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lundi 23 juin 2014

Israël et la paix... des cimetières !

Destruction d'un cimetière musulman à Jérusalem
par  Yakoubîa Oum X, 22/6/2014
 
Depuis sa création, l’État d'Israël s'est efforcé de rayer de la carte de la Palestine toute trace historique des Palestiniens, changeant le nom des localités après les avoir rasées, expropriant les habitants légitimes de leurs maisons et de leur terres, et détruisant leurs plantations d'oliviers jusqu'à aujourd'hui.

 
Mais la dernière offensive en date est particulièrement violente, car elle touche cette fois au sacré ! Le cimetière de Mamilla -anciennement Ma'man Allah, à Jérusalem-Ouest- est en passe d'être entièrement détruit. Le gouvernement israélien et le Centre Simon Wiesenthal -institution spécialisée dans la chasse aux criminels nazis mais reconvertie comme machine de propagande israélienne- sont en effet en train d'y construire « Le Musée de la dignité humaine et de la tolérance ». La construction de cet édifice a déjà donné lieu à l'exhumation de centaines de tombes, et le sort des restes humains déterrés est à ce jour inconnu.
 
La profanation de mille autres sépultures est aussi prévue, pour étendre la surface de ce musée, érigé tel un temple pharaonique, à 400 m du mur d'enceinte de la vieille ville. Une scandaleuse interprétation de la dignité humaine et de la tolérance qui laisse paraître le mépris outrecuisant des Israéliens pour ces goys (non-juifs) de Palestiniens, doublée d'un prétexte fallacieux pour effacer toute trace de la présence millénaire des musulmans à Jérusalem ! Le pire, c'est que l'Unesco a donné tacitement son feu vert à ce projet, alors qu'Israël, comme les États-Unis, a cessé de lui payer sa contribution financière depuis 2011. Dix ans de campagne internationale pour la protection du cimetière de Mamilla foutus en l'air !
 
Un comble, car celui-ci devrait figurer au catalogue de l'Unesco comme patrimoine de l'humanité ! C'est en effet l'un des plus anciens cimetières musulmans, voire même un lieu saint, qui daterait du 7ème siècle, époque où des compagnons renommés du prophète Mohammad y furent enterrés. De
nombreux saints de la voie soufie, ainsi que des fonctionnaires, des universitaires et des notables appartenant aux grandes familles de Jérusalem y furent aussi inhumés au cours de ces mille dernières années. Les descendants de ces familles ont d'ailleurs interpellé les institutions internationales depuis 2010, au moment où les travaux du nouveau musée commençaient quasi-clandestinement. En vain jusqu'à ce jour !
 
Pourtant, déclaré historique en 1927 par le Conseil suprême musulman, le cimetière de Mamilla avait aussi été reconnu comme site d'antiquités par les autorités du Mandat britannique en 1944. Il était actif jusqu'en 1948. Mais lorsque, cette année-là, le nouvel État juif s'empara de la partie occidentale de Jérusalem, le cimetière est passé sous contrôle israélien. Comme d'autres propriétés de dotation islamiques -biens waqf- le cimetière de Mamilla fut volé par le Dépositaire pour les biens des Absents, une administration israélienne spécialisée dans la spoliation des biens des Palestiniens. Depuis, les autorités musulmanes n'ont pas été autorisées à veiller à son entretien, malgré leurs multiples recours devant les tribunaux.
Le cimetière fut mis ensuite sous la tutelle du ministère israélien des Affaires religieuse qui l'a reconnu comme étant « l'un des cimetières musulmans les plus renommés, avec ses soixante mille tombes de guerriers des armées de Saladin et ses nombreux savants musulmans », et s'était engagé à le protéger. Ainsi, en réponse à une enquête de l'Unesco effectuée en 1986 sur les projets d'urbanisme prévus déjà à l'époque sur le périmètre du cimetière, les autorités israéliennes avaient déclaré : « Il n'existe aucun projet de désacralisation du site et au contraire, ses tombes doivent être préservées ». Une déclaration fallacieuse masquant le fait que, dans le même temps, une grande partie du cimetière était en train d'être détruite !
 
Car malgré la reconnaissance officielle de son importance et son enregistrement par l'Autorité israélienne des antiquités, le cimetière de Mamilla n'a cessé d'être empiété par la construction de bâtiments, de parcs et même de parkings. En fait, le musée Simon Wiesenthal n'est que le dernier projet en date. Une vraie provocation d'Israël pour tous les Musulmans du monde et un mépris total du patrimoine de l'humanité !

Signez la pétition pour la protection du cimetière de Mamilla : http://www.mamillacampaign.org/sign_f.php
 

dimanche 6 avril 2014

Mahmoud Abbas contre Mohamed Dahlan : le bras de fer final

Le feuilleton sanglant des pantins continue

par Ramzy Baroud, 31/3/2014 
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala 
Les deux plus pitoyables pantins de la scène palestinienne semblent s'être lancés dans un bras de fer final. Enjeu : la place de Premier Pantin. Ramzy Baroud récapitule les épisodes de cette zizanie qui contient tous les ingrédients d'un feuilleton criminel, avec beaucoup de sang, beaucoup d'argent et beaucoup de méchants.


Quand le défunt leader palestinien Yasser Arafat était confiné par les soldats israéliens dans son QG de la Mouqataa à Ramallah, Mohammed Dahlan régnait en maître. Celui qui était sans doute le membre le plus puissant et efficace de la  “Bande des Cinqˮ gérait les affaires du Fatah "au pouvoir", assurait la coordination avec Israël sur les questions de sécurité, grenouillait et magouillait dans tout ce qui touchait aux affaires régionales et internationales.

On était alors entre mars et avril 2002, et c'était d'autres temps. En ce temps-là, Dahlan - ancien ministre de l’Autorité palestinienne (AP), ancien conseiller à la Sécurité nationale, ancien chef du Service de sécurité préventive (SSP) à Gaza – faisait la pluie et le beau temps. Tous ses rivaux avaient été comme par hasard écartés de la scène. Arafat était alors emprisonné dans son bureau de la Mouqataa, et le plus sérieux concurrent de Dahlan, Jibril Rajoub, chef du SSP en Cisjordanie, avait été discrédité d’une manière très humiliante. Au cours de la phase la plus violente de la répression de la deuxième Intifada par Israël (2000 - 2005), Rajoub avait livré le QG du SSP - avec tous les prisonniers politiques palestiniens, principalement du Hamas et d'autres groupes opposés au Fatah, qui y étaient détenus - à l’armée israélienne et était parti. Depuis cela, l’étoile de Rajoub avait pâli, devenant un sombre chapitre de l’histoire palestinienne. Mais pour Dahlan, c’était un nouveau départ.



Jibril Rajoub

Sombre histoire
Pour asseoir leur pouvoir nouvellement acquis, les milices du Fatah loyales à Dahlan et à sa  “Bande des Cinqˮ firent comprendre clairement à tous les petits chefs ambitieux du Fatah que le mouvement avait une nouvelle direction. La Bande des Cinq avait  “mis au rencart la faction de Jibril Rajoub en Cisjordanie », rapportait l'agence UPI,  “et les hommes de Dahlan ont même malmené des équipes de gros bras de Rajoub ». La Bande des Cinq était composée de Dahlan, du ministre des ONG Hassan Asfour, du négociateur en chef Saëb Erakat, de Mohamed Rachid et de Nabil Sha’ath. Asfour et Rachid ont récemment refait surface avec des accusations de corruption et d’implication dans des meurtres. Tous les cinq faisaient de l'agitprop en faveur d'un retour aux négociations directes avec Israël, appelaient à mettre fin à l’Intifada, en particulier son volet armé, et ils voulaient restructurer les services de sécurité de l’AP en une organisation unifiée et dirigée par Dahlan, avec le soutien de la CIA et des agences de renseignements de l’Égypte, de la Jordanie et de l’Arabie Saoudite.
De g. à dr. Mohamed Rachid, Hassan Asfour et Mohamed Dahlan, en 2002...


