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jeudi 1 octobre 2015

L'impitoyable humanisme de l'Europe

par Kartésios Καρτέσιος, 25/9/2015. Traduit par  Christine Cooreman, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
Original: Ο ανθρωπισμός των σκατόψυχων 

Nous voilà donc débarrassés des prétextes. L’Europe, c'est-à-dire, Merkel, a décidé de créer ce qu’elle appelle des « points chauds » (hot spots), c'est-à-dire, des centres d’identification de migrants et de refugiés, qui seront établis en Grèce et en Italie. Selon le plan, on y identifiera tous ceux qui entrent en UE, l’on y séparera les refugiés des migrants économiques ; les refugiés seront intégrés à la procédure d’asile et, ensuite, seront répartis dans les autres États membres. Les migrants économiques, quant à eux, seront refoulés.
Ce qui veut dire que le chargé du tri posera la question : « Toi, de quoi es-tu menacé ? ». Si le désespéré répond : « D’une bombe », il passera le test. S’il répond : « De faim », il obtiendra la réponse : « Allez, ouste ! Crève, connard !». Et, ça, c’est une politique humanitaire. C’est de la civilisation. Et c’est accepté par tous les gouvernements de l’UE. Qu’ils soient de droite, de gauche ou socialistes. Ils considèrent logique de choisir qui l’on va sauver et qui l’on va envoyer mourir, avec comme seul critère celui de l’argent que le candidat est susceptible d’avoir dans un bas de laine.
Car, en fait, c’est ce qui se passe. Les refugiés syriens sont plus … faciles à digérer par la culture européenne : dans leur majorité, ils disposent d’un bon niveau d’instruction, ils ont laissé des avoirs derrière eux et emporté autant d’argent ou de bijoux qu'ils ont pu mettre dans leur sac à dos. Eux, ils sont bienvenus en Europe, c'est-à-dire, en Allemagne. Ils pourront, dans un premier temps, constituer le nouveau prolétariat des scientifiques. En même temps, il est certain que, une fois le carnage terminé en Syrie, bon nombre de refugiés liquideront les avoirs dont ils disposaient dans leur pays et transfèreront l’argent vers leur nouveau et accueillant foyer européen.

mercredi 16 septembre 2015

Le monde brûle, et le chat se peigne*
La nouvelle religion de Varoufakis : la "raison pure"

par Fausto Giudice, 16/9/2015
Yanis "Allstar" Varoufakis vient de publier un article dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, l'organe central du PPA (Parti patronal allemand) un article qui nous laisse pantois et auquel il nous semble nécessaire de répondre.

Comme Kador, le chien des Bidochon, Varouf est donc un lecteur de Kant. Cela, nous le savions depuis février dernier, lorsque, à peine nommé ministre des Finances, il avait cité une première fois le philosophe de Königsberg, mais avec une bonne dose d'ironie. Cette fois-ci, toute ironie a disparu. Dans son article, à lire comme un sermon du dimanche matin – il est paru dans l'édition dominicale de la FAZ-, Varouf se livre à un invraisemblable cirage de pompes berlinoises. Nos lecteurs étant en général des gens pressés et débordés, nous vous proposons un résumé du message kantien de Varouf, suivi d'un bref commentaire. Les lecteurs qui en ont l'envie et le temps peuvent lire l'ensemble de son article, paru en anglais, allemand, italien et portugais.

mardi 2 décembre 2014

Le Plan Juncker dans une Europe orwellienne


par Luigi Pandolfi. Traduit par  Fausto Giudice, Tlaxcala
Démêler un écheveau comme celui de la gestion européenne de la crise est devenu toujours plus difficile. Et l'exercice consistant à la raconter est devenu encore plus difficile. Je m'explique.
La mise en place de la nouvelle Commission n'a rien changé à l'approche par les sommets européenne du thème de l'austérité. Aucun des nouveaux commissaires n'a jusqu'ici soufflé mot sur la nécessité de revoir les protocoles rigides du pacte budgétaire en vigueur, et encore moins d'examiner l'hypothèse - à ce jour la plus sérieuse – d'une restructuration de la dette. En revanche, on a droit à un flot de paroles sur la croissance, l'investissement et l'emploi, un véritable déluge. On a l'impression d'être plongés dans un scénario orwellien, où une forme très sophistiquée de novlangue masque systématiquement, scientifiquement, de formules inappropriées des choix (et des non-choix) qui vont dans la direction opposée à celle officiellement déclarée.

