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jeudi 17 mars 2016

La (re)colonisation du Mexique
La colonización de México

par John Aackerman, 14/3/2016
Original: La colonización de México
Ce vendredi 18 mars nous célèbrerons le 78ème anniversaire de l'expropriation pétrolière par le président Lazaro Cardenas del Rio, dans un contexte de trahison absolue des principes de la souveraineté nationale, de la démocratie et du bien-être social incarnés par ce grand général révolutionnaire. Autrefois, l'énorme force de l'État mexicain était utilisée pour défendre les intérêts et le bien-être du peuple mexicain. Aujourd'hui, ce même État a été mis au service des intérêts internationaux les plus vils et travaille à démanteler le pays et à anéantir la résistance populaire.
Le 22 février dernier, le président Enrique Peña Nieto Enrique est allé à Houston, au Texas, pour participer au congrès annuel IHS Energy CERAWeek. Dans sa tentative désespérée de brader notre or noir, le président mexicain s'est abaissé au niveau des bureaucrates de second ordre et des dirigeants de compagnies pétrolières internationales qui se réunissent là chaque année. Il a été le seul chef d'État à participer à l'événement (voir la liste des participants ici). De manière scandaleuse, Peña Nieto a également profité de son voyage pour rencontrer le gouverneur du Texas, Greg Abbott, réduisant ainsi l'État mexicain au rang d'entité fédérative des USA.

vendredi 27 juin 2014

TISA/ACS : L’investisseur est roi

par Klaus Fischer, junge Welt, 21/6/2014. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Quand les États se lient eux-mêmes les mains: Wilkileaks éclaire des recoins sombres du lobbying. Des « traités » comme le TISA consolident la mainmise du capital privé sur toute la planète.
En cachette on négocie les moyens de garantir à la noblesse d’argent internationale des gains supplémentaires. Depuis longtemps des « chargés de mission » négocient un ouvrage d’art visant à accélérer et à rendre irréversible le nouveau partage du monde. À Genève, l’un des lieux préférés de cette cupide espèce pour y faire entre soi d’agréables retraites, les représentants d’une cinquantaine d’États se sont rencontrés ces derniers mois. Dans le plus grand secret on a peaufiné une sorte de nouveau partage du monde à l’aide d’un traité, désigné par l’euphémisme de Trade in Services Agreement (Accord sur le Commerce des Services, TISA/ACS). Jeudi 19 juin Michael Froman, le représentant US au Commerce, a soulevé un coin du voile et brièvement déclaré que les points fondamentaux étaient acquis, et que la septième ronde de négociations allait s’ouvrir.
http://tlaxcala-int.org/upload/gal_8522.jpg
Genève, 28 avril 2014 : manifestation contre le TISA/ACS. Photo EPA/SALVATORE DI NOLFI
Officiellement il s’agit, comme le nom l’indique, de services. Ce nom désigne un segment économique qui est de loin le plus important à l’échelle mondiale. Il recouvre entre autres la banque et la finance, les télécommunications et le commerce de la main-d’œuvre marchandisée, ainsi que les tâches fondamentales d’approvisionnement indispensable et de sécurité de la population, par exemple l’eau et l’électricité. Le but de cet ouvrage n’est pas d’améliorer la vie des citoyens des pays représentés - ni du « reste » du monde. Non : le TISA doit garantir l’accès sans entrave aucune du capital privé à tous les marchés mondiaux. Plus encore: cet accès, selon des informations publiées par Wikileaks, ne doit plus pouvoir être annulé par une législation ultérieure dans les pays concernés. Les fantômes gris de Genève semblent en espérer une sorte de garantie éternelle pour l’économie du profit privé.
 
Si cela vous paraît bizarre, jetez donc un coup d’œil sur la réalité actuelle. Un exemple : La Cour Suprême des USA a estimé la semaine dernière que la remise de dette décrétée en 2005 et 2010 par l’Argentine pour cause de banqueroute lésait le « droit » des investisseurs. Dans le cadre du défaut de paiement qui s’annonçait, quelques fonds spéculatifs avaient acheté des emprunts d’État argentins à bon marché. Ils refusèrent de participer à la remise de dette et exigèrent le remboursement intégral de leur valeur nominale. Comme ces obligations étaient en outre libellées en dollars US, c’étaient les tribunaux US qui étaient compétents à ce sujet. La sentence de la Cour Suprême oblige l’Argentine à payer, ce qui lui est impossible. Une autre faillite est donc en vue.
 
À Berlin se déroule en ce moment un « Kulturkampf (« combat pour la civilisation », référence à Bismarck)» de la même espèce : le sénateur chargé des finances a eu la bonne idée, lorsqu’il a affermé le réseau de distribution du gaz, de ne pas commettre la même erreur que jadis la coalition SPD/PDS lorsqu’elle a « privatisé » le réseau d’eau potable (bénéfices garantis par le contrat, etc.) C’est pourquoi Ulrich Nußbaum (sans étiquette) a inséré, lors de l’appel d’offres pour ce projet d’infrastructures, une clause interdisant une revente ultérieure. La surtaxe bénéficia à la société « Berlin Énergie », propriété du land, et la GASAG en fut pour ses frais. Autrefois, celle-ci était elle aussi propriété communale, mais grâce à d’intenses tractations politiques elle appartient désormais à Vattenfall, E.on et Gaz de France (firmes énergétiques respectivement suédoise, euro-allemande et française), - donc à de puissantes firmes privées. Elles n’acceptent pas cette décision. L’entreprise en position d’infériorité porta plainte. C’est justement le Bundeskartellamt (Office fédéral de lute contre les cartels) qui vint en aide à la GASAG. Celui-ci blâma la clause précitée. Elle pourrait discriminer des « enchérisseurs » privés.
 
La loi est depuis longtemps du côté du capital privé. Elle ne se laisse pas guider par les intérêts et les besoins (ou le pouvoir d’achat) des citoyens lambda, mais est au service de la « libre circulation des capitaux », le mot d’ordre fétiche qui régit toute l’UE. Le plus souvent c’est la « concurrence libre et non faussée » qui justifie cette attitude. Ce qui favoriserait aussi les consommateurs. Un conte que précisément Vattenfall, E.on et Cie ont réfuté abondamment depuis dix ans dans le cadre de la prétendue libéralisation du marché de l’énergie : quatre « grands » se sont partagé le marché allemand, avec pour conséquences moins de concurrence et des tarifs plus élevés.
 
La délégation australienne a obtenu à Genève que l’on poursuive dans cette voie. Il ne suffit plus comme avant de dérouler le tapis rouge devant les maîtres du monde, le TISA prévoit qu’il restera désormais en place. Acheter une Caisse d’épargne ? Cela ne pose plus aucun problème. Interdit de discriminer les fonds privés. Transférer des données de Trifouilly-les-Oies à Londres ou à Fort Meade (QG de la NSA)? Pourquoi pas, c’est une affaire entièrement privée.
 
Quant aux gouvernements qui se lient les mains en élaborant de tels accords, ils reçoivent un prix de consolation : ils sont autorisés à surveiller de plus près les télécommunications. C’est qu’il y a des terroristes partout! Quant à la protection des données des simples citoyens, on ne semble pas y accorder grande importance dans les négociations sur le TISA.

jeudi 1 novembre 2012

Le référendum islandais et les silences médiatiques

par  Mauro Santayana , 22-10-201. Traduit par  Pedro da Nóbrega, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: O referendum islandês e os silêncios da mídia
Traductions disponibles : English 
 


Les grands médias passent sous silence le processus de changement en cours à Reykjavik, en Islande

Les citoyens de l’Islande ont approuvé le samedi 20 octobre par référendum, à près de 70 %, une nouvelle Constitution, rédigée par 25 délégués, presque tous de simples citoyens désignés par un vote direct de la population, qui instaure notamment la nationalisation des richesses naturelles. L’Islande fait partie des énigmes de l’histoire. Située dans une zone baignée par le courant du Gulfstream qui parcourt l’Atlantique Nord, l’île, d’une superficie de 103.000 km², n’est habitée que dans sa partie littorale. L’intérieur, au relief accidenté comptant 200 volcans en activité, est aussi hostile qu’inhospitalier. Mais il s’agit d’une des plus anciennes démocraties au monde, dotée d’un parlement (Althingi) qui siège depuis plus de mille ans. Même sous tutelle de la Norvège et du Danemark jusqu’à la fin du 19ème siècle, les Islandais ont toujours réussi à préserver une significative autonomie pour ce qui relève de leurs affaires internes.

En 2003, sous la pression néolibérale, l’Islande a privatisé son système bancaire, jusque-là public. Suivant leurs intérêts, les grandes banques usaméricaines et anglaises, déjà engagées sur le marché secondaire dans la spirale des subprimes, ont transformé Reykjavik en grande plate-forme financière internationale et en une des plus grandes victimes du néolibéralisme. Avec juste 320.000 habitants, l’île est devenue un paradis fiscal pratique pour les grandes banques.

Des groupes comme Lehman Brothers se servaient du crédit international du pays dans le but d’attirer des investissements européens, essentiellement britanniques. Cet argent était alors injecté dans le tourbillon financier dirigé par les banques usaméricaines. La faillite de Lehman Brothers a mis l’Islande en première ligne car elle a du, de ce fait, assumer une dette dix fois supérieure à son Produit Intérieur Brut. Le gouvernement s’est vu dans l’obligation de renationaliser ses trois banques, dont les dirigeants ont été renvoyés devant les tribunaux et certains condamnés à des peines de prison.

Afin d’assurer le remboursement de cette dette colossale, le gouvernement a décidé que chaque Islandais, quel que soit son âge, devrait payer 130 euros chaque mois pendant 15 ans. Le peuple a exigé la tenue d’un référendum sur ce point et, par 93 % des suffrages, a refusé de payer une dette dont la responsabilité incombait au système financier international, à partir de Wall Street et de la City de Londres. La dette extérieure du pays, forgée par l’irresponsabilité des banques associées aux plus grandes institutions financières mondiales, a conduit la nation à la cessation de paiement et plongé les Islandais dans le désespoir. La crise a pris une dimension politique avec la volonté du peuple de tout changer. Une assemblée populaire, formée spontanément, a décidé d’élire une assemblée constituante composée de 25 citoyens, sans étiquette politique de parti, afin de rédiger la nouvelle Constitution du pays. Pour pouvoir se déclarer candidat à cette assemblée, le soutien de 30 personnes suffisait. Il y a eu près de 500 candidats. Les élus ont consulté la population qui pouvait, via internet, formuler des propositions et observations sur le texte. Le gouvernement a pris acte de cette initiative et officialisé le travail de cette assemblée en soumettant le document final à l’approbation par le référendum qui s’est tenu le 20 octobre.

En étant approuvé par plus de deux tiers des votants, le texte constitutionnel doit ensuite être ratifié par le Parlement. Bien que l’Islande soit un petit pays, éloigné tant de l’Europe que de l’Amérique, avec une économie dépendante de marchés extérieurs, (elle exporte du poisson, surtout de la morue), son exemple pourrait inspirer d’autres peuples, asphyxiés par l’irrationalité de la dictature financière.

Pendant ces quelques années, où les Islandais ont résisté à la pression des grandes banques internationales, les grands média internationaux ont passé sous un silence convenu le processus en cours à Reykjavik. Voilà la meilleure preuve que les Islandais sont peut-être en train d’ouvrir une voie vers une pacifique révolution mondiale des peuples.
 

samedi 19 mai 2012

Catastroïka, le film

Ce documentaire, visible gratuitement sur Internet, revient sur les effets des privatisations dans plusieurs pays développés et sur ce qui attend la Grèce. Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi, les créateurs de Debtocracy, un documentaire sur l΄histoire de la dette grecque vu par des millions d΄internautes à travers le monde, viennent de sortir, jeudi 26 avril, leur nouvelle production: Catastroika, un film co-produit par le public, et qui peut être visionné gratuitement sur Internet. 

samedi 12 septembre 2009

Le Parti de gauche allemand : une impasse

par Jutta Ditfurth, 11/9/2009; Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : »Sackgasse Linkspartei« , sur www.jutta-ditfurth.de et http://blog.prinz.de/wahl09/2009/09/11/%c2%bbsackgasse-linkspartei%c2%ab/- Sur l’auteure
La Frankfurter Allgemeine Zeitung, dont nul n’ignore que c’est ma lecture de chevet, regrettait récemment la disparition d’une « scène intellectuelle d’inspiration de gauche », qui lui manquait « surtout maintenant», «à un moment où la critique sociale serait dans son élément ... pas un seul chuchotement révolutionnaire à la ronde. Le rouge fait le mort (Rot stellt sich tot) »(1). La bourgeoisie a des problèmes d'identité. Elle a besoin de contradicteurs, pour que les lignes de front soient claires.

Mais il y a la Linkspartei, un parti de gauche, non ? « Maintenant nous allons faire une autre redistribution, qui sera plus juste", a déclaré Gregor Gysi la nuit dernière sur la ZDF ( "TV- Dreikampf", 10.9.2009 [2ème chaîne de télévision publique, NdT]).

Ah oui ? Voyons donc de quoi le Parti de la gauche est capable, là où il est associé au gouvernement, par exemple à Berlin, où SPD et Linkspartei gouvernent ensemble depuis 2002.




Le gouvernement SPD/Linkspartei a supprimé les aides pour les sans-abri et les personnes handicapées (2002), a aboli l’indemnité pour les aveugles (2005), a supprimé les tickets sociaux pour les transports publics (2004) pour les réintroduire plus tard, à cause des protestations violentes, à un prix trois fois plus élevé. Berlin a été un pionnier dans l'abolition de la gratuité du matériel scolaire (2003), a augmenté les tarifs des crèches (2003), baissé le budget de la jeunesse de 400 millions (2001) à 230 millions d'euros (2005) et créé 24.000 emplois à 1 Euro (de l’heure), ce qui a permis d’éliminer des emplois bien rémunérés aux tarifs des conventions collectives.
Beaucoup de personnes qui, auparavant, avaient été licenciées de leurs emplois à durée indéterminée en crèche par exemple, se sont retrouvées au même poste, cette fois-ci pour 1 € de l’heure.
Le Parti de gauche est coresponsable de la privatisation de sociétés municipales de logement. En 2004, la Gemeinnützige Siedlungs- und Wohnungsbaugesellschaft (GSW) a été vendue à un consortium de sociétés internationales de gestion de fonds, Whitehall (Goldman Sachs) et Cerberus, pour 405 millions d'euros. Le Sénat SPD/Linkspartei a vendu 1700 appartements de la Wohnungsbaugesellschaft Berlin-Mitte (WBM) à l'investisseur Puma Brandebourg Limited, qui a spéculé ouvertement sur la hausse des loyers (2). Rien qu’avec la vente de plus de 4500 appartements entre début 2007 et l'automne 2008, les sociétés immobilières berlinoises ont été en mesure de réaliser un chiffre d'affaires d'environ 272 millions d'euros (3).
Simultanément, les subventions aux associations d’aide aux locataires ont été réduiets ou supprimées. Ce serait quand même assez embêtant que des locataires mieux informés se défendent. La conséquence de la vente des logements appartenant au Land de Berlin [qui est une ville-région, NdT] ont été des augmentations de loyer et donc l’évacuation de locataires socialement vulnérables.
Sur les 209.000 logements municipaux privatisés à Berlin de puis 1995, plus de 57%, environ 120.000, l’ont été entre 2002 et 2005, alors que le Parti de gauche était au pouvoir (4).
Jamais depuis 1945, la santé publique de Berlin n’a été autant démolie que sous le règne SPD/Linkspartei au Sénat. De nombreux hôpitaux sont désormais privatisés. Le nouveau propriétaire est l’entreprise Vivantes, qui porte un ajout à consonance alternative à son nom : "Réseau pour la santé." Ce «réseau» n’est autre qu’un Konzern (grande entreprise), dans la gueule duquel presque tous les secteurs de soins aux patients hospitalisés et gestion du troisième âge sont jetés morceau par morceau.
De 2003 à 2004 39 millions d'euros pu être économisés dans le secteur de la santé de Berlin, en grande partie, parce que 13.000 salariés ont du renoncer à leurs primes de Noël et de congés payés, sous la menace de licenciement, du Sénat de "gauche" et des patrons de Vivantes. Depuis que l'entreprise a été créée, près de 4.000 emplois à plein temps et environ 1.000 places de formation ont été supprimés. Les travailleurs sont soumis à un chantage: la faillite ou la baisse des salaire. Le cabinet de consultants McKinsey a empoché des honoraires de 2,7 millions d'euros. Les licenciements et la réduction drastique du personnel font des cliniques Vivantes un objet très attractif pour les investisseurs.
Les soins médicaux aux patients des caisses-maladie au niveau des capacités scientifiques et techniques actuelles ne sont plus garantis. La pénurie de personnel et le stress du personnel hospitalier mettent la vie des patients en danger. Il n’est pas recommandé d’être livré à une clinique Vivantes dans une ambulance Vivantes avec un soupçon d'accident vasculaire cérébral.
C’est de gauche, ça ? Il n'y a pas de parti de gauche pour lequel on puisse voter.



Notes:
(1) Christian Geyer, »Rot stellt sich tot«, Frankfurter Allgemeine Zeitung v. 8.4.2009. L’expression fait allusion au slogan des années 1970-1980 : Lieber rot als tot, plutôt rouge que mort, réponse au slogan des années 1950 Lieber tot als rot [NdT]
(2) Ralf Schönball: »Wohnhäuser in Berlin für eine Milliarde gesucht«, in: Tagesspiegel v. 15.3.2006
(3) IHK Newsletter Bau- und Immobilienwirtschaft Nr. 7 v. 9.9.2008
(4)
www.bmgev.de/privatisierung/konferenz-dokumentation/praesentationen/praesentation-andrej-holm.pdf, consulté le 10.9.2009




Oskar Lafontaine, chef de la Linkspartei, dans le miroir d'Angela Merkel. Ludvik Glazer-Naudé



Un bilan détaillé et critique de 20 ans de PDS / Linkspartei, se trouve dans le livre de Jutta Ditfurth »Zeit des Zorn. Streitschrift für eine gerechte Gesellschaft« [«Temps de la colère. Pamphlet pour une société juste »]. München: Droemer Verlag 2009, 272 S., 16,95 Euro.