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vendredi 6 novembre 2015

Inde : Pourquoi je retourne mon prix, par Arundhati Roy

par Arundhati Roy, 5/11/2015. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Épargnez-moi s'il vous plaît le vieux débat Congrès-contre-BJP. On est au-delà de tout cela
Bien que je ne croie pas que les prix et récompenses  soient une mesure du travail que nous faisons, je voudrais ajouter le Prix du Cinéma national (indien) pour le meilleur scénario que j'ai gagné en 1989 à la pile croissante des prix retournés. Je tiens aussi à préciser que je ne rends pas ce prix parce que je suis "choquée" par ce qu'on appelle  la "montée de l'intolérance" favorisée par le gouvernement actuel. Tout d'abord, "l'intolérance" n'est pas le bon mot à utiliser pour qualifier les actes consistant à lyncher, tirer sur, brûler et  assassiner en masse des êtres humains. Deuxièmement, nous avions eu beaucoup de préavis de ce qui nous attendait - je ne peux donc pas prétendre être choquée par ce qui est arrivé après que ce gouvernement a été élu avec enthousiasme par une majorité écrasante. Troisièmement, ces horribles meurtres ne sont que le symptôme d'un malaise plus profond. La vie est un enfer pour les vivants aussi. Des populations entières - des millions de Dalits ["Intouchables", NdT], d'Adivasis [aborigènes, NdT], de musulmans et de chrétiens - sont contraints de vivre dans la terreur, ignorant quand et d'où l'attaque viendra.

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Un exemple de propagande du BJP au pouvoir : "je suis patriote, je suis nationaliste, je suis né hindou". 20%  des Indiens, soit 300 millions de personnes, ne sont pas hindous

vendredi 19 juin 2015

Inde : Interdit de se faire cuire un œuf
ou quand le végétarisme tue

Certains des enfants les plus pauvres de l'Inde viennent de se voir interdits de consommation d'œufs par des fanatiques de droite hindous. Le Ministre en chef végétarien de l'État du Madhya Pradesh, Shivraj Chauhan, du Bharatiya Janata Party au pouvoir (BJP), ne permettra pas d'œufs dans les repas scolaires de l'après-midi parce que c'est pour lui une «question sentimentale».
L'Académie indienne de pédiatrie affirme que plus d'un demi-million d'enfants meurent en Inde avant d'atteindre l'âge de cinq ans - environ un enfant chaque minute - parce qu'ils ne reçoivent pas assez à manger. Le pays possède également le plus grand nombre de personnes souffrant de malnutrition dans le monde (194, 6 millions selon les estimations). Il y a deux fois plus d'enfants souffrant de famine en Inde qu'en Afrique sub-saharienne. Ils manquent de protéines, de vitamines, de fer et d'autres éléments nutritifs et les œufs sont une source bon marché et efficace de ces éléments, sauf la vitamine C. La dernière enquête nationale sur la santé des familles il y a une décennie a révélé que près de la moitié des enfants présentaient une insuffisance pondérale et que plus d'un tiers avaient un retard de croissance. Dans le Madhya Pradesh, 52% des enfants souffrent de malnutrition.

mercredi 3 juin 2015

Nation Dalit! : l'art peut-il démanteler le système séculaire des castes ?

par Sanjena Sathian संजना सथिान, 14/4/2015. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: Dalit Nation! Can Art Dismantle a Centuries-Old System?

On a retrouvé  la tante nue et morte. Les hommes avaient déposé le haut de son salwar kameez* dans une rivière, où il dérivait, doucement. Juste avant, ils avaient violé et tué aussi la mère. Et avant cela, une bande de voisins et de camarades de classe avait attaqué l'adolescente sur le chemin de l'école. Elle avait 15 ans. C'était tout simplement parce qu'elles étaient des femmes et qu'elles passaient par là. L'exposition à l'agression semblait inscrite dans la lignée de la famille.
Il y a trop d'histoires de femmes de ce genre en Inde, comme toute personne suivant  les infos le sait bien. Mais ce qui est moins discuté que l'épidémie de viols c'est histoire sous-jacente - celle des basses castes en Inde. C'est le discours de base de l'artiviste Thenmozhi ("Thayn-MO-ri") Soundararajan, qui a entendu toute sa vie des milliers d'histoires horribles comme celle-là. "La caste", dit-elle, "est appliquée à travers nos corps". L'artiste multimédia prend des photos, écrit, produit et réalise des documentaires, est curatrice d'expositions d'art publiques et organise des actions de guérilla de protestation (pour ne nommer que quelques activités) ... comme une sorte de performances artistiques. Toutes sont basées sur des expériences de femmes indiennes des basses castes.
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vendredi 16 mai 2014

À droite toute ! L'Inde prend un virage


Le grand vainqueur, avec des résultats au-delà des attentes, des élections générales indiennes, qui ont duré 35 jours, est le parti religieux hindou de droite  BJP ( Bharatiya Janata Party ou Parti du peuple indien). Le Premier ministre sera Narendra Modi, un mégalomane et un ami proche des grands patrons, qui n'a pas de temps à perdre avec la démocratie libérale. On estime que les foules hindoues et la police ont tué 2.000 musulmans en 2002  dans le Gujarat, l'État dont il était ministre en chef, mais il n'a jamais eu de comptes à rendre pour ces pogroms. Le parti du Congrès, après une décennie au pouvoir au cours de laquelle il a alimenté une économie néo- libérale, a subi une écrasante défaite à cause de la colère populaire contre l'inflation, la corruption et la politique dynastique. La gauche parlementaire traditionnelle a faibli et est devenue quantité négligeable à l'échelle nationale. On attendait beaucoup de l'AAP ( Aam Admi Party, Parti de l'homme commun) , créé il y a à peine deux ans, mais il a eu des résultats médiocres. Le Congrès n'est même pas arrivé à conquérir 10 % des sièges. Les partis régionaux ont fait de bons scores dans certains États, mais, avec une majorité BJP au parlement, ils pèseront peu dans les processus décisionnels nationaux.
"Votre Inde, votre vote : faites-le compter"

