur imaginaire historique et de leur perception propre du passé et du futur. Cette capacité destructive énorme a aussi signifié l'extermination même des populations originaires qui, à l'arrivée des colonisateurs européens, s'estimaient à plus de cent millions d'habitants et qui, en quelques décennies, ont été réduites quasi de moitié.
Si l'Amérique latine a été le lieu depuis lequel se sont produites l'accumulation de capital et les bases matérielles pour la construction de l'Europe Occidentale en tant que centre hégémonique mondial à partir du XVIe siècle, elle est maintenant la région où sont en train de se développer les nouveaux éléments pour la construction d'une civilisation planétaire, plus équilibrée et inclusive, capable de rompre radicalement avec l'héritage colonial et la vision eurocentrique. Apparaissent, dans le continent latino-américain, des expériences riches et diverses de transformation sociale qui sont en train d'y changer la scène politique, économique et culturelle.
Ce processus de transformation nous pose de grands défis. Il se fait nécessaire de réélaborer notre histoire hors de la vision coloniale et créer des matrices théoriques et méthodologiques de production de connaissance capables de rendre compte de la complexité et de la densité de la réalité sociale. Mais surtout, il se fait nécessaire de faire appel à notre héritage de civilisation, à la connaissance millénaire et ancestrale, aux savoirs et façons de voir et sentir le monde pour reconstruire notre mémoire collective déformée ou détruite par la colonialité*, et construire nos identités et nos projets de futur et de société.


mardi 16 juin 2009

Massacre à Bagua, Pérou

Le 5 juin, la Police Nationale du Pérou a ouvert le feu depuis des hélicoptères sur un barrage routier que tenaient 5.000 Indiens dans la région Amazonas à Bagua, au nord du pays. Un premier bilan qui s’alourdit d’heure en heure fait état de la mort d'au moins 50 manifestants et 22 policiers et plus de deux cents blessés. Le couvre-feu a été décrété depuis et les arrestations de militants se multiplient. Les blessés sont arrêtés dans les hôpitaux, il y aussi des disparus.Depuis deux mois, les Indiens de la région mènent une grève pacifique illimitée pour obtenir l'annulation de onze décrets pris pour livrer l'Amazonie péruvienne aux multinationales dans le cadre des traités de libre échange, en particulier aux compagnies pétrolières, forestières et minières.

Voir les photos et infos ici


Alan García : "Je prie Saint Progrès Bénit et le Sacré Traité de Libre Échange que les USA et la presse officielle intercèdent pour mes horribles péchés"
N'aie crainte, fils chéri, l'histoire officielle t'absoudra


Alan García :"Nous n'avons assassiné aucun indigène. Ils sont cachés au fond du fleuve!"

"Si le chien du jardinier fait chier, alors Alan García ordonne de tuer le chien du jardinier ".
Manifeste des écrivains du Pérou

“La première ressource, c'est l'Amazonie. Elle a 63 millions d'hectares et des pluies abondantes. Là, on peut planter des forêts pour la production de bois, particulièrement sur les 8 millions d'hectares détruits, mais pour cela il faut établir la propriété, c'est-à-dire un terrain sûr sur 5, 10 ou 20 000 hectares, puisque sur moins de terrain il n'y a pas d'investissements formels sur le long terme et de haute technologie.
Aujourd'hui, il n'ya que des concessions dépendant de la volonté du gouvernement et du fonctionnaire qui peut les modifier. C'est pourquoi personne n'investit ni ne crée un emploi tous les deux hectares comme cela devrait être le cas; et il n'y a pas non plus de production de bois et d'exportation de meubles. Dans leur majorité, ces concessions de rapine n'ont servi qu'à extraire les bois les plus fins, à déboiser puis à abandonner le terrain.
En revanche, la propriété formelle par des grandes entreprises collectives comme les fonds de pension permettrait de faire des investissements à long terme depuis la plantation jusqu'à la récolte des années plus tard.Ceux qui s'y opposent disent qu'on ne peut attribuer de propriété dans l'Amazonie (et pourquoi alors sur la côté et dans la montagne ?). Ils disent aussi qu'attribuer la propriété de grandes parcelles profiterait à des grandes entreprises, certes, mais cela créerait des centaines de milliers d'emplois formels pour des Préuviens qui vivent dans les régions les plus pauvres. C'est le chien du jardinier*."
Alan García, Président du Pérou, El Comercio, novembre 2007
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
* Allusion au proverbe "Ser como el perro del hortelano, que ni come ni deja comer al amo", qui a donné son titre à une pièce de Lope de Vega. Équivalents français : "Le chien n'aime pas la banane et il ne veut pas que la poule en mange"(Martinique), "il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux et ne veut pas que les autres en mangent "(Le Roux, 1752). (NdT)

