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vendredi 15 mars 2013

La vallée de larmes : un classique du XXIème siècle classique du XXIème siècle

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Le premier roman d'Antonio Beltrán Hernández, auteur mexicain vivant entre Paris et Mexico et écrivant aussi bien en espagnol qu'en français, pourrait, par son intrigue, être un roman policier. Mais un roman policier (ou plutôt, un thriller linguistique) écrit par un disciple du grand Borges, tout aussi fasciné que son maître par les langues, de l'hébreu et de l'arabe au japonais et à l'islandais, en passant par le suédois, le sanskrit et le persan, langues que l'auteur a étudiées. Ce pourrait être un roman d'espionnage avec la CIA pour protagoniste.
Ce pourrait être un Bildungsroman (roman d'apprentissage), celui d'une jeune avocate de l’aristocratie chilienne qui déchire le voile de la vérité et déclare la guerre à la famille et à la classe au sein de laquelle elle a grandi.
Ce pourrait être un roman historique, puisqu'il revisite le XXème siècle et certaines de ses tragédies, des conséquences ultimes de la Seconde Guerre mondiale aux guerres néocoloniales du début de notre siècle. Ce pourrait être un roman philosophique, sur le thème de l'impunité et de la justice. Ce pourrait être un roman américain, puisqu'il se déroule en grande partie entre Santiago, Valparaiso, Chuquicamata, Buenos Aires, Mexico, Chicago et New York. Ce pourrait être un roman européen, puisqu'il se déroule aussi bien à Paris qu’à Uppsala, Lund, Bräkne-Hoby, Göttingen, Vienne et Berlin. Ce pourrait être un roman asiatique, puisqu'il nous promène dans l’Inde des Védas et du Mahâbhârata et nous emmène au Vietnam en guerre et dans le Japon de Kobe et Nagasaki.
Et ce pourrait être un roman gastronomique, puisqu'il nous fait découvrir quelques exquis mets mexicains et quelques breuvages non moins exquis. Ce pourrait être aussi un roman scientifique puisqu’il nous met en face de l’horreur atomique et psychopharmacologique et du bonheur des avancées technologiques et de la conquête de l’espace. Ce pourrait être, enfin, un roman théologique, sur le thème du Mal, de la Faute et de la Rédemption dans cette vallée de larmes où nous vivons.
La vallée de larmes, pour dire les choses simplement, est tout cela à la fois. Bref un texte appelé à devenir un "classique du XXIème siècle", destiné au public d'un monde définitivement réduit aux dimensions d'un village – on dit "globalisé" -, et dont la culture quotidienne est désormais un patchwork qui s'apparente à un costume d'Arlequin.
Toutes ces couleurs vont se mettre en mouvement, comme dans un disque de Newton, pour faire éclater devant nos yeux la vérité, une vérité, la vérité toute simple et banale – aussi évidente qu’invisible – perceptible uniquement depuis la banlieue du monde, cette cité perdue qui pour certains se trouve au-delà de l’infini.
Pour venir creuser davantage notre grande vallée, il vous sera permis de pleurer de douleur et d’émotion, mais aussi de bonheur. Et ce même bonheur vous permettra aussi, peut-être, de rire.

  • Antonio Beltrán Hernández La vallée de larmes Tragédie géopolitique à fin heureuse
    éditions
    workshop19, Tunis,  mars 2013
    ISBN 978-9938-862-04-1 15X21, 260 p.
    12 Dinars tunisiens 16 Euros 20 Francs suisses

Distribution Tunisie : AFRIQUE CULTURE 71 205 521
Diffusion France/Belgique/Suisse : L'OISEAU INDIGO
http://www.loiseauindigo.fr

Distribution France/Belgique : POLLEN-LITTÉRAL
http://www.pollen-diffusion.com

Distribution Suisse : SERVIDIS
http://www.servidis.ch

Reste du monde : contacter l’éditeur
éditions workshop19 Atelier tunisien de création 41 rue d’Iran, 1002 Tunis ++216 22 679 040   ++33 6 13 99 28 86
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https://twitter.com/workshop19edit  @workshop19edit

Contacter l'éditeur contact[at]workshop19.info Contacter l'auteur abh[at]workshop19.info
Texte de 4 de couverture
Un roman ne se raconte pas, ne se résume pas, et encore moins celui que, cher lecteur, tu tiens entre les mains. Un roman ? Ou bien il se lit, et alors il peut laisser une marque indélébile dans l'esprit de son lecteur, ou bien il s'ignore, et alors il reste un mystère entier pour son non-lecteur. Contentons-nous de dire que l’auteur déteste connaître à l’avance l’histoire des films qu’il va voir, pourvu qu’il soit sûr que le film est bon.
Partons donc du principe que ce livre est bon et ne dévoilons donc pas son intrigue.  Tout est d’ailleurs contenu dans son titre et son sous-titre.  Le premier ne fait pas seulement référence au Salve Regina, mais aussi à l’épisode du même nom (Tåredalen) du film de Bergman « Scènes de la vie conjugale (Scener ur ett äktenskap) ».  Le sous-titre part d’une ferme conviction de l’auteur : les grands tragédiens, de Sophocle à Shakespeare, sont les précurseurs des bons thrillers. Et ce thriller linguistique vous mènera jusqu’au bout du bruit et de la fureur, de la guerre et de la paix, de la souffrance la plus extrême et, enfin, de la justice.

Antonio Beltrán Hernández n’a jamais été un militant politique.  Sa première passion était la science-fiction.  Il vivait dans la Lune et au-delà, il collectionnait toutes les coupures de journaux concernant la conquête de l’espace, il apprit l’alphabet cyrillique en déchiffrant les noms des cosmonautes dans un livre en édition quadrilingue, « космонавт и его родина   —  Le cosmonaute et sa patrie », pendant sa première adolescence il croyait que le monde finirait dans une conflagration nucléaire, et sa vocation définitive, le cinéma, lui fut inoculée par « 2001, l’odyssée de l’espace ».
Cependant, quelque chose changea en lui lorsqu’il lut la préface de Sartre à « Les Damnés de la Terre » de Frantz Fanon (…en le premier temps de la révolte, il faut tuer : abattre un Européen c'est faire d'une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé : restent un homme mort et un homme libre).  Puis « Cent ans de solitude » lui fit redécouvrir, par sa magie, l’univers de son Amérique.
Et Borges le transporta au-delà de l’infini.
Aujourd’hui, il n’est ni scientifique ni historien ni stratège ni linguiste, et sa carrière de directeur de la photographie de cinéma connaît des petits hauts et des grands bas. Mais il nous fera voyager, dans ces pages, à travers les arcanes de notre insaisissable vallée de larmes.
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vendredi 1 février 2013

Des drones US au Niger pour les guerres d'Afrique


L'Afrique sera le nouveau terrain de chasse des avions sans pilote de l'armée US. Le gouvernement du Niger a autorisé le déploiement de drones du ministère de la Défense et de la CIA pour les opérations de surveillance et de renseignement contre les diverses milices pro-Al Qaïda actives dans la région nord-ouest du continent. La demande de création d'une base d'opérations au Niger a été officialisé il ya une dizaine de jours par l'ambassadeur US Bisa Williams lors d'une rencontre avec le président Mahamadou Issoufou.

