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jeudi 7 août 2014

Dernier crime à Gaza : le crime de haute trahison

par Christophe Oberlin

Aujourd’hui est un jour de deuil supplémentaire pour les Palestiniens.
Hier 5 août 2014 M. Riad Al MALIKI,  ministre des Affaires Etrangères de Palestine a obtenu de Mme Fatou BENSOUDA procureure de la Cour Pénale Internationale l’annulation de la plainte déposée le 25 juillet 2014 par M. Saleem Al SAQQA, ministre palestinien de la Justice et M. Ismaeel JABER procureur général de Gaza pour les crimes de guerre commis à Gaza par l’armée israélienne.
Cette plainte, élaborée par les meilleurs spécialistes du Droit International, avait reçu l’appui de 130 professeurs de Droit de par le monde qui avaient affirmé sa complète recevabilité au regard des statuts de la Cour Pénale Internationale.
Dès la publication de la plainte, le président palestinien Mahmoud ABBAS,  le représentant de la Palestine à l’ONU et Mme Leila SHAHID, ambassadrice de Palestine auprès de l’Union Européenne, ont développé une stratégie en vue de l’annulation de la plainte. Le représentant à l’ONU a prétendu,  à l’unisson avec la partie israélienne, que le dépôt de plainte risquait de se retourner contre la résistance palestinienne, ce qui est juridiquement faux (article 31D du statut de la Cour Pénale internationale). Mme Leila SHAHID est allée dans le même sens, provoquant le 4 août une réaction officielle du Hamas par l’intermédiaire de son porte-Parole Sami Abu ZOUHRI :
« N’écoutez aucune voix qui suggérerait que nous serions opposés à une action auprès de la Cour Pénale Internationale. Certaines personnes disent que le Hamas ou d’autres personnes résistantes pourraient être victimes d’une telle démarche, mais ce n’est pas vrai. Ce n’est que de la propagande. Rien de ce que nous faisons ne nous fait peur. Nous sommes sous occupation et c’est notre droit, selon la loi, de résister. Et c’est aussi le droit de notre population d’être défendue. »
Ces pressions sur la Cour Pénale Internationale aboutissant à l’annulation de la plainte, étaient malheureusement prévisibles. Déjà à la suite de la guerre de l’hiver 2008-2009, M. ABBAS avait dépêché M. Al MALIKI auprès du procureur de la Cour, aboutissant à l’annulation de la procédure de plainte en cours. Ce sont les mêmes acteurs aujourd’hui qui  sont à la manœuvre.
Juan Kalvellido, Tlaxcala, janvier 2009
Il faut dire que la plainte déposée le 25 juillet 2014, outre les crimes de guerre, mentionnait le crime de colonialisme, faisant ainsi peser une lourde menace sur Israël : dès la plainte transmise à la chambre intermédiaire, les entreprises étrangères travaillant dans les territoires occupés devenaient susceptibles de poursuites pour complicité. Les conséquences économiques pour Israël auraient pu être rapides, bien avant que n’advienne  le jugement des commanditaires des crimes de guerre. Avant même que la bataille des armes ne soit terminée, M. NETANYAHU a remporté grâce à M. ABBAS et Mme Leila SHAHID une victoire politique déterminante : la menace économique est éloignée.
Comme toujours en pareilles circonstances, la communication palestinienne – et en particulier Mme Leila SHAHID – prétend avoir une autre stratégie : celle d’adhésion à la Cour Pénale Internationale. Pourquoi ne  l’avoir pas fait plus tôt ? La supposée nécessité de reconnaissance  préalable de l’état palestinien à l’ONU est un mensonge juridique. M. ABBAS et Mme SHAHID auraient pu saisir la Cour depuis près de dix ans. Trois massacres à Gaza [guerre israélienne contre Gaza en 2008/2009, en 2012 et en 2014 -Ndlr] auraient peut-être pu être évités.
La décision de faire taire le Droit met à nouveau en lumière le jeu meurtrier et la nature réelle de l’Autorité Palestinienne.
Sert-elle les Palestiniens en 2006 lorsqu’après avoir perdu les élections elle tente de reprendre le pouvoir par les armes ?
Sert-elle les Palestiniens en 2006  lorsqu’elle condamne la capture d’un soldat israélien au poste de combat ?
Sert-elle les Palestiniens en 2009 quand elle contribue à enterrer le rapport GOLDSTONE sur les crimes commis à Gaza ?
Sert-elle les Palestiniens quand elle soutient officiellement le nouveau dictateur égyptien qui est à l’origine de la fermeture du seul point de passage de GAZA avec le monde ?
Sert-elle les Palestiniens lorsque son président déclare quelques jours avant l’attaque israélienne : « Les tunnels entre Gaza et  l‘Egypte sont illégaux. Nous (sic) avons essayé de les détruire, nous (sic) avons construit un mur d’acier souterrain, nous (sic) avons essayé de les noyer ».
Toutes ces attaques ont en fait pour but de détruire un parti politique à référence culturelle musulmane, le HAMAS, et quel qu’en soit le prix pour la population palestinienne.
Le droit international étant bafoué, force est d’observer à nouveau le droit national palestinien, bafoué lui aussi. Le président ABBAS, selon des lois fondamentales palestiniennes, a terminé son mandat  en janvier 2009. Des élections ne pouvant avoir lieu, c’est le président du parlement Aziz DUWAIK qui aurait dû le remplacer. M. DUWAIK est en prison.  Alors que le parlement aurait dû légalement voir son mandat prolongé, nombre de parlementaires ont été emprisonnés, parfois avec l’appui de la police palestinienne, et le parlement est empêché de fonctionner.
Ainsi, on se bouscule aujourd’hui, parmi les dictatures arabes, pour être « le meilleur ennemi d’Israël ».
Le président actuel est donc illégal autant qu’illégitime. M. ABBAS et Mme Leila SHAHID  règnent sur un champ de ruines physique, politique et moral. Ils servent l’intérêt de l’ennemi. La Palestine a son gouvernement de VICHY qui ne représente pas les Palestiniens, pas plus que VICHY ne représentait la France.
Que ceux qui le contestent osent organiser des élections libres et non faussées à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_8671.jpg
Carlos Latuff
 

dimanche 6 avril 2014

Mahmoud Abbas contre Mohamed Dahlan : le bras de fer final

Le feuilleton sanglant des pantins continue

par Ramzy Baroud, 31/3/2014 
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala 
Les deux plus pitoyables pantins de la scène palestinienne semblent s'être lancés dans un bras de fer final. Enjeu : la place de Premier Pantin. Ramzy Baroud récapitule les épisodes de cette zizanie qui contient tous les ingrédients d'un feuilleton criminel, avec beaucoup de sang, beaucoup d'argent et beaucoup de méchants.


Quand le défunt leader palestinien Yasser Arafat était confiné par les soldats israéliens dans son QG de la Mouqataa à Ramallah, Mohammed Dahlan régnait en maître. Celui qui était sans doute le membre le plus puissant et efficace de la  “Bande des Cinqˮ gérait les affaires du Fatah "au pouvoir", assurait la coordination avec Israël sur les questions de sécurité, grenouillait et magouillait dans tout ce qui touchait aux affaires régionales et internationales.

On était alors entre mars et avril 2002, et c'était d'autres temps. En ce temps-là, Dahlan - ancien ministre de l’Autorité palestinienne (AP), ancien conseiller à la Sécurité nationale, ancien chef du Service de sécurité préventive (SSP) à Gaza – faisait la pluie et le beau temps. Tous ses rivaux avaient été comme par hasard écartés de la scène. Arafat était alors emprisonné dans son bureau de la Mouqataa, et le plus sérieux concurrent de Dahlan, Jibril Rajoub, chef du SSP en Cisjordanie, avait été discrédité d’une manière très humiliante. Au cours de la phase la plus violente de la répression de la deuxième Intifada par Israël (2000 - 2005), Rajoub avait livré le QG du SSP - avec tous les prisonniers politiques palestiniens, principalement du Hamas et d'autres groupes opposés au Fatah, qui y étaient détenus - à l’armée israélienne et était parti. Depuis cela, l’étoile de Rajoub avait pâli, devenant un sombre chapitre de l’histoire palestinienne. Mais pour Dahlan, c’était un nouveau départ.



Jibril Rajoub

Sombre histoire
Pour asseoir leur pouvoir nouvellement acquis, les milices du Fatah loyales à Dahlan et à sa  “Bande des Cinqˮ firent comprendre clairement à tous les petits chefs ambitieux du Fatah que le mouvement avait une nouvelle direction. La Bande des Cinq avait  “mis au rencart la faction de Jibril Rajoub en Cisjordanie », rapportait l'agence UPI,  “et les hommes de Dahlan ont même malmené des équipes de gros bras de Rajoub ». La Bande des Cinq était composée de Dahlan, du ministre des ONG Hassan Asfour, du négociateur en chef Saëb Erakat, de Mohamed Rachid et de Nabil Sha’ath. Asfour et Rachid ont récemment refait surface avec des accusations de corruption et d’implication dans des meurtres. Tous les cinq faisaient de l'agitprop en faveur d'un retour aux négociations directes avec Israël, appelaient à mettre fin à l’Intifada, en particulier son volet armé, et ils voulaient restructurer les services de sécurité de l’AP en une organisation unifiée et dirigée par Dahlan, avec le soutien de la CIA et des agences de renseignements de l’Égypte, de la Jordanie et de l’Arabie Saoudite.
De g. à dr. Mohamed Rachid, Hassan Asfour et Mohamed Dahlan, en 2002...


..et Mohamed Rachid, alias Khalid Salam, plus récemment. Ce Kurde d'Irak a participé comme membre d'un groupuscule communiste à la guerre civile libanaise puis s'est infiltré dans l'entourage d'Arafat, qui l'avait surnommé  "al-Jasus" (L'Espion). Condamné par contumace par un tribunal palestinien pour avoir détourné 34 millions de dollars, il est réfugié au Canada, dont il a obtenu la citoyenneté en 2003.
Ce n’est pas une histoire dont la direction du Fatah, y compris Dahlan, aime qu'on la lui rappelle. Cette histoire est trop dangereuse : elle met en lumière la réalité dans laquelle était engluée la couche dirigeante de l’AP à Ramallah, et qui continue de la façonner, avec des retombées sur tous les aspects de la vie des Palestiniens. L’AP a mis à l’écart l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), autrefois prépondérante et le Conseil national palestinien (CNP). Malgré ses lacunes et ses blocages, le CNP avait fait office de parlement pour les Palestiniens de partout. Beaucoup de Palestiniens ont été accablés en constatant qu’un seul parti, le Fatah - ou plus exactement un petit groupe dans un mouvement autrefois révolutionnaire -, exerçait une domination totale sur les prises de décisions politiques palestiniennes, la redistribution économique et le reste.


Nabil Sha’ath                                                                                          Saeb Erakat
La deuxième Intifada, qui commença en septembre 2000, à la différence de la première Intifada de 1987, fit beaucoup de dégâts. Elle semblait manquer d’objectif commun, était plus militarisée, et permit à Israël de reformater la scène politique post-Intifada et post-Arafat en privilégiant ses alliés dignes de confiance dans le camp palestinien. Dahlan et l’actuel président de l’AP, Mahmoud Abbas, élu en 2005 pour un mandat de cinq ans, furent épargnés par les purges israéliennes. Hamas perdit plusieurs strates de dirigeants, tout comme le Djihad islamique et le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) qui, comme d’autres groupes de gauche, souffrit de mesures répressives et d’assassinats massifs. Même les militants du Fatah payèrent un prix terrible en sang et en emprisonnements à cause du rôle dirigeant qu’ils avaient joué dans l’Intifada. Mais pour Abbas et Dahlan, les choses furent plus aisées. En fait, au moins pour un certain temps, l’Intifada avait eu des retombées bénéfiques pour certains leaders palestiniens qui avaient été relégués dans des rôles mineurs. Les manigances israéliennes et la pression US ont aidé à les remettre sous les feux de la rampe.

Dahlanistan
Douze ans plus tard, Abbas et Dahlan sont à nouveau au centre de l’attention. Abbas, 79 ans, est le président vieillissant d’une autorité qui a accès au tiroir-caisse mais sans souveraineté ni poids politique (hormis ce que permet Israël). Dahlan, 52 ans, est en exil dans les Émirats arabes unis après que ses partisans  ont été chassés de Gaza par le Hamas en 2007, puis de Cisjordanie par son propre parti en juin 2011. Cela s'est passé après qu’il eut été accusé de corruption et de responsabilité dans l’empoisonnement d’Arafat pour le compte d’Israël. Mais Dahlan, aidé par de puissants amis en Égypte et dans le Golfe, et par ses vieux contacts barbouzards en Israël et aux USA, est en train de comploter pour organiser son retour.
Abbas sait que son pouvoir approche d’une transition délicate, pas seulement à cause de son âge. Si au 29 avril, date limite de la médiation fixée par le secrétaire d’État US John Kerry, il n'y a pas de résultats significatifs, comme ce sera vraisemblablement le cas, il ne sera pas facile pour Abbas de garder le contrôle des différentes cliques concurrentes du Fatah. Et comme Dahlan trouve et manipule avec perspicacité les brèches dans lesquelles s'engouffrer pour retrouver grâce aux yeux d'un milieu politique qui l’a plusieurs fois rejeté, Abbas se lance dans la bagarre en prévision d’un bras de fer. Dahlan lui rend la monnaie de sa pièce, en partie par les temps d'antenne qui lui sont généreusement accordés par des médias égyptiens. Le Fatah est à nouveau en crise, et vu sa prépondérance politique, toutes les institutions politiques palestiniennes vont en souffrir.
Comment est-il possible que Dahlan, accusé de crimes abominables pendant son règne à Gaza, reste présentable ? Il a été accusé de torture, d’espionnage et d’assassinats pour le compte d' Israël. De plus, d’après une enquête de Vanity Fair d’avril 2008, il a tenté un coup d’État à Gaza contre le gouvernement élu de Hamas, ce qui a conduit à une guerre civile, à la prise de pouvoir par le Hamas à Gaza, et à approfondir la désunion qui accable toujours les Palestiniens. Avant son expulsion par le Hamas, Dahlan commandait une force sécuritaire de 20 000 hommes dans Gaza appauvri et dirigeait une unité spéciale financée et entraînée par la CIA. La bande de Gaza était appelée par certains, avec une ironie cruelle et parlante, le Dahlanistan.
Même après qu'il eut été banni de Palestine à la fois par le Fatah et Hamas, le nom de Dahlan a continué à être associé à des conflits sanglants dans d’autres parties du Moyen-Orient. En avril 2011, le Conseil national de transition de Libye l’a accusé d'être impliqué dans une cache d’armes israéliennes que l’ancien leader libyen Mouammar Kadhafi était censé avoir reçu. Les Libyens mentionnèrent aussi le nom de Rachid. Le Fatah avait promis une enquête – vu notamment que Rachid était membre du Comité central du Fatah, mais l’incident n’a été qu’un nouvel élément dans la longue liste d’enquêtes sur les crimes attribués à Dahlan.
Le Hamas, “dénominateur communˮ
Les choses ont empiré quand un leader du Hamas, Mahmoud al-Mabhouh, a été assassiné à Dubaï en janvier 2011. Alors que le Hamas maintient que le Mossad était derrière l’assassinat (comme le prouvent des enregistrements vidéo), deux des suspects arrêtés à Dubaï pour leur implication supposée et pour avoir fourni un soutien logistique à l’équipe de tueurs du Mossad - Ahmed Hassanain et Anouar Shheibar – travaillaient pour une entreprise de BTP de Dubaï appartenant à Dahlan. Ils sont aussi liés à un escadron de la mort commandé par Dahlan à Gaza, qui était chargé de liquider des dissidents palestiniens.


Hommage au martyre Mahmoud al-Mabhouh
La reprise de la chamaillerie entre Abbas et Dahlan confirme les nombreux soupçons des détracteurs du Fatah sur le rôle joué par la direction du mouvement dans la conspiration avec Israël pour détruire la résistance. Mais bizarrement, Abbas et Dahlan continuent de se présenter comme les sauveurs des Palestiniens, tout en s’accusant mutuellement d'être des collabos d'Israël et des larbins des US-Américains. La plupart des Palestiniens ne sont pas du tout amusés, et même le dirigeant du Hamas Moussa Abou Marzouk a appelé Abbas et Dahlan à  “se retenir d’échanger des accusations qui ne servent que les intérêts israéliensˮ. Il a ajouté : “Le Hamas prend ses distances avec les querelles entre Abbas et Dahlan, même s'il [le Hamas] est un dénominateur commun entre les deux partiesˮ.
Le commentaire d’Abou Marzouk sur le  “dénominateur communˮ se référait à la liste des accusations d’Abbas contre Dahlan, dont le rôle supposé de ce dernier dans l'assassinat, en 2002, du leader du Hamas Salah Shehadeh, de sa famille et de plusieurs de leurs voisins dans une frappe aérienne israélienne. Abbas a aussi laissé entendre que Dahlan avait joué un rôle dans l’empoisonnement d’Arafat en 2004. Le président de l’AP évoquait  “trois espionsˮ qui travaillaient pour Israël et avaient commis des assassinats de Palestiniens de haut niveau. Outre Dahlan, il citait  Hassan Asfour, un autre membre de la  “Bande des Cinq ». Le Hamas a immédiatement demandé une enquête.
On est en droit de se poser une question : si Dahlan était impliqué dans ces crimes au vu et au su des leaders du Fatah et des responsables de l’AP, pourquoi ceux-ci ont-ils continué à confier à Dahlan des responsabilités dans des domaines sensibles ? Le moment choisi par Abbas pour passer à l'attaque n’est pas du au hasard. Abbas redoute de plus en plus une tentative, impliquant les puissances régionales, de réintroduire Dahlan dans la scène politique palestinienne. Pour Ramallah, le séjour confortable de Dahlan aux Émirats, ses rencontres fréquentes avec le gratin de l’armée égyptienne son accès à de grosses sommes d’argent sont autant de sources d’inquiétude.

Accès aux médias
La plateforme médiatique choisie par Dahlan pour répondre à Abbas le 16 mars est intéressante. Il a lancé son attaque sur la chaîne privée de télévision Dream2 en Égypte. Durant une interview qui a duré des heures [exactement 2 heures et 27 minutes, Note de Tlaxcala], Dahlan s'est vu offrir un espace incontesté pour exposer son agenda politique.  “Le peuple palestinien ne peut plus supporter une catastrophe comme Mahmoud Abbasˮ, a dit Dahlan.  “Depuis le jour où il a pris le pouvoir, les tragédies ont frappé le peuple palestinien. Je suis peut-être un de ceux qui sont à blâmer pour avoir infligé cette catastrophe au peuple palestinien ˮ. (lire une transcription d'extraits en anglais)
Il n'est pas clair en quoi Dahlan est responsable d'avoir "porté" Abbas au pouvoir, mais il est évident que le bras de fer entre les deux hommes qui ont été autrefois alliés contre Arafat a atteint un nouveau niveau. Dahlan a tenté de se donner une stature d'homme d'État, mais il n'y a pas réussi.  “Je ne veux pas m'éterniser sur ce discours ridicule dans lequel Mahmoud Abbas s’est couvert de honteˮ, a dit l’ancien chef de la sécurité.  “Il se fiche de savoir si d’autres gens l’insultent ou s’il se couvre de honte. Il est habitué à ce que les gens le traitent avec mépris… Quand (le Fatah était) en Tunisie, ils l’appelaient le président de l’Agence Juiveˮ.
Quand le Hamas a investi la maison de Dahlan à Gaza en 2007, ils ont découvert un énorme stock d’armes non enregistrées et des milliers de balles. Ils ont aussi trouvé des piles de photographies de lui avec des hauts responsables militaires et du renseignement israéliens. Les photos suggéraient des relations amicales entrent Dahlan et les leaders israéliens responsables d’une violence considérable contre les Palestiniens.
Mais les aventures de Dahlan, semble-t-il, ne se limitent pas à des déclarations à l'emporte-pièce sur le président de l’OLP. Ses partisans dans le désert du Sinaï sont soupçonnés d'y faire des ravages des ravages et d’être fortement impliqués dans la violence dans la région. Et sa femme a été accusée de distribuer de grosses sommes d’argent à des Palestiniens sélectionnés dans les camps de réfugiés au Liban. La saga de Dahlan va connaître des développements, et elle est inextricablement liée au coup d’État en Égypte et au rôle des Émirats dans la région. Les membres et sympathisants du Fatah qui ne sont loyaux ni envers Abbas ni envers Dahlan pensent que leur mouvement doit récupérer son identité révolutionnaire, la raison même de son existence.
 

mercredi 7 octobre 2009

Une nouvelle trahison de l’Autorité Palestinienne

par Khalid Amayreh, 4/10/2009

La décision de l’Autorité Palestinienne de reporter à mars 2010 un vote sur le “Rapport Goldstone” au Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies à Genève constitue une immense trahison du peuple palestinien. En outre, la prouesse stupide et honteuse sert énormément le dessein israélien de couvrir les crimes néo-nazis perpétrés par l’armée d’occupation israélienne pendant sa guerre manifestement criminelle contre la Bande de Gaza il y a neuf mois.

La saisine du rapport par le Conseil des Droits de l’Homme aurait probablement pavé la route à la poursuite des criminels de guerre israéliens devant la Cour Pénale Internationale (CPI), ainsi que devant la Cour Internationale de Justice (CIJ) à La Haye.L’Autorité Palestinienne a donné une pléthore de prétextes, la plupart fallacieux, pour justifier l’acte scandaleux que de nombreux Palestiniens, des gens ordinaires comme des intellectuels, ont décrit comme un acte de trahison nationale.
De fait, les Palestiniens avaient à leurs côtés une solide majorité de 33-35 Etats-membres sur les 47 du Conseil, ce qui veut dire que le rapport de la commission Goldstone aurait pu facilement être avalisé par le Conseil des Droits de l’Homme et transféré à la CPI ou à la CIJ.
La seule réelle interprétation de la décision de l’AP de reporter le vote du rapport que l’on puisse faire est que le régime de Ramallah a tout simplement voulu apaiser Israël et l’administration Obama, sans tenir compte des effets et conséquences désastreux sur la cause palestinienne, en particulier sur les victimes oubliées des crimes de guerre israéliens dans la Bande de Gaza.


Lire aussi

Communiqué du Hamas sur l'ajournement du vote sur le rapport Goldstone

Manifestation à Ramallah : Fureur contre l’Autorité Palestinienne sur la décision Goldstone

lundi 1 juin 2009

Le journaliste palestinien Awadh Rajoub arrêté par l'Autorité palestinienne

par Khalid Amayreh, 1/6/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : PA arrests Palestinian journalist Awadh Rajoub

L'appareil se sécurité de l'Autorité palestinienne (AP) a arrêté lundi 1er juin le journaliste palestinien Awadh Rajoub. Celui-ci, correspondant d'al-Jazeera.net en Palestine occupée, a été convoqué par téléphone aux breaux des "renseignements militaires" de l'AP à Hébron (Al Khalil), où il a été arrêté.


Les responsables de l'AP ont refusé d'indiquer les raisons de cette arrestation. Mais il est de notoriété publique que cette arrestation est liée à un reportage écrit par Rajoub sur l'assassinat, la semaine dernière, par des soldats israéliens d'Abdulmajid Dudin, un éminent combattant de la résistance appartenant à l'aile militaire du Hamas, les Brigades Ezzedine Al Qassam.

Rajoub avait passé plus d'un mois en détention chez l'AP au mois d'août dernier à Al Khalil et avait été soumis à des mauvais traitements.

Rajoub, 35 ans, est un cousin de Jibril Rajoub, l'ancien chef de la Force de sécurité préventive de l'AP.

Un certain nombre de journalistes palestiniens ont été arrêtés par les services de sécurité de l'AP ces derniers temps. On pense que le but de ces arrestations est d'amener les journalistes à pratiquer l'autocensure et à éviter de critiquer la direction de l'AP.

Selon les observateurs, les droits humains et les libertés civiles, dont la liberté de la presse, ont connu un net recul en Cisjordanie depuis la rupture entre le Fatah et le Hamas il y a près de 3 ans.

mardi 10 février 2009

La République Palestinienne de Dayton

par Abdelbari ATWAN , Al Quds Al Arabi, 9/2/2009. Traduit par IAY et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
جمهورية دايتون الفلسطينية

Peu de gens en dehors des cercles de pouvoir à Ramallah et de leurs appareils de sécurité, connaissent les « exploits » du général US Keith Dayton qui est officiellement chargé par l’administration de son pays de créer des forces de sécurité palestiniennes sur de nouvelles bases, qui se fondent sur l’instauration du contrôle de l’État (où est-il ?) sur ses frontières (lesquelles ?) dans le proche avenir. L’article du journaliste US Thomas Friedman dans le NewYorkTimes du samedi 7 février (Beyond The banks NdT) nous apporte des précisions sur cette question.

Friedman dit que le général Dayton l’a emmené dans la ville de Jénine pour lui montrer ses « exploits » et qu’il a été surpris de ce qu’il a découvert. Les membres de la deuxième compagnie se sont alignés devant leur « maitre » (le qualificatif vient de moi [Abdul-Bari Atwan, NdT]) usaméricain avec leurs mitraillettes Kalachnikov en effectuant le salut militaire. Le général les salue à son tour et il leur fait un discours flatteur sur leur noble mission qui consiste à « prendre soin de leurs concitoyens dans ces temps difficiles, car c’est ainsi que se comportent des forces de sécurité professionnelles ».

La manière dont le général US avait inspecté ces forces et s’était adressé à elles montre qu’elles exécutent ses ordres et qu’elles accomplissent la mission que lui et son gouvernement décident, et non pas un autre gouvernement ou une autre autorité. C’est lui qui finance, qui décide et qui établit les tâches.


Le Général Keith Dayton salue "ses" hommes lors d'une visite à la Mouqataa le 17 décembre 2007. Photo AFP/ Getty Images


Il semble que ces « forces de Dayton » ont déjà commencé à accomplir leur mission et de la meilleure manière, car elles se sont opposées aux manifestants avec efficacité en les réprimant et en les arrêtant durant les manifestations de solidarité et de condamnation des massacres israéliens dans la bande de Gaza. En revanche, ces forces sont restées spectatrices quand, quelques mois plus tôt, des colons ont attaqué les habitants d’al-Khalil (Hébron, NdT) en agressant et en détruisant, au point que l’un des dirigeants de ces forces a répondu aux demandes de ses concitoyens d’ intervenir afin de les protéger de la sauvagerie des colons, en disant qu’il n’avait pas de consignes pour affronter les Israéliens, mais seulement les Palestiniens.

Jénine était l’une des villes à la résistance la plus féroce, et fut considérée comme une base solide pour engendrer les candidats aux opérations-martyres, et les hommes, les vrais. Il suffit de constater que son petit camp (1 km carré) a tenu pendant une dizaine de jours face à l’offensive israélienne et a réussi à faire 26 tués et 36 blessés parmi les rangs des forces d’agression, c’est-à-dire quatre fois les pertes de l’armée israélienne pendant sa dernière agression contre la bande de Gaza. Ceci explique pourquoi le général Dayton s’intéresse à cette ville et fait d’elle le « diamant » de sa couronne d’« exploits » sécuritaires, qui sont celui de briser les forces de la résistance à Jénine et la généralisation de cette expérience sur toutes les villes palestiniennes en Cisjordanie.

L’objectif de la création de ces forces, de leur « engraissement » et des millions dépensés pour leur entraînement, n’est pas la préparation à la construction de l’État palestinien, mais vise à l’empêcher et à pérenniser l’occupation en cours. En fait partout dans le monde, on commence par créer l’État puis ses institutions sécuritaires et politiques, sauf en Palestine où le triangle est « renversé » ainsi que les priorités, ce qui explique la poursuite de la colonisation, l’usurpation des terres, et le creusement des tunnels sous la mosquée al-Aqsa (les tunnels à al-Quds sont bons car ils sont israéliens même s’ils aboutissent à l’effondrement des fondations d’al-Aqsa… Mais les tunnels de Rafah sont diaboliques car ils sont utilisés pour faire entrer la nourriture et les médicaments pour les assiégés).

Les forces de sécurité de Dayton dont le nombre s’élève à 1600 hommes à ce jour, qui ont été entraînées en Jordanie et s’apprêtent à intégrer 500 nouveaux membres, lesquels suivent des stages d’entraînement similaires, ont une mission principale axée autour de la protection des colonies, de la répression par la force de toute résistance palestinienne et de la collaboration avec leurs homologues israéliens dans ce domaine, c’est-à-dire dans l’anéantissement de tout sentiment patriotique.

Il est clair que ces forces sont en harmonie avec les projets US futurs pour la Cisjordanie, et pour y éviter la reproduction de l’expérience de la bande [de Gaza], c’est-à-dire d’empêcher que la Cisjordanie ne devienne à son tour une base de résistance. Tony Blair, l’émissaire du Quartet, a résumé l’avenir de la Cisjordanie en parlant de la nécessité de concentrer les efforts sur l’infrastructure économique, et de la préparer pour élever le niveau de vie des habitants, en tant qu’étape essentielle avant d’arriver à la création de l’État. Le Premier ministre britannique Gordon Brown a répété la même chose durant sa dernière visite à Ramallah.

Benyamin Netanyahou, le chef du parti Likoud et celui qui a le plus de chance de gagner les élections israéliennes générales qui auront lieu demain (mardi 10 février, NdT), s’est emparé de ce fil et a commencé de mettre l’accent dans sa campagne électorale sur « la paix économique » avec les Palestiniens, et sur l’engagement à ne pas rendre la Cisjordanie et le Golan à leurs propriétaires arabes.

Le colonel Radhi Abu Assidah, l’un des dirigeants des appareils sécuritaires du général Dayton, a fièrement déclaré : « Nos forces ont désormais du professionnalisme et aussi un bon entraînement. Maintenant nous disons aux gens : Vous pouvez manifester en solidarité avec Gaza, mais vous devez faire cela d’une manière moderne ».

Ce que le colonel Radhi entend par cette manière moderne, c’est que les gens doivent être comme les peuples d’Alaska ou d’Islande [notre ami Abdelbari ATwan n’a pas l’air d’être au courant des manifestantions militantes qui ont lieu en Islande depuis des mois et ont même provoqué la chute du gouvernement, NdR], ils doivent se contenter d’allumer des bougies et de faire des prières pour les victimes de la sauvagerie israélienne. Tout autre acte sera réprimé par les matraques, voire par les tirs de balles et la torture dans des camps de détention.

Mais comment les gens de la Cisjordanie vont-ils manifester d’une manière civilisée alors que les soldats israéliens les humilient tous les jours aux points de contrôle, confisquent leurs terres, démolissent leurs mosquées et lâchent sur eux les colons pour les agresser, détruire leurs plantations et arracher leurs arbres ?

Dans le passé on parlait de la solution à deux États. Maintenant on parle de la « paix économique », ce qui veut dire transformer le peuple palestinien en un peuple qui se fait acheter par les denrées de subsistance et les salaires mensuels payés par les États donateurs, en échange de quoi on lui demandera d’ oublier totalement sa cause nationale. Quant à celui qui désobéit, les forces « professionnelles » et « bien entraînées » du général Dayton sauront comment s’occuper de son cas avec la méthode adéquate.

Gidi Grinstein, le président de l’institut israélien Reut, un laboratoire d’idées (think tank) qui fournit des études consultatives au gouvernement, décrit la mission de Dayton comme une « mission lumineuse dans un paysage détruit et sur laquelle on peut bâtir, car la question ce n’est pas seulement la terre, mais aussi comment la remplir ».

Il est clair, selon nous, qu’il propose deux réponses à cette question : Soit de remplir cette terre par de nouveaux colons, ou bien d’importer, d’un autre endroit du monde, un autre peuple capable de vivre selon les manières israéliennes de faire. Car le peuple palestinien ne peut entrer dans aucun de leurs moules.

C’est certainement un avenir obscur qui attend le peuple palestinien à l’ombre du général Dayton, ses projets et ses adeptes, mais ce qui est encore plus obscur, à notre avis, c’est l’existence d’une autorité palestinienne qui le laisse faire, lui donne la « couverture légale », lui fait le salut militaire par admiration et par reconnaissance, et qui ne tarit pas déloges pour ses grands « exploits » en faveur du peuple palestinien.