..et Mohamed Rachid, alias Khalid Salam, plus récemment. Ce Kurde d'Irak a participé comme membre d'un groupuscule communiste à la guerre civile libanaise puis s'est infiltré dans l'entourage d'Arafat, qui l'avait surnommé  "al-Jasus" (L'Espion). Condamné par contumace par un tribunal palestinien pour avoir détourné 34 millions de dollars, il est réfugié au Canada, dont il a obtenu la citoyenneté en 2003.
Ce n’est pas une histoire dont la direction du Fatah, y compris Dahlan, aime qu'on la lui rappelle. Cette histoire est trop dangereuse : elle met en lumière la réalité dans laquelle était engluée la couche dirigeante de l’AP à Ramallah, et qui continue de la façonner, avec des retombées sur tous les aspects de la vie des Palestiniens. L’AP a mis à l’écart l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), autrefois prépondérante et le Conseil national palestinien (CNP). Malgré ses lacunes et ses blocages, le CNP avait fait office de parlement pour les Palestiniens de partout. Beaucoup de Palestiniens ont été accablés en constatant qu’un seul parti, le Fatah - ou plus exactement un petit groupe dans un mouvement autrefois révolutionnaire -, exerçait une domination totale sur les prises de décisions politiques palestiniennes, la redistribution économique et le reste.


Nabil Sha’ath                                                                                          Saeb Erakat
La deuxième Intifada, qui commença en septembre 2000, à la différence de la première Intifada de 1987, fit beaucoup de dégâts. Elle semblait manquer d’objectif commun, était plus militarisée, et permit à Israël de reformater la scène politique post-Intifada et post-Arafat en privilégiant ses alliés dignes de confiance dans le camp palestinien. Dahlan et l’actuel président de l’AP, Mahmoud Abbas, élu en 2005 pour un mandat de cinq ans, furent épargnés par les purges israéliennes. Hamas perdit plusieurs strates de dirigeants, tout comme le Djihad islamique et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) qui, comme d’autres groupes de gauche, souffrit de mesures répressives et d’assassinats massifs. Même les militants du Fatah payèrent un prix terrible en sang et en emprisonnements à cause du rôle dirigeant qu’ils avaient joué dans l’Intifada. Mais pour Abbas et Dahlan, les choses furent plus aisées. En fait, au moins pour un certain temps, l’Intifada avait eu des retombées bénéfiques pour certains leaders palestiniens qui avaient été relégués dans des rôles mineurs. Les manigances israéliennes et la pression US ont aidé à les remettre sous les feux de la rampe.

Dahlanistan
Douze ans plus tard, Abbas et Dahlan sont à nouveau au centre de l’attention. Abbas, 79 ans, est le président vieillissant d’une autorité qui a accès au tiroir-caisse mais sans souveraineté ni poids politique (hormis ce que permet Israël). Dahlan, 52 ans, est en exil dans les Émirats arabes unis après que ses partisans  ont été chassés de Gaza par le Hamas en 2007, puis de Cisjordanie par son propre parti en juin 2011. Cela s'est passé après qu’il eut été accusé de corruption et de responsabilité dans l’empoisonnement d’Arafat pour le compte d’Israël. Mais Dahlan, aidé par de puissants amis en Égypte et dans le Golfe, et par ses vieux contacts barbouzards en Israël et aux USA, est en train de comploter pour organiser son retour.
Abbas sait que son pouvoir approche d’une transition délicate, pas seulement à cause de son âge. Si au 29 avril, date limite de la médiation fixée par le secrétaire d’État US John Kerry, il n'y a pas de résultats significatifs, comme ce sera vraisemblablement le cas, il ne sera pas facile pour Abbas de garder le contrôle des différentes cliques concurrentes du Fatah. Et comme Dahlan trouve et manipule avec perspicacité les brèches dans lesquelles s'engouffrer pour retrouver grâce aux yeux d'un milieu politique qui l’a plusieurs fois rejeté, Abbas se lance dans la bagarre en prévision d’un bras de fer. Dahlan lui rend la monnaie de sa pièce, en partie par les temps d'antenne qui lui sont généreusement accordés par des médias égyptiens. Le Fatah est à nouveau en crise, et vu sa prépondérance politique, toutes les institutions politiques palestiniennes vont en souffrir.
Comment est-il possible que Dahlan, accusé de crimes abominables pendant son règne à Gaza, reste présentable ? Il a été accusé de torture, d’espionnage et d’assassinats pour le compte d' Israël. De plus, d’après une enquête de Vanity Fair d’avril 2008, il a tenté un coup d’État à Gaza contre le gouvernement élu de Hamas, ce qui a conduit à une guerre civile, à la prise de pouvoir par le Hamas à Gaza, et à approfondir la désunion qui accable toujours les Palestiniens. Avant son expulsion par le Hamas, Dahlan commandait une force sécuritaire de 20 000 hommes dans Gaza appauvri et dirigeait une unité spéciale financée et entraînée par la CIA. La bande de Gaza était appelée par certains, avec une ironie cruelle et parlante, le Dahlanistan.
Même après qu'il eut été banni de Palestine à la fois par le Fatah et Hamas, le nom de Dahlan a continué à être associé à des conflits sanglants dans d’autres parties du Moyen-Orient. En avril 2011, le Conseil national de transition de Libye l’a accusé d'être impliqué dans une cache d’armes israéliennes que l’ancien leader libyen Mouammar Kadhafi était censé avoir reçu. Les Libyens mentionnèrent aussi le nom de Rachid. Le Fatah avait promis une enquête – vu notamment que Rachid était membre du Comité central du Fatah, mais l’incident n’a été qu’un nouvel élément dans la longue liste d’enquêtes sur les crimes attribués à Dahlan.
Le Hamas, “dénominateur communˮ
Les choses ont empiré quand un leader du Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, a été assassiné à Dubaï en janvier 2011. Alors que le Hamas maintient que le Mossad était derrière l’assassinat (comme le prouvent des enregistrements vidéo), deux des suspects arrêtés à Dubaï pour leur implication supposée et pour avoir fourni un soutien logistique à l’équipe de tueurs du Mossad - Ahmed Hassanain et Anouar Shheibar – travaillaient pour une entreprise de BTP de Dubaï appartenant à Dahlan. Ils sont aussi liés à un escadron de la mort commandé par Dahlan à Gaza, qui était chargé de liquider des dissidents palestiniens.


Hommage au martyre Mahmoud al-Mabhouh
La reprise de la chamaillerie entre Abbas et Dahlan confirme les nombreux soupçons des détracteurs du Fatah sur le rôle joué par la direction du mouvement dans la conspiration avec Israël pour détruire la résistance. Mais bizarrement, Abbas et Dahlan continuent de se présenter comme les sauveurs des Palestiniens, tout en s’accusant mutuellement d'être des collabos d'Israël et des larbins des US-Américains. La plupart des Palestiniens ne sont pas du tout amusés, et même le dirigeant du Hamas Moussa Abou Marzouk a appelé Abbas et Dahlan à  “se retenir d’échanger des accusations qui ne servent que les intérêts israéliensˮ. Il a ajouté : “Le Hamas prend ses distances avec les querelles entre Abbas et Dahlan, même s'il [le Hamas] est un dénominateur commun entre les deux partiesˮ.
Le commentaire d’Abou Marzouk sur le  “dénominateur communˮ se référait à la liste des accusations d’Abbas contre Dahlan, dont le rôle supposé de ce dernier dans l'assassinat, en 2002, du leader du Hamas Salah Shehadeh, de sa famille et de plusieurs de leurs voisins dans une frappe aérienne israélienne. Abbas a aussi laissé entendre que Dahlan avait joué un rôle dans l’empoisonnement d’Arafat en 2004. Le président de l’AP évoquait  “trois espionsˮ qui travaillaient pour Israël et avaient commis des assassinats de Palestiniens de haut niveau. Outre Dahlan, il citait  Hassan Asfour, un autre membre de la  “Bande des Cinq ». Le Hamas a immédiatement demandé une enquête.
On est en droit de se poser une question : si Dahlan était impliqué dans ces crimes au vu et au su des leaders du Fatah et des responsables de l’AP, pourquoi ceux-ci ont-ils continué à confier à Dahlan des responsabilités dans des domaines sensibles ? Le moment choisi par Abbas pour passer à l'attaque n’est pas du au hasard. Abbas redoute de plus en plus une tentative, impliquant les puissances régionales, de réintroduire Dahlan dans la scène politique palestinienne. Pour Ramallah, le séjour confortable de Dahlan aux Émirats, ses rencontres fréquentes avec le gratin de l’armée égyptienne son accès à de grosses sommes d’argent sont autant de sources d’inquiétude.

Accès aux médias
La plateforme médiatique choisie par Dahlan pour répondre à Abbas le 16 mars est intéressante. Il a lancé son attaque sur la chaîne privée de télévision Dream2 en Égypte. Durant une interview qui a duré des heures [exactement 2 heures et 27 minutes, Note de Tlaxcala], Dahlan s'est vu offrir un espace incontesté pour exposer son agenda politique.  “Le peuple palestinien ne peut plus supporter une catastrophe comme Mahmoud Abbasˮ, a dit Dahlan.  “Depuis le jour où il a pris le pouvoir, les tragédies ont frappé le peuple palestinien. Je suis peut-être un de ceux qui sont à blâmer pour avoir infligé cette catastrophe au peuple palestinien ˮ. (lire une transcription d'extraits en anglais)
Il n'est pas clair en quoi Dahlan est responsable d'avoir "porté" Abbas au pouvoir, mais il est évident que le bras de fer entre les deux hommes qui ont été autrefois alliés contre Arafat a atteint un nouveau niveau. Dahlan a tenté de se donner une stature d'homme d'État, mais il n'y a pas réussi.  “Je ne veux pas m'éterniser sur ce discours ridicule dans lequel Mahmoud Abbas s’est couvert de honteˮ, a dit l’ancien chef de la sécurité.  “Il se fiche de savoir si d’autres gens l’insultent ou s’il se couvre de honte. Il est habitué à ce que les gens le traitent avec mépris… Quand (le Fatah était) en Tunisie, ils l’appelaient le président de l’Agence Juiveˮ.
Quand le Hamas a investi la maison de Dahlan à Gaza en 2007, ils ont découvert un énorme stock d’armes non enregistrées et des milliers de balles. Ils ont aussi trouvé des piles de photographies de lui avec des hauts responsables militaires et du renseignement israéliens. Les photos suggéraient des relations amicales entrent Dahlan et les leaders israéliens responsables d’une violence considérable contre les Palestiniens.
Mais les aventures de Dahlan, semble-t-il, ne se limitent pas à des déclarations à l'emporte-pièce sur le président de l’OLP. Ses partisans dans le désert du Sinaï sont soupçonnés d'y faire des ravages des ravages et d’être fortement impliqués dans la violence dans la région. Et sa femme a été accusée de distribuer de grosses sommes d’argent à des Palestiniens sélectionnés dans les camps de réfugiés au Liban. La saga de Dahlan va connaître des développements, et elle est inextricablement liée au coup d’État en Égypte et au rôle des Émirats dans la région. Les membres et sympathisants du Fatah qui ne sont loyaux ni envers Abbas ni envers Dahlan pensent que leur mouvement doit récupérer son identité révolutionnaire, la raison même de son existence.
 

mardi 4 février 2014

Un éditorial historique du New York Times en faveur du boycott d'Israël

Dans l'État de New York, un projet de loi anti-BDS menace la liberté d'expression
Éditorial du New York Times, 4/2/2014
Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
 Original: A Chill on Speech
L'Assemblée législative de l'État de New York s'apprête à adopter une loi qui interdirait le financement par  l'État de groupes universitaires qui ont pris des mesures officielles de boycott des institutions d'enseignement supérieur en Israël. L'initiative, qui a été adoptée la semaine dernière par le Sénat de l'État, est actuellement en instance devant l'Assemblée. Elle devrait être rejetée par les législateurs, ou, si ceux-ci s'avèrent incapables de le faire, le gouverneur Andrew Cuomo devrait y opposer son veto.
 
Le projet de loi a été introduit après que l'American Studies Association, une organisation de chercheurs, a adopté en décembre une résolution en faveur de l'appel lancé par les Palestiniens à boycotter les institutions universitaires israéliennes . Le groupe a déclaré qu'il refuserait toute collaboration formelle avec les institutions universitaires israéliennes ou avec des chercheurs représentant ces institutions ou le gouvernement israélien jusqu'à ce que "Israël cesse de violer les droits humains et le droit international." Le boycott ne s'applique pas aux chercheurs israéliens individuels engagés dans des échanges ordinaires.
American Studies Association under attack over BDS campaign


La résolution a fait des vagues car elle reflète un soutien croissant pour le mouvement palestinien en faveur du boycott, du désinvestissement et des sanctions alors que les Palestiniens et les Israéliens abordent une phase cruciale dans les efforts de paix sous médiation US. Les USA devraient bientôt révéler le cadre d'un accord de paix qui a été l'objet de négociations depuis des mois.
 
Le projet de loi new-yorkais est une réponse malvenue à la résolution de l'American Studies Association et serait un empiètement  sur les libertés académiques et une atteinte à la liberté d'expression et au droit à la dissidence. Les universitaires sont préoccupés à juste titre par le fait qu'il imposera un critère politique aux membres du corps professoral qui cherchent un soutien universitaire pour les réunions et voyages de recherche. Pour l'Association américaine des professeurs d'université, qui s'oppose aussi bien au boycott par l'association qu'à une loi de rétorsion, il y a déjà des contrecoups, comme en Géorgie, où un groupe juif a dressé une "liste noire politique " des professeurs et des étudiants des cycles supérieurs soutenant le boycott.

Un réel soutien à Israël peut être manifesté  par la promotion d'un débat honnête sur le projet d'accord-cadre de paix et en encourageant les Israéliens et les Palestiniens à faire un effort sincère pour parvenir à un accord durable pour une solution à deux États.
 