Signez en ligne la Pétition pour la défense des droits des peuples indigènes et de la biodiversité de l'Amazonie au Pérou, patrimoine de l'humanité

mardi 7 avril 2009

Catatumbo Barí, Colombie


Colombie, Nord de Santander
La région de Catatumbo est composée de neuf municipalités qui sont baignées par les eaux du fleuve Catatumbo
Dans cette région se trouvent le parc naturel Catatumbo Bari
dont la superficie est de 158.125 hectares
et la réserve forestière Serranía des Motilones
avec une superficie de 552.691 hectares
Le Catatumbo est considéré comme le territoire ancestral indigène
et 23 communautés de l’ethnie Motilon Bari y sont installées
de même que près de 200.00 paysans qui vivent de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage.
Ses nombreuses sources, sa biodiversité,
ses ressources minérales comme le charbon et le pétrole
la fertilité de ses sols et sa position frontalière avec le Venezuela
font du Catatumbo une zone géostratégique sur le continent.
Le 29 mai 1999, les paramilitaires s’installent dans la région,
Le Catatumbo se transforme en zone d’opérations du « Bloc Catatumbo » dirigé par Salvatore Mancuso
et le « Bloc Nord » sous la direction de « Jorge 40 ».
Le Bloc Catatumbo a été démobilisé le 10 décembre 2004,
Le 8 et le 10 mars 2006, ce fut au tour du Bloc Nord.
Au total 6185 paramilitaires seront réinsérés,
4740 armes
et 2212 grenades seront remises.
La violence paramilitaire a fait plus de 10.000 morts,
plus de 600 disparus, plus de 100.000 déplacés.
Nous étions là-bas lorsque les „Paras » sont entrés, ils ont pris 17 personnes
et les ont pendus à des crochets de bouchers
ils les ont pris, les ont égorgés et les ont pendus là-bas,
des gens innocents dont nous savons qu’ils n’ont rien fait.
Le réarmement des groupes paramilitaires des supposés avoir été démobilisés
connus maintenant sous le nom d’ « Aigles noirs » dans les centres urbains de la région du Catatumbo,
montre leur intention de se réapproprier la zone par la violence et la barbarie.
La politique de « Sécurité démocratique » a permis la militarisation du territoire avec plus de 10.000 soldats.
Ce qui est paradoxal c‘est que c’est ainsi que la présence militaire s’est amplifiée,
que les exécutions extrajudiciaires des paysans de la part de l’armée ont augmenté.
Depuis juillet 2006 66 paysans présentés comme subversifs ont été exécutés. et présentés comme des pertes de la subversion.
Les besoins de base insatisfaits de la population, ajoutés à l’abandon de l’État,
ont amené les paysans à envisager comme alternative de subsistance,
la plantation de cultures illicites comme la coca.
Sous prétexte de la lutte antinarcotique des milliers d’hectares ont été fumigés,
ceux de le réserve forestière et du parc naturel où les indigènes et les paysans sont installés.
Le désherbant Glyphosate a contaminé les sources,
le déplacement et la mort d’espèces endémiques,
les maladies chez les hommes et les animaux,
la perte des récoltes des produits alimentaires principaux et l’empoisonnement des sols,
restés improductifs pendant 7 ans,
limitant ainsi les possibilités de se nourrir de la population.
On estime que dans le Catatumbo il y a une réserve de charbon
supérieure à celle du Cerrejón dans le département de la Guajira.
Le charbon est le combustible fossile qui dégage le plus de dioxyde de carbone,
le premier gaz responsable du réchauffement de la planète.
8 entreprises, deux canadiennes, une mexicaine et 5 soi-disant colombiennes
prétendent implanter des activités d’exploration et d’exploitation à ciel ouvert,
dans une zone de plus de 25.000 hectares
sur les communes de Convención, Teorema, Tibu et El Tarra.
Une des entreprises, Geofisin EU, qui a des intérêts dans le hameau Caño Mariela,
veut extraire 60.000 tonnes pendant la première année,
pour parvenir à 790.000 tonnes de charbon à la fin de la cinquième année.
l’extraction de chaque tonne de charbon dégage 6 tonnes de déchets
et 5 tonnes de végétation détruites.
Dans les mines de charbon à ciel ouvert on utilise de la dynamite et tout vole aux alentours
et il reste un énorme trou à découvert,
ce procédé implique l’utilisation de grandes quantités d’eau,
une fois que le trou est fait, le charbon reste à découvert
et il est nécessaire de le mouiller pour éviter qu’il brûle.
l’exploitation de charbon à ciel ouvert que l’on veut réaliser au Catatumbo
est sur un territoire ancestral où les indigènes et les paysans résistent et persistent
pour le respect de la vie, de la nature, du territoire et de la culture.
Nous insistons et avons toujours dit: Catatumbo existe et résiste et nous restons ici.

