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mercredi 6 février 2013

Colombie: La répression et la terreur d’État se "consolident" à La Marina, Chaparral (Tolima)

par José Antonio Gutiérrez D., 18/1/2013. Traduit par Pascale Cognet, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

Le Sud du Tolima a été touché par le conflit social et armé comme peu de zones de Colombie l’ont été, avec une longue histoire de conflits agraires qui remonte aux années 30.

Le territoire  de La Marina, commune de Chaparral, connaît depuis quelques années une militarisation croissante, par le biais des zones dites de consolidation militaire, qui a intensifié la violence du conflit [1].C’est là qu’opèrent la Fuerza de Tarea Conjunta Vulcano [NdT:Force conjointe d’action Volcan] et le 17ème Bataillon d’Infanterie "José Domingo Caicedo" de la Sixième Brigade de l'armée de terre.

Carte des mégaprojets dans le Tolima : or, pétrole, irrigation, routes et barrages

Guerre sale et mégaprojets
Cette force militaire a mené une campagne anti-insurrectionnelle intense dans un des bastions des FARC-EP [2], dont le Front 21 est actif dans cette zone et l’armée a décidé de l’éradiquer par le biais d’une guerre sale et en terrorisant la population civile. Pour cela, le Bataillon Caicedo a utilisé tous les moyens légaux et illégaux à sa disposition, s’alliant étroitement aux paramilitaires. Au début de 2012, six militaires de ce bataillon ont été arrêtés avec d’autres mafieux pour appartenance à la bande "Los Urabeños", dédiée à des tâches de harcèlement politique, de contre-insurrection et  de "nettoyage social" ainsi qu'au narcotrafic [3]. Les "Aigles Noirs", qui opèrent également  dans la zone n’ont jamais été inquiétés par les autorités. Les paysans du coin disent que, dans le même style que les anciens "chulavitas" [membres de groupes paramilitaires des premières années de la Violencia, NdT], ce seraient les soldats du Bataillon Caicedo en personne qui sortent cagoulés et en civil pour intimider la population. On entend de toutes parts des rumeurs comme quoi "les paracos [paramilitaires] vont arriver, que s’ils ne partent pas ils seront massacrés à la tronçonneuse… sous la consolidation militaire, les enfants grandissent dans la peur".


Check-point militaire sur une route de Chaparral à La Marina
À La Marina, tout le monde dit que derrière cette militarisation et para-militarisation se cachent des intérêts qui vont au-delà de la simple contre-insurrection. On dit que l’objectif n’est pas seulement de déloger  les guérilleros mais aussi tous les paysans qui résistent au projet hydro-électrique qui doit être développé dans la zone vers la fin mars ; c'est-à-dire qu’il s’agit de «  nettoyer » le territoire de façon à ce que ce projet puisse avancer sans rencontrer la moindre résistance qu’elle soit armée ou civile.
 
Une paysanne de la zone raconte:
«  Il n’y avait jamais eu autant de militaires, autant d’arrestations, on était bien tranquilles. Mais en 2008, on a commencé à parler d’un projet hydro-électrique au fil de l’eau, par tunnel, qui serait réalisé par une entreprise de Medellin appelée ISAGEN…il y en a qui disaient que cela allait changer le cours de l’eau et assécher la terre, mais l’Etat disait que le sous-sol lui appartenait et pas à nous, que peu importait que nous ayons ou non notre ferme. Nous avons vu ce qui s’est passé à San José de Las Hermosas, où ils ont fait la même chose et des fermes qui donnaient 125 quintaux de café à l’année, maintenant ne récoltent plus rien. Ils veulent en faire quatre de plus à Rio Blanco… mais nous, on n’a rien à dire, on n’a qu’à ravaler notre salive si on n’est pas content ».
Les paysans et habitants du coin, inquiets face à cette situation, informés de ce qui s’était passé à Las Hermosas avec le projet hydro-électrique, ont constitué une association appelée Asoembeima ; l’association paysanne du secteur, ASTRACATOL (membre de la FENSUAGRO) s’est également prononcée contre ce projet. Dès lors a commencé une histoire de persécution qui n’en finit pas.
La "consolidation" contre les paysans: délation rémunérée et fausses démobilisations
Les paysans considèrent que c’est avec l’arrivée du lieutenant John Jairo Vélez à  La Marina en 2010, qu’a commencé une politique systématique de harcèlement à leur encontre, ils se plaignent  que des mandats d'arrestation aient commencé à pleuvoir contre eux et que du jour au lendemain, ils se sont tous retrouvés suspectés d'être des miliciens [civils sympathisants des FARC, dont ils constituent des bases d'appui, NdE].
 
Appliquant le célèbre maxime “Diviser pour régner”, l’Etat s’est employé à opposer entre eux les membres de la communauté pour pouvoir développer son plan anti-insurrectionnel de contrôle social et de mégaprojets. Ils ont d’abord commencé par les réseaux d’informateurs, cherchant ainsi à diviser la communauté en semant le doute et la méfiance en son sein.
 
Reinel Villabón, ancien inspecteur de police à La Marina  et dirigeant de SINTRAGRITOL (Syndicat des travailleurs Agricoles de Tolima) raconte que « le plus grave c’est qu’on est en train de fabriquer des démobilisés pour pouvoir traîner en justice les gens qui travaillent. D’après la Constitution, la peine de mort n’existe pas mais dans la réalité, on sait bien qu’elle existe. Parce que bombarder des gens en train de dormir, ou bien les attraper, dire que ce sont des miliciens et les tuer, c’est appliquer la peine de mort ». Sur les fausses démobilisations, rappelons que c’est précisément dans le sud du Tolima que s’est forgée la démobilisation massive d'au moins deux fausses structures qu'on a fait passer pour des guérilléros : le soi-disant Bloc Cacica La Gaitana et la prétendue colonne Norma Patricia Galeano [4]. Ce ne sont que deux cas parmi les plus connus et reconnus mais il y en a beaucoup d’autres d’après Villabón :
Jugez vous-même, ils sont arrivés une fois chez un Monsieur qui est muletier, que je connais et ils lui ont dit ’démobilisez-vous et on vous donne un petit peu d’argent’ et si les gens refusent de participer à cette comédie, alors on leur dit qu’ils en subiront les conséquences…la radio du Bataillon Caicedo faisait des signalements de gens, en donnant des noms, et les enjoignant à se démobiliser….le lieutenant John Jairo Vélez a donné un numéro de téléphone à Chaparral pour les dénonciations, le   rendez-vous avait lieu dans le parc. Ils ont ainsi proposé à une femme très pauvre de la coopérative, Lucero Váquiro, d’améliorer ses conditions de vie et elle a fini par dénoncer beaucoup de gensˮ.
Une paysanne nous explique qu’ils connaissaient Lucero Váquiro depuis toujours, qu’elle n’avait jamais été ni milicienne, ni guérillera. Elle nous dit que tout ça était une vaste farce et que par nécessité économique, elle a commencé à dénoncer tous ceux qu’elle a pu. Elle ajoute que sur les 30 soi-disant démobilisés qu’on utilise aujourd’hui pour entamer des procès contre les paysans, pas un seul n’est un ancien guérillero. Un autre paysan dit : « ils achètent des témoins ici, des fainéants à qui on offre de l’argent pour dénoncer n’importe qui, s’il n’y avait pas ce foutu système de récompenses, rien de cela n’arriverait ».
La "consolidation"  contre les paysans: l’assassinat
Toute cette politique de répression et de terreur contre la communauté ne s’est pas arrêtée à la délation. Le 30 mars 2011 deux paysans, Gildardo Garcia et Héctor Orozco, ont été assassinés alors qu’ils se rendaient de Chaparral à La Marina, au niveau d’Espiritu Santo à Albania. L’assassinat s’est produit entre deux barrages du Bataillon Caicedo et jusqu’à aujourd’hui il reste totalement impuni. Qui étaient les deux personnes assassinées ? D’après Villabón, c’était «  des gens bien, des travailleurs. C’était des paysans qui cultivaient des haricots, des mûres, du café, des tomates arbustives et des narangilles. Garcia était membre d’ASTRACATOL. Ils l’ont appelé à Orozco pour une fausse démobilisation, il a refusé. Comme il avait une petite boutique à San Fernando, sur les hauteurs de la Marina, ils l’ont accusé d’aider la guérilla parce qu’il leur vendait des choses ».
 
Cela faisait un an qu’ils harcelaient Héctor Orozco. Les militaires le recherchaient, ils le traitaient de milicien, « camarade » sans lui montrer d’ordre de capture, et en plus ils l’appelaient pour qu’il participe à une fausse démobilisation. Au poste, ils ont commencé à le harceler en lui demandant pour qui il achetait les marchandises. D’après sa femme, « le lieutenant Vélez était celui qui s’acharnait le plus, quand il le voyait il lui disait qu’il avait déjà eu 47 guérilleros, qu’il lui en fallait trois de plus et qu’il s'offrirait des vacances bien méritées. Il l’autorisa seulement à se déplacer entre Chaparral et La Marina, uniquement sur ce tronçon. Il lui demandait pourquoi il alimentait la guérilla, ils ont commencé à nous rationner et à nous affamer, jusqu’à ce qu’il lui donne trois mois de délai pour renoncer à ASTRACATOL et devenir informateur. Comme il a refusé, ils l’ont assassiné ».
 
Selon Villabón, celui qu’ils voulaient assassiner vraiment, c’était Orozco, mais en contrôlant Gildardo Garcia et en voyant son nom de famille, ils l’ont tué aussi : «  Voyez, ici le lieutenant Vélez a déclaré que tous les Garcia étaient un objectif militaire, parce que l’un d’entre eux était parti dans la montagne avec la guérilla. Alors toute la famille Garcia est recherchée, on leur met la pression, on les tue. Auparavant, ils avaient torturé et assassiné Don Tiberio Garcia dans le hameau Brisas de San Pablo ».

