Affichage des articles dont le libellé est Hogra. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Hogra. Afficher tous les articles

samedi 22 janvier 2011

Algérie : Trop de morts ou pas assez ?

par Adlène Meddi, éditorial, El Watan, Algérie, 21/1/2010

En un an et demi, plus d’une trentaine de suicides ou de tentatives pour des raisons sociales ont été rapportées par la presse. L’émeute s’individualise, le corps social affiche ses injustices dans les corps tout court. Cela peut se graduer à partir d’une brûlure de cigarette sur le bras ou la main, la fameuse kiyya – chez les plus jeunes mais aussi les prisonniers – jusqu’à l’extrême : le suicide, sous toutes ses formes. Mais avant, il y a des formules transitoires de dénonciation en passant par son propre corps. Il y a par exemple cette incroyable réaction relayée par les journaux l’année dernière : dans deux cas à l’est du pays, et en pleine audience de tribunal, un homme s’est intégralement déshabillé, dernier recours pour prouver son désarroi face à la hogra ! Ou encore ces cas de prisonniers algériens en Ukraine ou en Libye qui se sont cousus les lèvres pour protester contre leur abandon par leur consulat en 2009 ! Il y a aussi les automutilations sur les lieux publics, comme ce fut le cas d’un chômeur à l’APC de Sidi M’hamed à Alger l’année dernière.

Des hommes, mais aussi des femmes – exclues des listes du logement social ou d’embauche – passent à l’acte, beaucoup plus en avalant des médicaments ou en sautant du balcon. L’autre donne est le «suicide en groupe» : on l’a vu la semaine écoulée avec ces harraga à Annaba qui ont tenté d’incendier leur embarcation à la vue des gardes-côtes ou, plus fréquemment, des tentatives d’immolation par le feu du père avec ses enfants (Chlef en octobre 2009, Alger en juillet 2010...). Les psychiatres consultés par El Watan Week-end évoquent l’effritement du lien social, mais surtout la remontée des traumatismes non-dits des années 1990. La douleur nationale éclate en autant de scarifications sur les individus qui n’ont pu verbaliser l’horreur, la hogra. Les années 1990 ne sont pas encore digérées. Alors nous y voilà : noyés harraga, victimes des manifestations en Kabylie, suicidés, immolés, sacrifiés… trop de morts ou pas assez ?

dimanche 16 janvier 2011

"Si tu as le courage de Bouazizi, vas-y" : Vague d'autoimmolations par le feu en Algérie حركة المحترقين

La scène se passe samedi matin à la mairie de Boukhadra, une ville minière de la région de Tébessa, dans l'Est de l'Algérie; 23 jeunes sont reçus sont par le maire, qui adopte une attitude hautaine et méprisante. Le dialogue suivant s'engage entre Mohsen Bouterfif, 27 ans, père de deux enfants et le maire :
- Si je n'ai pas de contrat d'embauche à la mine, je me brûle
- Si tu as le courage de Bouazizi, vas-y.
Mohsen sort alors de la mairie, va se procurer de l'essence et s'immole. Le soir même, il décède à l'hôpital d'Annaba. Le wali (préfet/gouverneur) se rend sur place et suspend le maire.
Cet acte s'inscrit dans une liste qui ne fait que s'allonger : cinq jeunes à la recherche de travail et/ou de logement se sont immolés publiquement par le feu en Algérie en moins d'une semaine.
On peut désormais parler de la naissance d'une حركة المحترقين  Harakat Al Mouhattariquiine (Mouvement des Immolés) au Maghreb.

jeudi 30 décembre 2010

"S’ils nous considèrent Algériens, qu’ils nous donnent notre droit. Et s’ils ne nous considèrent pas comme tels, qu’ils nous disent de changer de pays" : nouvelles révoltes dans la ceinture de misère d’Alger

