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mercredi 14 octobre 2015

Les crimes globaux du capital et la guerre contre les migrants



par Antonio Mazzeo
Les images qui resteront de l'été 2015 seront celles qui illustrent les crimes globaux de l'Europe du capital et des profits, des droits violés et déniés, de l'apartheid et des discriminations. Les raids aériens ... Lire la suite
space is green
 

dimanche 4 janvier 2015

Flintlock 2015 : 20 pays participeront à l'exercice militaire dirigé par l'US Africom au Tchad en février

par Antonio Mazzeo, 3/1/2015. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Italia in Ciad per grande esercitazione militare US Africom  
Les forces armées italiennes vont participer à une opération militaire multinationale à plusieurs volets sous commandement US au Tchad. Du 16 février au 9 Mars 2015 un contingent italien participera à "Flintlock 2015" (Pierre à fusil 2015), l'exercice principal d'intervention d'urgence de l'US Africom, le commandement militaire US pour le continent africain. 
Les opérations seront coordonnées par un centre interarmes dans la capitale
N'Djamena et se dérouleront principalement au Tchad et, accessoirement, également au Cameroun, au Niger, au Nigeria et en Tunisie. Flintlock 2015 verra la participation de plus de 1 200 soldats de vingt pays (outre l'Italie, la Belgique, le Burkina Faso, le Danemark, le Canada, le Tchad, l'Estonie, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Lituanie, le Mali, la Mauritanie, la Norvège, les Pays-Bas, la République tchèque, le Sénégal, l'Espagne, les USA et la Suède). "Sous la direction du US Special Operations Command Forward – West Africa (Commandement avancé des opérations spéciales US - Afrique de l'Ouest), Flintlock est un exercice conjoint visant à améliorer l'échange d'informations aux niveaux opérationnel et tactique dans la région du Sahara et à promouvoir une coopération et une coordination plus étroites", dit le Commandement de l'US Africom.   "Cet exercice vise à l'interopérabilité et au renforcement des capacités des forces militaires antiterroristes du continent africain, de l'Occident et des USA. Il renforce les institutions de sécurité et développe la coopération mutuelle entre les pays adhérant au Partenariat transsaharien contre le terrorisme (Trans-Sahara Counter-Terrorism Partnership, TSCTP). Flintlock permet également à l'US Africom de développer des initiatives de formation militaire et de coopération régionale multinationale".
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vendredi 1 février 2013

Le Réseau CADTM Afrique condamne l’intervention militaire de la France et de ses alliés au Mali


 Comme le dénonce un appel lancé par des femmes maliennes, la situation dramatique du Mali doit ouvrir les yeux sur une réalité terrible qui se vérifie dans d’autres pays en conflit : les violences faites aux femmes sont instrumentalisées pour justifier l’ingérence et les guerres de convoitise des richesses de leurs pays.
Nous condamnons sans réserve les violations des droits humains par les groupes armés qui contrôlent la partie Nord du Mali. Nous sommes aux côtés des femmes et de toutes les victimes d’abus. Nous dénonçons également l’intervention militaire que mène la France depuis le 10 janvier 2013. L’État Français mène une guerre au Nord du Mali, non pas pour défendre la démocratie et garantir le respect des droits humains comme on le prétend, mais bel et bien pour défendre ses propres intérêts coloniaux et ceux des multinationales françaises présentes en Afrique afin d’exploiter les ressources naturelles (uranium, or, diamants, pétrole, terre, eau…). La France, comme les États-Unis dans d’autres parties du monde, veut montrer sa capacité militaire à prendre la défense des intérêts stratégiques des grandes puissances occidentales et de leurs grandes entreprises.
Les bombardements français sur les régions très appauvries du Mali reflètent avant tout la détermination de l’impérialisme français à maintenir une domination néocoloniale sur les richesses des peuples de l’Afrique dans un contexte de crise mondiale du capitalisme. Il utilise les armes de pointe pour dissuader les convoitises de la Chine et les autres puissances. Par ailleurs, l’intervention occidentale a aussi comme but d’empêcher l’autoorganisation des Maliens afin d’éviter le réveil de leurs aspirations démocratiques, anti impérialistes et panafricanistes. La France et ses alliés veulent éviter la remise en cause des régimes relais de la Françafrique.
Le Mali est l’un des pays les plus appauvris et exploités du monde malgré ses importantes ressources naturelles minières et agricoles. Elles sont accaparées par les multinationales. Le peuple malien est terriblement affecté par les politiques néolibérales imposées par la Banque Mondiale, le Fonds Monétaire International, l’OMC, l’Union européenne et l’Etat français. Ces politiques n’ont été possibles qu’avec la complicité des régimes en place. Ces politiques ont empêché le Mali de se libérer du poids d’une dette extérieure qui sert d’instrument de pompage de ressources et de soumission du pays aux intérêts des institutions et des puissances créancières. L’initiative d’allègement de la dette du Mali, qui fait partie des pays pauvres très endettés (PPTE) a prolongé les effets dévastateurs du système d’endettement car les réductions de dette accordées au compte-gouttes ont été systématiquement conditionnées par l’application de mesure de privatisation et d’ouverture économico-commerciale. Ces mesures ont soumis les paysans/paysannes et les travailleurs/travailleuses des villes a une concurrence internationale à laquelle ils et elles ne pouvaient pas répondre. Les femmes maliennes qui portent un poids énorme dans la vie du pays sont victimes au quotidien de privation de tous ordres. Elles résistent au quotidien.
La dette et son remboursement continuent d’être les instruments d’une paupérisation des populations.
L’État français bombarde des villes, des villages et des infrastructures déjà rares du Mali dont la reconstruction demain sera probablement le prétexte pour endetter encore un peu plus le pays et augmenter sa soumission aux créanciers. Le FMI vient justement d’annoncer l’octroi au Mali d’un prêt de 18,4 millions de dollars. Cela ouvrira un nouveau cycle de malheurs pour le peuple malien s’il ne prend pas son sort en main.
Le gouvernement français devrait normalement réserver les millions d’euros que coûtera son déploiement militaire au Mali pour les besoins sociaux de sa population condamnée elle-même à l’austérité du fait de l’explosion de la dette publique.
La région connaît une propagation des groupes intégristes qui ont été appuyés et armés par les puissances occidentales, États-Unis en tête, directement ou par le biais du Qatar ou de l’Arabie Saoudite. Aujourd’hui les grandes puissances occidentales ne savent plus comment se dépêtrer d’un mouvement qui ne leur est plus utile, leur échappe et s’est retourné contre elles. La manière dont elles sont intervenues en Libye a aggravé la situation de la région entraînant notamment une prolifération des armes. Les interventions occidentales en Afghanistan et en Irak ont démontré que les arguments humanitaires cachent des intérêts économiques, politiques et militaires inavouables. L’intervention et l’occupation militaire occidentale n’apporte pas de solution réelle aux problèmes des droits humains. Elle tend même à les aggraver.
Pour le CADTM Afrique, c’est au peuple malien de régler les conflits internes et chasser tous les groupes qu’il considère anti démocratiques et obscurantistes qui veulent imposer leurs lois par les armes.
Le Réseau CADTM Afrique :
- condamne l’intervention impérialiste de la France et de ses alliés au Mali, il appelle à l’arrêt immédiat des bombardements et au retrait des troupes françaises et africaines du Mali ;
- exprime sa solidarité avec le peuple malien et son droit de décider librement de son devenir.
- appelle à un renforcement de la solidarité des Peuples maliens et africains pour barrer la route aux forces de la restauration et de ré-colonisation du Mali et du Sahel ;
- considère que la CEDEAO, organisation sous régionale dirigée par un club de chefs d’États au service des hégémonies américaine et européenne, n’a aucune légitimité et aucun pouvoir légal pour contracter des prêts de guerre au nom du peuple souverain du Mali ;
- invite le Peuple malien à invoquer l’absence de consentement comme fondement juridique d’une répudiation de toute dette héritée de l’intervention étrangère.
- appelle les peuples d’Afrique du nord au sud, du Maghreb au Machrek à s’unir contre les guerres.
Pour le Réseau CADTM Afrique, le groupe de coordination, le 29 janvier 2013

mardi 29 janvier 2013

La reconquête de l’Afrique

par Manlio Dinucci, il manifesto, 29/1/2013.
Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Original:
  La riconquista dell’Africa 
Au moment même où le président démocrate Obama réaffirmait dans son discours d'intronisation que les USA, "source d’espoir pour les pauvres, soutiennent la démocratie en Afrique", d'énormes avions C-17 US transportaient des troupes françaises au Mali, où Washington a installé au pouvoir l’an dernier le capitaine Sanogo, entraîné aux USA par le Pentagone et la Cia, ce qui a aiguisé les conflits internes.

La rapidité avec laquelle l’opération a été lancée, officiellement pour protéger le Mali de l’avancée des rebelles islamistes, démontre qu'elle avait été planifiée depuis longtemps par le socialiste Hollande. La collaboration immédiate des USA et de l’Union européenne, qui a décidé d’envoyer au Mali des spécialistes de la guerre avec des tâches d’entraînement et de commandement, démontre que l’opération avait été planifiée conjointement à Washington, Paris, Londres et dans d’autres capitales. Les puissances occidentales, dont les groupes multinationaux rivalisent pour s’accaparer les marchés et les sources de matières premières, forment un groupe compact quand leurs intérêts communs sont en jeu. Comme ceux qui en Afrique sont mis en danger par les soulèvements populaires et par la concurrence chinoise.

Le Mali, un des pays les plus pauvres du monde (avec un revenu moyen par tête 60 fois inférieur à celui des Italiens, et plus de la moitié de la population sous le seuil de pauvreté), est très riche en matières premières : il exporte de l’or et du coltane, mais les bénéfices finissent dans les poches des multinationales et de l’élite locale. C'est la même chose au Niger voisin, encore plus pauvre (avec un revenu par tête 100 fois inférieur à celui des Italiens) bien qu’il soit un des pays les plus riches en uranium, dont l’extraction et l’exportation sont entre les mains de la multinationale française Areva.


Tiago Hoisel
, Brésil
Ce n’est pas un hasard si Paris, simultanément à l’opération au Mali, a envoyé des forces spéciales au Niger. Situation analogue au Tchad, dont les riches gisements pétrolifères sont exploités par Exxon Mobil (US) et d’autres multinationales (mais des entreprises chinoises sont aussi en train d’arriver) : les miettes qui restent des gains vont dans la poche des élites locales. Pour avoir critiqué ce mécanisme, l’évêque combonien* Michele Russo a été expulsé du Tchad en octobre dernier.

Le Niger et le Tchad fournissent aussi des milliers de soldats, qui sont envoyés au Mali pour ouvrir un deuxième front sous commandement français. L'opération lancée au Mali, avec les forces françaises comme fer de lance, est donc une opération de vaste envergure, rayonnant du Sahel vers l’Afrique occidentale et orientale. Elle se combine avec celle qui a commencé en Afrique du Nord avec la destruction de l’État libyen et les manœuvres pour étouffer, en Égypte et ailleurs, les rebellions populaires.
Il s'agit d'une opération à long terme, qui fait partie du plan stratégique visant à mettre la totalité du continent sous le contrôle militaire des "grandes démocraties", qui reviennent en Afrique avec un casque colonial peint aux couleurs de la paix.
*Missionnaires comboniens du Cœur de Jésus [MCCJ] : congrégation religieuse missionnaire fondée au milieu du XIXe siècle par l'italien Daniel Comboni, mort à Khartoum en 1881 et béatifié en 2003, pour l'évangélisation et la promotion humaine, en Afrique.[NdT]

dimanche 4 novembre 2012

Jamais l’apartheid n’a disparu en Afrique du Sud : il a été la matrice d’un ordre mondial fondé sur la violence et l’illusion

par John Pilger, 19/09/2012. Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala
L’assassinat de 34 mineurs, la plupart tués d’une balle dans le dos, par la police sud-africaine, a mis fin à l’illusion d’une démocratie post-apartheid. Il éclaire le nouvel apartheid mondial, auquel l’Afrique du Sud sert de modèle aussi bien historique qu’actuel.
 
En 1894, longtemps avant que cet infâme vocable afrikaans ne prédise à la majorité du peuple sud-africain « un développement séparé », un Anglais, Cecil Rhodes, surveillait l’application du Gren Gley Act dans ce qui était alors la colonie du Cap. Cette loi avait pour but de contraindre les agriculteurs noirs à rejoindre l’armée de main d’œuvre à bon marché essentiellement destinée à exploiter les mines d’or et autres minéraux précieux qu’on venait de découvrir. Grâce à ce darwinisme social, la société de Rhodes, la De Beers, acquit rapidement un monopole mondial, enrichissant fabuleusement son propriétaire. Fonctionnant en accord avec le libéralisme britannique et US-américain, celui-ci devint un philanthrope adulé, un mécène de nobles causes .
 
Aujourd’hui encore, les bourses de Rhodes destinées aux étudiants d’Oxford sont très appréciées des élites libérales. Leurs bénéficiaires doivent faire preuve de « force de caractère morale » et montrer « sympathie et soutien aux faibles, abnégation, amabilité et sens de la camaraderie. »L’ex-Président Clinton est l'un d'eux, de même que le général Wesley Clark, qui commanda l’attaque de la Yougoslavie par l’OTAN. Le mur que l’on désigne comme mur de l’apartheid a été érigé pour le profit du petit nombre, avec en tête les membres les plus ambitieux de la bourgeoisie.
 
Ce fut une sorte de tabou durant les années de l’apartheid racial. Les Sud-Africains d’origine britannique pouvaient ainsi se targuer d’une opposition apparente à l’obsession raciste des Boers qui leur permettait de mépriser ces derniers, tout en leur servant de façade pour maintenir un système inhumain de privilèges fondés sur la race, mais plus encore sur la classe.
 
Les nouvelles élites noires sud-africaines, dont le nombre et l’influence avaient crû  sans cesse durant les dernières années de l’apartheid, ont bien compris le rôle qu’elles allaient jouer après la « libération ». Leur « mission historique », comme l'écrivait Frantz Fanon dans son classique prophétique, Les damnés de la terre , n’est pas « une vocation à transformer la nation, mais prosaïquement de servir de courroie de transmission à un capitalisme acculé au camouflage et qui se pare aujourd’hui du masque néocolonialiste» (texte des Éditions Maspéro, 1968, p.98)
 
Voilà qui allait comme un gant aux figures dominantes de l’ANC (African National Congress), telles Cyril Ramaphosa, le patron du syndicat « National Union of Mineworkers» et maintenant entrepreneur et multimillionnaire, qui a négocié personnellement le « deal » de partage des pouvoirs avec le régime de F. W. Klerk, et Nelson Mandela lui-même, qui a accepté ce « compromis historique » impliquant que la majorité attendrait longtemps l’égalité en droits et les pauvres d’être délivrés de l’indigence. Ce fut manifeste dès 1985: un groupe d’industriels sud-africains, sous la conduite de Gavin Reilly, Président de l’Anglo-American Mining Company, rencontra en Zambie des personnalités de premier plan de l’ANC. Les deux parties se mirent d’accord pour remplacer l’apartheid racial par un apartheid économique, connu sous le nom de « liberté du marché ».
 
Par la suite, des rencontres secrètes eurent lieu dans une superbe demeure anglaise, la Mells Park House, où un futur Président d’Afrique du Sud but du whisky pur malt en compagnie de chefs d’entreprises qui avaient soutenu l’apartheid. C’est le géant britannique Consolidated Goldfields qui fournit le lieu de rencontre et le whisky. Le but était de couper les « modérés » - comme Mbeki et Mandela - des masses de plus en plus révolutionnaires des townships, où l’atmosphère rappelait les émeutes qui avaient suivi les massacres de Sharpeville en 1960 et Soweto en 1976 - sans l’aide de l’ANC.
 
En 1990, dès que Mandela fut libéré, la«  promesse infrangible » de nationaliser les monopoles ne se fit plus guère entendre. À New York, au cours de sa tournée triomphale aux USA, Mandela déclara : « L’ANC réintroduira le marché en Afrique du Sud. » Lorsqu’en 1997 - il était alors Président - je lui rappelai  cette promesse au cours d’une interview, il me fut clairement répondu : « La politique de l’ANC, c’est la privatisation.»
 
Bercés par le doux jargon de l’entreprise, les gouvernements de Mandela et Mbeki empruntèrent leurs mots d’ordre au FMI et à la Banque mondiale. Tandis que le fossé entre la majorité vivant sans eau courante sous des toitures de zinc et la nouvelle élite aisée dans ses propriétés gardiennées se creusait jusqu’à devenir un abîme, Washington félicitait le Premier ministre Trevor Manuel pour ses « succès macro-économiques ». En 2001 Georges Soros remarquait que l’Afrique du Sud avait été livrée « aux mains du capital international ».
 
Peu avant le massacre des mineurs, qui travaillent pour un salaire de misère dans une mine de platine dangereuse appartenant aux Anglais, l’érosion de l’indépendance économique de l’Afrique du Sud avait été clairement démontrée par la décision du Président Jacob Zuma de stopper l’importation du pétrole iranien, soit 42%, sous la pression de Washington. Le pétrole a déjà subi une forte hausse et le peuple s’est encore appauvri.
 
Cet apartheid économique est maintenant imité dans le monde entier, puisque les pays pauvres se plient aux exigences des « intérêts » occidentaux au lieu d’obéir aux leurs. L’arrivée du concurrent chinois pour l’acquisition des ressources africaines, bien qu’il s’abstienne des menaces militaires et économiques dont sont coutumiers les USA, a fourni un nouveau prétexte pour accroître l’expansion militaire US-américaine et envisager une nouvelle guerre mondiale, ainsi que le prouve le budget militaire et d’armement d’Obama: avec ses 737,5 milliards de dollars, c'est  le plus élevé de tous les temps. Le premier Président afro-américain au pays de l’esclavage préside à une économie de guerre permanente, à un chômage de masse et à l’abandon des droits civiques: un système qui n’a rien contre les Noirs et les basanés, tant qu’ils sont au service de la bonne classe sociale. Mais ceux qui ne se soumettent pas ont toutes les chances de finir sous les verrous.
 
Voilà la voie sud-africaine et américaine qu’incarne Obama, le fils de l’Afrique. L’hystérie des libéraux, exposant que le candidat républicain Mitt Romney est plus extrémiste qu’Obama, n’est rien d’autre que l’éternel choix du « moindre mal » et ne change rien au problème. Ironie de l’histoire, l’élection de Romney à la Maison Blanche réveillera sans doute aux USA une contestation massive que le seul succès d’Obama était d’avoir fait taire.
 
Bien qu’on ne puisse comparer Mandela et Obama - l’un étant une icône de la solidité personnelle et du courage, l’autre un artefact pseudo-politique - l’un comme l’autre ont créé l’illusion qu’ils allaient faire naître un monde nouveau où règnerait la justice sociale, et qui constitue un élément de la vaste illusion, selon laquelle tout effort humain doit être marchandisable, et qui confond médias avec information et conquête militaire avec buts humanitaires. Ce n’est qu’en abandonnant ces fantasmes que nous pourrons vaincre l’apartheid dans le monde entier.
 
 

mercredi 24 octobre 2012

Montpellier, 27 octobre : Le Mali en débats

Note de lecture par Dominique Casajus sur le livre  de Charles Grémont, Les Touaregs Iwellemmedan (1647-1896). Un ensemble politique de la Boucle du Niger, Paris, Karthala, 2010, 552 p.
 La course à l’uranium : Falea, un village du Mali-Éviter le pire !
A écouter, l'émission de  Ruth Stégassy, Terre à terre Syndiquer le contenu 

Nucléaire 1 : Exploitation de la mine d’uranium de Faléa au Mali
06.10.2012 - 07:05
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Avec Many Camara, professeur de sociologie, membre de l'ARACF (Association des ressortissants et amis de la commune de Faléa)

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 53 minutes
 
Emission Terre à terre le samedi de 7h05 à 8h

mardi 28 août 2012

Le volet agressif du dispositif militaire US d’intervention en Afrique sera basé à Vicence, en Italie

par Antonio Mazzeo , 27/8/2012. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original Il nuovo volto aggressivo di US Army Africa Vicenza

Vicence en Italie sera une étape-clé dans le processus de modernisation stratégique de l’armée US. Dans le but de disposer de troupes de plus en plus polyvalentes, flexibles, rapides et efficaces, le Commandement central de l'armée US a annoncé qu’en mars 2013, une brigade de trois mille hommes sera activée pour opérer en Afrique dans le cadre d'un programme pilote baptisé regional alignment concept.
Ce sera un premier test du nouveau modèle structuré sur des bases rotatoires, ce qui - selon le Pentagone – permettra de disposer à l’avance d’un nombre adéquat de soldats prêts à intervenir pour des "missions de courte durée visant principalement la formation et l'entraînement militaire". La "rotation" de la nouvelle brigade régionale alignée sera dirigée par US Army Africa, la composante terrestre du commandement US pour les opérations en Afrique (Africom), stationnée à Vicence. Comme l’a précisé le porte-parole d’Africom à Stuttgart, au printemps prochain, les militaires de la nouvelle force d’intervention  seront engagés dans plusieurs "tours" en Afrique "pour former les troupes locales au soutien." Chaque intervention durera "de quelques semaines à quelques mois" et "comprendra de multiples missions dans divers endroits." Le concept stratégique des  regionally aligned forces sera ensuite étendu au Moyen-Orient et au Pacifique.
La 2e brigade d'infanterie de combat, appeléDagger Brigade ("Brigade poignard") sera la principale unité utilisée pour les missions "pilote" d’U. S. Army Africa. "Les hommes de la brigade 2/1ID Dagger resteront  à Fort Riley, Kansas, pour une bonne partie du temps où ils seront assignés à Africom",  a déclaré Andrew Dennis, un colonel britannique qui travaille pour l'armée US en tant que chef de division pour la "politique de défense et coopération." "Les équipes qui iront en Afrique pourraient être très petites, à un niveau de compagnies, par exemple. Elles pourraient être impliquées dans des missions de bas niveau ou avec une organisation plus structurée, et participer également à des manœuvres proprement dites. "
 
La nouvelle vision opérationnelle et stratégique de l'armée US a été commentée par Lesley Anne Warner, analyste des affaires africaines du Center for Strategic Studies à Washington. "Pour la première fois depuis qu’a été mis en place le commandement unifié pour l'Afrique en octobre 2008, des forces de combat seront affectées à Africom par rotation, qui seront transférées à partir de bases sur le continent nord-américain vers des sites choisis en  Afrique", écrit Warner. «La mise en œuvre de la Regionally Aligned Brigade  indique que les militaires ont reconnu la nécessité de développer un système plus efficace de gestion de la force et d’expérimenter un concept opérationnel plus réduit et plus léger. Ce faisant, ils tenteront de maintenir une présence mondiale pour faire face aux menaces transnationales, en gardant à l'esprit les leçons tirées du travail avec les forces de sécurité locales en Irak et en Afghanistan au cours de la dernière décennie. "
 
Le concept de la nouvelle brigade régionale permettra également au commandement Africom d'élargir les petites missions en cours, tout d'abord, celles qui sont dirigées par le Commandement des Forces Spéciales - Afrique (SOCAFRICA) et par les Forces de la Marine US - Afrique (MARFORAF). "Un exemple de ces opérations est le déploiement d'une centaine d'hommes des forces spéciales pour la formation et le conseil du groupe d’intervention constitué par  quatre pays, l'Ouganda, la République centrafricaine, la République démocratique du Congo et le Sud-Soudan, qui opère pour capturer le chef de l' Armée de résistance du Seigneur, Joseph Kony ", a ajouté l'analyste au Center for Strategic Studies. "L'autre exemple est la Marine Corps Special Purpose - Air Ground Task Force, la composante spécialisée aérienne et terrestre du corps des Marines, composée d'un peu plus de 200 hommes organisés en petites unités, qui est engagée sur la base de Sigonella, en Italie, dans la conduite d’ opérations de coopération de sécurité et de développement de capacités de riposte pour des crises limitées. "
 
L'activation de la nouvelle brigade US est accompagnée par le renforcement de la capacité d'intervention d'urgence et de projection des  unités de l’U.S. Army Africa stationnées à Vicence. Il y a quelques mois, dans la petite ville de Vénétie  a été activée une petite unité, le Headquarters and Headquarters Battalion, pour fournir des services de soutien logistique à tous les militaires engagés dans le continent africain. Au cours de la première semaine de juin, à Vicence sur la base aérienne d'Aviano, a été testé pour la première fois l’emploi du  Contingency Command Post (Poste de Commandement d’urgence) de la US Army Africa (CCP), le commandement mobile destiné à diriger les futurs instruments de coordination et de communication pour  assurer "des réponses flexibles et variées" aux demandes de «déplacement des détachements, d’assistance humanitaire ou d'évacuation des non-combattants." "Les versions du CCP peuvent être configurées aussi bien en équipe de liaison d’une douzaine de personnes qu’en une véritable task force de commandement conjoint en soutien à plus d'une centaine de personnes pour une opération d’US Africom", a déclaré le sergent-major David Brasher, chef du CCP. "L'exercice mené à Vicence et Aviano a certifié la capacité du Contingency Command de l’ U.S. Army Africa à déployer un commandement avancé avec l’équipement appropriés grâce à l'utilisation d'un avion-cargo C-17. Le CCP est prêt à opérer partout où c'est nécessaire, sur tout le continent africain. Il nous faudra ensuite certifier la bonne combinaison aérienne pour embarquer nos approvisionnements en vue de planifier et d'effectuer de nouvelles missions avec la plus grande efficacité. "
 
photoExercice de déploiement d'un Poste de commandement d'urgence sur la base d'Aviano, juin 2012
(Cliquer sur la photo)

 
Le renforcement opérationnel d’ U.S. Army Africa a été souligné par le général David R. Hogg, chef des forces terrestres stationnées à Vicence jusqu'en août dernier : "Avec toujours plus de soldats, US Army Africa continuera à renforcer ses liens avec l'armée et les gouvernements de la région, enseignant des tactiques de guerre, dispensant de la formation dans le domaine de la logistique et de la santé, et combattant la faim, la maladie et le terrorisme", a dit Hogg. "L'armée US permet actuellement à ses soldats de n’intervenir que dans 46 des 54 États africains en raison des dangers pour leur sécurité. Lors de récentes manœuvres, l'armée US a formé les forces armées ougandaises à ravitailler par voie aérienne les commandos qui dans les forêts donnent la chasse aux rebelles de l'Armée de résistance du Seigneur, une milice accusée d'avoir commis des atrocités en Afrique centrale. Aujourd'hui, avec l'autorisation du gouvernement de l'Ouganda, une centaine  de militaires et civils US, dont deux équipe  de combat, contrôle, communication et logistique, fournissent  informations, conseils et assistance aux forces armées partenaires qui luttent sur le terrain contre Joseph Kony " .
 
Grâce à un financement du Département d'Etat, les militaires d’U.S. Army Africa sont également en train d’assurer la formation des troupes des pays africains destinées aux missions controversés de maintien de la paix en Somalie et à la "protection des convois" et à "la prévention de dispositifs explosifs improvisés"  dans Corne de l'Afrique. Dans un avenir proche, selon le général Hogg, l'armée US "devra participer à des cours militaires en Afrique, à l'école française de survie dans le désert de Djibouti, et dans la jungle au Ghana et au Gabon."
 
De Stuttgart les commandants  d’AFRICOM précisent cependant ne pas avoir l'intention, à moyen terme, d'établir des "bases permanentes" sur le continent. Aujourd'hui, les USA possèdent en Afrique, un Forward Operating Site «semi-permanent» au Camp Lemonnier (Djibouti), où ont été déployés plus de 2.000 hommes de la Combined Joint Task Force-Horn of Africa (CJTF-HOA). L'infrastructure est utilisée pour les opérations militaires US dans la Corne de l'Afrique, dans le golfe d'Aden et au Yémen et a été louée par le gouvernement local jusqu'en 2015 avec la possibilité d'une prolongation jusqu'en 2020. Une autre base d'opérations avancée d'AFRICOM est l'île d'Ascension, possession britannique dans l'Atlantique Sud. Parmi ses installations et de soutien,  le commandement de Stuttgart énumère ensuite les bases aéronavales de Rota (Espagne) et Sigonella (Sicile), Aruba (Antilles néerlandaises), Souda Bay (Grèce) et Ramstein (Allemagne).
 
Les forces armées US ont également un accès libre à un nombre indéterminé de bases aériennes et de ports en Afrique et ont mis en place une série d'installations prêtes à être utilisées en cas de besoin et habituellement gérées par les armées locales. Appelées par le département de la DéfenseCooperative Security Locations (CSL), elles se trouvent en Algérie, au Botswana, au Gabon, au Ghana, au Kenya, au Mali, en Namibie, à Sao Tomé-et-Principe, en Sierra Leone, en Tunisie, en Ouganda et en Zambie. Africom a également des bureaux de représentation et de liaison aux QG de l'Union africaine en Ethiopie, d’ECOWAS au Nigeria, du Kofi Annan International Peacekeeping Training Center au Ghana et de l’International Peace Support Training Center au Kenya. Selon une étude exhaustive publiée récemment par le Washington Post, l'armée US disposerait en Afrique aussi de quelques bases aériennes pour le décollage d’avions- espions avec ou sans pilote. Le centre qui coordonne le système de renseignement serait au Burkina Faso sous le couvert d'un programme de surveillance secrète au nom de code Creek Sand, une douzaine de militaires et d’agents de sous-traitance US opèreraient de manière stable dans la zone militaire de l’Aéroport International de Ouagadougou. Les avions espions décolleraient aussi du Mali, de Mauritanie, d’Ethiopie, de Djibouti, du Kenya, d'Ouganda et de  l'archipel des Seychelles (océan Indien). Une autre base top secrète devrait être bientôt activée aussi au Sud-Soudan.
L'excellence guerrière d’U.S. Army Africa Vicence est confirmée par le profil du nouveau commandant nommé il y a moins d'un mois. C'est le général Patrick J. Donahue, venant du Training and Doctrine Command de Langley-Eustis, en Virginie. L'officier supérieur a dirigé de nombreuses unités d'assaut aéroportées et d'infanterie mécanisée, il a été membre de l'équipe qui a planifié les opérations militaires en Irak et, après avoir quitté Bagdad en mai 2003, il a pris le commandement de la 1ère Brigade de la 82ème Division aéroportée à Kandahar, en Afghanistan, en appui à l'opération Enduring Freedom. Après une nouvelle mission en Irak en 2004, en 2005-2006 général Donahue a servi en tant que commandant de la région orientale de la force multinationale en Afghanistan, dirigeant de sanglantes opérations de "contre-insurrection" dans la province de Khost. Maintenant, pour ce militaire, est arrivé le moment d'intervenir sur le "chaud" continent africain.

jeudi 23 août 2012

Mo et Saamiya, les deux faces de la Somalie

par Igiaba Scego, 18/8/2012. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
 Mo Farah, qui est arrivé en tant que réfugié au Royaume-Uni, est maintenant un héros national : après avoir remporté le 10 000 et  le 5 000 mètres, il a également été reçu par Cameron. Saamiya, en revanche, qui avait couru le 200 mètres aux JO de Pékin – il n’y avait là que deux athlètes somaliens – n’était pas à Londres : elle est morte dans une charrette de la mer  en essayant d'atteindre l'Occident pour échapper à la guerre.
Une des photos des Jeux Olympiques de Londres les plus partagées sur les réseaux sociaux était celle d'Usain Bolt dansant à côté du jeune et étonnant athlète britannique Mo Farah. Le roi des Jeux Olympiques plaisante pas avec le roi d'Angleterre, a-t-on entendu de toutes parts.  En fait, Mo Farah après avoir triomphé dans ses deux disciplines, le 10 000 mètres et le 5 000 mètres, a été célébré en grande pompe aussi bien par par les institutions que par le public de son pays.
Cameron l’a reçu à Downing Street, les Postes royales ont fait repeindre d’or en son honneur la boîte aux lettres devant le bureau de poste d’Isleworth et de nombreux Britanniques envisagent, après son exploit, d'appeler leurs prochains enfants Mo. En peu de temps, un garçon simple et un peu timide est devenu le symbole de tout un pays. Et même, à y regarder de plus près, de deux pays. En fait, Mo Farah est d'origine somalienne. Il est né en 1983 à Mogadiscio, en Somalie, un pays encore ravagé par une terrible guerre civile.
 
Aujourd'hui, la Somalie est à la veille d'un vote délicat, le 20 août on élira un nouveau président. Une élection très attendue qui pourrait vraiment conduire le pays vers un avenir de paix et d'espoir. Il y a encore beaucoup de doutes, l’issue de l'élection est incertaine, mais les Somaliens semblent cette fois-ci y croire sérieusement. Même ceux qui se sont réfugiés à l'étranger envisagent maintenant de rentrer, sinon pour toujours, du moins pour jeter un coup d’œil. Les vols à destination de Mogadiscio sont pleins depuis des mois, il n'y a plus de places jusqu'en novembre, disent les gens bien informés.
 
Il y a une ébullition. Certes, trouver une maison à Mogadiscio n'est pas facile. Seul un petite portion de territoire a été «pacifiée». Et c'est dans cette partie que se déroule la vie politique et sociale de la nouvelle Somalie. Tout cela a bien sûr un coût prohibitif et cela ne met pas à l’abri d’éventuels attentats-suicides d’Al Shabab, le groupe fondamentaliste somalien lié au terrorisme international. Pour cette raison, les loyers montent en flèche à Mogadiscio. Les prix du marché de l'immobilier frôlent ceux du Marais à Paris. Pur surréalisme de  guerre.


Mo Farah exulte avec Usain Bolt
Mais beaucoup de gens puisent dans leurs économies pour  pouvoir assister à une journée annoncée par beaucoup comme un événement historique. Certains ont ouvert des restaurants après 25 ans de vie en Occident, d’autres font de l’'import-export entre la Turquie et la Somalie, d’autres encore ne sont là que pour la nostalgie. Il y a un peu de tout dans ce Mogadiscio de 2012. Une réalité en mouvement dont les médias mondiaux s’occupent peu et toujours avec les vieux schémas de la guerre froide. Et c’est cette réalité en mouvement que Mo Farah a en quelque sorte représenté avec sa foulée de guépard. Une course impossible à arrêter que la sienne. Et très belle.
 
Une course qui a pu s'épanouir grâce aux efforts de son professeur d'éducation physique Alan Watkinson. Mo, qui se  rêvait ailier droit à Arsenal s’est retrouvé au lieu de cela, par une nuit  d'août, couronné roi d'Angleterre dans un stade. Le garçon réfugié qui ne parlait pas un mot d'anglais est devenu une star sportive.  Carrière fulminante que celle du jeune Anglo-somalien. On n’oubliera pas de sitôt  l'étreinte de sa fille Rihanna et le baiser de Tania, sa compagne, enceinte de jumeaux. Cartes postales à encadrer, surtout pour une communauté comme la somalienne, qui a tant souffert ces dernières années.
 
Mais les faces d'une médaille sont toujours deux. Si l’une montre la gloire de Mo Farah, l'autre raconte l'histoire d'une Somalie qui souffre encore et qui a cessé de croire en un avenir possible sous l’équateur. C’est un ancien athlète somalien, le seul à avoir remporté une médaille pour ce pays en conflit perpétuel, qui est venu rappeler la face obscure de cette histoire. Son nom est Abdi Bile. Inconnu en Occident, c’est un héros pour ses compatriotes qui se souviennent encore avec émotion la médaille d'or aux 1500 mètres gagnée aux championnats du monde de Rome en 1987.
 
Abdi Bile, vieilli mais toujours indompté, s’est adressé dans un Somalien du passé au public rassemblé pour entendre les membres du Comité National Olympique. Abdi Bile pose une question, il demande: «Savez-vous ce qui est arrivé à Saamiya Yusuf Omar?". Personne ne connaît cette fille. Abdi Bile explique patiemment qu'elle a pris part aux Jeux de Pékin en 2008. Il étaient deux à porter le drapeau de la Somalie lors de la parade olympique, l’une était justement Saamiya. Les gens murmurent.
 
Ils ont un peu honte de ne pas connaître le nom  de cette jeune fille qui est allée toute seule  courir le 200 mètres à Pékin. Abdi Bile a une voix étranglée, il ne sait pas comment continuer son histoire. Une larme coule sur son visage marqué. Quelqu'un lui tend un mouchoir, mais il dit « je n'en ai pas besoin «  et continue : « la jeune fille, Saamiya est morte... morte en essayant d’atteindre l'Occident. Elle avait pris une charrette de la mer qui aurait du la conduire de Libye en Italie. Elle n’y est pas arrivée. C'était une très bonne athlète. Une fille splendide. »


L'athlète somalienne Saamiya  Yusuf  Omar
Le public applaudit. Un peu pour désamorcer cette infâme tension, un peu parce que cette douleur est aussi la sienne. Toutes les familles somaliennes ont eu affaire  à ces charrettes. Tout le monde a eu des parents prisonniers dans les camps libyens ou morts en Méditerranée. Saamiya et Mo, deux destins similaires qui ont emprunté des chemins différents. Saamiya, comme Mo, avait fait beaucoup de sacrifices  pour participer aux Jeux de Pékin en 2008. Le pays était dominé par des fondamentalistes islamiques, qui ne voient pas d’un bon œil une femme faisant du sport. Mais Saamiya avait des rêves. Elle avait grandi dans la pauvreté, aînée de six enfants. Elle voulait y arriver à tout prix. Elle sentait qu’en s’entraînant bien, elle aurait quelque chose en retour.
 
Londres 2012 était à son programme. Après Pékin,  la terre magique qui avait donné refuge à un grand nombre de ses compatriotes ne lui semblait plus si lointaine.
 
En surfant sur la toile, vous rencontrerez souvent le visage adolescent de Saamiya. On la voit dans l'uniforme bleu de la Somalie et avec un bandeau blanc retenant ses belles tresses noires. Wikipedia a une fiche sur elle. Wikipedia sait que Saamiya est née en 1991, la première année de la guerre en Somalie, mais ne sait pas qu’elle est morte en Méditerranée.
 
Mo Farah  et Saamiya Yusuf Omar, deux jeunes, le même pays de naissance, des destins croisés et opposés. « Nous sommes ravis pour Mo, il  est notre fierté», a déclaré Abdi Bile , « mais n'oublions pas Saamiya ». Le président (ou la présidente: Il ya deux femmes candidates) qui sortira des urnes devra tenir compte de ces deux destins s’il ou elle veut  conduire ce pays blessé vers un avenir sans guerre.