On a rapporté aussi le cas de faux positifs dans la zone: le 3 juin 2007, l’armée et le Gaula [Groupe d’action unifiée pour la liberté personnelle, unité anti-kidnapping de l'armée colombienne entraînée par les USA, NdT] ont assassiné Jaro Eber Morales à Santa Ana (ainsi que trois autres personnes) en prétendant que cela s’était passé lors d'un affrontement armé ; le 19 juillet 2007 ils ont également assassiné Camilo Avila  et Don Jesus Maria Rianos au carrefour de Rio Blanca en venant de La Marina.
Chaque capture de guérillero fait l'objet d'une mise en scène comme ici, en novembre 2011, la capture de ‘Fabián’ ou ‘El Calvo’ (Le Chauve), présenté comme deuxième commandant de la colonne mobile ‘Daniel Aldana’ des FARC, suivie de celle des 5 paysans accusés de faire partie des milices bolivariennes d'appui aux FARC.
La "consolidation" contre les paysans: les arrestations
En novembre 2011, sous l’inculpation de « rébellion et financement de groupes terroristes », on arrête les frères Edwin Lugo Caballero et José Norbey Lugo Caballero,  Arcesio Díaz, Aycardo Morales Guzmán, Saan Maceto Marín et Fredynel Chávez Marín (ce dernier originaire de Las Hermosas). Tous appartenaient à ASTRACATOL, c’étaient des personnes qui s’étaient mises en avant pour la défense des droits des paysans et du territoire. Ils arrêtent aussi Alexander Guerrero Castañeda, président de l’Assemblée d’Action Communale de La Marina ainsi qu’Armando Montilla Rey, membre de l’Assemblée d’Action Communale de La Esperanza, du Rio Blanco.
 
Selon l’avocate Karen Tapias, de la Fondation Lazos de Dignidad chargée de défendre les prisonniers d’ASTRACATOL, il s’agit d’un dossier particulièrement léger et rempli d’irrégularités : « Avant tout, les 30 témoins de l’accusation sont supposés être des réinsérés. Cependant, des guérilleros qui ont plus de dix ou vingt ans dans les FARC-EP, qui se trouvent en prison, disent ne pas les connaître, et qu’ils sont en train d’utiliser des civils à qui cela procure des avantages économiques. Il est certain que ces soi-disant démobilisés ont bénéficié d’avantages économiques, éducatifs  ou en logements ». Pompilio Diaz, père d’Arcesio Diaz, un des détenus, a dit qu’ils avaient « acheté son fils pour cinq millions de pesos » [2000 €].
 
L’avocate dit que” le texte de l’accusation est basé sur un témoignage supposé d’une personne que l’on n’a pas identifiée…nous n’avons pas la certitude que le témoignage ait existé ou bien s'il ait été inventé par la police judiciaire, il n’y pas de preuve qu’une personne appartenant à l’insurrection ou à la population civile soit venue faire la dénonciation… José William Devia Moreno, en charge de l’investigation, a dit qu’il a reçu le témoignage mais qu’il n’a jamais vu la source humaine ».
 
D’après Tapias, ces procès sont d’une nature éminemment politique. « C’est quelque chose qui existe depuis quelque temps, mais qui a augmenté maintenant parce qu’il y a un besoin particulier, avec la construction de ce barrage et que les gens qu’on accuse en ce moment d’appartenir au Front 21 sont tous des paysans qui se sont élevés contre ce projet. De plus, ASTRACATOL est associée à la Marche Patriotique et nous connaissons tous les stigmatisations dont fait l’objet ce mouvement, il ne s’agit pas de faits isolés ». Le père d’un des détenus en est conscient quand il rappelle que « les soldats savent que mon fils n'a rien à se reprocher, mais ils disent que c’est la faute de la famille qui est mouillée, parce que nous faisons partie de la Marche Patriotique ».
 
Les audiences du procès contre les 8 détenus reprendront le 25 janvier à Ibagué, avec les 25 témoins de la défense [audience reportée au 14 février, NdE]. Pendant ce temps-là, ces prisonniers supportent des conditions déplorables dans la prison de Picaleña, où règnent un manque d’eau pratiquement constant, des abus de pouvoir de la part des gardiens, ainsi qu’une carence en soins médicaux. Il est nécessaire de mobiliser toute la solidarité parce qu’il ne s’agit pas ici d’un cas judiciaire mais d’une attaque frontale contre le peuple qui s’organise.

La "consolidation" militaire comme forme de violation permanente contre la population
La dégradation de la situation, fruit de la militarisation par la consolidation, touche même les rangs de l’Armée. Quatre soldats de La Marina, qui étaient en train de faire leur service, ont également été arrêtés en septembre 2011, pour collaboration supposée avec l’insurrection. Vilman Useche Pava, Wilmer Javier Pérez Parra, Isidro Alape Reyes et Jason Orlando Castañeda ont été arrêtés alors qu’ils étaient en service sur la base de Piedras à Ibagué. Leurs accusateurs sont les  faux démobilisés eux-mêmes qui accusent les prisonniers d’ASTRACATOL et des JAC [Juntas de Acción Comunal =Groupes d'Action Communale, comités d'habitants ayant une existence légale, NdE]. En ce moment, l’armée lance toute une série d’ordres de capture contre des infirmiers et des médecins pour une supposée collaboration avec l’insurrection et parce qu’ils soignent les guérilleros. Il y a également des ordres de capture de commerçants, supposés aider financièrement l’insurrection et de faire du commerce avec les guérilleros; on menace aussi les proches des guérilleros et on les arrête pour crimes de sang ; une véritable offensive contre toute personne qui exprimera une opinion à l’encontre des 7 projets hydro-électriques en cours dans le sud du Tolima.
 
Pour Tapias, il existe une situation humanitaire grave, où l’on observe “un contrôle des aliments qui entrent dans la zone comme de tout autre type de vivres et de médicaments, c’est l’armée qui décide de ce que mange la population et dans quelle proportion, et quels sont ses besoins en médicaments… par le biais de l'émetteur radio du Bataillon Caicedo de l’armée nationale on désigne des personnes de la région par leur nom et prénom comme étant des miliciens du Front 21 des FARC, sans qu’il existe de procédures juridiques à leur encontre  et ils sont invités à se démobiliser. Ils font du porte-à-porte, offrent de l’argent à la population et demandent qui sont les guérilleros dans la zone…nous avons entendu des dénonciations qui lient les paramilitaires à  l’armée, c’est une situation extrêmement grave »
 
Quand on demande aux paysans si l’armée a apporté la sécurité au village, les paysans sont virulents: « Ce que l’armée a apporté, c’est la violence, surtout les soldats professionnels qui viennent tous d’ailleurs. Les garçons d’ici qui sont dans l’armée ne s’en mêlent pas, ils ne veulent pas se battre, ce sont ceux  qui viennent de l’extérieur qui réellement apportent la violence. » Tous se plaignent quedepuis que l’armée est arrivée, on a cherché à opposer les voisins entre eux et on a semé la discorde avec le système des informateurs. Ils ont aussi utilisé d’autres méthodes comme d’envoyer des colis au nom des paysans avec des tracts pour obtenir des récompenses pour augmenter les suspicions que tel ou tel paysan sert d’informateur et dégrader le climat de cette façon en augmentant la méfiance. Dans cette atmosphère, ils espèrent rendre difficile l’organisation et la résistance des paysans aux expropriations.
 
Villabón Leal  nous dit : “avec la consolidation, le problème du déplacement s’aggrave, parce que les paysans ne peuvent plus cultiver parce qu’on les bombarde, on leur lance des bombes, on mitraille les  cimes et les vallons,  on vous repère, on vous contrôle comme si on était dans une  prison, avec des appareils numériques pour relever les empreintes, avec des photos... le seul but de la consolidation territoriale, c’est de faire entrer les multinationales ».Fernando Chacón, dirigeant d’ASTRACATOL à Chaparral est aussi d’accord avec cette analyse quand il dit que le climat de terreur constante avec les mitraillages et les bombardements, doublé de persécution que l’on fait subir aux organisations sociales a à voir avec le fait de « vider cette zone stratégique de ses paysans pour leurs projets de pseudo-développement , qui enrichit seulement quelques-uns, venus d’ailleurs…pour cela, ils veulent en finir avec notre culture, avec notre manière de vivre, notre personnalité de paysans ».
 
Ce qui est certain, malgré tout, c’est que les paysans font preuve d’une admirable résistance pour ne pas disparaître. Les organisations paysannes se renforcent dans tout le pays, malgré la militarisation, la persécution et la menace. Les organisations restent debout, en pleine rigueur de consolidation territoriale. Il est de notre devoir de continuer à brandir la bannière de la solidarité et de n' oublier ni les prisonniers, ni les paysans qui continuent à exiger une réforme agraire, au nom de la devise Terre et Liberté, si vieille et si actuelle.
 
Notes
[1] Pour connaître quelques antécédents sur la situation à La Marina, lire une interview précédente de Javier Orozco de la Commission Asturienne en  2010 http://anarkismo.net/article/21147
[2] Dans la commune de Chaparral les guérillas communistes ont agi depuis 1949, elles étaient à l’origine des groupes d’autodéfense paysanne face à la violence des gros propriétaires.

mardi 5 février 2013

Inde : ça chauffe à Odisha! La population ne veut pas de l'aciérie POSCO !

La population du district d'Odisha, dans l'Etat d'Orissa, sur la côte orientale de l'Inde, au sud du Bengale occidental, ne veut pas de l'usine sud-coréenne POSCO et elle le fait savoir par tous les moyens depuis des années. Ces derniers jours, la police est venue pour tenter d'évincer les paysans chassés de leurs terres, qui ne se laissent pas faire.Ne ratez pas les déclarations de l'officier de police et du business-député de droite Jay Panda, du parti Biju Janata Dal (BJD) -allié au BJP, le parti "national-hindouiste" qui gouverne l'Orissa - qui mentent comme des arracheurs de dents...


http://petitions.aidindia.org/Posco_2008/map.jpg

Voir le film "Ama Bhita Maati Bachao" (2007), de  Girish Pant et Rajkumar, sur cette lutte

mardi 3 novembre 2009

Les peuples originaires exigent un contrôle indigène sur les organismes de développement en Amérique du Sud

Ils dénoncent l’impact négatif de 510 mégaprojets sur la société, l’environnement et la culture
par Rosa ROJAS, La Jornada, 1/11/2009 . Traduit par Gérard Jugant, révisé par Michèle Mialane. Édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Control indígena, exigen pueblos originarios para organismos de desarrollo en Sudamérica

La Paz, 31 octobre. La Coordination Andine des Organisations Indigènes, qui regroupe les peuples originaires de Bolivie, Equateur, Pérou, Colombie, Chili et Argentine, exigera lundi prochain devant la Commission Interaméricaine des Droits Humains (CIDH) la restructuration stratégique de l’Initiative pour l’Intégration Régionale Sud-Américaine (IIRSA) “sous la surveillance des  indigènes au niveau  local, national et régional, dans le cadre de l’Union des Nations Sud-Américaines (Unasur)”.
Ceci parce que les 510 projets pharaoniques  - dont le  financement s'élève à 70 milliards de dollars - qui impliquent  les 12 pays sud-américains, ont des impacts sociaux, environnementaux et culturels négatifs  sur leurs communautés et que leur réalisation viole le droit des peuples, communautés et personnes indigènes à être consultés au préalable pour savoir s'il donnent ou non leur accord  en considération du respect de leurs priorités de développement.
L’ IIRSA a été créée en août 2000 par un accord conclu lors de la réunion des Présidents des pays sud-américains. Son objectif central est de d'interconnecter les infrastructures sud-américaines pour faciliter l'exploitation des ressources naturelles.
Une délégation de la Coordination Andine des Organisations Indigènes (CAOI), sous la conduite de son coordinateur Miguel Palacín Quispe, participera à Washington à une audience devant la CIDH, au cours de laquelle elle présentera le document “Intégrer les affaires et désintégrer les peuples? Pour une restructuration stratégique de l’IIRSA”, dans lequel elle propose, pour exercer la surveillance, la création d’un Conseil Consultatif des Peuples Originaires.
Ce Conseil  serait constitué par des représentants des peuples indigènes, des paysans riverains des projets , métis et afro-américains des pays sud-américains impliqués parallèlement dans l’IIRSA et l’Unasur, étant donné que “c'est au sein de l’Unasur et dans son cadre que s'est créée l’IIRSA et  c’est là qu'elle compte aujourd’hui comme hier  sur un soutien politique au plus haut niveau”.
La restructuration stratégique de l’IIRSA devra se faire “sur la base de la consultation et du consentement préalable, libre et informé des peuples indigènes sur chacun des projets pharaoniques de cette initiative. La réalisation de ces projets doit être suspendue jusqu'à ce que cette consultation soit achevée ”, affirme la CAOI.
Il faut souligner en outre que la mise en oeuvre de cette initiative ne doit pas être laissée aux mains des institutions financières -Banque Interaméricaine de Développement, Fonds Financier pour le Développement du Bassin de la Plata et  Banque Nationale de Développement du Brésil- mais doit relever  de l’Unasur, en accord avec ses engagements déclarés à respecter l'environnement et les diverses cultures des nations qui la composent.
Dans le document cité, auquel a eu accès La Jornada, la CAOI définit l’IIRSA comme « un programme stratégique mégapolitique visant à restructurer en profondeur l'Amérique du Sud pour l'entraîner dans la mondialisation  sous la direction du capital transnational basé au Brésil ».
Parmi les projets inclus de l’IIRSA figurent la construction de routes,  l'aménagement de cours d’eau navigables, l'installation de centrales hydroélectriques et d'infrastructures de transport de l’énergie électrique, d’oléoducs, de gazoducs, de communication électronique    et d’autres modalités d’ “intégration” autour de 12 axes qui relient les régions liées avec l’Atlantique et le Pacifique, et « visent à satisfaire les appétits des gros investisseurs dans les zones d’implantation des projets qui servent avant tout les intérêts du grand capital brésilien associé au capital international”.
La CAOI signale que “l’Amérique du Sud compte plus de mille peuples et communautés et 30 millions d’indigènes qui exigent de savoir où nous mènent neuf années d’IIRSA,  dont le financement s'élève à plus de 70 milliards de dollars, abondés principalement par la dette extérieure des citoyens de 12 pays sud-américains, dont les peuples indigènes et les communautés”, générée par les institutions financières mentionnées ci-dessus.
Elle critique  la tournure “économiciste” de l’initiative, qui ne prend pas en compte les perspectives de “développement local”, du moyen ou petit capital, et encore moins des peuples et communautés indigènes, mais qui, en  exigeant une rentabilité élevée pour les investissements dans les  grands projets, donne la priorité au  grand business  en lien  avec le commerce des minerais  et hydrocarbures , du soja et du bois, à l'agroindustrie, aux agrocarburants et à l'eau - c’est-à-dire la marchandisation de la vie en général”.
Cette vision, ajoute-t-elle, se traduit en 11 axes d'investissements prioritaires qui réorganisent et reconfigurent l’Amérique du Sud, ses marchés internes, sa croissance urbaine et économique “de même que les zones où s'accroissent la mise en danger de la biodiversité, l’invasion et la colonisation territoriale, les déplacements de  population et les chocs culturels”.
Elle remarque que les projets spécifiques “sont débattus  entre les technocrates de la finance, les firmes de constructeurs et les autorités nationales”. Etant donné le caractère bi- ou tri-national de ces projets, les arrangements se font à l’échelle internationale. Bien que les travaux et impacts concernent directement les niveaux communal, local et provincial, les instances correspondantes ne sont pas prises en compte, mais sont "simplement informées des projets choisis" et, en plus,  on prévoit bien des espaces pour des objections de détail  “mais qui n'impliquent  en aucun cas une modification en profondeur de projets déjà arrêtés par l'oligarchie technocratique internationale dont nous parlions plus haut”.
Elle affirme aussi que si les finances et les décisions sont globales, que tout le reste est abandonné au niveau national. “L’IIRSA crée un gigantesque fonds de financement global qui fait main basse sur l’Amérique du Sud, mais les impacts socio-environnementaux qu’il génère, sont externalisés et remis aux bons soins des coordinations nationales, qui -on l’a vu au Pérou - organisent beaucoup d’ateliers supposés ‘participatifs’,  mais sans les communautés et organisations des peuples originaires”.

Comment l' IIRSA se représente l'Amérique du Sud :
IIRSA considère le continente sudaméricain comme un territoire discontinu composé de cinq îles et prévoit plus de 350 projets en matière de transports, énergie et communication devant constituer 10 axes ou ponts d'intégration entre les territoires.




Les 10 axes d'intégration et de développement

Agenda de la mise en œuvre convenue pour l’IIRSA


dimanche 18 octobre 2009

Brésil


Mise au point sur la dernière campagne médiatique contre le Mouvement des sans-terre 



Le MST (Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil) mène depuis de longues années une très dure bataille contre les fortes inégalités sociales existantes dans le monde rural au Brésil et pour donner une réalité sur le terrain à la loi de la Réforme Agraire. En effet s’il existe une loi fédérale sur la Réforme Agraire, elle peine à être appliquée concrètement, la résistance de l’oligarchie pouvant s’appuyer sur de nombreuses complicités au niveau des Etats, qu’elles soient politiques, judiciaires ou policières. Un des modes d’action développé par le MST est l’occupation par des familles de paysans sans terre de grandes propriétés qui ne respectent pas les lois fédérales. Ces actions se heurtent à la violence de l’oligarchie, que ce soit celle des hommes de mains ou des policiers à la solde des potentats locaux.  Des incidents survenus lors d’une des occupations d’exploitations agro-industrielles (une orangeraie du géant Cutrale comptant un million d’arbres à Borebi, dans l’État de São Paul) organisées par le MST ont été l’occasion, pour les médias à la solde de l’oligarchie, de déclencher une campagne hystérique et mensongère pour criminaliser l’action du MST et présenter les paysans sans terre qui luttent pour que la loi soit appliquée comme des « bandits ».
Voici la déclaration sur le sujet rendue publique par la direction nationale du MST en portugais et traduite en français.
 Pedro Da Nóbrega

Face aux derniers évènements impliquant le MST (Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil, NdT) et à la campagne médiatique qui se développe, la direction nationale du MST tient à apporter les précisions suivantes :

1. Notre lutte vise la démocratisation de la propriété de la terre, de plus en plus concentrée dans notre pays. Le recensement de 2006, publié la semaine dernière, montre que le Brésil est le pays où existe la plus grande concentration de la propriété de terre dans le monde. Moins de 15 mille latifundiaires possèdent des propriétés de plus de 2,5 mille hectares et détiennent 98 millions d’hectares. Près de 1% de l’ensemble des propriétaires contrôle 46% des terres.
2. Il existe une loi de la Réforme Agraire pour corriger cette distorsion historique. Nous savons cependant que les lois favorables au peuple ne sont effectives que sous la pression populaire. C’est cette pression que nous mettons en œuvre par l’occupation de latifundia improductifs et de grandes propriétés qui ne remplissent pas leur fonction sociale, comme le stipule la Constitution de 1988.
Lire la suite 




mercredi 16 septembre 2009

Des paysans indiens vendent leurs femmes à cause des mauvaises récoltes

Se retrouvant sans argent à cause des mauvaises récoltes, des paysans accablés de dettes dans la région de Bundelkhand, dans l'État de l’Uttar Pradesh, auraient, selon certaines informations, vendu leurs femmes à des prêteurs pour des sommes allant de 4 000 à 12 000 Roupies (soit 57 à 170 €).
Il semblerait même que plus la femme est belle, plus elle rapporterait un bon prix.
Les marchés seraient conclus sur un document portant un cachet légal avec l'entête « Vivaha Anubandh » qui signifie contrat de mariage. Dès que le nouveau « mari » se serait lassé de la femme, elle serait à nouveau vendue à un autre homme.
La Commission Nationale pour les Femmes (National Commission for Women : NCW) va envoyer une équipe pour enquêter sur cette affaire.

mardi 16 juin 2009

Massacre à Bagua, Pérou

Le 5 juin, la Police Nationale du Pérou a ouvert le feu depuis des hélicoptères sur un barrage routier que tenaient 5.000 Indiens dans la région Amazonas à Bagua, au nord du pays. Un premier bilan qui s’alourdit d’heure en heure fait état de la mort d'au moins 50 manifestants et 22 policiers et plus de deux cents blessés. Le couvre-feu a été décrété depuis et les arrestations de militants se multiplient. Les blessés sont arrêtés dans les hôpitaux, il y aussi des disparus.Depuis deux mois, les Indiens de la région mènent une grève pacifique illimitée pour obtenir l'annulation de onze décrets pris pour livrer l'Amazonie péruvienne aux multinationales dans le cadre des traités de libre échange, en particulier aux compagnies pétrolières, forestières et minières.

Voir les photos et infos ici


Alan García : "Je prie Saint Progrès Bénit et le Sacré Traité de Libre Échange que les USA et la presse officielle intercèdent pour mes horribles péchés"
N'aie crainte, fils chéri, l'histoire officielle t'absoudra


Alan García :"Nous n'avons assassiné aucun indigène. Ils sont cachés au fond du fleuve!"

"Si le chien du jardinier fait chier, alors Alan García ordonne de tuer le chien du jardinier ".
Manifeste des écrivains du Pérou

“La première ressource, c'est l'Amazonie. Elle a 63 millions d'hectares et des pluies abondantes. Là, on peut planter des forêts pour la production de bois, particulièrement sur les 8 millions d'hectares détruits, mais pour cela il faut établir la propriété, c'est-à-dire un terrain sûr sur 5, 10 ou 20 000 hectares, puisque sur moins de terrain il n'y a pas d'investissements formels sur le long terme et de haute technologie.
Aujourd'hui, il n'ya que des concessions dépendant de la volonté du gouvernement et du fonctionnaire qui peut les modifier. C'est pourquoi personne n'investit ni ne crée un emploi tous les deux hectares comme cela devrait être le cas; et il n'y a pas non plus de production de bois et d'exportation de meubles. Dans leur majorité, ces concessions de rapine n'ont servi qu'à extraire les bois les plus fins, à déboiser puis à abandonner le terrain.
En revanche, la propriété formelle par des grandes entreprises collectives comme les fonds de pension permettrait de faire des investissements à long terme depuis la plantation jusqu'à la récolte des années plus tard.Ceux qui s'y opposent disent qu'on ne peut attribuer de propriété dans l'Amazonie (et pourquoi alors sur la côté et dans la montagne ?). Ils disent aussi qu'attribuer la propriété de grandes parcelles profiterait à des grandes entreprises, certes, mais cela créerait des centaines de milliers d'emplois formels pour des Préuviens qui vivent dans les régions les plus pauvres. C'est le chien du jardinier*."
Alan García, Président du Pérou, El Comercio, novembre 2007
Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
* Allusion au proverbe "Ser como el perro del hortelano, que ni come ni deja comer al amo", qui a donné son titre à une pièce de Lope de Vega. Équivalents français : "Le chien n'aime pas la banane et il ne veut pas que la poule en mange"(Martinique), "il est comme le chien du jardinier, il ne mange point de choux et ne veut pas que les autres en mangent "(Le Roux, 1752). (NdT)

Signez en ligne la Pétition pour la défense des droits des peuples indigènes et de la biodiversité de l'Amazonie au Pérou, patrimoine de l'humanité

samedi 30 mai 2009

L’administration US veut faire du Pakistan un État défaillant

par Rachid ZUBAIR, 25/5/2009

Lorsqu’il y a plus d’un an le gouvernement Musharaff est tombé, beaucoup de Pakistanais espéraient voir s’ouvrir une nouvelle ère politique - un espoir amèrement déçu.
L’une des principales raisons de l’impopularité du gouvernement Musharaff était son proaméricanisme et la destitution du juge suprême du Pakistan, Iftikhar Chaudhry. Mais le gouvernement actuel n’a pas davantage respecté le mandat populaire, il a même pulvérisé tous les records de docilité envers les Américains. Le gouvernement du PPP (Pakistan Peoples Party, Parti du peuple pakistanais) est allé jusqu’à envoyer des blindés et des avions contre son propre peuple dans le Nord du Pakistan, ce que même Musharaff n’avait pas osé faire quand il était au pouvoir. Le feu vert aux attaques de drones qui ont coûté la vie à des centaines de Pakistanais est à mettre au compte du PPP. Selon les déclarations officielles et celles des Américains, des combattants d’Al Qaïda auraient été tués, mais cela n’a pas été prouvé. Et même si c’est exact, c’étaient des gens tellement insignifiants qu’ils ne figuraient pas sur les listes du FBI.
Selon des informations d’origine usaméricaine, les drones sont partis du territoire pakistanais, ce que le Ministère pakistanais de la Défense confirme, alors que celui des Affaires étrangères le conteste. Ces contradictions ont ébranlé la confiance de la population dans le gouvernement du PPP. Avant même l’escalade de la violence au mois de mai, environ 12 000 Pakistanais, tous des civils, ont perdu la vie dans des attaques pakistanaises ou usaméricaines.
Et, toujours avant cette escalade, on comptait 800 000 réfugiés de l’intérieur, pour la plupart insuffisamment pris en charge. L’extension du conflit a fait du drame des réfugiés une véritable catastrophe.
Le Président Zardari a obtenu tous les pouvoirs spéciaux, entre autres le droit de dissoudre le Parlement quand bon lui semblera.
D’une part des millions de Pakistanais sont victimes de l’augmentation du prix de l’énergie et des prix en général, d’autre part le Pakistan ne compte pas moins de 60 ministres. On essaie de satisfaire tous les partenaires de coalition et camarades de parti aux frais du peuple.
La situation dans la vallée de Swat

dimanche 26 avril 2009

Révolution dans la Vallée du Swat : les talibans exploitent le fossé entre classes sociales au Pakistan

par Jane PERLEZ et Pir ZUBAIR SHAH, The New York Times, 16/4/2009. Traduit par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Taliban Exploit Class Rifts in Pakistan

PESHAWAR, Pakistan — Les talibans ont encore avancé au Pakistan en organisant une révolte de classe qui exploite la fracture sociale entre un petit groupe de grands propriétaires fonciers et leurs métayers sans terre, à en croire des fonctionnaires et des observateurs locaux.



3000 personnes réunies en meeting le 10 avril apportent leur soutien au projet de loi ouvrant la voie à l'instauration de la loi islamique dans le Swat. Photo Naveed Ali/Associated Press


Leur stratégie a ouvert la voie à une prise de pouvoir par les talibans dans la Vallée du Swat, où le gouvernement a autorisé l’imposition de la loi islamique cette semaine, et cela implique de grands dangers pour le reste du Pakistan, en particulier pour ce qui est la cible principale des militants, la populeuse province du Pendjab.


Dans le Swat, ce que rapportent ceux qui ont fui ce district indique clairement que les talibans ont pris le pouvoir en écartant quatre douzaines de grands propriétaires qui détenaient l’essentiel du pouvoir.


Pour y arriver, les talibans ont organisé les paysans en bandes armées qui sont devenues leurs troupes de choc, selon des habitants, des fonctionnaires et des observateurs.


Cette démarche a permis aux talibans d’offrir des bénéfices économiques à des gens frustrés par un gouvernement laxiste et corrompu, tout en imposant une forme stricte d’islam par la terreur et l’intimidation.

« C’est une révolution sanglante qui a lieu au Swat », dit un haut responsable gouvernemental pakistanais chargé du district, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles des talibans. « Cela ne m’étonnerait pas que ça finisse par balayer l’ordre étable au Pakistan. »


L’habileté des talibans à exploiter les divisions de classe ajoute une nouvelle dimension à l’insurrection et suscite l’ alarme sur les risques encourus par l’ensemble du Pakistan, un pays resté en grande partie féodal.

À la différence de l’Inde après l’indépendance de 1947, le Pakistan a maintenu une classe supérieure réduite qui a conservé ses vastes richesses tandis que ses travailleurs restaient soumis, selon les fonctionnaires et observateurs. Les gouvernements qui se sont succédés au Pakistan ont échoué à fournir au pays une réforme agraire et même les formes les plus élémentaires d’éducation et de structures sanitaires. Il n’existe pas de possibilités d’avancement pour la très grande majorité des ruraux pauvres.


Les observateurs et fonctionnaires avertissent que la stratégie mise en œuvre au Swat peut facilement être transplantée au Pendjab, disant que cette province, où des groupes militants font déjà des démonstrations de force, est mûre pour les mêmes convulsions sociales que le Swat et les zones tribales.


Mahboob Mahmood, un juriste pakistano-américain et ancien camarade de classe du président Obama, dit : « Le people pakistanais est psychologiquement mûr pour une révolution. »

Les militants Sunnites profitent des profondes divisions de classes fortement enracinées au Pakistan, dit-il. « Les militants, pour leur part, promettent bien plus que simplement la prohibition de la musique et de l’école », dit-il. « Ils promettent aussi une justice islamique, un gouvernement efficace et une redistribution économique. »


La stratégie des talibans dans le Swat, une zone peuplée par 1,3 million de personnes, avec des vergers fertiles, des vastes parcelles boisées et des précieuses mines d’émeraude, s’est déployée en étapes sur une période de cinq ans, expliquent les observateurs.


L’insurrection a connu son apogée Durant ces deux années écoulées, quand les talibans, renforcés par des combattants expérimentés des zones tribales ayant des liens avec Al Qaïda, ont contraint l’armée pakistanaise à la paralysie, dit un agent de renseignement pakistanais travaillant dans la zone.


Les insurgés s’en sont pris à toutes les composantes du pouvoir : les propriétaires fonciers et les dirigeants élus – qui sont généralement les mêmes – et des forces de police sous-payées et sous-motivées, selon Khadim Hussain, professeur de linguistique et communication à l’université Bahria d’ Islamabad, la capitale.


Simultanément, les talibans ont exploité les ressentiments des métayers sans terre, en particulier le fait qu’ils avaient de nombreuses procédures judiciaires non résolues contre leurs maîtres, dans un système judiciaire lent et corrompu, selon M. Hussain et des habitants qui ont fui la zone.


Leurs doléances ont été alimentées par un jeune militant, Maulana Fazlullah, qui a lancé une station de radio FM en 2004pour en appeler aux exclus du système électoral et politique. En 2006, M. Fazlullah a constitué une force irrégulière de paysans sans terre armés par les talibans, ajoutent M. Hussain et d’anciens résidents de la zone.


Au début, les pressions sur les propriétaires terriens étaient subtiles. Tel propriétaire était soumis à des pressions pour retirer son fils d’une école de langue anglaise jugée offensante par les talibans. D’autres étaient contraints de faire des donations aux talibans.


Puis, fin 2007, Shujaat Ali Khan, le plus riche des propriétaires, ses frères et son fils Jamal Nasir, maire du Swat, sont devenus des cibles.


Après que Shujaat Ali Khan, un membre dirigeant de la Ligue musulmane-Q, eut failli se faire tuer par une bombe visant son véhicule, il a fui à Londres. Un de ses frères, Fateh Ali Mohammed, ancien sénateur, lest aussi parti et vit maintenant à Islamabad. M. Nasir a aussi pris la fuite.


Puis, les talibans ont publié une liste des 43 “homes les plus recherchés” , raconte Muhammad Sher Khan, un propriétaire qui est un politicien du Parti du people pakistanais, et dont le nom était sur la liste. Tous ceux qui étaient nommés reçurent l’ordre de se présenter aux tribunaux talibans, sans quoi ils risquaient la mort, dit-il. “Quand vous savez qu’ils vont vous pendre et vous tuer, comment oseriez-vous retourner là-bas ?”, nous a dit M. Khan, au téléphone, depuis sa cachette au Pendjab. “Être sur la liste, ça veut dire ‘Ne reviens pas au Swat’ ”.



"Paradise Angels" ? Militants de la révolution sociale dans le Swat. Photo Rashid Iqbal/European Pressphoto Agency


Un des principaux instigateurs de l’ordre nouveau a été Ibn-e-Amin, un commandant Taliban de la même zone que les propriétaires fonciers, appelée Matta. Le fait qu’il vienne de Matta, et sache qui était qui, a augmenté la pression sur les propriétaires, explique M. Hussain.


Selon les medias pakistanais, M. Amin avait été arrêté en août 2004, soupçonné de liens avec Al Qaïda, et relâché en novembre 2006. Un autre agent de renseignement pakistanais dit que M. Amin fréquentait une madrasa dans le Nord-Waziristan, le bastion d’Al Qaïda dans les zones tribales, où il a apparemment reçu des instructions.


Chaque fois que des propriétaires prenaient la fuite, leurs métayers étaient récompensés. Ils étaient encouragés à abattre les arbres des vergers et à vendre le bois pour leur propre compte, disent les anciens résidents. Ou bien on leur disait de payer leur fermage aux talibans au lieu de le payer à leurs maîtres désormais absents.


Deux mines dormantes d’émeraudes ont été rouvertes sous contrôle taliban. Les militants ont annoncé qu’ils percevraient un tiers des revenus.


Depuis que les talibans ont contraint l’armée à une trêve en février dernier, les militants ont approfondi leur démarche et ont clarifié qui tenait les rênes.


Quand des bureaucrates provinciaux visitent Mingora, la capitale du Swat, ils doivent maintenant obéir aux ordres des talibans et s’asseoir par terre, entourés de talibans armés et portant dans certains cas des gilets d’attentats-suicides, dit le responsable provincial.


Dans beaucoup de zones du Swat les talibans ont exigé que chaque famille donne un fils qui recevra un entraînement de combattant, affirme Mohammad Amad, directeur exécutif de l’ONG Initiative for Development and Empowerment Axis.


Un propriétaire qui a pris la fuite avec sa famille l’année dernière raconte qu’il a reçu un message effrayant la semaine dernière. Ses métayers l’ont appelé à Peshawar, la capital de la Province frontalière du Nord-Ouest, dont fait partie le Swat, pour lui annoncer que sa vaste maison avait été détruite.


Mais l’information la plus accablante concernait ses finances. Il avait vendu sa récolte de fruits d’avance, bien qu’à un quart du prix de l’année dernière. Mais même ce modeste produit ne lui reviendrait pas, lui ont dit ses fermiers, relayant le message taliban. L’acheteur avait reçu l’ordre de donner l’argent aux talibans.

mardi 7 avril 2009

Catatumbo Barí, Colombie


Colombie, Nord de Santander
La région de Catatumbo est composée de neuf municipalités qui sont baignées par les eaux du fleuve Catatumbo
Dans cette région se trouvent le parc naturel Catatumbo Bari
dont la superficie est de 158.125 hectares
et la réserve forestière Serranía des Motilones
avec une superficie de 552.691 hectares
Le Catatumbo est considéré comme le territoire ancestral indigène
et 23 communautés de l’ethnie Motilon Bari y sont installées
de même que près de 200.00 paysans qui vivent de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage.
Ses nombreuses sources, sa biodiversité,
ses ressources minérales comme le charbon et le pétrole
la fertilité de ses sols et sa position frontalière avec le Venezuela
font du Catatumbo une zone géostratégique sur le continent.
Le 29 mai 1999, les paramilitaires s’installent dans la région,
Le Catatumbo se transforme en zone d’opérations du « Bloc Catatumbo » dirigé par Salvatore Mancuso
et le « Bloc Nord » sous la direction de « Jorge 40 ».
Le Bloc Catatumbo a été démobilisé le 10 décembre 2004,
Le 8 et le 10 mars 2006, ce fut au tour du Bloc Nord.
Au total 6185 paramilitaires seront réinsérés,
4740 armes
et 2212 grenades seront remises.
La violence paramilitaire a fait plus de 10.000 morts,
plus de 600 disparus, plus de 100.000 déplacés.
Nous étions là-bas lorsque les „Paras » sont entrés, ils ont pris 17 personnes
et les ont pendus à des crochets de bouchers
ils les ont pris, les ont égorgés et les ont pendus là-bas,
des gens innocents dont nous savons qu’ils n’ont rien fait.
Le réarmement des groupes paramilitaires des supposés avoir été démobilisés
connus maintenant sous le nom d’ « Aigles noirs » dans les centres urbains de la région du Catatumbo,
montre leur intention de se réapproprier la zone par la violence et la barbarie.
La politique de « Sécurité démocratique » a permis la militarisation du territoire avec plus de 10.000 soldats.
Ce qui est paradoxal c‘est que c’est ainsi que la présence militaire s’est amplifiée,
que les exécutions extrajudiciaires des paysans de la part de l’armée ont augmenté.
Depuis juillet 2006 66 paysans présentés comme subversifs ont été exécutés. et présentés comme des pertes de la subversion.
Les besoins de base insatisfaits de la population, ajoutés à l’abandon de l’État,
ont amené les paysans à envisager comme alternative de subsistance,
la plantation de cultures illicites comme la coca.
Sous prétexte de la lutte antinarcotique des milliers d’hectares ont été fumigés,
ceux de le réserve forestière et du parc naturel où les indigènes et les paysans sont installés.
Le désherbant Glyphosate a contaminé les sources,
le déplacement et la mort d’espèces endémiques,
les maladies chez les hommes et les animaux,
la perte des récoltes des produits alimentaires principaux et l’empoisonnement des sols,
restés improductifs pendant 7 ans,
limitant ainsi les possibilités de se nourrir de la population.
On estime que dans le Catatumbo il y a une réserve de charbon
supérieure à celle du Cerrejón dans le département de la Guajira.
Le charbon est le combustible fossile qui dégage le plus de dioxyde de carbone,
le premier gaz responsable du réchauffement de la planète.
8 entreprises, deux canadiennes, une mexicaine et 5 soi-disant colombiennes
prétendent implanter des activités d’exploration et d’exploitation à ciel ouvert,
dans une zone de plus de 25.000 hectares
sur les communes de Convención, Teorema, Tibu et El Tarra.
Une des entreprises, Geofisin EU, qui a des intérêts dans le hameau Caño Mariela,
veut extraire 60.000 tonnes pendant la première année,
pour parvenir à 790.000 tonnes de charbon à la fin de la cinquième année.
l’extraction de chaque tonne de charbon dégage 6 tonnes de déchets
et 5 tonnes de végétation détruites.
Dans les mines de charbon à ciel ouvert on utilise de la dynamite et tout vole aux alentours
et il reste un énorme trou à découvert,
ce procédé implique l’utilisation de grandes quantités d’eau,
une fois que le trou est fait, le charbon reste à découvert
et il est nécessaire de le mouiller pour éviter qu’il brûle.
l’exploitation de charbon à ciel ouvert que l’on veut réaliser au Catatumbo
est sur un territoire ancestral où les indigènes et les paysans résistent et persistent
pour le respect de la vie, de la nature, du territoire et de la culture.
Nous insistons et avons toujours dit: Catatumbo existe et résiste et nous restons ici.

BONJOUR PAYSAN BONJOUR
OÙ QUE TU VEUILLES ALLER, C’EST ICI
MON SALUT ET MON SOUHAIT QUE LA VIE
TE DONNE TOUT CE QUE TU ME DONNES
BONJOUR PAYSAN ET PAYSANNE
PETITES FLEURS QUE JE PORTE DANS MON COEUR
AVEC ORGUEIL, AVEC AFFECTION ET AVEC RESPECT
CAR L’ON M’A TOUT DONNÉ
CAR L’ON M’A TOUT DONNÉ, POUR QUE J’EN FASSE UNE CHANSON


Traduit par Esteban G., révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala

mercredi 25 mars 2009

Colombie : Le Statut Rural est déclaré inconstitutionnel

La Minga Indigène et Populaire pour la Résistance a gagné
par ACIN, l'Association des Conseils Municipaux Indigènes du Nord du Cauca, Cxab Wala Kiwe
La Cour constitutionelle a déclaré que les peuples indigènes n'ont pas été consultés en amont
La monstruosité inventée par « Uribito » ignorait la Convention 169 de l'OIT et les droits constitutionnels indigènes
L’absence de consultation est aggravée par l’assassinat de 1.200 indigènes
Le principal instrument pour légaliser la spoliation des terres des déplacés est inconstitutionnel Lire l'article
ici
Original : Declaran inconstitucional el Estatuto Rural

mercredi 17 décembre 2008

Hassan Id Abdellah est mort - Il a lutté jusqu'au bout pour le droits des paysans pauvres

Hassan Id Abdellah, fondateur du mouvement des paysans pauvres atour du barrage d’Aoulouz, dans la province de Taroudant , est mort le 16 décembre 2008 des suites d'une longue maladie. Nous proposons de lire ou de relire une interview qu’il avait donnée à son camarade de combat Amal Lahoucine en novembre 2006.

« Je suis prêt à militer jusqu'à la mort pour les biens publics » : Entretien avec le paysan pauvre militant Hassan Id Abdallah (village de Tasdermt, province de Taroudant, région du Souss Massa Drâa, Maroc)
Propos recueillis par Amal Lahoucine, novembre 2006

Hassan Id Abdallah est un paysan pauvre militant. Il habitait au douar Tasdermt (mot amazigh signifiant Porte), situé à l’entrée de la vallée d'Ouzioua. Il est parmi les fondateurs de l'association Ifghelen (signifiant espace réservé aux troupeaux du village) constituée en 1997. Ifghelen est aussi le nom de l’endroit où le barrage Aoulouz est construit.
Hassan est aussi membre fondateur du syndicat des paysans pauvres d'Aoulouz. Il vit aujourd'hui dans le nouveau village, Tisrass, créé après la destruction de Tasdermt, où il s’est installé avec sa famille, après l'évacuation par le barrage.
Dans son ancien village, la famille Id Abdallah avait une belle maison située au pied d'une montagne dominant la vallée d'Ouzioua. Aujourd'hui, seuls demeurent les souvenirs de cette ancienne et belle Tasdermt. Voici ce que m’a déclaré Hassan.


Il nous parle tout d’abord de sa maison dans l'ancienne Tasdermt.
« Je suis prêt à militer jusqu'à la mort pour les biens publics d'Ouzioua malgré ma maladie qui m'oblige à être hospitalisé à l'hôpital Mokhtar Soussi à Taroudant depuis mercredi dernier. Tasdermt, mon village natal, fait désormais partie du passé passé, mais son souvenir ne peut pas me quitter, je me rappelle tous les détails, comme si c’était aujourd'hui. Notre belle maison au pied de la montagne, à la porte de la vallée d'Ouzioua Tasdermt (qui signifié aussi, la place et le rôle social d'un homme dans la société) au bord de la rivière d'Ouzioua, qui coule sans arrêt pendant les quatre saisons.
Notre nouvelle maison, dont les travaux se sont terminés en 1986, a une superficie de 360 mètres carrés, elle est construite en pierres et béton, elle est constituée de deux étages et comprend 12 pièces avec cuisine traditionnelle, toilettes et cour plus un espace pour nos animaux. Le remboursement de tous ces biens plus 70 arbres fruitiers divers est de 7777 Euro. Au moment de l'évacuation obligatoire, j'avais refusé de quitter notre maison sans ouvrir un dossier juridique pour justifier de la valeur exacte d'un remboursement légal. C’était la seule maison qui restait debout à Tasdermt face au bulldozer qui avait tous détruit dans notre village. Les champs et récoltes avaient été rasés par ce bulldozer, pour détruire les traces du vol commis au moment du recensement des biens des paysans pauvres.
J'avais envoyé des lettres de protestation aux responsables locaux et nationaux en demandant une expertise de nos biens. Un expert de la province était enfin arrivé, pour faire son travail. Cela se passait dans les années de plomb, c'était en 1988. Mais rien n'a été réglé.
Tout le fruit de mes activités agricoles à Tasdermt et de celles de mon frère, ouvrier émigré en France depuis les années soixante, a été perdu, massacré pour bâtir le capitalisme. » Puis Hassan nous parle des inondations au moment du recensement des terres des paysans évacués. « La deuxième chose qui reste choquante dans ma mémoire est le rasage des terres près de la rivière par les inondations de 1987, avant le recensement de nos champs. La rivière avait rasé une quantité importante des champs des paysans pauvres, sans aucun secours de la part du régime marocain.
Ce qui est important à signaler ici, c’est que la carte topographique qui va être utilisée pour le recensement des champs avait été déjà faite avant les inondations. La question que posaient les paysans pauvres était : ‘au compte de qui ces terres perdues par les inondations sont-elles recensées ?’
Il faut savoir à ce niveau qu'il y avait une liste de personnes qui avaient de relations directes ou indirectes avec le régime marocain et qui ont été bénéficiares, alors que, légalement, elles ne possédaient aucun bien dans la région. Il faut aussi savoir que des paysans pauvres sont spoliés de leurs biens sans obtenir aucun remboursement et que certains attendent toujours l'exécution des décisions du tribunal administratif d'Agadir. Je suis parmi ceux qui attendent l'ouverture de dossiers de violations graves des droits économiques. »

Hassan aborde ensuite la lutte des paysans pour conserver ce qui leur restait de terres bours (terme amazigh désignant les terres irriguées uniquement par les pluies), et la situation du nouveau village.
« Cette question est apparue après l'évacuation pour cause de barrage, qui a été suivie par un faible remboursement, trois fois rien. Nous avions un bour très important à un kilomètre du barrage, c’était le seul espace qui restait pour s'installer au début des années 1990. On a recommencé à zéro, il fallait bâtir une maison qui n'est plus comme celle qu'on avait perdu au barrage, il fallait creuser un puits pour avoir l'eau pour la construction de la maison, l'eau potable et l'irrigation du potager à côté de la maison.
Nous avons du alors affronter les agent des Eaux et Forêts qui venaient planter des eucalyptus, pour bien obliger les paysans pauvres à quitter le lieu. C’était un vrai combat contre les responsables des Eaux et Forêts, qui voulaient limiter notre territoire et massacrer notre forêt d'arganiers. À chaque fois qu'ils plantaient des eucalyptus, je venais les couper et détruire les bornages qu'ils avaient tracés.
Tout cela était un combat solitaire, nous étions dépourvus d'organisation, dans un monde de paysans pauvres déracinés de leur terre natale, dans la torture des années noires. Enfin, on a posé la première pierre d'un nouvelle commune qui a été baptisée appelée Tisrass (mot amazigh signifie les positions). Alors s’est ouverte une nouvelle page de lutte, cette fois-ci contre le président de la nouvelle commune, fils d’un comprador et agent des autorités coloniales. Après ma rencontre avec le camarade Amal Lahoucine en 1995, j’ai pris la voie du militantisme : nous avons déposé notre dossier auprès de l'AMDH (Association marocaine des droits de l’homme) à Taroudant, puis nous avons constitué l'association Ifghelen en 1997 et le syndicat des paysans en 2001. »

La constitution de l'association Ifghelen
« Après nous être installés dans notre nouvelle Tasdermt et avoir déposé notre dossier au bureau de l'AMDH à Taroudant, deux choses restaient à régler. La première était de s'organiser dans une association paysanne. Une assemblée d'un nombre limité de paysans pauvres, qui avaient une expérience de lutte pour leurs droits, a été organisée dans la maison de Lhaj Mohamed en avril 1997 sous la présidence du camarade Amal Lahoucine. Nous avions lutté au niveau local et national, envoyé des lettres de protestation au gouverneur de Taroudant et aux ministres de l'Intérieur et de l'Équipement, des lettres de demande de soutien aux partis politiques et députés de la province et enfin nous avions déposé un recours judiciaire au tribunal administratif à Agadir.
Une association paysanne était donc constituée le 27 avril 1997, sur la suggestion des militants de l'AMDH (Association marocaine des droits de l’homme) à Taroudant. Les autorités à Aoulouz ont refusé de la reconnaître et nous donner le reçu de dépôt du dossier. À l'époque, créer une association de paysans pauvres dans la zone du barrage d’Aoulouz n'était pas possible. La politique des barrages était une chose sacrée sous Hassan II, ce qui explique l'impossibilité de l'intervention des partis politiques parlementaires dans ce dossier. Nous avons donc engagé une autre lutte pour le droit de nous organiser après avoir déposé le dossier de l'association auprès du procureur de Taroudant.
Le reçu de dépôt du tribunal permis de gérer les affaires administratives internes sans avoir la possibilité d'organiser des activités publiques. Cette situation a duré trois ans ; en mars 2000 nous avons enfin eu le reçu de dépôt du dossier de l'association des autorités d’Aoulouz.Notre première activité publique a eu lieu en avril 2000 : nous avons organisé une rencontre du militant marxiste marocain Abraham Serfaty avec la société civile d'Aoulouz sur le thème « militantisme est développement des paysans pauvres à Taroudant.
Au cours de cette rencontre, quatre points de repère pour le militantisme dans le Souss ont été donnés par le camarade Abraham. Le premier était la lutte pour le droit à la terre, contre la violation des terres collectives des paysans pauvres par les grands propriétaires. Le deuxième était la lutte pour le droit à l'eau, contre le massacre de la nappe phréatique au Souss par le surpompage dans les domaines des grands propriétaires. Le troisième était la protection de l'arganier, mis en en danger par l'implantation des agrumes dans le Souss. Le quatrième était le développement de la culture et de la langue amazigh, marginalisées par le régime marocain. Pour cela, le militant Abraham proposait de travailler sur deux fronts pour bien s'organiser, le premier était l'association Ifghelen et le deuxième devait être un syndicat des paysans. Après cette rencontre, l'association a continué la lutte pour le droit des paysans pauvres d'Ouzioua à leurs biens. Le premier travail concernait les dossiers déposés au tribunal administratif d’Agadir, pour l'exécution de ses décisions qui a traîné trois ans ; en 2004, les indemnisations ont commencé à être versées. Malgré le montant très faible de ces indemnités, beaucoup de dossiers sont encore en souffrance. Parmi ces dossiers, celui de notre maison, sur lequel le tribunal n’a toujours pas pris de décision à ce jour. Je ne comprends pas pourquoi le pouvoir marocain parle de démocratie et droits de l'homme, alors qu’il n’a pas le courage de régler les problèmes des paysans pauvres d'Ouzioua ? »

La constitution du syndicat des paysans
« Il fallait accélérer la lutte, à chaque période qui passait les problèmes se multipliaient et la création d'un syndicat paysan devenait nécessaire. Nous avons déclenché une nouvelle lutte pour le reste des terres des paysans des sept douars évacués à cause du barrage. En 2001, le président de la commune de Tisrass avait essayé d'occuper 121 hectares de terres de paysans pauvres, en falsifiant des documents avec l'aide des autorités et des Eaux et Forêts de Taroudant. Nous avons détecté le problème et quand les responsables du Cadastre de Taroudant ont essayé de borner ces terres, ils ont été arrêtés par les paysans pauvres. Il y a eu une alerte générale : une assemblé a été organisée à la salle communale d'Aoulouz avec l'appui des militants de la Voie démocratique de Taroudant. À la fin de la réunion, le bureau syndical des paysans était constitué, son premier dossier était l'organisation de la lutte contre le président de la commune de Tisrass. Une plainte était déposée chez le procureur et le chef du Cadastre à Taroudant pour arrêter le bornage de ces terres. »

Pourquoi le président de la commune avait-il décidé d'occuper ces terres ?
« C'est très simple : le régime marocain était convaincu que, devant notre lutte pour le reste de nos terres, il n'avait que ce moyen pour mobiliser ses alliés afin de réaliser le reste de son programme d'évacuation. L’idée générale derrière cette affaire était d'ouvrir la voie à une occupation de ces terres par les grands propriétaires qui avaient des visées sur les vastes forêts d'Ouzioua. Un ex-responsable à la Province de Taroudant , responsable de toutes les violations graves des droits des paysans au barrage d’Aoulouz, a ainsi occupé 20 hectares près du barrage de la même façon : en falsifiant des documents sur lesquels il a mis le nom de son fils. Aujourd'hui, il lance un avis de vente pour trouver un acheteur pour cette terre, qui se trouve à côté de la ferme du président (=maire) de la commune de Tisrass.Le 26 janvier 2003 le syndicat, l'association Ifghelen et association ATTAC de Taroudant avaient organisé un sit-in devant le siège de la commune de Tisrass. Les paysans pauvres étaient bien organisés. Aux élections de 2003, les paysans pauvres ils mis en échec Monsieur le Président en choisissant une équipe constituée de certains membres actifs de l'association et du syndicat. M. le président a été mis hors jeu. Mais il n’a pas arrêté ses manœuvres pour autant cette année, : il vient de sortir un autre document falsifié pour essayer d'occupé le village tout entier. Cet homme a passé ses deux mandats à la tête de la commune à falsifier des documents. Son rôle dans le conseil communal est de compléter la mission du régime marocain, qui vise l'exploitation exclusive sans limites des ressources naturelles du Souss. Pour cela, après la construction du barrage d’Aoulouz et l'évacuation des paysans pauvres de sept douars, le régime avait divisé la commune d’Ouzioua et créé celle de Tisrass, pour diviser encore plus la communauté d'Ouzioua, pour ouvrir encore une nouvelle page de souffrance des paysans pauvres autour du barrage Mokhtar Soussi. »

samedi 29 novembre 2008

Résistances africaines



Un diaporama de l'association SURVIE Languedoc-Roussillon


pour voir le diaporama, cliquer sur l'image


lundi 24 novembre 2008

COLOMBIE : Un peuple armé seulement avec la force de la parole

La Grande Marche historique que les médias de masse s’obstinent à ignorer
par Níkolas STOLPKIN
Colombia: Un pueblo armado tan sólo con la fuerza de la palabra

La Colombie n'est pas ce « paradis » décrit par la chaîne CNN qui parvient jusqu’en Amérique latine. Il faut que cela soit très clair. Cette campagne de propagande pour attirer des touristes est une façon de cacher aux yeux du monde un conflit qui maintient le peuple colombien noyé dans la peur, la misère et la mort. La Colombie est plus que ce « petit sourire » insouciant propagé avec insistance par CNN. Elle est larmes, joie, douleur, impuissance…Elle est peur, misère et mort, mais par-dessus tout elle reste toujours ESPOIR. Elle n'est pas un peuple vaincu, bien au contraire, elle a des cicatrices marquées par la lutte. Ce serait une erreur de l’enfermer dans un symbole qui ne la représente pas réellement. La Colombie est indigène, noire, métisse, paysanne, urbaine, étudiante, au chômage, déplacée, victime de violence, elle est exploitée…


Aujourd'hui, tandis que beaucoup regardent des feuilletons, des programmes comiques, des « sagas » de « célébrités » locales ou des catastrophes naturelles, la Colombie vit une grande marche historique que les médias de masse s’obstinent à ignorer. Une marche populaire qui refuse d'accepter la politique dictatoriale d'un gouvernement et d’institutions contaminées jusqu'à la moelle par le narco-paramilitarisme. En ce moment cette marche se dirige vers Bogotá, capitale de la Colombie. C’est la Minga des Peuples, la résistance indigène et populaire, résistance sociale et communautaire, la Colombie organisée avec une seule voix qui dit : ASSEZ! Plus d’humiliation, plus de disparitions, de persécution politique, de misérables conditions de travail et de salaire, de conduite répressive contre les travailleurs, les étudiants, les urbains, les indigènes, les paysans, ¡BASTA YA!

Beaucoup d'« analystes » sont surpris du fait que ce soient les « indigènes » qui conduisent cette mobilisation massive (1). Toutefois, il n'y a pas lieu d’être surpris puisque les indigènes et les paysans colombiens portent sur leurs épaules des années de lutte contre des politiques répressives et d’exclusion que mettent en œuvre, tour à tour, les gouvernements génération après génération, c’est pourquoi les niveaux d'organisation sont très développés.

En outre, il faut souligner que cette politique n’est pas exclusivement dirigée contre le monde indigène mais contre l'ensemble du peuple colombien. Et ce que le gouvernement colombien souhaite voir en ce moment c’est un « problème indigène » et non un problème colombien. Ils sont gênés que les peuples indigènes et paysans mettent sur la table les demandes et les revendications de tous les Colombiens victimes de la politique répressive et d’exclusion. Cela les dérange de savoir que les peuples oubliés de la Colombie sont capables de s'organiser et de mobiliser des masses, bien que les médias de masse, tant locaux qu’internationaux, s’obstinent à les taire ou d'une certaine façon à les ignorer.

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jeudi 20 novembre 2008

Assez de répression contre les peuples indigènes de Colombie !

par la CAOI - COORDINADORA ANDINA DE ORGANIZACIONES INDÍGENAS, 13 Novembre 2008

Le gouvernement d’Uribe ordonne d’arrêter la marche vers Bogotá par le sang et le feu, afin de neutraliser la solidarité avec la Minga indigène et populaire
Plus de dix mille indigènes, appuyés par des paysans, afrodescendants, syndicalistes, organismes des droits humains, étudiants, Colombiens aux pieds nus, en poncho, chapeau retroussé, sac au dos et "tres puntas (1), ont forcé les périmètres de sécurité et ont porté la parole dans les rues principales d'Ibagué.
Ni les ESMAD (2), ni les carabiniers qui ont utilisé la noblesse des chevaux contre les marcheurs, ni l'intervention des émissaires d'Uribe, du Maire d'Ibagué, Jesús María Botero, et des délégués du Ministère Public qui ont essayé de persuader les manifestants de ne pas entrer dans la capitale du Tolima, n’ont pu freiner la force de la raison et de la parole; ils sont arrivés au parc Manuel Murillo Toro, en face du palais départemental, où ils ont effectué l'assemblée publique et ce n’est qu’à partir de 17h30 qu’ils sont allés à l'autre extrémité de la ville, pour se reposer au centre des foires - FEXPO.
« Il y a eu un ordre présidentiel pour continuer à délégitimer l'esprit de la Minga, mais nous arriverons à Bogotá à pas d'Indien avec la force du peuple », des milliers de marcheurs qui se sont ralliés à la parole de l'autre Colombie, sont partis très tôt en caravane vers la commune de Gualanday, de là ils marcheront environ 12 kilomètres jusqu'à la localité d’El Chicoral, où ils feront l’assemblée publique pour délivrer la parole et déterrer la mémoire de la lutte, avec un nouveau Pacte pour la Réforme Agraire Intégrale venant des peuples et des secteurs sociaux du pays le plus spolié du monde.
RÉPRIMER POUR ISOLER
Aujourd'hui, à Ibagué, la Minga a acheminé la parole et la dignité que les seigneurs de la guerre ne supportent pas, c'est pourquoi ils ont provoqué les gens avec insistance et comme ils ne sont pas parvenus à leur but, ils ont agressé la communauté pour lui barrer l’accès au centre de la ville.
À l'entrée d’Ibagué, une pancarte gigantesque de la Police Nationale attendait la Minga, qui disait : « À Ibagué, toutes les personnes ont la garantie d'exprimer et de défendre leurs idées. Parce qu’ Ibaguévient en premier», signé la Police Nationale.
« Ce message m'a surpris car normalement cette attitude n’est pas celle de la force publique, toutefois, nous pensons que c’était un geste d'amabilité envers la Minga des Peuples, après toute les agressions dont nous avons été victimes, nous autres, paysans, indigènes, Afrocolombiens, femmes, étudiants, enfants, jeunes, syndicalistes, entre autres », a assuré un marcheur de la Minga.
Certains pensaient qu'ils allaient respecter la parole qu’apportaient les indigènes main dans la main avec les groupes sociaux et populaires qui se sont ralliés depuis le Cauca jusqu'à Ibagué. Mais ils se sont trompés, une fois de plus ils ont été confrontés au cynisme des seigneurs de la guerre, puisque ceux-ci se sont opposés à ce qu'ils entrent dans la ville, et face au refus de la Minga, ils ont attaqué une nouvelle fois la communauté pour empêcher sa rencontre avec les syndicats et les autres organisations qui les attendaient.
Ils ont empêché la progression de la marche pendant longtemps, mais finalement la Minga a poursuivi son chemin. Parvenant à la réunion entre peuples et organisations sociales à Ibagué, ils ont permis une augmentation de la prise de conscience et de la sagesse, à partir de chaque ville, afin de veiller à cet enfant qui a besoin de grandir avec l'apport et l’engagement de toutes et de tous : la Minga des Peuples.

LETTRE DE L’ORGANISATION NATIONALE INDIGÈNE DE COLOMBIE - ONIC
En octobre, nous peuples indigènes de Colombie, les paysans, les communautés afrocolombiennes et les secteurs sociaux, nous sommes mobilisés au niveau régional dans les villes et sur les routes du pays avec notre Minga nationale de résistance indigène et populaire pour exiger de l'État et du gouvernement national la protection de nos vies et nos droits fondamentaux, de l’égard pour la tragédie humanitaire qui saigne et condamne à la misère des millions de citoyens colombiens ; ainsi que pour dénoncer devant la communauté nationale et internationale les étiquettes infâmes et criminelles accolées par le gouvernement national qui qualifient nos luttes sociales de terroristes, et les chefs, autorités et organisations représentatives qui les conduisent de délinquants.
Nous nous mobilisons pour exiger que le gouvernement national honore les engagements d'État souscrits avec les peuples indigènes, pour défendre nos droits territoriaux ancestraux et les ressources naturelles qu’en fidèles gardiens de la nature nous avons protégé pendant des millénaires ; pour exiger l’abrogation des lois inconstitutionnelles sans consultation qui nous spolient des droits acquis et pour solliciter que l'État colombien signe sans réserve la Déclaration des Nations Unies sur les Droits des Peuples Indigènes
Nous nous mobilisons pour démasquer les mensonges et les combines qui accompagnent les statistiques trompeuses et les discours populistes du gouvernement national, quand il s'agit de justifier ses omissions dans l'accomplissement de ses fonctions constitutionnelles et son manque de volonté politique pour garantir l’application de nos droits légaux et humains.
En réponse à notre Minga nationale de résistance indigène et populaire, qui a toujours eu un caractère pacifique et se déroule dans le cadre des droits légaux à la protestation sociale, à la liberté d'expression et d'association, le président Uribe, le seigneur de la guerre et de la violence, a ordonné à la force publique de nous traiter comme des terroristes et des objectifs militaires. Le résultat est que la police et l'armée nationale démontrent une fois de plus leur brutalité et leur excès contre la population civile désarmée, ils nous massacrent trois frères et laissent une centaine de nos compagnons estropiés par balles réelles et par des engins explosifs non conventionnels.
Par dignité et en l’honneur de nos morts, nous exigeons un débat ouvert avec le président Uribe, pour que, face à la communauté nationale et internationale, il puisse répondre de ses politiques de génocide et explique les mesures du gouvernement pour conjurer les menaces sur la vie, l'intégrité, le maintien et la survie de vastes secteurs de la population colombienne. Il convient d'indiquer que, nous, peuples indigènes, réclamons depuis plus de quatre ans un dialogue direct avec le président, sans que cela soit possible. Le président n'aime pas les auditoires qu'il ne peut pas coopter où son ego en campagne présidentielle permanente peut être contesté. Il n'aime pas les vérités publiques et encore moins celles que nous proclamons et auxquelles nous travaillons pour la construction d'un État social pluriethnique, multiculturel, rassembleur, tolérant et surtout respectueux des libertés citoyennes, garant des droits humains et respectueux du droit international humanitaire.
Après de multiples obstacles, décès, violence et terrorisme d'État, la Minga nationale de résistance indigène et populaire a enfin obtenu de pouvoir rencontrer le président Uribe le 2 novembre dernier dans la réserve de La María de Piendamó.
De cette entrevue avec le gouvernement national qui n’a pas réussi à aborder, ni à satisfaire les points du débat, il ressort clairement pour nous que le président n'est pas intéressé à protéger et à garantir les droits collectifs, humains et de travail des citoyens colombiens. Que le président s'obstine à définir comme objectif militaire en qualifiant de terroristes et d’alliés de la guérilla, ceux qui, comme nous, défendent les droits humains des Colombiens et qui rejettent pour son caractère inconstitutionnel le Traité de Libre Échange avec les USA. Que la politique de « sécurité démocratique » exige génocide, alliances avec les paramilitaires, crimes d'État, faux positifs et le règne de la violence pour faire peur à tous ceux qui comme nous s’opposent au bradage aux entreprises transnationales des ressources naturelles de tous les Colombiens.
Il est aussi clair qu'au-dessus du bien-être, de l’avenir et des droits des citoyens colombiens, il y a les intérêts des entreprises transnationales et des chefs d'entreprise alliés du gouvernement national. Que le Statut de développement rural est la stratégie législative du gouvernement pour légitimer la spoliation territoriale commise par le feu et le sang par les paramilitaires et imposer les monocultures et les agrocarburants au détriment de la sécurité alimentaire des Colombiens. Que le gouvernement continuera à impulser le Plan Colombie, pour nous obliger au déplacement forcé de nos territoires.
Mais il est surtout clair que la comptabilité de la sécurité démocratique est conçue pour ajouter les meurtres perpétrés par la force publique contre des citoyens civils colombiens désarmés et non protégés; de même que les soldats et les policiers de la patrie peuvent aussi se transformer en assassins et criminels, pour satisfaire la haine viscérale que leur Commandant en Chef des forces armées réserve aux secteurs sociaux, populaires et démocratiques de la nation, dont nous faisons partie, nous qui nous opposons à sa violence militaire, politique et économique.
Face aux déclarations mensongères du gouvernement national lors de la rencontre de La María, qui défendait à outrance la violence et le génocide pour protéger les intérêts étrangers et légiférer en leur faveur; ainsi que face à son refus de s’engager à protéger et garantir les droits humains, légaux et collectifs des citoyens colombiens et sa volonté de continuer à massacrer et appauvrir le peuple colombien, la Minga nationale de résistance indigène et populaire a décidé de sortir des territoires indigènes et de se mobiliser à Bogotá, capitale de la république, pour se transformer tout au long de son parcours en Minga Nationale des violentés, des criminalisés, des exclus, des invisibles et victimes de l'État, du gouvernement national, des entreprises transnationales, du modèle paramilitaire de développement et de tous ceux qui prétendent se remplir les poches au prix de la faim, de la misère, du manque de bien-être et de l’avenir de la majorité des Colombiens.
Du 10 au 25 novembre, la Minga nationale de résistance indigène et populaire marchera de Cali à Bogota, en portant la parole, en rassemblant et en transmettant sa clameur de vie, de liberté et de souveraineté parmi les Colombiens pour se transformer en forum social itinérant et en la journée d'unité communautaire, sociale et populaire la plus grande de notre histoire.
La Minga est devenue maintenant le pays, nous sommes les étudiants atteints dans notre dignité, les travailleurs méprisés et menacés, les syndicalistes, journalistes et enseignants assassinés pour avoir pensé et voulu construire la Colombie accueillante, les défenseurs de l'eau et des ressources naturelles comme biens publics, les victimes de la violence de l'État et des groupes illégaux, les défenseurs des droits humains qui exigeons de vrais procès, la justice et la réparation pour les crimes de guerre. Nous sommes aussi les chômeurs et tous ceux dont les droits légaux et humains ont été bafoués.
Nous sommes maintenant la Minga Nationale et nous réclamons avec dignité la souveraineté du peuple colombien, de ceux qui ont été assassinés par les soldats de la patrie pour satisfaire avec des faux positifs les demandes de morts qu'exige la politique de sécurité démocratique. Nous sommes la Minga et nous nous opposons aux politiques génocidaires et xénophobes de l'actuel gouvernement national et à ce qu’elles soient poursuivies par un mandat présidentiel de plus. Nous sommes la Minga des paysans du lait cru et des volailles de la basse-cour.. La Minga des Afrocolombiens qui ne veulent pas voir des cultures de palme remplacer les sources de notre sécurité alimentaire. Nous sommes la nation des chrétiens et catholiques qui croyons en la paix avec la justice sociale comme condition pour la réconciliation nationale et pour dépasser les causes structurelles du conflit.
Nous sommes également la Minga avec laquelle nous rejetons et nous nous opposons aux néocolonialismes et aux esclavages économiques et militaires modernes, ces vieilles pratiques qui aujourd'hui amènent 18 de nos peuples indigènes au bord de l’extinction.
Aujourd’hui nous sommes une nation qui se dirige vers la Place Bolívar à Bogotá, pour exiger du gouvernement national qu’il réponde du génocide, des crimes de lèse-humanité et des disparitions forcées débouchant sur des meurtres d'État. Qu’il réponde de la misère, de la malnutrition de nos enfants et du manque d’avenir pour nos nouvelles générations. Nous sommes une nation qui dit non au TLC [Traité de Libre Échange], qui exige la mise à plat de l'actuel modèle de développement et qui demande que soit abrogée toute la législation de spoliation basée sur l’absence de consultation et contraire aux droits des peuples.
En tant que nation, nous combattons pour nos droits à la terre et aux territoires pour leurs légitimes propriétaires, nous exigeons du gouvernement national d'accomplir les engagements ratifiés avec le peuple colombien. Aujourd’hui, nous sommes une nation qui demande à la Communauté Internationale et à ses organismes de protection des droits humains de nous accompagner et de vérifier la crise humanitaire et de leurs droits que les Colombiens sont en train de subir.
Nous sommes aujourd’hui une nation en résistance sociale et pacifique qui demande à la Cour Pénale Internationale d'intervenir dans notre pays pour punir les responsables de notre tragédie.
QUE LE SILENCE SOIT CONVERTI EN UN SEUL CRI DE RÉSISTANCE, POUR LA TERRE MÈRE !
LE GRAND CONSEIL DU GOUVERNEMENT INDIGÈNE - ONIC
Bogotá, 11 novembre 2008
(1) « tres puntas » : Nagual ou Nahual à « trois pointes » homme ou femme perpétuant une croyance préhispanique. En relation avec l’univers, utilisant des plantes hallucinogènes pour dépasser les limites de la perception afin d’atteindre d’autres niveaux de conscience. Après plusieurs générations, beaucoup ont appris à « voir », c'est-à-dire à percevoir le monde, non comme une interprétation, mais comme un flux constant d’énergie. [Assimilés à tort à des sorciers], le Nahualisme a été une pratique socialement acceptée comme le sont à notre époque, la religion ou la science. Avec le temps, leurs postulats ont gagné dans l’abstraction et la synthèse, se convertissant en une espèce de proposition philosophique dont les pratiquants portaient le nom de toltecas [ne pas confondre avec les guerriers toltecas]. Le Nahual des « trois pointes » a la faculté de transmettre ses connaissances de manières diverses, ce qui permet une diversification de lignées. Son esprit lumineux exerce un effet de dispersion sur le groupe en cassant la structure de pensée linéaire dans la transmission, et crée dans certains esprits un désir d’action et de changement et une découverte à la prédisposition de s’impliquer. Le nahualli à trois pointes est un sage, il sait s’exprimer, il a dans son intérieur une réserve (d’énergie), il a du cœur, vigilant, attentif, solidaire, il ne fait de mal à personne (Manuscrit Florentin). Source : http://www.wikilearning.com/monografia/la_regla_del_nahual_de_tres_puntas-los_naguales_de_tres_puntas/19418-9
(2) ESMAD : Escadrons Mobiles Anti-émeute, de la police nationale colombienne.
Images de la Marche à Cali, Palmira, Armenia et Ibagué

Source : CARTA DE LA ORGANIZACIÓN NACIONAL INDÍGENA DE COLOMBIA - ONIC

Traduit par Esteban G. et révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala