Affichage des articles dont le libellé est OEA. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est OEA. Afficher tous les articles

mardi 27 octobre 2009

Vers un nouveau coup d’État en Amérique centrale ?

par Carlos TENA, 22/10/2009. Traduit par Salah Ahmine, révisé par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original: ¿Nuevo golpe en Centroamérica?

Il est extrêmement surprenant de voir, qu’alors qu’à peu de kilomètres de Managua, au Honduras, se maintient une dictature comme celle de Micheletti, la grande majorité des mas médias nicaraguayens (propriété d’une poignée de familles millionnaires) s’attaque depuis des années au gouvernement constitutionnel de Daniel Ortega. Les manipulations féroces et périodiques de la réalité orchestrées dans la presse écrite, radiophonique et télévisuelle, qui rappellent les campagnes subies par le président du Venezuela, Hugo Chávez, avant et après le Carmonazo [tentative de coup d’État d’avril 2002, NdE], n’ont pas cessé au Nicaragua depuis que Daniel Ortega a assumé la présidence en 2006, ou plus exactement le 10 janvier 2007.
Les disqualifications continues et les insultes de la part du complexe médiatique (à la seule exception de Radio Primerísima et Radio Ya), se sont accélérées dans le fond et dans la forme ces derniers jours, quand la Cour Suprême de Justice s’est prononcée sur la validité des arguments du leader sandiniste pour pouvoir se présenter aux prochaines élections. N’oublions pas que le président hondurien Zelaya a été renversé violemment par l’armée et ses adversaires politiques, qui ont justifié ce putsch par une prétention similaire, il y a seulement quelques semaines (28 Juin 2009), de la part du président constitutionnel.
Cet élément oblige les analystes à déduire, sans aucune crainte de se tromper, que l’Amérique Latine se trouve face à des coups d’États anti-démocratiques soft, moins sanglants que ceux qui ravagèrent le continent depuis le début du 20ème siècle jusque la moitié des années 80, dirigés et orchestrés, comme d’habitude, par le patronat le plus ultra-libéral (pour lequel les moyens de diffusion massive sont indispensables), et pouvant aujourd’hui compter sur la compréhension  des businessmen du secteur, comme le multimillionnaire mexicain Carlos Slim (ami intime de Monsieur X, autrement dit Felipe Gonzàlez), son collègue espagnol Juan Luis Cebrián, des intellectuels d’extrême-droite comme l’Hispano-anglo-péruvien Mario Vargas Llosa ou des Premiers ministres experts en prostituées de luxe, comme l’Italien Silvio Berlusconi.

Carlos Slim et Felipe González
Cette situation est la conséquence directe de la douceur avec laquelle la Maison Blanche traite le dictateur hondurien, qui se dégage facilement du double discours qu’utilisent le président Barak Obama et son éclatante Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, ou de la tiédeur de l’OEA elle-même face à ce genre de rébellions militaires, dans lesquelles il y a juste à déplorer la mort de peu de citoyens (des provocateurs violents, selon El País), qui criaient dans les rues du Honduras pour le retour de la démocratie, mais loin des milliers d’arrestations et d’assassinats en masse subies durant des décennies par les populations du continent, commis avec la totale bénédiction des différents gouvernements US et de leurs armées, dont la participation et l’assistance militaire (torture inclue) se palpent encore dans des pays comme le Salvador, le Chili, le Paraguay, la Colombie, le Pérou, le Panamá, le Guatemala et d’autres.
Il paraît que Micheletti est bien vu à Washington, au FBI, à la CIA, au siège de PRISA et jusqu’au Vatican (épicentres d’influence sociale variable mais notoire), avec toutes les nuances qu’on peut présupposer. Et le plus curieux est que, quand on découvre les liens entre les putschistes et la délinquance commune, on fait ressortir au grand jour l’asile politique aux USA en leur faveur, comme dans le cas de l’ex-maire de Maracaibo Manuel Rosales, au Venezuela, directement impliqué dans une tentative d’assassinat contre Chávez, ou Luis Posada Carriles, responsable de l’explosion en plein vol d’un avion de Cubana de Aviación qui coûta la vie à 76 personnes, et qui aujourd’hui se promène tranquillement en Floride ; ou encore celui de Patricia Poleo, journaliste d’une chaîne de télévision à Caracas, accusée de l’assassinat du procureur Danilo Anderson.
J’espère que dans le cas des directeurs de journaux aussi connus au Nicaragua que ceux du Nuevo Diario ou de La Prensa, Danilo Aguirre et Jaime Chamorro, qui, respectivement, ont été ou sont en jugement et condamnés pour injures, ou escroquerie de millions, il ne se passera pas quelque chose du même genre. Aujourd’hui, couverts par leurs collègues de la soi-disant presse indépendante, ils clament leur innocence, tout en développant leur stratégie de harcèlement et de démolition médiatique du président Daniel Ortega, téléphonant à leurs associés espagnols, mexicains, chiliens, argentins ou français, pour qu’ils leur donnent un coup de main dans la stratégie de harcèlement et démolition de l’ennemi socialiste, si possible sans effusion de sang innocent. Les unes de ces gazettes brillent de titres répétant le mantra du dictateur Ortega, avec la même allégresse que leurs collègues espagnols appelant José María Aznar président.
 
Danilo Aguirre et Jaime Chamorro
Ils oublient, semble-t-il, qu’un vrai satrape aurait fermé d’un trait de plume ces journaux, radios et stations de télévision, qui continuent à égrener leur chapelet d’insultes et de défis, atteignant le sommet de la paranoïa médiatique quand, comme cette semaine, l’objectif n’est plus Ortega lui-même, mais les magistrats qui composent la Cour Suprême de Justice du pays.
Il n’est pas hasardeux d’affirmer que les deux dirigeants de journaux (Nuevo Diario et La Prensa) sont en train de chauffer la population, ou au moins de créer un dangereux bouillon de culture, pour rendre crédible et inévitable un putsch à la Micheletti, comptant bien sûr sur la bénédiction obligée et l’assentiment de l’église catholique nicaraguayenne (comme au Honduras), mais non sur celle de l’armée, à la différence de ses collègues honduriens, même si elle est bien loin de l’exemple des militaires vénézuéliens, boliviens, équatoriens ou cubains, dont la défense de la volonté populaire est admirable, si nous la comparons avec d’autres forces armées, y compris en Europe. Ces mots d’un chauffeur de taxi de Managua au signataire de ces lignes sont dans une certaine mesure tranquillisants : «Ici, ce qu’on a pu faire avec Zelaya ne peut pas se passer avec Ortega. Nous serions des milliers de citoyens, de camarades femmes, de travailleurs qui en plus possédons une bonne formation militaire, à descendre dans la rue pour défendre la démocratie, pour bloquer, comme à Caracas, un possible coup d ‘Etat ».
Qui a intérêt à ce que se répète l’histoire récente ? Les médias néolibéraux, l’OEA elle-même, la Maison Blanche ou la Communauté Européenne seront-ils disposés à condamner un nouveau coup d’État en Amérique Centrale, aussi peu sanglant soit-il, en brandissant un inexistant respect pour la légalité internationale, l’accomplissement des normes propres de leurs organisations respectives pour ce qui à trait à la défense de la démocratie, sachant que, dans le cas de l’OEA, jamais elle n’osa expulser de son sein des régimes génocides comme ceux qui massacrèrent l’Uruguay, le Brésil, l’Argentine, le Chili, le Paraguay, le Guatemala, le Salvador, etc. et qu’en plein 21ème siècle, elle ne sert qu’à organiser et parrainer des conversations entre les parties en conflit ? Est-il possible de croire en toute confiance que l’on puisse arriver à un accord entre partisans d’une dictature et démocrates convaincus, sans que ces derniers subissent une spectaculaire défaite ?
Peut-être que oui. L’Espagne l’a démontré en 1977, et on a vu ou ça l’a menée.

Madrid, 25 octobre 1977: signature des Pactes de la Moncloa pour la transition à la démocratie constitutionnelle. De g. à dr. Enrique Tierno Galván, Santiago Carrillo, José Maria Triginer, Joan Reventós, Felipe González, Juan Ajuriaguerra, Adolfo Suárez, Manuel Fraga Iribarne, Leopoldo Cavo Sotelo et Miguel Roca


lundi 5 octobre 2009

En 1989, Lewis Amselem, l’actuel représentant des USA à l’OEA a couvert une affaire de torture, au Guatemala

par Jean-Guy ALLARD, 2/10/2009. Traduit par Pedro Da Nóbrega, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Lewis Amselem, le chef de la délégation usaméricaine à l'Organisation des États américains (OEA), qui a qualifié d’“irresponsable” et “stupide” le retour dans son pays du Président hondurien Manuel Zelaya a fait l’objet d’une dénonciation, il y a quelques années, pour avoir couvert les individus, dont un de nationalité usaméricaine , qui avaient torturé et violé une religieuse usaméricaine au Guatemala.

Le 2 novembre 1989, Dianna Ortiz a été séquestrée, violentée et torturée par des membres des forces de sécurité du Guatemala encadrés par un citoyen usaméricain.

Depuis lors, Ortiz a tenté, sans relâche, d’obtenir du gouvernement des USA la réouverture des dossiers concernant toutes les victimes d’actes de violence au Guatemala, pendant la période des dictatures pro-US.

"Le retour du Président Zelaya au Honduras est irresponsable et stupide et ne sert ni les intérêts de son peuple ni ceux qui œuvrent au rétablissement pacifique de l’ordre démocratique au Honduras", a déclaré Lewis Amselem, avec l’arrogance caractéristique du représentant dûment mandaté des USA auprès de l’Organisation des États américains.

Amselem a séjourné au Guatemala en tant qu’“Attaché aux Droits de l’Homme” de l’ambassade des USA à l’époque du gouvernement de Vinicio Cerezo, une administration civile sous laquelle l’armée a réprimé de la manière la plus sauvage la guérilla. Cerezo a été critiqué pour son inertie face aux affaires de violations des droits de l’homme.

Comme par coïncidence, 1989 est l’année où l’agent de la CIA et terroriste d’origine cubaine Luis Posada Cariles se trouve au Guatemala sous une couverture de chef de la sécurité de l’entreprise téléphonique d’Etat Guatel. Le Président Vinicio Cerezo lui accordera des pouvoirs spéciaux qui le transformeront virtuellement en gangster. On lui attribue de nombreux assassinats, enlèvements, escroqueries et règlements de comptes.


Dianna Ortiz

UNE FOSSE PLEINE DE CADAVRES

Dianna Ortiz était sœur de la congrégation des Ursulines quand elle a décidé de se consacrer aux plus humbles et de se rendre en Amérique Centrale avec d’autres religieuses pour y être infirmière dans des petits villages indigènes. Elle a très vite été la cible de menaces anonymes l’accusant de complicité avec la guérilla et lui intimant de retourner dans son pays.

Selon son récit des faits intervenus ce jour de novembre 1989, deux hommes l’ont capturée dans le jardin d’un centre communautaire et l’ont emmenée à bord d’un véhicule de police banalisé jusqu’à l’Ancienne Ecole Polytechnique, une académie militaire de la ville de Guatemala.

Débute alors un effroyable interrogatoire où Dianna Ortiz subira plus de 100 brûlures de cigarettes et sera violée à répétition par ses bourreaux pour qu’elle identifie des “subversifs”. Les violences ont été telles qu’elle a fini par perdre connaissance.

Selon le rapport publié en 1996 par la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH), Dianna Ortiz “, ayant repris connaissance un moment, s’est rendue compte qu’elle avait les poignets attachés à un crochet au-dessus de sa tête. Il lui semblait être dans un patio. Elle a alors remarqué que plusieurs personnes déplaçaient une lourde dalle à l’étage. On l’a à ce moment-là jetée dans une fosse emplie de corps. Elle s’est de nouveau évanouie. Quand elle a repris conscience, elle gisait au sol et des hommes avaient recommencé à abuser d’elle sexuellement”.

L’interminable séance de torture a cessé lors de l’arrivée d’un individu, qui a affirmé s’appeler Alejandro, en lui expliquant qu’elle avait été prise pour une dirigeante de la guérilla nommée Verónica Ortiz Hernández. Alors qu’ “Alejandro” l’emmenait dans sa Jeep à la “maison d’un ami de l’ambassade”, Dianna s’est échappée en profitant d’un arrêt à un feu rouge.

UN RESIDU DES BUSH

Cette femme, déjà détruite par cette affreuse expérience, devra ensuite subir un véritable calvaire pendant les années suivantes.

Le ministre guatémaltèque de la Défense Hector Gramajo a affirmé publiquement que Dianna Ortiz avait forgé son histoire de toutes pièces, en y ajoutant des insultes et des insinuations outrageusess de nature sexuelle.

En enquêtant sur cette affaire, des reporters de la chaîne de télévision ABC News ont identifié la source de ces rumeurs infâmantes. Elles provenaient de l’Attaché aux Droits de l’Homme Lewis Amselem qui, questionné sur le sujet, a nié de façon véhémente toute implication.

Le Révérend Joseph Nangle de la Communauté de Saint François a révélé plus tard qu’Amselem avait évoqué devant lui le sujet, avec une grossièreté qui l’avait scandalisé.

D’autres confidences de personnes ayant eu des conversations à l’époque avec le diplomate US ont corroboré les déclarations de Nangle en ajoutant même qu’Amselem ne cessait de tenir des propos injurieux sur la présence de volontaires religieux dans les communautés indigènes du Guatemala.

Le 16 octobre 1996, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme, se basant sur les informations présentées, sur son enquête et sur son analyse de l’affaire, a conclu à la véracité des déclarations de Dianna Ortiz et a condamné le gouvernement du Guatemala.

Malgré tout, les USA, leur ambassadeur Thomas F. Stroock et le fonctionnaire Amselem, qui n’ont cessé de faire obstruction à l’enquête, ne sont pas mentionnés dans le document.

En 1995, un tribunal usaméricain a condamné Hector Gramajo à payer 47 millions de dollars à Dianna Ortiz et à ses autres victimes.

Amselem est un diplomate qui a prospéré sous les administrations Bush et qui est resté comme résidu, à l’instar de bien d’autres éléments d’ultradroite, sous l’actuelle administration Obama.