De Draghi à Juncker, en passant par les comparses qui peuplent la scène politique nationale dans les pays membres, on n'en finit plus de gloser sur le caractère intenable de «la rigueur comme fin en soi», sur la nécessité de «relancer l'économie», de «créer de nouveaux emplois », alors que, dans la pratique, on reste retranchés, et subordonnés, dans la défense à outrance de l'actuelle gouvernance communautaire, dont l'essence fondamentale et indécrottable réside justement dans la rigueur et la surveillance pointilleuse des budgets publics.


jeudi 28 juin 2012

"Les Allemands ont fait un tragique erreur historique": George Soros, sur la crise de l'euro

 
Avant le sommet de l’UE il y a une forte pression  sur les gouvernements européens. Le célèbre investisseur George Soros ne leur donne que peu de temps pour sauver l’union monétaire. Dans cette interview, il explique comment l’Allemagne a développé  une image de puissance impériale haïe – et pourquoi un retrait de l’euro serait extrêmement coûteux.
Hambourg – Le célèbre investisseur américain Georges Soros a été l’un des plus grands spéculateurs du monde de la finance. Maintenant, assis dans sa maison de ville dans le quartier Kensington de Londres, il se pose des questions sur l’amélioration du monde. Soros investit chaque année de centaines de millions de dollars  dans la démocratisation des pays de l’Europe de l’Est. De plus en plus, il interfère aussi dans le débat concernant le sauvetage de l’euro.
 
Georges Soros,  d’origine hongroise devient célèbre  en 1992, lorsqu’il a spéculé contre l’intégration de la livre sterling  dans le  Système monétaire européen. Par le passé, Soros a attaqué la politique suivie par la chancelière Angela Merkel (CDU) dans le crise de l’euro. Maintenant, il compare la situation vécue aux USA après la Seconde Guerre mondiale avec l’Allemagne dans son contexte européen actuel. Les USA ont alors mis en place  le Plan Marshall en tant que “puissance impériale bienveillante.” Le pays lui-même en a bénéficié beaucoup. Aujourd’hui, l’Allemagne ne semble “pas être disposée à s’impliquer dans quelque chose comme l’ont fait les USA avec le Plan Marshall”, critique Soros.  “C’est une erreur tragique et historique que l’Allemagne ne reconnasse pas ces possibilités.”
 
Selon Soros, Merkel se trouve dans une situation particulière:  Elle a fini par se rendre compte que l’euro ne peut pas fonctionner ainsi, mais elle ne peut pas changer le narratif de la crise qu’elle a créé.” Cette narration selon laquelle les pays débiteurs n’ont pas fait leurs devoirs, s’est installée dans l' esprit des Allemands.  Le ministre fédéral des Finances Wolfgang Schäuble, (CDU) est, selon Soros, “le dernier Européen qui reste.” Il est  “un personnage tragique parce qu’il comprend bien ce qu’il faut faire, mais il sait aussi qu’il ne peut pas balayer les obstacles”, dit Soros. ”Il en souffre vraiment.”
 
Lisez l’interview intégrale de George Soros sur le rôle de l’Allemagne dans la crise de l’euro et le plan qu’il propose pour résoudre  le problème de la dette.
Le milliardaire George Soros - REUTERS
SPIEGEL ONLINE: En Allemagne, les gens parlent ouvertement de ce qui était, il y a à peine quelques années impensable: un retrait de la zone euro. Beaucoup d’Allemands croient qu’un retour au mark serait mieux que de le rester dans une union monétaire fragile. Ont-ils raison?

Soros:
 Une rupture de la zone euro serait très coûteuse et préjudiciable, aussi bien financièrement que politiquement. Et les Allemands seraient obligés d’en accepter des pertes plus grosses.Vous devez être conscients du fait qu’ils n’ont pas pratiquement pas perdu d’argent dans la crise de l' euro. Tous les transferts des capitaux ont été faits par des crédits – et c'est seulement si ceux-ci ne sont pas remboursés qu'on pourra parler de pertes réelles.
 
