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jeudi 11 février 2016

En Égypte, la deuxième vie des syndicats indépendants
Le dernier reportage de Giulio Regeni(1988-2016)

Giulio Regeni, 15/1/2016
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
 Le quotidien italien il manifesto a publié à titre posthume le dernier article envoyé le 15 janvier dernier par Giulio Regeni, le jeune chercheur italien retrouvé mort au Caire le 2 février, après avoir disparu le 25 janvier. Son corps portait des traces de tortures graves. Une première version de cet article avait été publiée à la mi-janvier sous pseudonyme par l'agence Nena News.-FG
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Les luttes autonomes des travailleurs de l'usine textile de Mahalla Al Kubra depuis 2007 ont ouvert la voie au renversement de Moubarak en 2011

Al-Sissi a obtenu le contrôle du parlement avec le plus grand nombre de policiers et de militaires dans l'histoire du pays tandis que l'Égypte est la lanterne rouge dans tous les classements mondiaux pour en matière de respect de la liberté de la presse. Pourtant, les syndicats indépendants ne renoncent pas. Une rencontre animée vient d'avoir lieu au Centre de service pour les travailleurs et les syndicats (CTUWS), un des points de référence du syndicalisme indépendant égyptien.
Bien que la plus grande salle du Centre ait une centaine de places, le soir de la rencontre elle ne pouvait pas contenir tous les militants et de syndicalistes venus de toute l'Égypte pour une assemblée qui était extraordinaire dans le contexte actuel du pays. Le déclencheur de la rencontre était est une circulaire du Conseil des ministres qui recommande une coopération étroite entre le gouvernement et le syndicat officiel ETUF (seule organisation autorisée jusqu'en 2008), avec le but explicite de contrer le rôle des syndicats indépendants et de les marginaliser parmi les travailleurs.

Même si, aujourd'hui le CTUWS n'est pas représentatif de la constellation complexe du syndicalisme indépendant égyptien, son appel a été reçu, peut-être de façon inattendue, par un très grand nombre de syndicats.

vendredi 15 janvier 2016

Sur la classe ouvrière mondiale : soulèvement ou lutte de classe ? -

par Wildcat, N° 98, été 2015
Le concept de classe est à nouveau populaire. Après la dernière crise économique mondiale, même les journaux bourgeois ont commencé à se demander : «Après tout, Marx n’avait-il pas raison ?» Durant les deux dernières années, le livre de Thomas Piketty, Le Capital au XXe siècle, a figuré sur la liste des best-sellers – cet ouvrage décrit de façon détaillée comment le processus d’accumulation capitaliste a historiquement abouti à une concentration de la richesse entre les mains d’une infime minorité de détenteurs de capitaux.     Dans les démocraties occidentales aussi, des inégalités importantes ont conduit à une augmentation de la crainte de soulèvements sociaux. Ce spectre a hanté le monde au cours des dernières années – des émeutes à Athènes, Londres et Baltimore jusqu’aux révoltes en Afrique du Nord, qui, parfois, ont renversé des gouvernements. Comme d’habitude, pendant ces périodes de «troubles», alors qu’une faction de la classe dirigeante appelait à une répression armée, une autre soulevait la «question sociale», qu’elle prétendait vouloir résoudre en mettant en œuvre des réformes ou des politiques de redistribution.
 
La crise mondiale a délégitimé le capitalisme; la politique des dirigeants et des gouvernements – qui consiste à faire payer la crise aux travailleurs et aux pauvres – a alimenté la colère et le désespoir. Qui peut encore contester le fait que nous vivions dans une «société de classe» ? Mais que signifie en réalité cette expression ?    
Les «classes», au sens le plus étroit du mot, émergent seulement avec le capitalisme – mais l’expropriation des moyens de production sur laquelle repose la condition des prolétaires qui ne possèdent rien ne se réduit pas à un événement historique unique. L’expropriation se répète, se reproduit, tous les jours au sein du processus de production lui-même : les travailleurs produisent, mais le produit de leur travail ne leur appartient pas. Ils ne reçoivent que ce dont ils ont besoin pour reproduire leur force de travail, ou bien ils bénéficient du niveau de vie qu’ils ont réussi à atteindre en luttant.    
En principe, les sociétés de classe ne reconnaissent aucun privilège fondé sur la naissance, et la propriété de l’argent est censée déterminer la position sociale de chacun d’entre nous. En théorie, le capitalisme permet de démarrer sa carrière en tant que plongeur dans un restaurant pour finir spéculateur boursier (ou au moins petit entrepreneur, objectif de nombreux immigrés). Dans le même temps, les membres de la petite bourgeoisie et les artisans peuvent chuter dans les rangs des prolétaires. Grimper l’échelle sociale est rarement le résultat de son propre travail, cela dépend plutôt de la capacité à devenir un capitaliste et à s’approprier le travail d’autres personnes. (La mafia, par exemple, possède cette capacité.)
   
En réalité, un processus de polarisation de classe se met en place – Marx et Engels avaient déjà compris qu’il s’agissait d’une force explosive et d’une condition préalable à la révolution. «Le mouvement prolétarien est le mouvement autonome de l’immense majorité dans l’intérêt de l’immense majorité» (Manifeste du Parti communiste). Selon Immanuel Wallerstein, la thèse de Marx sur la polarisation de classe serait sa thèse la plus radicale, thèse qui – une fois liée au système mondial – s’est vérifiée. La polarisation signifie, d’un côté, la prolétarisation, de l’autre l’embourgeoisement.    
Le Capital n’est pas simplement de la richesse qui s’accumule entre les mains de quelques-uns. Il est la condition préalable et le résultat du processus de la production capitaliste, au cours duquel le travail vivant crée de la valeur appropriée par d’autres. En effet, le capitalisme ne se caractérise pas par l’«exploitation» d’un travailleur par son maître artisan, mais par celle d’une grande masse de travailleurs rassemblés dans une usine. Ce mode de production repose sur le fait que des millions de gens travaillent ensemble, bien qu’ils ne se connaissent pas. Ils produisent de la valeur ensemble, mais, ensemble, ils peuvent aussi refuser ce travail et remettre en question la division sociale du travail. En tant que force de travail, les travailleurs font partie du capital; en tant que classe ouvrière, ils représentent le plus grand ennemi intérieur du Capital.
   
Des générations de chercheurs spécialisés dans la «gestion scientifique» du travail ont essayé de s’approprier les connaissances des ouvriers sur leur façon de produire, afin que le Capital puisse devenir indépendant du Travail. Ils ont créé des unités de production parallèles afin de continuer la production en cas de grève. Ils ont fermé des usines et les ont déplacées afin d’augmenter l’exploitation de ces nouveaux groupes de travailleurs et de mieux les contrôler. Mais ils ne sont pas en mesure d’exorciser le spectre.    
Pendant les vagues de grèves de 2010, pour la première fois, ce spectre a hanté toutes les parties de la planète en même temps. Ces luttes sont actuellement en train de changer ce monde. Même les universitaires en ont pris conscience et, après une longue période d’oubli, la classe ouvrière est à nouveau l’objet de leurs recherches – comme en témoignent de nombreux articles, de nouvelles publications et pages web, grâce auxquelles des spécialistes de gauche des sciences sociales essaient de créer des liens entre les travailleurs des différents continents.
   
En Allemagne, durant les vingt-cinq dernières années, les travailleurs ont dû combattre seuls – mais désormais, dans ce pays, les mouvements sociaux et les intellectuels ont recommencé aussi à se référer à eux.
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Ce que vous voyez n'est pas forcément vrai (Le pet), par Chen Wenling, Chine
 

lundi 4 janvier 2016

Quand la Chine explosera...

Deux articles sur l'énorme explosion sociale qui se prépare en Chine
Simone PieranniEn Chine, les travailleurs continuent à se battre
Selon l'ONG China Labour Bulletin  de Hong Kong, les grèves et les protestations à l'échelle nationale ont presque doublé au cours des 11 premiers mois de 2015 : 2 354 à comparer aux  1 207 dans la même période de 2014. Le ministère du Travail chinois a déclaré avoir accepté d'exercer une médiation pour 1 560 000 cas de contentieux de travail en 2014, comparés à 1,5 million en 2013. Lire la suite
Coco Feng - Jane Li - Echo Hui 
 Les “ filles d'usine” chinoises ont grandi et se mettent en grève
GUANGZHOU, Chine - Yang Liyan, une travailleuse migrante de 30 ans, dit qu'elle a pleuré deux fois l'année dernière. La première fois, c'était quand elle a pris son premier repas en prison, et la deuxième après sa libération, quand elle a raconté son épreuve à ses collègues au cours d'un dîner. Lire la suite


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lundi 7 juillet 2014

Tunisie : Le jeûne mortel des ouvrières de Latelec n’émeut pas les patrons français !

 par Henda Chennaoui هندة الشناوي , Nawaat , 7/7/2014

18e jour de la grève de la faim. Dans l’indifférence totale du gouvernement en place, de l’UGTT*, de l’ANC** et d’une grande partie de la société civile, les ouvrières de SEA Latelec-Fouchana risquent le tout pour le tout. Les négociations se mènent, jusqu’ici, aux conditions des patrons français qui persistent à refuser la réintégration des ouvrières licenciées.
Le syndicaliste Mickael Prince de la CGT de la Somme en visite de soutien aux syndicalistes licenciées de la SEA LATelec filiale de Latécoère au local de la grève de la faim à Tunis
Fragilisée par ses problèmes de santé, Sonia Jebali voit sa santé se détériorer de jour en jour.
Le médecin m’a sommé, hier, d’arrêter ma grève de la faim en me prévenant que je risque une crise cardiaque ou l’arrêt d’un rein, à n’importe quel moment. En plus de mon anémie, je suis sous traitement pour une maladie auto-immune. Depuis deux semaines, j’ai arrêté ce traitement et mes lésions cutanées me font souffrir de plus en plus. Malgré tout ça, je ne vais pas arrêter la grève de la faim jusqu’à la réintégration des ouvrières dans leur usine.
Sonia Jebali, déléguée syndicale et gréviste.
Déterminées, Sonia et ses camarades n’arrêteront pas la grève de la faim, même après que l’UGTT a annoncé une grève générale dans la zone industrielle de Ben Arous, les 16 et 17 juillet prochain. En fait, les grévistes n’ont plus confiance dans ce syndicat qui les a lâchées, lors des précédentes négociations, en signant pour valider leur licenciement.
"Pour le moment, on n’a pas réussi à trouver un compromis. Il n’y a pas assez de soutien à notre cause. Ainsi, le bureau régional exécutif de Ben Arous nous a rendu visite, seulement au dixième jour de la grève. Maintenant, je préfère garder les choses en main et continuer la grève pour maintenir la pression. Et je tiens tout le monde pour responsable, s’il m’arrivait malheur", conclut la déléguée syndicale.
C’est en 2005, avec l’implantation de Latelec en Tunisie, que ces ouvrières ont été embauchées dans des conditions précaires. Non seulement, leurs salaires mensuels ne dépassaient pas les 200 dinars*** (bien au dessous du Smig tunisien qui est passé, en 2012, de 300 à 320 dinars), mais elles étaient, en plus, victimes de harcèlement moral et sexuel, d’intimidations et de racisme. C’est ce qui les décide, en 2011, s’organiser dans un syndicat qui a réuni la majorité de la main-d’œuvre de l’usine. En contrepartie, les patrons français ont commencé à déployer toutes les méthodes de pression imaginables pour diviser le mouvement et faire taire les voix contestataires. Au bout de plusieurs mois de lutte, les ouvrières ont réussi, en mai 2012, à obtenir gain de cause en recouvrant une partie de leurs droits (augmentation de salaire, payement des heures supplémentaires et couverture sociale), ainsi que la réintégration des travailleurs qui avaient été licenciés pour donner l’exemple.

Beaucoup ignorent que la majorité des syndicalistes qui s’opposent à l’exploitation des patrons finissent par être licenciés. Après quoi, la liste des noms des « fauteurs de trouble » fait le tour des usines pour intimider les ouvriers qui seraient, des fois, tentés de se révolter. Pour l’heure, en attendant que la direction de l’usine réagisse, les grévistes risquent à tout moment de succomber à leur jeûne mortel, là-bas au local de l’UGET****, non loin de la Kasbah, du Bardo***** et du ministère des Affaires sociales.
On signalera encore une autre grève de la faim, celle d’un ouvrier de la société Leman Industrie qui en est à son 15e jour de grève pour revendiquer, lui aussi, son droit à la réintégration.

Notes
*Union générale tunisienne du travail, la principale centrale syndicale de Tunisie avec 750 000 adhérents.
**Assemblée nationale constituante
***1 dinar tunisien = 0,45 €
**** Union générale des étudiants de Tunisie
*****Banlieue de Tunis où siège l'ANC
Pour rester informé-es :

اضراب جوع عمال لاتيلاك و ليمان المطرودين Grève de la faim Latelec / Leman

mardi 8 juillet, 11:00 (UTC+01)
 

mercredi 28 mai 2014

Tunis, 29 mai 2014 : Solidarité avec les syndicalistes et les ouvrières de Latelec

Rassemblement jeudi 29 mai 2014 à 11h
devant l’ambassade de France, avenue Bourguiba, Tunis
Le syndicalisme n'est pas un crime !
Non aux licenciements des syndicalistes et des travailleurs !

https://www.facebook.com/events/728231540553493/

dimanche 4 novembre 2012

Jamais l’apartheid n’a disparu en Afrique du Sud : il a été la matrice d’un ordre mondial fondé sur la violence et l’illusion

par John Pilger, 19/09/2012. Traduit par Michèle Mialane, Tlaxcala
L’assassinat de 34 mineurs, la plupart tués d’une balle dans le dos, par la police sud-africaine, a mis fin à l’illusion d’une démocratie post-apartheid. Il éclaire le nouvel apartheid mondial, auquel l’Afrique du Sud sert de modèle aussi bien historique qu’actuel.
 
En 1894, longtemps avant que cet infâme vocable afrikaans ne prédise à la majorité du peuple sud-africain « un développement séparé », un Anglais, Cecil Rhodes, surveillait l’application du Gren Gley Act dans ce qui était alors la colonie du Cap. Cette loi avait pour but de contraindre les agriculteurs noirs à rejoindre l’armée de main d’œuvre à bon marché essentiellement destinée à exploiter les mines d’or et autres minéraux précieux qu’on venait de découvrir. Grâce à ce darwinisme social, la société de Rhodes, la De Beers, acquit rapidement un monopole mondial, enrichissant fabuleusement son propriétaire. Fonctionnant en accord avec le libéralisme britannique et US-américain, celui-ci devint un philanthrope adulé, un mécène de nobles causes .
 
Aujourd’hui encore, les bourses de Rhodes destinées aux étudiants d’Oxford sont très appréciées des élites libérales. Leurs bénéficiaires doivent faire preuve de « force de caractère morale » et montrer « sympathie et soutien aux faibles, abnégation, amabilité et sens de la camaraderie. »L’ex-Président Clinton est l'un d'eux, de même que le général Wesley Clark, qui commanda l’attaque de la Yougoslavie par l’OTAN. Le mur que l’on désigne comme mur de l’apartheid a été érigé pour le profit du petit nombre, avec en tête les membres les plus ambitieux de la bourgeoisie.
 
Ce fut une sorte de tabou durant les années de l’apartheid racial. Les Sud-Africains d’origine britannique pouvaient ainsi se targuer d’une opposition apparente à l’obsession raciste des Boers qui leur permettait de mépriser ces derniers, tout en leur servant de façade pour maintenir un système inhumain de privilèges fondés sur la race, mais plus encore sur la classe.
 
Les nouvelles élites noires sud-africaines, dont le nombre et l’influence avaient crû  sans cesse durant les dernières années de l’apartheid, ont bien compris le rôle qu’elles allaient jouer après la « libération ». Leur « mission historique », comme l'écrivait Frantz Fanon dans son classique prophétique, Les damnés de la terre , n’est pas « une vocation à transformer la nation, mais prosaïquement de servir de courroie de transmission à un capitalisme acculé au camouflage et qui se pare aujourd’hui du masque néocolonialiste» (texte des Éditions Maspéro, 1968, p.98)
 
Voilà qui allait comme un gant aux figures dominantes de l’ANC (African National Congress), telles Cyril Ramaphosa, le patron du syndicat « National Union of Mineworkers» et maintenant entrepreneur et multimillionnaire, qui a négocié personnellement le « deal » de partage des pouvoirs avec le régime de F. W. Klerk, et Nelson Mandela lui-même, qui a accepté ce « compromis historique » impliquant que la majorité attendrait longtemps l’égalité en droits et les pauvres d’être délivrés de l’indigence. Ce fut manifeste dès 1985: un groupe d’industriels sud-africains, sous la conduite de Gavin Reilly, Président de l’Anglo-American Mining Company, rencontra en Zambie des personnalités de premier plan de l’ANC. Les deux parties se mirent d’accord pour remplacer l’apartheid racial par un apartheid économique, connu sous le nom de « liberté du marché ».
 
Par la suite, des rencontres secrètes eurent lieu dans une superbe demeure anglaise, la Mells Park House, où un futur Président d’Afrique du Sud but du whisky pur malt en compagnie de chefs d’entreprises qui avaient soutenu l’apartheid. C’est le géant britannique Consolidated Goldfields qui fournit le lieu de rencontre et le whisky. Le but était de couper les « modérés » - comme Mbeki et Mandela - des masses de plus en plus révolutionnaires des townships, où l’atmosphère rappelait les émeutes qui avaient suivi les massacres de Sharpeville en 1960 et Soweto en 1976 - sans l’aide de l’ANC.
 
En 1990, dès que Mandela fut libéré, la«  promesse infrangible » de nationaliser les monopoles ne se fit plus guère entendre. À New York, au cours de sa tournée triomphale aux USA, Mandela déclara : « L’ANC réintroduira le marché en Afrique du Sud. » Lorsqu’en 1997 - il était alors Président - je lui rappelai  cette promesse au cours d’une interview, il me fut clairement répondu : « La politique de l’ANC, c’est la privatisation.»
 
Bercés par le doux jargon de l’entreprise, les gouvernements de Mandela et Mbeki empruntèrent leurs mots d’ordre au FMI et à la Banque mondiale. Tandis que le fossé entre la majorité vivant sans eau courante sous des toitures de zinc et la nouvelle élite aisée dans ses propriétés gardiennées se creusait jusqu’à devenir un abîme, Washington félicitait le Premier ministre Trevor Manuel pour ses « succès macro-économiques ». En 2001 Georges Soros remarquait que l’Afrique du Sud avait été livrée « aux mains du capital international ».
 
Peu avant le massacre des mineurs, qui travaillent pour un salaire de misère dans une mine de platine dangereuse appartenant aux Anglais, l’érosion de l’indépendance économique de l’Afrique du Sud avait été clairement démontrée par la décision du Président Jacob Zuma de stopper l’importation du pétrole iranien, soit 42%, sous la pression de Washington. Le pétrole a déjà subi une forte hausse et le peuple s’est encore appauvri.
 
Cet apartheid économique est maintenant imité dans le monde entier, puisque les pays pauvres se plient aux exigences des « intérêts » occidentaux au lieu d’obéir aux leurs. L’arrivée du concurrent chinois pour l’acquisition des ressources africaines, bien qu’il s’abstienne des menaces militaires et économiques dont sont coutumiers les USA, a fourni un nouveau prétexte pour accroître l’expansion militaire US-américaine et envisager une nouvelle guerre mondiale, ainsi que le prouve le budget militaire et d’armement d’Obama: avec ses 737,5 milliards de dollars, c'est  le plus élevé de tous les temps. Le premier Président afro-américain au pays de l’esclavage préside à une économie de guerre permanente, à un chômage de masse et à l’abandon des droits civiques: un système qui n’a rien contre les Noirs et les basanés, tant qu’ils sont au service de la bonne classe sociale. Mais ceux qui ne se soumettent pas ont toutes les chances de finir sous les verrous.
 
Voilà la voie sud-africaine et américaine qu’incarne Obama, le fils de l’Afrique. L’hystérie des libéraux, exposant que le candidat républicain Mitt Romney est plus extrémiste qu’Obama, n’est rien d’autre que l’éternel choix du « moindre mal » et ne change rien au problème. Ironie de l’histoire, l’élection de Romney à la Maison Blanche réveillera sans doute aux USA une contestation massive que le seul succès d’Obama était d’avoir fait taire.
 
Bien qu’on ne puisse comparer Mandela et Obama - l’un étant une icône de la solidité personnelle et du courage, l’autre un artefact pseudo-politique - l’un comme l’autre ont créé l’illusion qu’ils allaient faire naître un monde nouveau où règnerait la justice sociale, et qui constitue un élément de la vaste illusion, selon laquelle tout effort humain doit être marchandisable, et qui confond médias avec information et conquête militaire avec buts humanitaires. Ce n’est qu’en abandonnant ces fantasmes que nous pourrons vaincre l’apartheid dans le monde entier.
 
 

vendredi 17 août 2012

Lèvres cousues : des anciens travailleurs de General Motors en Colombie à leur troisième semaine de grève de la faim

Jorge Parra, un ancien salarié de Colmotores, dit qu'il a été licencié en raison de problèmes de santé liés à son emploi à l'usine aux alentours de Bogota. D'autres racontent des histoires similaires. GM nie les allégations.
 
Au neuvième jour d’une grève de la faim pour laquelle il a cousu sa bouche fermée, Jorge Parra, un ancien ouvrier de General Motors en Colombie, affirme que son état se détériore.
Avec la bouche cousue, un groupe d'anciens travailleurs de General Motors en Colombie ont commencé leur troisième semaine de grève de la faim mercredi, exigeant une compensation pour avoir été licenciés après avoir été blessés sur leur lieu de travail.
"Nous sommes tous tout à fait prêts à mourir", a déclaré Jorge Parra, ancien métallo à l'usine Colmotores dans la banlieue de Bogota. Il parle dans un murmure, ses lèvres étant juste assez lâches pour faire sortir des mots, mais pas assez pour laisser passer de la nourriture.
"J'ai des douleurs terribles à l’estomac, mes lèvres sont gonflées et douloureuses, et j’ai des problèmes de sommeil ... Mais je ne vais pas renoncer", a-t-il déclaré au Toronto Star.
Depuis le 1 er août sept anciens travailleurs ont recouru à une aiguille et du fil pour coudre leurs lèvres. Ils disent que d’autres ont l'intention de rejoindre l’action.


Les protestataires disent qu'ils sont prêts à mourir pour leur cause.
Les travailleurs ont également manifesté devant l'ambassade US à Bogota depuis plus d'un an pour demander à l’entreprise de Detroit et aux autorités colombiennes de répondre à leurs doléances.
Ils disent qu'ils veulent deux choses: des compensations médicales et une aide pour trouver de nouveaux emplois.


Les protestataires contre GM Colombie à Bogota, sur la la photo, de gauche à droite Carlos Trujillo, Manuel Ospina et Jorge Parra, ont cousu leurs lèvres pour s’ empêcher de manger.
Parra, 35 ans, dit qu'il a été licencié par GM après avoir subi des années de blessures au travail, y compris des hernies discales et desdéchirures musculaires. Il dit qu'il est passé par trois interventions chirurgicales coûteuses et que GM lui a refusé toute indemnisation.
"Nous sommes maintenant dans une situation critique et nous devions faire quelque chose de sérieux», dit-il à propos de sa bouche cousue.
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Les hommes accusent GM de les avoir licenciés quand il sont tombés malades ou ont été blessés.
Ils accusent également GM d’avoir effacé leurs dossiers médicaux et de ne pas avoir indemnisé les salariés qui ont été blessés au travail à l'usine Colmotores.
GM a nié ces allégations.


Leurs lèvres sont cousues assez étroitement qu'ils ne puissent pas manger, mais ils sont en mesure de murmurer pour faire entendre leur point de vue.
"GM Colmotores est respectueux de la loi et n'a jamais mis la santé ou le bien-être de ses employés en danger", a déclaré GM dans un communiqué plus tôt ce mois. "En outre, la société tient à rassurer et à réaffirmer qu'aucun employé n’a été congédié pour des raisons de santé."
Les travailleurs accusent également GM de profiter des lois laxistes sur le travail en Colombie.
Ils disent qu’à la fois la Colombie et les entreprises multinationales comme GM, ont largement ignoré un nouveau plan d’action sur les conditions de travail convenu par Washington et Bogota, qui était censé améliorer les normes du travail.
La Colombie est largement considérée comme l'un des pays les plus dangereux au monde pour les syndicats. Environ 4000 syndicalistes colombiens ont été assassinés au cours des 20 dernières années, selon des estimations de l'AFL-CIO.

Photos: ASOTRECOL ASOCIACION

►En savoir plus: http://www.asotrecol.com/


lundi 21 mai 2012

Les ouvriers du roi français de la tomate marocaine (et sahraouie) en grève de la faim

Par Moha OUKZIZ, AMDH, 21/5/2012 

Le groupe agroalimentaire français Soprophile Idyl, installé au Maroc, produit le tiers des exportations de tomates de la région du Souss Massa-Draâ. C’est environ 35 grandes remorques par jour.  

Le groupe produit aussi les melons, les pêches, les raisins, les oranges et les dattes dans la région d’Errachidia. Il emploie plus de 12000 ouvrier(e)s. En sus de nombreuses grandes fermes agricoles (un millier d’hectares), le groupe Soprophile Idyl comporte deux stations d’emballage de 15000m2. Une dans la commune E Safa Bouyekra, l’autre dans la commune Ait Amira, les deux communes sont du département Chtouka Ait Baha. Le groupe dispose d’une plateforme logistique de distribution (11000m2). Les produits du groupe sont commercialisés en France par Idyl, l’autre identité juridique de l’entreprise.

Les deux grands responsables du groupe sont le Français Patrick PUECH et l’Istiqlalien sahraoui, Hassan EDERHEM. Le groupe a son siège dans les Bouches-du-Rhône, à Châteaurenard, son dirigeant principal est Patrick PUECH, son secteur d’activité est le commerce de gros (inter-entreprises) de fruits et de légumes. Sa première implantation est à Dakhla au Sahara Occidental. Et puis Chichaoua, Marrakech, Errachidia et Agadir. L’arboriculture, la nurserie, le maraichage, la packaging, et même la presse sont les domaines de production du groupe. Il commercialise les divers produits sous les marques suivantes : Idyl, Etoile du Sud, dattes Filali, Bongoo of Morocco, agriculture du Maghreb. 95% des exportations du groupe sont destinées à l’Europe, au Canada et à la Russie. 150 000 tonnes de tomates par an passent par la plateforme logistique du groupe, sans parler des autres fruits et légumes. 
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 Le groupe ne manque pas de travail à longueur d’année, et pourtant les ouvrier(e)s sont dans une précarité constante ( pas d’embauche). 
  L’entreprise ne respecte pas le droit du travail, des ouvrier(e)s ne sont pas inscrits auprès des caisses sociales(CNSS). Le harcèlement sexuel est le traitement réservé aux ouvrières. Des accidents de travail sont en augmentation sans cesse. Un bureau syndical attaché à la CDT (la Confédération Démocratique de Travail) s’est constitué. Le patron français en l’occurrence, monsieur Patrick PUECH, a licencié (exclu) les ouvriers fondateurs du bureau ainsi que ses membres. 

Les ouvriers ont protesté contre cette décision et ont organisé des manifestations et sit in. La justice marocaine au service du patronat a condamné, en première instance, les ouvriers selon l’article 288 du droit pénal qui criminalise le droit à la grève et a exercé des poursuites contre les syndicalistes. Il faudrait rappeler que Soprofel Idyl a licencié plus de 2000 ouvrier(e)s depuis 2008, sans dédommagement ni indemnité ou alors avec de vraies miettes 500DH ( 47€). 

L’accord du comité de conciliation stipule :
 - Le retour à l’emploi des licenciés,
 -Le rattachement syndical de trois ouvriers.

 Seulement 9 ouvriers sur 30 ont retrouvé leur poste, les autres seraient indemnisés 3000DH (285€) l’année de travail. Après de multiples et vaines démarches auprès de la direction du groupe et des autorités locales et régionales, pour application des termes de l’accord, les ouvriers par le biais de leur syndicat ont adressé des correspondances aux responsables pour les informer de leur action de lutte.

 Monsieur Abdellah RAHMOUN, secrétaire général de la centrale syndicale CDT à AGADIR, ignore complètement leur dossier. Les patrons français et marocains trouvent qu’à « Souss-Massa il y a trop de grèves dans les exploitations agricoles » titre le journal l’économiste. «Les syndicats ne contrôlent pas vraiment leurs troupes» ajoute le journal. Et le responsable syndical à Agadir, monsieur RAHMOUN, est-il à l’écoute des patrons ou des ouvriers ? 

Six ouvriers ont alors décidé d’entamer la grève de la faim le 26 avril 2012 devant le siège du groupe dans des tentes de misère.
 Ils réclament la satisfaction de leurs revendications : -indemnités de licenciement et dommages et intérêts de licenciement abusif depuis trois ans. 
- Rayer leurs noms de la liste noire dont disposent les entreprises de la région et leur permettre de trouver du travail dans d’autres unités de production.
 Les six ouvriers en grève de la faim sous leur tente de misère devant le siège de l’entreprise, sont menacés de poursuite judiciaire. L'huissier s’est rendu sur place pour menacer les grévistes, faire appliquer les termes des jugements à l’encontre de Abdelhadi EL AZAOUI, condamné à une amende de 15000 DH et menacer deux autres dans une affaire de piquets de grève. L’huissier faisait l’émissaire du patron, il a proposé à l’ouvrier en grève de la faim, monsieur Abdelhadi EL AZAOUI de quitter les lieux et de se désolidariser de ses camarades, seule condition d’arrêt des poursuites. Deux de ses camarades sont menacés également menacés de poursuite. La centrale syndicale CDT, à qui appartiennent les grévistes de la faim, ne traite pas leur dossier et ne s’intéresse pas à leur combat. Les ouvriers du groupe français, Soprofel Idyl, producteur au Maroc, considèrent que la direction de leur syndicat est complice avec le patronat et l’État marocain contre leurs intérêts. Ils sont sans défense et ne peuvent plus compter sur leur syndicat. Ils considèrent que le patronat et l’Etat sont les deux faces de la même pièce. Il faut signaler que le code de travail est en la faveur des patrons et qu’aucune convention n’a vu le jour dans le secteur pour cadrer l’exploitation et l’emploi des ouvriers agricoles. 
NDLR SOLIDMAR :

mercredi 7 décembre 2011

ArcelorMittal: European solidarity Action Day Journée européenne d'action solidaire

ArcelorMittal workers on the move throughout Europe on 7 December 2011
06/12/2011
Massive mobilisation of thousands of ArcelorMittal workers is expected tomorrow in every country and plant where the company has production facilities in Europe. This will clearly impact on production.
All info on the EMF European Action Day on ArcelorMittal available here (flyers, solidarity letters, press releases etc.).
Mobilising on such a scale following the European Metalworkers’ Federation call for a European Action Day shows the depth of the workers’ feeling of insecurity about their future. It also shows that they have had enough of being milked for profits with nothing in return and call on the company to reinvest in the European steel industry.
In Belgium, a full 24-hour warning strike will take place at sites in the south of the
country, and rallies at all other sites with a massive demonstration in Liège.
A 24-hour warning strike will also take place in Luxembourg, where ArcelorMittal’s European headquarters are located. Strikes ranging from 2 hours per shift to a 24-hour stoppage will be taking place at all sites in France. Work stoppages will take place at all sites in Italy, and Spain and some sites in Germany. Assemblies, and rallies and press briefings will take place in these countries as well as in Czech Republic, Romania, Macedonia and Poland. ArcelorMittal workers in other countries around the world and their unions are also demonstrating their support through solidarity messages, e.g. Brazil, Japan and Russia.

Call For Mobilisation
on 7 December 2011
ArcelorMittal: Investing for the future in Europe
The European trade unions assembled under the auspices of the European Metalworkers’
Federation (EMF) are calling on all workers employed by ArcelorMittal and its subcontractors
to join them in a European solidarity Action Day in protest against the plant closures,
restructuring plans and job cuts which threaten the long-term viability of Europe’s leading
steelmaker.
On 7 December, workers will be taking part in strikes and stoppages, demonstrations
and general assemblies at all the company’s locations and surrounding employment areas
throughout Europe. They will be protesting against the company’s current strategy and in
favour of alternative solutions that provide guarantees for the future development of the company
and jobs.
This united action day will give the employees and their representatives an opportunity to
clearly make their position heard. They want to voice their deep indignation and concern in relation to:
• A disastrous industrial management policy which has turned into a purely financial
management policy aimed at a maximum cash return even if this means accepting loss
of market share by maintaining high prices.
• A strategy which generates more and more profit and less and less jobs (the number
of jobs cut by ArcelorMittal since 2006 is now over 30,000).
• A lack of strategic investment, and even investment related to simply maintaining plant
equipment, and a very low level of R&D, especially compared with ArcelorMittal’s
competitors.
• A completely absurd policy as regards competences and skills, where one redundancy
follows another, well-trained temporary workers are asked to leave and former
employees are regularly asked to come back due to the lack of available know-how
for operating equipment.
• Unilateral decision-making, with no consultation of employee representation bodies
and failure to comply with existing agreements.
They will be calling for:
• development of an industrial project geared to the future, based on innovation, the
development of know-how and R&D to develop the steels of tomorrow;
• elaboration of an ambitious policy aimed at maintaining and further developing competence
and human capital;
• full compliance with the commitments and agreements made since the merger in 2006;
• full respect for information and consultation rights at national and European level,
especially as regards genuinely taking into account the alternative solutions proposed
by the employee representatives with a view to maintaining sites;
• utilisation of slack production periods to invest in training for employees, plant equipment? renovation and modernisation.
The European trade unions will do all in their power to ensure that steel remains the core
of an integrated and independent European industrial policy. To this end, they demand that European States intervene in the governance of the steel industry.

Appel à une journée européenne de mobilisation
le 7 décembre 2011
ArcelorMittal : investir pour l’avenir en Europe
Les syndicats européens, réunis sous l’égide de la Fédération Européenne des Métallurgistes (FEM), appellent les salariés d’ArcelorMittal et de ses sous-traitants à une mobilisation européenne solidaire pour s’opposer aux fermetures d’outils, aux plans de restructurations et aux suppressions d’emplois qui, à terme, menacent la viabilité du 1er sidérurgiste européen.
Le 7 décembre, en Europe, dans tous les bassins d’emplois et tous les sites, des mouvements de grève, des débrayages, manifestations et assemblées générales des salariés auront lieu en signe de protestation contre la stratégie actuelle du groupe et en faveur de solutions alternatives qui assurent le développement de l’entreprise et de l’emploi.
Avec cette journée d’unité, les salariés et leurs représentants seront plus forts pour faire entendre leurs positions. Ils veulent exprimer leur indignation et leur inquiétude par rapport à :
• Une gestion industrielle désastreuse qui est devenue une gestion exclusivement financière et qui vise la maximisation du cash quitte à accepter des pertes de parts de
marché en maintenant des prix élevés ;
• Une stratégie qui génère de plus en plus de profits et de moins en moins d’emplois
(depuis 2006, ArcelorMittal a supprimé plus de 30 000 emplois en Europe) ;
• Une absence d’investissements stratégiques et même de ceux liés à la maintenance
des outils et un niveau de R&D très faible notamment par rapport aux concurrents
d’ArcelorMittal ;
• Une gestion aberrante des compétences et des qualifications : les licenciements se
succèdent, les intérimaires bien formés sont priés de partir et les anciens salariés sont
régulièrement rappelés faute de savoir-faire pour faire tourner les outils ;
• Des décisions prises unilatéralement sans concertation avec les instances de représentation du personnel et le non respect des accords existants.
Ils demandent :
• L’élaboration d’un projet industriel porteur d’avenir basé sur l’innovation, le
développement des savoir-faire et la R&D pour développer l’acier de demain ;
• L’élaboration d’une politique ambitieuse de maintien et développement des compétences et du capital humain ;
• Le respect des engagements et des accords pris depuis la fusion de 2006 ;
• Le respect des droits à l’information et à la consultation au niveau national et européen
en termes notamment d’une véritable prise en compte des solutions alternatives proposées par les représentants des salariés pour pérenniser les sites ;
• L’utilisation des périodes de baisse de production pour investir dans la formation des
salariés, la rénovation et la modernisation des outils.
Les syndicats européens mettront tout en oeuvre pour que la sidérurgie reste au coeur
d’une politique industrielle européenne intégrée et indépendante. A cet effet, ils réclament l’intervention des Etats européens dans la gouvernance de la sidérurgie.

jeudi 10 février 2011

Les ouvriers égyptiens entrent en révolution

par Salem Ferdi, Le Quotidien d'Oran, 10/2/2011
"C’est une révolution !". Ce n’est pas un opposant qui l’affirme mais Amr Moussa, secrétaire général de la Ligue arabe qui se prépare à terminer son mandat et qui ambitionne de jouer un rôle dans la nouvelle Égypte. Le régime, aux abois, agite la menace, Place Al-Tahrir relève le défi et promet un autre vendredi de la colère. Les ouvriers égyptiens entrent dans la révolution par des grèves.
"Moubarak veut changer de peuple"
Le régime, par la voix d’Omar Souleïmane, donne des signes d’impatience et se fait menaçant contre une place Al-Tahrir, plus décidée que jamais à obtenir le départ de Moubarak et la chute du régime. Dans ce contexte, les déclarations d’Amr Moussa au journal « Le Monde » sonnent comme un avertissement contre un éventuel recours à la force. Pour Amr Moussa, l’expression d’Intifadha concédée par le patron des services égyptiens, devenu vice-président, ne rend pas compte de la réalité. « L’Egypte d’après le 25 janvier est radicalement différente de celle d’avant. Les voix populaires se sont élevées avec clarté et beaucoup de courage, disant toutes que le changement est inéluctable. La jeunesse égyptienne, soutenue par l’ensemble des générations, dit aujourd’hui des choses que personne n’a osé dire, durant plusieurs décennies. Je répète  : c’est une révolution ». Et comme pour le conforter, Égypte assiste, depuis hier, au début de sa troisième semaine de contestation, à l’entrée en scène du monde ouvrier principalement dans le secteur public.
Des milliers d’ouvriers du textile, des personnels médicaux, des chemins de fer, du secteur pétrolier, des centraux téléphones ou des entreprises du Canal de Suez sont entrés dans la contestation avec des revendications sociales. Le syndicalisme autonome, très combattu par le régime, a le vent en poupe. Les mouvements de grève sont venus donner un contenu social aux protestations qui sont entrées dans leur troisième semaine.
Dégage: on te le dit en hiéroglyphes pour que tu comprennes, ô Pharaon

PAS DE LASSITUDE DES EGYPTIENS
Ils confirment ce qui était observé depuis plusieurs jours : au lieu de la lassitude escomptée par le régime, la situation de blocage ne fait qu’élargir le nombre des partisans de la révolution. Hier et en dépit de la menace de Omar Souleïmane, des dizaines de milliers des protestataires ont persisté, au lendemain d’un mardi qui a connu une affluence record, à réclamer le départ de Moubarak. Au moins trois personnes ont été tuées et une centaine d’autres blessées, lors d’affrontements entre la police et des manifestants, dans le sud de l’Égypte. Cela s’est passé à El Khargo, à plus de 400 km, au sud du Caire, où la police a usé de balles réelles contre des manifestants. Ces derniers ont réagi en mettant le feu à sept bâtiments officiels, dont deux commissariats, un tribunal et le siège local du Parti national démocrate (PND).
Nous, on ne veut pas de toi. Je l'ai écrit en chinois puisqu'il ne comprend pas l'arabe

LA « LIGNE » DE LA PLACE AL-TAHRIR S’IMPOSE
Place Al-Tahrir, la détermination des contestataires reste intacte. Mustapha Chawki, un des membres de la Coalition de la révolution de la colère a estimé que le mouvement de protestation prenait de l’ampleur et qu’il s’agissait d’un message à Moubarak. Une nouvelle grande manifestation du million est programmée pour le vendredi. Les signes de division apparues, il y a quelques jours, semblent être dépassés, la place Al-Tahrir imposant à tous la « ligne » du départ de Moubarak et de son régime.
Les Frères musulmans qui sont présentés comme une « menace » dans les médias occidentaux mais également par ceux du régime, s’emploient à rassurer. « Les Frères musulmans ne recherchent pas le pouvoir. Nous ne voulons pas y participer pour le moment (...). Ils ne peuvent pas être la force dominante », a affirmé Mohamed Moursi, un haut responsable du mouvement, lors d’une conférence de presse en précisant que « ce n’est pas une personne, un parti ou un groupe qui mène les manifestations. Personne ne peut prétendre qu’il mène la foule. Sagement les « ikhwane » annoncent qu’ils n’auront pas de candidat aux présidentielles.
« Nous sommes avec la volonté du peuple, avec la majorité du peuple égyptien. Nous ne sommes pas la majorité », a-t-il indiqué en insistant sur le fait que Moubarak « doit quitter son poste. Une nouvelle ère doit commencer. Le régime est tombé, il doit désormais partir. C’est la seule revendication (actuellement). Il n’est pas question de parler de vestiges du régime », a-t-il ajouté.
L'Union des menuisiers égyptiens demande à Mister Moubarak : c'est quoi la marque de colle que vous utilisez ?
Réponse fournie par Abdellah Derkaoui, Maroc :


MISE EN GARDE DE SOULEÏMANE
Cette union de l’opposition au sujet de revendications de base met le régime aux abois. Omar Souleïmane, a rejeté ces exigences et a laissé entendre qu’il pourrait y avoir recours à la force pour vider la place Al-Tahrir, devenue le coeur de la révolution et la hantise du régime. « Nous ne pourrons supporter cette situation longtemps et il faut mettre un terme à cette crise le plus rapidement possible  », a prévenu mardi le vice-président Souleimane. Il a également mis en garde contre les appels à la « désobéissance civile » dans le pays. De telles initiatives sont « extrêmement dangereuses pour la société (...) Nous ne le tolérerons pas », a-t-il insisté, lors d’une rencontre avec les rédacteurs en chef de la presse gouvernementale et partisane. Comme s’il ne percevait pas qu’il s’agit d’une « révolution  », Omar Souleimane s’était risqué à affirmer que l’Egypte n’était pas mûre pour la démocratie.

Tu vas partir! Fais vite, que je puisse aller prendre une douche
La Maison-Blanche a déploré mardi des propos par lesquels le vice-président égyptien Omar Souleimane avait estimé la veille, que son pays n’était pas mûr pour la démocratie. « Je pense que cela ne correspond pas du tout aux perspectives de progrès telles que les voient ceux qui sont en quête de meilleures possibilités et d’une liberté plus grande », a dit Robert Gibbs, porte-parole de la présidence. « Le gouvernement doit cesser d’arrêter des manifestants et des journalistes, de mettre fin au harcèlement, aux brutalités et aux interpellations visant des reporters, des militants et ceux qui sont engagés au sein de la société civile ». Hier, c’était au tour du vice-président des États-Unis Joe Biden d’appeler Omar Souleimane pour lui demander d’élargir le dialogue en cours sur la transition politique, à davantage de groupes d’opposition. L'Égypte marchera encore vendredi.
Dégage: la maman va accoucher et le nouveau-né ne veut pas te voir
Le peuple : À bas Moubarak ! Dégage !
Moubarak : À bas Al Jazeera !

mardi 28 décembre 2010

Répression d'une manifestation à Tunis : photos

 Hier lundi 27 décembre, la police a réprimé une grande manifestation d'ouvriers organisée au centre-ville de Tunis par des syndicats de travailleurs répondant à l'appel de l'Union Générale Tunisienne du Travail, pour exprimer leur solidarité avec les habitants du Gouvernorat de Sidi Bouzid où des manifestations ont lieu depuis 11 jours pour protester contre ce qui a été qualifié de propagation du chômage et de la corruption.
Des accrochages ont opposé des centaines de manifestants à la police près du siège de l'UGTT, après que les manifestants avaient essayé de briser le cordon sécuritaire pour aller manifester sur l'avenue du 7-Novembre (ex-avenue Bourguiba) au centre de la capitale, ce qui a fait quelques blessés.
Les manifestants ont essayé de briser les cordons de police qui les ont encerclés et  empêchés de défiler dans les rues de la capitale.

Les accrochages entre les policiers et les manifestants ont fait quelques blessés
Les manifestants ont scandé des slogans "Non à la prolongation (Tamdiid)-Non à l'héritage dynastique (Tawrit)" (allusion au changement de la Constitution imposé par Ben Ali pour pouvoir se représenter à l'élection de 2014 et à ses projets de choisir un successeur parmi ses proches) 

Les grands renforts policiers ont réussi à empêcher les manifestants de gagner l'Avenue Habib Bourguiba



Les manifestants n'ont pas réussi à briser le barrage des forces de sécurité qui se spnt déployées en grands nombres devant le siège de l'UGTT


Ces manifestations ont été décrites comme une intifada des pauvres et des affamés (Intifadat al fouqarrae oual joua'a)
Les forces de police ont utilisé des matraques pour disperser les manifestants
Slogans contre la corruption et demandant des emplois
Les femmes ont participé à la manifestation
Les manifestants sont restés  pacifiques
La police surveillait les mouvements des manifestants

Source:  Al-Jazeera et Tlaxcala