Omis par l’opération de relogement à Alger, Baraki et Oued Ouchayah s’embrasent

Par Hamid Mohandi, Le Courrier d’Algérie, 26/12/2010

Emeute à Baraki, sit-in à Oued Ouchayah et ébullition dans plusieurs quartiers et bidonvilles, suite aux opérations de relogement inscrites dans le cadre de la lutte contre l’habitat précaire.
La banlieue d’Alger s’embrase pour un logement.
Décidément, pour chaque opération de relogement inscrite dans le cadre de la lutte contre l’habitat précaire, des émeutes s’éclatent entre les forces de l’ordre et des citoyens qui s’estiment lésés de leur droit légal à un logement décent.
Lorsque les procédures règlementaires en vue de bénéficier d’un logement se heurtent à des blocages de tout bord, le recours à l’affrontement devient ainsi, pour ces citoyens, la seule alternative pour faire entendre leurs voix face à des responsables locaux qui ne manient de façon majestueuse que le langage des fausses promesses.
C’est d’ailleurs ce qui s’est passé, hier, au niveau du quartier d’El Baraka, à la daïra de Baraki, dans la banlieue d’Alger où une centaine de jeunes ont décidé d’entrer en affrontement avec les forces de l’ordre qui se sont dépêchées sur les lieux dès les premières heures afin d’étouffer une manifestation pacifique prévue par les citoyens pour décrier la gestion des responsables locaux en matière de relogement.
Perchés sur les toits ou dissimulés derrière les murettes de leurs habitations, si visiblement précaires, les manifestants ont usé de pierre, de bouteilles de verre et des pneus brûlés pour repousser les éléments de la police anti-émeutes qui répliquent difficilement et de la façon la plus prudente étant donné que l’affrontement s’est déroulé au coeur même de ce quartier.
Sur place, nous avons trouvé des femmes, des hommes âgés et des jeunes filles en ébullition mais aussi désespérés de voir de plus en plus leur vie basculer du mauvais au pire. Ils contemplaient de loin leurs enfants qui font face aux forces de l’ordre. Ces familles qui occupent les 160 foyers que compte ce quartier construit à l’époque coloniale, n’ont pas eu leur dose de bonheur durant toutes les opérations de relogement que la capitale a connu depuis le début de l’année en cours.
Elles revendiquent leur droit au logement à l’instar de leurs voisins à qui la première tranche du quota a été octroyée en 2008. Deux années se sont succédées et plusieurs opérations de relogement ont été effectuées et le nouveau toit tant espéré par cette population demeure toujours une désillusion, de l’encre sur papier, une promesse sans lendemain. Pourtant, les familles sont recensées et les dossiers ont été déposés depuis une belle lurette.
Dans le désarroi, ces familles s’estiment lésées et exclues de leur droit, et ce, au moment où des milliers de logements ont été distribués dans le cadre du programme de lutte contre l’habitat précaire de la wilaya d’Alger. « Nous, on nous rebat les oreilles que par de fausses promesses.
On ne peut pas patienter davantage. Si on se tait, personne ne prendra en charge nos requêtes. Nous avons décidé de tenir un sit-in et déléguer six personnes afin de discuter de notre situation avec le chef de daïra. Mais au lieu de voir ce responsable venir nous rassurer, il nous envoie les forces de l’ordre.
C’est lui qui a transformé notre action pacifique à une émeute. C’est lui qui nous a provoqué», nous affirmera un des citoyens. « Ici à Baraki, il n’y a pas de crise de logement, il ya une crise de gestion et une envolée de Tchipa (corruption)», ajoute une dame avant que les éléments de la police antiémeute ne foncent soudainement sur la foule qui nous a entouré. Plus de peur que de mal.
C’était juste pour disperser certains jeunes qui ne voulaient guère observer un répit. Il importe de signaler qu’au moment de l’affrontement, le wali délégué et le P/APS-c de la commune de Baraki sont curieusement absents. Ils ont déserté leurs bureaux pour fuir leurs responsabilités, estime un des citoyens de cette localité d’Alger.
La colère et la perplexité minent de plus en plus l’esprit des occupants du quartier les Palmiers de Oued Ouchayah. Après avoir procédé, samedi soir, à la fermeture du tunnel en guise de protestation contre l’exclusion et les inégalités en matière de relogement dont sont victimes, plusieurs citoyens ont observé un sit-in dans l’intention de soulever leurs problèmes avec le wali d’Alger, devant l’oeil vigilant de la brigade anti-émeute dépêchée sur place.
Si l’affrontement avec les forces de l’ordre a cessé, la colère reste immuable sur les visages des 600 familles occupant le quartier. Les citoyens disent qu’ils sont indubitablement prioritaires pour être relogés.
Ils occupent des baraques et ils vivent dans la plus ignoble des misères. Ils sont considérablement frustrés de ne pas être parmi les bénéficiaires, alors que d’autres quartiers moins affectés et moins détériorés ont vu leurs rêves exaucés.
Ils tentent vaille que vaille de trouver une éventuelle sortie de crise, pourvu qu’ils quittent ce qu’ils appellent la « jungle ». « On vit au milieu des rats et des serpents. On est constamment confronté au risque de l’effondrement du tunnel. Les conditions sont inimaginablement invivables », affirme-t-on sur les lieux.
« S’ils nous considèrent Algériens qu’ils nous donnent notre droit. Et s’ils ne nous considèrent pas comme tels qu’ils nous disent de changer de pays », s’écria un des pères de famille. Selon lui, c’est le wali délégué d’El Harrach qui jette de l’huile sur le feu, en leur déclarant que leur situation lui importe peu.
Au moment où nous mettons ce  papier sous presse, les choses se sont terminées comme elles avaient commencé. Il n’y rien de joyeux à l’horizon. La patience résistera-t-telle devant la négligence ?

