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mardi 25 janvier 2011

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol. III, N°2)-Révolte à bord d'un avion Paris-Bamako -

Des passagers d’un avion filment et contestent l’expulsion brutale d’un étranger
par Geoffrey Le Guilcher, Les Inrockuptibles, 25/1/2011

Crédits photo:  Capture d'écran d'une vidéo d'un des passagers du vol.

Le 20 janvier à Roissy, un homme de nationalité malienne doit être expulsé. Monté de force dans un avion de ligne d’Air France, l’homme se débat et crie. Des passagers protestent, d’autres filment la scène… Résultat : deux escouades de la police aux frontières (Paf) débarquent et interpellent quatorze voyageurs, onze d’entre eux finissent en garde à vue et sont désormais passibles de poursuites judiciaires. En exclusivité, les Inrocks se sont procuré trois vidéos de la scène.

Il est environ 16h, jeudi dernier à Roissy. Les passagers du vol AF 3096 à destination de Bamako ont quasiment tous embarqué. Muni d’un fin brassard orange, un fonctionnaire de l’Unité nationale d’escorte, de soutien et d’intervention (Unesi) de la police aux frontières (Paf) passe alors dans les rangs des voyageurs. Dans ses mains, des tracts qu’il distribue aux passagers en guise d’avertissement. S’ensuit un petit laïus quelque peu différent de celui habituellement récité par les hôtesses de l’air.
"Un expulsé va entrer dans l’avion, il risque de crier pendant cinq minutes mais tout ira bien après. Ne faites rien, car vous encourez l’expulsion de l’avion (et des sanctions pénales précisées dans le tract)."

Quelques minutes passent. Tout à coup, la porte arrière gauche de l’appareil s’ouvre. Entourée de trois autres policiers, une personne de nationalité malienne arrive en hurlant. "Lâchez-moi ! Lâchez-moi ! Laissez-moi descendre !" Un quatrième agent de la Paf filme la scène sans interruption. Cette disposition est devenue obligatoire depuis la mort successive –dans des conditions similaires– de deux expulsés en décembre 2002 et janvier 2003.
"Good afternoon ladies and gentlemen…"
Tandis que le commandant de bord entame un "Good afternoon ladies and gentlemen…", les policiers attachent l’homme qui se débat de toutes ses forces sous le regard médusés des voyageurs. Certains sortent leurs téléphones portables ou appareils photos et commencent à filmer la scène. Un steward puis l’un des agents de la Paf leur affirment que c’est interdit. Peine perdue.


A-t-on le droit de filmer ce genre de scène dans un avion ? Comme le rappelle un article de Slate, filmer des policiers dans l’exercice de leurs fonctions –à quelques exceptions près– n’est pas interdit.
Un membre de la Paf de Roissy nous a assuré que filmer dans un avion sans l’autorisation du commandant de bord était prohibé. Une chargée de communication d’Air France nuance, pour ne pas dire dément, cette affirmation.
"Si nous refusons les demandes de vidéos dans le cadre de tournages, nous n’intervenons pas dès lors que c’est l’œuvre de privés (passagers lambdas). Et même en cas de diffusion, la politique de la maison est claire : nous nous abstenons de porter un jugement."
Seul maître à bord, le commandant peut en revanche demander l’interdiction de filmer s’il estime que cela peut nuire à la sécurité du vol. D’après les passagers interrogés par les Inrocks, il ne l’a pas fait.
Quelques passagers vent debout
Comme si l’annonce initiale du policier devait se changer en prophétie, quelques passagers se lèvent, notamment un groupe composé d’une dizaine d’Allemands.

L’ambiance est tendue, le personnel naviguant ne parvient même pas à compter les passagers. "Qu’a fait cet homme ?", demande un voyageur. On lui répond : "C’est un criminel"
Une source policière jointe hier semble contredire ce propos. L’expulsé serait sous le coup d’un arrêté préfectoral de reconduite à la frontière (APRF) de la préfecture de Haute-Garonne. Comprendre : une décision administrative et non judiciaire.
Un à un, les Allemands sont évacués
Alors que certains passagers sont toujours debout, l’avion commence à rouler sur le tarmac. Quelques instants plus tard, le commandant de bord décide d’immobiliser l’avion. Vers 17h, toujours par la porte arrière de l’avion, ce sont cette fois deux groupes de cinq policiers qui entrent avec des casques et des boucliers, chacun une main posée sur l’épaule du collègue de devant. Un passager décrit la scène :
"Au début, un tel déploiement de policiers surarmés a fait rigoler tout le monde. Puis, un par un, les membres du groupe d’Allemands sont évacués. Ensuite, l’un des policiers en civil désigne trois autres personnes qui ont filmé la scène, elles sont également débarquées."
Bilan : quatorze personnes interpellées, dont onze placées en garde à vue jusqu’à 22h. Un policier, en contact avec des collègues de la Paf de Roissy indique les motifs juridiques des interpellations de ces "passagers qui –selon eux– étaient agressifs et outrageants" : entrave à la circulation aérienne, outrage et rébellion.
"La vidéo réalisée par les policiers est désormais sous scellés, entre les mains du procureur du tribunal de grande instance de Bobigny en charge de l’affaire. C’est à lui de décider des poursuites à engager."
Le seul membre du parquet de Bobigny qui a accepté de s’exprimer –anonymement– a précisé que ce genre de cas était rare. Selon lui, si les expulsions sont monnaie courante, "dans la majorité des cas, les passagers n’interviennent pas".





dimanche 4 juillet 2010

Arigona, restez ! L’Autriche est votre pays

par Vladislav Marjanović, 24/6/2010.Traduit par  Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Restez en Autriche, Arigona, car c’est votre pays. Ceux qui identifient la patrie avec le « sol et le sang » sont des menteurs. Ce ne sont ni le lieu de naissance ni l’origine des parents, mais l’environnement social où l’on a grandi qui détermine le sentiment d’être de quelque part. Le «quelque part» lui-même importe peu. C’est une affaire privée, comme l’amour, que personne n’a la possibilité ni le droit de prescrire.
Tout être qui dispose d’un cœur humain sait cela. Seuls ceux que l’amour du pouvoir a conduits à remplacer ce sentiment par des paragraphes législatifs l’oublieront. Pour ceux-là, l’humanité et l’éthique ne pèsent rien en regard des règlements. « Le droit doit rester le droit. Aucun gouvernement ne peut accepter de faire une entorse à la loi », déclarait encore le 13 janvier dernier, Werner Feymann, le Chancelier fédéral (social-démocrate). N’oublions cependant pas que c’est en vertu de ce principe que des politiciens et des fonctionnaires ont envoyé des millions de gens (enfants compris) dans des camps de concentration ou des goulags.
Les larmes de crocodile des puissants
Ne vous laissez pas prendre aux larmes de crocodiles des puissants. Tous ceux qui prétendent chercher une solution humaine à votre cas et qui se sont prononcés en faveur de votre droit à rester ici vous conseillent maintenant de partir de votre plein gré, le Président Heinz Fischer en tête. Certes lui, socialiste convaincu et la plus haute instance morale du pays, demandait encore à Noël dernier, de « prendre des décisions permettant à cette jeune femme de ne pas être expulsée.» Prière qu’il a même réitérée quelques mois plus tard. Mais cette fois avec un petit ajout : qu’il ne s’opposerait pas à une décision de la Cour Constitutionnelle. Voulait-il ainsi donner le feu vert au jugement négatif que cette Cour allait prononcer sur votre cas, le 12 juin 2010 ? Quoi qu’il en soit, dès l’annonce de cette décision, le Président s’est hâté de déclarer qu’on devait respecter les décisions de la Cour Constitutionnelle. Même son de cloche chez le responsable de la justice au SPÖ (Parti social-démocrate), Hannes Jarolim, tandis que la Présidente du Conseil national (chambre basse du Parlement), Barbara Prammer, également membre du parti, ajoutait : «  Ce serait une bonne chose qu’elle revienne en Autriche avec un large soutien.»
Cette proposition ne se distingue en rien de ce que vous a conseillé Maria Fekter, la Ministre de l’Intérieur (aile droite de l’ÖVP, Parti populaire, démocrate-chrétien). Elle aussi fait preuve de compréhension à votre égard. « La dimension humaine de ce cas ne m’échappe pas », a-t-elle dit, pleine de compassion - pour souligner ensuite brutalement : « mais j’appliquerai les décisions de la Cour Constitutionnelle.» Quand ? Ce n’est pas encore décidé. Hans-Christian Strache, le Président du parti d’extrême-droite FPÖ (Parti « libéral »), et le Secrétaire général de la BZÖ (Alliance pour le futur de l’Autriche, scission du FPÖ), Christian Ebner, demandent votre expulsion immédiate. Pour l’instant Maria Fekter se tait, mais un porte-parole du ministère a fait savoir que cela ne devrait pas tarder. La SPÖ le regrettera, mais elle sera soulagée que vous ayiez quitté le pays. C’est que vous êtes une épine dans le pied de la coalition SPÖ-ÖVP , et son partage doudouteux du pouvoir ; elle a autre chose à faire que de se préoccuper des destins individuels. Ce n’est pas pour rien que Staline disait : « Un homme- un problème. Plus d’homme- plus de problème ! »
Le maquignonnage
Bien sûr on y met les formes. Le mieux étant que vous soyiez d’accord. Si vous acceptez leur proposition : quitter l’Autriche de votre plein gré, le gouvernement doudouteux s’en tire blanc comme neige. Il pourra ainsi montrer au monde entier qu’il a respecté non seulement la légalité, mais encore l’humanité. Rentrez seulement au pays où vous êtes née, mais où vous n’avez ni foyer, ni possibilité de mener une vie digne, et vous aurez une seconde chance -légale- de réintégrer votre véritable patrie, l’Autriche. Par exemple comme touriste, ou comme étudiante, voire (travailleuse) saisonnière ou aide à la personne, et si vous tenez à rester en Autriche, épousez donc un citoyen autrichien. C’est la proposition que vous a faite Madame la Ministre Fekter le 16 juin dernier et le célèbre animateur Alfons Haider vous a même fait publiquement une demande en mariage le jour même au cours du débat télévisé « Am Punkt» sur la chaîne ATV.
On trouve toujours une solution, si l’on accepte les compromis. Vous aurez une chance de pouvoir rentrer légalement en Autriche, peut-être d’y rester et même éventuellement d’obtenir votre naturalisation. Quant au gouvernement, il sera débarrassé de vous, conservera un pouvoir discrétionnaire (?) sur votre entrée et votre séjour dans cotre véritable patrie et disposera d’une jurisprudence qui lui permettra de chasser d’Autriche des centaines d’autres Arigona au destin semblable au vôtre. Qui donc sera le gagnant et qui sera le perdant dans ce maquignonnage que vous offre le gouvernement ?

« Une honte qui crie à la face du ciel»
L’offre que vous a faite le gouvernement vous place dans la situation des personnages du célèbre dessin du caricaturiste Dusan Petricic, qui représente deux joueurs d’échecs avec sur la table des pièces d’échecs pour l’un et un revolver pour l’autre. Votre vieux protecteur, le curé Josef  Friedl, semble l’avoir bien compris aussi. Est-ce pour cette raison que lui aussi vous a conseillé le 15 juin de quitter le pays de votre plein gré ? Il n’est pas exclu qu’il subisse des pressions politiques, dans la mesure où, selon ses propres dires, Wilhelm Molterer, chargé de relations avec la presse à l’ÖVP l’a appelé de la part du Secrétaire général de l’ÖVP, Hannes Missethon et lui a demandé s’il pouvait résoudre le conflit politique déclenché par votre séjour et vous abriter chez lui. Le prompt démenti apporté par l’ÖVP à cette affirmation montre à quel point votre cas atteint ce parti non seulement au plan moral, mais au plan politique. Mais si vous cédiez à ces pressions, ce serait précisément ce que Friedl appelait lui-même dans une interview accordée le 23 décembre 2008 à l’hebdomadaire viennois « Falter », « une honte qui crie à la face du ciel».
Eh bien, si vous acceptiez la proposition du gouvernement, cette même honte retomberait aussi sur vous. Vous encourageriez les deux partis au pouvoir à poursuivre et aggraver leurs violations des droits humains sous le couvert de lois inhumaines. On ne peut attendre autre chose de ces deux partis qui depuis longtemps ont trahi respectivement les principes.humanistes du socialisme et les valeurs chrétiennes. Tout à fait consciemment et avec cette bonne dose de sadisme à l’égard du plus faible si caractéristique des puissants, ils œuvrent à une société à deux vitesses. L’une pour les stars du monde de la culture, du sport ou du show biz, sans parler des hommes d’affaires, et une autre pour les simples mortels. Pour les premiers on contourne la loi sans problème et on les naturalise à grand renfort de médias. Aux autres on applique la loi dans toute sa rigueur et sans aucun égard pour les aspects humains. Non seulement les journaux autrichiens, mais le plus grand quotidien slovène, « Delo » du 19 juin s’en sont fait l’écho. Si au moins vous étiez Ailsar Alibuni, « le prochain top model d’Allemagne », les puissants vous traiteraient comme elle, qui, ainsi que l’écrivait le 13 juin le quotidien « Österreich », était elle aussi entrée illégalement en Autriche, on oublierait sûrement ce « petit détail » et on vous appellerait « notre compatriote de Haute-Autriche ». Malheureusement vous n’êtes qu’une simplelycéenne, qui a eu la malchance d’être emmenée illégalement en Autriche quand elle était enfant et d’y grandir, qui est devenue un membre de cette société mais à qui l’État applique des mesures de punition collective. Comme dans l’Allemagne nazie, comme en Union soviétique, dans la Chine de Mao ou en Corée du Nord, où tous les membres de la famille, enfants inclus, devaient payer pour les péchés du père - et continuent à le faire.
« Heinz, fais quelque chose ! »
Accepter le maquignonnage que vous propose le gouvernement ne serait rien d’autre qu’accepter d’être expulsée en douceur. Certes il vous serait théoriquement possible de rentrer légalement en Autriche, mais on vous aurait dépouillée de votre véritable patrie. Si en revanche vous osiez vous opposer aux puissants, vous risqueriez d’être expulsée par la force (vulgairement : déportée). Mais tout l’arbitraire d’un système inhumain éclaterait ainsi aux yeux du monde entier, et plus crûment encore que dans le cas du Nigérian Marcus Ofuma, qui le 1er mai 1999 a succombé aux brutalités policières lors de son expulsion forcée. Le drame d’une enfant intégrée dans ce pays est plus émouvant que la tragédie d’un réfugié africain adulte, et les médias ne manqueront pas d’en faire grand bruit. N’oublions pas que le journal le plus lu en Autriche, le « Kronen Zeitung » a plaidé de manière surprenante pour que vous restiez, peu avant la mort de son directeur de l’époque, Hans Dichand, tristement connu pour sa xénophobie.
Pour les autorités cette situation ne sera rien moins qu’agréable. Une partie de l’opinion publique autrichienne est indignée de leur attitude à votre égard. Les Verts ont lancé une pétition pour demander que vous puissiez rester ici et c’est le seul parti présent au Parlement qui vous défende. À l’appel d’ « Asyl-in Not »29 organisations ont appelé à manifester le 18 juin contre la décision de la Cour constitutionnelle vous concernant. Certes, il n’y a eu que 250 manifestants et la presse en a à peine parlé, mais cela prouve qu’il y a dans votre pays des forces qui vous soutiennent. Dans son appel l’organisation « Asyl-in-Not » a fait remarquer qu’« en début d’année une chasse aux sorcières dirigée contre Arigona par des éléments sexistes et racistes avait précédé cet acte de justice politisée ». Des dissensions apparaissent déjà au sein du SPÖ à ce sujet. Franz Voves, gouverneur du land de Styrie a qualifié d’ « inhumaine » votre expulsion et celle de votre famille. Les Jeunesses socialistes ont participé à l’organisation de la manifestation viennoise et leur Président, Wofgang Moitzi, juge  «  honteuse et indigne» la décision de la Cour Constitutionnelle. L’évêque catholique de Linz, Ludwig Schwarz, a demandé dans le Kirchenzeitung der Diözese Linz (Journal ecclésial du diocèse de Linz , Ndlt)de « préférer la clémence au droit » et l’évêque protestant luthérien, Michael Bunker, ainsi que le superintendant du land, Thomas Hennefeld, a demandé une nouvelle fois, le 15 juin dernier, de prévoir un droit de séjour pour ces « personnes bien intégrées qui vivent depuis des années en Autriche » et rappelé les paroles du Président Heinz Fischer selon lesquelles le droit ne doit pas entrer en contradiction avec l’humanité. « Heinz, fais quelque chose ! », disait la pancarte que le porte-parole du KPÖ (Parti communiste autrichien, Ndlt) Didi Zach et le prochain Conseiller communiste de district, Wolf Jurjans, ont plantée devant le palais présidentiel.
Lève-toi et lutte !
« Heinz » fera-t-il quelque chose ? On peut en douter. D’autres institutions qui militent pour un revirement moral de la société feront-elles entendre leur voix? On peut aussi en douter. À quelques exceptions près la hiérarchie catholique se tait. Les autres confessions religieuses également, sauf les luthériens. Et les intellectuels font de même. On attend toujours que les écrivains, artistes, professeurs d’université, enseignants du premier et second degré, pédagogues de renom et psychologues se mobilisent pour que vous restiez en Autriche. Malheureusement leurs organisations n’ont pas lancé de pétition, pas pris de position collective, pas protesté - rien. Mais les voix de l’extrême-droite, elles, se font d’autant mieux entendre, et leur effet dévastateur se fait déjà sentir. Les habitants de Frankenburg, où vous vivez, et qui vous soutenaient encore massivement en 2007, se sont maintenant, pour la majorité, détournés de vous. Les temps sont malheureusement plus difficiles désormais et à une époque où les perspectives d’avenir s’assombrissent, l’opinion publique est plus sensible aux sirènes de l’extrême-droite. En un tournemain la sympathie qu’on éprouve pour quelqu’un ou quelque chose peut se transformer en une haine aveugle. Surtout dans les zones rurales.
Ne perdez pourtant pas courage. On ne vous sert pas la patrie sur un plateau d’argent, il faut la conquérir de haute lutte. Le temps des larmes et des menaces de suicide est révolu. N’ayez pas une attitude victimaire et surtout ne vous laissez pas convaincre de quitter l’Autriche. Le faire signerait votre arrêt de mort, au plan personnel et moral. Et la meilleure défense, c’est l’attaque. Contactez les personnes et les organisations qui vous soutiennent, parlez, écrivez, organisez avec elles la résistance et tenez bon, même si on vous exile hors d’Autriche. En exil on peut continuer le combat. Courage, levez-vous et luttez ! Et n’oubliez pas : si vous obtenez le droit de rester dans ce pays (et c’est mon souhait le plus cher), votre lutte n’est pas finie pour autant. Il y a tant d’autres Arigona dans ce pays (le vôtre). Ne l’oubliez jamais. Et n’oubliez pas non plus que vous aurez toujours des soutiens dans ce combat.
Amicalement
Vladislav Marjanović



mardi 13 avril 2010

Un ordre militaire permettra des déportations de masse de Cisjordanie

par  Amira HASS, Haaretz, 11/4/2010.Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Un nouvel ordre militaire visant à empêcher « l'infiltration » entrera en vigueur cette semaine, ce qui permettra la déportation de dizaines de milliers de Palestiniens de la Cisjordanie, ou leur mise en accusation sous des charges entraînant des peines de prison pouvant aller jusqu'à sept ans.
Lorsque l'ordre entrera en vigueur, des dizaines de milliers de Palestiniens deviendront automatiquement des criminels susceptibles d'être sévèrement punis.
Compte tenu des agissements des autorités de sécurité durant la décennie écoulée, les premiers Palestiniens susceptibles d'être visés par les nouveaux règlements seront ceux dont les cartes d'identité portent une adresse de résidence dans la bande de Gaza - des personnes nées dans la bande de Gaza et leurs enfants nés en Cisjordanie - ou ceux nés en Cisjordanie ou à l'étranger qui, pour diverses raisons, ont perdu leur statut de résidents. Sont aussi susceptibles d'être visés les conjoints, nés à l’étranger, de Palestiniens.
Jusqu'à présent, les tribunaux civils israéliens ont parfois empêché l'expulsion de ces trois groupes de la Cisjordanie. Mais le nouvel ordre les met sous la juridiction exclusive des tribunaux militaires israéliens.
Le nouvel ordre définit toute personne entrée illégalement en Cisjordanie comme un infiltré, ainsi que "toute personne présente dans la zone sans permis légal". L'ordre prend la définition originale de 1969 des « infiltrés » dans son sens extrême, dans la mesure où le terme était initialement appliqué uniquement aux personnes séjournant illégalement en Israël après avoir traversé les pays alors classés comme pays ennemis - la Jordanie, l'Égypte, le Liban et la Syrie.
Le langage dans lequel est rédigé l’ordre militaire est à la fois général et ambigu, précisant que le terme « infiltré » sera également appliqué aux résidents palestiniens de Jérusalem, aux citoyens de pays avec lesquels Israël a des relations amicales (comme les USA) et aux citoyens israéliens, qu'ils soient arabes ou juifs. Tout cela dépendra du jugement des commandants de l’armée israélienne sur place.
Le Centre Hamoked pour la défense de l'individu a été la première organisation israélienne de droits humains à émettre des avertissements contre l'ordre, signé il ya six mois par l'ex-commandant des forces israéliennes en Judée et Samarie, Gadi Shamni.
Il y a deux semaines, la directrice d’Hamoked Dalia Kerstein a envoyé au général commandant en chef de l‘armée de terre Avi Mizrahi une demande de retarder l’application de l’ordre, étant donné «le changement radical qu'il provoquera en ce qui concerne les droits humains  d'un nombre énorme de personnes ».
Selon les dispositions, une personne est présumée être un « infiltrateur » si elle est présente dans la région sans un document ou permis qui attestent de sa présence légale dans la région, et ceci sans justification raisonnable. " Ces documents, est-il écrit, doivent avoir été "délivrés par le commandant des FDI en Judée et Samarie ou une personne agissant en son nom."
Les instructions, cependant, ne sont pas claires : les autorisations visées sont-elles celles actuellement en vigueur, ou s’agit-il de nouvelles autorisations que les commandants militaires pourraient émettre à l'avenir ? La disposition est également peu claire sur le statut des détenteurs de cartes de résidence en Cisjordanie, et ignore l'existence de l'Autorité palestinienne et les accords signés par Israël avec elle et l'OLP.
L'ordonnance stipule que si un commandant découvre qu'un infiltré est récemment entré dans une zone donnée, il «peut ordonner son expulsion dans les 72 heures suivant le moment où il a reçu l’ordre écrit d'expulsion, à condition que l'infiltré soit expulsé vers le pays ou la zone de d'où il s’est  ‘ infiltré’ ».
L'ordonnance permet également de poursuites pénales contre suspects d’ « infiltration »  qui pourraient déboucher sur des peines allant jusqu'à sept ans. Les personnes en mesure de prouver qu'elles sont entrées en Cisjordanie en toute légalité mais sans permission d’y rester, seront aussi jugées et seront passibles d'une peine maximale de trois ans. (Selon la loi israélienne actuelle, les résidents illégaux écopent  généralement d’un an de prison).
La nouvelle permet également au commandant des FDI dans la zone d'exiger que l’ «  infiltré » paie le coût de sa propre détention et de son expulsion, jusqu’à un total de 7 500 Shekel [=1500 €, 2000 US$].
La crainte que les Palestiniens avec des adresses à Gaza seront les premiers à être ciblés par la présente ordonnance est fondée sur les mesures qu'Israël a prises ces dernières années pour limiter leur droit de vivre, travailler, étudier ou même de se rendre en visite la Cisjordanie.. Ces mesures violaient les Accords d'Oslo.
Selon une décision prise par le commandant  militaire (israélien) en Cisjordanie et qui n'était étayée par une quelconque  législation militaire, depuis 2007, les Palestiniens avec des adresses à Gaza doivent demander un permis de séjour en Cisjordanie. Depuis 2000, ils ont été définis comme étrangers en situation irrégulière s'ils ont des adresses de Gaza, comme s'ils étaient des ressortissants d'un État étranger. Beaucoup d'entre eux ont été expulsés vers la bande de Gaza, y compris ceux nés en Cisjordanie.
Actuellement, les Palestiniens ont besoin de permis spéciaux  pour entrer dans les zones près de la barrière de séparation [lisez : le Mur d’apartheid, NdT], même si leurs maisons sont là, et les Palestiniens ont longtemps été exclus de la vallée du Jourdain sans autorisation spéciale. Jusqu'en 2009, les résidents de Jérusalem-Est avaient besoin d’une permission pour entrer dans la zone A, territoire sous contrôle total [ ?, NdT] de l’Autorité palestinienne.
Un autre groupe devrait être particulièrement affecté par les nouvelles règles : ce sont les Palestiniens qui ont déménagé en Cisjordanie en vertu des dispositions de regroupement familial, qu’Israël a cessé de garantir depuis plusieurs années.
En 2007, suite à une série de pétitions d’ Hamoked et comme geste de bonne volonté en direction du  président palestinien Mahmoud Abbas, des dizaines de milliers de personnes ont reçu des cartes de résidence palestiniennes. C’était l'Autorité palestinienne qui distribuait les cartes, mais Israël avait le contrôle exclusif sur ceux qui pouvaient les recevoir. Des milliers de Palestiniens, cependant, sont resté classés comme « étrangers en situation irrégulière», y compris ceux qui ne sont citoyens d'aucun autre pays.
Ce nouvel ordre est le dernier pas franchi par le gouvernement israélien ces dernières années pour exiger des permis qui limitent la liberté de circulation et de résidence précédemment conférées par les cartes d'identité palestiniennes. Les nouveaux règlements sont balayent très large, permettant des mesures pénales et l'expulsion massive de personnes de leurs foyers.
Le bureau des porte-paroles de l’armée a répondu à notre demande: «Les amendements apportés à l'ordonnance sur la prévention de l'infiltration, signés par le Commandement central de l’armée de terre, ont été émis dans le cadre d'une série de manifestes, ordres et nominations en Judée et en Samarie, en hébreu et en arabe, comme requis, et seront affichés dans les bureaux de l'administration civile et des avocats de la  défense près des tribunaux militaires en Judée et en Samarie. L'armée israélienne est prête à exécuter l'ordre, qui n'est pas destiné à s'appliquer aux Israéliens, mais aux étrangers en situation irrégulière en Judée et en Samarie. »
 

jeudi 5 mars 2009

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°8) - Moi, Modibo, expulsé "comme un animal"

par Marie Barbier , L'Humanité
Témoignage. Depuis Bamako où il a été expulsé depuis une semaine, Mobido Sissoko, 41 ans dont vingt en France, témoigne de son expulsion, alors qu’il était en grève de la faim.
Il a le souffle court, parle lentement. Gêné. Depuis une semaine, Modibo Sissoko est de retour à Bamako, capitale du Mali, après vingt ans d’absence. Il souffle : « J’ai rien ici. Je connais pas. » Et s’inquiète : « Comment je vais récupérer mes affaires qui sont restées en France ? ». À quarante et un ans, cet homme a vécu autant à Paris qu’à Bamako. Arrivé en 1989 en France, il a travaillé pendant vingt ans dans le bâtiment. Plusieurs fois licencié parce que sans papiers, il avait néanmoins obtenu de son dernier employeur une promesse d’embauche, indispensable à sa demande de régularisation par le travail. Rendez-vous était fixé en préfecture le 12 mars.
Mais fin janvier, Modibo Sissoko est arrêté à proximité de son foyer à Viry-Chatillon. À la suite d’un refus d’embarquer, il est sous le coup d’une interdiction du territoire français de trois ans prononcée par le tribunal de grande instance de Lyon en 2007. Il a beau montrer sa convocation en préfecture, rien n’y fait, Modibo est placé au centre de rétention administrative (CRA) de Palaiseau, en attendant sa probable expulsion. Le 14 février, les retenus du centre votent la grève de la faim. « Dans le centre, les sans-papiers sont traités comme des criminels, explique Modibo. On remplit les caisses de l’État en payant des impôts et après on est traités comme des chiens. »
Vendredi 20 février, Modibo est « extrait », comme dit le vocabulaire officiel, du CRA pour être « éloigné du territoire ». Mais le commandant de bord le débarque. Selon la préfecture, son comportement n’était pas de nature à ce que le vol se déroule sereinement. Selon le Réseau Éducation sans frontières (RESF), le commandant de bord aurait refusé d’embarquer sans assistance médicale une personne affaiblie par une semaine de grève de la faim. Modibo est ramené au CRA. Son répit est de courte durée. Deuxième tentative d’expulsion le lundi. Modibo Sissoko, escorté par six policiers, dit alors avoir été violemment « agressé » : « J’avais les pieds scotchés au siège, les mains menottées dans le dos. J’étais attaché comme un animal. Plié en deux, je n’arrivais pas à respirer. »
Au point que plusieurs passagers interviennent. L’Association malienne des expulsés (AME) qui a accueilli Modibo à l’aéroport a recueilli le témoignage de l’un d’entre eux, prêt à témoigner devant la justice. « Il a été touché violemment, confirme Alassane Dicko, secrétaire permanent de l’association, employant un euphémisme par peur des poursuites. L’un des passagers nous a dit qu’il hurlait comme une bête. » Les passagers organisent une collecte : 560 euros pour que Modibo ne rentre pas sans rien à Bamako.
Depuis son « rapatriement » comme il dit, Modibo dit « avoir mal partout », particulièrement au dos. Il doit aller voir un médecin aujourd’hui. L’Association malienne des expulsés s’inquiète du changement de nature des expulsions : « Depuis décembre, les expulsés ont changé, remarque Alassane Dicko. Nous voyons arriver de plus en plus de gens qui étaient depuis très longtemps en France, quinze ans, même vingt-deux ans la semaine dernière. L’un vient de sortir du bureau, il a sa femme et ses enfants en France, il ne comprend pas ce qui lui arrive. »

samedi 20 décembre 2008

Chroniques de la vie quotidienne dans la France sarkozyenne (Vol.II, N°6) - Mayotte, en France

L’île de Mayotte, dans l’Archipel des Comores, a été illégalement arrachée par la France à la République des Comores après l’accession à l’indépendance de ce territoire d’outre-mer en 1974. Cette annexion se poursuit depuis 34 ans, malgré les résolutions de l’OUA, de l’Union africaine et de l’ONU. Un des aspects les plus tragiques de cette situation est celle des Comoriens des autres îles de l’archipel qui émigrent au risque de leur vie à Mayotte, où ils sont considérés comme étrangers. Ces « sans-papiers », « clandestins », constituent aujourd’hui au moins un tiers de la population de l’île. 16 000 d’entre eux sont expulsés chaque année. La suite ci-dessous.- Basta !

Source : Libération, 18/12/2008
Centre de rétention de Mayotte: la vidéo qui accuse
DOCUMENT VIDEO
«Libération» s'est procuré un document vidéo qui dévoile les conditions inhumaines de rétention des clandestins sur ce territoire français. Retrouvez en kiosque nos témoignages, enquête et reportage sur place.


Centre de rétention de Mayotte: la vidéo qui accuse
envoyé par liberation


Mayotte : le centre de rétention, une zone de non-droit
MAYOTTE, correspondance RÉMI CARAYOL

Des dizaines d’hommes entassés dans une pièce dont la grille est fermée à double tour. Et qui crient, refusant d’être ainsi filmés - certains sont torse nu. A quelques mètres, tout près des poubelles où se trouvent les restes du repas, des femmes et des enfants sont couchés sur des matelas de fortune. Des gamins crient, d’autres pleurent. Certains dorment. Derrière les toilettes, un jeune homme qui a fui la promiscuité s’est assoupi à même le sol.
Les images du film que Libération s’est procuré, tourné en octobre par un agent de la Police aux frontières (PAF) de Mayotte au sein du centre de rétention administrative (CRA) de Pamandzi, sont édifiantes. Ce jour-là, il y avait 202 retenus dans le CRA, qui n’est habilité à n’en recevoir que 60…
«Inadmissibles». «Ce film montre ce que nous vivons au quotidien», indique un agent de la PAF qui, après avoir vu les images, a accepté de nous répondre de manière anonyme. Selon lui, «il est très fréquent que le nombre de retenus dépasse les 150, voire les 200». «Le record cette année est de 240», assure-t-il. Quant aux conditions d’accueil, «elles sont inadmissibles. […] Il n’y a que 60 matelas - et encore depuis peu. Les douches sont visibles depuis la salle des hommes. Il n’y a pas de toilettes réservées aux femmes et aux enfants.»
Un autre agent de la PAF de Mayotte va plus loin. «Les conditions de rétention des sans-papiers sont indignes, dit-il. Les gens sont traités comme des animaux. Et nous, on a la pression de la hiérarchie pour faire notre boulot sans rien dire. L’objectif, c’est de répondre aux attentes du ministère.» Si cet agent a accepté de nous parler, c’est d’abord parce qu’il n’a «pas fait ce boulot pour traiter ainsi les gens. Ce que je vois à Mayotte, je ne l’ai vu nulle part ailleurs». C’est aussi «parce que s’il y a un accident un jour, c’est nous, les lampistes, qui payerons, alors que la hiérarchie est parfaitement au courant de ce qui se passe ici. Par exemple, on est obligé de fermer à clé la salle des hommes pour éviter qu’ils s’échappent par le toit. Nous ne sommes que 5 agents, nous ne pouvons donc tous les surveiller. Mais s’il y a un incendie, ils seront bloqués… Nous sommes dans l’illégalité !»
Le CRA de Mayotte détient le record national de reconduites à la frontière avec 16 000 refoulés en 2007 - un sommet qui devrait être égalé en 2008. Des chiffres faramineux s’expliquant par la proximité historique, géographique et culturelle des Mahorais avec les Comores, d’où viennent la majorité des immigrés (lire page suivante).
Malgré les travaux en cours afin d’améliorer les conditions d’accueil - une pièce pour la restauration, des toilettes pour femmes et un coin enfants sont prévus, Flore Adrien, présidente du groupe local de la Cimade, dénonce elle aussi ces conditions d’accueil «indécentes». Surtout, affirme-t-elle, «le droit des personnes n’est pas respecté : des mineurs isolés sont expulsés, des Français qui n’ont pas le temps de montrer leurs papiers ou des Comoriens présents depuis vingt ans sur le territoire aussi…»
En décembre 2006, le syndicat Unsa police Mayotte avait déjà dénoncé «la surpopulation et le "toujours plus" [engendrant] des tensions que le personnel du CRA ne peut plus supporter». «Allons-nous attendre un incident grave pour agir ?» interrogeait le syndicat dans un tract, qui rappelait que «pour satisfaire aux lois de la République, nous respectons les textes en vigueur, mais il faut aussi que l’administration respecte les règles qu’elle a elle-même édictées».
Avertissements. Le 15 avril, la Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) avait jugé ce CRA «indigne de la République». «Les conditions de vie […] portent gravement atteinte à la dignité des mineurs retenus», notait également la commission. «Malgré ces avertissements, la direction n’a rien changé», déplore l’un de nos informateurs. «Certes il y a des travaux pour améliorer l’accueil, mais la logique de traiter ces personnes comme des chiffres reste la même. Et les moyens ne suivent pas.»
Yvon Carratero, le directeur de la Police aux frontières cité dans un rapport de la commission des lois du Sénat publié début décembre, affirme que le CRA, «qui accueillait naguère 200 personnes», en accueille désormais «50 à 80, grâce à une meilleure organisation des modalités d’éloignement». Le film, tourné après la rencontre du fonctionnaire avec les sénateurs, prouve le contraire. «Rien n’a changé», certifie l’un de nos deux informateurs.

Un scoop multimédia
Tout a commencé avec l’un de nos photographes mis en garde à vue à Mayotte, dans le cadre d’un reportage sur les clandestins sur ce territoire français. Une péripétie qui, quelques contacts plus tard, lui permettra de se procurer une vidéo choc. Après une collaboration avec un journaliste local, ils se présentent mardi à Libération. Un court visionnage et l’évidence s’impose : le document, filmé dans un centre de rétention, est matière à événement pour Libération. Plus encore, il doit également donner lieu à une diffusion exclusive sur le site du journal. Très vite, tout le monde s’est donc mis au travail. Du côté du journal papier, il faut à la fois vérifier les sources et l’origine de la vidéo, s’assurer que plusieurs agents de la PAF (la police de l’air et des frontières) sur place, même sous couvert de l’anonymat, sont prêts à témoigner des conditions de vie dans le centre de rétention. Préparer un reportage plus large aussi sur la situation dramatique des populations de migrants à Mayotte. Il faut encore sélectionner les images du film que nous pouvons reproduire dans le quotidien, tout en renvoyant le lecteur vers liberation.fr et le film original. Sur le site, dès hier soir, un bref extrait de la vidéo a été montré, afin de mobiliser au maximum la communauté des internautes sur la situation indigne des étrangers sans papiers à Mayotte. Ce matin, le document y est diffusé de façon intégrale.


Des expulsions sans témoins
ANALYSE
La Cimade n’a pas pu obtenir de bureau dans le centre de rétention de Mayotte.

CATHERINE COROLLER

Les cris d’alarme lancés aussi bien par Dominique Versini, la défenseure des enfants (lire page 3), que par des associations comme la Cimade sur les conditions de d’enfermement des étrangers au Centre de rétention administrative (CRA) de Mayotte ont-ils été entendus ? Lors de son passage dans l’île, le 16 mai, Yves Jégo avait promis la construction d’un nouveau CRA de 140 places. Hier, les services de Brice Hortefeux affirmaient que l’engagement serait tenu. Une somme de 20 millions d’euros devrait être débloquée d’ici à 2011 à cette fin. La date d’ouverture de ce nouveau centre n’est en revanche pas fixée.
Chiffres en hausse. La volonté du ministre de l’Immigration est claire: il n’entend pas relâcher la «pression très forte» mise sur les clandestins «dans les départements et collectivités d’outre-mer».«En 2006, le nombre d’éloignements y a progressé de 53 %, pour atteindre près de 24 000, se félicitait-il en novembre 2007. Sur les neuf premiers mois de l’année 2007, nous dépassons nos résultats de la même période en 2006.» A Mayotte, le chiffre des expulsions est de 16 000 chaque année, dont 2 à 3 000 mineurs.
Problème : ces reconduites à la frontière se font sans témoins. La Cimade qui dispose par convention avec l’Etat de bureaux dans les CRA métropolitains n’a jamais pu obtenir les mêmes facilités à Mayotte. «Ça fait très longtemps qu’on demande des habilitations et qu’on ne les a pas, regrette Damien Nantes, responsable à la Cimade du service défense des étrangers reconduits. Ponctuellement, des bénévoles peuvent s’y rendre en visite à la demande d’étrangers ou de leur famille pour tenter de les assister, mais c’est tout.» Et le ministère semble se satisfaire de cette situation. Mayotte ne figurait pas dans l’appel d’offre lancé en août pour ouvrir à d’autres associations que la Cimade, les missions d’information et d’assistance juridique dans les centres de rétention administrative. Appel d’offre retoqué depuis par le tribunal administratif. «Il n’y a pas de volonté ministérielle que les étrangers retenus à Mayotte bénéficient des mêmes mesures d’accompagnement qu’en métropole, et que la société civile voit un peu ce qui se passe dans ce centre», commente Damien Nantes.
Dans les clous. En métropole, la situation est évidemment différente. La vigilance des associations contraint l’Etat à rester à peu près dans les clous de la légalité. Les objectifs d’Hortefeux sont pourtant les mêmes: expulser un maximum de clandestins. L’objectif était de 26 000 reconduites pour 2008. Le ministère n’a pas fait connaître les chiffres définitifs même s’il déclarait en octobre que le nombre des expulsions pour les neuf premiers mois de 2008 dépassait celui de toute l’année 2007. La volonté d’Hortefeux de mettre une Cimade, jugée trop critique, en concurrence avec d’autres associations dans les CRA a également été vue comme une tentative de poser une chape de plomb sur ce qui se passe dans ces lieux.

Départementalisation : un référendum en mars
Un référendum aura lieu le 29 mars sur la départementalisation de Mayotte, a annoncé mardi le secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer Yves Jégo, à l’issue d’une réunion à Paris avec Nicolas Sarkozy et des élus mahorais. Mayotte, qui a aujourd’hui le statut de collectivité territoriale, pourrait devenir si le oui l’emporte, le cinquième département d’outre-mer (avec la Guyane, la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion) à l’issue des élections cantonales de 2011. Le président UMP du conseil général de Mayotte, Ahamed Attoumani Douchina, a souligné que la départementalisation, et les prestations sociales qui iront avec, sera «progressive et adaptée».