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vendredi 6 juillet 2012

Paraguay-Égypte : bienvenue en ‘démocrature’

par Pepe Escobar, 4/7/2012. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Commençons par une bombe. Il y a plus de 10 jours un coup d'État d’un nouveau genre a eu lieu au Paraguay contre le président élu Lugo Fernando. Il est passé pratiquement inaperçu des médias capitalistes mondiaux.
Est-ce surprenant ? Pas vraiment. Un câble de l'ambassade US à Asunción de mars 2009, révélé par Wikileaks [1] avait déjà expliqué en détail comment les oligarques au Paraguay s’activaient à concocter un "coup d'État démocratique" au Congrès pour déposer Lugo.

À l'époque, l'ambassade des USA notait que les conditions politiques n'étaient pas idéales pour un coup d'État. L’homme-clé parmi les comploteurs était l'ancien président Nicanor Duarte (2003-2008), sévèrement rudoyé par les gouvernements progressistes d'Amérique du Sud pour avoir permis aux Forces spéciales US dans le sol paraguayen de procéder à "des cours de formation", "des opérations de maintien de la paix interne» et une «formation anti-terroriste".
Cette percée des Forces spéciales US se passait des décennies après que "l'un de nos bâtards"*, le tristement célèbre dictateur général Alfredo Stroessner (au pouvoir de 1954 à 1989) avait permis la mise en place d'une piste d'atterrissage géante et semi-clandestine, appartenant aux USA à proximité de Triple Frontière Argentine- Brésil-Paraguay - qui devait être utilisée plus tard dans la guerre contre la drogue, puis contre le terrorisme.
Il n’est donc pas sorcier de deviner quel a été le premier gouvernement à  reconnaître les putschistes de vendredi dernier au Paraguay : les Etats-Unis d'Amérique.

Mauvaise graine par Petre, Argentine

Partager notre gâteau ? Vous n’y pensez pas !