SPIEGEL ONLINE: Les sondages montrent que la plupart des Allemands ne croit pas que les prêts à la Grèce et à d’autres pays seront remboursés un jour. Ils craignent que l’Allemagne doive payer pour le reste de l’Europe.
 
Soros: Cela ne se produira que si l’euro s’effondre. Nous assistons actuellement à une fuite de capitaux massive, qui s’accélère en permanence – et pas seulement de la Grèce mais aussi d’Espagne et d’Italie. Tous ces transferts d’argent à l’étranger se reflètent dans les bilans des banques centrales - et cela conduirait à des exigences énormes des pays créanciers aux pays débiteurs. Je pense que rien que d’ici la fin de cette année, les exigences allemandes vont grimper en flèche au-delà de 1000 milliards d’euros.
 
SPIEGEL ONLINE: En cas de dislocation de la zone euro, ces exigences seraient tout d’un coup sans valeur. N'est-ce donc qu'un bluff, quand la chancelière Angela Merkel flirte avec l’idée d’un retrait allemand de l’union monétaire?

Soros: l’Allemagne pourrait quitter la zone euro. Mais ce serait extrêmement coûteux. Je viens de lire  l’étude faite par le ministère allemand des Finances, publiée par le Spiegel, selon laquelle en cas d’effondrement de la zone euro,  le chômage en Allemagne augmenterait de manière significative et la croissance économique baisseraitdrastiquement. Par conséquent, l’Allemagne va faire toujours le minimum nécessaire pour garder l’euro. Mais  la situation des pays débiteurs ne fera que s’aggraver. Le résultat sera une Europe dans laquelle l’Allemagne sera considérée comme une puissance impériale – comme une puissance qui n’est plus admirée ni imitée par le reste de l’Europe. Au lieu de cela, l’Allemagne sera haïe, d’autres pays lui opposeront unbe résistance, parce qu’ils vont percevoir les Allemands comme oppresseur.s
 
SPIEGEL ONLINE: Pourquoi l’Allemagne devrait être blâmée pour tout? D’autres pays de l’UE se sont dérobés à des réformes structurelles et ont vécu au-dessus de leurs moyens.
 
Soros: Bien sûr, les Etats qui ont une dette élevée aujourd’hui, ne sont ps passés par des réformes structurelles, comme l’Allemagne. Alors maintenant, ils sont à la traîne. Mais le problème c’est que ces inconvénients deviendront plus grands avec la politique punitive actuelle. L’Italie, par exemple, doit dépenser chaque année une somme égale à six pour cent de son activité économique, pour arriver dans une position de départ semblable  à celle de l’Allemagne. C’est parce que le pays doit payer ces intérêts sur sa dette. Avec ce handicap de départ, il est impossible pour l’Italie de rattraper son retard dans la compétitivité.
 
SPIEGEL ONLINE: Encore une fois: pourquoi cela devrait-il être la faute de l’Allemagne ?
 
Soros: C’est la responsabilité commune de tous ceux qui ont adhéré à l’union monétaire, sans comprendre les conséquences de cette étape. Lorsque l’euro a été introduit, les organismes de réglementation ont permis aux banques d’acheter autant des titres d’Etat qu’ils voulaient sans devoir pour cela provionnser de capital propre. Et la Banque centrale européenne (BCE) ne faisait pas la différence parmi les obligations d’État, déposées par les banques pour emprunter de l’argent. Cela rendait les obligations des pays plus faibles  de l’euro  soudainement plus attrayantes.
 
SPIEGEL ONLINE: Et cela a poussé les taux d’intérêt vers le bas ?
 
Soros: Oui. dans des pays comme l’Espagne et l’Irlande, les faibles taux d’intérêt ont conduit à un boom dans le marché immobilier et la consommation. Dans le même temps l’Allemagne luttait avec les effets de la réunification et essayait de devenir plus compétitive. Cela a conduit au développement économique d’un côté et à la dérive de l’autre. L’Europe a été divisée en pays créanciers et débiteurs. Toutes ces conditions ont été créées par les institutions européennes, y compris la BCE, qui a été conçue sur le modèle de la Bundesbank. Les Allemands oublient souvent que l’euro est avant tout une créature franco-allemande. Aucun autre pays n’a donc bénéficié de l’union monétaire, comme l’Allemagne – ni économiquement, ni politiquement. Par conséquent, l’Allemagne porte aussi – dans le sens du mot allemand – la “faute” [Schuld = dette et faute, NdE] pour ce qui s’est passé par l’introduction de l’euro.L’Allemagne est responsable.

Athènes, février 2012-DPA
SPIEGEL ONLINE: Les Allemands ont un souvenir très différent de la naissance de l’euro : ils pensent avoir dû sacrifier leur Mark, pour que les autres pays européens acceptent la réunification de l’Allemagne.
 
Soros: C’est exact. L’intégration européenne a été fortement encouragée par l’Allemagne parce que le pays était toujours prêt à donner un peu plus pour un compromis qui  puisse être accepté par tous. Ce fut également le fait que l’Allemagne avait besoin du soutien pour sa réunification. Cette réflexion a ensuite été connue sous le nom de “vision à long terme” – une vision qui a finalement rendue l’Union européenne possible.
 
SPIEGEL ONLINE: Aurions-nous actuellement besoin d’une vision similaire ?
 
Soros: je veux établir une parallèle entre la situation actuelle de la zone euro et  la situation qui a suivi la Seconde Guerre mondiale, lorsque le système monétaire de Bretton Woods - un système de règles pour l’économie mondiale - a été créé. Les USA se sont établis comme le pouvoir central de ce système, et le dollar devint la monnaie de réserve du monde. C’était un monde libre dominé par les USA . Mais l’Amérique a gagné cette place parce qu’elle  a soutenu la reconstruction de l’Europe avec le Plan Marshall. Les USA sont devenue une puissance impériale bienveillante, ce qui a rendu un grand service au pays.

SPIEGEL ONLINE: Comment peut-on comparer cela avec la situation en Europe aujourd’hui ?
 
Soros: l’Allemagne est dans une position similaire à celle de l’Amérique, mais elle ne semble pas disposée à s’impliquer dans quelque chose comme l’a fait l’Amérique avec le Plan Marshall. Elle s’oppose à toute sorte de transformation de l’Europe en union de transfert.
 
SPIEGEL ONLINE: Mais le plan Marshall ne constituait qu'une petite partie du produit intérieur brut US– alors que les obligations potentielles pour l’Allemagne, pourraient aspyxier le pays.
 
Soros: Ça n’a pas de sens.  Plus un plan de réduction de la dette est complet et convaincant et moins le risque est grand qu'il échoue. Rappelez-vous comment l’Allemagne a été et est toujours reconnaissante à  l’Amérique, pour le Plan Marshall .L’Italie, par exemple, serait également reconnaissante si l’Allemagne  contribuait à réduire les coûts de financement pour le pays. ce faisant, le gouvernement fédéral pourrait même poser les conditions. L’Italie serait prête à les remplir si elle en tire profit. Il s’agit d’une erreur tragique et historique que l’Allemagne ne reconnaisse pas ces possibilités.
 
SPIEGEL ONLINE: Pourquoi, alors le peuple américain a-t-il à ce moment-là appuyé le Plan Marshall – et pourquoi les Allemands préfèrent-ils maintenant miser sur les mesures d’austérité d’Angela Merkel ?
 
Soros: Les Américains  après la Seconde Guerre mondiale, se sentaient victorieux et généreux. Et ils avaient appris de leurs propres erreurs  après la Première Guerre mondiale. À cette époque, ils avaient imposé de lourdes sanctions à l’Allemagne – et où cela nous a-t-il conduit  ? A la dictature nazie, qui a plongé le monde dans la peur et la terreur. L’Allemagne d’aujourd’hui, certes, ne se sent pas aussi riche que l’Amérique à  l’époque, mais elle est encore très riche.
 
SPIEGEL ONLINE: C’est justement cette prospérité que les Allemands ont peur de perdre.
 
Soros: La position allemande est très imprévisible. Contrairement à ce qui se passe dans le reste de l’Europe, l’économie allemande va bien jusqu’à l’heure actuelle. Mais si la crise de l’euro n’est pas résolue rapidement,  l’Allemagne va bientôt ressentir la récession mondiale.
 
SPIEGEL ONLINE: Il ya quelques semaines, on a averti, qu’il ne restait que trois mois pour reconstruire la zone euro.
 
Soros: Eh bien, maintenant, nous sommes probablement plus proche de trois jours.
 
SPIEGEL ONLINE: Trois jours ?
 
Soros: Les chefs d'Etat et de gouvernements européens doivent prendre le risque de proposer des mesures audacieuses lors du sommet de jeudi et vendredi.
 
SPIEGEL ONLINE: Pensez-vous qu’Angela Merkel soit prête pour les accepter ?
 
Soros: Elle se trouve prise au  piège. Merkel s’est rendue compte que l’euro ne peut pas fonctionner ainsi, mais elle ne peut pas changer le narratif qu’elle a créé. Cette narration  s'est ancrée  dans l'esprit des Allemands – et ils l’ont adoptée.
 
SPIEGEL ONLINE: Le discours est fondé sur l’idée  que les pays en crise, contrairement à l’Allemagne, n’ont pas fait leurs devoirs.
 
Soros: Exactement. Mais dans le même temps la chancelière a reconnu que la gestion de crise ne peut pas continuer de cette manière. Mais elle veut garder absolument l’euro.

SPIEGEL:  Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, a récemment exposé dans une interview donnée au SPIEGEL ses idées pour une “nouvelle Europe”, refondée sur une union politique beaucoup plus étroite.
 
Soros: Schauble représente l’Allemagne de l’ère de Helmut Kohl. Il est l’un des derniers Européens, et il est une figure tragique, car il comprend ce qui doit être fait, mais sait aussi qu’il ne peut pas balayer les obstacles. Il en souffre vraiment.
 
SPIEGEL ONLINE: Que conseilleriez-vous à Schäuble ?
 
Soros: Le  problème principal est le fardeau de la dette de la zone euro. Tant qu'il n'est pas allégé, les pays les plus faibles n’ont aucune chance d’être compétitifs.
 
SPIEGEL ONLINE: Comment peut-on alléger le fardeau de la dette ?
 
Soros: Je proposerais   de créer une agence de financement européenne qui pourrait faire avec la BCE exactement ce que la BCE ne peut pas faire seule. Elle pourrait constituer un fonds d’amortissement de dettes – ce que le Conseil consultatif allemand a suggéré et comme le SPD et les Verts le demandent. Le fonds pourrait acheter une grande partie des obligations d'Etat espagnoles et italiennes – en contrepartie, ces pays s’engageraient à des réformes structurelles.
 
SPIEGEL ONLINE: Où trouver l’argent pour acheter les obligations d’État ?
 
Soros: Le fonds pourrait à financer les achats par l’émission d’euro-bills, une variante à court terme des euro-bonds, dont tous les pays membres seraient conjointementgarants . Puisque les coûts de financement seraient très faibles pour ces obligations, le Fonds pourrait continuer à donner l’avantage aux pays touchés. Alors l’Italie pourrait emprunter de l’argent frais à peut-être 1% taux d’intérêt . Ce serait un grand soulagement pour les pays comme l’Italie et l’Espagne – et cela égaliserait les conditions de financement en Europe.
 
SPIEGEL ONLINE: Mais une fois que les pays en crise commenceraient à ressentir l'allègement, ils chercheraient probablement à éviter les réformes promises.
 
Soros: Au contraire, les réformes seraient beaucoup plus faciles à se mettre en place. Εn Italie, par exemple, le gouvernement du Premier ministre, Mario Monti, en réalité veut faire  des reformes plus fortes du  marché du travail que ce qu’il peut réaliser actuellement. Si les réformes étaient  récompensées par la perspective de conditions de financement favorables, il serait beaucoup plus facile de lesréaliser.
 
SPIEGEL ONLINE: Mais qu’est-ce qui se passe si, par exemple, le gouvernement change et la nouvelle direction ne se sent plus engagée à respecter l’accord sur la réforme ?

Soros: Alors, vous pouvez tout simplement retirer l’aide financière au pays – et le priver de la possibilité de se financer à un pour cent d’intérêt. Il lui faudrait obtenir de l’argent sur le marché financier, qui à son tour  le punirait pour cela. Aucun pays ne pourrait résilier l'accord  sans avoir à payer un prix élevé.
 
SPIEGEL ONLINE: Mais ainsi on pousserait des grands pays comme l’Italie à la faillite – avec des conséquences imprévisibles pour l’Europe. Ce serait une punition qui ne serait jamais imposée.
 
Soros: On pourrait adapter la peine à l’infraction. Même Une petite augmentation des coûts de financement ramènerait déjà le gouvernement en question à la raison.
 
SPIEGEL ONLINE: Est-ce qu’un tel plan pourrait aider aussi la Grèce ?
 
Soros: Probablement pas. Pour sauver la Grèce, il faudrait une générosité énorme. La situation là-bas est tout simplement trop empoisonnée. Si Angela Merkel était restée dure dans le cas de la Grèce, elle pourrait maintenant convaincre plus facilement le public allemand d’accepter les aides pour d’autres pays. Merkel pourrait établir une distinction entre les bons et les méchants en Europe.
 
SPIEGEL ONLINE: Angela Merkel a souvent dit : “Si l’euro échoue, l’Europe échoue.” Seriez-vous d’accord avec elle , tout au moins sur ce point ?
 
Soros: Oui, parce qu'à long terme, un marché commun ne peut pas fonctionner sans une monnaie commune.

SPIEGEL ONLINE: Supposons que vous soyez encore un investisseur et spéculateur  actif. Souhaiteriez-vous parier contre l’euro?

Soros:
 En tant qu’investisseur, je verrais la situation de manière très pessimiste, en particulier en Europe. Mais parce que je crois dans une société ouverte, je crois aussi que les gens et les dirigeants politiques en Europe finiront par agir raisonnablement.
 
L’interview a été réalisée par Mathias Müller von Blumencron, Stefan Kaiser et Gregor Peter Schmitz

jeudi 2 février 2012

L’heure est venue de résister - Déclaration sur la proposition allemande d'un Commissaire à la Grèce

par Μέτωπο Αλληλεγγύης και Ανατροπής Front de Solidarité et de Changement, 29/1/2012. Traduit par Tlaxcala Original: Ανακοινωση για τη γερμανική πρόταση για Επίτροπο στην Ελλάδα
« Ni Solon. Ni Jefferson. Ni Rousseau. Ni Gandhi. Toute la culture s’effondre »
« Les places et les rues nous attendent. Sans perdre de temps. Jusqu’à la victoire. Quel qu’en soit le prix ».
Même au temps de l’occupation ottomane, de la défaite de 1897, de la catastrophe d’Asie mineure, de l’occupation nazie et de la défaite lors de la guerre civile devant les armes usaméricaines, la Grèce n’a vécu de tels moments d’avilissement, d’affront, de dévalorisation et d’effondrement de sa souveraineté.
Le gouvernement allemand a dépassé les limites avec sa proposition de mettre en place un « Super-Premier ministre » européen, le « Commissaire au Budget » qui prendra lui-même les décisions sur les impôts et les dépenses, c’est-à-dire sur le fonctionnement central de l’État, dont dépendent toutes les politiques : santé, éducation, politique sociale, politique agricole, développement.
 
Plus d’élections. Ni de partis. Ni de Constitution. Ni de démocratie. Ni de liberté. Ni de dignité.
 
La proposition allemande ne s’arrête pas là. Elle en vient à un sadisme extrême.
 
Elle demande à la Grèce de payer, au prix de ses institutions, d’abord sa dette, puis ce qu’il lui sera permis d’utiliser pour ses besoins. Un cadeau en or pour les usuriers, quatre sous pour le peuple.
 
Ni Solon. Ni Jefferson. Ni Rousseau. Ni Gandhi. Toute la culture s’effondre. Les intérêts avant la société.
 
Les impérialistes européens n’ont jamais appliqué de telles mesures, même dans leurs colonies. Ils s’efforçaient de sauver les apparences.
 
Le gouvernement allemand a réveillé le passé nazi d’assujettissement et de contrainte.
Manifestation du Front de Solidarité et de Changement à Athènes : "Le gouvernement doit tomber maintenant"
Où est le Premier ministre grec ? Où sont les ministres ? Où sont les partis gouvernementaux ? Où est le Parlement ?
 
Où se cachent-ils ?
 
Les lignes rouges qu’ils avaient tracées ne sont que lignes sur le sable.
 
Dans une telle Europe, la Grèce n’a pas sa place.
 
Notre peuple a perdu toute perspective. Il a perdu son optimisme. Il a perdu sa sécurité. Il a perdu ses droits fondamentaux à vivre.
 
S’il perd finalement sa dignité, il n’a plus d’avenir. Ce sera son « point final à la ligne ».
 
L’heure est venue de résister. De dire « Ça ne peut plus continuer ». « Ça suffit comme ça ».
 
Nous ne reconnaissons aucune dette. Nous pouvons vivre sans vos prêts, sans vos ordres, sans vos commissaires, sans votre monnaie.
 
Nous pouvons nous appuyer sur notre travail, dont vous nous avez privés. Sur notre jeunesse, que vous condamnez. Sur les ressources de notre pays, que vous mettez à l’encan. Sur notre génie, que vous méprisez. Sur nos relations avec le reste du monde, que vous contrôlez. Sur notre solidarité, que vous redoutez.
 
Les acquis du monde du travail et leur esprit de liberté ne finiront pas à la poubelle de l’Eurozone.
 
Les places et les rues nous attendent. Sans perdre de temps.
 
Jusqu’à la victoire. Quel qu’en soit le prix.
 

mercredi 20 janvier 2010

Lettre ouverte à la Chancelière Angela Merkel à propos de la réunion commune des cabinets israélien et allemand à Berlin


par la Fondation Kant, Freiburg, 16/1/2010. Traduit par Michèle Mialane, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Offener Brief an die Bundeskanzlerin anlässlich der gemeinsamen deutsch-israelischen Kabinettssitzung in Berlin 
Carta abierta a la Canciller Merkel sobre la sesión conjunta de los  gabinetes alemán e israelí en Berlín












Fondation Kant de Freiburg  (« Prendre en charge l’héritage européen»)
À Madame la Chancelière
Angela Merkel
Chancellerie fédérale
Wiily-Brandt-Strasse 1
10557 BERLIN
(déjà mailé et faxé au Service de presse fédéral)
Sölden près Freiburg , le 16 janvier 2010
Madame la Chancelière,
Mesdames et Messieurs les membres du Cabinet fédéral,
En ma qualité de Président de la Fondation Kant de Freiburg (« Prendre en charge l’héritage européen»), je me permets de vous faire part ainsi qu’à vos Ministres de notre étonnement , de notre stupéfaction devant votre interprétation des devoirs de votre charge et  la manière de représenter ceux qui vous ont élue et que vous vous êtes engagée par serment  en prenant vos fonctions à « servir en votre âme et conscience ».
Je veux parler de le la réunion commune des cabinets israélien et allemand prévue pour le 18 janvier à Berlin.  Comme vous-même et votre cabinet devriez être au courant du rapport Goldstone, commandé par le Conseil des droits humains de l’ONU à ce juge internationalement reconnu, aussi bien que de la ghettoïsation de Gaza et de la poursuite de la colonisation dans les territoires palestiniens occupés, appuyées par la supériorité militaire et fondées sur un fondamentalisme sioniste machiavélique et au mépris des conventions du droit humanitaire international, nous ne pouvons pas croire qu’un cabinet ministériel allemand (dont les partis se voient pour l’essentiel tenus de respecter aussi bien les valeurs fondamentales chrétiennes que celles de l’État de droit libéral) se rallient en toute connaissance de cause à une politique symbolique proprement perverse.
Il doit donc y avoir des dessous à cette affaire, que nous vous encourageons à révéler en vous  invitant ainsi que votre gouvernement à prendre réellement en considération, par des mesures préventives appropriées, la vérité que vous retenez par-devers vous.
Comme le Professeur Jeff Halper notamment, citoyen israélien et lauréat du Kant-Weltbürger-Preis (Prix Kant de citoyen du monde) 2009 l’a dit dans son discours de réception et répété dans de nombreuses publications, les forces au pouvoir dans l’État d’Israël travaillent - en partie ouvertement, en partie secrètement - et avec une grande efficacité, à rendre impossible la « solution à  deux États » pour résoudre le conflit israélo-palestinien. D’autres experts du Moyen-Orient, comme Bettina Marx, depuis de longues années  correspondante de l’ARD au Moyen-Orient, craignent que le monde doive se préparer à penser l’impensable, face à une évolution démographique et à une politique israélienne attachée à bloquer, voire exclure, toute perspective d’évolution vers la reconnaissance de la  culture et l’autonomie palestiniennes et donc à bâtir une poudrière. Car Israël ne peut perdurer sous la forme d’un État pratiquant l’apartheid et régnant sur quelques bantoustans palestiniens.
Seul une volonté allemande de prendre la responsabilité de mesures préventives pour éviter l’autodestruction de l’État d’Israël par les sionistes pourrait conférer à  une réunion ministérielle israélo-palestinienne crédibilité et légitimité. (En outre il faudrait mettre à l’ordre du jour les conséquences du rapport Goldstone, ainsi qu’un réel arrêt  de la  colonisation et un changement de cap de la politique israélienne !).
Même si par le passé certains  démocrates-chrétiens se sont engagés en faveur de coopérations avec le régime de Pinochet  ou celui de ‘apartheid sud-africain, nous ne pouvons imaginer que 20 ans après la réunification une  Chancelière originaire d’Allemagne de l’Est ait si mal compris les leçons de l’Histoire qu’elle soit prête à sacrifier des principes politiques fondamentaux sur l’autel de la réédition d’une « fidélité des Nibelungen » (1) politique.
C’est pourquoi nous vous demandons de reconnaître publiquement que la réunion projetée abordera le problème du rapatriement de citoyens juifs israéliens d’origine allemande ou européenne en général.
Nous vous invitons  en outre, vous et votre cabinet, à vous mettre d’accord avec le gouvernement israélien pour conférer la double nationalité à tous les citoyens israéliens qui  - reconnaissant les signes des temps et condamnant la politique de colonisation israélienne- cherchent pendant qu’il en est temps une nouvelle (ancienne) patrie, parce qu’ils respectent les conventions européennes et onusiennes relatives aux droits humains et ne peuvent plus se faire entendre dans leur pays.
De même que pour l’intégration européenne, il ne peut y avoir pour Israël et l’Allemagne et leurs relations préférentielles d’avenir prospère pour nous tous  que sur la base du respect des conventions précitées.
Comme Avraham Burg, ancien porte-parole de la Knesset et Président de l’Agence juive le réclamait avec insistance dans le titre de son dernier livre au sujet des arriérés légués par  notre histoire : « Il s’agit, pour nos deux pays en particulier, de s’attaquer sur des plans bien différents à une tâche dont  jusqu’ici on s’est acquitté surtout dans le discours  et bien médiocrement  au niveau moral et politique: « En finir avec Hitler ! » 
Nous en appelons à vous-mêmes et au gouvernement allemand : Prenez cette tâche à cœur au sens où l’exigent les principes éthiques et juridiques d’Emmanuel Kant, socles de notre Loi Fondamentale (Constitution), au lieu de maintenir la déplorable hypothèque que nous a léguée cette époque par la poursuite réflexe d’une politique de refoulement et de complicité
1- Nibelungen : nains dépositaires du trésor des Princes de Bourgogne dans la saga du même nom. Après le meurtre de Siegfried, Krimhild veut que ses frères, les Princes de Bourgogne, fassent exécuter le meurtrier, Hagen. Ceux-ci refusent au nom de la fidélité du clan. La veuve enragée organisera le massacre de la totalité de son clan [NdT].