samedi 11 janvier 2014

Disparition du bulldozer le plus cher de l'histoire-Les trois vies d'Arik : tueur décoré, politicien culotté, légume assisté


par FG, 11/1/2014
Ariel Sharon est enfin officiellement mort, à 85 ans, ce samedi 11 janvier 2014. Depuis 8 ans, il était réduit à l'état de sous-légume, maintenu artificiellement en vie pour la modique somme de 296 000 Euros par an, en grande partie aux frais des contribuables d'Israël. Ses huit années de coma entretenu auront donc coûté 2 millions et demi d'Euros. Les Israéliens, à commencer par Bibi Nétanyahou, l'avaient déjà enterré. Oublié le "héros" de toutes les guerres d'agression et de conquête sionistes, celui qu'on avait surnommé "le Bulldozer". Il avait dit un jour à des journalistes britanniques :"Même les moutons ont peur de moi".
"Normalement", Ariel Sharon aurait du mourir à l'infirmerie de la prison néerlandaise où sont détenus les criminels de guerre condamnés par la Cour Pénale Internationale, ou bien mourir dans une infirmerie de prison israélienne après avoir été condamné, par exemple, pour les pots-de-vin touchés du businessman Martin Schlaff.
Mais il n'y a pas de normalité en ce qui concerne Israël, "seul-État-démocratique-du-Moyen-Orient" (avec guillemets) et seul État doté d'armes nucléaires du Moyen-Orient (sans guillemets).
Ariel Scheinermann était né le 26 février 1928 dans le moshav de Kfar Malal d'un père agronome polonais et d'une mère biélorusse. Donc un vrai Sabra. Il commence sa carrière de tueur sioniste très jeune et participe à la guerre de 1948 dans la Haganah. Ensuite il gravit les échelons dans la nouvelle armée israélienne, Tsahal, au fil des guerres et des campagnes de nettoyage. Les premiers crimes de guerre qu'il ordonne contre des civils palestiniens remontent à 1952, lorsqu'il est à la tête de l'Unité 101, première unité de forces spéciales sionistes, qui deviendra mondialement célèbre après le massacre de 70 habitants du village de Qibya (Cisjordanie) le 14 octobre 1953.
"Arik" s'illustrera en 1956, lors de l'expédition de Suez" par le massacre de plus de 200 prisonniers égyptiens et civils soudanais attribué au 890ème régiment de parachutistes qu'il commande. Devenu un "héros de guerre" au cours de l'occupation du Sinaï en 1967, il effectue le sale boulot dans la Bande de Gaza, où ses hommes, de 1971 à 1973, tuent plus de cent civils palestiniens et en capturent plusieurs centaines, au nom, bien sûr, de la lutte contre le "terrorisme".
Sacré de nouveau "héros" de la guerre d'octobre 1973, pour avoir provoqué la capitulation de la 3ème armée égyptienne, il entre alors en politique. Il utilisera sur ce terrain les méthodes développées dans ses guerres, pratiquant l'attaque-surprise et la ruse brutale propres au Blitzkrieg. Ministre de la Défense en 1982, il supervise l'invasion du Liban et le "nettoyage" de Beyrouth, au cours duquel les miliciens libanais de la droite chrétienne procèdent au massacre de civils dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila. Sharon suivra personnellement le massacre à la jumelle depuis une terrasse avec vue plongeant sur les camps.
En 2000, il monte une provocation – une visite sur l'Esplanade des Mosquées à Jérusalem, alors qu'il est ministre des Affaires étrangères – qui déclenchera la 2ème Intifada. Premier ministre à partir de 2001, il a une première attaque cérébrale en décembre 2005 et une seconde en janvier 2006, ce qui provoque sa destitution pour inaptitude à gouverner le 14 avril 2006. Il entre alors dans la dernière phase de sa vie, celle de légume.
Véritable figure gargantuesque – il commençait sa journée par une omelette de 24 œufs -, Ariel Sharon laissera le souvenir de tout ce qu'il y a de plus haïssable dans l'absurde projet sioniste. Il brûlera éternellement en enfer.

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- Sharon? Votez Sharon…
- Qu'est-ce qu'il y a qui va pas ? Vous n'avez jamais vu un politicien embrasser un bébé ?

Caricature de Dave Brown publiée par The Independent (R-U) en janvier 2003, et désignée Caricature de l’Année (2003) par la British Political Cartoon Society.

mercredi 2 janvier 2013

En dépit de ses affirmations, Ikea Israël refuse de livrer aux Palestiniens de Cisjordanie, alors qu’il fournit les colons

par Adri Nieuwhof, 4 et 28/12/2012. Traduit par JPP et Fausto Giudice
Ikea affirme publiquement que son magasin israélien fournit quiconque, sans distinction de race, de religion ou de nationalité. Mais une nouvelle fois, la preuve est faite que les affirmations d’Ikea sont fausses.
En mon nom et à ma demande, un Palestinien parlant hébreu, Iyad Misk, qui vit en Cisjordanie, a appelé Ikea pour s’informer sur les livraisons dans son village palestinien de Beit Sahour, près de Bethléhem.
Dans un courriel du 3 décembre, on me fait savoir que ma demande a été transférée à la société Moviley Dror qui fait les livraisons pour le magasin.
Le représentant « Sholy » de la société déclare que, bien que la livraison au check-point près de Bethléhem soit possible, Moviley Dror n’entre pas dans les zones de l’Autorité palestinienne. Parce que c’est dangereux, prétend Sholy.
Sholy précise que Moviley Dror ne passe pas le check-point, même si la zone est classifiée comme Zone C selon les Accords d’Oslo (une partie du village de Beit Sahour est en Zone C). La Zone C couvre plus de 60 % de la Cisjordanie et se trouve sous le total contrôle militaire israélien.
Environ 150 000 Palestiniens vivent en Zone C, selon le bureau des Nations-Unies pour la Coordination des affaires humanitaires (OCHA). Au total, 650 000 colons israéliens vivent en Cisjordanie occupée, dont 300 000 à Jérusalem Est, rapportait le journal britannique The Guardian, en juillet. Il est évident que ces colons représentent un marché substantiel pour Ikea.

Après l'incendie du magasin Ikea de Nethanya, qui l'a détruit en 2011, le magasin de Rishon Lezion, ouvert le 9 mars 2010, est le seul magasin IKEA à fournir le marché israélien
Les pratiques d’apartheid par les livraisons Ikea
Le même jour, je demandai aussi à Who Profits (un projet de recherche sur la coalition des Femmes pour la paix, basé à Tel Aviv) de contacter Ikea par téléphone pour voir ce qui se passe quand il lui est demandé de livrer dans une colonie israélienne, également en Cisjordanie.
Who Profits m’indique dans un courriel qu’il a bien sollicité Ikea pour une livraison à domicile dans la colonie de Beitar Ilit – sachant que pour livrer à Beitar Ilit, il faut aussi passer par les check-points. Et que, comme les autres colonies en Cisjordanie, Beitar Ilit se trouve en Zone C.
La demande est donc également transférée à Moviley Dror. Quand il est demandé à la société Moviley Dror si elle livre les produits Ikea à Beitar Ilit, la réponse est, « oui ». La réponse de Moviley Dror prouve bien qu’Ikea passe les check-points pour livrer ses produits aux colons israéliens en Cisjordanie, mais pas aux Palestiniens natifs de la Cisjordanie.
Des employés du magasin de Rishon Lezion chantant la "chanson d'IKEA"
Colonies illégales en vertu du droit international
Suite à l’annonce par Israël de la construction de 3000 nouveaux logements en Cisjordanie occupée, vendredi, le Royaume-Uni, la France, la Suède, le Danemark et l’Espagne ont convoqué leur ambassadeur israélien pour protester contre cette décision, rapporte The Guardian. Dans un communiqué, le secrétaire général des Nations unies, Ban Kimoon, exprime sa vive préoccupation et sa déception devant le projet d’Israël, réaffirmant que les colonies sont illégales en vertu du droit international.
Malgré une position claire du droit international sur l’illégalité des colonies israéliennes en Cisjordanie, depuis des années, Ikea assure les livraisons des produits de son magasin d’Israël jusqu’au domicile des colons. Par ailleurs, la porte-parole d’Ikea, Ulrika Englesson Sanman, m’indique dans un courriel du 28 novembre qu’Ikea « ne veut exclure ni individu ni groupe d’individus de la possibilité d’être ses clients ».
Dans le passé, la société locale de transport ne pouvait pas « livrer dans les zones contrôlées par les autorités palestiniennes ». Et Englesson Sandman de prétendre encore que cette société "s’arrangeait pour que la livraison à domicile des produits Ikea puissent se faire aux gens vivant dans les zones contrôlées par les autorités palestiniennes".
Il ne semble pas qu’elle soit fidèle à cet engagement.
Le Dr Jeff Handmaker, maître de conférences en droit, en droits de l’homme et en développement à l’Institut international des Études sociales de l’université Erasmus de Rotterdam, me confirme dans un courriel du 4 décembre que « la nouvelle information qui survient corrobore qu’Ikea et ses sous-traitants en livraison se rendent complices de violations du droit humanitaire international et des droits de l’homme, en soutenant activement le transfert des Israéliens vers les colonies illégales et en renforçant le bouclage des zones palestiniennes. »
De plus, « Ikea se fait complice de l’apartheid israélien par une discrimination flagrante en faveur des seuls colons juifs de Cisjordanie, ne tenant aucun compte de l’oppression de la population palestinienne majoritaire qui n’est pas en mesure de faire même des achats dans le magasin Ikea, à plus forte raison de se faire livrer ses produits. »