En chiffres, les élections indiennes battent les records mondiaux : il y avait 814 millions d' électeurs, dont 168 millions étaient des primo-votants de plus de 18 ans, 919 000 bureaux de vote et 3,6 millions de machines de vote électronique. Chaque bureau avait à gérer un maximum de 1500 électeurs et personne n'avait plus de deux kilomètres à parcourir pour les atteindre, le plus haut était à une altitude de 5000 mètres dans l'Himalaya et le plus isolé dans une réserve forestière du Gujarat (le seul endroit avec une population de lions sauvages en dehors de l'Afrique), où cinq fonctionnaires avaient monté un camp pour un seul électeur. Cinq millions de civils et cinq millions de personnels de sécurité ont géré les élections. Le taux de participation cette fois-ci a été de 66,4 %, le plus élevé de l' histoire du pays, mais encore nettement inférieur à celui d'autres pays du tiers monde comme le Kenya ou la Malaisie, qui ont connu plus de 80% de participation aux élections de l'année dernière. Moins de femmes que d'hommes ont voté et seulement 11 % des candidats étaient des femmes. Leur présence au Parlement sera beaucoup plus faible. Chaque membre du Parlement indien élu par vote direct représente en moyenne 1,5 million d'électeurs , soit plus que la population de pays comme l'Estonie , l'Islande, le Bahreïn ou la Barbade. Les candidats élus sont surtout des hommes, plus jeunes et plus riches que dans les parlements du passé, et beaucoup d'entre eux font face à des accusations criminelles graves. Statistiquement, les candidats honnêtes en Inde ont la plus faible probabilité de gagner et donc ils n'ont pas eu de bons scores cette fois-ci non plus.
 

Modi efface l'ombre des pogroms de 2002
Ce fut également l'élection la plus chère de l'histoire du pays et le BJP semble avoir eu le plus d'argent. Selon une estimation, Modi a dépensé plus en publicité que ce qu'Obama a dépensé dans toutes les élections auxquelles il s'est présenté. L'argent provenait des grandes entreprises, les secteurs de l'immobilier et des mines, d'intermédiaires agricoles et de propriétaires d'établissements d'enseignement privés, qui ont tous des rentrées de fonds élevées. Alors qu'il y avait cinq astrologues, deux mendiants, deux conteurs et un consultant en construction des pyramides parmi les candidats, 16% étaient des patrons de grandes entreprises. Modi était le candidat de choix du big business. Un câble de l'ambassade US de 2009 publié par Wikileaks a raconté comment "cinq des plus puissants chefs d'entreprise de l'Inde ... ont manifesté un appui sans équivoque et sans réserve à Narendra Modi" lors d'une conférence sur l'investissement international, louant son "leadership habile" et appelant à reproduire partout le modèle de développement économique de Modi dans son État. Un an plus tard, un enregistrement fuité exposait comment les grandes entreprises, les propriétaires de médias, les décideurs et les politiciens travaillaient ensemble pour piller les ressources nationales. La Cour suprême a demandé des contrôles plus stricts. C'est alors que les grandes entreprises se sont décidées pour Modi. En 2011, lors d'une autre réunion d'affaires dans le Gujarat, l'homme le plus riche de l'Inde, le milliardaire en dollars Mukesh Ambani, qui a une maison de 27 étages dans le centre financier de l'Inde, Mumbai, a déclaré: « Le Gujarat brille comme une lampe d'or ... Nous avons ici un leader avec la vision et la détermination à traduire cette vision en réalité". Les grands patrons indiens ont soutenu Modi, car ils savaient qu'il ferait sauter la plupart des restrictions légales en matière d'environnement et de travail.
 

A gauche : Le dernier mariage arrangé en Inde : "Le BJP et les oligarques indiens vous invitent aux noces de leurs enfants, le majoritarisme [dictature de la majorité sur les minorités] et le capitalisme de copinage"- A droite : un partisan du BJP avec un T-shirt du Che...
L'argent qui a coulé à flots des grandes entreprises dans sa campagne a été mis à profit pour fabriquer le mythe Modi, celui d'un homme qui apporterait un développement rapide à l'Inde comme il l'avait fait dans son État du Gujarat. Les médias indiens ont activement promu la "marque Modi". En réalité, le Gujarat ne figure pas en tête de l'indice de développement social, même s' il a toujours été un État prospère selon les normes indiennes. Mais il fournit des indices importants sur ce à quoi  l'Inde va ressembler sous Modi. Un État vindicatif y a fait taire toute opposition ; les médias locaux ont été cooptés ; les entreprises ont fait d'énormes profits grâce à des transferts de terres forcés et à bas prix et la corruption est un mode de vie. Le cours de l'action du groupe Adani, une entreprise industrielle qui a ouvertement soutenu Modi, a grimpé de 45 % pendant les élections. Modi a voyagé dans le jet et les hélicoptères de l'entreprise Adani. La société attend d'obtenir l'autorisation environnementale pour un port important dans le Gujarat. Dans la politique indienne, notent les analystes, l'argent n'est pas un prix à payer pour être admis : c'est un acompte d'investissement. Le big business en Inde est certain que Modi va libéraliser le secteur du commerce de détail et de l'assurance : il est leur homme pour prendre des "décisions difficiles" .

Des centaines de milliers de bénévoles de la RSS (Force nationale de volontaires), une force paramilitaire hindoue ouvertement calquée sur le fascisme, a fait campagne pour lui. L'Inde des patrons a maintenant non seulement un homme à elle comme Premier ministre ; elle dispose également d'une milice pour contrôler les protestations sociales. La classe moyenne hindoue espère que Modi va subjuguer les musulmans à l'échelle nationale comme il l'a fait dans le Gujarat . Il est très probable que Modi va exploiter les divisions de caste et religieuses de l'Inde et rechercher une confrontation avec le Pakistan pour se projeter comme Il Duce de l'Inde. Son plan A est la croissance économique, mais son Plan B est un État hindou. Le chemin vers le capitalisme de copinage sera facilité avec le sang des minorités. Au vu des résultats des élections, Modi va de toute évidence jeter une ombre sur l'Inde pendant de longues années.
Sur le même sujet, lire  Narendra Modi, une énigme indienne - Frédéric Bobin

mardi 5 février 2013

Inde : ça chauffe à Odisha! La population ne veut pas de l'aciérie POSCO !

La population du district d'Odisha, dans l'Etat d'Orissa, sur la côte orientale de l'Inde, au sud du Bengale occidental, ne veut pas de l'usine sud-coréenne POSCO et elle le fait savoir par tous les moyens depuis des années. Ces derniers jours, la police est venue pour tenter d'évincer les paysans chassés de leurs terres, qui ne se laissent pas faire.Ne ratez pas les déclarations de l'officier de police et du business-député de droite Jay Panda, du parti Biju Janata Dal (BJD) -allié au BJP, le parti "national-hindouiste" qui gouverne l'Orissa - qui mentent comme des arracheurs de dents...


http://petitions.aidindia.org/Posco_2008/map.jpg

Voir le film "Ama Bhita Maati Bachao" (2007), de  Girish Pant et Rajkumar, sur cette lutte

jeudi 10 janvier 2013

Les violeurs-assassins de Delhi face à la justice

Lundi 7 janvier 2013

Cinq accusés du viol collectif d'une étudiante à New Delhi ont comparu lundi pour la première fois devant un tribunal, à huis clos, dans un climat de tension après cette agression qui a bouleversé le pays.

Âgés de 19 à 35 ans, ils encourent la peine de mort pour l'enlèvement, le viol et le meurtre d'une étudiante de 23 ans le 16 décembre dans un autobus.

Selon une source judiciaire interrogée par l'AFP sous le couvert de l'anonymat, deux des auteurs présumés ont offert de collaborer avec la justice, en qualité de témoins, en échange d'une peine plus clémente.

"Un acte d'accusation a été fourni aux accusés et la prochaine audience se tiendra le 10 janvier", a annoncé Namrita Aggarwal, magistrate au tribunal de Saket, dans le sud de Delhi, à l'issue d'une audience à huis clos décidée pour rétablir un semblant d'ordre dans un chaos mêlant avocats et journalistes.

Des avocats rattachés au complexe judiciaire de Saket ont manifesté avant l'audience pour s'opposer à une défense accordée aux accusés, qui vivent pour la plupart dans des bidonvilles de la capitale.

La semaine dernière, des avocats ont jugé "immoral" d'apporter leur conseil aux auteurs présumés, présentés comme étant Ram Singh, Mukesh Singh, Vijay Sharma, Akshay Thakur et Pawan Gupta.

Ils étaient attendus pour la première fois devant la justice jeudi mais n'avaient finalement pas été présentés.

Le sixième accusé, se présentant comme ayant 17 ans, a subi des examens osseux pour vérifier son âge afin qu'il soit jugé par un tribunal pour mineurs.

Les prévenus comparaissent en général plusieurs mois après les faits en Inde mais, dans ce cas particulier, la procédure a été accélérée.

La nature particulièrement ignoble de cette agression a entraîné, fait rare pour ce type de faits divers, des manifestations d'habitants en colère et suscité un vif débat sur les violences infligées aux femmes et l'apathie de la justice et de la police devant ce type de crime restant souvent impuni.


Les accusés ont comparu un peu plus d'une semaine après la mort de la victime dans un hôpital de Singapour où elle avait été transférée pour tenter d'être sauvée après trois interventions chirurgicales et un arrêt cardiaque en Inde.

La police a fait état d'une "sécurité maximale" pour l'audience, de craintes d'agressions envers les prévenus. Un homme a été arrêté la semaine dernière alors qu'il essayait de placer une bombe à proximité du domicile de l'un d'eux.

Selon les experts judiciaires, la cour devrait transférer l'affaire à un autre tribunal doté de pouvoirs permettant une instruction accélérée.

La victime, dont le nom doit rester anonyme en vertu de la loi en matière de viol, avait passé la soirée au cinéma avec son compagnon, âgé de 28 ans.

Après avoir tenté en vain d'arrêter plusieurs rickshaws, le couple était monté dans un bus habituellement destiné au ramassage scolaire mais qui était occupé par un groupe d'hommes ayant pris le véhicule pour une "virée nocturne".

Les hommes ont alors violé plusieurs fois l'étudiante avant de l'agresser sexuellement avec une barre de fer et de la jeter à moitié nue hors du bus. Son compagnon a lui aussi été passé à tabac et jeté du bus, selon l'accusation et le propre témoignage du petit ami.

Samedi, l'accusation a indiqué que les traces de sang retrouvées sur les vêtements des accusés correspondaient au sang de la victime.

Dans des entretiens à l'AFP et à une chaîne de télévision indienne, le petit ami a dit vendredi son impuissance à sauver la jeune femme face à la cruauté de ses agresseurs. Il a aussi dénoncé le temps perdu par la police et l'indifférence des passants alors que le couple gisait en sang sur la route.

De nombreuses voix, y compris de la part de la famille de la victime, se sont élevées pour que les auteurs soit pendus.

Mardi 8 janvier 2013
Deux accusés vont plaider non coupables
Deux accusés du viol collectif d'une étudiante de 23 ans dans un autobus à New Delhi, décédée des suites de l'agression, vont plaider non coupables, a annoncé mardi leur avocat à l'AFP.

"Ils vont plaider non coupables pour tous les chefs d'accusation. Rien n'a encore été prouvé", a déclaré leur conseil, M. L. Sharma. Six personnes, dont une affirmant être mineure, ont été arrêtées après l'agression le 16 décembre et cinq accusés majeurs doivent être jugés pour enlèvement, viol et meurtre.

Les deux suspects que représente cet avocat sont le frère du chauffeur du bus, présenté comme étant Mukesh Singh, et un manoeuvre, Akshay Thakur.

Les cinq accusés, âgés de 19 à 35 ans, ont comparu lundi pour la première fois devant une magistrate d'un tribunal de New Delhi, qui leur a fait lecture à huis clos de l'acte d'accusation.

La prochaine audience a été fixée à jeudi.

Samedi, l'accusation a indiqué que les traces de sang retrouvées sur les vêtements des suspects correspondaient au sang de la victime mais M.L. Sharma a précisé qu'il entendait contester les preuves recueillies par la police, se refusant à plus de commentaires.

Il n'était pas possible de savoir dans l'immédiat qui allait représenter les trois autres suspects.

Une source au sein du tribunal pour enfants de New Delhi a déclaré à l'AFP sous le couvert de l'anonymat que le cas du sixième accusé, qui dit avoir 17 ans, sera examiné lors d'une audience le 15 janvier, une fois que les résultats des examens osseux décidés par les autorités seront connus.

Mercredi 9 janvier 2013
Un 3e accusé plaidera non coupable
Un troisième accusé dans l'affaire du viol collectif d'une étudiante de 23 ans dans un autobus de New Delhi plaidera non coupable pour les chefs de viol collectif et de meurtre, a indiqué mercredi son avocat.

"Je représente Ram Singh et je plaiderai non coupable", a déclaré à l'AFP l'avocat du suspect, M. L. Sharma, qui défend également deux des autres accusés.

Ram Singh est le chauffeur du bus à l'intérieur duquel l'agression s'est produite.

"Quiconque ayant commis ce crime atroce doit être puni mais mes clients ne sont pas les coupables", a ajouté l'avocat.
 
Jeudi 10 janvier 2013
L’affaire transférée pour accélérer l’instruction
 Les accusés doivent comparaître ce jeudi pour une 2e audience à Saket, dans le sud de New Delhi.

L’affaire de viol collectif d’une étudiante à New Delhi devait être transférée ce jeudi à un tribunal chargé de juger rapidement les cinq auteurs présumés, dont trois ont l’intention de plaider non coupables selon leur avocat.

Les cinq accusés majeurs, âgés de 19 à 35 ans, devaient comparaître jeudi lors d’une deuxième audience convoquée par un tribunal du district de Saket, dans le sud de la capitale, après une première comparution lundi à huis clos conformément à la règle en vigueur dans les affaires de viol en Inde.

Ils plaideront non-coupables

Une source judiciaire a indiqué lundi que l’affaire devait être officiellement transférée jeudi à une autre instance pour permettre une instruction accélérée.
Selon l’avocat de trois des accusés, M.L. Sharma, ses clients ont l’intention de plaider non coupables des chefs d’accusation d’enlèvement, viol et meurtre, lorsque l’affaire aura été transférée.

Les deux autres auteurs présumés n’ont pas encore de conseil tandis que le sixième accusé, 17 ans, devait comparaître devant un tribunal pour enfants.

Vive émotion en Inde


Ce fait divers a révolté l’opinion en Inde et fait descendre dans la rue de New Delhi des milliers de femmes réclamant plus de sécurité et une meilleure prise en compte par la police et la justice des violences sexuelles.

M.L. Sharma a indiqué jeudi qu’il prouverait que ses clients ne sont pas responsables de l’agression mais il a démenti vouloir accuser la victime.

L’avocat rejette la faute sur… les victimes

Dans un récent entretien à Bloomberg, l’avocat jugeait que le petit ami de l’étudiante était « pleinement responsable » de l’agression car le couple n’aurait pas dû se trouver la nuit dans les rues. « Jusqu’à présent je n’ai pas vu un seul exemple de viol d’une femme respectée », affirmait-il également.

L’avocat a toutefois assuré qu’il n’avait pas tenté de diffamer la victime. « J’ai parlé à Bloomberg mais je n’ai rien dit sur la victime. Je leur ai seulement dit que les femmes sont respectées en Inde, qu’elles sont des mères, des sœurs, des amies, mais dites-moi quel pays respecte une prostituée. »

Interrogé pour savoir s’il considérait donc la victime comme une prostituée, cet avocat a répondu : « Non, pas du tout mais je dois protéger mes clients et prouver qu’ils n’ont pas commis ce crime abominable. »
Source : AFP

mardi 1 janvier 2013

La Brigade Rose, des femmes indiennes combattantes

Le Bundelkhand est l’un des endroits les plus pauvres de la région de l’Uttar Pradesh, dans le nord de l’Inde. C’est aussi l’un des territoires les plus denses d’un pays déjà largement surpeuplé. Confrontés à des terres infertiles, à une justice corrompue et au système de caste indien, oppressif et archaïque, les habitants du Bundelkhand doivent lutter quotidiennement pour leur survie.
Bref, on s’y amuse beaucoup. Et ce n’est peut-être pas très surprenant, mais annonçons-le d’emblée : les violences domestiques et la relégation des femmes au rang de citoyens de seconde zone font que l’Inde n’est pas exactement la terre des droits de la femme. Dans cet environnement catastrophique, un groupe d’autodéfense baptisé le Gulabi Gang (gulabi signifie rose) se bat—souvent au sens propre—pour plus d’égalité. Ce gang est constitué de plus de dix mille femmes qui portent toutes le même uniforme, un sari rose. Elles sont expertes dans le maniement du lathi, un bâton de combat indien traditionnel. Trop beau pour être vrai ? On pensait la même chose avant de les rencontrer. Ces femmes épatantes sont de vraies dures. Elles n’hésiteraient pas à vous exploser les genoux d’un coup de bâton.
Fondé il y a deux ans à peine, le gang est déjà sous le coup de nombreuses accusations pour rassemblements illégaux, émeutes, agression d’un représentant de l’État et obstruction à la justice. Sampat Pal Devi, 47 ans, leader du Gulabi Gang, est une femme de caractère, pas du tout découragée par les réquisitoires contre son armée. À peine instruite, mère de cinq enfants, Sampat Devi est devenue une figure messianique dans sa région natale.

« Le mot « gang » ne veut pas forcément dire « criminel », affirme-t-elle, ça peut aussi désigner une équipe. Nous sommes un gang qui œuvre pour la justice. Lors des rassemblements et des manifestations hors de nos villages, nos membres se perdaient souvent dans l’agitation de la foule. Nous avons décidé de nous habiller d’une seule couleur, plus facilement identifiable. Nous ne voulions pas utiliser des couleurs associées à des groupes politiques ou religieux. Nous avons choisi le rose, la couleur de la vie. C’est bien. Ça attire l’attention du Gouvernement. »


Le système de caste plane sur l’Inde comme un nuage noir. Non seulement la plupart des membres du gang sont d’origine pauvre, mais elles font aussi partie de la caste la plus basse, les dalit (intouchables). Quelques mois plus tôt, dans l’Uttar Pradesh, une dalit s’est fait violer par un homme d’une caste supérieure. La police n’a pas daigné enregistrer la plainte. Quand les villageois ont protesté, ils ont été arrêtés et mis en garde à vue. Mené par Sampat Devi, le Gulabi Gang a pris d’assaut le commissariat de police pour exiger la libération des villageois et l’enregistrement de la plainte contre le violeur. Elles s’en sont prises physiquement à un policier quand celui-ci a refusé de se plier à leurs demandes. Une enquête est toujours en cours.

Au mois de juin dernier, les Gulabi ont connu leur plus grand succès. Après avoir reçu des plaintes contre un magasin d’État à bas prix (l’équivalent du welfare aux États-Unis), situé à Attara, qui ne distribue pas correctement les céréales, Sampat Devi et son gang décident de surveiller secrètement les agissements du directeur du magasin. Le gang intercepte deux camions chargés de céréales destinées à l’origine aux personnes en dessous du seuil de pauvreté, pourtant en route pour être revendues sur le marché. Cette preuve en main, les membres du gang font pression sur les autorités locales pour qu’elles récupèrent les céréales et livrent le directeur à la police, mais une fois encore, la plainte n’est pas enregistrée. Furieuses, les membres du gang attaquent l’un des agents de police. Si aucune plainte formelle n’a été déposée, cet événement a fortement renforcé la crédibilité du gang dans la région.

Plusieurs membres de la communauté locale comparent Sampat Devi à la légendaire Reine de Jhansi, Laxmibai. Ils manifestent leur reconnaissance en apportant leur soutien au gang. Babloo Mishra permet au gang d’utiliser sa maison comme bureau : « Ces femmes sont prêtes à défendre la cause de n’importe qui, tant que c’est justifié, explique-t-il. Elles n’agissent pas uniquement dans l’intérêt du gang. » Mais, même s’il est aidé par des gens comme Mishra, le gang a besoin de financements pour lancer une petite industrie, afin de fournir des emplois aux villageois. Sampat Devi rêve de posséder une entreprise textile pour employer les femmes de la région, mais le manque de capitaux est un obstacle sérieux à la réalisation de ses rêves. Beaucoup reste à faire dans la région, et les citoyens comme Sampat Devi contribuent à faire évoluer les choses. Si les plaintes contre le gang sont souvent lancées à la suite de ses opérations illégales, pour Sampat Devi et ses associées, il ne s’agit pas de contourner la loi, mais de résister et de défendre ses droits.

Sampat Pal Devi, 47 ans

Je dirige le Gulabi Gang. J’ai fondé l’association dans les années 1990 mais je l’ai nommée ainsi il y a deux ans. Nous voulons donner plus de pouvoir aux femmes, promouvoir l’éducation des jeunes—surtout des filles—et mettre un frein à la corruption et aux violences domestiques. Tous les jours, je rends visite aux différents membres du gang dans leurs villages. Si nous apprenons qu’il se passe une chose à laquelle nous sommes opposées, nous nous réunissons et décidons d’un plan d’action. Nous demandons d’abord à la police de réagir. Mais comme dans notre pays, le gouvernement n’est jamais en faveur des pauvres, nous finissons souvent par prendre les choses en main. On commence par parler au mari qui bat sa femme. S’il ne comprend pas, nous demandons à son épouse de se joindre à nous quand nous le battons avec nos lathi. Nos missions, en cas de problèmes domestiques, ont un taux de réussite de cent pour cent. C’est le dialogue avec les autorités qui est difficile, parce qu’on ne peut pas toujours recourir à la loi, surtout avec des législateurs aussi corrompus. Nous avons battu des représentants véreux, mais ça n’a servi à rien. Je suis constamment menacée par leurs hommes de main. Un jour, ils sont arrivés à plusieurs et ont menacé de m’abattre, mais les femmes sont venues à mon secours, elles leur ont jeté des briques et ils se sont enfuis. Ils ne sont jamais revenus. Je n’ai peur de personne. Mes femmes sont avec moi, elles sont ma force. Ma famille ne m’a pas toujours soutenue, mais quand j’ai persisté et que j’ai expliqué à mon mari, il a compris. Depuis il me soutient. Ce que je fais n’est pas facile. Je n’ai pas d’argent. Je me déplace partout sur un vieux vélo. Certains nous aident en faisant de petits dons et des actes de charité. Je veux que ce mouvement continue. Il faudrait trouver de l’aide du côté des organisations internationales ou locales. Je travaille pour le peuple. Je veux créer une petite industrie pour les villageois dans le besoin qui travaillent avec moi. Il y a des jeunes hommes et des jeunes filles talentueux, qui savent faire du purin organique, des bougies, des médicaments ayurvédiques et cultiver des cornichons. Ils pourraient vivre décemment. Si j’obtiens des fonds, je pourrai créer un atelier de couture pour les femmes, qui seront en mesure de subvenir aux besoins de leur famille. L’avenir est brillant pour le Gulabi Gang. C’est un mouvement populaire qui va s’étoffer, à condition d’avoir le soutien des autorités locales.

Banhari Devi, 42 ans

Je n’ai pas de travail, pas d’argent, et je compte sur mon fils pour ramener de quoi manger chaque soir, pour qu’on puisse au moins avoir un repas par jour. Sampat Devi est venue à mon secours. Elle est comme le messie, elle se soucie toujours des pauvres. Elle s’est battue pour moi et elle a réussi à me faire obtenir la carte rouge (carte qui prouve qu’on vit en dessous du seuil de pauvreté). Ma famille est très pauvre, et cette carte me donne accès au riz et au blé à bas prix des centres de distribution publics. J’ai rejoint le gang il y a six mois et depuis, j’ai confiance en moi, je me sens beaucoup plus forte. Quelquefois, nous sommes parties en mission avec le Gulabi Gang, et le Gouvernement nous a menacées. Le fait d’être en groupe nous donne une telle confiance en nous que nous sommes prêtes à combattre les injustices. Quand j’ai rejoint le gang, Sampat Devi nous a présenté les objectifs du groupe. On a appris à se battre au lathi. C’est, à la base, une technique défensive. Nous ne sommes pas un groupe violent, mais si vous nous défiez, nous pouvons le devenir. Nous utilisons d’abord des méthodes pacifiques, mais si elles ne fonctionnent pas, nous nous servons de nos lathi. Le gang a changé ma vie. Je veux y rester jusqu’à ma mort.
            
Kamat Devi, 48 ansÇa fait maintenant deux ans que je suis dans le gang. J’ai participé à pratiquement toutes les campagnes récentes. Même si je n’ai pas de rôle défini au sein du gang, je finis toujours par m’occuper des différends domestiques ou de faire l’arbitre dans les disputes entre voisins. Quand nous apprenons qu’il y a une querelle de voisinage, nous nous réunissons, avec Sampat Devi, pour trouver une solution à l’amiable. Ce n’est pas toujours évident, mais les gens respectent le Gulabi Gang parce que nous adoptons toujours une position neutre. Je n’aime pas du tout recourir à la force. J’ai appris à me servir du lathi pour me défendre, pas pour attaquer. Les autres respectent ma position et je peux travailler comme je l’entends, tant que la mission est accomplie. Mon mari possède une petite parcelle de terrain et je l’aide dans les champs. La terre n’est pas assez fertile et il doit parfois chercher du travail journalier en ville, sans pour autant y parvenir à chaque fois. J’ai réussi à obtenir la carte rouge et maintenant, j’ai au moins le droit au riz et au blé à bas prix. Je me demande souvent ce qui nous serait arrivé si je n’étais par membre du Gulabi Gang.


Aarti Devi, 22 ans

Mon père, Chnadra Bhan, est un homme instruit. Bien qu’il soit un dalit, il a obtenu un double master à l’Université. Il a toujours dû se battre pour défendre ses droits et la dignité des villageois locaux. Il y a environ six mois, un homme d’une caste supérieure a violé une dalit. La police a refusé d’enregistrer la plainte. Quand mon père a protesté, on l’a mis en garde à vue avec deux autres personnes. Je suis allée trouver Sampat Devi pour lui demander de l’aide. Ce même jour, j’ai rejoint le gang. Conduites par Sampat, nous avons pris d’assaut le commissariat de police. Nous avons exigé que mon père et les autres villageois soient relâchés. La police refusait toujours d’enregistrer la plainte contre le violeur. Nous avons fini par tabasser un policier à coups de lathi. Je ne veux pas me coucher devant l’injustice. Mon père est une grande source d’inspiration pour moi, il était très fier quand il m’a vue habillée d’un sari rose, en train de manifester et de crier des slogans avec le reste du Gulabi Gang. Sampat Devi m’a entraînée à manier le lathi. Elle insistait beaucoup, c’était d’abord un moyen de défense, plus qu’une arme d’attaque. J’ai souvent été menacée par les gros bras du Gouvernement et par les autorités, on a déjà braqué un pistolet sur moi. Mais ils ne me font pas peur. Faire partie du gang me donne de la confiance et de l’assurance. Dans la plupart de nos interventions, nous insistons sur les droits de la femme, la création d’emplois, la promotion de l’éducation, tout ça pour améliorer la condition des pauvres et des nécessiteux. Nous sommes l’avenir du Gulabi Gang. Nous sommes prêtes à tout pour rendre l’égalité et la justice à ceux qui en sont privés.
Visitez le site du Gulabi Gang !

lundi 31 décembre 2012

Inde : le viol, la loi et la classe moyenne

par Walter Fernandes SJ. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: India:  India: Rape, the Law and the Middle Class
Español   India: violaciones, leyes y clase media

Le viol traumatique de la jeune femme de Delhi s'est terminé par sa mort. L'atrocité a suscité la colère de la classe moyenne dans tout le pays. L'émotion était grande autour de cet acte atroce de quelques hommes ivres et les manifestants a exprimé des exigences telles que la peine de mort et la castration publique pour les violeurs. Cette explosion est compréhensible étant donné la cruauté des auteurs du crime.

Cependant, on peut se demander si cela ne restera qu'un exemple de plus de réaction à un cas unique, sans prise de conscience du malaise qui conduit à de tels crimes. L'affaire a été très médiatisée parce que c'est arrivé à Delhi. Cela ne réduit pas l'atrocité du crime. Mais pour qu'un changement se produise en faveur des femmes,  il faut aller au-delà de ce simple cas et faire face aux problèmes en jeu. Il faut se rappeler que ce qui est arrivé à Delhi n'est pas une exception. Cela a reçu une publicité parce que c'est arrivé dans la capitale, mais de nombreux autres cas sont régulièrement passés sous silence ou ne sont pas rapportés dans les médias. Selon les chiffres de la police, l'Inde a connu en 2011  228 650 crimes contre des femmes,  dont 24 206 viols et 35 565 enlèvements.
Il s'agit des cas signalés. Probablement un nombre beaucoup plus important ne sont pas signalés en raison de la stigmatisation qui y est attachée. Deuxièmement, d'après les données de la police, environ 90 pour cent des viols sont commis par des personnes connues de la victime, pour la plupart des membres de sa famille. Troisièmement, un grand nombre de victimes appartiennent à des communautés sans voix. Par exemple, dans un article paru dans Countercurrents, Cynthia Stephen cite une jeune fille dalit* d'un village du Tamil Nadu qui dit : "Il n'y a pas de fille dans notre rue qui n'ait pas été forcée ou violée par les hommes de la caste dominante quand elle va aux champs pour chercher de l'eau ou pour travailler." Les hommes des castes dominantes menacent les dalits de conséquences terribles si elles osent se plaindre à la police. Ces cas ne sont donc pas signalés.

Captures d'écran de télévisions régionales informant sur des viols de jeunes femmes dalits

Enfin, la police ajoute souvent au traumatisme. Par exemple, une jeune fille de 18 ans du village de Badhshapur dans le district de Patiala (Punjab) s'est suicidée le 26 décembre, six semaines après avoir été violée par trois hommes. Sa mère rapporte que quand elle est allée se plaindre à la police, les policiers l'ont humiliée avec des questions obscènes comme "Comment ont-ils touché votre poitrine? Ont-ils ouvert d'abord leurs jeans ou leurs vestes ?" Les criminels n'ont été arrêtés qu'après son suicide. Ou prenons le cas de l'officier de police dans l'Haryana, qui a été élevé au rang le plus élevé bien qu'une star du tennis en herbe l'eût accusé de l'avoir violée. Elle aussi s'est suicidée parce qu'elle était incapable de supporter le harcèlement. Le policier a été condamné à une peine de six mois de prison quelques années après sa retraite.
Ces cas et d'autres sont symboliques de l'attitude de notre société. La classe moyenne manifeste pour des cas très médiatisés et ignore le reste. Les médias dits nationaux font de même. Par exemple, lorsque le 23 décembre 2005 quelques étudiantes montèrent dans un compartiment de train à Kokrajhar, ignorant que c'était un wagon militaire. Toutes ont été violées par des hommes payés pour protéger les citoyens. Mais ça n'est pas devenu une info nationale. Même dans l'Assam c'est resté une affaires de femmes Bodo**, pas de toutes les femmes.

Bodo women, victims of ethnic violence, at a relief camp in a village in Kokrajhar district, Assam, July 25, 2012.

Femmes Bodo, victimes de violence ethniciste, dans un camp de secours d'un village du district de Kokrajhar, en Assam, 25 juillet 2012. 
Anupam Nath/Associated Press


En d'autres termes, les crimes contre les femmes sont le résultat des fortes valeurs patriarcales de notre société, mais sont aussi conditionnées par les attitudes ethniques et de caste et dans de nombreux cas par un faux sentiment de patriotisme. Par exemple, lorsque les forces de sécurité violent des femmes on dit aux gens de protéger leur honneur et ne pas signaler ces cas. Les victimes n'ont pas d'importance. Même les lois comme la Loi sur les pouvoirs spéciaux des forces armées*** protègent ces criminels en uniforme.



"L'armée indienne nous viole" : Des femmes nues protestent le 15 juillet 2004 à Imphal, capitale de l'Etat du Manipur, dans le Nord-est, devant une caserne des paramilitaires du régiment des Assam Rifles contre le viol, la torture et l'assassinat de Thangjam Manorama Devi, une jeune femme de 32 ans
Compte tenu de ces attitudes, on peut se demander si de nouvelles lois, et même la peine de mort, peuvent prévenir ces crimes. On ne peut pas nier que des réformes de la police et des lois fortes sont nécessaires. Mais elles ne peuvent à elles seules résoudre les problèmes qui sont profondément enracinés dans notre culture comme les centaines de milliers de fœtus féminins avortés chaque année parce que les femmes sont considérées comme un fardeau. Si tous les violeurs devaient être pendus, les victimes auraient à perdre certains membres de la famille qui sont les auteurs de ces crimes.

En outre, l'acceptation de la valeur de la supériorité masculine par la plupart des femmes assure que les abus sont souvent gardés secrets sous le prétexte de protéger l'honneur de la jeune fille ou de la famille. Ou prenons le cas des lois coutumières tribales dans le Nord-Est qui donnent tout le pouvoir social aux seuls hommes. Les dirigeants refusent de changer les lois. Par exemple, le Nagaland n'a pas été en mesure d'organiser des élections municipales en raison de l'opposition des chefs tribaux au quota de 33% des sièges pour les femmes. Ils affirment que leur droit coutumier ne permet pas aux femmes d'avoir du pouvoir politique.
Il est donc clair que des lois ne peuvent pas changer ce système. La dot, le travail des enfants, la discrimination de caste sont interdits par la loi. Mais ces lois ne peuvent pas être appliquées sans modifier les attitudes qui donnent naissance à ces abus. C'est aussi vrai pour le statut des femmes que pour la corruption ou les attitudes de caste et ethniques. Aucune loi ne peut entrer en vigueur sans une infrastructure sociale pour la soutenir. Mais la tentation de la classe moyenne qui mène les manifestations contre le viol, la corruption et d'autres abus est de prendre un événement isolé et d'ignorer les attitudes et les systèmes sociaux qui en sont la cause. Par exemple, cette classe a pris à juste titre la corruption politique comme une cause de lutte, mais très peu d'entre eux s'est demandé si les mains de ceux qui protestaient étaient propres. De même, cette classe a également protesté contre l'arrestation arbitraire et l'emprisonnement du Dr. Binayak Sen****, ce qui était nécessaire. Mais ils n'ont pas remis en cause la Loi sur la sédition***** ou les besoins de la classe moyenne au nom desquels les tribus sont déplacées. Leur paupérisation est à l'origine de la rébellion maoïste en Inde centrale.
Il faut également veiller à ce que la question du viol ne se termine pas avec un cas. Les attitudes de genre, de classe et de caste qui causent de tels abus doivent être abordées. On ne peut pas s'en tenir à une condamnation des politiciens et des services de police. Cette étape est nécessaire, mais de nouvelles lois ne peuvent que donner bonne conscience et ne peuvent pas résoudre le problème. Il faut faire une introspection et examiner les valeurs sociales et culturelles qui sont derrière ces crimes. Si l'affaire de Delhi conduit à un tel auto-examen, la jeune femme de 23 ans n'aura pas donné sa vie en vain.
NdT
*Dalit : litt. "opprimé", hors-caste ("intouchable")
**Bodo : plus importante communauté tribale de l'Assam appartenant au groupe tibéto-birman, faisant partie des "scheduled tribes" protégées par la Constitution et censées bénéficier de mesures de discrimination positive. En août 2012, des violences exercées par des Musulmans ont provoqué la mort de 78 Bodos et la fuite de 400 000 d'entre eux.
*** La loi AFSPA (Armed Forces Special Powers Act) a été adoptée en 1958 pour donner des pouvoirs spéciaux à l'armée dans les Etats d'Arunachal Pradesh, Assam, Manipur, Meghalaya, Mizoram, Nagaland et Tripura. Elle a été étendue au Jammu et Cachemire en 1990. Elle étend de façon considérable les pouvoirs des forces de sécurité pour lutter contre des mouvements sécessionnistes. L'AFSPA a couvert de nombreux actes de violence militaires, causant la mort de dizaines de milliers de personnes.
****Pédiatre et vice-président de l'Union populaire pour les libertés civiles, condamné au nom de la loi contre la sédition à la prison à vie pour aide aux Naxalites (guérilléros maoïstes), libéré sous caution. Adopté comme prisonnier de conscience par Amnesty International.
*****Article du Code pénal datant de 1860 et donc hérité des anciens maîtres britanniques, utilisé contre les militants dérangeant le pouvoir.

"Stop...au viol" : panneau détourné à Delhi
 



samedi 29 décembre 2012

"Damini Nirbhaya", la victime du viol de New Delhi est morte : Nous exigeons la justice, la liberté et les droits pour les femmes!


 
La jeune femme dont le viol atroce par six hommes le 16 décembre dernier, dans un bus de New Delhi a provoqué un immense mouvement de protestation dans toute l'Inde, est morte vendredi 28 décembre à l'hôpital de Singapour où elle avait été transportée. Sa dépouille est arrivée à 4 h30 dimanche matin à Delhi et elle a été incinérée au cours d'une cérémonie privée quelques heures plus tard. On ignore son nom, mais les manifestants l'ont surnommée Damini (Coup de foudre), en référence à un film de Bollywood de 1993 dont l'héroïne prend la défense d'une domestique victime d'un viol. Le Journal Times of India l'a surnommée Nirbhaya (Coeur Vaillant). Transformée en figure mythique digne de figurer dans le panthéon hindou, "Damini Nirbhaya" est appelée à devenir l'emblème de la révolte historique de décembre 2012, qui est la première révolte civile de masse contre le système des politiciens et policiers corrompus qui éclate au nom de la liberté et des droits des femmes, dans un pays où les femmes subissent une oppression millénaire prenant des formes particulièrement cruelles.
Ce samedi a vu des marches et des rassemblements exigeant le respect des droits et de la liberté des femmes se produire dans tout le pays, et non plus seulement dans les métropoles de Delhi, Mumbai, Bangalore et Kolkota. Un des slogans diffusés par les télévisions privées est : "Candles, not lathis" : "des bougies, pas de matraques".


Plus de 4000 personnes se sont rassemblées samedi matin  à Delhi, dans un des rares endroits où les rassemblements ne sont pas interdits, le Jantar Mantar, pour lui rendre hommage et continuer la lutte engagée. Une banderole déclarait : "We don't want your condolences! We don't want your fake sentiments! We demand immediate action to strengthen the laws against sexual violence."("Nous ne voulons pas de vos condoléances ! Nous ne voulons pas de faux sentiments ! Nous exigeons une action immédiate pour renforcer les lois contre la violence sexuelle !")
Le rassemblement a adopté la résolution suivante :

It's a Time for Grief, Mourning and For a Solemn Resolve - To Take the Struggle Forward for a World Where Women Can Have Freedom, Rights and Justice.  We condole the sad passing of the brave rape survivor of Delhi, who battled her assailants and her horrendous injuries with so much courage and endurance. We stand by her family in this time of unimaginable grief and mourning.


Gather for a Condolence Meeting at 11am, Jantar Mantar.

This is a time for mourning, for inner reflection, and also for a resolve to take the struggle forward for justice, rights, and freedom for women in our society. We all feel immense anger and outrage at the cruel way in which a young woman’s life was taken. It is important that the anger be directed at the root causes of violence against women in society, as well as at the system and institutions that fail to defend women’s right to freedom without fear.

As we approach a sad end to the year, full of grief and anger, let us resolve that the new year to come will be one where we resist discrimination and violence against women in every way – in our homes, on the streets and public spaces, in every institution. Let us declare zero tolerance for discrimination and violence against women, and vow to uproot patriarchal oppression from our society.

Let us unite to demand accountability from the government, police, judiciary. No longer will we tolerate the anti-women statements and policies from those in power. We demand justice, freedom and rights for women!

AIPWA, AISA, RYA, Jan Sanskriti Manch, 
and Many Other Common Students, Women and Men
         
Le corps quitte le Mount Elizabeth Hospital à Singapour

Résolution de condoléances
C'est un temps pour le chagrin, le deuil et pour une résolution solennelle : faire avancer la lutte pour un monde où les femmes peuvent avoir la liberté, des droits et de la justice.
Rassemblement de condoléances à 11h, Jantar Mantar.
Nous pleurons la triste disparition de la courageuse victime du viol de Delhi, qui a lutté contre ses agresseurs et ses horribles blessures avec tant de courage et d'endurance. Nous sommes aux côtés de sa famille en ce moment de chagrin et de deuil inimaginable.
C'est un moment de deuil, de réflexion intérieure, et aussi pour une résolution de faire avancer la lutte pour la justice, les droits et la liberté des femmes dans notre société. Nous ressentons tous une immense colère et indignation devant la façon cruelle dont la vie d'une jeune femme a été prise. Il est important que la colère soit dirigée vers les causes profondes de la violence contre les femmes dans la société, ainsi que vers le système et les institutions qui ne parviennent pas à défendre le droit des femmes à la liberté sans peur.
Alors que nous approchons d'une triste fin d'année, pleine de chagrin et de colère, prenons la résolution que la nouvelle année à venir sera celle où nous résisterons à la discrimination et à la violence contre les femmes dans tous les sens - dans nos maisons, dans les rues et les espaces publics, dans chaque institution. Décrétons une tolérance zéro pour la discrimination et la violence contre les femmes, et engageons-nous à éradiquer l'oppression patriarcale de notre société.
Unissons-nous pour demander des comptes au gouvernement, à la police, à l'appareil judiciaire. Nous ne tolérons plus les déclarations et les politiques contre les femmes du pouvoir en place. Nous exigeons la justice, la liberté et les droits pour les femmes!
AIPWA, AISA, RYA, Jan Sanskriti Manch,
et beaucoup d'autres étudiants, femmes et hommes ordinaires
 Traduction BASTA! 

Ce rassemblement s'est prolongé tout au long de la journée et de la soirée, les gens affluant par milliers avec des bougies. La foule a empêché la Première ministre du gouvernement local de Delhi, Sheila Dikshit, de se joindre au rassemblement d'hommage à la victime, et elle a du prendre la fuite. Dans la journée on a appris qu'une jeune fille de 14 ans, victime d'un viol en bande dans le Gujarat, avait tenté de se suicider en avalant du poison. Une autre jeune fille, âgée de 18 ans, a mis fin à ses jours dans l'Uttar Pradesh, suite à l'inaction de la police, qui a laissé courir son violeur. 
Shah Rukh Khan, le plus célèbre acteur de Bollywood, a twitté un message disant que "Damini" avait forcé l'Inde à se confronter à une réalité honteuse. "Le viol incarne la sexualité telle que notre culture et société l'ont définie. Je suis vraiment désolé de faire partie de cette société et culture", écrit la star.

Pour voir des photos des protestations, cliquer sur l'image


Indian protestors hold a placard as they take part in a rally in front of a statue of Mahatma Gandhi in Lucknow on December 29, 2012, after the death of a gangrape victim from the Indian capital New Delhi (AFP Photo / STR) 
Manifestation à Lucknow, au Mémorial Mahatma Gandhi
UTTAR PRADESH












DELHI










BIHAR





BENGALE OCCIDENTAL
KARNATAKA
"Pidita ko shraddhanjali"="respect pour la victime de Delhi", ont écrit ces petites filles dans la cour de leur école à Ahmedabad