Comme l'ont révélé les principaux quotidiens US, les drones ne seront pas armés, mais on n'exclut pas la possibilité que, dans l'avenir, ils puissent être utilisés pour effectuer des frappes de missiles "contre la menace croissante du terrorisme." Les missions d'espionnage et de strike (frappe) pourront être coordonnées avec les forces armées françaises qui opèrent depuis le 11 janvier 2013 dans le conflit au Mali et seront dirigées par l'US Africom, le commandement US des opérations militaires en Afrique basé à Stuttgart (Allemagne). Les avions sans pilote seront probablement stationnés sur une base aérienne de la région désertique d'Agadez, près de la frontière avec le Mali et l'Algérie.

Des négociations en vue de développer le partenariat Niger-USA et de définir le statut juridique et les fonctions des militaires US appelés à intervenir dans ce pays d'Afrique ont été engagées l'an dernier. Il y a quelques mois, le commandant de l'US AFRICOM, le général Carter Ham, avait visité le Niger et rencontré les plus hautes autorités civiles et militaires. Après le début des combats dans le nord du Mali et de l'intervention française contre les milices islamiques radicales d'AQMI (Al-Qaïda au Maghreb islamique), les autorités gouvernementales nigériennes ont décidé de mettre noir sur blanc le texte d'accord bilatéral proposé par Washington.
«Ils ont exprimé le désir de nouer des relations plus solides avec nous et nous avons été heureux de les nouer avec eux», a déclaré le porte-parole du Pentagone George Little. En plus de déployer des drones, l'armée US pourra utiliser les principaux aérodromes pour stationner les avions-espions pilotés et quelques unités spéciales d'intervention d'urgence qui appuieront les forces armées nigériennes pour le contrôle des frontières et la formation à l'"anti-terrorisme". Le Pentagone n'a pas révélé le nombre de soldats US autorisés à résider au Niger; jusqu'à présent, ils ont été environ cinquante, mais ils pourraient bientôt atteindre 300 hommes. Rien que pour garder en orbite une batterie de drones (quatre avions en vol pendant 24 heures consécutives), sont en effet nécessaires pas moins de 170 militaires en appui au sol.



Hillary Clinton avec l'un des drones US utilisés par l'armée ougandaise en Somalie
Le Niger est l'un des pays les plus pauvres du continent africain : l'espérance de vie est de 54,7 ans, le taux de mortalité infantile de 160,3 ‰, tandis que seulement 28,7% des adultes sont alphabétisés. Néanmoins, le gouvernement consacre une grande partie des ressources financières à l'achat de moyens de guerre et aider l'allié politico-militaire US dans la «lutte contre le terrorisme mondial» déclenchée après le 11 septembre 2001. Plusieurs officiers du Niger ont été invités aux USA pour suivre des cours sur "la lutte contre le terrorisme", la logistique et les télécommunications. En collaboration avec les forces armées du Mali, du Tchad et de la Mauritanie, sous le commandement de l' US Africom, l'armée nigérienne a pris part à des exercices dans le désert, avec l'utilisation de nouvelles méthodes de guerre. Avec l'aide de «conseillers» du Pentagone, en décembre 2004, les forces armées ont également lancé un raid sur une grande échelle dans la région du Sahel – à plus de 600 km de la capitale Niamey - contre un groupe de miliciens islamistes radicaux avec basé en Algérie. Comme l'a déclaré le commandant adjoint des forces US en Europe, le général Charles F. Wald, plus de 750 officiers du Niger, du Mali, du Tchad et de la Mauritanie ont déjà été formés et spécialisés, pour un coût de 7,75 millions de dollars.


Salle de télécommande de drones sans pilote
En 2009, le Corps d'ingénierie de l'US Army a lancé un programme d'intervention dans les communautés les plus pauvres et les plus isolées de l'ouest du Sahara par le biais d'un fonds d' «aide humanitaire» géré par le commandement Africom à Stuttgart. Localisé dans les zones frontalières entre le Mali et le Niger, le programme vise à réaliser des «puits d'eau, des écoles, des points de santé et des banques de céréales» pour un coût total de 1,7 millions de dollars. Évidemment l'«humanitaire» vise à accroître le consensus local au plan de pénétration militaire et économique US dans la région. "Notre espoir est de soutenir les objectifs de sécurité de l'Africom et d'acquérir de l'expérience sur le continent et d'être plus efficaces à l'avenir", a admis Diana Putman, responsable du plan d '«aide humanitaire» du Commandement stratégique des troupes sur le continent africain.
En 2010, un coup d'État fomenté par l'armée pour empêcher la réélection de l'ancien président Mamadou Tandja a refroidi les relations entre le Niger et les USA. La décision de la junte militaire d'organiser une élection présidentielle en mars 2011 pour restituer le pouvoir aux civils, a cependant convaincu Washington de pousser l'accélérateur pour obtenir la permission de déployer ses fameux avions sans pilote au Niger.

Le ministère de la Défense et la CIA ont déjà stationnés des drones d'attaque espions dans plusieurs pays africains. La base principale d'opérations est certainement celle de Camp Lemonnier à Djibouti, qui abrite plus de 2.000 militaires US engagés dans des conflits qui déchirent la Corne de l'Afrique, le Yémen et le nord-est du continent. D'après le Washington Post, le centre de drones qui coordonne tout le système de renseignement  en Afrique serait au Burkina Faso. Sous le couvert d'un programme top secret au nom de code Sand Creek, une douzaine de militaires et de sous-traitants US opèreraient de manière stable dans la zone militaire de l'aéroport de Ouagadougou. Les avions espions décolleraient aussi du Mali, de  Mauritanie, d'Éthiopie, du Kenya, d'Ouganda et de l'archipel des Seychelles (océan Indien). Une autre base pourrait être activée prochainement au Sud-Soudan et - comme l'ont admis certains responsables US – l'Algérie serait sur le point d'autoriser les atterrissages et les décollages de drones pour combattre les milices d'AQMI en échange de sessions d'entraînement, d'équipement et de systèmes d'armement US.

mardi 5 janvier 2010

Justice pour Thomas Sankara Justice pour l’Afrique

Español : Justicia para Thomas Sankara Justicia para África

De nombreux témoignages, souvent en provenance d’anciens compagnons de Charles Taylor, mettent en cause Blaise Compaoré dans l’assassinat de Thomas Sankara, avec la complicité d’Houphouët Boigny, mais aussi de la France, de la CIA et d’autres personnalités africaines.
En avril 2006, le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, saisi par le Collectif Juridique de la Campagne internationale Justice pour Thomas Sankara (CIJS) au nom de la famille, donnait raison aux plaignants et, demandait à l’Etat burkinabé d’élucider l’assassinat de Thomas Sankara, de fournir à la famille les moyens d’une justice impartiale, de rectifier son certificat de décès, de prouver le lieu de son enterrement, de compenser la famille pour le traumatisme subi, et de divulguer publiquement la décision du comité.
Le 21 avril 2008, le comité des droits de l’homme de l’ONU, en contradiction totale avec la décision précédente a clos le dossier sans qu’une enquête n’ait été diligentée. Cette décision ne fait pas honneur à cette institution.
Au sein de la communauté internationale certains font mine de voir en Blaise Compaoré un homme de paix, lui qui pourtant est notoirement impliqué dans les conflits au Libéria, en Sierra Léone et dans des trafics d’armes et de diamants pour l’UNITA de Jonas Sawimbi alors sous embargo onusien, et plus récemment dans le conflit qui a déchiré la Côte d’Ivoire.
Cette même communauté internationale nous propose de nous apitoyer sur ce Continent pourtant si riche qu’est l’Afrique, tout en travaillant à perpétuer son assistance et sa soumission. En réalité, les vraies raisons des difficultés du continent sont à chercher dans les réseaux internationaux qui fomentent les guerres et les assassinats pour conserver leur mainmise sur les richesses du continent avec la complicité des pays occidentaux et de certains dirigeants africains.
Plus de 22 ans après son assassinat, Sankara, personnage historique, leader africain de premier plan, représente de plus en plus une référence, comme leader intègre, déterminé, créatif et courageux, précurseur de la lutte pour la défense de l’environnement et la révolution burkinabé est devenu un modèle de développement. Sankara a été assassiné parce qu’il dénonçait la dette odieuse et le diktat des puissances occidentales, mais aussi parce qu’il engageait une politique décidée dans son pays, orientée vers les besoins de son pays, pour la satisfaction des populations de son pays, tout en œuvrant pour le panafricanisme.
C’est pourquoi nous soutenons et appelons à soutenir les initiatives du collectif juridique du la CIJS qui inlassablement, depuis plus de 12 ans, intente, des actions juridiques aux côtés de la famille Sankara.
Nous demandons l’ouverture des archives des pays que les témoignages désignent comme impliqués à savoir principalement la France, les USA, mais aussi la Côte d’Ivoire, le Togo et la Libye.
Nous demandons que s’engage sans tarder, une enquête indépendante sur l’assassinat de Thomas Sankara. Ceci est un devoir pour la communauté internationale, un droit pour la famille Sankara, une exigence pour la jeunesse d’Afrique, une nécessité pour l’avenir de ce continent qui ne saurait se construire avec une histoire amputée de la vérité sur un des épisodes majeurs de la fin du 20eme.
Nous appelons la jeunesse, les partis démocratiques, le mouvement social en Afrique et au-delà dans les pays du monde à continuer à se mobiliser pour que cette enquête fasse toute la lumière sur cet assassinat et pour que justice soit faite, ce qui serait un grand pas pour mettre fin à l’impunité en Afrique.
Solidaires/ CADTM Pointe-Noire, Congo Brazaville, jlemvo@yahoo.fr et solasso@yahoo.fr
Comité Sankara, España, alozano956@hotmail.com
Collectif Sankara Ile de France, France, collectifthomsank@gmail.com
Comité Sankara de Montpellier,France, comitesankara@yahoo.fr
Comitato Italiano SankaraXX, Italie, sankara.italia@gmail.com
Sankara Tribute (Washington), USA, Sankaratribute@yahoo.com
Groupe Thomas Sankara de Liège, Belgique, pauline@cadtm.org
GRILA, Groupe de recherche et d’initiatives pour la libération de l’Afrique, Canada, admin@grila.org
ATTAC Togo, Togo, attactogo@yahoo.fr
Arbeitskreis Panafrikanismus München (AKPM), Allemagne, sekretariat@panafrikanismusforum.net
RAID ATTAC Tunisie, Tunisie, fatcham@yahoo.fr
FNDP (forum national sur la dette et la pauvreté), Côte d’Ivoire, fndp11@yahoo.fr
RNDD ( Réseau National Dette et Développement), Niger, rnddniger@gmail.com
Club Sankara du Sud-Ouest, Burkina, sanksudouest@yahoo.fr
CADTM Lumumbashi, RDC,
Les premiers soutiens :
Associations : CADTM, SURVIE, ATTAC Afrique, CEDETIM, AFASPA, l’Etrange Rencontre, Mouvement des africains à Rome, Collectif Afrique de Lille, Casa della sinistra Thomas Sankara, Forum Sinistra Europea Genova, Associazione Culturale Punto Rosso Genova, Circolo ARCI Thomas Sankara
Partis : Burkina : UNIR/PS, FFS, PAI France : NPA, Les Verts, RND (Sénégal), Parti communiste du Québec,
Syndicats : SUD (France), Syndicat National des Agents des Douanes du Niger SNAD (Niger )
Personnalités : Eric Toussaint , Jean Zieger, Silvestro Montanaro (réalisateur), Fidel Toe, Nkodo Maurice, Abdoulaye Diallo, Padre Alex Zanotelli, Moussa Demba Dembele, Luca Guadagnino, Cristiano Bortone, Carlo Bata, Claudio Botosso, Sabina Guzzanti, Davide Ferrario, Roberto Silvestri, Camille de Vitry (documentariste), Antonio Lozano, Jacques Jouet

lundi 28 décembre 2009

Des prisons de la CIA découvertes en Lituanie

par Hans-Jürgen  FALKENHAGEN & Brigitte QUECK, 27/12/2009. Traduit par Michèle Mialane et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala 

Original : In Litauen wurde die Existenz von CIA-Gefängnissen aufgedeckt
Une Commission d’enquête sur les prisons de la CIA,  instituée par le Parlement lituanien  (Seimas), part du principe que les services secrets lituaniens (VSD) étaient au courant de leur existence. Un fait est avéré : en Lituanie les conditions nécessaires ont été établies dans les années 2004-2005. À cette époque le VSD était de temps à autre un « État dans l’État ». Il faut «désormais y mettre fin» a déclaré Audronius Azubalis,  Président de la Commission parlementaire aux Affaires étrangères. Adamkus, alors Président de Lituanie, aurait été lui aussi au courant  selon un commentaire d’Audrius Baeiulis dans l’hebdomadaire « Veidas » (voir Gazeta wyborcza du 23/12/2009, Varsovie)


Et voici que Rolandas Paksas, l’ex-Président de Lituanie, a fait à ce sujet une révélation sensationnelle. Paksas est à l’heure actuelle député européen. Il avait été élu Président au second tour de janvier  2003 où il affrontait son prédécesseur Adamkus. «  Ma charge de Président m’a conduit à savoir qu’on souhaitait interner en Lituanie des personnes accusées de terrorisme», a déclaré Paksas.  Il déclare que Mecys Laurinkus, l’ex-dirigeant du Département de la Sûreté de l’État (VSD)  lui a demandé au printemps 2003 s’il était possible d’interner en Lituanie, sans le faire savoir officiellement, des personnes suspectées de terrorisme par les USA. Laurinkus laissait entendre qu’une réponse positive rendrait service aux partenaires étrangers. Des politiciens lituaniens frappaient alors à la porte de l’OTAN ; ils étaient nombreux à Vilnius à  déclarer que la Lituanie souhaitait en devenir membre et estimaient qu’il était nécessaire, pour accélérer le processus d’admission, de faire en direction du pays qui joue les premiers violons dans l’organisation -les USA- « un geste d’amitié ». Paksas déclare avoir néanmoins rejeté la proposition du chef des services secrets. Six mois plus tard éclatait le plus grand scandale politique de toute l’histoire lituanienne, qui entraîna la révocation de Paksas. À l’automne 2003, Mecys Laurinkus, de son « exil doré » au poste d’ambassadeur à Madrid, avait fait parvenir aux médias occidentaux  des informations compromettantes accusant Roland Paksas d’entretenir d’étroites relations avec l’oligarque russe Iouri Borissovitch. Paksas lui aurait conféré illégalement la nationalité lituanienne en échange du financement de sa campagne.

Mecys Laurinkus, chef du VSD (Services secrets lituaniens) de 1998 à 2004

En avril 2004, alors que la Lituanie fêtait son entrée dans l’OTAN, le Parlement lituanien vota une procédure d’impeachment à l’encontre du Président Paksas. Paksas fut contrait de démissionner. Et peu de temps après la prison secrète de la CIA fut ouverte à Antavilia, à 20 km de Vilnius. « Je pense que mon refus de principe d’ouvrir cette prison de la CIA est en relation directe avec ma chute », a déclaré Paksas lors d’une récente audition au Parlement lituanien. C’est aussi la version, par exemple, du journal « Russkij Berlin » dans sa rubrique Odna Chestaïa dans son numéro 51 de l’année 2009. L’article publié était de la plume de Vladimir Vodo et Alexander Reutov, du journal russe « Kommersant ».
 Selon certains experts, la procédure d’impeachment à l’encontre du Président Paksas a été fort utile aux USA. Premièrement beaucoup voyaient en Paksas un politicien pro-russe. Deuxièmement les services secrets Usaméricains avaient dû abandonner fin 2003 leur prison secrète dans la Pologne voisine. En effet la révélation de son existence avait déclenché un énorme scandale dans le pays et la CIA était donc à la  recherche d’une autre base du même type en Europe. En Lituanie le seul obstacle était cet empêcheur de tourner en rond de Paksas. Son départ supprimait l’obstacle. Les membres « frais émoulus » de l’OTAN, dont la Lituanie, étaient si reconnaissants aux  USA de les avoir aidés à y entrer qu’ils disaient amen à tout  ce que ceux-ci demandaient, selon le Général Richard Clarke, ex-conseiller en chef de George Bush pour la guerre contre le terrorisme (déclaration sur ABC News). «  Nous savions parfaitement que la CIA travaillait à Antavilia » a déclaré au Washington Post  Domas Grigaliunas, ex-officier des Services secrets lituaniens.

La réélection en juin 2004 de l’Américano-lituanien Adamkus au poste de Président a joué un rôle décisif dans l’affaire. Né en 1926 à Kaunas (Lituanie), Valdas Adamkus, fils d’un haut fonctionnaire lituanien, avait fui le pays avec ses parents  en 1944 vers l’Allemagne, devant l’avancée de l’Armée rouge. Après une formation militaire dans son propre pays, Adamkus y était revenu après un petit stage de perfectionnement chez les nazis. Il y a combattu l’Armée Rouge à Seda dans une unité lituanienne en octobre 1944 (au cours de l’Opération balte [14 sept.-24 nov. 1944]). Non sans avoir préalablement reçu de « hautes distinctions » de la main des nazis, Adamkus, après la défaite allemande dans les pays baltes, s’est réfugié une seconde fois en Allemagne où il aurait, paraît-il, poursuivi sa formation militaire dans la Wehrmacht. Plusieurs témoins dignes de foi affirment qu’il aurait été un gradé SS de haut rang. On n’en sait pas plus sur ses activités durant cette période.

Valdas Adamkus Photo DELFI
Après la guerre Adamkus a obtenu son Abitur (baccalauréat) au lycée lituanien du monastère de Rebdorf près d’Eichstätt, puis fait des études à l’Université Ludwig-Maximilian de Munich. Ensuite il a émigré aux USA (1949). Il y a travaillé dans les Services de renseignements militaires et a dirigé des organisations clandestines  lituaniennes. En 1960 il a obtenu un diplôme d’ingénieur de l’Institute of Technology de l’Illinois. Il a fait carrière dans l’Agence américaine pour l’environnement (EPA) tout en poursuivant son engagement dans le Mouvement indépendantiste lituanien. En 1997, après avoir pris sa retraite, il est rentré en Lituanie où il a été élu président une première fois en 1998. C’est lui qui a donné son accord à l’ouverture d’au moins une prison de la CIA sur le sol lituanien. Mais la Lituanie avait déjà été admise dans l’OTAN en « remerciement de ses efforts ».













La prison de la CIA occupait une villa d’aspect extérieur élégant, munie de cellules souterraines et d’une salle garnie de micros. Selon les informations dont on dispose, on y a également pratiqué la torture. La Présidente lituanienne en exercice, Dalia Grybauskaïté, et son gouvernement, ne déplorent cependant pas qu’il y ait eu en Lituanie une prison pratiquant la torture, mais « que le gouvernement d’alors n’en ait pas été informé ». Andreus Kubilius, le Premier ministre, s’est  déclaré profondément affecté que « quelqu’un ait pu installer en Lituanie des prisons dont le gouvernement ignorait tout.» L’une des conséquences en a été le rappel par la Présidente Dalia Grybauskaïté de Mecys Laurinkus, devenu ambassadeur lituanien en Géorgie.

Laurinkus a sûrement été, vu son expérience des services secrets, un « précieux » conseiller de l’Occident avant et pendant  la guerre russo-géorgienne d’août 2008.

lundi 26 octobre 2009

Facebook appartient-il à la CIA ?

par Ernesto CARMONA. Traduit par Karen Bellemans et révisé par Olivier Vilain pour Investig’Action

Original : Noticias Censuradas XXIII: Facebook ¿es de la CIA?
Italiano : Facebook appartiene alla CIA?

Les grands médias ont célébré Mark Zuckerberg comme l'enfant prodige qui, à l'âge de 23 ans, s'est transformé en milliardaire multimillionnaire grâce au succès de Facebook, mais ils n’ont pas prêté attention à “ l’investissement de capital -risque ” de plus de 40 millions de dollars effectué par la CIA pour développer le réseau social.

Quand le délire spéculatif de Wall Street a fait croire aux imprudents que la valeur de Facebook monterait à 15 millions de dollars, en 2008 Zuckerberg est devenu le milliardaire “ qui s’est fait tout seul ” le plus jeune de l’histoire du “ ranking ” de la revue Forbes, avec 1500 millions de dollars. DESILUSTRATION

A ce moment, le capital à -risque investi par la CIA paraissait avoir obtenu de bons rendements, mais la “ valeur ” de Facebook s’est ajustée à sa valeur réelle en 2009 et Zuckerberg disparut de la liste Forbes.