BONJOUR PAYSAN BONJOUR
OÙ QUE TU VEUILLES ALLER, C’EST ICI
MON SALUT ET MON SOUHAIT QUE LA VIE
TE DONNE TOUT CE QUE TU ME DONNES
BONJOUR PAYSAN ET PAYSANNE
PETITES FLEURS QUE JE PORTE DANS MON COEUR
AVEC ORGUEIL, AVEC AFFECTION ET AVEC RESPECT
CAR L’ON M’A TOUT DONNÉ
CAR L’ON M’A TOUT DONNÉ, POUR QUE J’EN FASSE UNE CHANSON


Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

mercredi 25 mars 2009

Colombie : Le Statut Rural est déclaré inconstitutionnel

La Minga Indigène et Populaire pour la Résistance a gagné
par ACIN, l'Association des Conseils Municipaux Indigènes du Nord du Cauca, Cxab Wala Kiwe
La Cour constitutionelle a déclaré que les peuples indigènes n'ont pas été consultés en amont
La monstruosité inventée par « Uribito » ignorait la Convention 169 de l'OIT et les droits constitutionnels indigènes
L’absence de consultation est aggravée par l’assassinat de 1.200 indigènes
Le principal instrument pour légaliser la spoliation des terres des déplacés est inconstitutionnel Lire l'article
ici
Original : Declaran inconstitucional el Estatuto Rural

lundi 24 novembre 2008

COLOMBIE : Un peuple armé seulement avec la force de la parole

La Grande Marche historique que les médias de masse s’obstinent à ignorer
par Níkolas STOLPKIN
Colombia: Un pueblo armado tan sólo con la fuerza de la palabra

La Colombie n'est pas ce « paradis » décrit par la chaîne CNN qui parvient jusqu’en Amérique latine. Il faut que cela soit très clair. Cette campagne de propagande pour attirer des touristes est une façon de cacher aux yeux du monde un conflit qui maintient le peuple colombien noyé dans la peur, la misère et la mort. La Colombie est plus que ce « petit sourire » insouciant propagé avec insistance par CNN. Elle est larmes, joie, douleur, impuissance…Elle est peur, misère et mort, mais par-dessus tout elle reste toujours ESPOIR. Elle n'est pas un peuple vaincu, bien au contraire, elle a des cicatrices marquées par la lutte. Ce serait une erreur de l’enfermer dans un symbole qui ne la représente pas réellement. La Colombie est indigène, noire, métisse, paysanne, urbaine, étudiante, au chômage, déplacée, victime de violence, elle est exploitée…


Aujourd'hui, tandis que beaucoup regardent des feuilletons, des programmes comiques, des « sagas » de « célébrités » locales ou des catastrophes naturelles, la Colombie vit une grande marche historique que les médias de masse s’obstinent à ignorer. Une marche populaire qui refuse d'accepter la politique dictatoriale d'un gouvernement et d’institutions contaminées jusqu'à la moelle par le narco-paramilitarisme. En ce moment cette marche se dirige vers Bogotá, capitale de la Colombie. C’est la Minga des Peuples, la résistance indigène et populaire, résistance sociale et communautaire, la Colombie organisée avec une seule voix qui dit : ASSEZ! Plus d’humiliation, plus de disparitions, de persécution politique, de misérables conditions de travail et de salaire, de conduite répressive contre les travailleurs, les étudiants, les urbains, les indigènes, les paysans, ¡BASTA YA!

Beaucoup d'« analystes » sont surpris du fait que ce soient les « indigènes » qui conduisent cette mobilisation massive (1). Toutefois, il n'y a pas lieu d’être surpris puisque les indigènes et les paysans colombiens portent sur leurs épaules des années de lutte contre des politiques répressives et d’exclusion que mettent en œuvre, tour à tour, les gouvernements génération après génération, c’est pourquoi les niveaux d'organisation sont très développés.

En outre, il faut souligner que cette politique n’est pas exclusivement dirigée contre le monde indigène mais contre l'ensemble du peuple colombien. Et ce que le gouvernement colombien souhaite voir en ce moment c’est un « problème indigène » et non un problème colombien. Ils sont gênés que les peuples indigènes et paysans mettent sur la table les demandes et les revendications de tous les Colombiens victimes de la politique répressive et d’exclusion. Cela les dérange de savoir que les peuples oubliés de la Colombie sont capables de s'organiser et de mobiliser des masses, bien que les médias de masse, tant locaux qu’internationaux, s’obstinent à les taire ou d'une certaine façon à les ignorer.

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jeudi 20 novembre 2008

Assez de répression contre les peuples indigènes de Colombie !

par la CAOI - COORDINADORA ANDINA DE ORGANIZACIONES INDÍGENAS, 13 Novembre 2008

Le gouvernement d’Uribe ordonne d’arrêter la marche vers Bogotá par le sang et le feu, afin de neutraliser la solidarité avec la Minga indigène et populaire
Plus de dix mille indigènes, appuyés par des paysans, afrodescendants, syndicalistes, organismes des droits humains, étudiants, Colombiens aux pieds nus, en poncho, chapeau retroussé, sac au dos et "tres puntas (1), ont forcé les périmètres de sécurité et ont porté la parole dans les rues principales d'Ibagué.
Ni les ESMAD (2), ni les carabiniers qui ont utilisé la noblesse des chevaux contre les marcheurs, ni l'intervention des émissaires d'Uribe, du Maire d'Ibagué, Jesús María Botero, et des délégués du Ministère Public qui ont essayé de persuader les manifestants de ne pas entrer dans la capitale du Tolima, n’ont pu freiner la force de la raison et de la parole; ils sont arrivés au parc Manuel Murillo Toro, en face du palais départemental, où ils ont effectué l'assemblée publique et ce n’est qu’à partir de 17h30 qu’ils sont allés à l'autre extrémité de la ville, pour se reposer au centre des foires - FEXPO.
« Il y a eu un ordre présidentiel pour continuer à délégitimer l'esprit de la Minga, mais nous arriverons à Bogotá à pas d'Indien avec la force du peuple », des milliers de marcheurs qui se sont ralliés à la parole de l'autre Colombie, sont partis très tôt en caravane vers la commune de Gualanday, de là ils marcheront environ 12 kilomètres jusqu'à la localité d’El Chicoral, où ils feront l’assemblée publique pour délivrer la parole et déterrer la mémoire de la lutte, avec un nouveau Pacte pour la Réforme Agraire Intégrale venant des peuples et des secteurs sociaux du pays le plus spolié du monde.
RÉPRIMER POUR ISOLER
Aujourd'hui, à Ibagué, la Minga a acheminé la parole et la dignité que les seigneurs de la guerre ne supportent pas, c'est pourquoi ils ont provoqué les gens avec insistance et comme ils ne sont pas parvenus à leur but, ils ont agressé la communauté pour lui barrer l’accès au centre de la ville.
À l'entrée d’Ibagué, une pancarte gigantesque de la Police Nationale attendait la Minga, qui disait : « À Ibagué, toutes les personnes ont la garantie d'exprimer et de défendre leurs idées. Parce qu’ Ibaguévient en premier», signé la Police Nationale.
« Ce message m'a surpris car normalement cette attitude n’est pas celle de la force publique, toutefois, nous pensons que c’était un geste d'amabilité envers la Minga des Peuples, après toute les agressions dont nous avons été victimes, nous autres, paysans, indigènes, Afrocolombiens, femmes, étudiants, enfants, jeunes, syndicalistes, entre autres », a assuré un marcheur de la Minga.
Certains pensaient qu'ils allaient respecter la parole qu’apportaient les indigènes main dans la main avec les groupes sociaux et populaires qui se sont ralliés depuis le Cauca jusqu'à Ibagué. Mais ils se sont trompés, une fois de plus ils ont été confrontés au cynisme des seigneurs de la guerre, puisque ceux-ci se sont opposés à ce qu'ils entrent dans la ville, et face au refus de la Minga, ils ont attaqué une nouvelle fois la communauté pour empêcher sa rencontre avec les syndicats et les autres organisations qui les attendaient.
Ils ont empêché la progression de la marche pendant longtemps, mais finalement la Minga a poursuivi son chemin. Parvenant à la réunion entre peuples et organisations sociales à Ibagué, ils ont permis une augmentation de la prise de conscience et de la sagesse, à partir de chaque ville, afin de veiller à cet enfant qui a besoin de grandir avec l'apport et l’engagement de toutes et de tous : la Minga des Peuples.

LETTRE DE L’ORGANISATION NATIONALE INDIGÈNE DE COLOMBIE - ONIC
En octobre, nous peuples indigènes de Colombie, les paysans, les communautés afrocolombiennes et les secteurs sociaux, nous sommes mobilisés au niveau régional dans les villes et sur les routes du pays avec notre Minga nationale de résistance indigène et populaire pour exiger de l'État et du gouvernement national la protection de nos vies et nos droits fondamentaux, de l’égard pour la tragédie humanitaire qui saigne et condamne à la misère des millions de citoyens colombiens ; ainsi que pour dénoncer devant la communauté nationale et internationale les étiquettes infâmes et criminelles accolées par le gouvernement national qui qualifient nos luttes sociales de terroristes, et les chefs, autorités et organisations représentatives qui les conduisent de délinquants.
Nous nous mobilisons pour exiger que le gouvernement national honore les engagements d'État souscrits avec les peuples indigènes, pour défendre nos droits territoriaux ancestraux et les ressources naturelles qu’en fidèles gardiens de la nature nous avons protégé pendant des millénaires ; pour exiger l’abrogation des lois inconstitutionnelles sans consultation qui nous spolient des droits acquis et pour solliciter que l'État colombien signe sans réserve la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Indigènes
Nous nous mobilisons pour démasquer les mensonges et les combines qui accompagnent les statistiques trompeuses et les discours populistes du gouvernement national, quand il s'agit de justifier ses omissions dans l'accomplissement de ses fonctions constitutionnelles et son manque de volonté politique pour garantir l’application de nos droits légaux et humains.
En réponse à notre Minga nationale de résistance indigène et populaire, qui a toujours eu un caractère pacifique et se déroule dans le cadre des droits légaux à la protestation sociale, à la liberté d'expression et d'association, le président Uribe, le seigneur de la guerre et de la violence, a ordonné à la force publique de nous traiter comme des terroristes et des objectifs militaires. Le résultat est que la police et l'armée nationale démontrent une fois de plus leur brutalité et leur excès contre la population civile désarmée, ils nous massacrent trois frères et laissent une centaine de nos compagnons estropiés par balles réelles et par des engins explosifs non conventionnels.
Par dignité et en l’honneur de nos morts, nous exigeons un débat ouvert avec le président Uribe, pour que, face à la communauté nationale et internationale, il puisse répondre de ses politiques de génocide et explique les mesures du gouvernement pour conjurer les menaces sur la vie, l'intégrité, le maintien et la survie de vastes secteurs de la population colombienne. Il convient d'indiquer que, nous, peuples indigènes, réclamons depuis plus de quatre ans un dialogue direct avec le président, sans que cela soit possible. Le président n'aime pas les auditoires qu'il ne peut pas coopter où son ego en campagne présidentielle permanente peut être contesté. Il n'aime pas les vérités publiques et encore moins celles que nous proclamons et auxquelles nous travaillons pour la construction d'un État social pluriethnique, multiculturel, rassembleur, tolérant et surtout respectueux des libertés citoyennes, garant des droits humains et respectueux du droit international humanitaire.
Après de multiples obstacles, décès, violence et terrorisme d'État, la Minga nationale de résistance indigène et populaire a enfin obtenu de pouvoir rencontrer le président Uribe le 2 novembre dernier dans la réserve de La María de Piendamó.