Les  Égyptiens progressistes sont en train de se rendre compte que de nouvelles démocraties prennent des années, parfois des décennies, à se mettre en place, en coexistant avec le cauchemar de la dictature. Ça a été le cas, par exemple, du Brésil - aujourd'hui universellement applaudi comme une nouvelle, puissance mondiale. Au cours des années 1980 et 1990, une certaine forme de re-démocratisation institutionnelle a eu lieu. Mais pendant des années le Brésil n'a pas  pu vraiment se transformer en une démocratie à part entière - économiquement, socialement et culturellement. Il a fallu quelques 17 longues années - jusqu'à ce que le président Luiz Inacio Lula da Silva arrive au pouvoir en 2002 - pour que le Brésil commence à devenir moins outrageusement inégalitaire que ses avides classes dirigeantes ont toujours voulu qu'il soit.
Le même processus historique est maintenant à l'œuvre en Égypte et au Paraguay. Les deux pays ont souffert des dictatures pendant des décennies. Lorsque la dictature semble être en agonie, seuls les partis politiques liés - ou moyennement tolérés - par l'ancien régime se trouvent dans la meilleure position pour profiter de la longue transition tortueuse vers la démocratie. Ces pays deviennent alors ce que le politologue brésilien Emir Sader a baptisé "démocratures".
Cela s'applique au Parti libéral au Paraguay et aux Frères musulmans en Égypte. Lors de l'élection présidentielle égyptienne, nous avons eu un ancien copain de Hosni Moubarak contre un cadre Ikhwan (Frère musulman). Il reste à voir si l’orwellien CSFA (SCAF, Conseil suprême des forces armées) en Égypte permettra à cette nouvelle " démocrature" de se transformer en une véritable démocratie, et dans quelle mesure le Frère est pleinement engagé dans la notion de la démocratie.
Le Paraguay était déjà dans un stade plus avancé que l'Égypte. Pourtant, quatre ans après une élection présidentielle démocratique, le Congrès était encore dominé par deux partis pro-dictature, le Libéral et le  Colorado. Ce fut un jeu d’enfant pour cette oligarchie bipartite de se liguer et de dégommer Lugo.
Une procédure de destitution cuite à point, s'il vous plaît
Lugo a été destitué par un coup d'Etat déguisé en procédure juridique, expédiée en seulement 24 heures. Les praticiens des changements de régime à Washington doivent avoir connu l’extase : ah ! si seulement on pouvait faire pareil en Syrie ! ...
Ce simulacre a dû être concocté par le sénat le plus corrompu des Amériques - et c'est un euphémisme. Lugo a été reconnu coupable d'incompétence dans le traitement d’une affaire très sombre liée - inévitablement – à une question qui est absolument essentielle dans tout le monde en développement: la réforme agraire.
Le 15 Juin, un groupe de policiers et de commandos sur le point d'exécuter une ordonnance d'expulsion à Curuguaty, à 200 kilomètres d’Asunción, à proximité de la frontière brésilienne, a été pris en embuscade par des tireurs embusqués infiltrés parmi les agriculteurs. L'ordre est venu d'un juge protégeant un riche propriétaire terrien, Blas Riquelme, un ancien président du parti Colorado et ancien sénateur, ce qui n’est pas un hasard.
Grâce à des manigances juridiques, il avait pris possession de 2 000 hectares appartenant en fait à l'État paraguayen. Ces terres ont ensuite été occupées par des paysans sans terre, qui avaient demandé depuis un certain temps au gouvernement Lugo de les redistribuer.
L’organisation School of the Americas Watch a déjà documenté la façon dont d'énormes étendues de terres au Paraguay ont été effectivement volése aux paysans et "données" à des copains militaires et oligarques durant les décennies de la dictature Stroessner.
Le résultat à Curuguaty a été  de 17 morts – six policiers et onze paysans - et au moins 50 blessés. Cela est absurde : les membres du commando chargé de l’ expulsion, une unité d’élite nommée Groupe des opérations spéciales, ont été formés aux tactiques de contre-insurrection en Colombie - sous le gouvernement de droite d'Uribe - dans le cadre du Plan Colombie, concocté par les USA.
Le Plan Paraguay, pour sa part, était très simple; criminalisation absolue de toute organisation paysanne, les forçant à quitter la campagne pour faire place à l'agro-industrie transnationale.
C’était donc, pour l'essentiel, un piège. Les gens de droite enragés du Paraguay – qui ont fait la paire avec Washington, par exemple pour tenter d'empêcher, par tous les moyens, l'entrée du Venezuela dans le marché commun du Mercosur - ont été tout simplement prêts à bondir sur un régime qui n'avait pas, encore, porté atteinte à leurs  intérêts, mais avait ouvert beaucoup d'espaces à  la protestation sociale et à  l'organisation populaire.
Lugo, un ancien évêque élu en 2008 avec un large soutien en milieu rural, a peut-être dû le voir venir, mais il n'a rien fait pour l'arrêter. Comparé à son pouvoir de mobilisation des gens dans la rue, il avait au sein du Congrès un soutien minimal: seulement deux sénateurs. Plus de 40% des Paraguayens vivent à la campagne, mais ils ne sont guère mobilisés. Et 30% vivent en-dessous du seuil de pauvreté.
Les «vainqueurs» au Paraguay se devaientd’être les suspects habituels: l'oligarchie des propriétaires terriens - et sa campagne concertée visant à diaboliser les paysans, les intérêts agro-alimentaires de multinationales telles que Monsanto, et les médias liés  à Monsanto (comme le quotidien ABC Color, qui a accusé les ministres n’agissant pas comme faire-valoir de Monsanto d'être «corrompus»).
Les géants de l'agrobusiness comme Monsanto et Cargill ne payent pratiquement aucun impôt au Paraguay grâce à un Congrès contrôlée par la droite. Les propriétaires fonciers ne paient pas d'impôts. Inutile de préciser que le Paraguay est l'un des pays les plus inégalitaires du monde, 85% des terres - soit 30 millions d'hectares - sont contrôlées par l'aristocratie rurale, soit 2% de la population, et dont une grande partie est impliquée dans la spéculation foncière.
D’où leurs résidence de luxe à la Miami Vice demeures dans la station balnéaire uruguayenne de Punta del Este ou d'ailleurs, à Miami Beach ; et l'argent, bien sûr, est aux îles Caïman. Le Paraguay est de facto dirigé par cette crème des 2% de mélangeant l’agrobusiness avec le casino financier néo-libéral.
Et soit dit en passant, comme Martin Almada, un militant paraguayen des droits humains en pointe et lauréat du Prix Nobel de la Paix alternatif, l’a fait remarquer, cela concerne aussi des propriétaires fonciers brésiliens. Le producteur de soja ale plus riche du Paraguay est un "Braziguayen", à double nationalité, Tranquilo Favero, qui a fait fortune sous Stroessner.
Un coup d'État bien frappé, s'il vous plaît
L'Union des nations sud-américaines (Unasur) a traité ce qui est arrivé au Paraguay comme ce qu’il est : un coup d'Etat. Idem pour le Mercosur. Le contraste avec la position de Washington ne pouvait être plus flagrant. L’artisan du putsch Federico Franco est un enfant chéri de l'ambassade US à Asunción.
L'Argentine, l'Uruguay, le Venezuela et l'Équateur ne reconnaissent pas les putschistes. Le Venezuela coupé les ventes de pétrole au Paraguay. La présidente brésilienne Dilma Rousseff a proposé l'expulsion du Paraguay à la fois de l'Unasur et du  Mercosur.
Le Paraguay est déjà suspendu, ce qui signifie que le conspirateur Federico Franco a été empêché d'assister à une réunion- clé du Mercosur la semaine dernière à Mendoza, en Argentine, où la présidence temporaire du Mercosur devait être transmise au Paraguay. L'oligarchie paraguayenne - sous les ordres de Washington – bloquait l'entrée du Venezuela dans le Mercosur. Ce n’est plus le cas, le Venezuela devient un membre à part entière d'ici la fin du mois.
Pourtant les gouvernements sud-américains progressistes doivent être très prudents. Si le Paraguay est expulsé à la fois de l'Unasur et du Mercosur, il va inévitablement demander à Washington de l'aide commerciale et militaire. Cela pourrait se traduire en un véritable cauchemar - des bases militaires US au Paraguay.
Les oligarques du Paraguay, les médias qu'ils contrôlent, et last but not least la hiérarchie réactionnaire de l’église catholique, calculent qu’ils vont étendre leur pouvoir lors des élections qui auront lieu en avril 2013.
Lugo a été de fait face à une tâche digne de Sisyphe - en essayant de diriger un Etat faible, avec un revenu minimum provenant d'impôts (moins de 12% du PNB), et sous une forte pression de puissants lobbies transnationaux et d’élites compradores. C’est, soit dit en passant, la réalité structurelle d'une grande partie de l'Amérique latine - et, grosso modo, pourrait-on ajouter, de l'Égypte.
Sur le plan géopolitique, ce dont les progressistes partout dans le monde - d’Amérique du Sud et du Nord au monde arabe - devraient se soucier est de savoir comment, depuis le coup d'État de juin 2009  contre Manuel Zelaya au Honduras, l’Amérique latine est transformée en un laboratoire géant pour tester toutes sortes de mutations par coups d'État "démocratiques ".
Le Paraguay est une de ces mutations. Une autre était le coup d’État manqué contre l'Equatorien Rafael Correa en septembre 2010. Tous ces putschs visent des gouvernements progressistes qui privilégient les avancées sociales.
Ce n'est pas par hasard que Correa, lui-même rescapé d’une tentative de coup d’État, a dit que si ça réussissait cette fois au Paraguay, cela "créerait un dangereux précédent" dans toute la région.
Et en termes de justice poétique, rien ne bat Correa - la cible d'un coup d’État - en train d'étudier la possibilité d'offrir l'asile politique à Julian Assange, dont WikiLeaks a révélé, entre autres choses, comment l'élite paraguayenne conspiré pour perpétrer son propre coup d'Etat.
En Égypte, un coup d'Etat militaire a eu lieu avant même l'élection présidentielle. Les Égyptiens progressistes qui ont été les protagonistes véritables du Printemps arabe doivent être extrêmement vigilants : le Paraguay est de montrer comment la route rocailleuse vers la démocratie peut déboucher sur une "démocrature".
Note
 1. Voir ici
  * Allusion à la réponse faite par le président Franklin D. Roosevelt à son secrétaire d'Etat qui lui avait dit : "Somoza est un bâtard !": "Oui, mais c'est notre bâtard". [NdT]

lundi 25 juin 2012

Paraguay : le dessin du jour

Avec le coup d'Etat contre Lugo, le Paraguay redevient ce qu'il n'a jamais cessé d'être: un latifundium


dimanche 24 juin 2012

Paraguay: les mêmes vieilles soupes dans des marmites neuves et...légales


Coup in Paraguay
Osvaldo Gutierrez Gomez, Cuba



Il y aurait beaucoup à dire sur les erreurs, les faux-pas et l'aveuglement de Fernando Lugo, cet archevêque  défroqué devenu président du Paraguay sans jamais avoir goûté à la théologie de la libération. On est donc parfaitement en droit de ne pas aimer l'homme. Mais la question n'est pas là. Lugo était un président démocratiquement élu et il vient d'être renversé par un coup d'Etat légal mené par le Sénat le plus corrompu de l'Amérique latine en attendant que le redoutable Horacio Cartes, un narco-businessman bien vu de Washington, soit "triomphalement" élu d'ici 9 mois. Pour l'instant, c'est la girouette de service, le fat Federico Franco qui joue les intérimaires.
Le Paraguay est décidémment un pays maudit. Sa population a été victime d'un génocide mené par la Triple Alliance (Brésil-Argentine-Uruguay) qui, de 1868 à 1870, extermina 90% de sa population! Puis, au XXème siècle, il a été saigné à blanc par le cauchemardesque vampire bavarois Alfredo Stroessner, qui exerça sa satrapie de 1954 à 1989.
Au XXIème siècle, le Paraguay reste un grand latifundio/ranch colonial aux relents esclavagistes, possédé par une poignée de familles qui contrôlent tout et achètent des fonctionnaires et des élus comme on achète des cigarettes. Il est devenu une terre d'élection pour les prédateurs criminels qui ont nom Monsanto et Cargill et s'y livrent à une orgie d'expérimentations de cultures mutantes sur des terres volées aux communautés paysannes et indiennes. Ces marchands de morts, acoquinés à l'oligarchie locale, ne sont d'ailleurs pas étrangers à la manoeuvre du coup d'Etat "légal". Fernando Lugo, comme Manuel Zelaya au Honduras, n'est pas allé plus loin que ses velléités d'émancipation sociale. Résultat: en ne s'appuyant pas sur un mouvement populaire organisé, il s'est livré aux salopards qui tirent les ficelles. Ceux-ci l'ont donc impudemment déboulonné en invoquant qu'il encourageait à l'horrible "lutte des classes".
Mais le peuple paraguayen n'a pas dit son dernier mot. Rédaction BASTA!
Lisez

samedi 27 février 2010

Découverte de la plus grande fosse commune du continent : face au comble de l’horreur, la Colombie appelle à la solidarité

par Azalea  ROBLES, 28/1/2010. Traduit par Esteban G.. et révisé par Michèle Mialane, Tlaxcala
Original : Destapan la mayor fosa común del continente: Colombia, en el paroxismo del horror, clama solidaridad
Le recours aux paramilitaires est une stratégie de l’État. « Ils m’ont dit de couper le bras à une jeune femme, elle nous  implorait de ne pas le faire, disant qu’elle avait des enfants » dit le « para » Francisco Villalba. « Nous avons décapité (…) une stratégie pour semer la terreur », avoue l’autre, Hebert Veloza alias « HH ».

Cette image est celle du terrorisme de l’État colombien et ses paramilitaires : Il est urgent que la solidarité internationale se mobilise pour dénoncer l’État génocidaire.
La plus grande fosse commune de l’histoire récente d’Amérique vient d’être découverte en Colombie. La fosse commune contient les ossements d’au moins 2000 personnes, elle se situe dans la commune La Macarena, département du Meta. Plusieurs habitants avaient déjà alerté de nombreuses fois en 2009, en vain…puisque le Ministère Public n’a jamais procédé à des recherches. C’est la persévérance des parents de disparus et la visite d’une délégation britannique (syndicalistes et parlementaires britanniques) qui faisait des investigations sur la situation des droits de l’homme en Colombie, en décembre 2009, qui a permis de découvrir ce crime affreux perpétré par les forces militaires et paramilitaires d’un État qui leur garantit l’impunité. Un État qui pratique la terreur et les massacres pour rendre plus facile le pillage par les multinationales, en faisant disparaître et en réprimant ceux qui osent revendiquer leurs droits.
Il s’agit de la plus grande fosse commune du continent: Par centaines, par  milliers des êtres humains y ont été ensevelis anonymement depuis 2005 par l’Armée qui occupe la zone. Pour trouver une fosse de cette ampleur, il faut remonter jusqu’au temps de la barbarie nazie : Son importance révèle que la pratique macabre des disparitions forcées, exercée par l’Armée et son outil paramilitaire, est encore plus horrible que nous ne le savions déjà. Le caractère génocidaire de l’État colombien exige de toute urgence une mobilisation de solidarité, afin que les hauts fonctionnaires criminels de l’État et des multinationales paient pour leurs crimes contre l’humanité.
Quand l’ampleur de la fosse a commencé à se révéler, Jairo Ramírez, juriste, secrétaire du Comité Permanent pour la Défense des Droits de l’Homme en Colombie qui accompagnait sur place la délégation britannique, témoigne : « Ce que nous avons vu a été une horreur (…) une infinité de corps, et en surface des centaines de panneau en bois peints en blanc avec l’inscription NN et des dates allant de 2005 jusqu’à aujourd’hui ».
Ramírez ajoute : « Le commandant de l’Armée nous avait dit que c’étaient des guérilléros tués au combat, mais les gens de la région nous disent qu’il s’agit pour la plupart, de responsables sociaux et syndicaux, de paysans et des défenseurs de communautés, qui tous avaient disparu sans laisser de traces ».
L’horreur de La Macarena rappelle à la Colombie et au monde entier, de quelle façon le nombre effrayant de fosses communes ainsi que leurs emplacements a été découvert durant ces dernières années et ces derniers mois. C’est suite aux déclarations de paramilitaires, qui, protégés par la « Loi de Justice et Paix », peuvent confesser leurs crimes et donner sans crainte les coordonnées des fosses ainsi que d’autres détails sur leur rôle en tant qu’outil de la sale guerre de l’État.
Le recours aux paramilitaires est une stratégie d’État, financée par l’État et les multinationales
Lors de ces audiences, les paramilitaires ont été très clairs (au cas où il subsisterait un doute) : ils font partie d’une stratégie de sale guerre de l’État et reçoivent également de l’argent des multinationales et des oligarques. Mais à vouloir donner trop de détails, et dénoncer que leur formation, leur armement, leur méthodologie et leur protection étaient assurés par l’État colombien, beaucoup d’entre eux ont été extradés vers les USA : c’est ainsi qu’ils se taisent sur l’implication des dirigeants de l’État et des multinationales responsables des massacres. C’est ainsi que l’on évite de trop mettre en lumière les noms de la grande oligarchie et des compagnies comme financeurs et créateurs de l’horrible phénomène paramilitaire. Bien qu’ils aient été réduits au silence, les paramilitaires extradés sont parvenus à dénoncer une évidence : Les paramilitaires sont un outil de l’État colombien, qui a été créé par la CIA et selon ses recommandations, avec des formateurs étatsuniens et issus du Mossad ; il est financé, pour l’exécution de ses massacres, par l’État, les grands propriétaires terriens et les multinationales (Repsol, BP, OXY, Chiquita…entre autres) (1). Les paramilitaires ont été créés pour neutraliser les mouvements de revendication sociale, sous tous ses aspects. C’est pour cela que la Colombie est le lieu le plus dangereux du monde pour y exercer l’activité syndicale ; que des dizaines de milliers de personnes ont disparu à cause de l’outil paramilitaire : pour faire taire les revendications.
La Loi « Justice et Paix » a été élaborée par l’État et créée par le président Uribe pour que ses paramilitaires puissent obtenir l’impunité ou des condamnations minimes en comparaison de la cruauté et de l’ampleur de leurs crimes : c’est grâce à cela, en échange de quelques coordonnées de fosses, et surtout en proclamant leur « repentir » que des centaines de parrains (maffieux) paramilitaires, auteurs de milliers d’assassinats, sont presque tous parvenus à échapper à la prison. Mais les grandes fortunes, nationales et multinationales, qui ont accumulé encore plus de capital grâce à ces massacres, sont toujours là sans être inquiétées.
L’impunité des multinationales est totale : cependant plusieurs d’entre elles (1) et leurs filiales ont été déclarées coupables par le Tribunal Permanent des Peuples. Elles sont coupables de promouvoir le para-militarisme et les pratiques génocidaires en Colombie : « Par leur participation en tant qu’auteures, complices ou instigatrices d’actions génocidaires, avec leurs méthodes particulières : assassinats des adhérents à un groupe (politique) ; graves atteintes à l’intégrité physique ou psychologique des adhérents du groupe ; soumission intentionnelle  du groupe à des conditions de vie qui entrainent sa destruction physique, totale ou partielle. Ces pratiques sont appliquées en particulier dans le processus visant à faire disparaître 28 communautés indigènes, à anéantir le mouvement syndical colombien et à exterminer le groupe politique Unión Patriótica (…) à cause de sa participation (…) à la commission des crimes contre l’humanité tels qu’assassinat, extermination, déportation ou déplacement forcé de population, emprisonnement, torture ; viols ; persécution d’un groupe ou d’une collectivité défendant son identité propre pour des raisons politiques et ethniques, crimes différents et kidnapping de personnes ».
Impunité pour les grands capitalistes, les multinationales et l’oligarchie : extrader signifie enterrer la vérité
Le cas des paramilitaires Mancuso (2) et Hebert Veloza (3) est révélateur : Ceux-ci vont être jugés aux USA pour des délits de trafic de drogues, et non pour des crimes contre l’humanité commis en Colombie. Faire sortir ces assassins du territoire colombien, condamne beaucoup de victimes à ne jamais connaître le lieu où ont été ensevelis leurs êtres chers disparus, puisqu’en première audience, ces parrains paramilitaires ne fournissent en général que des coordonnées imprécises de fosses. Dans des cas comme celui de Veloza, par exemple, qui avait reconnu au moins 3000 assassinats, il reste encore beaucoup de détails à révéler sur le lieu où se trouvent les victimes. Et le plus important n’a pas du tout été éclairci, l’extradition du prévenu ayant empêché qu’il en dise plus, ce qui prouve clairement que l’extradition a pour but d’occulter la vérité : l’État cherche à tout prix à éviter que les noms des auteurs de crimes haut placés ne soient connus.
À la question sur le nombre de personnes qu’il a tuées, Hebert Veloza avait déclaré, à propos de ses activités entre 1994 et 2003 : « J’ai calculé que mes deux groupes ont assassiné 3000 personnes et peut-être plus. Nous en avons jeté beaucoup dans le (fleuve) Cauca ».
La dissuasion par la terreur : décourager la revendication sociale, et dépeupler les vastes territoires
Veloza, alias HH, un des maffieux les plus sanglants parmi les paramilitaires des Autodefensas Unidas de Colombia [Autodéfenses Unies de Colombie] (AUC), avait dit avoir employé la « décapitation » pour terroriser les communautés. « Lorsque nous sommes arrivés à Urabá nous avons décapité beaucoup de gens, c’était une stratégie pour générer la terreur ». C’est la stratégie de « dissuasion par la Terreur » : elle est théorisée dans les manuels de contre-insurrection de l’État (une amabilité des USA), et elle consiste à susciter une grande panique. L’exécution des tortures et des démembrements sur la place publique paralyse le reste de la population… elle est conçue pour faire taire les revendications sociales, économiques, écologiques : elle « dissuade » la revendication « par la Terreur » et permet ainsi de déplacer des populations entières.
Chaque fois que le gouvernement parle de “dialogues” avec les paramilitaires au sujet de leur « démobilisation », les victimes qualifient ces « dialogues » de « monologues » : étant donné que le para-militarisme est une stratégie de l’État lui-même.
Bien exhiber le massacre, et en même temps couvrir les bénéficiaires de toute cette mort
L’extradition des paramilitaires est un salut pour les “cerveaux” de ces crimes, car cela empêche que la vérité totale soit connue. Ils font passer les paramilitaires aux USA pour qu’ils soient jugés pour des délits moindre que ceux comme les génocides qu’ils ont commis, et de cette façon la vérité est occultée, on tait les noms, les patronymes de l’oligarchie, de patrons, de directeurs et d’agents de multinationales, de parlementaires, de ministres et même…les noms de quelque président…
« À Urabá, Lorsque nous avons commencé, nous laissions le corps des morts sur place », expliquait Veloza, « Puis, au bout de quelque temps, les Pouvoirs Publics ont commencé à nous faire des remontrances et (ils nous ont dit) qu’ils nous laisseraient continuer à travailler, mais que nous devions faire disparaître les corps. À partir de ce moment nous avons creusé des fosses communes », a-t-il affirmé.
En se référant à l’armée officielle de Colombie, Veloza condamnait : « Nous étions des illégaux, ils sont plus coupables que nous, parce qu’eux représentaient l’État ; ils étaient dans l’obligation de protéger ces communautés et ils nous utilisaient pour combattre la guérilla. Il est vrai que nous avons commis énormément d’homicides et nous devons en répondre, mais eux aussi doivent en répondre… »
Puis il ajoute : « Nous avons assassiné des gens tous les jours et dans toutes les communes de Urabá ». Ce sont dans les départements de Córdoba et d’Urabá, en 1998, que les AUC ont été constituées sous la tutelle de l’État colombien : elles ont totalement éliminé la population des nombreuses localités suspectées d’abriter des sympathisants ou des familles de guérilléros. Les paramilitaires ont également été engagés pour en finir avec les syndicalistes et les écologistes, afin de pouvoir implanter un modèle de « développement » économique dans des zones où il nécessite un déplacement rapide et massif des populations.
John Jairo Rentería, alias Betún, a été un des derniers paramilitaires à faire des aveux : Il a reconnu devant le procureur et les familles des victimes, que lui et ses paramilitaires ont enterré « au moins 800 personnes » dans la propriété Villa Sandra, à Puerto Asís, Putumayo. Il a expliqué leur méthodologie : « Il fallait démembrer les gens. Tous ceux des Autodéfenses devaient apprendre à le faire et très souvent nous le faisions sur des gens vivants ».
Le mouvement des victimes de Crimes d’État en Colombie, estime que plus de 50.000 personnes ont disparu, happées par l’outil paramilitaire de l’État, ou par la police et les militaires. Le Procureur Général de la Nation, lui-même, a été obligé de reconnaître 25.000 « disparus ». Les parents des disparus parcourent tout le pays chaque fois qu’une fosse est découverte, et c’est chaque fois la même douleur.
Jeter les victimes aux caïmans: l’horreur de la disparition totale
Il ya  en Colombie des fosses gigantesques : mais grâce à d’autres déclarations de paramilitaires et de victimes survivantes on sait aussi que les paramilitaires possédaient des propriétés où on élevait des crocodiles pour faire disparaître leurs victimes (quelquefois ils laissaient des survivants pour qu’ils aillent raconter ce qu’ils avaient vu dans les propriétés où l’on torturait). À San Onofre, Sucre, dans une propriété connue sous le nom de « El Palmar », le chef paramilitaire « Rodrigo Cadena » jetait les cadavres des victimes, et même des victimes encore vivantes, aux caïmans qui se trouvaient dans un bassin (4). C’est comme ça que les victimes de la torture étaient jetées aux caïmans. Beaucoup de personnes ont ainsi totalement disparu, jetés en pâture aux caïmans, ou jetés dans les fleuves ou à la mer, ou brûlés dans des fours crématoires.
Le gouvernement n’a pas la volonté d’aller jusqu’au bout des recherches, il laissera tout au plus révéler l’existence de quelques fosses seulement. De plus, cela demande du temps et les identifications, par tests chimiques et ADN,  présentent d’énormes difficultés techniques.
Combien de fosses peut-on retrouver ? Ce sont les paramilitaires qui donnent leurs coordonnées pour obtenir au moins un quart de remise de peine. Mais beaucoup d’êtres humains ont été totalement éliminés…
Salvatore Mancuso, par exemple, avait avoué que pour éviter la découverte du corps du leader indigène Kimi Pernía, il l’avait fait déterrer de la fosse et jeter dans le fleuve Sinú. D’autres paramilitaires racontent que pour cacher ses crimes, le même Mancuso avait ordonné d’enlever la terre d’une fosse située dans une propriété à Ralito, et de la vider de ses cadavres que son groupe avait remplis. Des enquêteurs disent qu’aujourd’hui, les « Aigles Noirs », héritiers des paramilitaires, déterrent le contenu de plusieurs fosses et le jettent dans les fleuves.
Les cours pour susciter la terreur
Les témoignages de paramilitaires et les résultats des équipes de médecins légistes ont permis de conclure que les groupes d’Autodéfenses Unies de Colombie, non contents d’avoir élaboré une méthode d’équarrissage des êtres humains, ont poussé l’horreur jusqu’à son extrême limite : ils ont donné des « cours » en se servant de personnes vivantes emmenées dans leurs camps d’entraînement. Francisco Villalba, le paramilitaire qui avait dirigé sur le terrain les atrocités d’El Aro (Antioquia), où 15 personnes ont été torturées et massacrées pendant 5 jours, révèle les détails de ces « cours » : « Il s’agissait de personnes que l’on amenait en camions, elles étaient en vie et attachées (…) chacune était livrée à un groupe de cinq (…) les instructions étaient de leur couper un bras, la tête… de les découper vivantes ».
Les « cours d’équarrissage » servaient d’entraînement aux paramilitaires pour leur fonction bien spécifique: susciter la terreur dans la population, pour arriver à « dissuader par la terreur » et parvenir à déplacer les survivants qui avaient assisté aux massacres. C’est de cette façon que le grand capital est parvenu à déplacer de ses terres plus de 4 millions de personnes.
Le paramilitaire Villalba avait décris son parcours au Procureur, depuis ses débuts jusqu’à ses massacres : « Au milieu de l’année 1994, ils m’avaient fait participer à un cours au camp d’entraînement situé dans la propriété ‘’La 35’’, à El Tomate, Antioquia ». Il confirme qu’ils recevaient les instructions directement du haut commandement dont le « Doble Cero » (Carlos García). Villalba raconte que pour apprendre à découper les gens, ils kidnappaient des paysans et des personnes dans les villages voisins : « Sitôt débarqués du camion avec leurs mains liées, ils étaient enfermés pendant quelques jours dans un local, en attendant que débute l’entraînement ». Puis ils étaient répartis dans plusieurs groupes « et là on les découpait », expliquait-il à la commission d’enquête. « L’instructeur disait à un : ‘’ Vous, postez-vous ici et untel là-bas et assurez la sécurité de celui qui découpe. Chaque fois que l’on envahit un village et que l’on va découper quelqu’un, il faut assurer la sécurité de ceux qui font ce travail »…Les femmes et les hommes enfermés dans les locaux étaient ensuite menés en sous-vêtements, les mains liées, à l’endroit où l’instructeur donnait son « cours » : « les instructions étaient que nous devions couper le bras, la tête, les découper vivants. Ils pleuraient en suppliant qu’on les épargne, qu’ils avaient de la famille ». Villalba décrit : « On les ouvrait à partir de la poitrine jusqu’au ventre pour leur arracher les tripes, ceci s’appelait ‘’le dépouillage’’. On leur coupait les jambes, les bras et la tête. Ça se faisait soit à la machette soit au poignard. Pour le reste, c'est-à-dire le dépouillage, c’était fait à la main. Nous qui étions en apprentissage, nous leur arrachions les intestins. »
Selon Villalba, c’est l’entraînement qui l’exigeait, afin de « prouver son courage et apprendre comment faire disparaitre le corps de la personne ».  Puisqu’on procédait à ces exécutions dans la rue devant toute la population, il est clair que les pratiques d’équarrissage sur les gens avaient la fonction précise de terroriser. « À moi, ils m’ont dit de couper le bras d’une jeune femme, elle implorait de ne pas le faire, qu’elle avait des enfants ». Les corps étaient enterrés dans la propriété « La 35 » ;  d’après les calculs les fosses contenaient plus de 400 victimes (5).
Face à l’indifférence de l’État, les mères de la Candelaria creusent elles-mêmes
Le ministère public est très lent à faire ouvrir les fosses, il possède les coordonnées de plus de 4200 d’entre-elles et il n’en a pas cherché plus de trois cents, quant au test ADN des ossements, il a été effectué au compte-goutte, ce qui prouve le mépris de l’État envers les familles et les victimes. Le mépris d’un l’État qui prétexte un « manque de moyens », alors qu’il a endetté le pays pour payer les dépenses militaires et paramilitaires. C’est pour cela, que depuis début 2007, une délégation des « Madres de la Candelaria » [les Mères de la Candelaria] avait tenu plusieurs réunions dans la prison, avec le chef paramilitaire Diego Fernando Murillo alias “Don Berna” ainsi qu’avec d’autres chefs paramilitaires (aujourd’hui extradés aux USA) et ceux-ci leurs avaient donné approximativement la localisation des fosses, dans la Comuna 13 San Javier de Medellin. Dès lors plusieurs familles avaient décidé de s’armer de pioches et de pelles pour aller déterrer leurs êtres chers. « Nous ne prétendons pas faire le travail qui revient au ministère public (…), mais sur la base de ce que nous ont dit ces messieurs (ces assassins), nous agissons pour notre propre compte et nous allons creuser (vers les quartiers de la Comuna 13 San Javier) pour voir si nous trouvons quelque chose. Souvent les paramilitaires ne veulent pas ou bien cela ne leur sert à rien d’avouer où se trouve telle ou telle personne, et ça ne leur convient pas de le dire aux juges, alors nous, nous leur disons : ‘’ discrets, dites-nous où se trouvent nos enfants et nous-mêmes, sans rien dire, nous irons les chercher.
La délégation britannique qui a visité la Colombie a entendu une multitude de témoignages au sujet des violations des droits humains et syndicaux, par rapport aux exécutions extrajudiciaires, aux déplacements forcés, aux kidnappings, à la criminalisation de l’opposition politique, aux montages judiciaires, à la spoliation de la terre des paysans au bénéfice des compagnies multinationales.
Dans ses conclusions, la délégation a déclaré : « Après avoir entendu de pareils tels témoignages, nous estimons que l’armée colombienne est responsable de la majorité des violations des droits humains contre la population civile », et que : « l’activité paramilitaire persiste, particulièrement dans les régions rurales, de même que les liens étroits entre les paramilitaires et l’armée sont une évidence.


   Terrorisme d’État en Colombie
*Au moins 50.000 personnes ont disparu (kidnappées et torturées) par les terroristes d’État, selon la logique de « dissuader de revendiquer par la terreur » (l’État cherche à ce que la terreur perdure, en faisant disparaître le corps, les survivants continuent ainsi à vivre dans l’angoisse)
*L’élimination physique de tout un parti politique, l’Union Patriotique (UP) ; plus de 5000 personnes de l’UP ont été assassinées par l’État.
*Plus de 4 millions de personnes déplacées de leurs terres à cause des massacres des militaires et leurs paramilitaires, dans le cadre de la stratégie de l’État « Terre rasée », pour vider les champs de leur population et offrir aux multinationales des terrains qui dégagent de gros intérêts économiques, une fois débarrassés des habitants  et de leurs revendications. ?
*6 millions d’hectares de terre ont été ainsi volés aux victimes déplacées, et offerts à des multinationales, à de grands propriétaires terriens, et à de nouveau chefs paramilitaires ; aujourd’hui le scandale de l’« agro ingreso seguro », vient confirmer encore la réalité de la spoliation des victimes (6).
*Plus de 4200 fosses communes (dénoncées) emplies de milliers de cadavres de citoyens colombiens massacrés par les paramilitaires colombiens : ces derniers ont donné les coordonnées de quelques fosses afin d’être profiter de la « Loi de Justice et Paix », créée sous la direction de son parrain Uribe et élaborée spécialement pour donner l’impunité aux paramilitaires si ceux-ci proclament leur « repentir », une loi qui légalise l’usurpation des terres. En avril 2007, un an seulement après le début des recherches de fosses communes, le Ministère Public avait déjà reçu 3710 révélations de leur lieu ; mais la majorité d’entre elles n’avait pas pu être explorée, « fautes de moyens » selon l’État…
*Des milliers de cadavres y ont été retrouvés, mais l’État à déjà annoncé aux parents des victimes qu’il ne pourra pas faire pratiquer les analyses ADN pour tous les corps « faute de moyens »…par contre lorsqu’il s’agit de payer les assassins et les bourreaux, là oui, il a eu les moyens et il les a toujours…
*Plus de 2649 syndicalistes assassinés.
*Des milliers d’exécutions extrajudiciaires, dont le scandale des « faux positifs » : Les militaires kidnappent de jeunes garçons et filles, ils les déguisent en guérilléros et ils les assassinent. Ensuite ils présentent les cadavres aux mass-médias, qui se chargent d’achever le montage dans sa partie médiatique ; en Colombie les médias de masse ne font pas d’investigations, ils donnent pour vrai ce que leur disent les sources militaires. Les militaires agissent ainsi pour « montrer des résultats » dans leur guerre anti-insurrection, et ça leur sert à assassiner les civils qui les gênent. En Colombie, la médiatisation des morts supposés être des guérilléros est absolument macabre : Ils exhibent des corps alignés, à moitié nus, avec les militaires qui les remuent avec leurs bottes…Ils modèlent ainsi l’opinion publique en lui inculquant que les guérilléros sont déshumanisés.
*Plus de 7500 prisonniers politiques, dont beaucoup d’entre eux sont victimes de montages judiciaires contre les militants sociaux.
*Des centaines d’auto-attentats (7), une autre forme de « faux positifs » de la part des forces de police et militaires qui ont posé des bombes en plein centre de Bogota, pour créer la base d’un montage médiatique alimentant le discrédit des FARC. C’est au nord de Bogota, près de l’École Militaire José María Córdoba, que s’est déroulé l’un des plus grossiers auto-attentats : au passage d’un camion militaire, un véhicule piégé avait explosé, tuant un éboueur et blessant dix militaires. Soupçonnés d’auto-attentat, certains militaires sont « interrogés »…interrogés en tant qu’« individus », et non comme acteur conscient d’une stratégie d’État…
La violence de l’attaque du grand capital provoquée par l’angoisse de perdre la Colombie en tant que « caverne d’Ali Baba » de grande valeur, a créé et maintenu en vie ce monstre qu’est devenu aujourd’hui l’État colombien.
Cela ferait longtemps que cet État criminel n’existerait plus sans l’« aide » massive des USA et de l’UE, sans la dette dont on a chargé le peuple colombien pour financer les dépenses militaires, et sans la stratégie paramilitaire de terrorisme d’État. Sans ses soutiens militaires et médiatiques, l’État colombien n’aurait pas pu perpétrer cette barbarie ; et le peuple colombien aurait pu obtenir sa véritable indépendance, être délivré de toute cette cupidité, de tous ces morts, de toute cette douleur.
Notes
Les entreprises suivantes et leurs filiales, ont été déclarées coupables de fomenter le para-militarisme et les actions génocidaires en Colombie :
Coca Cola, Nestlé, Chiquita Brands, Drummond, Cemex, Holcim, Muriel mining corporation, Glencore-Xtrata, Anglo American, Bhp Billington, Anglo Gold Ashanti, Kedhada, Smurfit Kapa – Cartón de Colombia, Pizano S.A. et sa filiale Maderas del Darién, Urapalma S.A., Monsanto, Dyncorp, Multifruit S.A. filiale de la transnationale Del Monte, Occidental Petroleum Corporation, British Petroleum, Repsol YPF, Unión Fenosa, Endesa, Aguas de Barcelona, Telefónica, Canal Isabel II, Canal de Suez, Ecopetrol, Petrominerales, Gran Tierra Energy, Brisa S.A., Empresas Públicas de Medellín, B2 Gold – cobre y oro de Colombia S.A.
-Audience de Mancuso, Rito Alejo del Río (Vidéo), Coordinateur des paramilitaires

vendredi 6 novembre 2009

Un coup d'État se prépare-t-il au Paraguay ?

par Matilde SOSA, 3/11/2009

« En ce moment, un coup d'État politique et militaire est en préparation au Paraguay, fomenté par le Congrès d'extrême-droite, à travers une mise en accusation du président Fernando Lugo de violer la Constitution et d’entreprendre rien de plus que la bataille contre la pauvreté qu'ils interprètent comme étant une lutte de classes » : c’est ce qu’a déclaré Carolus Wimmer, vicePprésident du groupe vénézuélien au Parlement latino-américain, à l'Agencia Bolivariana de Noticias.

Selon certaines versions de la presse paraguayenne, le président de la Commission des Affaires Constitutionnelles du Sénat, Hugo Estigarribia, qualifie d’« irresponsables » ces déclarations faites par le député vénézuélien. Selon le sénateur paraguayen les appréciations du Vénézuélien sont « très loin de la réalité » car si l’on se réfère au jugement politique, « ce n’est pas un putsch militaire mais un moyen constitutionnel pour écarter Lugo de son poste ».

Ce dernier argument, dévoile, pour le moins, l’intention certaine de destituer Lugo et permet alors de donner raison à l'affirmation du député vénézuélien C. Wimmer.

lundi 24 août 2009

Le Paraguay oublié

par Guillermo F. PARODI, Asunción, 22/8/2009. Traduit parEstban G., édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : El Paraguay olvidado


C’est avec l’expérience de plus de 20 ans de psychanalyse, que j’ose m’avancer sur un sujet difficile et controversé : Que ce passe t-il au Paraguay ?

Il y a en réalité une évidence inéluctable. Lugo n'est pas le pur et blanc « Évêque des pauvres ». Lugo survit en souriant parce qu'il fait une dissociation schizophrène. Un ami jésuite qui le connaît depuis longtemps, nous avait dit : « Écoutez les gars : Lugo a fait la prouesse de virer le Parti colorado qui était au pouvoir depuis 60 ans, ça a été une bonne chose, mais de ce que je sais, ne vous faites plus d'illusions sur lui. »


Doté d’une forte constitution, haut de 1.90 m et avec des dents qui peuvent casser une pierre d'une seule morsure, Lugo est tel qu’il a toujours été, indécis, et sans courage pour les grands changements.


Quand on le voit avec les membres de l’ALBA on pourrait dire que, c’est un révolutionnaire, mais quand il retourne dans son pays et qu’il doit abolir une loi qui protège les citoyens contre les pesticides, qui ont déjà tué et continuent à tuer des villages entiers, il n’hésite pas et abolit la loi. Comme il semble difficile d’affronter les puissants membres de la Sociedad Rural [Société Rurale], alors le tractorazo [manifestation à bord de tracteurs, forme de protestation habituelle des paysans en Argentine et au Paraguay, NdE) a été annulé.


Le Paraguay est un des rares pays du monde qui ne prelève pas d’impôts sur les revenus personnels. Il y a des personnes qui gagnent environ 100.000 dollars par mois et n'apportent rien au trésor public. La Chambre des députés avait mis le veto sur le projet de loi gouvernemental instaurant l'impôt sur le revenu. Bien entendu, les députés auraient été également obligés de le payer. Les entreprises payent des impôts, mais toutes celles que je connais ont une double comptabilité. Une pour elles-mêmes et une autre pour le fisc. S’il se produit un quelconque préjudice, il y a toujours la possibilité de renflouer (dessous de table). Le seul impôt que nous payons tous est la TVA, que les grands supermarchés déduisent de leurs achats mais que nous, simples citoyens, sommes obligés de payer en tant que consommateurs en fin de chaîne. Les économistes savent bien que c'est un impôt lamentable qui sanctionne les plus pauvres, qu’il est négatif ; que les impôts les plus avantageux, les plus justes, sont les impôts directs qui prennent en compte les revenus du contribuable, mais au Paraguay il n’est pas ainsi.


Face à ce manque de poigne, de courage révolutionnaire, le gouvernement n'a pas de ressources. La promulgation de la Réforme Agraire, qui pourrait être faite en quelques heures vu qu’on dispose de listes de terres usurpées - sur lesquelles il y a même un livre qui a déjà été publié -, a été reportée à… 2020 ! C'est-à-dire que les « sans terre » sont toujours sans terre. Les « sans-abri » chercher toujours un abri. Les indigènes se réfugient dans les places de la ville d'Asunción en attendant les terres promises. La violence urbaine augmente.


Le Paraguay, un pays sans problème ethnique ou religieux, ne manquant pas d’eau, ni d'énergie ni de terres fertiles, est le second pays le plus pauvre d’Amérique du sud, suivi par la Bolivie qui va bientôt le devancer. Que faire ?


La seule chose qui est menée à bien, est la renégociation du Traité d'Itaipú, initiée sur les conseils d'Eric Toussaint (qu’ils avaient engagé puis viré). Je clarifie qu'Eric Toussaint était venu au Paraguay sous une seule condition : billet en classe économique et logé chez un militant. Il n'a perçu aucun honoraire ! Un exemple magnifique pour les « militants » qui veulent le pouvoir et l’argent. Et la nouvelle négociation, poursuivie par des authentiques patriotes et militants, est allée de l’avant. Il me vient à l'esprit les noms d’Hugo Ruiz Díaz Balbuena et évidemment Ricardo Canese, mais je ne veux pas oublier deux autres patriotes dont je ne connais pas les noms ayant fait partie du groupe qui a dû affronter, rien moins que les experts d'Itamaratí [le ministère brésilien des Affaires étrangères, NdE]. La bataille n'est pas gagnée, mais les avancées réalisées ont été importantes et intelligentes.


Le reste fait couler des larmes de frustration.

Je me suis alors rappelé le discours d'un grand libertaire, Alexandre Soljenitsyne (1918-2008), à l'Université d’Harvard en 1978. Je transcris le texte, qui s’applique à la situation actuelle du Paraguay :

« Le déclin du courage


Le déclin du courage est peut-être le trait le plus saillant de l’Occident aujourd'hui pour un observateur extérieur. Le monde occidental a perdu son courage civique, à la fois dans son ensemble et singulièrement, dans chaque pays, dans chaque gouvernement, dans chaque pays, et bien sûr, aux Nations Unies. Ce déclin du courage est particulièrement sensible dans la couche dirigeante et dans la couche intellectuelle dominante, d'où l'impression que le courage a déserté la société toute entière. Bien sûr, il y a encore beaucoup de courage individuel mais ce ne sont pas ces gens-là qui donnent sa direction à la vie de la société. Les fonctionnaires, politiques et intellectuels manifestent ce déclin, cette faiblesse, cette irrésolution dans leurs actes, leurs discours et plus encore, dans les considérations théoriques qu'ils fournissent complaisamment pour prouver que cette manière d'agir, qui fonde la politique d'un État sur la lâcheté et la servilité, est pragmatique, rationnelle et justifiée, à quelque hauteur intellectuelle et même morale qu'on se place (…).


Faut-il rappeler que le déclin du courage, depuis l'antiquité la plus éloignée, a toujours été considéré comme le signe avant-coureur de la fin ? »

Que manque t-il au Paraguay ? Avec mes 25 ans d’expérience de militant je peux affirmer avec conviction : la décence et l’audace. Le reste viendra en supplément.


samedi 18 octobre 2008

L’heure a sonné pour la Banque du Sud

par Emir Sader

Le moment est venu d’approfondir le processus d’intégration. Ce doit être la réponse latino-américaine à la crise, pour renforcer les systèmes financiers des pays de l’Unasul (União das Nações Sul-americanas, Unasul en portugais, Unasur en espagnol, traité de libre échange et commerce, dont le projet est né en 2004 à Cuzco, au Pérou, lors d’un sommet régional, appelé d’abord C.A.S.A. – Communauté Sud-Américaine des Nations - puis baptisé de son nouveau nom lors du sommet sur l’énergie au Venezuela en 2008, avant la signature officielle du traité constitutif en mai 2008 à Brasilia par dix pays membres, Argentine, Brésil, Bolivie, Chili, Colombie, Equateur, Paraguay, Pérou, Uruguay, Venezuela, NdT ).

L’Unasul devrait d’urgence convoquer un sommet exceptionnel pour débattre sur la façon dont les pays du continent peuvent réagir face à la crise internationale. Il n’y a pas d’autre issue que celle de l’approfondissement des processus d’intégration, afin de diminuer la vulnérabilité et les risques de la région du fait de cette crise, née dans le centre du capitalisme et qui vise à faire payer par les pauvres de chaque pays et les pays de la périphérie du système le coût des remèdes de cheval que ces gouvernements centraux entendent administrer.

Un certain nombre de postulats qui font consensus exigent que notre continent renforce ses mécanismes de défense face à la crise internationale. Celle-ci constitue très clairement le résultat de la fièvre spéculative des pays du centre du système, des USA en particulier. La dérégulation financière est à l’origine de cette gigantesque bulle spéculative. En déréglementant – suivant les préceptes du FMI, de l’OMC et de la Banque Mondiale – l’hégémonie rapide du capital financier sous sa forme spéculative a été favorisée, en même temps que la libre circulation des capitaux a été encouragée.

Les conséquences sont visibles. Les pays qui sont parties prenantes des processus d’intégration régionale en Amérique Latine se trouvent moins exposés à la crise, parce qu’ils ont pu développer le commerce et les échanges entre eux et ont su diversifier leurs relations internationales. Il importe maintenant d’effectuer de nouveaux pas en avant, afin de ne pas être les victimes passives de la crise internationale.

Le moment est venu d’avancer et d’approfondir le processus d’intégration. Il est temps d’avancer dans la construction de la Banque du Sud, vers l’objectif de la création d’une monnaie unique régionale, d’une Banque Centrale unique, de mécanismes de contrôle de la circulation du capital financier, de protection des marchés intérieurs, d’aller vers des politiques économiques communes, de développer des projets d’intégration industrielle et technologique, d’élaborer un plan de développement régional.

Telle doit être la réponse latino-américaine à la crise, en renforçant les mécanismes d’intégration, la diversification des relations internationales, par le développement de la consommation des marchés intérieurs, en accentuant la coordination des systèmes bancaires et financiers des pays de l’Unasul.

Les pays centres du capitalisme, responsables de l’exportation des politiques de libre-échange et de libre circulation des capitaux, veulent avant tout nous impliquer dans leurs remèdes, qui consistent simplement à injecter du capital en grande quantité afin de sauver un système en faillite, sans introduire de modifications fondamentales dans les politiques qui sont à l’origine de la gigantesque crise actuelle.

Il nous faut formuler notre propre réponse qui, au plan international, doit promouvoir des formes de régulation de la circulation du capital financier – la taxation de ces mouvements de capitaux, ainsi que le propose ATTAC, comme un impôt citoyen destiné à financer des politiques sociales -, de contrôle du système financier par les États, de pénalisation des responsables des processus spéculatifs ayant conduit à la crise actuelle.

Rien ne saurait se substituer à nos propres alternatives qui, en cohérence avec ce qu’a représenté le processus d’intégration régionale, doivent faire de celui-ci notre forme de défense et d’action autonome face à un système financier international en faillite. Aller de l’avant dans la construction d’un monde multipolaire, politiquement comme économiquement, signifie s’engager dans la construction de la Banque du Sud, disposant de ses propres réserves, de sa monnaie unique et d’une Banque Centrale.

Il n’est plus supportable de voir nos réserves toujours à la merci des banques du Nord, il est grand temps que ce soient elles qui financent directement notre développement, sous notre contrôle. C’est pourquoi il nous faut en même temps renforcer toutes les formes d’intégration du développement régional.

Sinon nous risquons d’être, encore une fois, les victimes des solutions des propres responsables de la crise, qui s’entêtent à vouloir socialiser les pertes d’un système basé sur la privatisation des bénéfices. Il est patent que nous ne saurions accorder aucune confiance aux suppôts d’un système financier international fondé sur ce qu’ils nomment la “libre circulation des capitaux”.

L’heure a sonné pour la Banque du Sud, il est temps d’approfondir et de consolider tous les mécanismes d’intégration régionale, afin d’empêcher qu’ils exportent leur crise, et de faire prévaloir le développement régional sur les ruines du néo-libéralisme et de l’hégémonie impériale usaméricaine.

États

Membres de la CAN²

Bolivie

Colombie

Equateur

Pérou

Membres du MERCOSUL¹

Argentine

Brésil

Paraguay

Uruguay

Venezuela

Autres pays

Chili¹²

Guyana³

Surinam³

Membres Observateurs

Рanama

Mexique

¹ considérés comme membres associés de la CAN.
² considérés comme membres associés du MERCOSUL.
³ ne sont pas encore inclus dans la communauté.

- C.A.N. : Communauté Andine des Nations
- Mercosul Ou Mercosur : Marché Commun du Sud de l’Amérique


Source : A hora do Banco do Sul

Article original publié le 14/10/2008

Sur l'auteur

Traduit par Pedro Da Nóbrega, révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala