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samedi 9 février 2013

Combien ça vaut un œil, François ?

par Nico CUE,Secrétaire général, MWB-FGTB, 7/2/2013

Une trentaine de cars venant de Florange, Liège et Luxembourg avaient fait le déplacement hier pour soutenir une délégation de représentants syndicaux largement animée par la MWB, venus rencontrer les groupes parlementaires européens dans le cadre du dossier Mittal.
Mais des mots d’ordre autoritaires avaient été donnés aux chiens de garde.  Les forces de police étaient mobilisées en surnombre et dès la frontière des fouilles méticuleuses étaient organisées dans les bus syndicaux.  Matraque au point, fusils électriques armés, la chasse aux pétards et présumés boulons était lancée. La récolte et les résultats seront ridicules au vu des moyens déployés !
Ridicules ?  Non, catastrophiques !
Passons ici sur les heures de provocations policières empêchant nos gars de s’approcher du parlement européen, passons ici sur les arrestations musclées qui amènent à réfléchir sur le sens du mot démocratie, passons ici sur la mise en garde à vue de 2 camarades qui ne seront relâchés que très tard dans la nuit après avoir été soumis aux questions d’un procureur …
Passons…  Passons car ici, une nouvelle vitesse semble avoir été enclenchée.
Nous apprenons ce matin que parmi les 14 blessés, John David, jeune intérimaire de la ligne galva 7, a perdu à jamais l’usage d’un œil vraisemblablement des suites d’une balle en caoutchouc tirée à hauteur de tête !
Aux témoignages de nos camarades ayant vécu les affrontements en direct, se joignent peu à peu les récits des journalistes présents sur place, pourtant rodés à l’exercice des manifs mais cette fois outrés par la tournure de celle qu’ils viennent de vivre !
Des consignes différentes auraient-elles été données cette fois  aux troupes du maintien de l’ordre ?  Bloquer jusqu’à blesser est-il devenu bloquer jusqu’à meurtrir ?
Les Métallos Wallons et Bruxellois de la FGTB se réveillent groggy et nauséeux !
Ils pensent d’abord avec tristesse à leur camarade blessé dans sa chair et lui témoignent, à lui ainsi qu’à toute sa famille, leur plus profond soutien.
Ils pensent aussi au Président de la République, aux ministres de l’Intérieur, aux Maires des villes un peu partout en Europe où ils seront amenés à se déplacer dans les mois à venir.  Ils leur conseillent vivement de réfléchir à l’accueil qu’ils leur réserveront.
Nous voulons plus d’Europe sociale, en le criant parfois !  Nous voulons sauver des emplois et le pouvoir d’achat de milliers de travailleurs dans nos régions.  Oui nous sommes mobilisés et nerveux.  Notre nervosité face à vos décisions est toute légitime !
Vos armes quant à elles vous salissent et jamais ne nous feront taire !
ArcelorMittal : Malgré la répression,
la mobilisation des salariés reste entière !


Confrontés aux restructurations massives avec fermetures de sites, réductions des capacités et des emplois (Liège, Florange, Basse Indre, Luxembourg, …) près d’un millier de salariés du groupe ArcelorMittal sont venus manifester le 6 février 2013 devant le Parlement Européen à Strasbourg.  Avec leurs représentants syndicaux CGT-FO-CFDT MWB-Setca-CSC OGBL, les salariés étaient venus demander aux élus européens une intervention à l’échelle du continent pour assurer la viabilité de la sidérurgie, contre la restructuration du groupe Mittal et la délocalisation de la production d’acier européenne.

Alors que plusieurs rendez-vous étaient programmés avec les groupes parlementaires PSE, Verts, GUE, et le Président du Parlement, les forces de l’ordre ont eu l’ordre de se mettre en action de manière provocatrice. Dans un premier temps les bus ont été bloqués avant Strasbourg, avec fouille individuelle des manifestants. Ensuite, les bus ont été parqués à bonne distance du Parlement, interdisant toute manifestation. Dans un 2ème temps, les CRS ont chargé, y compris à coup de « flash-ball », blessant sérieusement plusieurs salariés.

Les délégations intersyndicales ont alors rapidement décidé de stopper ces rencontres, inconcevables dans un tel climat de répression, inacceptable de la part de la part d’un gouvernement qui prône la démocratie participative et le dialogue social!

La CGT apporte son soutien aux salariés blessés, français et belges. Elle condamne fermement cette répression, seule réponse d’un gouvernement qui refuse toujours le débat de fond sur la sidérurgie et qui se rend complice de cette logique conduite par Mittal, avec l’accord passé en décembre dernier avec le premier ministre.

Avec les salariés, la CGT ne lâchera rien sur ses exigences. Pour la CGT, une intervention politique, non seulement française mais européenne, est urgente pour imposer une autre stratégie pour la filière acier que celle portée par le groupe ArcelorMittal actuellement.

Une nouvelle réunion du groupe de travail sur la sidérurgie avec la Commission européenne, a lieu à Bruxelles, le 12 février prochain. Réunion à laquelle participeront exceptionnellement les ministres wallons, français et luxembourgeois de l’industrie. Une nouvelle occasion pour les syndicats d’aborder la question de la nationalisation de la filière ou tout au moins une prise de participation conjointe dans le capital du groupe, permettant aux Etats européens d’intervenir dans la stratégie menée.

Les syndicats CGT d’ArcelorMittal et d’APERAM ont décidé des rassemblements et arrêts de travail la semaine du 11 au 15 février pour exiger des augmentations générales de salaire (refusées par la direction du groupe pour 2013), des embauches massives pour compenser les 5000 départs en retraite prévues d’ici à 2015 (25% des effectifs !) et une amélioration des conditions de travail. 

vendredi 26 octobre 2012

Liège, Belgique, 29 octobre 2012 : Projection-débat-Suites du printemps arabe et mouvement du 20 Février au Maroc

A la suite du « printemps arabe », de nombreux pays ont connu une recrudescence de mobilisations, prenant des formes partout différentes. Celles-ci ne sont pas venues de nulle part mais prennent leur source dans des luttes passées, tout en portant leurs propres nouveautés. Le CADTM vous invite à venir discuter ce lundi 29 octobre de l’exemple Marocain, qui a vu naître le « Mouvement du 20 Février ». Omar Radi (Journaliste Indépendant, membre d’ATTAC Maroc), de passage en Belgique pour plusieurs soirées dédiées aux bilan et perspectives de ce mouvement, viendra nous parler de la répression qui s’opère en ce moment au Maroc (après une projection d’un court film sur l’affaire du rappeur Haked (dit « l’indigné » - L7A9D). Cette soirée, qui sera également l’occasion pour Omar de nous proposer son diagnostic de la situation économique et politique actuelle en général, aura lieu au Centre Culturel Arabe en Pays de Liège (rue Belvaux 128 à 4030 Grivegnée, Liège - entrée par le côté, rue H. Orban 1), avec la participation du Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie.
Lundi 29 octobre, 20h.
Contact : 04/2266285 - jeremie@cadtm.org
CADTM – Comité pour l’Annulation de la Dette du Tiers Monde : http://cadtm.org/
CCAPL – Centre Culturel Arabe en Pays de Liège : http://www.ccapl.be/
CVDTunisie – Comité de Vigilance pour la Démocratie en Tunisie : http://cvdtunisie.blogspot.be/

jeudi 26 juillet 2012

La main d'acier d'un job killer pour porter la flamme

JO 2012 : Lakshmi Mittal porteur de la flamme, "une véritable insulte"

mardi 24 juillet 2012 à 21h53
Plusieurs syndicats réunis en front commun, ont fait part ce mardi, dans un courrier au président du CIO, le Belge Jacques Rogge, de leur "écoeurement" quant au choix de l'homme d'affaires indien Lakhsmi Mittal, patron d'ArcelorMittal, pour porter la flamme olympique jeudi à Londres.

Lakshmi Mittal, en 2008 © REUTERS
La FGTB-Métal Liège-Luxembourg, le SETCa-Liège, la CSC Metal Liège et la CNE Liège estiment qu'il "s'agit d'une véritable insulte pour les travailleurs de la sidérurgie liégeoise" qu'ils représentent, alors que le groupe ArcelorMittal a décidé la fermeture de ses hauts-fourneaux à Liège". Le front commun syndical évoque le chiffre de 3.000 familles touchées par cette décision, auxquelles il faut ajouter les entreprises travaillant en aval des hauts-fourneaux liégeois.

"Depuis que M. Mittal est devenu le numéro un de l'acier, il a congédié directement près de 70.000 travailleurs" dans le monde, accusent les syndicats.

Faisant référence aux notions de "responsabilité sociale" et de "respect des principes éthiques fondamentaux universels" inscrites dans la charte olympique, les syndicats "n'arrivent pas à comprendre que l'Olympisme puisse récompenser ceux qui broient des vies".

"Croyez, M. le président, en notre plus profond écoeurement", concluent-ils dans leur lettre à M. Rogge.

Selon le site officiel des JO 2012, M. Mittal et son fils Aditya, 36 ans, porteront la flamme jeudi dans les quartiers londoniens de Kensington et Chelsea. Lakshmi Mittal est également le sponsor d'une tour en métal du Parc Olympique, baptisée "The Orbit".

Levif.be, avec Belga 

The Orbit, réalisée par l'artiste maison de Mister Mittal, Anish Kapoor , qui, apparemment ne travaille plus qu'avec de l'acier Mittal
The Orbit at night 

ArcelorMittal Florange - La Flamme de l'Espoir

Par jean-christophe.dupuis-remond@francetv.fr  
La "flamme de l'espoir" a symboliquement traversé la vallée de la Fensch jeudi 26 juillet 2012.
La "flamme de l'espoir" a symboliquement traversé la vallée de la Fensch jeudi 26 juillet 2012.
France Télévisions Lorraine. Nathalie Zanzola.

Jeudi 26 juillet, 150 personnes dont une trentaine d'enfants des centres aérés ont traversé la vallée de la Fensch en portant des torches enflammées symbolisant la Flamme Olympique.

Baptisée "allumage de la flamme de l'espoir", l'opération proposée par les syndicalistes, visait à dénoncer le port de la flamme olympique par Lakshmi Mittal et son fils le même jour à Londres (et au lendemain de l'annonce de nouvelles possibles fermetures par le géant de l'acier) et demander le rallumage des hauts-fourneaux d'Hayange.

Partie à 14h la course des porteurs de flamme les a mené des Grands Bureaux de Florange jusqu'au portier Patural à Hayange vers 16h. Un portier qu'une délégation de salariés a traversé, accompagnée de journalistes, bravant l'interdiction de la direction qui invoquait un risque de sécurité sur un site sensible et a fait constaté l'opération par un huissier de justice.
La délégation, sur place, a effectué un rallumage symbolique du P6, l'un des deux haut-fourneaux du site d'Hayange.


Vendredi 27 juillet : Les syndicats sont invités à une réunion au ministère à Bercy à 16h30 par le ministre Arnaud Montebourg à l'issue de la remise du rapport de la mission d'expertise menée à Florange par Pascal Faure à la demande du ministre du redressement productif. Ce rapport porte sur la viabilité du site sidérurgique intégré de la Fensch.


mercredi 19 janvier 2011

La Tunisie, Ben Ali et moi

par Baudoin Loos, Le Soir, Belgique, 18/1/2011

LA TUNISIE LIBÉRÉE célèbre le départ de son tyran. Heurs et bonheurs de dix-neuf ans de couverture du dossier. Un récit très personnel.

La Tunisie, Ben Ali et moi
La Tunisie de « Big Brother » Ben Ali, ici aux élections d’octobre 2009 dans la capitale Du temps où l’ordre du tyran régnait © FETHI BELAID/AFP
Une fois n’est pas coutume : qu’il me soit permis de partager ici les heurs et bonheurs que dix-neuf ans de couverture du dossier tunisien ont pu me faire vivre comme journaliste du Soir. Quand, à 18 h 38 vendredi dernier, une dépêche urgente de l’Agence France Presse annonça que le président Ben Ali avait quitté son pays, une forte émotion m’a envahi et je dus presque réprimer une larme. Voici pourquoi.
Feu Pierre Lefèvre, alors chef du service Monde, avait eu l’idée, en 1992, de m’envoyer à Tunis suivre le congrès du RCD (le Rassemblement constitutionnel démocratique), le parti déjà omnipotent en Tunisie. J’allais d’ailleurs vite comprendre que les partis (ou les pays) qui veillent à ajouter le qualificatif « démocratique » dans leur nom souffrent en réalité d’un gros problème de ce côté.
Des invités de tout le monde arabe étaient attendus à ce congrès qui me permit en effet de nouer de nombreux contacts intéressants. Mais une anecdote me mit au parfum des us et coutumes locales. Je fus en effet contacté par Moncef Marzouki, alors président d’une Ligue tunisienne des droits de l’homme déjà harcelée par le pouvoir. Il m’avait rejoint dans le hall de notre hôtel avenue Bourguiba, mais insista à ma grande surprise pour monter rapidement dans notre chambre. Là, il mit le poste de télévision en marche avec le son bien fort. « Vous comprenez, “ils” ont des oreilles partout ! » L’interview, par ailleurs très instructive, se passa dans ces conditions curieuses…
L’ambassadeur mécontent Par la suite, des amis tunisiens m’apprirent que la teneur de mes articles écrits de Bruxelles déplaisait beaucoup à Son Excellence Monsieur l’Ambassadeur. Ce dernier me convia finalement à un entretien au cours duquel il tenta de me convaincre des bienfaits du régime du président Zine el-Abidine Ben Ali. C’était trop tard : mes indignations en matière de droits de l’homme avaient pris le dessus. Un reportage aux élections de 1994 confirma mon impression. Et déplut d’importance au dit ambassadeur.
C’est ensuite que l’une de mes connaissances tunisiennes, un habitué de l’ambassade, me fit savoir que j’étais officieusement persona non grata en Tunisie. Six années sans reportages allaient suivre. Un « espion » dont je disposais au sein du conseil des ambassadeurs arabes à Bruxelles me raconta alors en 1998 que la Tunisie (et l’Algérie) avait demandé que figurât à l’ordre du jour d’une des réunions mensuelles des ambassadeurs arabes dans un hôtel bruxellois de luxe cette question : « Que faire avec ce Baudouin » (l’usage arabe impose de nommer les gens par leur prénom). Par chance, il n’y eut apparemment pas unanimité sur le sort à me réserver grâce, je crois, à la fougueuse défense de mon « espion ».
Quant à retourner en Tunisie, je dus attendre mon tour. Qui vint en septembre 2000, à l’occasion du retour chez lui du journaliste Taoufik Ben Brik, qui avait passé quelques mois estivaux à Paris après une célèbre grève de la faim menée pour obtenir son passeport. Ben Brik, un drôle de coco à la plume inspirée trempée dans le picrate, avait réuni des députés européens et quelques amis journalistes pour lui faire une garde d’honneur de nature à dissuader le régime de l’embastiller dès son retour. Le scénario allait bien fonctionner : à l’arrivée à l’aéroport de Tunis-Carthage, une foule en liesse nous avait accueillis et Ben Brik put organiser de sympathiques agapes nocturnes bien arrosées.
Mais les articles du Soir continuaient à déplaire en haut lieu. Chaque ambassadeur tunisien affecté à Bruxelles s’en plaignait amèrement, puisque, chose bizarre mais avérée, il était tenu pour personnellement responsable de tout papier négatif paru sur le régime ! On dit même que l’un des ambassadeurs tunisiens dans la capitale belge fut limogé à la suite d’un de mes articles, mais cela n’a pu être vérifié…
L’acrimonie du régime tunisien à mon égard se confirma en tout cas peu de temps plus tard. Un diplomate belge rencontré quelques années plus tôt à Jérusalem me confia en effet qu’à l’occasion d’une visite à Bruxelles du ministre tunisien des Affaires étrangères, en 2002, Louis Michel, alors son alter ego belge, s’entendit demander s’il pouvait « faire taire ce journaliste-là, ce Baudouin, qui nuit à l’image de la Tunisie » ! Selon ma source, des plus fiables, « Big Loulou » vit rouge et fit comprendre d’un ton peu amène à son interlocuteur qu’on ne mangeait pas de ce pain-là en Europe…
J’eus d’ailleurs plusieurs fois l’occasion d’interviewer à Tunis des ministres importants : ceux des Affaires étrangères, de l’Information, de la Justice, des Droits de l’homme (si, si !). Le point commun de tous ces hommes n’étonnera personne : tous, avec un identique zèle pathétique, maniaient une langue de bois ahurissante, même quand ils constataient avec dépit que leurs efforts rhétoriques ne semblaient pas percer mon scepticisme ombrageux.
Les yeux vides de Lassaad Les violations des droits de l’homme dûment répertoriées par des ONG, tunisiennes ou internationales ? « Des inventions de militants mal intentionnés, des ennemis de la Tunisie ! », répondaient-ils d’un air agacé. Mes propres investigations sur place, pourtant, apportaient toujours plus de preuves quant à la validité des rapports terrifiants des organisations compétentes.
Ces investigations furent pour moi l’occasion de croiser des destins émouvants. Je resterai longtemps hanté par le long corps décharné, le visage émacié et les yeux vides de Lassaad, un islamiste torturé pendant des mois et d’une manière abominable qui l’avait laissé handicapé. Son témoignage poignant, infiniment triste, était de ceux qui vous font douter de la nature humaine.
Par le même biais, je pus rencontrer des êtres d’exception. Comme Radhia Nasraoui. Ce merveilleux petit bout de femme, avocate admirable défendant sans relâche les plus démunis, les islamistes par exemple, alors que les barbouzes locales ne perdaient pas une occasion de la maltraiter, l’insulter, de saccager son cabinet, de détruire ses dossiers, de cerner son immeuble.
Le pied de nez de Radhia Radhia cumulait les torts, il est vrai – et quel plaisir ai-je à rédiger ces lignes à l’imparfait ! : son mari, Hamma Hammami, se trouve être le chef d’un parti d’extrême gauche, le Parti communiste ouvrier tunisien, qui menait une opposition radicale au régime de Ben Ali. Au point de prendre le maquis pour plusieurs années. C’est alors que le couple adressa un extraordinaire pied de nez à la flicaille qui le harcelait en réussissant à concevoir un enfant alors que tout l’appareil sécuritaire était mobilisé à la recherche de Hamma !
D’autres profils me viennent à l’esprit, même si je ne puis nommer chacun. Kamel Jendoubi est de ceux qui ont marqué ma vie. Voilà un homme, exilé en France, qui n’a eu de cesse de faire savoir la vérité sur la Tunisie, notamment par le très actif Réseau euro-méditerranéen des droits de l’homme qu’il préside.
Le régime le détestait, preuve de son efficacité. En 2005, lorsque son père décéda, Tunis refusa de lui octroyer un passeport pour qu’il pût rendre un dernier hommage à son géniteur. Malade, Kamel dont je suis si fier d’être l’ami, partait ces jours-ci pour Tunis avec sa famille. Il humera enfin l’air – libre ! – de son pays…
D’autres noms se bousculent dans ma tête. Comme Taïeb Moalla, ce jeune journaliste rencontré à Tunis en 2000 qui devint brièvement le correspondant du Soir avant d’aller vivre à Québec non sans pourtant rester l’homme le mieux informé au monde sur le « who s’who » en Tunisie. Taïeb m’a rendu d’innombrables services, et avec une vivacité qui m’a toujours bluffé.
Son compère Mohamed Bouriga, alias « Omar Khayyam » (un pseudo, pris auprès d’un écrivain-savant persan né mille ans plus tôt) vit aussi au Canada. Lui, sur son blog, cultive avec finesse l’art de distiller des textes exquis de fiction qui mettent en scène Ben Ali dans des postures burlesques.
L’infatigable activisme de mon ami Khemaïs Chammari m’aura également beaucoup profité, lui qui assiégeait littéralement les instances européennes avec ses rapports toujours pareillement convaincants. Le sérieux de ses analyses passionnées m’aura bien aidé pendant toutes ces années.
Sihem leur cloue le bec Sihem Bensedrine, de son côté, conservera une place à part dans mes souvenirs. Comment cette consœur aussi menue que déterminée réussissait-elle de sa voix fluette à clouer le bec aux zélateurs grossiers du régime lors de conférences bruxelloises ou autres où ils venaient avec la ferme intention d’imposer le désordre ? Cela restera toujours un mystère. Mais la ténacité tout en finesse de cette grande dame discrètement soutenue par Omar Mistiri, son mari, restera une constante de ces deux dernières décennies.
Vous parlerais-je aussi des caractères plus faibles que j’ai croisés ? Ce Mezri Haddad, brillant intellectuel qui, également exilé à Paris, m’avait donné des interviews éloquentes où il dénonçait « la trahison des intellectuels et la flagornerie des courtisans » et cela pendant plusieurs années avant de soudainement se faire le chantre du régime et même d’en devenir l’ambassadeur (à l’Unicef). Il a opportunément claqué la porte ce vendredi, quelques heures avant la fuite de son maître…
Plus triste encore est le cas d’Ahmed Manaï, un homme torturé puis exilé à Paris où les sbires du régime réussirent à la retrouver pour le rosser et l’envoyer à l’hôpital. Son livre Un supplice tunisien comportait des lignes presque insupportables. Eh bien ! cet homme a aussi rallié le régime, dans la plus absolue discrétion, sans doute parce qu’il voulait mourir dans son pays…
Quant aux ambassadeurs belges à Tunis, auxquels je rendais toujours visite, j’eus l’occasion d’en croiser de toute sorte. Un Guido Courtois, en 1994, facilita avec Anne-Marie Lizin une interview exclusive de Yasser Arafat. J’oublierai charitablement d’autres ambassadeurs belges pour m’arrêter au dernier, Thomas Antoine, qui avait tout compris sur le régime et me le disait. Un type bien.
Lors de mon dernier reportage, en octobre 2009, à l’occasion des ultimes « élections » que le régime allait organiser, je me rendis d’abord à l’ATCE (Agence tunisienne de communication extérieure, notamment chargée de surveiller la presse étrangère) pour y obtenir mon accréditation. L’hôtesse à l’accueil signala prestement ma présence à Mme Bochra Malki, une charmante quinquagénaire qui s’occupe des journalistes « difficiles » dans mon genre. Elle descendit quatre à quatre pour m’accueillir les bras ouverts et le sourire aux lèvres avec cette exclamation : « Ah, quel plaisir d’accueillir à Tunis la légende Baudouin Loos ! ». Très bon pour l’ego, ce genre de réflexion, même si le côté dérisoire de la scène ne m’échappait pas.
Et d’ailleurs la dame m’expliqua qu’elle me lisait toujours attentivement (ce qui ne pouvait pas être le cas de la plupart des Tunisiens puisque Le Soir y était interdit, que cela soit en version papier ou en ligne), qu’elle appréciait même mes articles à quelques nuances près… « Je peux vous citer ? », ma question facétieuse l’avait rendue rouge écarlate.
Malgré cette « admiration » dont je faisais l’objet, malgré les discrètes filatures dont on me gratifia si souvent, je n’eus cependant jamais les honneurs d’une expulsion en bonne et due forme, contrairement à mon excellente consœur du Monde, Florence Beaugé. Celle-ci fut renvoyée en France au même moment, en octobre 2009. Je vécus très mal cette injustice car Florence et moi avions le même carnet d’adresses, et une plume pareillement critique, pourtant jamais n’eus-je la chance de vivre une belle expulsion. Ne l’avais-je donc point méritée ?

mercredi 12 janvier 2011

Bruxelles : Déclaration et appel solidaire avec la révolte populaire au Maghreb

par Nordine Saïdi, ÉGALITÉ, Bruxelles 10.01.11

Pour soutenir les peuples tunisien et algérien en quête de justice sociale et de liberté;
Pour exiger la libération immédiate des jeunes arrêtés durant les émeutes;
Pour exprimer notre solidarité avec les peuples du Maghreb;
Loin des clivages nationaux, nous appelons à un rassemblement de solidarité le samedi 15 Janvier 2011 à Bruxelles, au croisement de l’av. de Stalingrad et du bld. du Midi (statue mégaphone) à 15h00


Suite à la mobilisation populaire qui ne cesse de croître en Tunisie et en Algérie, ÉGALITÉ affirme sa solidarité sans faille avec le formidable mouvement de contestation que connaissent la Tunisie et l’Algérie ainsi qu’avec les mots d’ordre de la révolte initiée à Sidi Bouzid.

Le vendredi 17 décembre 2010 a démarré un mouvement de protestation à Sidi Bouzid (Tunisie). Une semaine plus tard, la police tuait deux manifestants à Menzel Bouzaiane (dans le centre du pays). Des avocats qui entendaient manifester leur solidarité ont été violemment battus le 28 décembre.

A ce jour, les médias parlent déjà de 20 morts en Tunisie.

Quelques semaines plus tard, c’est au tour des quartiers populaires d’Alger d’exploser. Une hausse brutale des prix des denrées de première nécessité (23% pour les produits sucrés, 13% pour les oléagineux, 58% en un an pour la sardine) a entraîné des troubles à Oran, puis en Kabylie et à Alger.

Dans les deux pays, ce sont d’importantes manifestations de jeunes chômeurs, de précaires et de travailleurs qui sont descendus dans la rue.

«En Algérie, comme dans le reste du Maghreb, ils sont ceux qu’on appelle «les diplômés chômeurs». En Tunisie, le taux de chômage des jeunes diplômés, officiellement de 23,4%, frôlerait en réalité les 35%. En Algérie, le même indicateur toucherait plus de 20% des jeunes diplômés, très loin des 10% officiels. Au Maroc, où le mouvement des diplômés chômeurs est institutionnalisé depuis plus d’une décennie, six d’entre eux ont d’ailleurs tenté de s’immoler devant le ministère du Travail, à Rabat, dans les jours qui ont suivi l’affaire de Sidi Bouzid.» [1]

En sortant dans les rues pour manifester violemment contre leurs oppresseurs, les jeunes Maghrébins nous prennent à témoin de leur désespoir.

Nos médias n’en parlent pas ou trop peu.

Ce sont des émeutes de l'inégalité sociale.
Cette inégalité sociale, nous la connaissons aussi chez nous, toutes proportions gardées.
Et c'est aussi pour cela que nous comprenons et partageons la révolte des jeunesses populaires du Maghreb.
Un quart des Bruxellois vit sous le seuil de «risque de pauvreté».

«Bruxelles est caractérisée par une importante concentration de la pauvreté dans les quartiers fortement peuplés du “croissant pauvre” au centre de la ville, notamment le bas de Saint-Gilles, Cureghem, les Marolles et le sud du pentagone, le bas Molenbeek, Laeken, le bas de Schaerbeek et Saint-Josse-ten-Noode. Cette zone est habitée par de nombreuses familles avec de jeunes enfants.  Le taux de chômage y atteint plus de 25% et même plus de 40% chez les jeunes. La proportion de ménages qui vivent d’une allocation du CPAS y est jusqu’à 5 fois plus élevée que dans le reste de la région. Dans certains quartiers, jusqu’à un enfant sur deux vit dans un ménage sans revenu du travail».[2]

ÉGALITÉ affirme que les écarts de richesse entre quartiers prospères et quartiers sinistrés ne font que se creuser. Ces fossés sont à l’image de ceux qui existent, partout dans le monde, entre régions riches et régions pauvres. Et, au sein de chaque partie du monde, entre riches et pauvres.

Bruxelles compte plus de cent cinquante nationalités et plusieurs langues. Cette particularité ne peut nous faire oublier que le problème fondamental est celui de la répartition des richesses et non le problème de l’origine nationale, de la religion, de la langue ou de la culture.

Loin des clivages nationaux, notre rôle consiste à être une passerelle entre les revendications du Sud et les nôtres.
La répression sociale, le manque de perspective politique et la remise en cause des quelques libertés démocratiques en Tunisie et en Algérie nous inquiète.
Les méthodes peuvent être différentes, mais le résultat est le même pour tous!

Le citoyen belgo-tunisien Bel Haj M’Hamed Sofiène* a été arrêté le mercredi 6 janvier 2011 à 6h du matin en Tunisie. Son épouse s'est rendue au consulat du Royaume de Belgique pour exiger que les autorités belges demandent des nouvelles de son mari, qui est un ressortissant belge. Elles se sont réfugiées derrière la fameuse phrase: «En Tunisie, il est Tunisien, et on ne peut rien faire».
A ce jour, cette épouse est sans nouvelles de son mari.
  • Pour un Maghreb démocratique et respectueux des droits politiques, civils, sociaux, culturels et religieux de ses peuples;
  • Pour une région bruxelloise démocratique et respectueuse des droits politiques, civils, sociaux, culturels et religieux de ses habitants;
Nous soutenons ces mouvements populaires contestataires et autonomes auquel la jeunesse participe massivement:
- Nous appelons à la libération de tous les prisonniers politiques d'aujourd'hui et d'hier;
- Nous appelons à une réelle prise en compte de la précarité. L’accès des citoyennes et citoyens aux services publics de qualité, le droit à la santé, au logement, à l’enseignement, à la formation et l’accès à l’information;
- Nous réclamons que les responsables de la répression soient traduits en justice;
- Nous demandons aux autorités belges et européennes de prendre position et de s’exprimer publiquement sur la répression en cours en Tunisie et en Algérie. Leur silence vaudrait complicité voire approbation et chacun saurait s’en souvenir;
- Nous demandons une intervention immédiate du gouvernement belge pour obtenir la libération de Monsieur Bel Haj M’Hamed Sofiène;
- Nous réclamons comme ce fut scandé dans les manifestations: «du travail pour tous», «une répartition des richesses entre tous et toutes», «l’arrêt de la corruption et du népotisme». 


mercredi 13 janvier 2010

A BRUXELLES : UN MONUMENT « PATRICE LUMUMBA » EN HOMMAGE AUX COMBATTANTS POUR L'INDEPENDANCE CONGOLAISE ET AFRICAINE


2010: IL EST TEMPS QUE LA BELGIQUE RECONNAISSE SES RESPONSABILITES HISTORIQUES ! EXCUSES ET REPARATIONS DE LA BELGIQUE POUR LE PEUPLE CONGOLAIS

A BRUXELLES : UN MONUMENT « PATRICE LUMUMBA » EN HOMMAGE AUX COMBATTANTS POUR L'INDEPENDANCE CONGOLAISE ET AFRICAINE

A l’occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo, le COLLECTIF MEMOIRES COLONIALES et le CADTM (Comité pour l'Annulation de la Dette du Tiers Monde) appellent à la relecture des faits historiques relatifs à l’époque coloniale visant une reconnaissance, à travers des excuses et des réparations, des crimes coloniaux commis par la Belgique à l'égard du peuple congolais.

CETTE ANNÉE 2010 OFFRE À LA BELGIQUE L’OPPORTUNITÉ DE RECONNAITRE ENFIN SES RESPONSABILITES HISTORIQUES RELATIVES A LA COLONISATION DU CONGO.

L’histoire coloniale et le rapport entre la Belgique et la République démocratique du Congo demeure tributaire de stéréotypes, de préjugés et d’assertions tronquées héritées d’une historiographie coloniale et post-coloniale complaisante à l’égard de Léopold II, des agents de la colonisation, des gros industriels et des financiers ayant tiré et tirant encore maintenant profit de l’exploitation du pays.
NOUS SOUHAITONS QUE CETTE COMMEMORATION DÉBOUCHE SUR UNE ANALYSE CRITIQUE ET LUCIDE DES FAITS COLONIAUX ET SUR DES ACTES FORTS, DEBARRASSES DU RACISME, DU PATERNALISME, DU COLONIALISME ET DU NÉO-COLONIALISME.

NOUS PROPOSONS :

- A LA DATE DU 30 JUIN 2010, L'INAUGURATION A BRUXELLES D'UN MONUMENT «  PATRICE LUMUMBA » EN HOMMAGE AUX COMBATTANTS POUR L'INDEPENDANCE CONGOLAISE ET AFRICAINE. Lumumba est un des symboles de la libération coloniale pour les Congolais et plus largement pour l'ensemble des peuples colonisés. Il est aussi le symbole de la lutte contre l’ingérence politique des pays occidentaux en Afrique, et plus particulièrement de la Belgique au Congo. Élu chef du gouvernement en 1960, Lumumba fut assassiné le 17 janvier 1961.

- DES EXCUSES ET DES REPARATIONS DE LA BELGIQUE AU PEUPLE CONGOLAIS, NOTAMMENT PAR LA MISE EN PLACE IMMEDIATE DE LA FONDATION PATRICE LUMUMBA EN TENANT COMPTE DES ARRIERES POUR LA CONSTITUTION DU FONDS. La commission parlementaire belge de 2001 a reconnu le rôle que le gouvernement et le roi belges ont joué dans l'assassinat de Lumumba. Dès lors, selon les recommandations de la commission, le gouvernement belge s'était engagé à financer une Fondation Patrice Lumumba à hauteur de 3,750 millions d'euros complétés par une dotation annuelle de minimum 500.000 euros dans le but d'aider au développement démocratique au Congo. Le gouvernement belge n'ayant toujours pas tenu son engagement, la fondation devrait aujourd'hui détenir une enveloppe d'au moins 4 millions d'euros.

- L'ANNULATION IMMEDIATE ET SANS CONDITION DE LA DETTE EXTERIEURE DU CONGO Malgré les effets d'annonce concernant l'aide au développement et de supposés effacements de dette, le service de la dette du Congo pour la seule année 2009 s'élève à 142 millions de dollars, privant ainsi les Congolais de ressources vitales pour la paix et le développement.

- L'ARRET DU PILLAGE DES RESSOURCES NATURELLES PAR LES MULTINATIONALES BELGES ET INTERNATIONALES. En 2008, l’Etat congolais touchait 5% des recettes tirées de l’exploitation minière et le budget 2009 s’élève à seulement 5 milliards de dollars alors que rien qu’avec ses réserves de cuivres, la République démocratique du Congo est au 2ème rang mondial. L’exploitation des minerais est profitable aux investisseurs étrangers en raison du Code minier adopté en 2002 sous la pression des institutions financières internationales. L'ONU dans un rapport sur le Kivu dénonce le rôle criminel des entreprises comme, la belge Traxys, qui exportent les minerais de cette région ainsi que celui des grandes banques européennes comme ING, KBC, ABN Amro.

- L'OUVERTURE DE L'INTEGRALITE DES ARCHIVES COLONIALES, à savoir celles de l'administration coloniale, de la Force publique, de la Sûreté congolaise, du Ministère des Colonies,notamment.
Ces archives doivent faire l'objet d'un recensement et être accessibles tant aux historiens qu'au public.
Le collectif propose que la gestion de ces archives soit assurée par un comité d'historiens

Le collectif Mémoires Coloniales et le CADTM

RENDEZ-VOUS:

- Le 17 janvier 2010 à Ostende pour un hommage à Patrice Lumumba, suivi d'une promenade anticoloniale guidée par Lucas Catherine

- Le 30 juin 2010 pour l'inauguration d'une statue de Lumumba et d'autres évènements anticoloniaux !

Infos: pauline@cadtm.org

dimanche 24 août 2008

Guerre d'Afghanistan : les Belges bougent, les Français restent cois

Bruxelles, jeudi 28 août 2008 de 17 à 18h30
Action de protestation contre l'envoi de F16 et de troupes belges
vers l'Afghanistan
devant le Ministère de la Défense(coin de l'avenue du Régent et de la Rue Belliart, Métro Trône)

Quelques jours avant que les F-16 belges et les troupes supplémentaires ne soient opérationnelles en Afghanistan, faisons tous savoir au ministre de la Défense De Crem que nous nous ne voulons pas de cet entraînement de notre pays dans laguerre.
L'action de protestation est basée surla pétition 'Pas de F-16 en Afghanistan', qui a déjà recueilli des milliers de signatures et que vous pouvez toujours
signer sur le site de la CNAPD
Avec des calicots, des animations, des prises de parole...
Venez nombreux et n'hésitez pas à solliciter la présence de vos amis et connaissances.
Un appel de Intal, Vrede et d'autres organisations