Des manifestations ont éclaté à Diar Echems, à Oued Ouchayah et à Baraki Relogement sur fond,d’émeutes à Alger

Par Le Financier, 26/162/2010
Des émeutes ont éclaté dans les quartiers, pourtant inscrits dans le programme des 10 000 familles à recaser, et qui devraient attendre, présentement, une hypothétique seconde opération de relogement.
Premiers à sortir dans la rue : les habitants de la cité des Palmiers, dans la commune de Bachdjarah. Ces derniers ont procédé, dans la journée de samedi, à la fermeture du tunnel de Oued Ouchayah, bloquant la circulation des heures durant, dans les deux sens. Des affrontements ont eu lieu avec les forces de sécurité.
Le wali délégué a dû se réunir jusque tard dans la nuit de samedi à dimanche avec les délégués du quartier afin de les rassurer, qu’ils n’ont pas été oubliés et que leur tour viendra. Mais le sentiment général, au quartier des Palmiers, c’est que “l’État veut gagner du temps ; nous berner encore une fois”. En fait, ce quartier a été concerné par le passé par une opération de relogement qui avait touché pratiquement la plupart des habitants, suite aux travaux du creusement du tunnel de Oued Ouchayah qui avaient sérieusement endommagé les bâtisses. Deux immeubles, cependant, avaient été laissés pour plus tard.
Ce plus tard qui dure depuis plus d’une décennie. Entre-temps, l’ex-gouvernorat d’Alger a eu l’ingénieuse idée de recaser, dans les immeubles déserts, les anciens habitants des centres de transit, rendant la gestion de la cité des plus kafkaïennes. Hier, les forces de l’ordre étaient présentes en grand nombre, devant le tunnel de Oued Ouchayah, pour parer à toute reprise du blocage de cet important axe routier. À Diar Echems, la seconde opération de recasement a fait, comme prévu, des mécontents, qui ont exprimé leur colère hier matin, au moment du début de l’opération.
Mais c’est à Baraki, dans le quartier Diar El-Baraka, que la situation a dégénéré, hier. Les affrontements ont opposé les habitants aux forces de l’ordre. Les routes menant de Baraki à Sidi-Moussa et de Baraki à Larbâa ont été fermées à la circulation. Les habitants de Diar El-Baraka protestent contre le fait qu’ils ne soient pas inclus dans la liste des personnes à recaser en cette fin d’année. Il y a lieu de noter que les policiers ont reçu l’ordre de ne pas faire usage de bombes lacrymogènes et d’éviter d’envenimer la situation.
La tension vécue par le quartier Diar El-Baraka a été exploitée par l’ex-“émir” du GIA, Abdelhak Layada, habitant Baraki, qui a voulu s’immiscer dans les pourparlers engagés par le wali délégué et les représentants des habitants. Une immixtion qui rappelle bien de mauvais souvenirs vécus par le pays et dont les responsables, à tous les niveaux, ne semblent pas en avoir pris la véritable mesure. Au-delà du fait de savoir qui a bénéficié et qui n’a pas bénéficié de l’opération de relogement de 10 000 familles algéroises, et quels quartiers ont le plus bénéficié de l’attention des responsables chargés de l’opération, par rapport à d’autres quartiers, la question est de savoir : comment ont-ils pu arrêter le chiffre de 10 000 familles à reloger ? Et pourquoi, à la fin de l’opération, on se rend compte que des milliers d’autres familles, pourtant inscrites dans le programme, doivent-elles encore attendre ? Qui est prioritaire ? Celui qui attend depuis plus de 40 ans, ou celui qui a acheté une baraque il y a quelques mois, avec l’assurance d’être relogé dans les tout prochains jours ? Car, ce n’est pas tant le nombre de logements sociaux à distribuer qui pose problème, c’est la poursuite de la politique de l’autruche.
Des opérations de “débidonvillisation” ont été entamées depuis l’époque de Chadli Bendjedid. Au lieu de constituer une solution à un problème, elles se sont transformées, au fil des ans, en une manne inespérée pour les responsables locaux et tous les vautours spécialisés dans le “trafic de la misère”. Du coup, le maintien des poches de misère constitue, pour les responsables locaux, une manne qu’ils utilisent à des fins personnelles.
On a encouragé l’édification de bidonvilles dans la capitale, on a fermé l’œil sur les constructions illicites, sur les toits d’immeubles, parfois sur des projets d’utilité publique. Cette fuite en avant n’a que trop duré et cela tant que l’État algérien reste incapable d’imposer la loi à tout le monde.
La crise des bidonvilles et des habitations menaçant ruine ne fait que commencer et les charlatans ne rêvent que de voir des émeutes éclater partout, pour ressurgir.

Les émeutes se poursuivent à Alger !
par Abderrahmane Semmar, El Watan, 28/12/2010

Décidément, les émeutes sont en train de transformer Alger en un brasier ardent. Mardi matin, des centaines de jeunes de Baraki ont encore une fois manifesté leur colère en bloquant la route qui mène vers Sidi Moussa. La veille, durant la nuit du lundi, les habitants de "Laquiba" ont pris d'assaut la rue pour demander leur droit au relogement. 

Les jeunes de Baraki sont sortis mardi, une nouvelle fois, dans la rue pour réclamer leur droit à un logement décent.  Et tôt le matin, ils ont procédé à la fermeture de la route qui mène vers Sidi Moussa pour dire tout haut que les promesses des autorités publiques ne suffisent plus à les calmer.
Ces jeunes dont les familles occupent des taudis à Baraki ont pris leur mal en patience depuis des années. Et cette fois-ci, la misère et la galère ont fini par avoir raison de leur sang-froid. Le flou et les anomalies qui ont entouré les récentes opérations de relogement à Alger ont été également cette goutte d'eau qui a déversé définitivement le vase de la révolte.
Une révolte qui commence à toucher d'autres quartiers pauvres où la promiscuité et l'exiguïté des logements précaires tourmentent des familles entières. Pour preuve, tout au long de la nuit du lundi, des troubles ont éclaté à "Laquiba", la commune de Belouizdad, et à Rouiba au niveau des chalets de Drâa El-Guendoul.
Des centaines de familles occupent ces chalets depuis 2003 et évoluent dans des conditions de vie déplorables. Lundi soir, ils sont descendus, eux-aussi, dans la rue pour dire qu'ils ont ras-le-bol de cette "vie de misère". A "Laquiba", un autre quartier sinistre de la capitale, la situation est aussi très tendue.
Les promesses du relogement datent de plusieurs années et jusqu'à aujourd'hui, l'humidité et le froid continuent à ronger les murs délabrés des vieilles maisons lesquelles menacent de tomber en ruine à chaque intempérie.
 Pour faire face à ce vent de révolte et à cette énième crise sociale, les autorités publiques ont promis de distribuer encore plus de logements en 2011. Mais jusque là, les forces de l'ordre ont été les premiers à se mobiliser pour contenir la colère populaire. Les affrontements sont d'une rare violence et à chaque fois des blessés sont à déplorer.
Source : http://www.elwatan.com/une/les-emeutes-se-poursuivent-a-alger-28-12-2010-104866_108.php

29 émeutiers de Baraki et Oued-Ouchayah devant le juge

Par Irane Belkhedim,  Le Soir d’Algérie, 30/12/2010
29 jeunes émeutiers, dont 7 mineurs, ont été arrêtés lors des protestations citoyennes survenues au cours de cette semaine dans les quartiers de Baraki et de Oued-Ouchayah (cité les Palmiers). Accusés d’atteinte à l’ordre public, ils seront présentés à la justice.
– «52 policiers ont été blessés légèrement lors des émeutes, et l’on a enregistré un seul blessé parmi les citoyens. Un policier a été grièvement blessé et est encore sous surveillance médicale», a indiqué hier Samir Khaoua, commissaire principal chargé de la communication à la Sûreté de wilaya d’Alger, lors d’une conférence de presse animée au commissariat central, sur le bilan des récentes descentes policières menées à l’est d’Alger. Des sorties sur terrain ont été organisées à Dar-El- Beïda et à Rouiba et pour ce faire, 2000 policiers ont été mobilisés. 3 117 citoyens et 3 156 véhicules ont été contrôlés. L’opération s’est soldée par l’interpellation de 35 personnes et 82 contraventions infligées à des automobilistes.
«Par ces opérations, nous visons la sécurisation des Algérois», a expliqué Samir Khaoua, précisant que d’autres sorties seront opérées dans différents quartiers algérois. Il a même invité les journalistes à y assister. Des enquêtes récentes menées par les équipes de la police judiciaire ont permis de mettre fin à l’activité d’un réseau de falsification de documents administratifs à la mairie de Baraki. «Une trentaine de citoyens en ont été victimes. Les trois auteurs, qui sont en détention préventive, proposaient des documents contre 2 000 à 20 000 DA. Le fonctionnaire de la mairie de Baraki utilisait son handicap pour passer inaperçu devant les agents de sécurité», a affirmé Youcef Boutaouine, commissaire principal et chef divisionnaire de la police Est. Un second réseau composé de huit personnes, spécialisé dans les agressions et les vols à main armée (armes à feu et armes blanches), activant entre Alger et Tizi-Ouzou, a été démantelé.
«Nous avons récupéré trois voitures et 14 millions de dinars», a ajouté Youcef Boutaouine. En outre, la police judiciaire d’Alger- Centre a arrêté six personnes, deux Algériens et quatre Africains, pour trafic illicite de drogues et de stupéfiants. «Les ressortissants africains étaient en situation irrégulière. Généralement, ces Africains sont rusés, ils ne révèlent jamais leur véritable identité (sic !!!) », a déclaré Tarek Keskas, commissaire de police et chef divisionnaire de la police Centre.


vendredi 10 octobre 2008

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°3) - Travolta peut-il apporter de l’espoir aux ghettos oubliés ?

(Ce n’est juste que du cinéma)
Il y a trois ans, des jeunes mécontents ont mis le feu aux banlieues à travers la France. Maintenant, l'industrie du cinéma est en tournage est en tournage dans les plus pauvres banlieues parisiennes pour essayer de lancer une régénération . Mais que se passera-t-il quand ils seront repartis ?, demande John Lichfield.


Une équipe de tournage arrivera la semaine prochaine dans une cité sale, semi-abandonnée, aux murs couverts de graffitis et située à l'extrémité nord-est de Paris. Parmi les acteurs, il y aura l'un des plus célèbres visages du cinéma mondial : John Travolta. Le nom de l'emplacement du film est devenu presque aussi célèbre, ou tristement célèbre. Les Bosquets est l'une des deux cités à la limite de Montfermeil et de Clichy-sous-Bois, qui furent le point de départ d'émeutes qui se sont étendues aux banlieues pauvres et multiethniques de presque toutes les grandes villes de France en Octobre 2005.

Travolta arrivera jeudi aux Bosquets pour filmer quelques scènes de « From Paris With Love », un thriller d’espionnage, une production française en langue anglaise. La plus grande partie du film, qui n’a rien à voir avec les problèmes des « banlieues » ou les cités, sera filmée en plein Paris ou ailleurs.

La décision de tourner dans les Bosquets fait partie d'une campagne du célèbre producteur français, Luc Besson, pour relancer l'économie et pour utiliser les talents des banlieues. Son choix a été accueilli par les résidents avec un mélange d'excitation et de désespoir. De l'excitation, parce que 100 personnes de la cité des Bosquets (où 40 pour cent sont sans emploi) ont été engagées comme figurants ou comme gardes de sécurité à 100€ par jour. Du désespoir, car une fois l'équipe de tournage partie, beaucoup de monde a peur que la cité se replonge dans son état habituel et immuable de privation et de promesses non tenues.

Mamoudou, 24 ans, un jeune homme d'origine malienne, était debout avec quatre autres jeunes hommes sans emploi, au pied d'une cage d’ascenseur magnifiquement décorée de graffitis. A quelques mètres de là, il y a le bâtiment semi-abandonné qui a été sélectionné pour le film de Travolta. « OK, maintenant on est une attraction touristique », a-t-il dit. « Maintenant, les gens veulent faire des films ici. Super. Je n'ai rien contre ça. Mais est-ce qu’il va me donner un boulot, un vrai boulot, un boulot permanent ? Non. Après, on sera tous dans la même merde qu’avant ».

Après les émeutes, des politiciens français ont renouvelé leurs promesses, souvent répétées, d’une aide économique massive en faveur des banlieues pauvres et multiethniques de la plupart des villes françaises. Le Président Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir il y a 20 mois, en promettant un « Plan Marshall » pour les banlieues, qui fournirait des emplois, rénoverait les maisons et améliorerait les moyens de transport, souvent horribles. Le plan « Espoir Banlieues » a été lancé en février par Fadela Amara, secrétaire d’État chargée de la politique de la ville. Mme Amara, féministe de gauche d'origine algérienne, est elle-même un symbole important des efforts du Président pour effacer la discrimination raciale et les obstacles politiques. Le problème est que son plan a jusqu'ici produit très peu d’effet - et presque rien pour des endroits comme la cité des Bosquets et sa jumelle, la cité de la Forestière. Le gouvernement dit qu'il a l'intention de « concentrer » les aides sur les régions les plus pauvres. En conséquence, l'argent a été enlevé aux villes prospères telles que Lourdes et Chantilly, où il n'aurait jamais dû être dépensé en premier lieu. Bizarrement, de l’argent a également été retiré de certaines banlieues pauvres de Paris, dont Clichy-sous-Bois.

Ladj Ly, 28 ans, est un producteur de film d'origine malienne des Bosquets. Son documentaire laconique et puissant sur les origines des émeutes, qui se sont déclenchées lorsque deux adolescents sont morts alors qu’ils étaient poursuivis par la police, a connu un grand succès à la télévision française et sur Internet. Trois ans plus tard, qu’est ce qui a changé ? « J’en ai assez de répondre à cette question et j’en ai assez d'avoir à donner la même réponse », dit M. Ly. « Non, rien n'a changé pour la majorité des gens ici, sauf en pire. OK, les bus circulent jusqu'à plus tard dans la nuit, mais vous avez toujours à faire trois correspondances pour vous rendre à Paris. Les emplois sont toujours aussi rares».

« Mais, oui, je suppose qu’il y a quelque chose de nouveau et que c'est une sorte de nettoyage ethnique. Quelques-uns des pires immeubles sont enfin en cours de rénovation ou de démolition après des années d'attente. Mais qui en bénéficiera ? Pas les gens qui ont souffert ici tout ce temps. Ils sont en train d’être déplacés vers d'autres ghettos plus loin. Ils essaient de changer l'image de la zone en changeant la population. Les nouveaux appartements rénovés vont, dans des rares cas, aux résidents des Bosquets. Dans la plupart des cas, ils vont aux nouveaux arrivants, qui sont -- surprise, surprise -- gentils et blancs ».

M. Ly a emmené The Independent faire un tour dans les deux célèbres cités, qui furent autrefois des modèles du modernisme des années 60. Maintenant, elles sont les résidences incroyablement négligées, exiguës et pourries des personnes d'une vingtaine d’ethnies différentes, mais majoritairement des Nord-Africains, des Maliens, des Turcs et des Pakistanais. Certains appartements dans les Bosquets ont été démolis. L’immeuble utilisé pour le film de Travolta à 38 millions d’Euro doit être rasé d'ici la fin de l'année. D'autres tours ont été miraculeusement transformées de bâtiments sales, gris, et couverts de graffitisqu’elles étaient en structures agréables, fraichement peintes en blanc et crème ou primevère.

M. Ly était réticent à nous laisser approcher les jeunes traînant dans la cité. « Trop compliqué », dit-il. Il nous a tout de même présentés à Mamoudou et à ses amis. Les avis étaient partagés sur le nouveau statut des Bosquets comme un lieu de film. Hymed, 24 ans, dont la famille vient de l'île Maurice, a déclaré : « Je suis pour ce film. Si ça fait parler les gens de cet endroit et si ça apporte un peu d'argent, alors, je suis pour ».

Mamoudou s’est plaint que les bénéfices, quels qu’ils soient, seraient de courte durée - et pervers. « Les gens vont penser que la vie ici est géniale, puisqu’on voit des stars de cinéma marcher dans la rue », dit-il. « Dites-leur ce qui se passe réellement. Ils rénovent quelques appartements, c’était pas trop tôt, mais ensuite ils augmentent tellement les loyers que la population locale est obligée de partir ».

Shayz , KER, dj Yoshi et shone, rapeurs de Clichy-Montfermeil. Photo Alouw

Dernière minute
Tournage repoussé

Le réalisateur Pierre Morel devait entamer lundi le tournage de son nouveau film estampillé Besson, From Paris with love, avec John Travolta. Les premières scènes devaient se tourner dans le quartier des Bosquets à Montfermeil avec les jeunes du quartier assurant la sécurité sur le tournage. Seulement ceux-ci ne sont pas d’accord avec les conditions proposées par le réalisateur. En effet, celui-ci propose à une dizaine d’entre eux d’assurer le service d’ordre pour 120 euros par jour. Sachant que le budget du métrage est de 38 millions d’Euro les jeunes du quartier veulent que Luc Besson investisse dans le long terme et fasse quelque chose de conséquent pour le quartier. Ils veulent entamer des négociations avec lui et menacent d’empêcher le tournage s’ils ne reçoivent pas gain de cause. Ainsi un de ces jeunes déclaraient ce matin (9/10) sur RTL que s’il ne tourne avec eux, il ne tournera pas. En attendant la date de début de tournage est repoussée et la production se refuse à tout commentaire.


Source : Can Travolta bring hope to the forgotten ghettoes?, The Independent, 9 Octobre 2008

Traduit par IA, révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala

Épilogue : dans la nuit du dimanche 12 au lundi 13 Octobre 2008, dix voitures appartenant à la production du film on brûlé à Montfermeil. John Travolta ne viendra pas. Luc Besson cherche une autre balnieue pour tourner