La bulle Facebook a gonflé quand William Gates, le patron de Microsoft, acquit en octobre 2007 une participation de 1.6% pour 240 millions de dollars. Cette opération mena à spéculer que si 1% de Facebook coûtait 150 millions de dollars, alors la valeur de 100% monterait à 15 milliards de dollars, mais le subterfuge finit par se dégonfler. La question de fond est que Facebook existe grâce à un investissement de capitaux à risque de la CIA.

En 2009, les grands médias n’ont pas lésiné sur la “ propagande informative ” pour rendre hommage à Zuckerberg comme paradigme du jeune entrepreneur-vainqueur, mais la diffusion réitérée de cette “ nouvelle ” n’a pas réussi à ce que la revue Forbes le maintienne dans la version 2009 de sa liste (1). L’enfant prodige disparut de la liste, malgré l’intensive campagne de CNN et de la grande presse mondiale qui reflète les intérêts de Wall Street. La liste Forbes est comme l’Oscar des grandes affaires et gonfle ou dégonfle la valeur des actions.

La CIA a investi dans Facebook bien avant qu’il ne devienne l’un des réseaux sociaux les plus populaires d’Internet, selon une enquête du journaliste britannique Tom Hodgkinson publiée en 2008 dans le journal britannique The Guardian (3) et commentée par quelques médias indépendants de langue anglaise, mais sans aucune répercussion dans la grande presse.

La propagande corporative a transformé le portail social en un synonyme de succès, popularité et même de bonnes affaires. Facebook se présente comme un inoffensif site web de réseaux sociaux qui facilite les relations interpersonnelles. Sa popularité a fait spéculer que ses approximativement 70 millions d’utilisateurs augmenteraient en une paire d’années à 200 millions dans le monde entier, parce que dans ses meilleures semaines il est arrivé à recevoir jusqu’à deux millions de nouveaux utilisateurs. Cependant, Facebook ne convainc pas tout le monde.

Critiques et détracteurs

“ Celui qui n’est pas sur Facebook n’est dans rien ou il est hors du système ”, disent certains. C’est comme avoir une nouvelle image mais sans contenu, pour se donner de l’importance dans le méga-supermarché qu’est devenu Internet, comme substitut des anciennes places publiques, disent d’autres. Les plus pragmatiques affirment que c’est un outil pour des retrouvailles avec d’anciens compagnons d’enfance ou de jeunesse perdus dans les mouvements de la vie.

Ses défenseurs de gauche affirment qu’il sert à promouvoir des luttes contre la globalisation et à coordonner des campagnes contre des activités telles que les réunions du G8.

Le journaliste espagnol Pascual Serrano a décrit comment il fut utilisé par le gouvernement de Colombie pour coordonner la journée mondiale contre les FARC qui en 2008 marqua le commencement de l’offensive propagandiste contre la guérilla et qui continue encore. Et il est très évident que Facebook a été instrumentalisé par la CIA. Pour Walter Goobar, de MiradasAlSur.com, “ c’est en réalité une expérience de manipulation globale : [...] c’est un outil sophistiqué financé par l’Agence Centrale d’Intelligence, CIA, qui non seulement l’utilise pour le recrutement d’agents et la compilation d’informations de long en large de la planète, mais aussi pour monter des opérations sous couvert ”.

En gros, Facebook est un outil de communication qui permet de contacter et d’archiver des adresses et autres données de la famille et d’amis. C’est une mine d’informations sur les amitiés de ses utilisateurs pour des entités comme le ministère de Sécurité de la Patrie, des USA, et, en général, pour l’ensemble des appareils de sécurité de l’État, attelées avec pareil enthousiasme à “ l’ennemi ” interne comme externe depuis l’ère Bush.

Des millions d'utilisateurs offrent des informations sur leur identité, des photographies et des listes de leurs objets de consommation préférés. Un message venant d'un ami invite à s'inscrire et à participer à Facebook. Les données personnelles, souvent capturées par toute sorte d'escrocs et clôneurs de cartes bancaires, vont aussi atterrir dans les disques durs des appareils de sécurité des USA. Le système Beacon de Facebook fait des suivis des utilisateurs et associés, incluant ceux qui ne se sont jamais inscrits ou ceux qui ont désactivés leur enregistrement. Facebook s'avère être plus pratique et rapide que les InfraGard (2), qui sont 23.000 micro communautés ou “ cellules ” de petits commerçants-informateurs organisées par le FBI afin de connaître les profils psycho-politiques de sa clientèle.

Depuis décembre 2006, la CIA utilise Facebook pour recruter de nouveaux agents. D'autres organismes gouvernementaux doivent soumettre le recrutement et les engagements à des régulations fédérales, mais la CIA a acquis plus de liberté d’action que jamais sous le gouvernement Bush, même pour torturer sans sauver les apparences. “ Ce n'est pas nécessaire d'obtenir un quelconque permis pour pouvoir nous inclure dans le réseau social ” a dit la CIA.

Capital-risque CIA

Le journaliste britannique Tom Hodgkinson a lancé un très fondé signal d'alerte sur la propriété CIA de Facebook, dans l'article documenté “ With friends like these... ” publié dans le journal londonien The Guardian le 14 janvier 2008 (3). Il a dit qu'après le 11 septembre 2001, l'enthousiasme pour la haute technologie a redoublé. Enthousiasme qui tenait déjà les appareils de sécurité de l’Etat USA depuis qu'ils avaient créé, deux ans auparavant, le fond de capitaux “ In-Q-Tel ”, pour des opportunités d'investissements à risque dans les hautes technologies.

Pour le journaliste Hodgkinson, les liens de Facebook avec la CIA passent par Jim Breyer, un des trois associés clés qui a investi dans ce réseau social 12,7 millions de dollars en avril 2005, associé aussi au fond de capital Accel Partners, membre des directions des géants comme Wal-Mart et Marvel Entertainment et en plus ex-président de National Venture Capital Association (NVCA), caractérisée dans l'investissement sur des jeunes talents.

“ Le plus récent tour de financement de Facebook fut conduite par une compagnie financière appelée Greylock Venture Capital, qui a mis 27,5 millions de dollars ” a écrit Hodgkinson. “ Un des plus grands associés de Greylock s'appelle Howard Cox, qui est un autre ex-président de NVCA qui est aussi dans le conseil de direction de In-Q-Tel ”.

“ Et In-Q-Tel c'est quoi ? ” se demande Hodgkinson, “ Bon, croyez-le ou pas (et vérifiez sur son site web) c'est un fond de capital à risque de la CIA ”. Crée en 1999, sa mission est “ d'identifier et de s'associer à des sociétés qui sont en train de développer de nouvelles technologies pour aider à apporter des solutions à l'Agence Centrale d'Investigation ”.
La page web de In-Q-Tel (4) recommandée par Hodgkinson est très explicite: “ En 1998, le Directeur d'Intelligence Central (DCI) identifia la technologie comme une propriété stratégique supérieure, directement connectée aux progrès de l'Agence dans les futures technologies pour améliorer ses missions de base, de compilation et d’analyse. Les dirigeants de la Direction de Science et Technologie ont élaboré un plan radical pour créer une nouvelle entreprise qui aiderait à accroître l'accès de l'Agence à l'innovation du secteur privé ”. Même en ajoutant de l'eau cela ne pourrait être plus clair, dit Hodgkinson.

Notes

(1) Rapport Forbes 2009 : http://www.forbes.com/lists/2009/10/billionaires-2009-richest-people_The-Worlds-Billionaires_CountryOfCitizen_18.html.
(2)
http://www.infragard.net/
(3) http://www.guardian.co.uk/technology/2008/jan/14/facebook
(4) http://www.iqt.org/about-iqt/history.html

jeudi 30 avril 2009

Sous faux pavillon : Qui est Louai Sakra ?

ou Comment un agent triple a organisé en 2003 en Turquie des attentats terroristes imputés à Al Qaïda
par Jürgen Elsässer, Traduit par Michèle Mialane, révisé par Fausto Giudice,
Tlaxcala

Source : Unter falscher Flagge: Wer ist Louai Sakra?
Ce texte est une adaptation par la revue autrichienne International Nr. 1/2009 de Terrorziel Europa. Das gefährliche Doppelspiel der Geheimdienste, par Jürgen Elsässer, Residenz Verlag, St. Pölten 2008, 344 S., 21,90 €
Sur l’auteur

Le fondamentalisme islamique est certes une réalité, mais son potentiel terroriste est avant tout une invention des services secrets usaméricains et britanniques, destinée à impliquer l’Europe de plus en plus profondément dans la guerre qu’ils mènent à l’échelon mondial.
La menace que représente Al Qaïda sert à justifier de attaques de plus en plus marquées contre les droits démocratiques. Un État entièrement sous surveillance, comme celui que décrit George Orwell dans « 1984 » n’est plus un cauchemar de science-fiction, mais un programme de gouvernement - au moins en Grande-Bretagne et en Allemagne.


Beyoglu est peut-être le quartier le plus européen d’Istanbul ; sur la promenade Istiklal Caddesi (Rue de l’Indépendance), les femmes en talons hauts et jupes courtes flânent dans les boutiques de luxe et les passages commerçants, nulle part de foulard, sans parler de voile. Des agences bancaires internationales et de compagnies aériennes, des hôtels select, des agences et des galeries d’art moderne donnent le ton : ici on est cosmopolite. Le quartier offre nombre d’attractions touristiques, dont la place Taksim avec l’opéra, la Tour Galata avec son panorama époustouflant, le palais Dolmabahce de l’époque du sultanat. À l’époque de l’Empire ottoman les minorités non-musulmanes et les résidents étrangers habitaient déjà ce quartier, et ce n’est guère étonnant qu’aujourd’hui encore presque toutes les représentations diplomatiques occidentales y soient concentrées.


Le jardin du consulat britannique après l'attentat



La banque HSBC après l'attentat


Les bombes d’Aladin

C’est non loin de là que les auteurs de l’attentat du 20 novembre ont frappé : une camionnette a pénétré à 11 heures (heure locale) dans le bâtiment du consulat britannique, puis une très forte détonation a retenti. Une partie de l’énorme bâtiment n’était plus que décombres. Les murs extérieurs se sont renversés sur la route et des masses de décombres ont endommagé les autos. Même le portail d’entrée, lourd de plusieurs tonnes, n’a pas résisté à l’explosion. Dans les rues environnantes les vitres ont volé en éclats. « J’ai cru que c’était un tremblement de terre, tout le bâtiment vacillait », raconte un membre du personnel turc qui se trouvait alors à l’office(1). Cet attentat a fait au moins 27 morts, dont le consul général britannique, Roger Short.

L’agence centrale de la banque britannique HSBC en Turquie, un bâtiment de 20 étages situé sur une artère principale à plusieurs voies, était au même moment victime d’un autre attentat. Un spectacle terrifiant: « Devant le bâtiment gisaient trois personnes, une autre devant l’entrée latérale, une cinquième sur le trottoir, tous méconnaissables, le visage noirci », raconte un passant au Stern. « Des bras et des mains arrachés parsemaient le sol » (2). Cinq jours plus tôt une auto transportant une bombe avait déjà explosé devant Neve Shalom, la plus grande synagogue d’Istanbul, et une autre devant celle de Beth Israel, dans le quartier de Bebiktab. Le 15 novembre était jour de sabbat, les édifices religieux étaient emplis de fidèles. 24 personnes ont été déchiquetées, en majorité des musulmans qui se trouvaient dans les mosquées voisines ou au travail dans les commerces des alentours. Ce furent les premiers attentats imputés à Al Qaïda en Turquie. Par la suite la justice devait inculper 173 islamistes. Le premier procès se solda par 7 condamnations à la perpétuité. Le plus connu des condamnés était un certain Louai Sakra.


La synagogue Neve Shalom après l’attentat


L’itinéraire d’un Frère musulman

Sakra a été arrêté fin juillet 2005 à Diyarbakir, dans l’Est de la Turquie. Plus tard les enquêteurs l’ont accusé d’avoir pris part à la planification des attentats de 2003. Des poseurs de bombes avaient déclaré lors des interrogatoires qu’un Syrien du nom d’«Aladin »avait financé les attentats. L’identification dudit Syrien n’a pas été trop difficile : Sakra est Syrien et l’un de ses noms de code était «Dr Alaa » ou encore « Ala al Din »(3) Il est censé avoir « proposé » les attentats et les avoir financés avec « 160 000 dollars provenant du trésor de guerre d’Al Qaida ». On avait réussi à arrêter Sakra après un incendie survenu dans son appartement de vacances à Antalya, où il aurait manipulé des explosifs. « J’avais préparé une bombe d’une tonne et j’avais aussi attaqué des navires israéliens », aurait écrit Sakra selon certains journaux turcs, lorsque les policiers l’emmenèrent. À l’automne 2007, alors qu’il était au quartier de haute sécurité de la prison de Kandira, 100 km à l’Est d’Istanbul, il accorda au journal londonien le Times plusieurs interviews où il esquissait sa biographie. Selon la rédaction, « il a dévoilé son rôle prétendu dans quelques-uns des principaux complots et peut-être répondu à quelques-unes des questions non résolues qui s’y rattachent. » (6)

Selon cette source, Sakra a grandi en Syrie. Il a été politisé dès sa prime jeunesse : en 1982, - il avait alors neuf ans- Hafez el Assad réprima un soulèvement de la confrérie fondamentaliste des Frères musulmans. Lors du nettoyage de la ville de Hama les forces de sécurité massacrèrent des dizaines de milliers de croyants. « Comme tous les autres jeunes garçons musulmans j’ai été profondément marqué par cet événement » se souvient Sakra.(7) L’éclatement de la guerre civile en Bosnie, en 1992, galvanisa Sakra – il voulait absolument aider ses frères dans la foi. Il commença par ouvrir en Turquie un bureau de recrutement pour moudjahiddines, qui organisait aussi l’aide médicale. Puis il s’entraîna au combat avec des volontaires dans les montagnes de Sylva, aux environs d’Istanbul. De là, les combattants partaient pour les Balkans, et aussi en Tchétchénie. Ce faisant il entra aussi en contact avec Abou Zoubaïdah, un proche de Ben Laden. Il aurait préparé avec lui un attentat en Jordanie à l’occasion du changement de millénaire ; mais cet attentat a été déjoué. Après l’invasion de l’Irak par les troupes US, Sakra dit avoir combattu les occupants, aux côtés du terroriste de choc Moussaq Al Zarqaoui. Au vu de ce catalogue, rien d’étonnant à ce que les publications US placent le Syrien au 5e rang dans la hiérarchie d’Al Qaida . Son avocat, Osman Karahan, propose un rang encore plus élevé : Sakra serait le « Numéro 1 » du réseau d’Al Qaida, du moins pour l’Europe, l’Iran et la Syrie(8). C’est peut-être un peu exagéré. En Turquie des sources policières considèreraient plutôt Sakra comme un cas psychiatrique, ou peut-être un égotiste qui surestime son rôle. » (9)

Sakra et le 11 septembre

Mais on ne devrait pas prendre trop vite le Syrien pour un mégalomane. Car il se trouve qu’un point central de son histoire est confirmé précisément par ceux d’en face : son rôle dans la préparation des attentats du 11 septembre. « J’étais de ceux qui connaissaient les auteurs du 11 septembre et à l’avance le lieu et l’heure des attentats. J’ai aussi participé à la préparation des attaques contre le World Trade Center et le Pentagone. J ‘ai fourni de l’argent et des passeports.» (10) Selon les indications de Sakra, 6 hommes sont arrivés en 1999 dans son camp d’entraînement des montagnes de Yalova ; quatre d’entre eux voulaient aller combattre en Tchétchénie. Mais la frontière géorgienne étant fermée, tous les six, avec l’aide de Sakra, qui leur donna de l’argent et des passeports et falsifia les visas (11), s’envolèrent pour l’Afghanistan. Là-bas ils furent reçus par l’ami de Sakra, Abou Zoubaïdah, et initiés à la tâche prétendument la plus importante de leur vie – et la dernière : la participation aux attentats du 11 septembre. Effectivement les six noms figurent sur la liste des pirates morts dans les attentats que le gouvernement US publia ensuite : Ahmed et Hamza Al Ghamdi (dont les corps auraient brûlé dans la tour Sud du World Trade Center), Satam Al Sugami (mort dans la tour Nord), Saïd Al Ghamdi (mort dans l’avion qui s’est écrasé en Pennsylvanie) ainsi que Majed Moqued et Nawaf al Hazmi (qui se seraient trouvés dans l’avion qui s’est crashé sur le Pentagone ) (12).


Satam Al Sugami & Saïd Al Ghamdi


Majed Moqued &
Nawaf al Hazmi


Les témoignages relatifs au 11 septembre fournis par Sakra au Times ont été partiellement confirmés par la Commission du 11 septembre du Congrès US. Celle-ci a également réuni des renseignements selon lesquels neuf des 19 pirates présumés, dont les quatre désignés par Sakra, auraient eu au départ l’intention de gagner la Tchétchénie via la Turquie et la Géorgie. La mise en garde que Sakra a effectuée en amont prouve aussi qu’il était bien au courant des préparatifs de l’attentat. Le Spiegel écrit : « Le 10 septembre 2001, veille des attentats, Sakra aurait informé les services secrets syriens qu’Al Qaïda préparait dans un avenir proche des attentats en Amérique. Ni les villes ni les bâtiments visés n’ont été révélés, mais Sakra dévoila la veille des attaques des détails de l’ « Opération Mardi Saint », entre autres l’utilisation d’avions et le choix de tours pour cibles. Les services secrets occidentaux en déduisent qu’il était évidemment dans le secret des dieux. » (14) Parmi les sources occidentales auxquelles se réfère le Spiegel figure entre autres Georges Tenet, à l’époque chef de la CIA.

Il préfère le whisky à Allah

Stupéfiant : l’homme impliqué dans tant d’horreurs de la prétendue Guerre Sainte n’était lui-même rien moins que religieux. Lorsqu’en prison, au cours de ses interrogatoires on lui proposa de faire une pause pour prier, il répondit : « Je ne prie pas. Je n’aime pas prier. Je préfère l’alcool, surtout le vin et le whisky. »(15) À Antalya, à l’époque où selon ses dires il préparait un attentat contre un navire de croisière israélien, on l’a vu flemmasser au bord de la piscine du centre de vacances, boire de la bière et admirer les charmes d’une beauté aux longs cheveux. La police déclara qu’un tel comportement à l’étage suprême d’Al Qaïda était « troublant ».(17)

En présence de telles contradictions, rien d’étonnant à ce que le quotidien turc Zaman titre l’un de ses premiers articles après l’arrestation de Sakra : « Al Qaida : une opération de services secrets ? (18) Concernant le dossier de la police turque relatant les interrogatoires de Sakra, le journal écrit que la CIA avait offert à Sakra, avant le 9 septembre, puisque c’était en l’an 2000, un job et une importante somme d’argent. Cette année-là, les Usaméricains auraient eu deux entretiens avec lui. Suite à ces entretiens, la CIA lui offrit un poste. « Plus tard la Sécurité nationale syrienne l’a arrêté, interrogé et visiblement lui a offert un travail. Et les services secrets turcs l’auraient courtisé eux aussi dès 2000 sur demande des Usaméricains. » (18) »Sakra serait ainsi devenu un agent triple des services secrets » résume Zaman. Que Sakra ait été, au moins pour un temps, l’homme de Washington, a été confirmé indirectement par Tenet, le chef de la CIA alors en poste, comme nous l’avons déjà dit. Dans son livre publié en 2007 « At the Center of the Storm » il parle de la mise en garde pour le 11 septembre reçue le 10 et écrit qu’un « informateur que nous avons utilisé en commun avec un pays du Moyen-Orient a rencontré son chef étranger et lui a dit en substance « qu’il se préparait une grosse affaire. »(20) Le nom de l’informateur n’apparaît certes pas ici de manière explicite, mais les détails fournis par Tenet correspondent bien à la mise en garde de Sakra telle que la rapporte le Spiegel à la veille du massacre. Aucun autre agent travaillant AUSSI pour la CIA ne dit avoir informé avant le 11 septembre un gouvernement du Moyen-Orient de la catastrophe imminente.

Le rôle douteux du BND (Bundesnachrichtendienst, Services de renseignement allemands, NdT)

Sakra affirme avoir été en contact également avec le suspect du 11 septembre, Mohammed Atta, de Hambourg - sans donner de détails toutefois. (21) Une chose est certaine : il a fait en Allemagne deux séjours assez longs. De septembre 2000 au 24 juillet 2001 il était inscrit comme demandeur d’asile sous le nom de « Louai Sakka » à Schramberg, une paisible petite ville de Forêt Noire. Il habitait au foyer d’accueil de Majolika avec sa femme, alors âgée de 18 ans, et leurs deux enfants. « Si le Syrien avait choisi le Sud de l’Allemagne, c’est sans doute parce qu’il avait fait en 1997 la connaissance de deux convertis, les frères Christian et Matthias K., deux jeunes Allemands passés à l’Islam et entichés de Tchétchénie et de moudjahidisme. Une entente parfaite régnait entre les deux familles : les deux Allemands ne tardèrent pas à épouser des sœurs de Sakra et à s’installer près de Schramberg. « (22) Il est possible qu’il ait eu des contacts avec les deux frères par l’intermédiaire du prédicateur de la Guerre Sainte Yehia Youssef, qui connaissait les deux frères depuis l’époque où il vivait à Fribourg. Lorsque Sakra arriva à Schramberg, Youssef, devenu un indicateur de la Protection de la Constitution (Verfassungsschutz, équivalent allemand des RG, NdR) en Bade-Wurttemberg était en train de déménager à Ulm, où se créa par la suite l’un des centres du fondamentalisme violent.

De fin juillet à début octobre 2001 - donc juste avant et juste après le 11 septembre- on ne trouve pas trace de Sakra en Allemagne. Et puis le revoilà. Cette fois-ci il atterrit à Holzgerlingen, une petite ville près de Stuttgart. Et là la police criminelle fédérale (BKA) le prend dans son collimateur. « À la fin de l’année 2001, Sakra, c’est une grosse prise pour les enquêteurs allemands » résume Panorama, le magazine d’ARD ( le plus gros multimédia audiovisuel allemand, NdT) .(23) « Il avait pu contribuer à découvrir, voire détruire les cellules d’Al Qaïda encore présentes sur notre sol ; il avait pu contribuer à empêcher d’autres attentats », a dit à Panorama un fonctionnaire de police. Mais la PJ ne parvient pas à se saisir de Sakra, qui s’enfuit toujours à temps, visiblement avec l’aide du BND. « Le grave soupçon des fonctionnaires de la PJ, selon un document interne : les Services secrets, la BND, se sont aussi intéressés à Sakra. À la suite de quoi ils auraient empêché toute mesure policière à l’encontre du terroriste. Et ramené Sakra en Syrie. » (24) Le BND opposa un énergique démenti.

Après l’arrestation de Sakra en août 2005 la Commission de contrôle parlementaire [Parlamentarisches Kontrollgremium,PKG, nouveau nom donné en 1999 à la commission du Bundestag chargée de superviser l’activité des services de renseignement, dont le nom, datant de 1978, s’abrégeait en PKK, ce qui faisait mauvais genre, le PKK étant un parti kurde considéré comme terroriste, NdR] se pencha sur cette affaire, interrogea des chargés de mission du gouvernement fédéral ainsi que des membres des Services secrets et examina les dossiers internes. À l’issue du processus, la commission, composée de représentants de tous les partis déclara à l’unanimité que « Les accusations portées contre le BND sont, d’après les constatations de la Commission de contrôle, dépourvues de tout fondement ».(25) Toutefois des doutes persistent, car le PKG a été régulièrement induit en erreur par le gouvernement au cours des dernières années, précisément en ce qui concerne la coopération germano-usaméricaine dans la lutte contre le terrorisme. En outre deux députés particulièrement doués pour l’investigation, Max Stadler (FDP, libéraux) et Wolfgang Neskovic (Die Linke, la Gauche), qui devaient dévoiler plusieurs cas de dissimulation au cours de la législature suivante, ne faisaient pas encore partie de la commission. Hans-Christian Ströbele, le troisième empêcheur de tourner en rond [avocat, député des Verts, NdR], ne se souvient absolument pas de la séance de la Commission relative au cas de Sakra. N’a pas non plus été tiré au clair par le PKG un autre grave soupçon concernant Sakra. Ce dernier, durant sa détention en Turquie, aurait été approché par deux hommes de langue anglaise qui lui auraient offert 10 millions de dollars pour désigner Asif Chaoukat, le chef des Services secrets syriens, comme le commanditaire du meurtre du Premier ministre libanais Rafik Hariri en 2005. S’il acceptait, le Procureur général allemand Detlev Mehli, chargé par l’ONU de l’enquête sur le meurtre de Hariri, lui rendrait visite en prison et « il aurait la vie sauve. » (26)

L’homme aux multiples visages

Les déclarations faites par Sakra à Zaman et au Times sont-elles exactes ? On n’en sera sans doute jamais tout à fait sûr. En effet, personne ne sait si l’homme ne qui a comparu devant le tribunal et se trouve actuellement en prison est bien celui qu’on cherchait. Lors de son arrestation à Antalya il était déjà différent de celui qui figurait sur les avis de recherche après l’attentat d’Istanbul- il avait subi une opération de chirurgie du visage. (27). Plus tard, au début du procès, en mars 2006, il avait à nouveau changé d’aspect ; il avait pris du poids et portait une barbe. Le Washington Post déclare : « Plus de 20 journalistes présents ne sont pas parvenus à reconnaître Sakra à son entrée dans la salle ; même son propre avocat met en doute la prétendueidentité de son mandant. » (28)

Notes


1 Ingo Bierschwale: Blankes Entsetzen nach dem Blutbad, Stem Online, 20.11.2003.


2 Cf. Ingo Bierschwale


3 Dominik Cziesche (et al.): Aladin aus dem Schwarzwald, Spiegel, 15.8.2005.


4 Karl Vick: A Bomb Builder, >Out of the Shadows<, Washington Post, 20.2.2006.


5 dpa: Turkei erlässt Haftbefehl gegen Syrer, Berliner Morgenpost, 12.8.2005.


6 Chris Gourlay/Jonathan Calvert: Al Kaida kingpin: I trained 9/11 hijqckers, Sunday Times, 25.11.2007.


7 Cf. Chris Gourlay /Jonathan Calvert.


8 Cf. Chris Gourlay/Jonathan Calvert.


9 Cf. Chris Gourlay/Jonathan Calvert.


lO Ercan Gun: Al-Qaeâa, A Secret Service Operation?, Zaman, 14.8.2005.


11 Ercan Gun: Interesting Confessions: IProvided 9/11 Attackers with Passports, Zaman, 14.8.2005.


12 Cf. Chris Gourlay/Jonathan Calvert.


13 9/11 Commission, version anglaise,p. 233.


14 Cf. Dominik Cziesche/et al.


15 Cf. Ercan Gun, Note 11.


16 Cf. Karl Vick.


17 Cf. Ercan Gun, Note 11.


18 Cf. Ercan Gun, Note 10.


19 Cf. Ercan Gun, Note 10.


20 George Tenet: At the Center of the Storm. My Years at the CIA, New York 2007, S. 160.


21 Cf. Ercan Gun, Note 11.


22 Cf. Dominik Cziesche /et al.


23 Thomas Bernât, Ahmet Senyurt: Sakra - Fluchthilfe fur einen Terroristen?, ARD-Panorama, 27.10.2005.


24 Cf. Thomas Berndt, Ahmet Senyurt.


25 Communiqué du Bundestag, Vorwürfe von »Panorama« ge­genüber BND nicht bestätigt, 30.11.2005.


26 Nick Brauns: Komplott aufgeflogen, junge welt, 15.11.2005; Sakra avait décrit l’épisode dans une lettre au quotidien arabe Al Hayat.


27 Cf. Karl Vick.


28 Karl Vick: Suspect in Al-Qaeda Bombings Disrupts Trial in Turkey, WP, 21.3.2006.