Affichage des articles dont le libellé est Sahara Occidental. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Sahara Occidental. Afficher tous les articles

mardi 1 septembre 2015

“Les jeunes doivent prendre le relais”
Marie-Jo Fressard, animatrice de SOLIDMAR

Marie-Jo Fressard, une enseignante retraitée française qui vit à Gap, dans les
Hautes-Alpes, anime l'association SOLIDMAR 05 de solidarité avec les peuples du Maroc et du Sahara occidental  et le blog solidmar. Créé en mars 2009, ce blog a publié en 6  ans et demi, 10 800 articles et a reçu 3,2 millions de visites. Il est donc devenu un outil indispensable d'information sur le Maroc et le Sahara occidental. Marie-Jo vient en outre de publier un livre relatant son expérience de marraine des deux plus anciens prisonniers politiques marocains. Elle a bien voulu répondre à nos questions.

Quels sont les objectifs principaux de votre initiative ?
J’étais enseignante. Est-ce pour cette raison que j’ai toujours éprouvé le besoin de “transmettre” ce que moi-même je découvrais ? Des travaux artistiques pour les enfants, des itinéraires de randonnée, et la dénonciation des violations des droits de l’Homme, que ce soit journellement à travers le blog solidmar, ou à travers mon témoignage de parrainage “Marraine des deux plus anciens prisonniers politiques du Maroc”...
http://solidmar.blogspot.com/
Une thématique qu'à ProMosaik nous considérons comme très importante est celle-ci : Maroc : Demande de poursuites contre les Juifs qui vont s’entraîner dans l’armée israélienne
J’ai toujours trouvé anormal que les jeunes, inconscients d’avoir été manipulés, qui s’engagent, en Syrie par exemple, soient culpabilisés et/ou réprimés, même s’ils s’étaient engagés, sincèrement, voire naïvement, par idéalisme pour aider un peuple en souffrance;  alors que de toute évidence, un jeune, marocain ou non, juif ou non, sait pertinemment que ce n’est pas pour aider le peuple palestinien qu’on l’ encourage à rejoindre l’armée israélienne. Celui-ci n’est même pas critiqué. J’estime qu’il est très important  de diffuser ce genre d’information.

mercredi 11 novembre 2009

Je suis le Sahara


Réponse d’une "fanfaronne" à un ministre
par Salka EMBAREK, 10/11/2009. Traduit par Esteban G. et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Soy el Sáhara
Voici comment l’auteure explique son poème : « (…) Je ne peux pas dire que ce soit de la POÉSIE, j’aimerais bien pourtant !!! J’ai seulement senti monter ma colère face aux paroles blessantes du ministre marocain de la Communication, quand il nous a appelés des « fanfarons » ou lorsqu’il a dit que nos avertissements d’un retour à la guerre étaient des « menaces puériles ». J’ai eu besoin d’être bien claire avec lui et avec tous les autres, qu’une fois déjà nous y sommes allés et nous nous sommes avancés, nous avons beaucoup perdu et il ne nous reste plus guère de portes ouvertes, alors n’ayez pas de doutes, mais vous pouvez avoir peur …Personnellement, j’espère que nous n’en arriverons pas là…Nous avons déjà trop perdu de frères. » (Salka Embarek, extrait d’une lettre à un ami)
Je serai la guerre
et quand ce sera nécessaire, je serai la paix.
je serai la paix de la guerre
et la limite entre les deux
c’est moi qui la tracerai.
Que plus jamais ils ne m’appellent fanfaronne,
qu’aucun ministre ne se risque plus jamais
à me provoquer,
car durant les années de ma tragédie,
j’ai déjà détruit quelques murs
et je suis parvenue à faire tomber vos faux étendards.
Il n’existe pas de gouvernement usurpateur,
ni cruel,
ni roi si souverain
qu’il puisse me regarder dans les yeux,
et nier qu’il est coupable.
Il ne pourra pas car il n’a pas oublié
le nombre de fois où je l’ai affronté,
mis à nu et gagné.
Regarde-moi bien,
car le timon est entre mes mains,
et le vent souffle en ma faveur,
ce n’est pas moi qui aurai peur,
ce n’est pas moi qui perdrai,
tu n’entendras pas mes paroles en vain.
Je suis déjà vieille,
trente-quatre ans sont passés,
piétinant mon corps,
enterré sous des mètres de terre.
Plus de trente ans ont laissé
dans ma bouche des saveurs amères,
il y en a certaines que je ne sens plus,
d’autres sont devenues des bras,
de leaders inconnus,
de femmes en espérance,
bras de martyrs qui reviennent
tendus à la surface,
répondant à mon appel,
à celui de cette vieille que je suis,
et qui aujourd’hui redevient jeune
et renouvelée.
Qu’ils ne m’appellent plus fanfaronne,
car mes enfants leur répondent,
que ma voix n’est pas seule et unique,
je suis le Sahara,
ÉCOUTE BIEN MON NOM.




L'auteure

Salka Embarek est une poétesse, engagée dans la défense des droits du peuple sahraoui. Elle vit à Ténérife (Canaries). Voici comment un quotidien de l’île la présente :
"C'est l'un des plus actives défenseures des droits des Saharouis qui existent dans l'Île (Ténérife). Une fille de tinerfeños installés à Laâyoune, Salka frissonne quand elle se souvient de l'invasion de cette ville et comment elle eut une demi-heure pour s’échapper avec sa mère et ses soeurs.
Son père, Mohamed Embarka, se vantait de connaître n'importe quel coin du Sahara et de savoir où il se trouvait rien qu’en respirant le sable. C'était un apprentissage acquis après des mois et des mois de voyager dans le désert avec une expédition de géologues et d’ingénieurs espagnols qui exploraient les richesses du sous-sol saharien. C’est ainsi qu’ils découvrirent les gisements de phosphates de Boukraa, les plus riches et purs du monde, où Embarka fut chargé de recruter la main-d'oeuvre.
Cependant, Mohamed Embarka, qui figure dans certaines annales comme l'un des fondateurs de Laâyoune, n'est pas né dans le désert, mais à Ténérife, comme son épouse. Dans les années cinquante, nouveau marié, il émigre au Venezuela mais ça se passe mal. Il retourne à Ténérife pour aussitôt s’embarquer dans une nouvelle aventure. à la recherche d'un avenir meilleur. Et c’est ainsi qu’il arrive au Sahara, où quelques Canariens et péninsulaires étaient déjà installés. Peu à peu, le tinerfeño est devenu sahraoui.
C’est là, à Laâyoune, qu’est née Salka, qui devait devenir l'une des plus actives défenseures des droits des Sahraouis qui existe dans l'Île. Salka se souvient avec effroi de la Marche Verte. « Mon père a alerté le Polisario : l'armée espagnole se retirait de certains points stratégiques en ouvrant la voie aux soldats marocains, qui sont entrés dans Laâyoune armés jusqu'aux dents. Ils ont tué des milliers de personnes et ont rasé toutes les maisons. Un jour, mon père est venu très nerveux à la maison et a dit à ma mère que nous devions partir immédiatement. La nourriture est restée dans la marmite. Nous n'avons pu prendre que nos documents d’identité parce qu'un petit avion postal plein de sacs de courrier à destination de Ténérife nous attendait. Et en effet, une demi-heure après que nous avions quitté la maison, les Marocains venaient nous chercher. »

Il y a seulement quelques mois, Salka est retournée à Laâyoune. Elle a été retenue dans un commissariat pendant cinq heures On l’a avertie: "Un de ces jours, tu disparaîtras dans le désert et nous, nous dirons qu’on regrette énormément », lui a murmuré un policier.
Source : La Opinión de Ténérife, 25 de noviembre de 2007

dimanche 8 novembre 2009

Relations dangereuses : le Roi et la Secrétaire d'État

par Atenea ACEVEDO, Tlaxcala, 6/11/2009. Traduit par Esteban G.. Édité par Fausto Giudice.
Original: Relaciones peligrosas

Rire ensemble est une des manières infaillibles de resserrer des liens d'amitié. Que ne donneraient ceux qui voient cette photo pour savoir quelle a été la blague de Mohamed VI qui a motivé l'élégant éclat de rire de Hillary Clinton ?
Lui aurait-il raconté que ce 6 novembre se déroule la commémoration du trente-quatrième anniversaire du début de la Marche Verte tandis que le Maroc reste impuni et l'ONU indifférente ? C’est impossible. Car il est difficile d’imaginer que les connaissances de la Secrétaire d'État soient au point lorsqu’il s'agit d’exactions anciennes de puissances plus petites.
Nous devons observer l'image avec attention pour pouvoir faire des hypothèses. Le mouchoir assorti dans la poche du roi et les insignes qui ornent la cravate et le revers de veste, l’index de la main droite qui pointe son interlocutrice. Les immanquables perles et le buste penché pour tenter de sympathiser avec discrétion dénotant ainsi la classe de Clinton. Le récepteur avec les oreillettes pour l’interprétation simultanée qui menacent de glisser, démontrent que lui, parle anglais, mais qu’elle ne comprend pas l’arabe.
Je me risque à dévoiler les possibles motifs du rire : le Prix Nobel de la Paix décerné à Barack Obama, la chatoyante politique étrangère d'un gouvernement incapable d'abandonner la realpolitik, les dérapages diplomatiques de Clinton, la poudre aux yeux de la dernière visite de l'UNHCR (Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU) aux camps de la population sahraouie réfugiée en Algérie, les mensonges de Felipe González sur le Sahara Occidental, la vulgaire complicité entre le sultanat alaouite et la monarchie espagnole ou les longs tentacules qui lient l'État espagnol avec l’État français et l’État israélien.
Rien de ceci ne serait de nature à provoquer le rire mais plutôt l'indignation de tout être humain ayant un minimum de conscience morale. L'agence presse espagnole EFE publie la photographie dans son contexte : dans le cadre du sommet international du Forum pour le Futur, le Maroc a présenté un projet pour la construction de cinq centrales solaires grâce à un accord stratégique passé avec l'Espagne et l'Allemagne. Le projet sera mis en chantier en novembre 2010 et deux de ces centrales seront construites au Sahara Occidental sous occupation militaire marocaine. Mohamed VI a certainement informé Hillary Clinton qu’une d'elles sera installée à Laâyoune, la Secrétaire d'État a du tenter sans succès de prononcer le nom d'une ville aussi exotique si bien que le roi a été obligé de se servir de son index pour l'aider à le formuler. Elle s’est mise à rire de sa propre ignorance, et lui, chevaleresque, il a souri.
Je suis soulagée : nous avons de la chance, ce ne sont que deux personnes confortablement installées dans l'opulence du pouvoir, réunies pour un acte officiel prévu pour faire des projets et des alliances communes. Heureusement.

dimanche 31 mai 2009

Le militant sahraoui des droits humains Yahya Mohamed El Hafed, “ dans le coma et enchaîné ” à l’hôpital d’Agadir

par SCSC - Servicio de Comunicación Saharaui de Canarias, 27/5/2009. Traduit par Esteban G. et révisé par Fausto Giudice , Tlaxcala

Original : El activista saharaui de DD. HH, Yahya Mohamed El Hafez, “en coma y encadenado” en el hospital de Agadir

Lire aussi Sahara : 4 militants des droits humains s'enferment dans le siège de la MINURSO à Smara pour exiger « la fin de l'extermination des Sahraouis »

Aujourd'hui (27 mai), le tribunal de la ville marocaine a reporté pour la sixième fois le procès contre Yahya Mohamed et contre d'autres prisonniers politiques sahraouis ce qui a provoqué des manifestations de protestation

Agadir (Maroc). – Hier, le militant sahraoui des droits humains Yahya Mohamed El Hafed est entré « dans le coma » à l'hôpital Hassan II de la ville marocaine d'Agadir, où il est toujours « enchaîné à son lit par les pieds et les mains» et « gardé en permanence par des effectifs policiers marocains qui tentent de le nourrir par la force chaque fois qu'il repend connaissance », comme l’ont dénoncé au Service de Communication Sahraoui des juristes espagnols canariens membres de la Mission Internationale d'Observateurs qui se trouvent dans la ville.

Yahya Mohamed El Hafed, prisonnier politique sahraoui et membre du Collectif des Défenseurs Sahraouis des Droits Humains (CODESA), 43 ans, est toujours en grève de la faim depuis le 4 avril pour exiger le respect de ses droits élémentaires et ceux de ses compagnons en tant que prisonniers politiques et demande qu’ils soient séparés des prisonniers de droit commun, ainsi que de bénéficier du droit de visite de leurs familles ou l'accès à la presse, entre autres.

Père trois enfants et soutien de toute sa famille, il a été arrêté le 29 février 2008 et a subi des tortures depuis ce jour pour ses opinions politiques et son militantisme pour les droits humains dans les territoires du Sahara Occidental occupés par le Maroc. Aujourd'hui, le procès (en appel) qui devait avoir lieu à la Courd d'Appel d'Agadir pour considérer le cas de Yahya et d'autres prisonniers politiques sahraouis a été suspendu pour la sixième fois jusqu'au 24 juin prochain.

Selon les militants sahraouis des droits humains présents au tribunal, les motivations de ces continuels ajournements sont celles « de démoraliser les familles, les militants et les juristes espagnols membres de la Mission Internationale des Observateurs, d’empêcher leur assistance et d’éviter de devoir justifier les accusations contre les prisonniers politiques sahraouis », qui sont considérées comme « fausses et des montages grossiers ». En outre, les familles exigent des certificats médicaux fiables qui garantissent l’état réel de leur santé.

Juste après l'ajournement, des étudiants sahraouis de l'Université d’Agadir, de nombreuses familles de prisonniers, des militants et des représentants d'organisations de défense des droits humains au Sahara ont manifesté à l'extérieur du tribunal.

Le Tribunal d'Agadir a condamné en première instance Yahya Mohamed à 15 ans de prison il y a presque un an et l’a interné dans une cellule avec des prisonniers de droit commun. Comme il est coutume dans des procès contre les militants sahraouis des droits humains, les procédures judiciaire n'ont rempli aucune des conditions de base nécessaires et obligatoires dans tout procès, en commençant par les charges retenues, qui sont toujours fausses.

Lorsqu’en avril Yahya et ses camarades ont entamé la grève de faim, la réponse de l'administration pénitentiaire de la prison d'Inzegaine a été « impitoyable et abusive », rappellent les organisations sahraouies. Menottés et frappés, lui et son camarade Bouba Najem ont été transférés à la prison d'Aït Melloul et ont été enfermés dans des cellules d'isolement. Le 15 mai dernier, les gardiens d'Aït Melloul l'ont transféré par la force et sans son consentement à l'hôpital d'Agadir.

Des organisations internationales, le mouvement de solidarité avec le Sahara dans de nombreux pays, spécialement en Espagne, et tous les collectifs sahraouis de défense des droits humains dans les territoires occupés par le Maroc ont lancé une campagne spéciale pour « sauver de façon urgente la vie de Yahya Mohamed El Hafed »;


jeudi 30 avril 2009

« La répression marocaine contre les enfants mineurs sahraouis est systématique et a des connotations stratégiques »

Une interview de Ali Salem TAMEK علي سالم التامك

Santa Cruz de Tenerife. - Ali Salem Tamek est un symbole pour le peuple sahraoui. Fondateur du Collectif des Défenseurs Sahraouis des Droits de l’Homme (CODESA), il a été emprisonné et torturé en de nombreuses occasions. Actuellement et depuis deux ans, les autorités de Rabat l’empêchent de faire des études de journalisme en lui refusant un droit fondamental de plus : celui à l'éducation. Déclaré « ennemi public numéro un » au Maroc par le fait de son soutien à l'autodétermination du Sahara, il n’a pas été seul a avoir vécu dans sa propre chair la plus cruelle des violences. Sa femme également a été violée par cinq policiers marocains alors qu’elle venait lui rendre visite à la prison et devant les yeux de sa fille âgée de moins de 4 ans. « Cette situation impose à tous les Sahraouis de penser la même chose : chercher chaque jour une nouvelle forme de lutte », a-t-il déclaré au Service de Communication Sahraoui des Iles Canaries (SCSC).

Le nouveau représentant du secrétaire général de l'ONU, Christopher Ross, a déjà effectué une tournée dans la région et Ban Ki-Moon a tenu compte de ses appréciations dans son dernier rapport au Conseil de Sécurité, avez-vous perçu quelque changement ?

« Ross est arrivé après que son prédécesseur, Vont Walsum, il viole le principe de neutralité qu’il aurait dû maintenir mais il s’était aligné sur une des parties en abandonnant l'objectivité qu’il était présumé représenter. Il s'agit d'une personnalité au profil beaucoup plus important, autant par son expérience de la région que par le fait d'avoir été informé en permanence sur la question sahraoui car il a été ambassadeur US en Algérie. De plus, indirectement, son avis est un avis de poids aux USA. Notre principal espoir est l'amélioration de la situation des droits humains au Sahara occupé par le Maroc. Cependant, il semble encore trop tôt pour que des changements se produisent et, malgré cela, le dernier rapport du secrétaire général au Conseil de Sécurité n'aborde pas cette question de manière claire, nous sommes déçus ».

Le Collectif des Défenseurs Sahraouis des Droits de l’Homme (CODESA), dont vous faites partie, s'est récemment réuni à Rabat avec des représentants de l'ambassade des USA pour traiter de la situation du Sahara, croyez-vous que l'arrivée d'une nouvelle administration à Washington peut changer la situation de blocage du conflit ?

« Nous maintenons des contacts permanents avec l'ambassade US. Le thème à traiter tourne toujours autour de la situation des droits humains au Sahara et à la répression dont les militants sahraouis sont victimes et qui s’abat sur la population civile en général. Nous travaillons également sur la situation de nos prisonniers politiques dans les prisons marocaines. Quant à la nouvelle administration usaméricaine, il convient de signaler que les premiers rapports du Département d'État démontrent qu’elle n’a pas planché directement sur le problème sahraoui. Ils maintiennent toujours une certaine bienveillance avec le Maroc. Bien que nous ayons gardé de nombreux contacts avec des hommes politiques usaméricains, on ne voit pas encore de résultats concrets ni positifs ».

Depuis le mois de mai 2005, dans les prisons marocaines, les prisonniers politiques sahraouis font des grèves de la faim très dures pour réclamer des conditions d’incarcération plus acceptables. Actuellement où en est la situation ?

« Ils sont toujours torturés, enfermés dans des cachots réduits et isolés comme les trois étudiants qui ont fait récemment une grève de la faim pendant 56 jours, à la limite du péril de leur vie, dans une prison de Marrakech. Leur délit est d’avoir participé à une manifestation pacifique. Tandis que, le conducteur d'autobus qui a tué deux étudiants sahraouis à Agadir en décembre a été condamné seulement à 4 mois de prison et maintenant il est sorti. Bien que les organismes internationaux qui ont pour tâche de surveiller le respect des droits fondamentaux soient au courant de la réalité, nous ne voyons toujours pas d'améliorations et, le plus dangereux, c’est que les puissances qui pourraient avoir une influence dans le concert international traitent la question des droits de l’homme dans le sens de leurs intérêts politiques, et non comme un principe universel dont nous tous devrions jouir. Je profite de cette occasion pour demander à la communauté internationale qu’elle fasse pression sur le Maroc et sauve ainsi la vie du prisonnier sahraoui Yahya Mohamed El Hafed (1), qui se trouve dans un état de santé critique, il a été transféré dans un cachot d’isolement de la prison d'Ait Melloul à Agadir ».

Mais face au blocus habituel de l’information, le témoignage des violations permanentes des droits humains par le Maroc au Sahara est déjà connu…

« Oui, mais, par exemple, depuis deux ans, même le rapport sur le Sahara du Haut commissaire aux droits de l’homme de l'ONU n’est toujours pas publié. Amnesty International, Human Rights Watch, la délégation ad hoc du Parlement Européen et les organisations comme Frontline ont visité les territoires occupés par le Maroc et ils ont vu, de leurs propres yeux, la répression sur notre peuple. Y compris l'Association marocaine de défense des droits humains (AMDH) a mis en évidence la situation et, malgré tout, il semble qu’il n’y ait pas d’écho à l'ONU ni dans les principaux pays, puisque l’ordre de protéger la population n’a pas encore été donné aux casques bleus de la MINURSO. Tout ceci engendre frustration et tristesse pour les milliers de Sahraouis et les amis du Sahara ».

Toutefois, le rapport préliminaire du Parlement Européen est censé avoir porté un coup dur à l'administration marocaine…

« Même le rapport du Parlement Européen, qui confirme les violations des droits humains, oublie des circonstances telles que les viols des femmes et des prisonniers ou la spoliation des ressources naturelles. Ils ont été les témoins du blocage marocain autour de leur hôtel, des arrestations et de la répression généralisée des forces de sécurité. N'oublions pas que le Maroc a tardé deux ans pour autoriser cette visite et il a eu le temps de préparer le scénario idéal, il a organisé un contrôle de fer du groupe des eurodéputés et c’est lui qui a déterminé le temps de son séjour afin d’éviter qu'ils puissent voir les constantes manifestations contre l'occupation ».


Cette frustration faute d'avancée pourrait-elle amener un retour à la guerre ? Et, dans ce cas-là, la guerre pourrait-elle s’étendre cette fois-ci aux villes sahraouies occupées par le Maroc ?


« Les lois internationales garantissent le droit de se défendre et de résister pour la défense des droits légitimes des peuples. Notre cause est une cause juste, claire et transparente. Depuis la signature du cessez-le-feu en 1991, cela fait 18 ans que nous sommes dans une impasse qui n'est ni la guerre ni la paix. Divisés par un mur miné, un des plus dangereux du monde, soumis à la répression brutale et supportant la spoliation de nos richesses, le Maroc continue à ignorer la légalité et les résolutions de l'ONU. Cette situation impose à tous les Sahraouis de penser la même chose : chercher chaque jour une nouvelle forme de lutte. Ce n'est pas une question émotionnelle, mais stratégique, qui marquera le destin de notre peuple, une option imposée et non choisie. Mais c’est notre représentant, le Front Polisario, qui prendra la décision ».


Les enfants et adolescents mineurs sahraouis sont une cible particulièrement touchée par la répression marocaine au Sahara, Quel est le but de cette nouvelle stratégie du Maroc ?


« Il s'agit d'une question de grande importance qui n'a rien de fortuit. Le régime marocain ne fait rien de façon spontanée. La répression contre les enfants mineurs sahraouis est systématique et a des connotations stratégiques. Ces enfants, ces jeunes qui sont aujourd’hui emprisonnés, torturés et violés sont nés dans un environnement d’occupation et de soulèvement permanent et se sont eux qui adaptent et actualisent cette culture de la résistance. Le Maroc essaye d'annihiler leurs actions parce qu'il connaît leur importance pour le peuple sahraoui. C'est pourquoi nous avons constitué récemment le Forum pour la Protection de l'Enfance en tant qu’outil pour faire connaître cette campagne d'extermination de nos enfants mineurs. Des enfants de 5 ans ont été torturés pour avoir brandi le drapeau sahraoui ».


Bien que le Maroc ne réduise pas le degré de violence de sa répression, il se forme chaque fois davantage de groupes de défense des droits humains au Sahara, quelque chose a-t-il changé pour que ce phénomène se produise ?


« Non, la répression marocaine est dirigée contre tous les droits civils et politiques des Sahraouis, parmi lesquels ceux de se réunir et de s’organiser. Toutes les organisations qui se sont constituées sont interdites légalement c’est pourquoi leur apparition et leur activité représentent une énorme réussite qui est le résultat de la lutte des Sahraouis pour leur liberté. Ce n’est ni un cadeau ni un crédit de l’État marocain. Et cela n’implique ni ouverture ni nouvelle démocratie de la part du Maroc ».


Et, qu’en est-il de l'appui du gouvernement espagnol aux thèses marocaines pour le Sahara ?


« Personnellement, le gouvernement espagnol ne me semble pas trop démocratique parce que dans cette affaire sa position ne reflète pas la volonté politique des peuples d'Espagne. Ces peuples sont l'élan central, le cœur de la solidarité avec le Sahara vers le monde. En attendant, le gouvernement de Zapatero brandit le drapeau des droits de l’homme mais il n’endosse pas la responsabilité de son rôle historique au Sahara et il détourne son regard lorsqu’on lui parle de l'extermination des Sahraouis. C'est une question de business ».


Notes

1- Yahya Mohamed El Hafed

Le défenseur des droits humains Yahya Mohamed el Hafed Aaza torturé et placé à l’isolement

Front Line est profondément préoccupée suite à l’annonce de la torture et de la mise à l’isolement du défenseur des droits humains M. Yahya Mohamed el Hafed Aaza, actuellement détenu dans la prison d’Aït Melloul. Yahya Mohamed El Hafed Aaza est membre de la branche de Tan-Tan de l’Association Marocaine des Droits de l’Homme (AMDH), ainsi que de l’assemblée constitutive du Collectif des Défenseurs Sahraouis des Droits de l’Homme (CODESA).

Le 4 mars 2008, Front Line avait lancé un appel urgent concernant l’arrestation arbitraire de Yahya Mohamed El Hafed Aaza.

Le 3 avril 2009, Yahya Mohamed El Hafed Aaza et neuf autres prisonniers sahraouis auraient été victimes de torture dans la prison Enzkan. Ils ont ensuite été transférés dans la prison d’Aït Melloul, où Yahya Mohamed El Hafed Aaza a été placé à l’isolement, sans couverture ni vêtements et sans suffisamment d’eau et de sucre, dont il a besoin car il mène une grève de la faim. Yahya Mohamed El Hafed Aaza souffre de rhumatismes, d’asthme, d’anémie et d’autres maladies pour lesquelles il a passé trois mois à l’hôpital quand il été emprisonné à Enzkan. Le 4 avril 2009, sa femme et son père n’ont pas été autorisés à lui rendre visite et il leur a été demandé d’avoir une autorisation du Directorat des Prisons à Rabat (qui se situe à 700km d’Aït Melloul).

Yahya Mohamed El Hafed Aaza a été arrêté le 29 février 2008 alors qu’il travaillait dans son magasin à Tan-Tan, dans le sud du Maroc. Il semble que son arrestation soit liée à des manifestations pacifiques en faveur de l’indépendance, qui avaient eu lieu deux jours plus tôt à Tan-Tan. En septembre 2008, il a été condamné à 15 ans de prison lors d’un procès inéquitable. Yahya Mohamed El Hafed Aaza avait déjà été victime d’intimidations. En 2004 et 2006, il avait été arrêté par les services marocains de renseignement militaire. En 2005, il aurait été enlevé par ces mêmes services pendant deux semaines, durant lesquelles il a été torturé.

Front Line pense que la torture et la détention continue de Yahya Mohamed El Hafed Aaza a un lien direct avec son travail en faveur des droits humains. Front Line est très inquiète pour l’intégrité physique et psychologique de Yahya Mohamed El Hafed Aaza.


Source : Front Line (Protection des Défenseurs des Droits Humains), 23 avril 2009

Quelques repères historiques sur le mouvement des défenseurs des droits humains au Sahara Occidental
Depuis toujours, la répression contre la population sahraouie a été liée à la question de sa libre détermination. Pays colonisé par l'Espagne jusqu'en 1975, toute tentative de création d'un mouvement nationaliste a été durement réprimé par les autorités coloniales. Depuis l'invasion marocaine en novembre 1975, le régime alaouite a utilisé toutes ses ressources répressives contre la population civile sahraouie: bombardements au napalm, arrestations massives, assassinats.
Durant les premières années de l'occupation marocaine, la question des violations systématiques des droits humains a été entièrement occultée par le conflit militaire, alors que des centaines de civils étaient arrêtés, torturés, puis "disparus" pour le simple fait d'être sahraoui.
1989: création de l'Association des Familles de Prisonniers et Disparus Sahraouis (AFAPREDESA). Quelques membres de familles, en exil, s'inspirant des expériences latino- américaines, fondent leur association qui deviendra au fil des ans la référence au niveau international. Participation aux commissions et sous-commissions des droits de l'homme de l'ONU, contacts avec des ONG internationales…
1991: en juin, le Maroc annonce la "libération" de plus de 300 disparus sahraouis dont il niait l'existence. Peu à peu, ils feront connaître le calvaire des centaines de disparus enlevés par les autorités marocaines.
1993: création à Rome du Bureau pour le respect des droits de l'homme au Sahara Occidental, aujourd'hui BIRDHSO.
1994: des rescapés des bagnes secrets libérés en 1991, créent le "Comité de coordination des victimes sahraouies de la disparition forcée" qui entame différentes démarches pour la reconnaissance de leurs droits.
Août 2000: création à El Ayoun (capitale du Sahara Occidental occupé) de la Section Sahara du Forum Vérité-Justice qui regroupera la majorité des défenseurs sahraouis des droits de l'homme.
Septembre 2001: création à El Ayoun du "Comité pour la libération de Mohamed Daddach et tous les prisonniers politiques sahraouis". Son travail conjoint avec le BIRDHSO et d'autres organisations internationales, aboutira à la libération des 26 prisonniers politiques sahraouis en novembre 2001. Depuis lors, Sidi Mohamed Daddach devient le symbole de la lutte pour la défense des droits humains au Sahara Occidental. Il obtiendra le prix RAFTO des droits de l'homme (Norvège) en 2002
2002: Création du "Comité pour la libération de Ali Tamek Salem (membre du Forum Vérité-Justice arrêté et condamné par les autorités marocaines) et prisonniers politiques sahraouis.
Juin 2003: Dissolution par les autorités marocaines du Forum Vérité-Justice - Section Sahara.
Janvier 2004: libération de Tamek et 11 autres détenus politiques sahraouis
Source :
http://www.birdhso.org/appel0904.html, 14 avril 2009
Lire également
Rapport sur les intimidations perpétrées par les autorités marocaines contre les défenseurs Sahraouis des droits de l'homme. 14 avril 2004
Rapport annuel sur les violations des droits humains au Sahara Occidental 2006

vendredi 17 octobre 2008

Lettre d’adieux à Van Walsum

par Salka Embarek

Début septembre, le diplomate néerlandais Peter Van Walsum a démissionné de son poste d'envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental, qu’il occupait depuis 3 ans. Il a été remplacé par Warren Christopher. Voici une lettre que lui a écrit la poétesse et militante sahraouie Salka Embarek.


L’ingénue franchise et le présumé soulagement de conscience politique de l’ancien représentant personnel du Secrétaire Général des Nations Unies pour le Sahara Occidental, Peter Van Walsum, même s’il l’a plutôt été pour le Maroc, position qu’il a décidé d’adopter trois ans après avoir pris son poste– car, d’après lui, «si le Conseil [de Sécurité] avait été prêt à imposer une solution (…)» son analyse aurait été toute autre -, l’ont poussé à exprimer des pensées aussi subjectives que contradictoires auxquelles nous nous sommes vus obligés de répondre tout en lui demandant des explications. L’imbroglio et les inepties sont d’une telle ampleur que l’on en vient à se demander si son intention n’était pas de semer la confusion, de tromper ceux qui lui faisaient confiance et de discréditer encore plus, si cela est possible, l’ONU en critiquant la passivité de cette organisation dans la non-application ses propres résolutions en ce qui concerne le droit inaliénable du peuple sahraoui à l’autodétermination.


C’est qu’arrivé à ce moment de sa vie, après s’être discrédité lui-même et après avoir souillé son prestige publiquement avec une incohérence propre à un novice nouveau facilement manipulable, il ne peut pas justifier son travail dans lequel il a nagé à contre-courant tout en reconnaissant que la légalité est du côté du POLISARIO, c’est-à-dire du peuple sahraoui, alors que le Maroc se montre plus implacable, se comportant comme un chien de manchon de certains membres du Conseil de Sécurité.


Pourquoi ne dites-vous pas les choses comme elles sont? Pourquoi ne cessez-vous pas de faire du remplissage dans vos discours et ne vous concentrez-vous pas sur la vérité? C’est simple, M. Walsum, il suffit de se concentrer sur l’idée principale, de ne pas déséquilibrer la vérité, de faire preuve de courage pour reconnaître ce qui est juste, et sinon, de démissionner honorablement plutôt que de se vendre au plus offrant. Vous pourrez y parvenir, M. Walsum, en peu de mots, sans avoir besoin de donner des explications à contretemps, et évidemment de la manière la plus cohérente et la plus claire qui soit.


Le «problème du Sahara» n’est pas complexe, M. Walsum, mais dure depuis trop longtemps, surtout pour le peuple sahraoui, qui pendant ces derniers 33 ans d’exil a vu mourir nombre de ses enfants, en vu naître d’autres dans des pays qui ne sont pas les leurs et qui est fatigué d’entendre des personnes comme vous affirmer que «rien ne changera». Car les choses changent, il suffit de le vouloir, et le peuple sahraoui le veut. Il veut revenir chez lui, il veut rentrer et grandir dans le pays de ses ancêtres, il veut vivre en liberté dans un État souverain et démocratique, il veut décider de son avenir, que ses droits comme êtres humains et comme peuple ayant une identité nationale propre soient respectés. Et lorsqu’un peuple veut cela et se sait dans son droit légitime, M. Walsum, je vous assure que rien ne le fera reculer. Insinuer que «si le POLISARIO renonçait à l’indépendance totale, il compterait sur un grand soutien international» constitue une offense et une marque de mépris à l’égard de notre peuple. Que n’avez-vous pas compris de tout ce que vous avez vu pendant ces trois dernières années? Car jusqu’à aujourd’hui plus de 80 pays reconnaissent la RASD (République Arabe Sahraouie Démocratique) ainsi que des centaines d’associations en Espagne et dans le reste du monde. Le peuple sahraoui et par conséquent le POLISARIO compte sur un grand soutien international dans sa lutte pacifique pour l’indépendance totale. Aucun pays du monde n’a accepté de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara Occidental.


Le conflit du Sahara n’est pas insoluble, Mr Walsum; ce qui se passe, c’est qu’il faut du courage pour admettre que le Maroc se moque de la Communauté Internationale, des résolutions de l’ONU et que sa proposition d’autonomie, outre le fait qu’elle est inadmissible, n’est qu’une couverture pour détourner l’attention de la grave violation des droits de l’homme que subit le peuple sahraoui dans les Territoires Occupés depuis l’invasion marocaine, qui a provoqué la création de campements de réfugiés et des milliers de personnes déplacées sahraouies dans le monde.


Si les instances internationales manquent de force exécutive dans l’application des résolutions, comme vous le déclarez, il s’agit d’un problème de plus qui touche le peuple sahraoui et tous les peuples du monde; en plus de l’extrême gravité que cela implique, du fait de l’incapacité à nous défendre à laquelle nous sommes exposés et la frustration face au travail que ne font pas ces instances –et qu’elles devraient faire - pour mettre en pratique ce qu’elles disent. La faiblesse des Nations Unies est épuisante, mais cela n’est pas une raison pour céder à l’envahisseur génocidaire et pour renoncer à notre droit à la libre détermination.


Le Maroc s’y connaît peu en diplomatie mais beaucoup en prostitution politique, ou ce qui revient au même, en «Realpolitik». Si vous espérez que le peuple sahraoui plie devant ce gouvernement envahisseur et criminel, c’est que vous avez perdu la raison ou bien que vous êtes prêt à prendre votre retraite dans la demeure qui vous attend à Tanger, dans la même rue où se trouve celle de M. Pérez de Cuellar.


Le Peuple Sahraoui a déjà trop perdu, il a renoncé a beaucoup d’autres choses et pourtant il continue sa lutte avec les meilleures armes dont il puisse disposer: la vérité, la légalité et son souhait inébranlable d’être un peuple indépendant et libre.


Il est certain que les choses doivent changer: l’agresseur doit arrêter d’agresser, l’envahisseur doit rendre ce qui ne lui appartient pas et la loi doit faire régner la justice. Nous nous chargerons que ce qui adviendra soit bien fait.


Pour un Sahara libre,


Salka Embarek



"L’indépendance du Sahara occidental n’est pas une option réaliste"
Peter Van Walsum, devant le Conseil de Sécurité, 21 Avril 2008
Cette déclaration a suscité une vive protestation des responsables sahraouis. Le représentant du Front Polisario auprès de l’ONU, Ahmed Boukhari, a ainsi affirmé que l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU « a miné le principe de neutralité et de l’impartialité ».


Source : Carta de despedida a Van Walsum

Article original publié en Septembre 2008

Sur l’auteure

Traduit par Mohamed X. , révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala

Englis version : Farewell letter to Van Walsum