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lundi 6 juillet 2015

Chers co-Européens...
Lettre d'un Grec qui a voté "Non"

par Giorgos Faraklas Γιώργος Φαράκλας , 3/7/2015
Original: Αγαπητοί συνευρωπαίοι...

Giorgos Faraklas, spécialiste de dialectique hégélienne, enseigne la philosophie politique à l’université Panteion (Athènes).


... en 1967 ma mère fut arrêtée. Quelques jours plus tard, nous quittions la Grèce pour un autre pays. En 1974, la Turquie envahissait Chypre. Quelques jours plus tard, mon père était mobilisé. Aujourd'hui, je vis à nouveau, comme alors, un moment de peur et d'impuissance. Chers co-Européens, pourquoi nous soumettez-vous à une telle épreuve?

dimanche 5 juillet 2015

Αρκετά*! Un "Non" qui veut dire "Basta"!

par FG, 5/7/2015
Español: Αρκετά*! Un “No” que quiere decir “¡Basta! ”
Le peuple de Grèce a voté et il a dit "όχι", un "Non" franc et massif, pas à 51% mais à 61%. Il a dit Non au chantage exercé par la Triade de Bruxelles-Berlin-Francfort, cette troïka comiquement rebaptisées "les institutions", efficacement relayée par les caniches de Londres, Paris, Rome, Madrid et La Haye. Il a dit Non à la réalité qui lui a été imposée par les  banksters depuis 5 ans et que la Triade entend perpétuer et rendre encore plus tragique. 



Cette réalité tient en quelques chiffres:

jeudi 1 novembre 2012

Le référendum islandais et les silences médiatiques

par  Mauro Santayana , 22-10-201. Traduit par  Pedro da Nóbrega, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: O referendum islandês e os silêncios da mídia
Traductions disponibles : English 
 


Les grands médias passent sous silence le processus de changement en cours à Reykjavik, en Islande

Les citoyens de l’Islande ont approuvé le samedi 20 octobre par référendum, à près de 70 %, une nouvelle Constitution, rédigée par 25 délégués, presque tous de simples citoyens désignés par un vote direct de la population, qui instaure notamment la nationalisation des richesses naturelles. L’Islande fait partie des énigmes de l’histoire. Située dans une zone baignée par le courant du Gulfstream qui parcourt l’Atlantique Nord, l’île, d’une superficie de 103.000 km², n’est habitée que dans sa partie littorale. L’intérieur, au relief accidenté comptant 200 volcans en activité, est aussi hostile qu’inhospitalier. Mais il s’agit d’une des plus anciennes démocraties au monde, dotée d’un parlement (Althingi) qui siège depuis plus de mille ans. Même sous tutelle de la Norvège et du Danemark jusqu’à la fin du 19ème siècle, les Islandais ont toujours réussi à préserver une significative autonomie pour ce qui relève de leurs affaires internes.

En 2003, sous la pression néolibérale, l’Islande a privatisé son système bancaire, jusque-là public. Suivant leurs intérêts, les grandes banques usaméricaines et anglaises, déjà engagées sur le marché secondaire dans la spirale des subprimes, ont transformé Reykjavik en grande plate-forme financière internationale et en une des plus grandes victimes du néolibéralisme. Avec juste 320.000 habitants, l’île est devenue un paradis fiscal pratique pour les grandes banques.

Des groupes comme Lehman Brothers se servaient du crédit international du pays dans le but d’attirer des investissements européens, essentiellement britanniques. Cet argent était alors injecté dans le tourbillon financier dirigé par les banques usaméricaines. La faillite de Lehman Brothers a mis l’Islande en première ligne car elle a du, de ce fait, assumer une dette dix fois supérieure à son Produit Intérieur Brut. Le gouvernement s’est vu dans l’obligation de renationaliser ses trois banques, dont les dirigeants ont été renvoyés devant les tribunaux et certains condamnés à des peines de prison.

Afin d’assurer le remboursement de cette dette colossale, le gouvernement a décidé que chaque Islandais, quel que soit son âge, devrait payer 130 euros chaque mois pendant 15 ans. Le peuple a exigé la tenue d’un référendum sur ce point et, par 93 % des suffrages, a refusé de payer une dette dont la responsabilité incombait au système financier international, à partir de Wall Street et de la City de Londres. La dette extérieure du pays, forgée par l’irresponsabilité des banques associées aux plus grandes institutions financières mondiales, a conduit la nation à la cessation de paiement et plongé les Islandais dans le désespoir. La crise a pris une dimension politique avec la volonté du peuple de tout changer. Une assemblée populaire, formée spontanément, a décidé d’élire une assemblée constituante composée de 25 citoyens, sans étiquette politique de parti, afin de rédiger la nouvelle Constitution du pays. Pour pouvoir se déclarer candidat à cette assemblée, le soutien de 30 personnes suffisait. Il y a eu près de 500 candidats. Les élus ont consulté la population qui pouvait, via internet, formuler des propositions et observations sur le texte. Le gouvernement a pris acte de cette initiative et officialisé le travail de cette assemblée en soumettant le document final à l’approbation par le référendum qui s’est tenu le 20 octobre.

En étant approuvé par plus de deux tiers des votants, le texte constitutionnel doit ensuite être ratifié par le Parlement. Bien que l’Islande soit un petit pays, éloigné tant de l’Europe que de l’Amérique, avec une économie dépendante de marchés extérieurs, (elle exporte du poisson, surtout de la morue), son exemple pourrait inspirer d’autres peuples, asphyxiés par l’irrationalité de la dictature financière.

Pendant ces quelques années, où les Islandais ont résisté à la pression des grandes banques internationales, les grands média internationaux ont passé sous un silence convenu le processus en cours à Reykjavik. Voilà la meilleure preuve que les Islandais sont peut-être en train d’ouvrir une voie vers une pacifique révolution mondiale des peuples.
 

lundi 15 octobre 2012

Des pigeons aux rapaces en passant par les merles siffleurs


par Pedro da Nóbrega, 15/10/2012
Les volatiles de toutes sortes sont décidément très présents sur la scène politique depuis la rentrée. Tout d’abord, l’indécente danse du ventre du Premier-Ministre Ayrault à l’université d’été du MEDEF, accompagnée d’une nuée de ministres venus tous roucouler devant un parterre de patrons pour les rassurer sur le fait qu’en effet, ils n’étaient pas si « dangerous » qu’ils pouvaient en avoir l’air, augurait d’une rentrée placée sous le signe d’un changement de veste mais assurément pas d’orientation. Une sorte de « changement dans la continuité » pour reprendre une formule passée à la postérité.
D’ailleurs les patrons ne s’y sont pas trompés puisqu’ils ont embrayé sur une « bouleversante » campagne où, déguisés en inoffensifs « pigeons » injustement persécutés, ils poussaient dans un appel des cris d’orfraie devant la perspective apocalyptique de devoir contribuer de façon plus significative aux recettes fiscales du pays. On ne doute certes pas que nombres d’entre eux puissent se trouver un penchant migrateur vers des paradis fiscaux dès lors que se pose l’éventualité de mettre la main à la poche qu’ils gardent toutefois bien garnie mais de là à vouloir se faire passer pour des tourterelles en voie d’être plumées, il y a un abîme que mêmes leurs ailes de rapaces ne sauraient masquer. Mais cet appel aura permis à leurs nombreux serviteurs médiatiques de développer tout un discours sur l’ingratitude d’un peuple de France qui, jaloux de leur « réussite » en ces temps de crise, se remettrait à cultiver une dangereuse allergie aux riches.
Aurel
Idéal pour renchérir avec un matraquage idéologique, complaisamment relayé par leurs perroquets médiatiques, sur le supposé « coût du travail » en France qui serait la raison d’un « manque de compétitivité » justifiant l’avalanche de licenciements que subit notre pays depuis des mois. Or, n’en déplaise à ces « Diafoirus » du capital, le travail n’est pas un coût mais une ressource et la première source de création de richesse et, à ce titre, elle a, comme toute ressource, un prix. Et l’analyse des inégalités de revenus, tant en France qu’en Allemagne que ces « perruches savantes » baptisés « experts » ne cessent de citer en exemple, montre que la rémunération du travail en reste à la portion congrue eu égard à la richesse crée, comme l’atteste d’ailleurs l’évolution la part de valeur ajoutée consacrée aux salaires par rapport à celle dévolue aux dividendes.
Et même concernant les coûts horaires de la main-d'œuvre, l'institut de conjoncture COE-Rexecode indiquait pour le troisième trimestre 2010 des chiffres de 34,6 euros en France et de 33,5 en Allemagne. Si l’on pondère par les données relatives à la productivité horaire du travail, où la France se situe au-dessus de l'ensemble des pays de l'OCDE, à l'exception de la Norvège, avec une productivité horaire très nettement supérieure à celle que connaissent le Royaume-Uni, l'Espagne, les USA, le Japon et même l'Allemagne, chacun pourra mesurer combien cet argument ne tient pas la route. Mais que les politiques de rigueur salariale et de précarisation sociale aient fait exploser le nombre de travailleurs pauvres en Allemagne est une donnée que passent sous silence nos « petits soldats » du CAC40 : en dix ans, le nombre de travailleurs pauvres en Allemagne a augmenté de près de deux millions, selon une étude de l’Institut du travail de l’Université de Duisbourg-Essane publiée au début du mois. Plus de 6,5 millions de personnes en Allemagne, soit près de 20% des travailleurs, toucheraient ainsi moins de 10 euros brut de l'heure. Parmi eux, 2 millions d'employés gagnent même moins de 6 euros de l'heure et ils sont nombreux, dans l’ex-RDA, à vivre avec moins de 720 euros par mois pour un temps complet. L’opposition de toute évidence ne se pose donc pas entre salariés en France et salariés en Allemagne dans une compétition aveugle où l’on finirait par achever les « chevaux moins performants » mais entre travailleurs et exploiteurs tant en France qu’en Allemagne ainsi que dans toute l’Union Européenne.
On aurait donc pu croire que le nouveau pouvoir en France, élu sous la promesse du changement, aurait trouvé là matière à donner quelque réalité à cette promesse. D’autant plus avec un Président qui avait pris l’engagement pendant sa campagne de renégocier le TSCG, autrement appelé Traité « Merkozy » puisqu’il avait été contacté par les deux leaders d’alors de la droite européenne, Angela Merkel et Nicolas Sarkozy. Ce qui suffit déjà à disqualifier l’argument opposé par Bernard Cazeneuve, ministre des Affaires européennes,  aux députés du Front de Gauche demandant un référendum sur le Traité quand il leur répond : « une grande consultation populaire a eu lieu qui a conduit les Français à se prononcer pour un Président de la République et pour une majorité au sein de l’Assemblée nationale ». C’est omettre deux points essentiels : le premier est qu’un représentant tire sa légitimité du mandat que lui ont confié les électeurs sur la base des engagements pris par le candidat élu lors de sa campagne ; dès lors qu’il renie un engagement, il ne saurait se prévaloir de cette légitimité. Le second revient à négliger un fait incontournable : sans les près de 4 millions de voix du Front de Gauche, François Hollande n’aurais jamais été élu Président.
Mais la pitoyable reculade de François Hollande lors du sommet européen de juillet dernier face auNein ferme et définitif de la chancelière allemande, repartant simplement avec un hochet croissance dénué de toute contrainte et pourvu d’une enveloppe budgétaire famélique augurait déjà bien mal de la suite et confirmait le caractère en effet guère « dangerous » pour la finance du nouveau pouvoir français. Il a trouvé une confirmation aussi navrante qu’éclatante avec la ratification parlementaire en catimini de ce Traité, resté identique à la virgule près, et le refus de consulter le peuple par référendum sur un texte qui, pourtant, consacre des abandons majeurs de souveraineté et met la politique économique des pays qui l’ont ratifié sous tutelle des marchés financiers, par le biais d’organismes dénués de toute légitimité démocratique, comme la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne. Avec pour justifier cette volte-face des couplets de rhétorique digne des plus virtuoses merles siffleurs : ainsi, Bruno le Roux, le président du groupe PS à l'Assemblée s’adressant à la droite : « Les interprétations d’un texte peuvent être multiples. La politique que vous avez menée pendant cinq ans et celle que vous vous apprêtiez à appliquer sous les auspices de ce traité sont totalement contraires à ce que nous voulons mettre en œuvre ». D’où l’urgence à ratifier ce texte, cherchez l’erreur !
C’est le député de droite Jean-Louis Borloo qui a d’ailleurs porté l’estocade lors du débat à l’Assemblée en interpellant le Premier-Ministre Jean Marc Ayrault : « Vous allez avec ardeur défendre ce traité paraphé par le président Nicolas Sarkozy. Je rappellerai tout de même ce que vous écriviez le 22 février sur votre blog, où vous dénonciez "le carcan budgétaire concocté par Nicolas Sarkozy et Angela Merkel et qui étend l’austérité infligée à la Grèce à toute la zone euro"» ! Sans parler de l’hommage sarcastique exprimé par Christian Jacob, président du groupe UMP, lors du vote sur la règle d’or budgétaire induite par ce funeste Traité et défendue par Ayrault : «Monsieur le Premier ministre, vous pouvez, sur ce sujet, compter sur le vote du groupe UMP, favorable au traité lui-même et favorable à la règle d’or. Nous le ferons car nous assumons les choix de Nicolas Sarkozy et les choix de la majorité d’hier », rappelant à cette occasion les déclarations du Premier-Ministre le 21 février 2012, alors en qualité de président du principal groupe d’opposition à l’Assemblée, qui déclarait péremptoire : "Nous n’acceptons pas d’enfermer les peuples dans une camisole, fût-elle cousue de fil d’or."
C’est donc en toute connaissance de cause que la nouvelle majorité socialiste en France se rend complice de l’institutionnalisation d’une dictature des marchés qui grave dans le marbre des politiques d’austérité socialement dévastatrices et économiquement ineptes comme le montre la situation de récession dans laquelle elles plongent la plupart des pays de l’Union Européenne. Et pour saluer cette « réussite » si l’on ose dire, le Parlement norvégien n’a rien trouvé de mieux que d’attribuer son Prix Nobel de la Paix à l’Union Européenne ! Là franchement, je trouve que le Parlement norvégien, à qui revient la responsabilité d’attribuer ce Nobel-là, s’est montré trop timoré en n’osant pas aller au bout de sa logique pour récompenser plutôt la BCE, le FMI et la Commission Européenne qui déterminent de facto, en tout déni démocratique, les orientations majeures des politiques économiques des États de l’Union. Voilà qui n’aurait déparé un palmarès qui de Théodore Roosevelt en 1906 jusqu’à Obama en 2009, en passant par le père du Plan Marshall et Henry Kissinger, peut laisser plus que perplexe. 
Il faut croire que les désastres successifs vécus par les gouvernements sociaux-démocrates ayant cautionné cette logique austéritaire tant en Amérique du Sud qu’en Europe n’auront pas suffi pour affranchir le PS français de son carcan social-libéral. Mais la bataille n’est pas achevée pour autant, il faudra qu’elle se développe aujourd’hui sur le terrain des luttes afin de pas se résigner à l’instauration d’un fascisme financier en col blanc. Car dans la mesure où la souveraineté monétaire constitue depuis l’avènement des démocraties modernes un des piliers de la souveraineté populaire et donc un des éléments constitutifs de son essence démocratique, s’opposer par tous les moyens à son abandon devient un devoir légitime et citoyen. Ce que démontrent avec éclat tous les peuples qui aujourd’hui en Europe s’insurgent contre les conséquences de cette logique totalitaire.

dimanche 7 mars 2010

ISLANDE : un « Non » franc et massif à la Loi Icesave-Faut pas prendre les Vikings pour des canards sauvages !


 Par plus de 95% des voix, les électeurs islandais ont dit « non », samedi 6 mars 2010, à la « loi Icesave »  votée par l’Althing*, le Parlement, le 30 décembre 2009. Ils ont donc rejeté  le remboursement par l’Islande des 3,9 milliards d’Euros versés par la Grande-Bretagne et les Pays-Bas aux 400 000 épargnants qui avaient perdu leurs placements faits sur la caisse d’épargne  en ligne  Icesave, créée par la banque islandaise Landsbanki, suite à la faillite de cette dernière.

Nous proposons un dossier pour comprendre cette affaire.


Sommaire
·         Islande : « non », les contribuables n'ont pas à payer
par ATTAC France, 7/3/2010
·         L’affaire Icesave
par le Ministère des affaires étrangères d´Islande, février 2010
·         Pétition demandant le référendum, janvier 2010
·         Déclaration du président islandais, Ólafur Ragnar Grímsson, annonçant la tenue du référendum, 5/1/2010
·         Le Président islandais démasque le caractère antidémocratique de l’UE
par William A.M. Buckler, janvier 2010


Une des nombreuses récentes manifestations du "Parlement de la rue" (Alþingi götunnar) à Reykjavík, la capitale la plus au nord de la planète. Slogans : "Tuons le capitallisme" (Drepum auðvaldið), "Démocratie" (Lýðræði), "Icesave mon cul", "Le pouvoir au peuple" et (en français!): "Vive la révolution !"
Islande : « non », les contribuables n'ont pas à payer
par Attac France, 7/03/2010
Les premiers résultats indiquent un rejet massif de la loi Icesave par les islandais, à plus de 95% contre (1% pour et 4% d’absention). Cette loi aurait obligé de verser 3,8 milliards d’euros, soit 12 000 euros par habitant islandais, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Les citoyens islandais refusent ainsi de payer pour les errements du système bancaire privé et de gouvernements irresponsables.
La banque en ligne Icesave opérait au Royaume-Uni et aux Pays-Bas en prenant tous les risques et en proposant des rémunérations mirobolantes à ses clients. Victime de ses propres combines financières, la banque s’écroulait dès 2008. Le Royaume-Uni et les Pays-Bas réclament à présent à l’Islande le remboursement des sommes qu’ils ont dépensées pour dédommager les clients lésés par la faillite d’Icesave. Ils prétendent s’appuyer pour cela sur le droit européen et la garantie en dernier ressort de l’État islandais, ce que les Islandais contestent.
Dès 2008, suite à l’écroulement d’Icesave, le Royaume-Uni avait recouru à la législation antiterroriste pour geler les avoirs islandais, étouffant davantage l’économie islandaise. Aujourd’hui, pour faire payer la dette aux contribuables islandais, le Royaume-Uni et les Pays-Bas multiplient les menaces d’isolement économique, d’annulation des soutiens promis et de refus d’adhésion à l’Union européenne. Cela avec l’appui du Fonds monétaire international, de l’Union européenne et des autres pays européens, pour qui la bonne image du secteur bancaire européen passe avant la reconstruction économique et sociale d’un pays.
Les lobbies financiers accusent maintenant les Islandais de ne pas prendre leurs responsabilités. Nous considérons au contraire qu’ils prennent une position responsable : pour la première fois, de façon concrète, les citoyens refusent de payer pour les énormes risques pris par des banques privées et des investisseurs dans le seul but d’une rentabilité maximale du capital. Ce « non » a été soutenu par la société civile islandaise dont Attac, qui vient de se créer en Islande. Il fait écho aux mobilisations des citoyens grecs qui refusent de payer les pots cassés de la crise sous la pression de la spéculation monétaire. Il donne corps à toutes les revendications visant à imposer de fortes régulations publiques au système financier, à commencer par une taxation internationale sur les transactions financières.

L’affaire Icesave par le Ministère des affaires étrangères d´Islande, février 2010Source : http://www.iceland.org/media/france/L_Affaire_Icesave__L_histoire_en_bref.pdf
L’Islande honorera ses engagements internationaux. Le parlement a par trois reprises déclaré que le gouvernement rembourserait les dépôts garantis minimum avancés par les représentants de l’Icesave au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Les citoyens islandais ont exprimé leur colère à devoir subir le fardeau économique de la faillite d’une banque privée commerciale travaillant à l’étranger.
Nombreuses sont les personnes qui considèrent que le remboursement est injuste et une menace pour la survie économique de l’Islande. Un référendum national sur la loi Icesave aura lieu le 6 mars 2010. Le gouvernement islandais poursuit ses pourparlers avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas pour résoudre l’affaire Icesave.
En octobre 2008, l’Islande a été un des premiers pays sérieusement touché par la crise financière internationale. Les conséquences en furent immédiates et étendues. En Islande, 85% du secteur bancaire du pays s’est effondré en quelques jours. Cela a provoqué une crise économique d’une telle ampleur que l’Islande a sollicité l’assistance du Fonds Monétaire International (FMI).
Une des banques en question, la banque commerciale Landsbanki Íslands hf., avait exploité une caisse d’épargne en ligne, Icesave, au Royaume-Uni depuis 2006 et aux Pays-Bas depuis 2008. Quand la banque a été mise sous séquestre en octobre 2008, plus de 400.000 déposants Icesave des deux pays se trouvèrent dans l’impossibilité d’accéder à leurs comptes en ligne. Dans le cadre de mesures importantes face à la crise financière, les autorités du Royaume-Uni et des Pays-Bas ont annoncé que les dépôts bancaires seraient garantis. Conformément à la Directive UE 94/19/CE, les dépôts étaient garantis à hauteur de 20.887 euros par compte (Système de garantie des dépôts de l’UE).[1] Les autorités du Royaume-Uni ont décidé de dédommager les déposants intégralement, tandis que les autorités des Pays-Bas ont payé à hauteur de 100.000 euros.
Compte tenu de la gravité de la chute du secteur bancaire en Islande, la caisse islandaise de garantie de dépôts et d’investissements ne disposait pas des fonds nécessaires pour rembourser aux gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas le minimum des garanties aux déposants. Un désaccord est survenu concernant la responsabilité ou non du gouvernement islandais dans le cadre de l’UE/ EEE, et si oui, à quelle hauteur. Simultanément, durant ces premières journées d’octobre 2008, le gouvernement du Royaume-Uni invoquait sa législation anti-terroriste (The 2001 Anti-Terrorism, Crime and Security Act) à l’encontre de Landsbanki dans le dessein de bloquer les biens de la banque et les fonds liés à la banque Landsbanki détenus par le gouvernement islandais, ce qui a provoqué un profond sentiment de colère parmi les Islandais. Malgré les incertitudes législatives et les lourdes conséquences économiques de l’affaire Icesave pour l’Islande, le gouvernement islandais a toujours affirmé qu’il respecterait ses engagements internationaux.
Le 14 novembre 2008, grâce au soutien et à l’intervention de la présidence française de l’UE, le gouvernement islandais et plusieurs états membres de l’UE, dont le Royaume-Uni et les Pays-Bas, sont parvenus à une entente, sur l’interprétation des garanties de dépôts, les lignes directives communes, comme on l’appelle. Selon ces lignes directives, le gouvernement islandais se porte garant des dépôts des déposants assurés conformément à la législation de l’EEE, c’est-à-dire à hauteur de 20.887 euros pour chaque compte. En outre, les lignes directives prévoient la prompte concrétisation d’une assistance financière multilatérale pour l’Islande, notamment en provenance du FMI. Les négociations doivent tenir compte de la situation très grave et sans précédent survenue en Islande, et de la nécessité de trouver des solutions pour que l’Islande puisse reconstituer son secteur financier et son économie. La présidence de l’UE et la Commission devraient également suivre les négociations.
Le 5 décembre 2008, parlement islandais a adopté une résolution autorisant le gouvernement à engager des négociations avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas afin de conclure l’affaire Icesave sur la base des lignes directives communes. Ces négociations se sont achevées le 5 juin 2009. Conformément aux accords qui furent signés, la caisse islandaise de garantie des dépôts et des investissements doit rembourser aux gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas les sommes que ceux-ci ont versé aux déposants ayant des comptes Icesave, selon le système de garantie des dépôts de l’UE (à hauteur de 20.887 euros par compte). Il s’agirait d’un total d’environ 1, 33 milliard d’euros pour les Pays-Bas et de 2,35 milliards de livres pour le Royaume-Uni. La caisse ayant des ressources très limitées, les gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas ont accordé un prêt de 15 ans avec la garantie du gouvernement islandais.
Le prêt comporte un taux d’intérêt de 5,55% et un délai de paiement de 7 ans. Il est estimé que les avoirs de Landsbanki couvrent en grande partie le remboursement du prêt, ou à hauteur de 75-90%, le solde et les intérêts ajoutés restant à la charge du gouvernement islandais. Bien que le gouvernement islandais ait conclu l’accord Icesave avec les gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas, il fallait que le Parlement islandais donne son accord à l’aval de l’Etat pour le prêt des gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Au courant de l’été 2009, le Parlement a tenu des débats prolongés et souvent houleux qui ont duré pendant 10 semaines, les membres du gouvernement et les partis de l’opposition essayant de trouver une position commune.
En conséquence, plusieurs préalables ont été attachés à l’aval de l’Etat afin de réconcilier les points de vue opposés sur le projet de loi. Premièrement, il fut question de fixer un maximum, les remboursements annuels ne pouvant jamais excéder un pourcentage donné de la croissance du PIB. Ainsi, la dette de l’Islande resterait gérable, permettant au pays de reconstruire son économie et son secteur financier. Deuxièmement, le parlement réitéra qu’en signant l’accord, l’Islande n’avait pas pour autant renoncé à la possibilité de réclamer une décision judiciaire sur sa responsabilité quant aux garanties de dépôts. Troisièmement, l’aval de l’état dépendait des biens de Landsbanki dont elle disposerait, lors de sa liquidation ou composant la masse de sa faillite, conformément à la législation islandaise applicable le 5 juin 2009, notamment la Loi No. 2/1993 sur l’Espace Economique Européen. En dernier lieu, la garantie arriverait à échéance le 5 juin 2024, et les parties se mettraient d’accord pour entamer les concertations nécessaires en temps utile s’il s’avérait que le prêt ne serait pas intégralement payé avant la date butoir de l’aval de l’état.
Sur la base de ces conditions préalables, le projet de loi a été adopté par le parlement le 2 septembre 2009 par la Loi No. 96/2009. Les préalables du parlement ont ensuite été présentés aux gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Après des explications minutieuses, les gouvernements ont indiqué qu’ils étaient prêts à accepter les préalables unilatéraux du parlement à la garantie de l’Etat islandais par le biais d’accords d’acceptation et d’amendement.
Ces accords furent signés le 19 octobre 2009 et ont débouché sur des positions bilatérales sur les préalables unilatéraux à la garantie de l’Etat islandais et les amendements nécessaires aux accords du 5 juin en découlant. Il a donc fallu apporter quelques amendements à la Loi passée en septembre. Un nouveau projet de loi fut donc soumis au parlement le jour même afin d’apporter les modifications nécessaires à la Loi No. 96/2009. Le nouveau projet de loi approuvait clairement la garantie de l’état conformément aux accords amendés, et sans conditions. Ce deuxième passage par le parlement a encore pris 10 semaines, avec de longs débats sur la question de savoir si le nouveau projet de loi reflétait bien les préalables de septembre.
Le nouveau projet de loi Icesave a finalement été adopté le 30 décembre 2009 après de longues discussions. Bien que cette loi ait été controversée, c’est la troisième fois que le parlement adoptait un instrument légal reflétant la position de l’Islande vis-à-vis de ses engagements internationaux. La polémique a surtout porté sur les conditions de remboursement du prêt des gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas, et pas essentiellement sur la question de savoir si l’Islande devait payer ou non.
Le 31 décembre 2009, le Président islandais Ólafur Ragnar Grímsson a reçu le projet de loi pour ratification, conformément à l’Article 26 de la Constitution. Il y est stipulé qu’un projet de loi adopté par le parlement doit être soumis au Président pour ratification dans les deux semaines qui suivent. Si le Président rejette un projet de loi, il devient néanmoins une loi validée, mais doit dans les meilleurs délais être soumis au référendum de tous les citoyens ayant le droit de vote, pour être accepté ou rejeté. Dans ce dernier cas, la loi est abrogée, mais sinon, elle reste en vigueur.
Le 5 janvier 2010, pour la deuxième fois dans l’histoire de l’Islande, le Président a décidé de ne pas ratifier le projet de loi. Il a invoqué l’opposition générale au projet de loi, notamment par le moyen d’une pétition sur internet signée par environ 60 mille Islandais (environ un quart de l’électorat). Cette pétition avait été mise en place par un mouvement de citoyens, InDefence, lequel fut fondé en octobre 2008 pour protester contre l’usage par le gouvernement du Royaume-Uni d’une législation anti-terroriste visant les intérêts islandais au Royaume-Uni à la même époque. Son succès reflète l’opposition d’une grande partie de la population aux accords, laquelle a été ressentie depuis le début de la crise.
Le débat public a surtout porté sur la dette croissante du gouvernement, dûe aux retombées de la crise financière, aux défaillances du cadre régulatoire de l’UE, sur l’attitude britannique et néerlandaise, ainsi que celle de l’UE, considérée comme injuste pendant la durée des tractations, et sur le sentiment d’indignation général, les contribuables étant considérés comme responsables des dettes causées par les erreurs d’une entreprise privée. La somme totale garantie par le gouvernement serait de 10.000 livres par habitant, mais une grande partie de cette somme serait couverte par les réclamations faites au patrimoine de la banque Landsbanki Íslands hf. La somme nette à payer est ainsi plus proche d’un tiers de la somme empruntée per capita en termes concrets. Les délais pour l’approbation des prêts du FMI et la mise en oeuvre du programme de reprise économique du FMI ont également été interprétés par le public islandais comme étant la conséquence de la pression du Royaume-Uni et des Pays-Bas. Enfin, un dernier élément et pas le moindre, il existe un sentiment géneral d’amertume qui se trouve souvent exprimé dans le débat public concernant les actions agressives et injustifiées du gouvernement du Royaume-Uni au beau milieu de la crise financière de 2008, surtout quand celui-ci a brandi sa législation anti-terroriste contre la banque Landsbanki et contre le gouvernement islandais afin de bloquer des biens (The 2001 Anti-Terrorism Crime and Security Act).
Dès que la décision du Président fut annoncée, le gouvernement s’est réuni pour discuter cette décision et examiner la situation. Il y eut dinnombrables tractations avec les partis de la coalition et de l’opposition, avec les associations du patronat et les syndicats, puis le gouvernement a soumis un projet de loi au parlement, qui l’adopta le 8 janvier 2010, prévoyant un référendum début mars au plus tard sur la validité de la loi adoptée par le parlement le 30 décembre 2009.
Le gouvernement islandais a eu des contacts suivis avec les gouvernements du Royaume-Uni et des Pays-Bas pour expliquer les procédures et les informer des derniers événements, ainsi qu’avec les gouvernements des pays scandinaves, avec d’autres pays amis et alliés et avec les organisations internationales concernées. Le gouvernement islandais reste totalement engagé à respecter ses obligations et considère les accords de prêt comme une partie intégrale du programme économique de l’Islande.
[1] La Directive en question s’applique également à l’Islande dans le cadre de l’accord sur l’EEE. A toutes fins utiles, il est rappelé que cet accord rallie les trois états de l’AELE, l’Islande, la Norvège et le Liechtenstein, au marché intérieur de l’UE.


   
Article 26 de la Constitution islandaise

Lorsque l'Althing a adopté un projet de loi, celui-ci est soumis au président de la République pour promulgation dans un délai de deux semaines après son adoption. Cette promulgation lui donne force de loi. Si le président refuse de promulguer le projet de loi, celui-ci cependant entre en vigueur, mais il doit, dès que les circonstances le permettent, être soumis, par scrutin secret, au vote de tous les électeurs, pour approbation ou rejet. Si elle est rejetée, la loi est nulle et non avenue, autrement elle reste en vigueur.
 La pétition
« Je demande au Président de l’Islande, Monsieur Ólafur Ragnar Grimsson de faire objection à la loi Icesave. Je considère que soumettre à un référendum national l’acceptation de la charge économique que représente  pour les générations islandaises actuelles et futures une garantie étatique de paiements « Icesave » aux gouvernements hollandais et britannique est une exigence justifiée. »Le 25 novembre 2009 l’association islandaise « In Defence of Iceland » (InDefence) a commencé à recueillir des signatures à cette pétition. Le 2 janvier 2010, 56 089 Islandais l’avaient déjà signée.
Déclaration du président islandais, Ólafur Ragnar Grímsson

L’effondrement de nos banques et les difficultés engendrées par la crise économique mondiale ont été à l’origine de graves problèmes. Bien que l’État islandais ait pris divers engagements plus importants que ceux qu’il a dans l’affaire  Icesave, c’est sur ce cas que s’est focalisé le débat  sur la manière de répondre aux défis légués par le passé et d’aborder l’avenir.

   L’Althing (Parlement islandais) vient de voter une nouvelle loi à ce sujet. Cette dernière amende la loi en vigueur n°  96/2009, votée par l’Althing le 28 août dernier et basée sur des accords conclus avec le Royaume-Uni et les Pays-Bas. Le Président a validé cette décision le 2 septembre, en renvoyant à un traitement spécial.

 Après le vote de la nouvelle loi à l’Althing, le 30 décembre, le Président a reçu une pétition signée par environ un quart des électeurs et réclamant que la loi soit soumise à référendum. Cela représente une fraction de l’électorat  beaucoup plus élevée que celle sur laquelle se fondent les déclarations et propositions des partis.

 Des sondages d’opinion indiquent qu’une majorité écrasante de la population partage cette manière de voir. En outre des déclarations faites à l’Althing et des appels que le Président a reçu de membres du Parlement à titre individuel montrent  que la majorité de ces membres est en faveur de ce  référendum.

 Depuis le vote de la nouvelle loi à l’Althing, le Président a eu des discussions circonstanciées avec des ministres de son gouvernement : le Premier Ministre, le Ministre des Finances, ainsi que ceux  des Affaires Étrangères et de l’Économie.

En République d’Islande le peuple est le juge suprême de la validité d’une loi, c’est  le fondement même  de la Constitution islandaise. Cette Constitution, promulguée en 1944 et adoptée par voie référendaire avec 90% des suffrages, a remis aux mains du peuple le pouvoir exercé autrefois par le roi et l’Althing. La responsabilité de veiller à ce que le peuple puisse faire usage de ce droit incombe donc au Président.
En cet instant crucial, il est également  important de souligner que le redressement de l’économie islandaise est une urgence vitale. Il est hors de doute que des accords avec d’autres pays et une collaboration  avec les organisations internationales et autres parties prenantes sont indispensables à ce redressement. La solution du litige Icesave est un élément du bon déroulement de ce processus. Un autre prérequis  est  que le pays soit capable de retrouver dès  que possible sa vigueur passée et de redémarrer en collaboration avec d’autres un programme de reconstruction assurant le bien et la prospérité du peuple islandais. La déclaration du Président en date du 2 septembre 2009  précisait que cette solution  doit « prendre en compte les droits légitimes de la nation, ceux de l’Islande dans un proche avenir et un partage international des  responsabilités. »

 Il devient de plus en plus clair que le peuple doit avoir la certitude  qu’il décide lui-même de son avenir. L’implication de la nation tout entière  dans la décision définitive est donc un prérequis pour une bonne solution, la réconciliation et le redressement du pays.

À la lumière de ce que j’ai dit plus haut, j’ai décidé conformément à l’article 26 de la Constitution de remettre cette nouvelle  loi entre les mains du peuple. Ainsi qu’il est prévu par la Constitution, cette nouvelle loi entrera tout de même en vigueur et le référendum aura lieu « dès que possible ».

Si cette loi est approuvée à l’issue du référendum, elle restera bien sûr en vigueur. S’il en va autrement, la loi 96/2009 acceptée par l’Althing le 28 août  sur la base des accords avec les gouvernements hollandais et britannique reste en vigueur; elle reconnaît que le peuple islandais ne renie pas ses engagements. Cette  loi a été approuvée par l’Althing avec la participation de quatre partis représentés au Parlement, ce que le Président a confirmé dans sa déclaration du 2 septembre. 

Maintenant le pouvoir et la responsabilité sont entre les mains du peuple.

Je souhaite bien sincèrement que sa décision apporte au peuple islandais une réconciliation et une prospérité durables et en même temps jette les bases de relations cordiales avec les autres nations.

Fait le 5 janvier 2010 à Bessastaðir,
Ólafur Ragnar Grímsson
Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala

 

Le Président islandais démasque le caractère antidémocratique de l’UE
par William A.M. Buckler
À vrai dire l’Islande ne fait pas encore partie de l’Union européenne. Certes elle souhaite y entrer, mais une bagatelle,  la crise bancaire de septembre/octobre 2008 a retardé son adhésion, qui maintenant est mise en un péril encore plus grand par la décision du président de donner à son peuple le droit de décider directement si et comment son système bancaire effondré doit être soutenu financièrement.

Les dessous de l’affaire

En septembre/octobre 2008 les trois plus grandes banques islandaises se sont littéralement effondrées, prises dans le blocage généralisé du crédit qui menaçait de jeter bas le système financier mondial. Ces banques étaient dans l’impossibilité de convertir leurs dettes à court terme et se trouvaient en même temps confrontées à des attaques bancaires massives contre leurs succursales étrangères, surtout au Royaume-Uni. La faillite qui menaçait les  banques islandaises excédait les possibilités de couverture de l’économie et de la Banque Centrale islandaises. La dette extérieure islandaise, soit 50 milliards d’euros, représentait 80% du montant dont disposait le système bancaire. Le PIB islandais est de 8,5 milliard par an. L’État islandais était au bord de la faillite.

On nationalisa promptement les banques. Et le FMI intervint ainsi que l’Europe. Le FMI avança 2,1 milliard d’euros, les voisins scandinaves de l’Islande 2,5 milliards de plus et la Grande-Bretagne, l’Allemagne et la Hollande encore 5 milliards. Mais l’addition était extrêmement salée pour l’Islande.  Les taux d’intérêt officiels passèrent immédiatement à  15%. L’avenir fut oblitéré car les agences de notation abaissèrent aussitôt la bonité des créances islandaises. La couronne islandaise s’effondra. Et la Bourse islandaise, qui dès le début d’octobre 2008 avait perdu 30%, fut fermée. Et lorsqu’elle rouvrit, le 14 octobre, elle chuta  à nouveau massivement : de 77%.

The Privateer avait mis en garde six mois auparavant,  écrivant dans son numéro 600 du 30 mars 2008 qu’un effondrement était vraisemblablement à prévoir. Après avoir exposé la situation nous en arrivions à la conclusion suivante : « Les USA sont un bouillon de culture de l’Islande. » Et il en va toujours de même aujourd’hui, la seule différence étant que les USA, comme les autres pays du G20, sont encore en mesure de vendre leur dette, aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur.

Le dernier revirement: « Laissez mon peuple décider »

Les prêts consentis à l’Islande, dont l’échéance avait été retardée lorsqu’en octobre 2008 la crise atteignait son point culminant, devaient être remboursés selon la procédure accoutumée. Mais le 5 janvier le Président islandais, Ólafur Grimmsson, plongea tout le système financier dans la stupéfaction en refusant de laisser le plan se dérouler sans autre forme de procès et de lui donner force de loi. Il choisit de laisser la décision par voie référendaire aux 243 000 électeurs islandais. Le choc et l’indignation que cette décision produisit au niveau international furent palpables. La Grande-Bretagne et la Hollande exigèrent aussitôt d’exclure l’Islande de l’UE, et Lord Myners, Secrétaire d’État aux services financiers du Ministère des Finances britannique, déclara que l’Islande risquait de s’attirer un « statut  de paria ». Les agences de notation déclarèrent incontinent que les créances islandaises ne valaient plus un clou.  On entendait parler de suppression du plan de sauvetage mis en place par le FMI.

Deux jours plus tard, le  7 janvier, le Président islandais reprenait la parole. « L’Islande reconnaît de façon pleine et entière ses engagements et contraintes de remboursement. (...) Le référendum ne porte que sur les formes et les conditions de ce remboursement.» Dans une interview accordée au « Financial Times », Grimmsson alla encore plus loin : « J’espère que les peuples de Grande-Bretagne et de Hollande ainsi que leurs dirigeants politiques, en accord avec la longue tradition démocratique de ces deux pays, reconnaîtront qu’un référendum est un moyen démocratique de prise de décision. »(Souligné par l’auteur)

   C’est bien sûr la politique ouvertement pratiquée par la Fed (Réserve fédérale) US, mais aussi de toute évidence par presque tous les gouvernements du monde,  que de dénier au peuple tout droit à s’exprimer sur les mesures destinées à tirer leurs pays de la crise financière mondiale. Le Président islandais a fort bien démasqué cette attitude.

 Source : Iceland’s President has Exposed Anti-Democratic EU, The Privateer, Mid January Issue, Numéro 645, 2010
Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala  


   Les chiffres qui tuent
Le montant de la somme réclamée par le Royaume-Uni et les Pays-Bas à l'Islande
3, 91 milliards € 
Taux d'intérêt 5.55%
Population de l'Islande
(équivalent de celle d'une petite ville en Europe):
317 000
Répartition de la dette par famille islandaise
48 000 €
Part de la dette dans le PIB
50%
 
Le mouvement InDefence a été créé en octobre 2008 en réaction au recours par le gouvernement de Gordon Brown à la législation antiterroriste contre l'Islande. Il a remis en mars 2009 au Parlement britannique la pétition LES ISLANDAIS NE SONT PAS DES TERRORISTES, signée par 83 000 citoyens de l'île.

   570 Euros de l’heure
25 millions de couronnes islandaises (143 000 €),  soit 100 000 couronnes (570 €) de l’heure, c’est le montant de la facture présentée en février par un cabinet d’avocats britanniques au gouvernement islandais, qui l’avait chargé de « compiler » le dossier Icesave. Le montant de la facture à venir avait été estimé au départ à 2 millions. Il n’y a pas de petits profits. Le gouvernement viking assiégé a demandé des explications aux bavards londoniens. Encore une facture qui risque d’être impayée. Les huissiers british peuvent-ils saisir des biens dans l’île boréale ? Par exemple un geyser, pour en faire un hammam pour traders de la City ?  Question à 1 million de livres.

* L'Althing (Alþing), créé en l'an 930 de l'ère dite chrétienne par les premiers colons norvégiens installés dans l'île à partir de 874 (le premier fut Ingólfur Arnarson), est le premier Parlement  de l’histoire européenne. Les Islandais vécurent sans roi pendant 3 siècles et demi jusqu’à la date fatidique de 1262, où ils passèrent sous la coupe du roi de Norvège. Après des siècles de domination norvégienne puis danoise, l’Islande ne deviendra indépendante qu’en 1944, pour presque aussitôt entrer dans la sphère d’influence US. Durant la Guerre froide, l’Islande a été l'un des postes avancés de surveillance militaire US du Grand Méchant, l’Union soviétique. [Note de Tlaxcala]



Source : Tlaxcala,  7/3/2010
Tlaxcala
 est le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique, qui sont de tout cœur avec le valeureux peuple islandais en lutte contre les Maîtres du Monde. Cette page est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner les auteurs et traducteurs ainsi que la source.

jeudi 1 octobre 2009

Référendum irlandais : pourquoi nous votons Non au Traité de Lisbonne

Discours de Des Dalton, vice-Président du parti irlandais Republican Sinn Fein, le 8 septembre 2009 à Vienne en Autriche. La réunion publique, intitulée « Le second référendum sur Lisbonne en Irlande », a vu la participation d'environ 200 personnes.
Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original :
Vote No to Lisbon Treaty
Sur l’auteur

Ayant déjà rejeté le traité de Lisbonne l'année dernière, les Irlandais sont forcés de voter une seconde fois. Plutôt que d'accepter le vote du peuple au référendum de 2008, le gouvernement irlandais a choisi d'ignorer ce vote. Sur ordre des commissaires au pouvoir à Bruxelles, ils imposent un second référendum – comme ils l'ont fait pour le traité de Nice en 2003 – en fait, ils se sont rangés du côté de l'élite politique européenne en opposition avec leur propre peuple. Le traité de Lisbonne n'a pas été renégocié et par conséquent, il n'a aucunement été modifié.

Leur campagne est basée sur la peur et la désinformation avec pour but de pousser les gens dans des États-Unis d'Europe militarisés. Les médias dominants sont des représentants volontaires de cette fabrique du consentement – pour paraphraser l'universitaire et militant US Noam Chomsky – avec juste un simulacre d'équilibre pour laisser de la place à ceux qui appellent à voter Non.

Six points essentiels sont au cœur de l'argumentation pour le rejet de Lisbonne :

1. Anthony Coughlan, à la tête des militants irlandais pour le Non, résume clairement, et en termes concrets, ce que signifie le traité de Lisbonne : « Les dispositions de Lisbonne qui supprimeraient la vieille Communauté Européenne que nous (l'Irlande) avons rejointe en 1973, instaurent légalement une nouvelle Union Européenne dont la forme constitutionnelle est celle d'une fédération supranationale et fait de nous tous de véritables citoyens de cette nouvelle entité étatique ».

Avec le Traité de Lisbonne, les gens deviendront des citoyens d'une Union Européenne fédérale. En cas de conflit, les droits et les devoirs des Irlandais en tant que citoyens seront subordonnés à leurs droits et devoirs envers le nouveau super-État de l'Union Européenne avec tout ce que cela implique.

2.Il est demandé au peuple irlandais de s'engager pour un État de l'Union Européenne dans lequel les lois seront d'abord passées sur la base de la taille de la population de chaque État membre. Par exemple, le nombre de voix pour l'Allemagne passera de 8 % à 17 % du vote total de l'UE tandis que les 26 autres États chuteront de 2 % à 0,8 %. Ce qui signifie que l'Allemagne aura 20 fois plus de votes que les 26 autres états tandis que la Grande-Bretagne, la France et l'Italie en auront 15 fois plus.

3. Le droit des 26 États membres de « proposer », son candidat à un poste de membre de la Commission de l'UE – le seul organe qui dispose du monopole de proposition pour toutes les lois de l'UE – serait remplacé par le droit de ne plus faire que des « suggestions ». La décision finale serait prise par le Président de la Commission européenne qui sera nommé par les États les plus grands. Ce qui signifie remplacer un processus de nomination ascendant par un processus descendant.

4. Le Traité de Lisbonne supprimerait le veto national que l'Irlande possède actuellement dans 30 nouveaux domaines politiques, passant la main au pouvoir européen pour faire des lois contraignantes pour le peuple irlandais dans des domaines tels que les services publics, le maintien de l'ordre, la criminalité, la justice, la santé publique, les transports, etc. Le Traité de Lisbonne est une charte pour l'économie libérale qui a causé l'effondrement économique que nous connaissons aujourd'hui. Ce qui aura des conséquences graves dans deux aspects importants. Premièrement, dans les changements de la politique économique et monétaire. Le Traité de Lisbonne ainsi que les dispositions des traités existants réduiront de façon substantielle, le contrôle démocratique que les citoyens pourraient avoir sur les mesures prises pour réduire les déficits budgétaires et les besoins d'emprunt. Actuellement, en Irlande, le gouvernement est en train de sacrifier les services publics et le niveau de vie des actifs pour sauver les banques. Cependant, la pression publique et la mobilisation du peuple peuvent changer le gouvernement et les mesures économiques qu'il a prises.

Par exemple, utiliser des investissements majeurs dans des projets publics pour stopper l'expansion du chômage et créer de nouveaux emplois. Une Commission européenne néo-libérale pourrait utiliser les pouvoirs qui lui ont été donnés par Lisbonne pour forcer les États à se conformer aux conditions budgétaires. Elle punirait les gouvernements qui souhaiteraient investir dans l'éducation, les services de santé et les transports publics. Et Monsieur et Madame Tout-le-Monde paieraient pour une crise capitaliste avec des coupes dans les services et les niveaux de vie, tout en cautionnant – comme la Commission européenne l'a déjà fait – les sauvetages pour plusieurs milliards d'Euros des banques et des spéculateurs.

En ce qui concerne les droits des travailleurs, la Cour de Justice européenne, dans un certain nombre de jugements importants, a mis les besoins et les priorités de marché au-dessus de ceux des salaires et des conditions de travail justes pour les personnes actives.

Les affaires Laval et Ruffert ont constitué deux jugements significatifs où la Cour de Justice européenne a statué que des entreprises employant des travailleurs d'un État membre dans un autre étaient autorisées à payer à ces travailleurs, des salaires largement plus bas que ceux négociés et conclus dans l'État d'accueil. Elle a basé ce jugement sur la primauté donnée par la législation de l’UE à la liberté de mouvement des biens, du travail et du capital.

Malgré l'affirmation que la « charte des droits fondamentaux » a été promue comme protection des droits des travailleurs. Cependant l'article 52 de la Charte – le libellé de cet article est fondé sur la jurisprudence de la Cour de Justice européenne – montre clairement que ces droits –droit de grève inclus – devront être exercés dans les conditions et les limites » du Traité de l'Union européenne et des traités de la Communauté. En résumé, il n'y aura pas de nouveaux droits pour les travailleurs avec Lisbonne et les droits promis seront soumis et inférieurs aux droits des employeurs et des entrepreneurs d'exploiter leurs employés pour des salaires plus bas et des conditions d'emploi inférieures.

5. Malgré ce que l'on nous dit, le ciel ne va pas tomber sur la tête de l'Irlande si nous rejetons Lisbonne une seconde fois. S'il y a un deuxième vote pour le Non, la République tchèque et la Pologne ne ratifieront pas le traité. Il se pourrait même que l'Allemagne elle-même ne l'ait pas ratifié au moment du référendum.

6. Même sans Lisbonne, la militarisation de l'Union européenne est une priorité, l'Agence européenne de défense est en réalité un moyen pour l'industrie d'armement européenne d'influencer la politique et les budgets européens. Des représentants de deux des plus grands fabricants d'armes d'Europe, BAE et Thales, figuraient avec des anciens politiciens, dans un groupe de travail qui a rédigé les clauses de sécurité et de défense de la Constitution européenne.

Le Traité de Lisbonne accroît l'importance politique de l'Agence européenne de défense. L'article 28 a mandaté l'agence pour prendre « toute mesure utile » qu'elle considérait nécessaire pour « renforcer la base industrielle et technologique » de la défense européenne. L'agence a également pour mission d'aider les gouvernements de l'UE à soutenir l'industrie de l'armement, en contrôlant leur observance des engagements de dépenses croissantes en équipement militaire, imposés par Lisbonne. Dans le traité, ces dépenses se rapportent à des « engagements de capacité ».

Comme rapporté dans le Sunday Business Post le 16 août, L'Institut d'Etudes de Sécurité de l'Union européenne (IESUE), le groupe de réflexion de politique étrangère de l'Union Européenne indique que l'Union européenne a besoin de « construire une double capacité civile et militaire solide »pour la prochaine décennie. Le Haut Représentant de l'UE –le Ministre des Affaires étrangères de facto de l'après-Lisbonne – Javier Solana, y a ajouté son poids : « Nous devons avoir le personnel et les capacités, autant civiles que militaires, pour soutenir ces ambitions politiques », écrit Solana.

Nous sommes en droit de demander dans quel but cette force militaire accrue va être utilisée. Est-ce pour combattre les « guerres de ressources du 21ème siècle » que le Président de la Commission européenne de l'époque, Jacques Delors, avait pronostiquées dans les années 1990. Pour être utilisée par le nord développé et riche contre le sud en développement et pauvre et posséder leurs ressources naturelles.

Notre campagne fait partie intégrante de la lutte contre l'impérialisme. Tout comme nous nous opposons à l'impérialisme britannique en Irlande, nous devons aussi nous opposer au nouvel impérialisme de l'UE. Le but du Traité de Lisbonne comme de la Constitution européenne est de construire un super-État anti-démocratique, militarisé et ultra-capitaliste. L'économiste irlandais, feu Raymond Crotty a décrit le projet européen comme « un impérialisme par d’autres moyens ».

La démocratie fonctionne mieux en termes de responsabilité et d'engagement du peuple, dans le processus démocratique à un niveau national – le Republican Sinn Fein préconise même une décentralisation plus poussée au niveau régional et local. Amener le pouvoir de décision à ce niveau rend la démocratie vivante et appropriée au peuple.

Non seulement nous croyons en la démocratie au sein des nations mais aussi entre elles. En tant que républicains irlandais, nous sommes aussi des internationalistes dédiés à la construction d’une communauté de nations libres. En nous opposant au Traité de Lisbonne, nous ne soutenons pas seulement la démocratie nationale mais aussi l'idéal d'une démocratie internationale et la véritable solidarité entre les nations dans la défense des droits humains.

Le Republican Sinn Fein a pour normes les principes démocratiques de la Proclamation de 1916 et nous considérons l'idée d'une Union européenne militarisée et non démocratique comme une subversion de ces principes. Levez-vous pour les droits des travailleurs, opposez-vous à la militarisation et à l'impérialisme, votez Non à Lisbonne II !