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vendredi 27 janvier 2012

L'internationalisation de la question palestinienne commence par celle des prisonniers

par Amir Makhoul, 26/12/2011. Traduit par Najib Aloui نجيب علوي
Traductions disponibles : English  

La réussite dans l’internationalisation d’une question se mesure à la capacité à transformer celle-ci en  préoccupation d’ordre mondial. Elle signifie la création sur le terrain d’une situation où il devient impossible au système international de continuer à fuir ses responsabilités ou à entretenir la collusion avec les puissants au détriment des victimes spoliées de leurs droits. Il devient alors possible d’actionner les mécanismes internationaux allant dans le sens de la  restauration des droits des victimes, ce qui implique contraindre ceux qui violent ces droits à se soumettre aux décisions internationales.
Dans une telle situation, la justice devient pour la victime une arme puissante, capable  de faire pencher le rapport de force en sa faveur face à la puissance  répressive de la partie dominante- dans notre cas, face au régime colonialiste et raciste d’Israël.

Il y’a cependant une règle incontournable et que connaissent toute révolution populaire et tout mouvement de libération : il ne suffit pas d’être victime d’injustice pour gagner la solidarité mondiale. Pour que celle-ci naisse et se développe en leur faveur, il faut que les victimes soient non seulement conscientes mais aussi et surtout activement engagées dans la lutte pour la restauration de leurs droits, dans la résistance contre leurs oppresseurs. C’est dans la ténacité de cette  lutte, sa capacité  à toujours faire face aux nouveaux défis que se trouve l’ingrédient capable de transformer la sympathie internationale en solidarité agissante et efficace, c'est-à-dire  en action politique douée de vision stratégique.
 
Woman holds sign in front of Israeli prison gates
Libérez-les maintenant !
(Issam Rimawi / APA images)

L’internationalisation consiste essentiellement à mobiliser et à entretenir la solidarité populaire mondiale ainsi qu’à agir en vue d’encourager les organismes internationaux à assumer leurs responsabilités.

Un mouvement de solidarité mondial actif et en pleine expansion peut puissamment influer sur les gouvernements, les instances législatives ainsi que les médias dans différentes sociétés et pays à travers le monde ; il peut aussi agir sur les instances officielles et internationales, tout cela en vue d’amener des changements de politiques sur deux fronts : soutenir et renforcer les victimes de l’injustice, d’une part, donner davantage de vigueur à leur espoir de voir leur juste combat aboutir grâce à leur lutte et grâce à la légalité internationale et, d’autre part, affaiblir et isoler l’oppresseur colonial raciste en le soumettant à des sanctions et en le privant de sa légitimité, le but ultime étant le démantèlement de ses structures répressives.
Libérez-les maintenant !
Pourtant, la position officielle palestinienne sur la question des détenus palestiniens dans les prisons israéliennes compromet gravement cette cause centrale dans le combat de notre peuple. (Voir Palestinian prisoners in Israeli jails).

La position officielle, en substance, est qu’aucun accord de paix avec Israël ne sera signé tant que tous les prisonniers n’auront pas été libérés. En pratique, cela revient non seulement à pérenniser  leur détention en remettant  la question de leur libération à un avenir indéterminé mais à la réduire à un statut mineur dans l’agenda national palestinien. Libérer les prisonniers doit signifier les libérer maintenant.

Israël s’est acharné à transformer le cas d’un de ses soldats d’occupation capturé par la résistance palestinienne en question humanitaire de dimension internationale alors que dans le même temps elle a exigé que les 7000 prisonniers palestiniens de la liberté soient considérés comme des  « terroristes ».

Pourquoi la position officielle palestinienne manifeste- t’elle autant de déférence à l’égard de cette curieuse logique ? Pourquoi la victime, la partie qui a la justice de son côté doit-elle présenter des excuses, présenter des excuses au nom des Palestiniens qui ne font que défendre leurs droits? Pourquoi adopter la posture de celui qui demande pardon ? Quand avons-nous entendu pour la dernière fois une voix palestinienne officielle s’élever aux Nations Unies ou à l’Union Européenne  ou même à Ligue Arabe pour défendre le droit et le devoir des Palestiniens de résister par tous les moyens à l’occupation, à la colonisation et à l’exode forcé ?

Cette étrange mentalité a récemment conduit un officiel de haut rang de l’Autorité Palestinienne à soulever la question de « l’incitation mutuelle » (à la violence) et à demander que soit réactivée la commission mixte supposée la gérer. Quelle tournure d’esprit a pu conduire un représentant supposé d’un peuple qui est soumis dans son intégralité à la colonisation, à la dépossession, à l’exode forcé et au blocus à accepter l’idée même d’une « symétrie » entre l’oppresseur colonial occupant et sa victime ?

Nous touchons là directement à la question des prisonniers. La position palestinienne officielle sur la scène internationale est, d’une part, de «condamner la violence » et donc tout acte de résistance contre l’occupant et, d’autre part, de coopérer étroitement avec l’establishment sécuritaire israélien. Quel message une telle position envoie- t’elle  aux prisonniers palestiniens dont certains sont détenus depuis des dizaines d’années pour avoir participé à la lutte de libération? La position officielle palestinienne n’est-elle pas négation de leur statut de prisonniers de la liberté, de la libération nationale, de la conscience et de la justice ?

Si nous voulons qu’un message gagne en popularité internationale, il faut qu’il soit clair et cohérent. Clarté et cohérence sont  absolument cruciales dans tout effort d’internationalisation. Les discours et les actes des instances officielles palestiniennes doivent être en accord avec ceux du peuple- la société civile, les mouvements populaires- et ceux des mouvements internationaux de solidarité.
La direction palestinienne ne doit pas saper la solidarité
La fidélité à un tel principe est vitale si nous ne voulons pas que se répète l’expérience amère que nous a fait vivre l’Autorité palestinienne  dans le sillage de la campagne de boycott des universités israéliennes menée au Royaume-Uni, campagne qui s’insère dans le cadre plus vaste du boycott académique et culturel d’Israël. Cette action, de par son ampleur et son efficacité inédites,  a permis aux mouvements de solidarité de faire une avancée de portée stratégique mais voici ce qui est arrivé : quelques semaines à peine après le lancement de la campagne, l’université Al Qods de l’Autorité Palestinienne conclut un accord avec la Hebrew University israélienne. Cette décision n’est rien d’autre qu’un coup de poignard dans le dos,  porté aux mouvements  de solidarité avec le peuple palestinien.

Nous devons aussi nous poser la question de savoir l’importance qu’accordent l’A.P et l’OLP à la question des prisonniers dans leur diplomatie internationale, à l’ONU et dans leurs réunions avec les Israéliens. La considèrent-ils comme une question nationale prioritaire? Il semble que non, car rien ne peut justifier leur incapacité à lui donner, durant les pourparlers qui ont eu lieu ces dernières années, statut de question centrale dont la solution conditionne à l’avance tout progrès.

Les accords d’échange de prisonniers ne peuvent en eux-mêmes prendre en charge la question des prisonniers dans son ensemble. De même, se confiner dans l’attente d’un accord de paix doté de pouvoirs magiques est s’égarer dans la futilité. On ne peut, non plus, porter cette question devant  l’appareil judiciaire israélien puisque cet appareil est dans son essence organe du dispositif répressif de l’Etat raciste occupant, organe destiné à  légitimer les crimes de celui-ci en leur donnant « couverture légale ».

La question des prisonniers pourtant reste un élément essentiel du conflit et nul ne peut ignorer que son issue dépend des rapports de force. Il est certain que les révolutions arabes auront un effet décisif sur le rapport de force à l’échelle régionale et sur la gestion du conflit. Dans ce contexte, l’internationalisation offre la possibilité  de se libérer des règles du jeu qui ont prévalu jusqu’à présent et d’en imposer de nouvelles.

En dehors de cette voie, le renoncement de la direction officielle palestinienne à son rôle et le déclin de la lutte populaire qui s’en est ensuivi, offrent aux prisonniers peu d’options dans la lutte autres que la grève de la faim. Et il n’est pas toujours assuré que celle-ci permette des gains mineurs ou du court-terme, sans parler de sa capacité à faire avancer la cause de leur libération. De nouvelles formes de lutte s’imposent. Elles doivent être élaborées dans les prisons et être liées à la lutte d’ensemble et à ses objectifs stratégiques.
Engager la société civile
Il y’a dans le monde un gisement immense et varié d’organisations palestiniennes, arabes et internationales qui sont crédibles et compétentes,  qui possèdent un parcours de lutte en faveur des droits palestiniens incluant, bien sûr, la lutte en faveur des prisonniers. Les organisations palestiniennes peuvent entretenir des relations plus denses avec elles, tisser des réseaux avec leurs homologues dans le monde afin d’amener des changements de politiques en faveur des droits palestiniens.

Les bureaux de représentation officielle palestinienne doivent  se montrer plus disposés à faciliter un tel travail, à encourager les mouvements populaires et à leur donner un soutien officiel. La décentralisation et la complémentarité sont indispensables dans ce contexte. Nous constatons malheureusement que trop souvent, les politiques et pratiques quotidiennes des instances palestiniennes officielles entravent ou entrent en conflit avec le militantisme pro-palestinien non-officiel. Ce fait s’est manifesté de façon flagrante dans le cas du mouvement palestinien et international BDS (Boycott, Désinvestissement et Sanctions) lancé contre Israël. Les instances officielles supérieures palestiniennes s’y sont opposés sous le prétexte des négociations en cours avec le gouvernement de Ehud Olmert.

La tâche de l’internationalisation doit être confiée à un Comité National de Coordination comprenant des représentants des organisations populaires et de la société civile ainsi que des représentants des instances officielles, tous provenant aussi bien de la Palestine historique que de la diaspora. Les missions confiées à chacun des groupes en son sein doivent être coordonnées et se fonder sur la vision que la cause palestinienne est une et indivisible et que, d’autre part,  Israël constitue un bloc oppresseur dont la nature reste toujours la même par delà ses diverses politiques. En d’autres termes, l’occupation de la Cisjordanie et de Gaza, la spoliation des terres, le régime raciste à l’intérieur de la Ligne Verte  ainsi que l’épuration ethnique subie par les réfugiés et les déplacés procèdent tous de la nature coloniale et raciste de l’Etat israélien.
Revoir la stratégie et les priorités
Dans le processus de gestion du conflit, il ya des questions essentielles qui ne peuvent ni être gelées ni remises à plus tard. Aucun officiel palestinien n’a mandat pour les mettre de côté au profit d’autres tâches, même s’il est vrai que les résultats ne peuvent être obtenus simultanément pour toutes les questions.

Il faut, à l’échelle arabe et palestinienne, faire une réévaluation d’ensemble de la stratégie consistant à négocier afin d’obtenir des solutions transitoires. Cette réévaluation doit inclure les effets de cette stratégie sur les droits palestiniens  ainsi que sur la lutte en vue de les réaliser. A cet égard, les conséquences désastreuses des accords d’Oslo durant les deux dernières décennies sont devenues claires. En morcelant les droits palestiniens fondamentaux, on en a fait des fragments otages les uns des autres, de la monnaie d’échange par le biais de  laquelle obtenir un droit signifie en concéder un autre.

Au niveau international, il peut parfois sembler que des gains diplomatiques peuvent être obtenus en donnant la priorité à une série de droits fondamentaux –ou à une question, telle que la colonisation de la Cisjordanie et de Jérusalem- et en ignorant les autres. Mais il y a un risque, aussi bien à l’intérieur que sur le plan international, que ces droits soient indéfiniment  laissés à l’abandon parce qu’ils ne sont pas considérés comme prioritaires par la direction palestinienne actuelle. Par exemple, la campagne palestinienne officielle tentant d’attirer l’attention internationale sur la colonisation porte, à dessein ou non, le message implicite que la libération des prisonniers n’est pas une grande priorité.
Nous n’avons jamais entendu un négociateur official palestinien menacer d’arrêter les pourparlers ou de porter la question devant le Conseil de Sécurité tant  que les prisonniers n’ont pas été libérés ou que, au moins, un calendrier pour leur libération soit discuté. Nous avons là affaire à une décision politique palestinienne marquée par l’indécision et le refus d’assumer une position claire étant donnés les rapports de force à l’échelle régionale et internationale. Nous avons là, en d’autres termes, affaire aux conséquences désastreuses des accords d’Oslo qui ont induit une impuissance qui touche aussi bien à la substance qu’à l’application.

Toutes les questions liées aux droits des Palestiniens qui ont été « remises à plus tard » sous les accords d’Oslo restent encore « remises à plus tard » et semblent condamnées à rester ainsi indéfiniment. Ce sort s’applique à la question des réfugiés et des déplacés ainsi qu’à celle de Jérusalem. Cela, sans parler de l’acceptation tacite par la direction palestinienne de l’idée que les Palestiniens de 1948 constituent une affaire interne israélienne- une notion que ces mêmes Palestiniens rejettent de toutes leurs forces.

A propos des prisonniers, l’expérience nous a montré qu’Israël n’est pas fidèle à son principe déclaré de ne pas libérer les prisonniers impliqués dans des actions où des Israéliens ont été tués. La même chose s’applique à son refus de libérer des prisonniers provenant de Jérusalem ou des territoires de 48. Ce qui compte, ce sont les rapports de force et les rapports de force ne sont pas statiques, ils changent avec le niveau de la lutte populaire palestinienne, avec la  politique officielle palestinienne et avec la volonté libératrice palestinienne dans son ensemble.

La cause de la libération des prisonniers exige que la lutte soit menée sur deux fronts qui se complètent l’un l’autre, à l’intérieur et à l’extérieur des murs des prisons.

vendredi 23 décembre 2011

Histoire de la Pastèque et des Quarante Prisonniers

par Ameer Makhoul. Traduit par  Najib Aloui , Tlaxcala

Le vendredi 24 juin à midi quarante-six, l’administration des prisons israéliennes offre pour la première fois en 2011 de la pastèque aux prisonniers palestiniens de Gilboa, raconte Amir Makhoul : Le règlement officiel fixe la quantité de fruits à laquelle a droit chaque prisonnier à 180 grammes par jour. C’est un de nos droits fondamentaux. Quelques jours auparavant cependant, les fruits étaient absents et pour les remplacer, chaque prisonnier recevait un oignon.
Portées par les vagues d’émotion primaire soulevées par les déclarations de leur Premier ministre Netanyahou, des clameurs se sont élevées en Israël pour exiger la vengeance. Contre qui ? Contre les 7000 prisonniers palestiniens et arabes de la liberté détenus dans les prisons israéliennes.

Netanyahou a parlé lors de la conférence de Shimon Perès qui s’est tenue le 23 juin 2011, la veille du cinquième anniversaire de la capture par le Mouvement de la Résistance Islamique (Hamas) d’un soldat de l’occupation israélienne et dans un climat marqué par l’amplification de la campagne populaire réclamant un accord d’échange de prisonniers en vue du retour du dit soldat. Netanyahou a annoncé la fin de « l’ère des privilèges » pour les 7000 prisonniers, la fin des  « festins gras » et la fin de l’autorisation donnée à quelques centaines d’entre eux de poursuivre leurs études par correspondance avec l’université ouverte israélienne, études que ces prisonniers, il faut le rappeler, paient de leurs poches. Pour encore assouvir le désir de vengeance, ce Premier ministre a annoncé qu’il avait donné des instructions précises aux administrations des prisons pour que les conditions de détention dans ces prisons colonialistes et racistes soient rendues encore plus dures.  
Pour leur part, les médias israéliens les plus en vue, fidèles à leur rôle de médias aux ordres que n’embarrassent ni la déontologie ni la simple pudeur, n’ont pas pu s’empêcher d’étaler la jouissance que leur procure à l’avance l’idée de voir les conditions de vie des prisonniers encore empirer. Ainsi en est-il de Ayala Hasson, journaliste bien connue et présentatrice-vedette de l’émission hebdomadaire Yoman, qui n’a pas trouvé mieux, lors de l’émission du vendredi 24 juin, que de dire le « sentiment de révolte » que suscite en elle cette « chose abominable », ce « gâchis intolérable » que constituent les « festins de poulet » que prennent les prisonniers. Il est peut-être bon de dire ici que ces festins consistent en un seul poulet- payé de la poche des prisonniers afin de pallier l’insuffisance de nourriture- partagé entre huit prisonniers entassés dans une cellule où chacun a droit à moins de deux mètres carrés d’espace. Ajoutons encore que ce poulet est accompagné d’un piment fort dont la brûlure est pour le prisonnier jouissance incomparable en ce lieu de misère carcérale israélienne.
 
A travers la performance télévisuelle d'Ayala Hasson, nous touchons du doigt le fond de la « civilisation » colonialiste israélienne, un fond qui n’est fait de rien d’autre que d’arrogance et de vilénie. C’est la civilisation officielle des médias israéliens pour lesquels le mensonge éhonté n’est qu’instrument pour d’abord légitimer ensuite amplifier la jouissance qu’offre le spectacle de la souffrance palestinienne.
Mushir Abdelrahman/MaanImages

Le vendredi 24 juin à midi quarante-six, l’administration des prisons offre pour la première fois en 2011 de la pastèque aux prisonniers. Le règlement officiel fixe la quantité de fruits à laquelle a droit chaque prisonnier à 180 grammes par jour. C’est un de nos droits fondamentaux. Quelques jours auparavant cependant, les fruits étaient absents et pour les remplacer, chaque prisonnier recevait un oignon.
Mais aujourd’hui, à notre grand étonnement, on nous a donné à savourer de la pastèque et chacun a eu sa part. Les sept sections de la prison comptent chacune 120 prisonniers et chaque section a reçu son lot, à savoir trois pastèques. 
 
Il faut dire qu’ici, les prisonniers sont regroupés, selon l’origine géographique, en sections séparées et isolées les unes des autres. Ainsi, les prisonniers du Golan, d’al Qods et de l’intérieur sont ensemble et à part, ceux de la Cisjordanie également, de même que ceux de Gaza. Dans les prisons du Sud, les prisonniers sont séparés selon l’appartenance aux différents mouvements de la résistance palestinienne  avec comme impératif spécial, la séparation des prisonniers du Fatah de ceux du Hamas. Il faut encore préciser ici que les détenus des prisons israéliennes du sud sont interdits de visite familiale ou autre depuis quatre ans.
 
Pour revenir à nos pastèques, trois pastèques de taille moyenne à diviser entre 120 prisonniers, soit une pastèque à découper en 40 tranches égales, que faire ? Une tâche extrêmement difficile que les membres de l’ équipe de prisonniers affectés à la distribution de nourriture se sont employés à accomplir de leur mieux en allouant à chacun un triangle isocèle dont les deux côtés égaux délimitent une pellicule translucide de chair rouge alors que la base est faite d’écorce verte qui pèse plus lourd que le reste et s’impose d’office dans les 180 grammes quotidiens réglementaires. Nonobstant, chaque triangle s’est acquitté de son rôle d’émettre son arôme, de faire sa mensongère promesse de saveur rafraîchissante et de chatouiller le palais avant de disparaître.
 
Netanyahou a tenté de détourner les regards vers autre chose que la crise qu’il vit en tant que dirigeant, crise qui le dépasse car elle est crise de son gouvernement et de son Etat. Cette manœuvre lui a permis dans le même temps d’orienter la pression populaire demandant la conclusion d’un accord d’échange de prisonniers avec Hamas, non pas vers son échec mais vers des cibles faciles toutes trouvées : les 7000 prisonniers de la liberté palestiniens et arabes qui croupissent dans les prisons israéliennes. Là, Netanyahou a réussi parce qu’il a trouvé une opinion publique israélienne –y compris la famille du dit prisonnier- disposée à se laisser détourner des tares de son Etat et de ses dirigeants pour embrasser l’instinct de vengeance et la poursuite illusoire du sentiment de puissance.
 
Dans un studio médiatique qu’ils ont baptisé « Cellule », il se sont affublés du rôle de la victime. Les grands de leur peuple , leurs élites ont fait cela pour se donner le sentiment qu’ils éprouvent ce qu’éprouve le soldat occupant prisonnier de la résistance palestinienne. Dans une cellule virtuelle faite pour l’exhibition, ils ont fabriqué le mensonge et se sont efforcés de lui donner statut de vérité afin de le reproduire à leur guise et d’en faire moyen de déterger la conscience des occupants. Dans leur soif de conquête totale, ils ont inventé un monde de mots où ils deviennent eux-mêmes les occupants de la cellule dans laquelle ils ont jeté le prisonnier palestinien, afin qu’ils puissent, eux les bourreaux, se dire et dire au monde « c’est nous qui sommes prisonniers dans cette cellule, c’est nous qui endurons de grandes souffrances ». Pour ce faire, ils se sont acharnés et s’acharnent encore à effacer les visages, les noms , les histoires personnelles, l’appartenance à leurs proches et à leur peuple , la souffrance et la lutte des 7000 prisonniers palestiniens afin d’en faire des séries de matricules aptes , selon eux, à n’être qu’oubli devant le nom du soldat de l’occupation israélienne.
 
L’histoire de la pastèque et des quarante prisonniers m’a rappelé celle d’Ali Baba et des Quarante Voleurs. Mais alors que dans le conte populaire , les quarante bandits se sont enfermés dans des jarres pour échapper à la justice, dans la vie réelle que nous vivons, il y a un seul bandit qui évolue dans un monde qui reste encore ouvert mais qui ne cesse de se rétrécir autour de lui. Ce bandit a volé et encore volé, commis crime sur crime, volé la liberté et la patrie, les prisonniers et le peuple et n’a hésité devant le crime que dans la mesure où il se heurtait à notre résistance. 
 
Mais voici la différence entre lui et nous : il se nourrit de mensonge et d’illusion pour simplement être, pas nous. Quant au « festin » des prisonniers, en dépit du fait que nous le prenons sur la table de l’oppression, il a pour nous cette saveur que seule notre volonté de vivre et de lutter peut lui donner, car nous ne sommes pas des orphelins oubliés, nous appartenons à un peuple et à une lutte qui nous libérera. La question de savoir quand viendra cette libération se pose mais la réponse nous appartient, à nous les prisonniers, à nous le peuple. 
Amir Makhoul est prisonnier politique dans l’Etat d’Israël. Directeur d'Ittijah, l'Union des associations communautaires arabes d'Israël et membre dirigeant de la communauté palestinienne d'Haïfa, il a été condamné en janvier 2011 à 9 ans de prison ferme plus 1 an avec sursis pour "espionnage" et "contact avec un agent étranger" du Hezbollah libanais, sur la base d' "aveux" arrachés par la torture physique et morale. Il a été détenu dans la prison militaire israélienne de haute sécurité de Gilboa, dans la Vallée de Beït Shéan. Il n’a cessé de proclamer que sa condamnation est politique et vise à décapiter la direction politique et civile des Palestiniens vivant dans les territoires occupés en 1948, généralement appelés Israël.
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    dimanche 21 août 2011

    Urgent : Une paire de sandales pour la prison de Gilboa!

    par Janan Abdu جنان عبده Traduit par  Pedro da Nóbrega, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala 
     La militante et chercheuse palestinienne Janan Abdu, qui vit à Haïfa, raconte ici un épisode récent de la détention de son mari Ameer Makhoul, détenu à la prison militaire israélienne de Gilboa, dans la Vallée du Jourdain, où il purge une peine de 9 ans de prison pour "espionnage" (un contact avec un militant du Hezbollah). Visitez la page Free Ameer Makhoul http://www.facebook.com/group.php?gid=119694878050988
    Original: مطلوب صندل وبشكل فوري لسجن الجلبوع
    Traductions disponibles : English  Español  Português  Deutsch 
    - Ils t’ont donné une copie de la photo que je t’ai envoyée par fax ?
    - Non !
    - Et la photo que j’avais jointe à ta lettre ? Elle n’est pas arrivée ?
    - Non, je n’ai rien reçu.

    Ameer Makhoul, directeur de l'Ittijah, Union des associations communautaires arabes qui regroupe les ONG palestiniennes en Israël
    Nous poursuivons notre conversation. Les questions restent en suspens dans nos esprits pendant que nous scrutons les aiguilles de l’horloge. Elles nous accaparent et volent de notre temps. Ensuite, sans nous prévenir, on nous annonce que nos quarante-cinq minutes se sont écoulées. Nous nous disons au revoir avant que le téléphone ne soit coupé et qu’il cesse de me transmettre sa voix de l’autre côté de la paroi de verre. Je me force à sortir de la salle de visite en essayant d’évacuer le désarroi de ces instants de séparation. Nous prenons date pour notre prochaine rencontre d’ici quinze jours.
    Les quarante-cinq minutes sont donc épuisées. C’est le signal du déclenchement du compte à rebours jusqu’à la prochaine visite, avec tout ce que cela peut signifier, avec tout le désir que cela peut comporter. Nos vies tournent autour du rythme de nos rencontres toutes les deux semaines. Nous parlons de ce qui s’est passé avant ce dimanche et de ce qui doit se passer ensuite.
    Les deux semaines sont passées. La première nous semble toujours aussi longue qu’ennuyeuse. Mais quand enfin elle s’achève et qu’arrive le dimanche du milieu, le temps nous paraît soudain voler jusqu’à ce que nous soyons enfin au dimanche suivant.
    C’est alors que j’entame notre dialogue en lui demandant :
    - Ils t’ont donné une copie de la photo que je t’ai envoyée par fax ?
    - Non !
    - Et la photo que j’avais jointe à ta lettre ? Elle n’est pas arrivée ?
    - J’ai la lettre mais pas la photo. J’ai aussi reçu la lettre n° 60 !
    - Mais je t’ai envoyé la photo avec la lettre n° 59 ! Et je t’ai aussi depuis adressé la lettre n°61. Je pensais même que tu l’avais déjà reçue. C’est bizarre !
    C’est vraiment étrange. Bien que cela coûte 5 fois plus cher que le courrier normal, j’avais pris soin de la lui envoyer par lettre recommandée pour m’assurer qu’elle arriverait intacte.
    Nous sommes tous les deux très surpris. Mais très vite, des sujets plus importants occupent nos pensées. Notre amour, notre séparation, les campagnes de solidarité. Aussi tous ces menus détails du quotidien qui ont pris tant d’importance, surtout depuis que le seul contact avec lui se fait par l’intermédiaire des lettres que nous échangeons et le peu d’informations que nous arrivons à lui confier. Avec autant de ferveur que d’impatience, il savoure le moindre détail. Il déguste chaque mot et chaque geste afin de pouvoir, plus tard, quand il se retrouve seul dans sa cellule, s’en régaler encore une fois en les remémorant. Nous procédons de même sitôt rentrées à la maison.
    Avant que ne s’achève notre rencontre et que les aiguilles de la montre aient dévoré ce qui nous reste de temps, j’attire encore son attention :
    - N’oublie pas de réclamer la lettre. Tu leur diras : « Mon épouse m’a adressé une lettre recommandée avec la photo de la sandale. Elle l’a également transmise par fax comme l’avait suggéré le directeur du service pénitentiaire. Il lui a dit : ‘Si vous le voulez, envoyez une copie par fax. Vous avez le numéro, vous avez toujours la possibilité d’adresser un fax’ ».
    Je dois avouer que, ce jour-là, je n’étais pas certaine du sens à donner aux paroles du directeur. Ne se payait-il pas ma tête ? Ou se doutait-il que je n’étais pas du genre à renoncer et que j’insisterais jusqu’à ce que j’obtienne une réponse ? Il m’arrivait de temps à autre d’envoyer des courriers aux fonctionnaires de la prison et aux représentants de l’autorité pénitentiaire relatifs à divers sujets concernant mon mari qui y est incarcéré. Mais j’ai appris à ne pas accorder trop d’importance à ce qu’ils pouvaient dire ou faire.
    Chaque fois que notre rencontre s’achève, je dois me forcer avec mes filles à sortir de la salle de visite. Je procède de la sorte afin d’essayer d’évacuer la tension induite par la séparation, dans ces moments où la prison l’arrache à nos regards et qui sont pour nous tous les plus pénibles. Il disparaît alors à nos yeux pour encore deux semaines. Nous avons passé près de lui 45 minutes qui s’évaporent comme si elles n’avaient jamais existé. Ce sont assurément les instants les plus douloureux pour tous les prisonniers. Et au travers de cette vitre qui nous sépare, tous s’évertuent à grappiller quelques moments supplémentaires au-delà du temps imparti. Au travers de cette paroi de verre qui sépare les prisonniers de tous leurs proches restés à l’extérieur.
    Et nous voilà songeant à lui obsessionnellement pendant les deux semaines suivantes. Nous questionnant sans cesse : Comment va-t-il ? Que peut-il éprouver ? À quoi pense-t-il ? Que fait-il ? Et ce n’est que quand arrivent ses lettres deux fois par semaine que nous parvenons à connaître quelques bribes de sa vie dans la prison. Je lis sa lettre une, deux, trois fois et la relis encore jusqu’à ce que nous puissions nous voir à nouveau ou qu’arrive une autre de ses lettres.
    Quelques jours après notre entrevue, un de ses lettres est arrivée. Par ses propos, je l’ai senti déterminé à savoir par tous les moyens ce qu’il était advenu de la photo de la sandale. Ils lui auraient apparemment répondu de la façon suivante :
    - En effet, nous avons bien reçu de votre épouse un fax avec une photo. Mais comme elle était sombre et de mauvaise qualité, nous l’avons déchirée et mise à la poubelle.
    - Mais qu’est-il advenu alors de la photo envoyée par lettre recommandée ?
    - Elle ne nous est jamais parvenue !
    - Mais enfin ma femme l’a envoyé par courrier recommandé !
    - Nous ne l’avons pas vue.
    - Mais c’était une lettre recommandée. Et j’ai bien reçu sa lettre suivante !
    - Nous n’en avons pas trace !
    Finalement, au bout de deux heures, ils ont fini par retrouver la photo de la sandale. “Pas croyable”, m’a-t-il dit. Je n’en pensais pas moins.
    Après donc plus d’un mois et demi d’attente, j’ai enfin pu m’enquérir de cette sandale dont je lui avais envoyé la photo. L’été est étouffant. Il n’arrive pas, il écrase. Et dans la prison de Gilboa, en pleine vallée du Jourdain,  la chaleur atteint des sommets de températures inimaginables. Elle suinte du corps même des prisonniers politiques. S’appuyer contre les murs n’est d’aucun secours, cela ne fait qu’amplifier la chaleur.
    Il existe ainsi une histoire pour la sandale, comme il en existe une autre concernant la demande d’analyse de sang qu’il a présentée. Comme il y en a une relative à la carte postale que lui avait adressée notre fille Hind lorsqu’elle se trouvait en Espagne et qui n’est jamais arrivée, même après son retour. Ainsi qu’une autre histoire sur l’organisation des visites des familles toutes les deux semaines.
    Dans la prison où il se trouve, le moindre des sujets, la question la plus banale qui ne devrait mériter aucune attention particulière, entraîne une succession effrayante de tracasseries qui peuvent ainsi durer des jours et des semaines. Chaque chose la plus simple qui soit se transforme en histoire qui peut traîner pendant des jours et des semaines. Cette situation est due au fait que la bureaucratie est utilisée comme un moyen de pression sur les prisonniers et leurs familles. Ils nous obligent à nous mobiliser pour des peccadilles. Dans la prison, les détails les plus insignifiants deviennent aussi urgents qu’importants. Nous dépensons un temps considérable et des trésors d’énergie pour tenter de résoudre des questions bureaucratiques au sein des prisons. Et c’est bien le but recherché par cette situation, afin de nous garder éloignés de sujets bien plus essentiels comme nos revendications politiques. Mais, bien que nous soyons conscients de ce fait, nous sommes contrains de nous plier devant le système bureaucratique parce qu’il affecte directement la vie quotidienne des prisonniers.
    L’histoire de la sandale ? Voici la version courte. Mon mari m’avait demandé dans sa dernière missive de lui apporter un catalogue de sandales d’une boutique de Haïfa lors de notre prochaine rencontre. Le magasin de la prison n’avait pas sa taille, elles étaient toutes trop grandes. Ils lui ont dit de me demander d’apporter le catalogue afin de permettre au fournisseur dument agréé par la prison de procéder à la commande. Car les familles ne sont pas autorisées à amener des sandales ou des chaussures aux prisonniers politiques. Seule l’administration pénitentiaire a le droit d’effectuer des achats, par le biais d’une commission qui se sert pour les régler des dépôts mensuels réalisés par les familles sur les comptes des prisonniers qui sont sous contrôle de la prison. Des comptes dont elle déduit bien sûr des commissions qui lui reviennent ainsi que celles qu’elle reverse à la compagnie de messagerie qui se charge des transferts d’argent.
    Afin d’obtenir ce catalogue, je me suis rendue expressément à la boutique où Ameer aimait acheter ses sandales. Le propriétaire du magasin ne disposait pas de catalogue comportant les modèles en vente. C’est alors, en y réfléchissant, que m’est venue l’idée de prendre avec mon téléphone portable une photo de la sandale. Je l’ai donc photographié de face et de côté et suis rentrée à la maison.
    J’ai ensuite passé des heures pour pouvoir télécharger le programme adéquat me permettant de connecter mon téléphone portable avec mon ordinateur afin de transférer les fichiers correspondants. Finalement, alors que j’étais proche de renoncer, j’ai réussi à transférer les images sur mon ordinateur. Il m’a fallu après les copier sur un CD et aller à la boutique d’Hatem pour pouvoir les imprimer. Il me restait encore à me rendre au bureau de poste, y faire une longue queue afin de les envoyer au plus vite à mon mari. Et pour m’assurer que cela lui arriverait dans les meilleurs délais, j’ai envoyé une photo par fax et en ai jointe une au courrier que je lui adressais. Je suis donc allée à la papeterie d’Elías pour envoyer le fax de là-bas. Une fois tout ça terminé, un sentiment de réussite m’a envahie. J’avais triomphé de l’oppression et j’en étais toute ragaillardie. Je n’avais donc pas la moindre idée de ce qu’il avait pu advenir de la photo ni si Ameer avait pu acheter les sandales jusqu’au jour de notre rencontré où je lui ai demandé :
    - Ils t’ont donné une copie de la photo que je t’ai envoyée par fax ?
    - Non !
    - Et la photo que j’avais jointe à ta lettre ? Elle n’est pas arrivée ?
    - Non, je n’ai rien reçu.

    jeudi 18 août 2011

    Netanyahou durcit les conditions de détention des prisonniers politiques palestiniens

    Cette semaine j’ai reçu une lettre d’Ali, un prisonnier politique palestinien en Israël. Ali est l’un des 126 prisonniers palestiniens qui ont passé plus de 20 ans en prison. Il écrit : "J’ai déjà passé 23 ans de ma vie dans les prisons israéliennes mais la prison n’a pas pu me briser. Je suis toujours un Palestinien qui lutte contre l’occupation de toutes les façons possibles." Il explique comment il combat la décision du Premier ministre israélien Netanyahu de supprimer "notre droit de finir nos études à l’Open University (Université ouverte, université d’enseignement à à distance)".

    Une pratique absurde

    Netanyahou a annoncé son intention de durcir les conditions de vie des prisonniers palestiniens dans les prisons israéliennes le 23 juin dernier. Il a qualifié les études universitaires que peuvent suivre les prisonniers palestiniens de "pratique absurde" et a dit qu’il avait maintenant l’intention de mettre un terme à leur inscription dans des cursus d’études universitaires.

    La Communauté Européenne avait une opinion différente au sujet des études universitaires pour les prisonniers politiques dans les années 1980. En tant que membre du Comité Hollandais pour l’Afrique du Sud, j’ai participé à la mise en place du Programme Spécial Européen pour les victimes de l’apartheid financé par la Communauté Européenne. On a dépensé chaque année des millions de dollars dont une grande partie a servi à financer les études de détenus politiques emprisonnés en Afrique du Sud.

    Représailles et punition collective

    Le coup de colère de Netanyahou est la conséquence du refus du Mouvement Islamique de donner suite à un appel international lui demandant de prouver qu’un soldat israélien emprisonné à Gaza depuis 2006 était encore en vie. D’une manière surprenante Netanyahou a affirmé qu’Israël respectait le droit international dans son traitement des prisonniers politiques palestiniens. Son projet de punition collective des prisonniers politiques palestiniens est difficilement conciliable avec le droit international. Les représailles et les punitions collectives sont interdites selon le droit international y compris par l’Article 33 de la quatrième Convention de Genève relative à la protection des civils en temps de guerre.
    Il n’a fallu qu’ un mois à l'administration pénitentiaire israélienne pour accéder au désir de Netanyahou d’ interdire aux prisonniers palestiniens de poursuivre leurs études universitaires.
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    Prisonniers palestiniens, par Mohamed Sabaaneh