Shlomi Gabay, le directeur général d'IKEA Israël

Ikea tente d'esquiver sa responsabilité dans les pratiques discriminatoires de livraison de son magasin israélien
Ikea n'a aucune intention de mettre un terme aux livraisons de ses produits aux colonies illégales israéliennes en Cisjordanie : c'est ce qu'explique une lettre du géant du meuble du 10 décembre. 
Depuis des années, Ikea a facilité la livraison de produits de son magasin d'Israël aux résidents des colonies illégales de la Cisjordanie occupée. Ikea a été informée à plusieurs reprises que le fait de faciliter de tels servcies de transport lui faisait courir le risque d'être accusée de complicité avec l'entreprise de colonisation israélienne.
Le Business & Human Rights Resource Centre de Londres a demandé à Ikea de répondre sur la fait que la société de transport d'Ikea Israël,  Moviley Dror, effectue des livraisons aux colonies israéliennes mais refuse de livrer des produits aux centre de population palestiniens en Cisjordanie.
Dans sa réponse (qui peut être téléchargée sur le site du Business & Human Rights Resource Centre), Ikea tente d'éluder sa responsabilité dans cette discrimination flagrante et cette normalisation d'une situation illégale, évitant de répondre à la question sur les livraisons aux colonies. L'enrteprise déclare simplement que c'est son franchisé local qui est reponsable de la gestion locale, des investissements et des décisions commerciales liés à son magasin en Israël.
Ikea répète son affirmation que son franchisé israélien avait organisé la livraison à domicile de produits Ikea à des clients vivant dans les zones contrôlée par "les autorités palestiniennes". Mais comme The Electronic Intifada l'a rapporté le mois dernier, Moviley Dror refuse d'effectuer des livraisons à Beit Sahour, prétendant que ce village palestinien de la zone de  Bethléhem était trop dangereux (mais le pssage des barrages routiers israéliens pour livrer la colonie de Beitar Illit ne semble pas poser de problèmes).
“Si le service de livraison n'a pas fonctionné comme prévu, nous le regrettons et nous allons nous en occuper”, peut-on lire dans la lettre du 10 décembre. Tout en regrettant les pratiques discriminatoires de son franchisé israélien, Ikea ne propose pas de solution.
Il semble qu'Ikea refuse de comprendre la différence entre les Palestiniens autochtones qui vivent en Cisjordanie sous occupation israélienne et les colons israéliens qui résident illégalement dans cette zone.
Le service des réclamations d'Ikea : "Faites une chaise et prenez place"
Ikea “pas convaincant”, dit un expert
J'ai demandé au Dr. Jeff Handmaker de commenter la réponse d'Ikea. Voici ce qu'il m'a écrit le 20 décembre :
Dans sa réponse à Business and Human Rights, Inter IKEA Systems B.V. ne traite que la moitié du problème, à savoir le traitement différencié de colons illégaux et de Palestiniens vivant sous occupation.
Mais même cela n'est pas convaincant. Même si le franchisé IKEA était à même de résoudre la question des livraisons à des Palestiniens, la plupart d'entre eux ne sont pas en mesure de visiter leur magasin, vu les contrôles israélien de tous leurs mouvements pour entrer et sortir des territoires occupés et sont donc de toute façon exclus de la clientèle d'Ikea.
Néanmoins, IKEA Systems B.V. ne répond pas pas sur le problème principal, à savoir la complicité ouverte de leur franchisé avec une violation sérieuse des droits humains, en apportant son soutien à l'entreprise de colonisation.
 IKEA Systems B.V. reste entièrement complice de violations de la législation internationale, tant que son franchisé ne refusera pas de vendre, et donc de livrer, des produits à des colons vivant dans les territoires occupés.

vendredi 28 décembre 2012

Discours de Roger Waters sur la Palestine à l'AG de l'ONU

Le 29 novembre, Roger Waters (Pink Floyd) s'est adressé à l'Assemblée générale des Nations Unies à New York pour exposer les conclusions du 4ème Tribunal Russell sur la Palestine

  
Monsieur le Président, vos Excellences, Mesdames et Messieurs
Je vous suis très reconnaissant de me recevoir en ce moment de solidarité et de crise. Je suis musicien, pas diplomate, aussi je ne vais pas gaspiller cette précieuse occasion avec des subtilités de protocoles. Cependant, j’ai pensé que vous deviez tous, dans une certaine mesure, être las à force d’écouter, aussi alors que j’étais là, assis à écouter, j’ai revu mon discours, assez long, pour en faire un discours plus court, toutefois je crois que le texte intégral sera disponible pour tous ceux qui seront intéressés, à la fin de cette réunion.
Je me présente devant vous en tant que représentant du quatrième Tribunal Russel sur la Palestine, et à ce titre, je représente la société civile du monde. En guise de préambule, je me dois de vous dire que mon intervention ici, aujourd’hui, n’est ni personnelle ni guidée par des préjugés ou la vindicte, je voudrais seulement jeter quelque lumière sur la situation difficile d’un peuple assiégé. Le Tribunal Russel sur la Palestine a été créé pour faire cette lumière, pour demander des comptes sur les violations du droit international et sur le manque de détermination des Nations Unies qui empêchent le peuple palestinien de réaliser ses droits inaliénables, particulièrement celui à son autodétermination. Ce qui surtout nous a poussés à nous réunir, c’est l’incapacité inquiétante de la communauté internationale à appliquer et faire respecter la décision de la Cour de Justice internationale de 2004, inscrite dans son avis consultatif sur le Mur israélien, et comme demandé par les Nations Unies.
Nous nous sommes réunis ici, à New York, il y a six semaines, les 6 et 7 octobre, après avoir envoyé des invitations à toutes les parties intéressées. Après avoir écouté le témoignage exhaustif de nombreux témoins experts, et après une délibération approfondie, nous sommes arrivés aux conclusions suivantes.
Nous avons constaté que l’État d’Israël est coupable d’un certain nombre de crimes internationaux.
1 – Celui d’apartheid. La Convention internationale de l’ONU sur l’élimination et la répression du crime d’apartheid définit ce crime comme les actes inhumains d’un gouvernement, « commis dans le but d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur n’importe quel autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci  ». Comme vous le savez tous, les actes prohibés incluent les arrestations arbitraires, les mesures législatives qui discriminent dans les domaines politiques, sociaux, économiques et culturels ; les mesures qui divisent la population sur des critères raciaux, et la persécution de ceux qui s’opposent au système d’apartheid. Comme vous le savez, cette conclusion du tribunal a été approuvée plus tôt cette année par le Comité de l’élimination de la discrimination raciale à Genève, à la suite de la soumission des propositions du Tribunal, tant orales qu’écrites.
2 – Celui de nettoyage ethnique. Dans ce cas, ce crime inclut l’éviction systématique, par la force, d’une grande partie de la population palestinienne native depuis 1947-48.
3 – Celui de punition collective d’une population civile, explicitement prohibée par la Quatrième Convention de Genève en son article 33. Israël a failli à son obligation, en tant que puissance occupante des Territoires palestiniens occupés, incluant la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est. Ses violations les plus graves ont lieu actuellement à Gaza avec le blocus et l’enfermement de fait de toute la population, elles ont eu lieu avec les massacres aveugles de Palestiniens durant l’offensive israélienne « Opération Plomb durci » en 2008/2009, et récemment, la dévastation par la plus récente des agressions, ironiquement baptisée, « Opération Pilier de la défense ».
Au moment où je vous parle, je peux percevoir la réprobation, dans les propos des gouvernements et des médias, débitant ce mantra bien connu des apologistes, mais « c’est le Hamas qui a commencé avec ses attaques à la roquette, Israël ne fait que se défendre  ».
Examinons cet argument. Est-ce le Hamas qui « l’ » a commencé ? Quand « l’ » a-t-il commencé ? La façon dont nous comprenons les faits dépend du moment où nous faisons partir le chrono. Si nous démarrons le chrono au moment où les roquettes sont tirées depuis Gaza sur Israël, un certain après-midi, c’est une version. Si nous démarrons le chrono, plus tôt le matin du même jour, quand un garçon palestinien de 13 ans, a été abattu par des soldats israéliens alors qu’il jouait au football sur un terrain à Gaza, alors l’histoire commence à paraitre un peu différente. Et si on remonte plus loin encore, nous voyons que depuis l’ « Opération Plomb durci », d’après l’organisation israélienne des droits de l’homme, B’Tselem, 271 Palestiniens ont été tués par les bombes, roquettes, drones et avions israéliens, et que dans la même période, pas un seul Israélien n’a été tué. On peut savoir « qui » a commencé, en 1967, avec l’occupation de Gaza et de la Cisjordanie. L’histoire nous enseigne que l’invasion et l’occupation d’une terre et l’asservissement de sa population provoquent presque toujours une résistance. Demandez aux Français ou aux Hollandais, ou aux Polonais, ou aux Tchèques, la liste est longue.
Cette crise à Gaza est une crise ancrée dans l’occupation.
Israël et ses alliés soutiennent que Gaza n’est plus occupée. Vraiment ? Le retrait des soldats et des colons en 2005 a changé la nature, pas l’existence, de l’occupation. Israël contrôle toujours l’espace aérien de Gaza, ses eaux côtières, ses frontières, son territoire, son économie et la vie de Gaza. Gaza est toujours occupée. La population de Gaza, un million six cent mille Palestiniens dont la moitié sont des enfants de moins de 16 ans, vit dans une prison à ciel ouvert. C’est la réalité qui sous-tend la crise actuelle. Et jusqu’à ce que nous, ce qui veut dire vous aussi, Excellences, vous les gouvernements, et vous l’Assemblée générale, jusqu’à ce que nous prenions la responsabilité de mettre fin à l’occupation, nous ne pouvons même pas espérer que la crise actuelle s’achève. En octobre, les jurés de la dernière séance du Tribunal Russel se sont adressés à ce Comité, il nous a été assuré que nos représentations et rapports seraient portés au niveau de l’Assemblée générale pour le débat général. Si tout se passe bien aujourd’hui, nous pouvons espérer que vous répondrez, Excellences, à cette assurance.
Je me suis écarté brièvement de mon propos, permettez-moi de revenir aux violations israéliennes, que le Tribunal Russel a relevées.
4 – De la violation de l’interdiction de colonies stipulée dans la Quatrième Convention de Genève, particulièrement en son article 49. Les colonies, TOUTES les colonies, ne sont pas simplement qu’un obstacle à la paix, elles sont illégales. Quelle que soit la période. Point. Toutes. Vous, à l’Assemblée générale, et même au Conseil de Sécurité, vous les avez tout au long des années qualifiées d’illégales. Et pourtant elles sont là, une réalité quotidienne où maintenant plus de 600 000 colons israéliens, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est occupée, violent le droit, tous les matins, simplement en se réveillant, parce que leurs maisons se trouvent sur une terre illégalement expropriée. Il ne suffit pas d’appeler, comme le font certains gouvernements, à mettre fin à l’expansion des colonies ; si nous voulons vivre dans le respect de la loi, c’est à l’entreprise coloniale tout entière qu’il doit être mis fin.
5 – Du crime d’utilisation d’armes illégales. Au cours de l’opération Plomb durci d’Israël il y a quatre ans, des organisations internationales des droits de l’homme ont documenté sur l’utilisation par Tel Aviv de phosphore blanc dans ses agressions contre Gaza. Human Rights Watch constate, et je cite, « Les tirs répétés d’Israël d’obus au phosphore blanc sur des zones densément habitées de Gaza durant sa récente campagne militaire étaient indiscriminés et constituent une preuve de crimes de guerre ». Le phosphore blanc dégage plus de 1500 degrés Fahrenheit. Imaginez ce qui se passe lorsqu’il entre en contact avec la peau d’un enfant. Humain Rights Watch a demandé que les «  commandants au plus haut niveau » d’Israël en soient tenus pour responsables. Mais jusqu’à présent, aucun n’en a été accusé. Aucun gouvernement, ni même vous, Assemblée générale des Nations Unies, n’a tenté de tenir ces commandants israéliens pour responsables. Nous entendons beaucoup dire que les Nations Unies sont engagées dans « la responsabilité à protéger » les populations vulnérables. Cette « responsabilité à protéger » des Nations Unies ne doit-elle pas s’étendre à cette population la plus vulnérable, les Palestiniens, emprisonnés dans une prison surpeuplée, assiégée, à ciel ouvert ?
Il y a bien d’autres violations, vos Excellences, mais vous le savez. Vos résolutions tracent l’histoire des violations israéliennes. Vous regrettez, vous déplorez, vous condamnez même ces violations. Mais quand vos résolutions ont-elles été mises en application ? Il ne suffit pas de déplorer et de condamner. Ce dont nous avons besoin, venant des Nations Unies – de vous, Excellences, de vos gouvernements et de l’Assemblée générale dans laquelle vous siégez – c’est que vous preniez sérieusement votre responsabilité à protéger les Palestiniens qui vivent sous l’occupation et qui sont confrontés chaque jour à la violation de leurs droits inaliénables à l’autodétermination et à l’égalité.
Notre volonté, à « nous, peuples de ces Nations Unies », c’est que tous nos frères et sœurs doivent être libres de vivre dans l’autodétermination, que les opprimés doivent être libérés de leur fardeau, qu’ils puissent avoir recours à la loi, et qu’il soit exigé des oppresseurs de rendre des compte de par cette même loi.
En 1981, j’ai écrit une chanson qui s’appelle The Gunner’s Dream et qui a été diffusée sur un album des Pink Floyd, The Final Cut , la chanson prétend exprimer le rêve mourant d’un mitrailleur de la RAF alors qu’il chute vers sa mort avec son avion endommagé sur un coin de terre étrangère. Il rêve d’un avenir pour lequel il est en train de donner sa vie. Je cite :
Un endroit où vivre
Suffisamment à manger
Quelque part où les vieux héros traînent sans danger dans les rues
Où tu peux clamer haut et fort
Tes doutes et tes peurs
Et encore mieux, personne ne disparaît jamais
Tu n’entends jamais leurs sujets bateaux frapper à ta porte.
Tu peux te détendre des deux côtés de la piste
Et les maniaques ne tuent pas les membres d’un groupe par télécommande
Et tout le monde a recours à la loi
Et plus personne ne tue d’enfants,
Et plus personne ne tue d’enfants.
En 1982, et encore en 1983, l’Assemblée générale a voté des résolutions tenant Israël pour responsable de ses violations. Ces résolutions appelaient à un embargo total sur les armes à Israël et à la cessation de l’aide militaire et du commerce avec Israël. Ces résolutions n’ont jamais été appliquées. Nous ne nous attendions pas à ce que les États-Unis, ou mon propre gouvernement, je suis du Royaume-Uni soit dit en passant, mettent en œuvre ces résolutions de l’AG ; les USA donnent à Israël 4,1 milliards de dollars chaque année pour renforcer une armée déjà pléthorique. Selon le FMI, Israël est le 26e pays le plus riche au monde, et Israël est le seul État doté d’armes nucléaires au Moyen-Orient ; pourquoi des gouvernements doivent-ils lui donner de l’argent pour d’autres d’armes. Ça me dépasse. Mais qu’ils le fassent ne libèrent pas les autres gouvernements de leurs obligations d’appliquer ces résolutions sur les embargos sur les armes.
Jamais un tel embargo n’a été imposé. Alors, c’est la société civile qui a pris les devants. Suite à l’appel de la société civile palestinienne de 2005, des mouvements sociaux, des militants, et de plus en plus d’institutions religieuses, et même certaines autorités gouvernementales locales à travers le monde, ont créé la Campagne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions. Cette campagne vise, comme beaucoup d’entre vous le savent, à effectuer une pression économique non violente sur Israël pour l’obliger à mettre fin à ses violations, fin à l’occupation et à l’apartheid, fin à son déni du droit au retour des Palestiniens, et fin à la situation des Palestiniens d’Israël, obligés de vivre comme des citoyens de seconde zone, discriminés sur des critères raciaux et soumis à des lois différentes de celles de leurs compatriotes juifs. Le mouvement BDS gagne du terrain et à grands pas. Juste la semaine dernière, j’ai eu le plaisir d’adresser une lettre de soutien au gouvernement des étudiants de l’université de Californie, à Irvine, pour les féliciter d’avoir exigé de leur université qu’elle se désinvestisse des sociétés qui tirent profit de l’occupation israélienne. De plus, l’été dernier, je suis allé à Pittsburg pour assister à l’assemblée générale des Églises presbytériennes des États-Unis, laquelle assemblée a voté une résolution de désinvestissements de chez Motorola, Caterpillar et Hewlet Packard, ce qui aurait été impensable il y a dix ans. Pour citer le grand Bob Dylan, « les temps changent ».
Revenons à aujourd’hui.
Vous, les membres de l’Assemblée générale, vous allez avoir bientôt l’occasion de voter pour élever le statut de la Palestine à l’ONU à celui d’État non membre.
Bien que n’accordant pas une adhésion pleine et entière à l’ONU, cela permettra la reconnaissance par l’ONU de la Palestine en tant qu’État, qui aurait alors le droit de signer des traités ; et, fait décisif, notamment le Traité de Rome en tant que signataire de la Cour pénale internationale.
Il s’agit là d’une occasion capitale, qui s’est préparée ici depuis treize mois. C’est l’un des rares cas où vous, Excellences, pouvez changer le cours et l’image de l’histoire et, en même temps, conforter l’un des principes fondateurs des Nations Unies, le droit à l’autodétermination. La candidature inclut implicitement les frontières d’avant 1967, l’intégrité de Jérusalem-Est, une Gaza autonome et la diaspora des réfugiés.
Elle est capitale parce qu’il y a déjà plus de 132 membres qui ont reconnu la Palestine en tant qu’État et que d’autres membres se dévoilent de jour en jour. Et, maintenant, juste cette semaine, le Hamas lui apporte son soutien.
Je vous invite à considérer deux points. Tout d’abord, je vous prie de résister aux pressions que de puissants gouvernements exerceraient sur vous afin de faire échouer ou reporter cette question ; malheureusement, ce lieu vénéré où nous sommes a une histoire de coercition. Aucun gouvernement, riche ou puissant, ne devrait être autorisé à utiliser son poids financier ou militaire pour mettre de côté la politique des Nations Unies en achetant d’autres États, sur cette question comme sur toute autre question.
Deuxièmement, ne pas prendre le vote pour un statut d’État comme le dernier respect de vos obligations ; la responsabilité de l’Assemblée générale dépasse de loin les technicités des Nations Unies, elle doit inclure une protection véritable pour les Palestiniens sous occupation et une réelle responsabilisation pour les violations du droit. Vous avez des pouvoirs dont vous ne vous servez pas. Vous ne devez pas à vous en remettre au Conseil de Sécurité ou à l’attendre.
Dans quelques mois, nous allons commémorer le dixième anniversaire de la mort de Rachel Corrie, cette jeune militante tuée (le 16 mars 2003 - ndp) par un soldat israélien aux commandes d’un bulldozer blindé de chez Caterpillar, alors qu’elle essayait de protéger la maison d’un pharmacien palestinien et sa famille à Rafah, à la frontière de Gaza. Les militants internationaux comme Rachel Corrie, Tom Hurndall et James Miller ont pris des risques, ils l’ont fait, et eux, avec leurs familles, en ont payé et en paient le prix suprême, et ce, parce que la communauté internationale – vos gouvernements et les Nations Unies elles-mêmes – a failli dans la protection de la population palestinienne vulnérable vivant sous cette occupation prolongée. Nous sommes fiers, même si les larmes nous brûlent les yeux, de l’action de ces jeunes militants et profondément émus par leur sacrifice. Mais nous sommes en colère aussi, de voir nos gouvernements et nos institutions internationales, dont votre Assemblée générale, être incapables d’assurer une protection, ce qui rend nécessaires les sacrifices comme celui de Rachel Corrie. N’oublions pas non plus les milliers de courageux Palestiniens anonymes et leurs frères et sœurs d’armes israéliens (ceux du boycott de l’intérieur) qui manifestent dans la non-violence chaque semaine pour le simple droit à une vie humaine ordinaire. Le droit de vivre dans la dignité et la paix, d’élever leurs familles, de labourer leurs terres, de construire une société juste, de voyager à l’étranger, d’être libéré de toute occupation, d’aspirer aux buts de tout un chacun, tout comme nous tous.
En parlant de nous justement, je vis ici, dans la ville de New York. Nous formons un groupe quelque peu paroissial, nous les New-Yorkais, dans une large mesure coupés par la propagande et le privilège des réalités de la situation désespérée des Palestiniens. Peu d’entre nous comprennent que le gouvernement des États-Unis d’Amérique, en particulier avec son droit de veto au Conseil de Sécurité, protègent Israël de la condamnation de la société civile mondiale que j’ai l’honneur de représenter ici aujourd’hui.
Même pendant que les bombes pleuvaient sur les un million six cent mille personnes de la bande de Gaza, le Président des États-Unis d’Amérique réaffirmait sa position en disant, « Israël a le droit de se défendre ».