De cette entrevue avec le gouvernement national qui n’a pas réussi à aborder, ni à satisfaire les points du débat, il ressort clairement pour nous que le président n'est pas intéressé à protéger et à garantir les droits collectifs, humains et de travail des citoyens colombiens. Que le président s'obstine à définir comme objectif militaire en qualifiant de terroristes et d’alliés de la guérilla, ceux qui, comme nous, défendent les droits humains des Colombiens et qui rejettent pour son caractère inconstitutionnel le Traité de Libre Échange avec les USA. Que la politique de « sécurité démocratique » exige génocide, alliances avec les paramilitaires, crimes d'État, faux positifs et le règne de la violence pour faire peur à tous ceux qui comme nous s’opposent au bradage aux entreprises transnationales des ressources naturelles de tous les Colombiens.
Il est aussi clair qu'au-dessus du bien-être, de l’avenir et des droits des citoyens colombiens, il y a les intérêts des entreprises transnationales et des chefs d'entreprise alliés du gouvernement national. Que le Statut de développement rural est la stratégie législative du gouvernement pour légitimer la spoliation territoriale commise par le feu et le sang par les paramilitaires et imposer les monocultures et les agrocarburants au détriment de la sécurité alimentaire des Colombiens. Que le gouvernement continuera à impulser le Plan Colombie, pour nous obliger au déplacement forcé de nos territoires.
Mais il est surtout clair que la comptabilité de la sécurité démocratique est conçue pour ajouter les meurtres perpétrés par la force publique contre des citoyens civils colombiens désarmés et non protégés; de même que les soldats et les policiers de la patrie peuvent aussi se transformer en assassins et criminels, pour satisfaire la haine viscérale que leur Commandant en Chef des forces armées réserve aux secteurs sociaux, populaires et démocratiques de la nation, dont nous faisons partie, nous qui nous opposons à sa violence militaire, politique et économique.
Face aux déclarations mensongères du gouvernement national lors de la rencontre de La María, qui défendait à outrance la violence et le génocide pour protéger les intérêts étrangers et légiférer en leur faveur; ainsi que face à son refus de s’engager à protéger et garantir les droits humains, légaux et collectifs des citoyens colombiens et sa volonté de continuer à massacrer et appauvrir le peuple colombien, la Minga nationale de résistance indigène et populaire a décidé de sortir des territoires indigènes et de se mobiliser à Bogotá, capitale de la république, pour se transformer tout au long de son parcours en Minga Nationale des violentés, des criminalisés, des exclus, des invisibles et victimes de l'État, du gouvernement national, des entreprises transnationales, du modèle paramilitaire de développement et de tous ceux qui prétendent se remplir les poches au prix de la faim, de la misère, du manque de bien-être et de l’avenir de la majorité des Colombiens.
Du 10 au 25 novembre, la Minga nationale de résistance indigène et populaire marchera de Cali à Bogota, en portant la parole, en rassemblant et en transmettant sa clameur de vie, de liberté et de souveraineté parmi les Colombiens pour se transformer en forum social itinérant et en la journée d'unité communautaire, sociale et populaire la plus grande de notre histoire.
La Minga est devenue maintenant le pays, nous sommes les étudiants atteints dans notre dignité, les travailleurs méprisés et menacés, les syndicalistes, journalistes et enseignants assassinés pour avoir pensé et voulu construire la Colombie accueillante, les défenseurs de l'eau et des ressources naturelles comme biens publics, les victimes de la violence de l'État et des groupes illégaux, les défenseurs des droits humains qui exigeons de vrais procès, la justice et la réparation pour les crimes de guerre. Nous sommes aussi les chômeurs et tous ceux dont les droits légaux et humains ont été bafoués.
Nous sommes maintenant la Minga Nationale et nous réclamons avec dignité la souveraineté du peuple colombien, de ceux qui ont été assassinés par les soldats de la patrie pour satisfaire avec des faux positifs les demandes de morts qu'exige la politique de sécurité démocratique. Nous sommes la Minga et nous nous opposons aux politiques génocidaires et xénophobes de l'actuel gouvernement national et à ce qu’elles soient poursuivies par un mandat présidentiel de plus. Nous sommes la Minga des paysans du lait cru et des volailles de la basse-cour.. La Minga des Afrocolombiens qui ne veulent pas voir des cultures de palme remplacer les sources de notre sécurité alimentaire. Nous sommes la nation des chrétiens et catholiques qui croyons en la paix avec la justice sociale comme condition pour la réconciliation nationale et pour dépasser les causes structurelles du conflit.
Nous sommes également la Minga avec laquelle nous rejetons et nous nous opposons aux néocolonialismes et aux esclavages économiques et militaires modernes, ces vieilles pratiques qui aujourd'hui amènent 18 de nos peuples indigènes au bord de l’extinction.
Aujourd’hui nous sommes une nation qui se dirige vers la Place Bolívar à Bogotá, pour exiger du gouvernement national qu’il réponde du génocide, des crimes de lèse-humanité et des disparitions forcées débouchant sur des meurtres d'État. Qu’il réponde de la misère, de la malnutrition de nos enfants et du manque d’avenir pour nos nouvelles générations. Nous sommes une nation qui dit non au TLC [Traité de Libre Échange], qui exige la mise à plat de l'actuel modèle de développement et qui demande que soit abrogée toute la législation de spoliation basée sur l’absence de consultation et contraire aux droits des peuples.
En tant que nation, nous combattons pour nos droits à la terre et aux territoires pour leurs légitimes propriétaires, nous exigeons du gouvernement national d'accomplir les engagements ratifiés avec le peuple colombien. Aujourd’hui, nous sommes une nation qui demande à la Communauté Internationale et à ses organismes de protection des droits humains de nous accompagner et de vérifier la crise humanitaire et de leurs droits que les Colombiens sont en train de subir.
Nous sommes aujourd’hui une nation en résistance sociale et pacifique qui demande à la Cour Pénale Internationale d'intervenir dans notre pays pour punir les responsables de notre tragédie.
QUE LE SILENCE SOIT CONVERTI EN UN SEUL CRI DE RÉSISTANCE, POUR LA TERRE MÈRE !
LE GRAND CONSEIL DU GOUVERNEMENT INDIGÈNE - ONIC
Bogotá, 11 novembre 2008
(1) « tres puntas » : Nagual ou Nahual à « trois pointes » homme ou femme perpétuant une croyance préhispanique. En relation avec l’univers, utilisant des plantes hallucinogènes pour dépasser les limites de la perception afin d’atteindre d’autres niveaux de conscience. Après plusieurs générations, beaucoup ont appris à « voir », c'est-à-dire à percevoir le monde, non comme une interprétation, mais comme un flux constant d’énergie. [Assimilés à tort à des sorciers], le Nahualisme a été une pratique socialement acceptée comme le sont à notre époque, la religion ou la science. Avec le temps, leurs postulats ont gagné dans l’abstraction et la synthèse, se convertissant en une espèce de proposition philosophique dont les pratiquants portaient le nom de toltecas [ne pas confondre avec les guerriers toltecas]. Le Nahual des « trois pointes » a la faculté de transmettre ses connaissances de manières diverses, ce qui permet une diversification de lignées. Son esprit lumineux exerce un effet de dispersion sur le groupe en cassant la structure de pensée linéaire dans la transmission, et crée dans certains esprits un désir d’action et de changement et une découverte à la prédisposition de s’impliquer. Le nahualli à trois pointes est un sage, il sait s’exprimer, il a dans son intérieur une réserve (d’énergie), il a du cœur, vigilant, attentif, solidaire, il ne fait de mal à personne (Manuscrit Florentin). Source : http://www.wikilearning.com/monografia/la_regla_del_nahual_de_tres_puntas-los_naguales_de_tres_puntas/19418-9
(2) ESMAD : Escadrons Mobiles Anti-émeute, de la police nationale colombienne.
Images de la Marche à Cali, Palmira, Armenia et Ibagué

Source : CARTA DE LA ORGANIZACIÓN NACIONAL INDÍGENA DE COLOMBIA - ONIC

Traduit par Esteban G. et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala