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samedi 3 octobre 2009

Que faire ? Et avec qui ? Blog d’adieu et prochains rendez-vous

Jutta Ditfurth prend congé des lecteurs du blog qu'elle a tenu pendant la campagne électorale allemande et leur fixe de nouveaux rendez-vous. Lire ici
Was tun? Und mit wem? Abschiedsblog und Einladung zu den nächsten Terminen und Veranstaltungen von und mit Jutta Ditfurth und der Ökologischen Linken

INVITATION AUX "ENTRETIENS POUR UNE RÉBELLION"

J'invite tou-tes ceux-lles qui se sont retrouvés dans mes blogs à participer aux Entretiens pour une rébellion de la Gauche écologiste. Cette rencontre est aussi une zone antinationale et antiréformiste.

Thème : "Après la crise économique mondiale, quoi ? Calme ? Insurrection ? Résistance ?"

Date: Samedi 10/10/2009,15h jusqu'à Dimanche 11/10 16h

Lieu : Frankfurt/Main. Entrée libre. Le lieu de la rencontre vous sera communiqué en réponse à votre inscription auprès de jutta.ditfurth@t-online.de

Contenu : Voilà dans quel pays nous vivons : des millions de nouveaux chômeurs, plus de protection, l’esclavagisme au travail et le vol de notre salaire. Un capital, allemand y compris, qui se livre à des razzias dans le monde entier. Un « changement » climatique qui met la vie en péril. Un État nucléaire surarmé. Des guerres auxquelles les Allemands participent. Et la sécurité dans un État policier. 2010. Si l'objectif de toute politique de gauche est de « renverser tous les rapports où l’homme est en son essence humilié, asservi, abandonné, méprisable » (Marx 1844), où en sommes-nous aujourd'hui ?


EINLADUNG ZUM BUNDESWEITEN »REBELLIONSGESPRÄCH«

Ich lade diejenigen, die mit dem Inhalt meiner Blog-Beiträge etwas anfangen konnten, zum bundesweiten Rebellionsgespräch der Ökologischen Linken ein. Auch diese Diskussion ist eine antinationale und reformismusfreie Zone…

Thema: »Was kommt nach der Weltwirtschaftskrise? – Ruhe? Aufruhr? Widerstand?«

Datum: Sa. 10.10.2009,15:00 Uhr bis So. 11.10.2009,16:00 Uhr

Ort: Frankfurt/Main. Eintritt kostenlos. Mit der Anmeldebestätigungwird der Ort bekannt gegeben.

Anmeldung bitte über: jutta.ditfurth@t-online.de

Zum Inhalt: Das Land in dem wir leben: Millionen neue Arbeitslose, Schutzlosigkeit, Sklavenarbeit und Lohnraub. Weltweite Raubzüge auch deutschen Kapitals. Lebensgefährlicher Klima»wandel«. Ein aufgerüsteter Atomstaat. Kriege mit deutscher Beteiligung. Mit Sicherheit in einer Überwachungsgesellschaft. 2010.Wenn es das Ziel allen linken politischen Handelns ist, »alle Verhältnisse umzuwerfen, in denen der Mensch ein erniedrigtes, ein geknechtetes, ein verlassenes, ein verächtliches Wesen ist« (Marx 1844) – wo stehen wir heute?

samedi 26 septembre 2009

Wählt ungültig! Warum und wie? Élections allemandes : voter nul ! Pourquoi et comment ?

par Jutta DITFURTH, 24/9/2009. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
Wählt ungültig! Warum und wie?
Sur l’auteure

I POURQUOI voter nul ?

Dimanche nous aurons des élections, mais pas le choix. L’offre en matière de partis n’en comporte pas un seul qui pourrait au moins contribuer à rendre notre société plus humaine et la vie des gens vraiment un peu plus facile. Et encore moins un parti qui œuvrerait sérieusement à abroger le capitalisme ou du moins qui soutiendrait ce projet. L’offre consiste en un bloc de partis bourgeois : CDU/CSU, FDP, SPD,Verts et un parti qui s’autoproclame de Ggauche, mais ne souhaite rien tant que d’entrer dans ce bloc.

Non, le capitalisme n’est pas en crise, il est LA crise de milliards de gens. Il assassine et asservit. Il détruit la nature dont nous autres humains avons besoin pour mener une vie saine. Les calottes polaires fondent, la toundra se transforme en usine à poisons, le climat chavire, les mers indéfiniment surpêchées pourrissent sous les déversements toxiques, le réchauffement et l’avalanche des déchets, une ceinture de déserts enserre la terre. Un nombre inimaginable d’êtres humains ont faim, tombent malades, dépérissent et meurent. Même dans les centres capitalistes les ghettos s’étendent.

Lorsque, début 2009, des travailleur-se-s intérimaires furent viré-e-s par centaines de milliers, les syndicats ne lancèrent ni actions de solidarité ni grèves sauvages. Après les élections il y aura de nouveaux chômeurs par millions - quel que soit le gouvernement. Les partis de gouvernement, quelle que soit leur couleur, n’ont d’autre « pouvoir » que de jeter notre argent dans la gueule du capital, pas celui de lui dire « assez » ou de le « réguler » efficacement.

Si l’on veut entrer au gouvernement allemand, il faut d’abord dire oui au capitalisme et à l’OTAN. Et donc aux fondements du massacre de l’homme et de la nature.

La richesse ne provient que de deux sources, le travail humain et la terre - les ressources naturelles. L’essence du capitalisme, et là aussi Marx a raison, c’est de soumettre l’homme et la nature au meilleur compte et par là de les détruire tous deux. Si les conditions de l’exploitation capitaliste diffèrent d’un pays à l’autre, c’est que les histoires de ces pays et les stades de la lutte des classes y diffèrent. Je rappelle ce que le multimilliardaire Warren Buffett disait il y a deux ans au New York Times : « Nous sommes en pleine guerre des classes, c’est vrai, mais c’est la mienne, celle des riches, qui fait la guerre et qui est en train de la gagner.» Il parlait du capitalisme dans son état « normal », avant la crise.

La question n’est donc pas de savoir si nous voulons la lutte des clases, comme le supposent des gens pas très malins, car si nous ne nous défendons pas elle se déroule tout de même, mais menée par ceux d’en haut contre ceux d’en bas.


Nous vivons dans l’œil du cyclone, inondés d’informations-poubelle. Nos journaux télévisés nous parlent de veaux thaïlandais à deux têtes, d’accidents de bus, de tapis rouges, de limousines et de politiciens qui se serrent la main. On nous montre rarement les effets de notre politique « extérieure » et « de développement » ou les crimes commis par le capital allemand aux quatre coins du monde. De mon bureau, j’ai vue sur les deux tours de la Deutsche Bank à Francfort. La Chancelière a arrangé pour Monsieur Ackermann un déjeuner d’anniversaire, tous les politiciens et politiciennes de Francfort sont flattés lorsque des membres de la Deutsche Bank parlotent avec eux. Les crimes que commet la Deutsche Bank aux quatre coins du monde, directement ou indirectement (par le biais d’intrications diverses), ne les intéressent pas. Qui sait ici que la DB - pas dans le Tiers monde », mais à Cleveland, Ohio, USA - a fait expulser 7000 familles, et qu’on ignore largement ce qu’il est advenu des dizaines de milliers d’expulsés, en grande majorité des Afroaméricain-es ?

Si l’on croit que CDU/CSU/SPD/FDP/Verts/Linke nous protégeront contre le capital, on ne sait pas où l’on habite. L’État est un État capitaliste. Dans le Manifeste du Parti communiste Marx et Engels écrivent: « L’État moderne n’est qu’un comité de gestion des intérêts de la classe bourgeoise. »

Quand il y a conflit entre les partis de gouvernement, donc au sein du comité de gestion du capital, c’est essentiellement pour deux raisons :

1. Ces partis sont chacun proches de fractions différentes du capital (énergie, automobile, chimie par exemple)
2. Ils simulent des conflits pour faire croire aux électeurs/trices que l’alternance existe.

L’État capitaliste doit créer un ordre social qui garantisse la stabilité du capitalisme. Donc apaiser la lutte des classes menée par les salariés, et fournir au capital les infrastructures nécessaires. Sans résistance sociale, sans les mouvements ouvrier, féministe, écologique, pacifiste et de défense des droits humains nous n’aurions aucun des droits sociaux et démocratiques qu’il nous faut défendre aujourd’hui plus durement que jamais .

Certains des intervenants ont recommandé de voter « quand même » pour la Linke. Pour qu’elle se démasque lorsqu’elle sera au gouvernement, dit l’un, parce qu’elle est « moins pire » que les autres, prétend le suivant. Est-ce exact ? Non, la Linke est même pire sous certains rapports, parce qu’elle fait semblant d’être du côté des faibles, alors que, lorsqu’elle participe à un gouvernement, elle pratique une gestion humiliante et cynique de la misère, une politique de casse sociale et de destruction de la nature.

Si donc nous voulons « changer toutes les situations qui font de l’homme un être humilié, asservi, abandonné, méprisable» (Marx), il faut ébranler l’ordre établi et nous avons mieux à faire que de hisser nos adversaires à des postes et mandats.

Je ne suis pas une abstentionniste de principe. Il arrive que des gens de gauche puissent voter.

Cette fois ce n’est pas le cas.

II COMMENT voter nul ?

Peut-on/ a-t-on le droit de voter nul ?

Bien sûr. Et si on nous ôtait ce droit, nous le reconquerrions. Nous avons le droit de voter nul, même si, pour nous en empêcher, il n’existe pas de case « vote nul » sur les bulletins. Sauf toutefois pour le vote informatique, sinon le bulletin serait en non-conformité avec le droit.

Mais le bulletin de vote sur papier, lui, ne tient pas compte de votre droit au vote nul : il n’y a pas de case « nul » à cocher. Vous devez faire cela vous-même ! Inutile d’inscrire vos raisons ou des slogans sur le bulletin, au mieux l’un des scrutateurs le lira, et personne d’autre.

Comment voter nul ?

Version brève:

Dans l’isoloir faire une grande croix (de préférence au stylo à bille) sur tout le bulletin de vote.

Version longue :

Se rendre le 27/09 au bureau de vote, muni de sa carte de vote et de sa carte d’identité ou passeport. Si l’on n’a pas reçu de carte d’électeur, demander au service local des élections si l’on figure sur les listes. Ou se rendre simplement , le jour du vote, au bureau dont vous relevez (en cas de besoin se renseigner chez un voisin avec ses papiers d’identité), présenter sa carte d’identité et les commissaires chercheront votre nom sur la liste. Alors on vous donnera un bulletin.

Entrer alors dans l’isoloir. Faire une grande croix au stylo à bille sur tout le bulletin (voir plus haut). Le mettre dans l’enveloppe qu’on vous a donné et le déposer dans l’urne. C’est tout.

Résultat :

- Vous n’avez voté pour aucun des partis qui se mettent à genoux devant le capitalisme et prétendent après les élections qu’ils ont des idées de gauche mais que les « contraintes objectives» les forcent à soutenir le vol de votre salaire, la réduction des prestations sociales de tous ordres, les expulsions, le saccage de la nature, les humiliations qu’on vous inflige et l’exploitation et - par exemple- la guerre en Afghanistan.
- Vous avez protesté et indiqué clairement que vous saviez tout cela d’avance et que l’offre en matière de partis était si médiocre qu’aucun ne vous convenait.
- On ne peut vous reprocher d’être allé à la pêche à la ligne (si ce reproche vous touche), puisque vous êtes entré dans l’isoloir.
- Les votes nuls sont mentionnés dans les statistiques électorales officielles.

> Pour en débattre : Lire Jutta Ditfurth, Zeit des Zorns. Streitschrift für eine gerechte Gesellschaft. München: Droemer Verlag 2009, 272 S., 16,95 Euro


Source : jutta-ditfurth.de et blog.prinz.de - Wählt ungültig! Warum und wie?

URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=8805&lg=fr


vendredi 18 septembre 2009

Ce qui attend les Allemands après les élections:

Grande coalition et « effort national »
par Jutta Ditfurth, 15/9/2009

"...après les élections au Bundestag, il y aura une nouvelle Grande Coalition CDU-SPD. Pourquoi ? En dernière instance, CDU/CSU, SPD, FDP et Verts sont tous des partis bourgeois, partisans de l’État et du capitalisme. On boude encore la Linke (c’est presque son plus grand charme), mais elle aussi attend avidement d’être « intégrée. » Le bloc des partis dominants alterne avec lui-même aux élections"

Lire l'intégralité de l'article de Jutta Ditfurth ici

Sur la campagne électorale allemande, lire aussi

Le Parti de gauche allemand : une impasse

Pourquoi Oskar Lafontaine n’est pas un socialiste

samedi 12 septembre 2009

Le Parti de gauche allemand : une impasse

par Jutta Ditfurth, 11/9/2009; Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : »Sackgasse Linkspartei« , sur www.jutta-ditfurth.de et http://blog.prinz.de/wahl09/2009/09/11/%c2%bbsackgasse-linkspartei%c2%ab/- Sur l’auteure
La Frankfurter Allgemeine Zeitung, dont nul n’ignore que c’est ma lecture de chevet, regrettait récemment la disparition d’une « scène intellectuelle d’inspiration de gauche », qui lui manquait « surtout maintenant», «à un moment où la critique sociale serait dans son élément ... pas un seul chuchotement révolutionnaire à la ronde. Le rouge fait le mort (Rot stellt sich tot) »(1). La bourgeoisie a des problèmes d'identité. Elle a besoin de contradicteurs, pour que les lignes de front soient claires.

Mais il y a la Linkspartei, un parti de gauche, non ? « Maintenant nous allons faire une autre redistribution, qui sera plus juste", a déclaré Gregor Gysi la nuit dernière sur la ZDF ( "TV- Dreikampf", 10.9.2009 [2ème chaîne de télévision publique, NdT]).

Ah oui ? Voyons donc de quoi le Parti de la gauche est capable, là où il est associé au gouvernement, par exemple à Berlin, où SPD et Linkspartei gouvernent ensemble depuis 2002.




Le gouvernement SPD/Linkspartei a supprimé les aides pour les sans-abri et les personnes handicapées (2002), a aboli l’indemnité pour les aveugles (2005), a supprimé les tickets sociaux pour les transports publics (2004) pour les réintroduire plus tard, à cause des protestations violentes, à un prix trois fois plus élevé. Berlin a été un pionnier dans l'abolition de la gratuité du matériel scolaire (2003), a augmenté les tarifs des crèches (2003), baissé le budget de la jeunesse de 400 millions (2001) à 230 millions d'euros (2005) et créé 24.000 emplois à 1 Euro (de l’heure), ce qui a permis d’éliminer des emplois bien rémunérés aux tarifs des conventions collectives.
Beaucoup de personnes qui, auparavant, avaient été licenciées de leurs emplois à durée indéterminée en crèche par exemple, se sont retrouvées au même poste, cette fois-ci pour 1 € de l’heure.
Le Parti de gauche est coresponsable de la privatisation de sociétés municipales de logement. En 2004, la Gemeinnützige Siedlungs- und Wohnungsbaugesellschaft (GSW) a été vendue à un consortium de sociétés internationales de gestion de fonds, Whitehall (Goldman Sachs) et Cerberus, pour 405 millions d'euros. Le Sénat SPD/Linkspartei a vendu 1700 appartements de la Wohnungsbaugesellschaft Berlin-Mitte (WBM) à l'investisseur Puma Brandebourg Limited, qui a spéculé ouvertement sur la hausse des loyers (2). Rien qu’avec la vente de plus de 4500 appartements entre début 2007 et l'automne 2008, les sociétés immobilières berlinoises ont été en mesure de réaliser un chiffre d'affaires d'environ 272 millions d'euros (3).
Simultanément, les subventions aux associations d’aide aux locataires ont été réduiets ou supprimées. Ce serait quand même assez embêtant que des locataires mieux informés se défendent. La conséquence de la vente des logements appartenant au Land de Berlin [qui est une ville-région, NdT] ont été des augmentations de loyer et donc l’évacuation de locataires socialement vulnérables.
Sur les 209.000 logements municipaux privatisés à Berlin de puis 1995, plus de 57%, environ 120.000, l’ont été entre 2002 et 2005, alors que le Parti de gauche était au pouvoir (4).
Jamais depuis 1945, la santé publique de Berlin n’a été autant démolie que sous le règne SPD/Linkspartei au Sénat. De nombreux hôpitaux sont désormais privatisés. Le nouveau propriétaire est l’entreprise Vivantes, qui porte un ajout à consonance alternative à son nom : "Réseau pour la santé." Ce «réseau» n’est autre qu’un Konzern (grande entreprise), dans la gueule duquel presque tous les secteurs de soins aux patients hospitalisés et gestion du troisième âge sont jetés morceau par morceau.
De 2003 à 2004 39 millions d'euros pu être économisés dans le secteur de la santé de Berlin, en grande partie, parce que 13.000 salariés ont du renoncer à leurs primes de Noël et de congés payés, sous la menace de licenciement, du Sénat de "gauche" et des patrons de Vivantes. Depuis que l'entreprise a été créée, près de 4.000 emplois à plein temps et environ 1.000 places de formation ont été supprimés. Les travailleurs sont soumis à un chantage: la faillite ou la baisse des salaire. Le cabinet de consultants McKinsey a empoché des honoraires de 2,7 millions d'euros. Les licenciements et la réduction drastique du personnel font des cliniques Vivantes un objet très attractif pour les investisseurs.
Les soins médicaux aux patients des caisses-maladie au niveau des capacités scientifiques et techniques actuelles ne sont plus garantis. La pénurie de personnel et le stress du personnel hospitalier mettent la vie des patients en danger. Il n’est pas recommandé d’être livré à une clinique Vivantes dans une ambulance Vivantes avec un soupçon d'accident vasculaire cérébral.
C’est de gauche, ça ? Il n'y a pas de parti de gauche pour lequel on puisse voter.



Notes:
(1) Christian Geyer, »Rot stellt sich tot«, Frankfurter Allgemeine Zeitung v. 8.4.2009. L’expression fait allusion au slogan des années 1970-1980 : Lieber rot als tot, plutôt rouge que mort, réponse au slogan des années 1950 Lieber tot als rot [NdT]
(2) Ralf Schönball: »Wohnhäuser in Berlin für eine Milliarde gesucht«, in: Tagesspiegel v. 15.3.2006
(3) IHK Newsletter Bau- und Immobilienwirtschaft Nr. 7 v. 9.9.2008
(4)
www.bmgev.de/privatisierung/konferenz-dokumentation/praesentationen/praesentation-andrej-holm.pdf, consulté le 10.9.2009




Oskar Lafontaine, chef de la Linkspartei, dans le miroir d'Angela Merkel. Ludvik Glazer-Naudé



Un bilan détaillé et critique de 20 ans de PDS / Linkspartei, se trouve dans le livre de Jutta Ditfurth »Zeit des Zorn. Streitschrift für eine gerechte Gesellschaft« [«Temps de la colère. Pamphlet pour une société juste »]. München: Droemer Verlag 2009, 272 S., 16,95 Euro.



mardi 8 septembre 2009

"La dernière bataille, c’est nous qui la gagnerons"

Les Verts, dans la mesure où ils sont autorisés à participer au gouvernement quelque part, sont seulement au gouvernement et jamais au pouvoir
par Jutta DITFURTH, 7/9/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : »Die letzte Schlacht gewinnen wir«

Pendant la campagne électorale, Jutta Ditfurth blogue sur blog.prinz.de

Chouette : à Berlin, le samedi 5 septembre, environ 50 000 personnes ont manifesté contre les centrales nucléaires. Un océan de drapeaux multicolores, des slogans, de la musique. Légèrement bâclé, peut-être, mais il y avait des mobilisations ailleurs au même moment (par exemple contre le rassemblement nazi à Dortmund). Des vétérans de la lutte défilaient au son de Die letzte Schlacht gewinnen wir [La dernière bataille, c’est nous qui la gagnerons] de Ton Steine Scherben et de la musique de Kraftwerk, aux côtés de jeunes antinucléaires qui, eux, étaient plutôt branchés electro hip hop. Des décennies de luttes rassemblées.


Un mouvement avec des racines à Whyl, Brokdorf, Grohnde, Malville, Kalkar et Gorleben (1974-1979), des origines militantes et pleines d’imagination. Le mouvement anti-nucléaire des années 1970 a été le mouvement de masse qui a connu le plus grand succès depuis 1945, réussissant à empêcher- sans avoir un seul élu au parlement à ses côtés – la construction de plus de 70 des plus de 90 centrales nucléaires prévues en Allemagne. Il a lutté de façon indépendante de l'État et du capital. Le capital atomique a été contraint à la défensive à l’échelle internationale. Dans certains pays, ont est arrivés à arrêter l’ensemble du programme nucléaire, ailleurs, l'expansion des centrales a été limitée ou temporairement suspendue.

Énervant : à Berlin samedi, étaient aussi présents des policien-nes Verts en campagne électorale. Ils espèrent que leurs électeur-rices ont la mémoire courte. Mais il n'ya pas au Parlement un seul parti prêt à sacrifier sa participation à un gouvernement au prix de l’arrêt d’une seule centrale nucléaire. Pas plus les Verts que d‘autres, bien au contraire.

Nous autres opposant-es au nucléaire n’avons jamais eu rien à attendre (si ce n’est la répression et la tromperie) des partis étatistes, que ce soit du gouvernement SPD-FDP (années 1970), de l’État CDU / FDP (années 1980 et 1990) et encore moins du gouvernement SPD / Verts (1998-2005). Même le Parti de gauche a financé, en tant que parti au pouvoir en Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la fusion nucléaire. Mais les plus hypocrites, ce, sont les Verts.

Leurs électeur-rices veulent être trompés, par conséquent, les Verts entretiennent l’attitude : «Nous sommes d’une certaine manière contre les installations nucléaires». Du moins aussi longtemps que cela ne met en danger aucun strapontin. Le gouvernement SPD / Verts avait bricolé en avril 2002 un « consensus sur l'énergie ». L’intention tactique était de contrer la pression de la résistance anti-nucléaire en la divisant et en la pacifiant en lui faisant croire que « maintenant, on va faire quelque chose ». Qui donc lit les accords, les clauses en petits caractères, les accords de gouvernement?

Ce "consensus sur l'énergie" rose-vert - en fait, un consensus pro-nucléaire - contenait tant de portes grand ouvertes que le capital atomique, en dépit de toutes ses jérémiades, est depuis lors arrivé à maintenir en activité des vieilles centrales nucléaires, et même à préparer de nouveaux types de réacteurs et a réussi à ce jour à maintenir un programme nucléaire qui s’achemine vers sa prochaine étape, la fusion nucléaire, dont les dangers dramatiques ont été jusqu’à maintenant tenus secrets et banalisés.

Les Verts (et le SPD) ont aussi soutenu l’autorisation pour le réacteur nucléaire de recherche Munich II (FRM II de Garching). Il a démarré en juin 2004 et fonctionne avec de l'uranium hautement enrichi qui peut avoir une utilisation militaire. Une centrale à fusion nucléaire dégage en fonctionnement normal mille fois plus plus de radioactivité qu'une centrale à fission et produit cinq fois plus de déchets radioactifs qu’une centrale actuelle, dont le tritium radioactif émetteur de rayons bêta (isotope d’hydrogène). Sous sa forme gazeuse il se diffuse à travers presque tous les matériaux. L‘eau tritiée ne peut pas être chimiquement distinguée de l'eau normale. Le tritium est donc absorbé par le corps humain et peut pénétrer dans chaque cellule. Cette substance est cancérigène et induit des modifications génétiques.

Le SPD et les Verts ont également approuvé le stockage provisoire des déchets nucléaires sur les sites de centrales nucléaires et des transports (de déchets) nucléaires. Les Verts ont contribué en tant que parti au pouvoir en Rhénanie du Nord-Westphalie (1995-2005) au développement et à l'exploitation des centrales nucléaires d’Ahaus, Jülich et Gronau. C’est un gouvernement rouge-vert avec son chef de la police vert qui a fait passer à coups de matraques en 1998 un transport Castor vers le site de stockage des déchets nucléaires d’Ahaus.

En coopération avec la France, le gouvernement fédéral SPD-Verts a mis en route en 1993 la construction du réacteur pressurisé européen (EPR). L’ancien ministre des Affaires étrangères et de la guerre contre la Yougoslavie Joseph Fischer (Verts), devenu aujourd’hui l’occupant morose d’une villa à Berlin-Dahlem, a dit amen en 2003 à l’octroi d’un statut constitutionnel à la promotion et utilisation de l'énergie nucléaire dans l'UE.

Certains syndicats, proches dans leur majorité des partis atomiques, ont aussi mobilisé pour la manifestation de Berlin. Mémoire courte ? En Octobre 2005, les syndicats Ver.di [Syndicat uni des services, le « plus grand syndicat du monde libre », avec 2,4 millions de membres, NdT] et IG BCE (mines, chimie et énergie), ensemble avec les quatre entreprises du secteur énergétique Eon, Vattenfall, RWE et EnBW, ont exigé du gouvernement fédéral CDU / CSU/SPD nouvellement élu du de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires.

Le mouvement anti-nucléaire, depuis 35 ans, a démontré maintes et maintes fois que l'énergie nucléaire est mortelle, superflue et trop chère et peut être immédiatement remplacée par des sources d’énergie décentralisées, renouvelables (solaire, éolien, hydraulique) et par des changements techniques (production, architecture etc.). Même la propagande, selon laquelle la meurtrière technologie nucléaire serait un moyen approprié pour combattre le changement climatique, est définitivement réfutée depuis longtemps.

Le «cycle de vie» de la production nucléaire (extraction de l'uranium, enrichissement d'uranium, centrales nucléaires, usines de retraitement, transport nucléaire, déchets nucléaires) est un tueur de climat de première classe. Les centrales nucléaires polluent la nature et détruisent les humains. Les installations nucléaires détruisent le système immunitaire humain, provoquent des cancers et tuent même en cas de fonctionnement normal sans incident par les faibles radiations. Et à ne jamais passer sous silence : il n'y a pas de séparation entre les utilisations civiles et militaires de l'énergie nucléaire, qui exploite des centrales nucléaires, peut aussi fabriquer des bombes atomiques.

Voter Verts ? Sous le gouvernement Schröder / Fischer gouvernement des dizaines de milliers de policiers ont forcé à coups de matraques le passage des transports Castor à travers le Wendland. Les politiciens Verts étaient à l’époque éjectés des manifestations anti nucléaires ! Et à juste titre. Warum durften sie sich im letzten Jahr wieder einschleichen? Pourquoi ont –ils été autorisés à s’infiltrer cette dernière année ? Parce qu’on aurait envie de se laisser à nouveau mener en bateau tous les cinq ans? Même le «moindre mal» n'est qu'un mal, et souvent de grande ampleur. Existe-il des dépendances matérielles de certaines organisations ? Du fric de l‘Éat ? Des mandats?
Des initiatives comme
X-tausendmal quer [mouvement de blocage non-violent des transports Castor, NdT] déclarent sans rire : «Nous pouvons défendre le consensus nucléaire mal-aimé aux côtés des rouges- verts contre les demandes d'extension de la durée de vie des centrales émanant de l'industrie et de la CDU / FDP. » On peut reconnaître les ramollis et les dépendants à ceci qu’ils évitent les positions centrales de l'opposition anti-nucléaire. Ils disent tout au plus : « décrocher », « sortir » (du nucléaire) mais jamais : « Démantèlement immédiat de toutes les installations nucléaires. »

Ce qui est précisément ce pourquoi nous luttons.

Les Verts, dans la mesure où ils sont autorisés à participer au gouvernement quelque part, sont seulement au gouvernement et jamais au pouvoir (librement d’après Tucholsky).

Jutta Ditfurth a raconté de manière critique l’histoire des Verts allemands dans son livre: Das waren die Grünen (C’était les Verts) , München: Econ Taschenbuchverlag 2000, ISBN 3-548-75027-3.

mercredi 2 septembre 2009

Opération Nuit et Brouilard ou : comment Telekom m’a déconnectée

Un nouvel article de Jutta Ditfurth, où elle raconte la suite de ses aventures avec Telekom Allemagne.

Le jour où je me suis plainte à Telekom, j’ai perdu une foule de mails, mon accès à la messagerie et pour finir ma connexion Internet. Telekom m’a déconnectée. Mon bureau de journalistes est coupé depuis le 20 août du monde virtuel.

Le 14 août je devais passer en DSL. Il ne se passa rien. Mes plaintes répétées n’eurent aucune suite et une employée me conseilla « d’écrire à René Obermann (PDG de Telekom), s’il ya quelque chose qui peut marcher, c’est bien ça. » Ma plainte à Monsieur Obermann, envoyée le 20 août à 13h34 reçoit une réponse de Monsieur G. à 15h45. « Nous vous remercions d’avoir pris du temps pour écrire à notre PDG. Soyez assurée que nous prenons votre plainte très au sérieux et que nous y ferons droit dès que possible. » J’ai même reçu un numéro de dossier. Magnifique. Le 20 août à 17h33 je reçois un appel de Madame P. : « Le PDG de Telekom m’a chargée de résoudre votre problème. » Mon problème ? Madame P. n’a pas de ligne directe et me donne le numéro du central téléphonique de Telekom. La télécommunication, c’est quand la communication se dégrade. J’ai lu récemment que Telekom apprécie les employés capables de désamorcer les plaintes. Madame P. me dit : « Si j’ai bien compris votre lettre, l’offre Call+ Surf Comfort Plus (CSCP) vous satisferait ? » Mais ma lettre de trois pages à Monsieur Obermann pointait des problèmes structurels chez Telekom (Voir mon
blog n°4). De cela, pas un mot.
Jutta Ditfurth, avouons-le sans honte, est notre Allemande préférée. Cette journaliste et écrivaine est avant tout une militante. Elle a fondé le groupe Gauche écologiste et a été élue au conseil municipal de Francfort sur la Liste antiraciste ökolinx (Gauche/liens écologistes) après sa rupture fracassante avec les Verts, dont elle avait été une des cofondatrices et dirigeantes, dès 1991.
En mai 2009, Jutta a publié un livre de combat, Zeit des Zorns (Temps de la colère), sur lequel on peut lire une note de lecture en français ici. Un livre qui esquisse un programme de lutte contre LEUR crise.

Depuis quelques semaines, Jutta développe les thèmes de son livre dans des blogs sur le site de son éditeur.

On peut lire les traductions françaises de ces articles ici:



Des textes qui valent le détour. Et en plus, elle a de l'humour, ce qui n'est pas une qualité très répandue outre-Rhin.

FG

vendredi 15 mai 2009

Les nouveaux va-t-en-guerre : Comment les Verts allemands ont fini par entrer dans l’OTAN

par Jutta DITFURTH. Traduit par Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Junge Welt - Neue Kriegspartei-Der Weg der Grünen in die NATO, basé sur le livre »Das waren die Grünen« („C’était les Verts“), München: Econ Taschenbuch Verlag 2000

Il y a dix ans, pour la première fois depuis 1945, l’Allemagne prenait part à une guerre. Personne n’aurait imaginé que ce seraient les Verts, parti naguère antimilitariste et pacifiste, qui faciliteraient l’entrée en guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie. Les premières bombes tombèrent le 24 mars 1999. Des êtres humains ont été tués, dans des prés, des maisons, des trains, alors qu’ils s’enfuyaient, dans des hôpitaux, des usines, des écoles. Dans certains hôpitaux, le courant fut coupé, entraînant l’interruption des radiothérapies pour les cancéreux, l’arrêt des couveuses et des appareils de dialyse.


Au cours des 78 jours de guerre l’OTAN a procédé à 38000 attaques aériennes et a largué 9160 tonnes de bombes. Ces frappes ont transformé les usines chimiques et les raffineries de pétrole en usines à poison. Du phosgène a abîmé les voies respiratoires, de la dioxine cancérigène s’est accumulée dans des corps humains. Du mercure, du zinc, du plomb et du cadmium ont contaminé les châteaux d’eau. La Yougoslavie avait même fourni à l’OTAN la localisation de ses usines chimiques, pour éviter les dommages en cas de frappes , mais l’OTAN les a justement choisies pour cibles . Les bombardiers A-10ont de plus largué sur la Yougoslavie environ 30 000 projectiles représentant au total dix tonnes d’uranium appauvri. Une intervention humanitaire d’un grand « rayonnement », cancérigène et polluante. Greenpeace et les Verts n’ont pas ouvert la bouche. La realpolitik a un prix.


Aucun parti ne vient au « pouvoir », en Allemagne sans rompre avec des positions fondamentales de la gauche ; il lui faut rejeter l’anticapitalisme et prêter serment de fidélité à l’OTAN. Nous l’avons constaté depuis 1945 avec le SPD, puis les Verts et maintenant La Gauche. Seules les modalités varient.



1973 : quand Joschka, militant du groupe Révolutionärer Kampf (Lutte révolutionnaire) affrontait la police dans les rues de Francfort


Les Verts étaient les enfants des nouveaux mouvements sociaux et avaient leurs racines dans les mouvements pacifistes et antinucléaires. Entre 1989 et 1991 leur virage à droite leur a fait perdre environ10 000 membres, pour la plupart militants de gauche. Ceux qui les on remplacés auraient en grande partie aussi bien eu leur place chez les libéraux du FDP.


Et pourtant au début on était plutôt pacifiste. Le premier programme des Verts, en 1980, prévoyait la dissolution immédiate de l’OTAN et du Pacte de Varsovie, le désarmement « unilatéral » et la suppression de la Bundeswehr. Le « Manifeste pour la paix » de 1981 rejetait l’intervention de la Bundeswehr même en cas d’agression de l’Allemagne par une armée étrangère. En 1983 les Verts ont décidé « la dissolution des deux blocs militaires, l’OTAN et le Pacte de Varsovie. Nous devons sortir de l’OTAN.» Et les Verts le répètent lors de la campagne législative de 1987 : « Il faut sortir de l’OTAN, car l’OTAN exclut la paix et que l’affaiblissement, la désintégration et finalement la disparition de cette alliance sont une condition sine qua non de la paix. L’OTAN n’est pas réformable. » Cette année-là les Verts obtinrent leur score maximal avec 8,3% des voix.


Mais entre temps l’aile droite du Parti, les « realos » [adeptes de la realpolitik, regroupés autour de Joschka Fischer et Daniel Cohn-Bendit, qui avaient créé en 1981 l’Arbeitskreis Realpolitik, le Cercle de travail realpolitik opposés, aux « fundis », ou fondamentalistes éco-socialistes, auxquelles appartenait l’auteure, NdR Tlxcala] avaient commencé à fricoter avec le SPD derrière le dos du parti. Petra Kelly s’en méfiait : « Aux yeux des realos l’OTAN est brusquement devenue presque un alliance pacifiste. Cela veut dire qu’ils renoncent à la non-violence.» Mais les realos refusaient de l’admettre ouvertement. En 1988 Joseph Fischer prétendait dans un débat publié par Stern qu’il « détalerait » des Verts si le parti était un jour intégré à l’OTAN et acceptait le principe du monopole étatique de la violence.


Daniel Cohn-Bendit était dès le commencement des affrontements tendant à la guerre civile en Yougoslavie au début des années 90 partisan d’une intervention militaire. Il fut l’un des premiers à faire des parallèles douteux en comparant la situation à Gorazde à celle des Juifs dans le ghetto de Varsovie et il demanda une intervention militaire (FAZ du 21/4/1994). Au début Cohn-Bendit ne représentait qu’une petite minorité belliciste, à coloration raciste. Lors d’une assemblée au niveau fédéral, en octobre 1993, il hurla qu’il fallait envoyer des troupes en Bosnie, car les musulmans bosniaques sont un élément de la culture européenne : « des hommes de notre sang ».



1985: Joschka Fischer devient ministre de l’Environnement de Hesse. Il est encore en baskets et sans cravate. Le Spiegel fait sa une : « La terreur des industriels Joschlka Fischer, Premier ministre vert de l’Environnement »

Une prestation théâtrale

Bientôt Cohn-Bendit et Fischer engagèrent un affrontement remarquablement mis en scène, destiné à influencer la base du parti et les électeurs verts. Fischer s’opposait à Cohn-Bendit, continuant apparemment à refuser toute intervention militaire allemande dans les Balkans : « Je suis convaincu que des soldats allemands, en un lieu où la soldatesque hitlérienne a sévi durant la Deuxième guerre mondiale, ne peuvent qu’attiser un conflit et non l’apaiser. »

Mais, comme s’il décrivait déjà sa future attitude, il ajouta : « Je crains fortement qu’à l’avenir le gouvernement allemand, la coalition (la coalition CDU-FDP, JD) et les généraux ne recourent à la tactique du saucissonnage pour chercher, voire faire naître, des occasions de faire sauter les barrières qui existent encore en matière de diplomatie pour l’Allemagne réunifiée. En prenant comme prétextes les questions humanitaires et les droits humains.»

Les dissensions publiques de Cohn-Bendit et Fischer au sujet de la guerre avaient pour but de transformer les Verts en parti de gouvernement – c’est à dire, en Allemagne : militariste - à temps pour les élections de 1998 au Bundestag, et d’entraîner avec eux des électeurs et membre du parti, naguère alternatifs de gauche. Cohn-Bendit jouait son propre rôle : le belliciste épris de violence. Fischer jouait un rôle de composition : l’antimilitariste bourrelé de scrupules.

Les Verts se sont ralliés de plus en plus promptement aux exigences de leur partenaire de coalition, votant avec eux toutes les décisions, en passant par l’envoi de Casques bleus jusqu’à la guerre. En 1995 j’écrivais : « Si quelqu’un (des Verts) a encore quelque doute sur l’effet pacificateur de la guerre, il se fait peu à peu engluer dans la toile d’araignée de la logique nationaliste pangermanique. Il n’est pas un autre parti en Allemagne qui soit à ce point capable d’attirer et de retenir une partie d’une classe moyenne sceptique, de sensibilité écologique et pas encore tout à fait dépourvue de morale sociale dans les rets de la politique actuelle : retour au Reich, si nécessaire à la guerre.» Pour avoir signalé le danger pour les Verts d’en arriver à approuver des interventions militaires allemandes, j’ai alors été la cible des attaques de la gauche elle-même et taxée d’exagération

Un prétexte émotionnel dont Fischer avait besoin pour l’acte final de son show lui a été fourni par les Serbes de Bosnie en 1995 avec l’attaque des zones sous protection de Srebrenica et Zepa. Les évènements, alors pas entièrement éclaircis – avait-on affaire à un massacre ou à une bataille ? – ont suffi à Fischer pour déclarer : « La gauche allemande ne court-elle pas grand danger de perdre son âme en se dérobant à la résistance contre ce nouveau fascisme et sa politique de violence, quelles que soient les excuses dont elle se pare? » Mais la clientèle verte n’était toujours pas prête à partir en guerre, et donc Fischer ne prit pas position en faveur de l’intervention allemande.



1991 : ça y est, il a adopté la cravate ! 1998 : enfin au pouvoir suprême
Photos Herlinde Koelbl, Munich

Enfin au but

En 1998 les Verts purent enfin entrer au gouvernement. Mais ils n’étaient pas au pouvoir. Schröder était sans doute le chef de cuisine et Fischer le garçon de salle - une mise au point sur la hiérarchie interne – mais, pour filer la métaphore idiote de Schröder, le bistrot appartenait à d’autres. Ni l’un ni l’autre ne touchèrent à la question de la propriété ou à l’appartenance à l’OTAN ou au service de ses intérêts.

Des journalistes pas très malins - ou qui se payaient la tête de leur public –se demandèrent avec inquiétude après les élections de 1998 si Washington accepterait un ex-révolutionnaire comme ministre des Affaires étrangères. Ces doutes allemands amusèrent beaucoup les médias usaméricains. Une porte-parole du Département d’État déclara « Mais les Verts ne sont pas une inconnue pour nous, ni Fischer une surprise. »En 1998 Fischer s’était « très bien conduit lors d’une rencontre avec des membres de la Commission des Affaires étrangères du Congrès» à Washington (d’après le Département d’État). Le Congrès n’a rien contre Joseph Fischer ; les ex-gauchistes complètement apprivoisés sont parfois très utiles.

À la surprise de tous ceux qui le connaissaient, Fischer déclara après sa nomination aux Affaires étrangères : « Je n’ai jamais rien eu contre les USA ni contre l’OTAN . J’étais du petit nombre qui, au Congrès des Verts en 1985, a voté contre la décision de sortir de l’OTAN. » Personne ne s’en souvient, mais aujourd’hui on trouverait certainement quelques « Fischer’s Friends » pour en témoigner.

Fischer, devenu ministre des Affaires étrangères en 1998, déclara dans un style très wilhelminien : « Je ne connais pas de politique étrangère verte, je ne connais plus que la politique allemande.» « Le nouveau gouvernement allemand » ne modifiera pas « fondamentalement (…) la politique étrangère de l’Allemagne » constate elle aussi, avec satisfaction, la FAZ :« Le Chancelier Schröder et son Ministre des Affaires étrangères Fischer approuvent, fidèles à leur promesse de rester dans la continuité, les principes de politique extérieure que Kohl avait gravés dans le marbre. »

« Une simple formalité »

Le 16 octobre 1998, le vieux Bundestag prit avec l’accord des nouveaux élus une décision anticipatoire autorisant la participation de l’Allemagne à d’éventuelles frappes aériennes de l’OTAN sur la Yougoslavie. Fischer recommanda aux Verts de voter en sa faveur. Neuf seulement d’entre eux sur 48 votèrent contre la guerre. Mon commentaire « L’Allemagne est prête à lancer une nouvelle guerre. L’OTAN a un gouvernement rouge-vert à sa botte» (ND du 14/11/1998). À nouveau on m’accusa d’exagérer. La guerre a débuté 5 mois après

Plus tard Fischer se lamenta : « Nous avons eu (le 12 octobre 1998) 15 minutes pour décider de la guerre ou de la paix. » Bien sûr cela aussi est faux. La décision avait été prise juste après les élections au Bundestag lors d’une visite à Washington de Fischer et Schröder, alors candidat à la chancellerie. Le 9 octobre 1998, avant même de prêter serment, Gerhard Schröder et Joseph Fischer ont effectué une visite à Washington. Avant même d’avoir rencontré William Clinton, Schröder et Fischer se sont déclarés prêts à poursuivre la politique du gouvernement précédent – y compris contre la Yougoslavie. La décision de participer à la guerre de l’OTAN a été prise juste après l’entretien avec Clinton. Le soir même, les ambassadeurs de l’OTAN à Bruxelles lui donnaient une légitimité juridique. Lorsque le Conseil de l’OTAN s’est réuni, le 12 octobre, il ne s’agissait plus que « d’une simple formalité ».



2001 : le ministre visite les troupes allemandes de la KFOR à Tetovo, en Macédoine


La trace baveuse de Fischer

Fischer est entré aux Affaires étrangères sans disposer d’aucun pouvoir. D’emblée il a laissé derrière lui une trace baveuse et s’est soumis à l’appareil bureaucratique en place. Il a soutenu les écoles élitaires pour enfants de diplomates « Fischer a étendu une main protectrice même sur les avantages fiscaux accordés aux diplomates, et depuis, ses troupes lui mangent dans la main » a révélé la Zeit. Les louanges que lui accorde la FAZ sont elles aussi dévastatrices pour un prétendu homme de gauche : « Mais le plus bel atout dont dispose Fischer vis-à-vis des diplomates, c’est d’avoir défendu avec succès face à son partenaire de coalition le maintien complet des allocations d’expatriation. Les gros sous sont les pères de l’amitié.» Fischer « a laissé en place même des intimes de son prédécesseur » et a placé aux principaux postes d’ambassadeurs des proches du gouvernement Kohl.

La pression des USA sur le gouvernement fédéral s’est accentuée. Les autres méthodes de contrainte s’étaient avérées inopérantes en Yougoslavie. L’OTAN considérait ce pays comme un «verrou» pour ses intérêts en Asie centrale. On avait essayé de faire sauter ce «verrou» par des moyens « pacifiques », en faisant jouer tous les ressorts de la société civile. On avait déstabilisé l’économie yougoslave avec l’aide du Fonds monétaire international (FMI). On avait offert des crédits de la Banque mondiale1 à la Yougoslavie en échange de son allégeance.

Une propagande à faire dresser les cheveux sur la tête

En janvier 1999 la Secrétaire d’État usaméricaine aux Affaires étrangères, Madeleine Albright, finit par menacer Milosevic d’interventions de l’OTAN. Mais l’opinion allemande n’était pas encore prête. Il a encore fallu le prétendu massacre de Racak. Le chef de la mission d’observation de l’OCDE au Kosovo, William Walker, a « découvert », le 16 janvier 1999, 40 corps dans une fosse près du village de Racak. Aussitôt il dénonça dans tous les médias occidentaux « le massacre perpétré par les Serbes » à l’encontre de « civils kosovars albanais innocents ». Walker avait autrefois été chef de section à l’ambassade US au Salvador, puis ambassadeur entre 1988 et 1991. On l’accuse d’avoir été responsable de la livraison d’armement aux Contras du Salvador pour attaquer le Nicaragua. Lorsqu’en 1989 un bataillon de paramilitaires instruits par les USA avait assassiné à l’Université de San Salvador six jésuites ainsi que leur cuisinière et sa fille de quinze as, « suspects » de sympathie pour des paysans opprimés, Walker avait déclaré : « Dans de telles situations le contrôle peut toujours nous échapper. »

Walker se vantait d’être plus crédible que les Serbes pour l’opinion mondiale. Il avait raison. La découverte de cadavres atrocement mutilés fit le tour du monde et parvint admirablement à justifier la guerre. Plus tard il s’avéra que ce massacre était un montage. Des recherches menées par des journalistes français, usaméricains et finlandais montrèrent que l’on avait ôté leur uniforme à des combattants de l’UCK tués au cours d’un accrochage armé pour les faire ensuite passer pour des civils. Les médecins légistes finlandais remirent leur rapport à Fischer, alors à la présidence de l’UE. Ce dernier ne le publia pas. Mais l’OTAN, pour plus de sûreté, entama une ronde dans l’opinion publique pour se légitimer. Là-dessus on lança les négociations de Rambouillet, où l’on exigea de la Yougoslavie la signature de conditions inacceptables pour tout État souverain (voir jW-Thema du 6/2/2009)La Yougoslavie ne pouvait que refuser, sous peine d’accepter un statut de colonie et l’occupation de tout son territoire par les troupes de l’OTAN.

Alors que par le passé le ministre des Affaires étrangères Joseph Fischer avait vu dans Auschwitz la raison pour laquelle les troupes allemands n’avaient rien perdu dans les Balkans, maintenant il instrumentalisait le génocide des Juifs européens pour justifier une guerre en violation du droit international. Seuls les Verts, avec leur aura d’ex-pacifistes et d’antifascistes, pouvaient faire passer chez des citoyens de la gauche alternative de sensibilité pacifiste cette macabre justification: Auschwitz contraignait l’Allemagne à participer à une guerre de l’OTAN contre la Yougoslavie. Helmut Kohl (CDU) et Guido Westerwelle (libéraux du FDP) auraient été dans ce rôle ridicules et impensables. Si un gouvernement CDU/FDP avait bombardé Belgrade, des marches en étoile auraient bloqué les rues de toutes nos villes avec le soutien du SPD, des Verts et des dirigeants syndicaux.

Milosevic – Staline – Hitler

Le 24 mars 1999 la guerre commence. Joseph « Wilhelm » Fischer prétend que le Kosovo est la proie d’un fascisme « barbare, « grossier» voire « primitif ». Selon ses propres termes : « Ce fut un véritable choc pour nous de voir Milosevic prêt à emboîter le pas à Staline et Hitler : mener une guerre pour exterminer un peuple tout entier.» Et : « Si l’on veut stopper la «SS serbe », on ne peut se passer des bombes .» Aujourd’hui Fischer mise sur la courte mémoire des êtres humains lorsqu’il nie avoir établi un douteux parallèle entre la situation au Kosovo et Auschwitz et l’avoir ainsi relativisé ce dernier. Mais des traces sont restées. Peu après les début de la guerre, Fischer se justifiait ainsi de l’avoir approuvée : « Je n’ai pas seulement appris à dire « Plus jamais la guerre !», mais aussi « Plus jamais Auschwitz ! » Le magazine US Newsweek lui ayant demandé : « You see a direct parallel to the Nazi era? (Vous voyez là un parallèle direct avec l’époque nazie ?, NdT) », il lui a répondu :« I see a parallel to that primitive fascism. Obviously, the ’30s are back, and we cannot accept that. (J’y vois un parallèle avec ce fascisme primitif. Apparemment, les années 30 sont de retour et nous ne pouvons accepter cela. NdT)»

Bien sûr Fischer n’était pas tout seul, il avait derrière lui, en matière de politique de guerre, la majorité des cadres verts et, depuis le Congrès sur la guerre du 14 mai 1999 à Bielefeld, également la majorité du parti.

D’autres institutions du mouvement pacifiste, comme la « Fondation hessoise pour la recherche sur la paix et le traitement des conflits » se révélèrent martiaux conseillers de l’OTAN sur la bonne manière de gagner la guerre. Le camp rouge-vert approuva aussi la guerre avec tant de vigueur dans les médias bellicistes que la Frankfurter Rundschau se refusa à publier une critique de la comparaison établie entre Auschwitz et Kosovo. Des survivants des camps durent payer en avril 1999 38 000 DM pour faire insérer un texte et se faire entendre. C’était une lettre ouverte au ministre des Affaires étrangères, Fischer, et à celui de la Défense, Scharping : « Contre un nouveau mensonge sur Auschwitz. – Nous, survivants d’Auschwitz et autres camps d’extermination, condamnons l’abus que vous-mêmes et d’autres politiques faites de la mémoire des morts d’Auschwitz, Juifs, Roms, Sinti et Slaves, dont les fascistes hitlériens ont organisé et perpétré l’assassinat au nom de la race de seigneurs allemande. Pressés de trouver des arguments en faveur de votre funeste politique, vous n’hésitez pas à minimiser la gravité d’un crime jusqu’ici sans précédent dans l’histoire humaine. »


Février 2003 : président en exercice du Conseil de sécurité


La complicité des Verts

L’OTAN a transformé le conflit cruel, mais régional, qui se déroulait au Kosovo en guerre contre la Yougoslavie. Que l’Allemagne ait, en la personne de son ex-ministre des Affaires étrangères, Hans-Dietrich Genscher (FDP), attisé ce conflit lorsqu’elle a reconnu en 1991 l’indépendance des Républiques yougoslaves de Slovénie et de Croatie, voilà l’un des nombreux tabous de l’histoire allemande récente.

Le Kosovo est devenu pour l’OTAN un terrain de manœuvres pour s’entraîner aux coopérations internes sur le sol européen et habituer la population allemande (et pas elle seule) aux guerres ainsi qu’une foire-exposition pour les industries d’armement. La guerre avait pour but d’ouvrir la voie vers l’Asie centrale, en supprimant un obstacle aux intérêts géostratégiques dans la région.

En pleine guerre l’OTAN célébrait son 50e anniversaire lors du sommet d’avril 1999 à Washington. Elle se déclara alliance guerrière à l’échelle mondiale. Ses troupes comptaient déjà 4 millions d’hommes. Contre qui les employer ? Tous ses États membres, y compris le Chancelier fédéral d’alors, Gerhard Schröder, ont signé le nouveau et fort agressif Concept stratégique. Et pas la moindre critique de la part de Fischer, le «ministre des droits humains » . Il faudrait y songer, alors qu’aujourd’hui, on manifeste contre la machine de guerre qu’est l‘OTAN à l’occasion de son 60e anniversaire et que certains Vers brandissent le drapeau pacifiste, pendant que des troupes Allemagnes assassinent en Afghanistan avec l’assentiment des Verts.

Environ 5000 êtres humains ont été tués, en Yougoslavie, avec la complicité des Verts. Ne l’oublions pas.

1 - En 1996 les USA avaient lancé entre autres le « Southeast European Cooperative Initiative » (SECI). Son but : intégrer totalement les pays riverains du Danube au capitalisme : économie de marché, prévention des conflits, sécurité et stabilité


Joschka Fischer en décembre 2008. Tout ce qui lui reste de vert, c’est…sa cravate !

Le capitalisme n'est pas planifiable


Compte-rendu du livre Temps de la colère, de Jutta Ditfurth
par Vicente ROMANO. Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original :
El capitalismo no es planificable - Reseña del libro Tiempo de la ira, de Jutta Ditfurth



Jutta Ditfurth, un exemple d'honnêteté et de cohérence révolutionnaires, nous offre un nouveau cadeau avec un autre de ses excellents livres: Zeit des Zorns (Temps de la colère). Militante célèbre de la gauche allemande antidogmatique, experte extraordinaire de l'évolution ou de la régression de la gauche classique de son pays, elle nous offre un travail indispensable pour connaître les événements sociopolitiques et socioéconomiques de l'Allemagne durant ces dernières décennies.

Cette sociologue, journaliste et militante politique engagée dans les plus beaux idéaux de l'humanisme marxiste et de l'écologisme, nous présente ici un essai polémique, mais révélateur, sur la nature et les tendances du capitalisme et sa crise actuelle.

Il y a des « gens de gauche », dit-elle, qui s’imaginent que le capitalisme peut être réformé et transformé en une organisation sociale plus humaine. Erreur crasse, proclame-t-elle. Les marxistes de salon qui défendent ces positions ne font que manifester la crainte de perdre les agréments sur lesquels ils sont assis. Il n'y a pas de capitalisme sans lutte de classes, affirme-t-elle. Et tant que les opprimés ne se rebelleront pas, la lutte émancipatrice reste réduite à cela, à à des colloques réformistes, ou plutôt conformistes, de salon.

Jutta Ditfurth signe ici un courageux règlement de comptes avec les politiciens et les fonctionnaires qui ont trahi les idéaux d'une société plus humaine. Qu’en est-il du principe espérance de la gauche ? Se demande-t-elle. Qui se dresse aujourd'hui pour mettre des limites au capitalisme et combattre la pauvreté et la destruction de la nature ?

Dans la lignée d'autres femmes allemandes comme Rosa Luxemburg, Elisabeth Abendroth ou Ulrike Meinhof, chacune à sa manière, Jutta prête sa voix indignée à tous ceux qui se trouvent désemparés face à ce système arrogant dévastateur de l'humanité et de la nature. Elle expose avec un langage simple et clair la véritable nature du capitalisme, la crise actuelle et ses tendances vers l'autoritarisme et le néofascisme

Sans avoir besoin de s’appuyer sur la crise, le capitalisme est déjà, en son état normal, une catastrophe pour les êtres humains et la nature. Il ne peut pas exister sans le profit ni l’exploitation. Les deux seules sources de toute richesse sont la force de travail humaine et les ressources naturelles. Et le capitalisme s'efforce de les soumettre et de les exploiter au maximum. C’est son essence même, consubstantiel à son système de production. Le blabla que tout le mal vient de l'avarice des banquiers et des gestionnaires irresponsables n'est rien de plus que de la simple parlotte. Oui, ils sont avaricieux, mais c'est la structure elle-même de ce mode de production qui les force à être ainsi. Et celui qui n'exploite pas au maximum perd sa carrière ou son évolution de carrière.

La seule chose qui peut freiner cette ardeur destructrice se sont les luttes de classe. Aucune crise ne l’arrête, il est la crise. Le capitalisme est en crise permanente, ici ou là. Pour des millions et des millions de personnes, le capitalisme, avec crise ou sans crise, n'est autre chose qu’une catastrophe pour leurs vies : ils travaillent comme esclaves dans les grandes propriétés rurales, ils créent la richesse sociale dans une quelconque usine ou atelier, ils cousent la dernière mode en Europe de l’Est, en Chine ou au Vietnam.

La production capitaliste, le mode d'accaparement de la plus-value, comme disait Karl Marx, provoque des dommages physiques et psychiques énormes aux êtres humains : maladies nerveuses et cardiovasculaires, infections, cancer, etc. Et les progrès de la médecine se transforment en de nouvelles formes d'accumulation de richesse pour les conglomérats pharmaceutiques. Et seule une minorité infime de l'humanité a accès à ces progrès.

Oui, nous dit Jutta Ditfurth, le capitalisme est réformable, mais rarement au bénéfice de l'humanité. Parfois on perd même les bénéfices humains, les conquêtes sociales de tant d'années de luttes. Et c’est cela que l’on appelle le progrès. Tant de batailles perdues !


Dans ce parc de Berlin, entre un panneau qui avertit que « Les chiens doivent être tenus en laisse » et un autre qui interdit les grillades (en turc, en grec et en serbo-croate, à l’usage des immigrés culturellement sous-développés), une main anonyme a ajouté « les hommes ne sont pas des ordures ».
Source: Gerhard Seyfried,
http://blogs.taz.de/zeichenblog/kategorie/schilderguerilla/


Beaucoup de ces réformistes n’ont rien à objecter sur son essence. Ils parlent de « déviations », d'« avarice », « de capitalisme destructeur » et autres idioties. Mais jamais ils n’admettent que c’est le capitalisme normal et courant qui présente la crise de suraccumulation comme « crise financière »

Le capitalisme produit continuellement la crise. C’est une chose que l’on ne nous enseigne pas à l'école. Et, en rapport à la crise actuelle, l'auteure se pose les questions suivantes :

Quelles conséquences la crise économique mondiale renferme-t-elle ? Catastrophiques pour les plus pauvres et pour la nature, répond-t-elle.

Le capitalisme va-t-il s’enfoncer ? Non, malheureusement. Mais les démocraties bourgeoises deviendront plus autoritaires et dictatoriales.

Sommes-nous menacés par plus de guerres ? Oui.

L'État peut-il nous sauver du capitalisme ? Non. C’est l'État du capital, et le capitalisme n'est pas planifiable.

Ce que le capital appelle la « crise » c’est la situation qui se crée lorsque ses profits baissent. Mais sa crise n'est pas la nôtre. L'immense douleur humaine qu'il comporte implicitement, le capital s’en souciera comme d’une guigne tant que des révoltes, des rébellions et des révolutions ne surgiront pas.

Personne ne peut se faire d’illusions que la crise mondiale conduira à l’écroulement du capitalisme. Elle aidera à résoudre quelques problèmes, à assainir le marché et à obtenir des profits supplémentaires. L'argent pour mettre en place ces mesures, échappant à notre contrôle, provient des fonds publics (du peuple) et remplit les poches de ceux qui provoquent ce mal social jusqu'aux limites de l’intolérable.

Que personne ne se fasse d’illusions, avertit Jutta Ditfurth. Aucun « être suprême » ne décide du sens de nos vies, ni Église, ni religion et encore moins le capital. Nous sommes les seuls à décider.

Pour tout humaniste et toute personne de gauche, l'essentiel est l'être humain. Et ce dont il s’agit, c’est d’ éradiquer toutes les relations sociales qui privent l’être humain de sa vie, de ses possibilités de développement et de son bonheur.


Jutta Ditfurth
ZEIT DES ZORNS. Streitschrift für eine gerechte Gesellschaft
[TEMPS DE LA COLÈRE. Écrits de lutte pour une société juste]Droemer Verlag, Munich 2 mai 2009. 270 pages.


mercredi 1 avril 2009

La seule réponse sensée au Sommet du G20

Un projet téméraire nommé révolution sociale
Discours de Jutta Ditfurth devant le Bloc social-révolutionnaire et antinational à la manifestation anti-crise de Francfort sur le Main le 28/03/2009
Traduit par Michèle Mialane, révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala
Original : Ein tollkühner Plan namens soziale Revolution
Un plan muy audaz llamado revolución social
Sur l’auteure




Dans un récent journal télévisé un permanent d’IG Metall [syndicat des métallos, NdR] a demandé au gouvernement allemand de rétablir des « rapports normaux». Les rapports entre le capital et l’État pourraient être « normaux » ? Erreur fondamentale ! Et le capitalisme n’est-il pas suffisamment meurtrier dans son « état normal » ? Deux ans AVANT la crise économique mondiale le milliardaire Warren Buffett déclarait au New York Times :

« Bien sûr que nous sommes en pleine lutte des classes, mais c’est ma classe, celle des riches, qui fait la guerre, et nous sommes en train de la gagner. »

Avec la crise mondiale cette guerre est désormais entrée dans une nouvelle phase, encore plus dure.

Bien sûr les puissants essaient d’exporter un maximum de retombées de la crise vers l’aire tricontinentale, le « Tiers Monde. » La seule Chine comptera à la fin de l’année parmi les travailleurs itinérants 40 millions de chômeurs hors d’état de nourrir leur famille. L’an dernier, on a déjà diminué de moitié l’aide alimentaire que les organisations onusiennes fournissent aux États africains.

Pour faire tenir tranquilles les sujets de la République fédérale on manie tour à tour consommation et répression. Des intérimaires ont été licenciés sans bruit par centaines de milliers en quelques semaines. Pas de grèves de solidarité, pas de grèves sauvages, rien. Plus d’un million de travailleurs à temps partiel seront au chômage à l’automne. S’ils n’acceptent pas leur « destin » et Hartz IV1, on fera appel pour « résoudre » la question sociale à l’armée, la police et la justice, en recourant au besoin aux foyers-asiles, aux détentions administratives et à la psychiatrie.
L’ordre social allemand reste un ordre carcéral.

Pendant que nos chefs d’État veulent nous faire croire qu’ils agissent dans notre intérêt, ils œuvrent en réalité dans l’intérêt de ceux qu’ils représentent : les détenteurs de capitaux. Et l’accès aux réserves énergétiques est central dans la concurrence entre capitalistes. C’est une des raisons pour lesquelles, en dépit de la crise économique mondiale et de la misère des masses, les USA se préparent à intensifier la guerre en Afghanistan.

Les bastions centraux du capitalisme réussiront-ils à maintenir sous contrôle leurs ghettos, qui ne cessent de s’étendre, et à sauver du naufrage une fraction conséquente de sa classe moyenne ? Si oui : à quel prix, en passant sur les cadavres amoncelés de qui ? Plus d’êtres humains que jamais se noieront dans la Méditerranée en essayant d’atteindre les côtes européennes et cela sous les yeux des policiers allemands, entre autres.

Et nous : découvrirons-nous en quels points faibles attaquer le système pour le renverser ?

La crise économique mondiale présente d’énormes avantages pour ceux d’entre les capitalistes qui s’en tirent et sont en position d’avaler leurs concurrents. Le capitalisme se sert de la crise pour se débarrasser de ce qui reste encore de droits humains démocratiques et sociaux et des exigences écologiques de tous ordres, bref, de tout ce qui fait obstacle aux profits.

La misère n’engendre pas automatiquement une évolution de gauche, chez nous moins qu’ailleurs. L’Allemagne est de tradition autoritaire, la résistance de gauche n’y a guère connu de succès. Il a fallu attendre les années 60 pour qu’un émigré juif qui avait fui ses bourreaux allemands, Herbert Marcuse, ramène en Allemagne le droit à la « résistance » (en français dans les texte, NdT). Il écrivait :

« Je crois que les minorités opprimées et vaincues possèdent un « droit naturel » à la résistance, qui les autorise à employer des moyens illégaux, dès lors que les moyens légaux s’avèrent insuffisants … »(Tolérance répressive, 1964)

Nos adversaires essaieront cette année de nous faire le coup du « destin commun de la nation.» Mais la nation allemande est toujours contre l’égalité sociale, contre cette liberté qui délivre de l’exploitation, du racisme, de l’antisémitisme et du sexisme. Elle ignore aussi bien la solidarité sans frontières qu’une large émancipation sociale.

Une vie vraiment humaine pour tous ne peut se concevoir que dans une société sans travail salarié et sans capital, sans la croissance illimitée de l’économie capitaliste avec son obligation de profit, de consommation et de concurrence.

Pour parvenir à ce but élevé: « renverser toutes les structures qui font de l’homme un être humilié, asservi, abandonné et méprisable » selon la formule de Karl Marx, il faut ébranler l’ordre établi. Peut-on imaginer plus belle utopie qu’un monde où tous auraient la même chance de déployer librement la totalité de leurs potentialités sociales, intellectuelles et créatives ?

Organisons des protestations et des actions, enfonçons des coins dans chaque fissure, chaque fugitive ouverture que nous offre le temps, avant que l’ordre ancien meurtrier, ne les colmate.

La vieille trilogie est toujours d’actualité : Théorie, action, organisation.

Théorie : faire travailler sa tête, lire, réfléchir, discuter, développer son intelligence. Mais sans action & pratique, la théorie risque de s’enfermer dans sa tour d’ivoire. Quant à la pratique qui ignore la théorie, c’est le sectarisme ou la criminalisation qui la guette. Donc action et théorie. Mais que sont ces deux-là sans organisation ?

L’organisation est aussi un tabou au pays des « réseaux » qui n’engagent à rien, si chers au cœur des jeunes de la classe moyenne, - un tabou bien vu des puissants.

Les alliances ne fonctionnent pas au-dessous d’un certain niveau. Nous ne devrions pas faire l’impasse sur notre but : l’abolition du capitalisme. Il n’est pas compatible avec les organisations social-démocrates, qu’elles s’appellent le SPD ou La Gauche (Die Linke). C’est évident, depuis la coalition SPD/Linke à Berlin, depuis l’automne allemand (1977, NdR), depuis les lois d’exception (1967-1968), depuis Ebert et Noske2, depuis la révolution trahie de novembre 18/19 et le vote des crédits pour la guerre en 1914.

Les alliances d’une gauche anticapitaliste et indépendante de l’État ne peuvent exister que dans des zones antinationales et libérées du réformisme.

Le sujet révolutionnaire classique, la classe ouvrière dépositaire d’une conscience de classe collective n’existe plus. Nos alliés potentiels , ce sont les migrant-e-s, les sous-prolétaires, les gosses des rues, les simples ouvriers, les élèves, étudiant-e-s, travailleurs et travailleuses intérimaires, les intellectuel-le-s. Cela demande un effort, mais c’est aussi assez intéressant d’aller regarder au-delà des œillères petite-bourgeoises de son propre milieu.

On peut se révolter avec des gens qui n’aiment pas la même musique que vous. Mais là j’avoue les limites de ma propre tolérance : j’exclus définitivement la musique folklorique, l’opérette et les marches militaires.

Nous voulons une société fondée sur l’égalité et la solidarité, d’où aura disparu l’exploitation et où personne ne dominera plus personne, une société où la base décidera démocratiquement de son mode de vie et de travail. C’est un projet téméraire. La voie qui mène à sa réalisation, nous l’appelons révolution sociale.
Et qu’en adviendra-t-il ? Laissons Marx nous répondre :

« L’histoire du monde serait certes bien commode, si l’on n’engageait le combat qu’en étant sûr de le gagner. »

Notes

1 - La loi Hartz IV est la quatrième étape de la réforme du marché du travail menée en Allemagne par le gouvernement Schröder de 2003 à 2005. C'est l'aspect le plus controversé de ces réformes. Hartz IV a donné lieu à plusieurs semaines de manifestations hebdomadaires à la fin de l'été 2004, surtout à l'Est du pays. La mise en application à partir du 1er janvier 2005 a également été marquée par d'importantes difficultés à traiter les dossiers et à remplir le rôle d'orientation et de conseil confié aux nouveaux Jobcenter.
La mesure la plus importante de cette réforme est la réduction des indemnités versées aux chômeurs de longue durée qui refuseraient d'accepter des emplois en-dessous de leur qualification ; de plus, ces chômeurs pourraient être embauchés à des salaires inférieurs (1€/heure) à la convention collective du secteur. D'autres mesures sont critiquées, comme la possibilité de réduire les allocations d'un chômeur dont les ascendants ou descendants ont des économies. Ces mesures du SPD, votées avec le soutien de la majorité CDU du Bundesrat, ont donné lieu en particulier en ex-RDA à des manifestations hebdomadaires le lundi, par analogie avec les Montagsdemos des années 1980 contre le régime est-allemand. Cette mobilisation a contribué aux revers électoraux de la majorité de Gerhard Schröder en 2005.
Avec cette réforme, les indemnités de chômage ne sont plus versées pendant 32 mois, mais pendant 12 mois : c'est le « Arbeitslosengeld I ». Puis, le chômeur est considéré comme chômeur de longue durée et reçoit le « Arbeitslosengeld II », l'équivalent du RMI (environ 350 euros). Ces allocations sont de plus en plus soumises aux conditions évoquées plus haut. Cependant, les emplois à 1 euro de l'heure semblent être un échec et sont en perte de vitesse. Le nom « Hartz IV » a ainsi été largement associé par les Allemands à ces réductions des prestations versées à de nombreux sans-emplois. (Source : wikipedia)

2 - Sociaux-démocrates, respectivement Chancelier, puis Président du Reich et Ministre de l’Armée sous la République de Weimar, ont réprimé dans le sang la révolution spartakiste (novembre 1918-janvier 1919) et organisé l’assassinat de ses meneurs Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht après avoir voté en s’opposant à eux au sein du SPD les crédits de guerre en 1914. (NdT)

Le 2 mai 2009 paraît le nouveau livre de Jutta Ditfurth sur les causes et conséquences de la crise économique mondiale et les perspectives d'une résistance de gauche anticapitaliste et indépendante de l'État.
Jutta Ditfurth: ZEIT DES ZORNS. Streitschrift für eine gerechte Gesellschaft (Le temps de la colère. Écrit de combat pour une société juste)
München: Droemer Verlag 2009, ca. 280 S. 16,95 Euro
Pour en savoir plus :
www.jutta-ditfurth.de + www.oekolinx-arl.de + www.oekologische-linke.de

Illustrations : affiches de Mai 1968. Source : Esprit(s) de 68, exposition de la BNF