Nous connaissons tous la portée et la puissance de la capacité militaire d’Israël et les effets meurtriers de ses actions. Alors, qu’a donc voulu dire le Président Obama ? A-t-il voulu dire qu’Israël a le droit d’occuper indéfiniment toute la région, qu’Israël a le droit d’expulser par la force les populations des territoires qu’il occupe, maison par maison, village par village ? A-t-il voulu dire que dans ce cas précis, Israël a le droit de mener des campagnes de nettoyage ethnique et d’apartheid, et que les U.S.A. protégeront le droit d’Israël à faire ainsi ? A-t-il voulu dire qu’Israël a le droit de construire des routes en territoire occupé, protégées par des barbelés, des murs en béton, des caméras de vidéo-surveillance et des mitrailleuses pour protéger les résidents des colonies juives et eux seuls ? A-t-il voulu dire que les bombardements aveugles et meurtriers, utilisant notamment le phosphore blanc, sur la population civile de Gaza, par une force militaire d’une supériorité écrasante, se justifiaient par des motifs de défense ?
Les Palestiniens sont un peuple antique, intelligent, cultivé, hospitalier et généreux. Et naturellement, ils ont la fierté, et ils résisteront à l’occupation de leur terre et défendront leurs épouses et enfants, et leurs biens au mieux de leurs moyens. Qui ne le voudrait pas ? Vous le voudriez, vous ? Et moi, le voudrais-je ? Le Président Obama le voudrait-il ? On ose l’espérer. Ce serait son devoir. Imaginez le district de Washington, emmuré, devenu une prison et surtout un tas de décombres sous les attaques répétées. Nul n’est autorisé à y entrer ou à en sortir. Des coupures d’électricité incessantes, des canonnières étrangères sur le Potomac tuant les pêcheurs, des avions de combat lançant des frappes aériennes chirurgicales du haut de leur impunité, éliminant tout aussi bien des membres de la résistance que des femmes et des enfants.
Il y a plus d’une génération, l’Assemblée générale a voté la résolution 2625 qui traite du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes. Elle reconnait que quand un peuple est confronté « à toute mesure coercitive » qui les prive de ces droits, ils ont le droit « d’agir contre et de résister  » à un tel usage de la force. Si la communauté internationale n’assume pas sa «  responsabilité à protéger  », les Palestiniens doivent endosser eux-mêmes cette responsabilité.
Cela ne veut pas dire que je soutiens les tirs de missiles sur Israël. Par droit légal internationalement reconnu à la résistance, on entend l’attaque sur toute cible militaire engagée dans l’occupation illégale. Mais soyons clairs, nous croyons dans Le Droit comme indispensable et rendu de façon juste. Le lancement de roquettes non guidées sur Israël, où la plupart des cibles probablement seront des civils, n’est pas une forme légale de résistance.
De nombreux militants de la société civile, dont beaucoup de Palestiniens et Israéliens, sont engagés dans la résistance non violente. Le mouvement BDS, qui s’est propagé depuis la société civile palestinienne à des militants du monde entier, fait partie de cette résistance non violente et je le soutiens de tout cœur, mais précisons bien que la disparité des forces, la réalité de l’occupation et la réaction de l’occupé, sont la réalité à laquelle nous sommes confrontés, à moins que de trouver un recours dans le droit international et d’y assujettir toutes les parties. En attendant, permettez-moi de rappeler un peu la rhétorique, et de répondre à « Israël a le droit de se défendre » d’un point de vue juridique et historique.
Ex injuria jus non oritur
« Un droit légal ou un titre légal ne peuvent résulter d’une injustice ».
Si nous voulons nous opposer à toutes les formes de violence, tant par l’occupant que par la résistance violente de l’occupé, nous devons chercher à mettre fin aux causes profondes de la violence. Dans ce conflit, cela signifie mettre un terme à l’occupation, à la colonisation, au nettoyage ethnique par Israël et à son déni du droit à l’autodétermination comme des autres droits inaliénables du peuple palestinien de par la Charte des Nations Unies et les autres principes du droit international.
Ainsi pour l’avenir
Le Hamas, après avoir abandonné son exigence initiale de démantèlement d’Israël dans la perspective des élections, a été élu démocratiquement en janvier 2006, dans des élections jugées libres et honnêtes par les observateurs internationaux présents, et parmi eux, l’ancien Président des U.S.A., Jimmy Carter. Les dirigeants du Hamas ont fait connaître leur position maintes et maintes fois. Elle est la suivante : le Hamas est ouvert à une paix permanente avec Israël s’il y a un retrait total sur les frontières de 1967 (22 % de la Palestine historique), accord à confirmer par un référendum auprès de tous les Palestiniens vivant sous l’occupation. Je sais bien que vous tous, vous savez cela, mais là où je vis, ils ne le savent pas, ils ne savent pas ce qu’est la position du Hamas. Alors, je suis en train de leur dire.
Monsieur le Président, Excellences, amis. Nous sommes tous ici pour la même raison. Nous sommes tous attachés aux droits humains, au droit international, au caractère central des Nations-Unis et à l’égalité pour tous, y compris pour les Palestiniens. Nous participons tous à cette réunion du 29 novembre qui marque la Journée internationale de la solidarité de l’ONU avec le peuple palestinien.
Mais il me semble à moi, que notre commémoration d’aujourd’hui ne peut suffire.
Alors que faire d’autre ? Le champ de bataille est ici, au siège des Nations Unies, et en même temps en plein milieu de New York, avec l’accès aux médias. La bataille est sur deux fronts :
1 – Continuer le travail d’information de la population américaine sur la réalité du conflit israélo-palestinien, et plus spécialement sur le rôle de son gouvernement, pays d’accueil des Nations Unies, qui utilise les impôts des contribuables pour financer et rendre possibles les violations d’Israël. Pour lui rappeler les milliards de dollars d’aides militaires annuelles, la protection absolue d’Israël aux Nations Unies, à la Cour pénale internationale et ailleurs pour assurer son impunité dans ses crimes de guerre et ses possibles crimes contre l’humanité, pour bien faire comprendre au « peuple des États-Unis d’Amérique » que ces attachements contestables restent la pièce centrale de la politique de son gouvernement au Moyen-Orient.
2 – Tout aussi important, nous devons traiter, au bout du compte, d’une sérieuse réforme des Nations Unies Les Nations Unies doivent s’engager dans une nouvelle démocratie. Le droit de veto doit être repensé, ou alors les Nations Unies vont disparaître. L’utilisation du veto comme outil stratégique par l’un ou l’autre des membres permanents du Conseil de Sécurité est maintenant dépassé. Le droit de veto détenu simplement par cinq nations tourne en dérision la prétention de démocratie, de l’idée que « la volonté des peuples » est représentée ici. Le système est trop ouvert aux abus. La protection générale accordée à Israël par l’utilisation états-unienne du droit de veto, est un cas de ce type d’abus. Par exemple, en 1973, cela a bloqué une résolution réaffirmant les droits de Palestiniens et exigeant le retrait des territoires occupés, et une autre en 1976, appelant au droit à l’autodétermination pour les Palestiniens et encore deux en 1997, appelant à la cessation des constructions dans les colonies de Jérusalem-Est et les autres territoires occupés. Et il y en a beaucoup d’autres.
Je vous exhorte, vous, Assemblée générale, à agir collectivement pour arracher le retour du pouvoir au peuple afin d’aider à progresser vers un organisme plus démocratique, à mieux être en mesure de répondre aux hautes aspirations de cette grande institution, à mieux représenter la volonté des peuples de ces grandes Nations Unies.
Vous, Assemblée générale, vous représentez la composante la plus large, la plus démocratique des Nations Unies. Ni les États-Unis, ni la Chine, ni la France, ni la Russie et ni le Royaume-Uni n’ont de droit de veto ici. Ce qu’il faut, c’est la volonté politique. Vous pouvez prendre les décisions, et décider des actions, celles que le Conseil de Sécurité ne peut pas, ou ne veut pas prendre et décider. La Charte des Nations Unies commence par ces mots, « Nous, peuples des nations unies ». Et non par, « Nous, gouvernements ». Je vous exhorte, au nom des peuples de vos pays, au nom des peuples de tous les pays, en fait au nom de tous les peuples de cette terre, de notre terre commune, je vous exhorte à agir.
Saisissez-vous de ce moment historique.
Soutenez le vote d’aujourd’hui pour le statut amélioré d’État observateur palestinien en tant qu’étape vers une adhésion pleine et entière. Et affirmez que le maintien d’Israël comme membre des Nations Unies dépend de la réforme de son régime illégal d’apartheid.
Je vous remercie
Traduction JPP, Info-Palestine