Affichage des articles dont le libellé est Résistance صمود. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Résistance صمود. Afficher tous les articles

vendredi 22 janvier 2010

Le choix de la résistance à l’occupant menace les régimes dictatoriaux arabes

par زهير أندراوس  Zuhair  ANDRAOS , 22/1/2010. Traduit par Tafsut Aït Baamrane, Tlaxcala
Il apparaît  que les USA, dans l’ère du Président Obama, n’ont pas changé de politique étrangère, et le lobby sioniste contrôle toujours le cercle des décisionnaires de Washington. Comment comprendre sinon la décision prise par le gouvernement US de punir les satellites qui diffusent les chaînes arabes hostiles à son égard, selon lui ?

La seconde question découlant de la première est : au nom de quoi les USA édictent-ils des lois qu’ils imposent à d’autres pays ?

Il est également important de rappeler aux Usaméricains que celui qui a une maison de verre n’a pas intérêt à jeter de pierres sur celles des autres : la résistance des peuples qui subissent l’occupation est un droit inscrit dans la législation internationale et personne n’a le droit de priver tout peuple avide de liberté d’utiliser tous les moyens à sa disposition pour se débarrasser de son occupant et de le renvoyer  là d’où il vient (« chez lui »).

Il n’y a en outre pas de mal à rappeler aux faucons et aux colombes de la Maison blanche qu’il existe un gouffre entre ce que  l’Occident qui se croit éclairé qualifie de terrorisme et le terrorisme structuré et organisé par des États, USA à leur tête, État qui s’est malheureusement transformé en gendarme du monde : il occupe l’Irak depuis 7 ans, et l’occupation n’est-elle pas le plus haut degré de terrorisme ?

Qu’en est-il du million d’Irakiens tués par la machine de guerre, de destruction, de famine US de 1990 à aujourd’hui ? Il est vrai que l’ancien président US George W. Bush a dit que « Dieu tout-puissant » lui a ordonné d’occuper l’Irak et, comme il est croyant, il a obéi à la lettre aux ordres de son Seigneur.

Ce même Bush a-t-il oublié les enseignements du christianisme –souillés par ce criminel – qui disent sans équivoque possible : « Tu ne tueras point » ?  Est-ce que les dix commandements auraient changé à notre insu ?

Jeff Koterba, Omaha World Herald
Une chose en rappelant une autre,  quand une fatwa délivrée par un religieux musulman passe inaperçue, aussitôt la machine médiatique occidentale lui donne une deuxième vie en l’interprétant pour accabler l’islam, les musulmans et les Arabes, évidemment, car elle se permet ce qu’elle ne permet pas autres. Et si quelqu’un a oublié ou fait semblant d ‘oublier, il faut lui rappeler  l’idiot de pasteur US Pat Robertson, qui a fait de la diabolisation de l’islam et des musulmans un objectif stratégique, crachant son venin et ses paroles infectes tous les jours à la télévision et sur les radios sans encourir aucune poursuite pénale : ce pasteur a déclaré que le tremblement de terre qui a frappé Haïti était le châtiment pour  son « pacte avec le diable » à l’époque de la domination coloniale française. Il a dit dans une émission télévision appelée « Le Club 700 », suivie par des millions de ses adeptes, que les Haïtiens avaient dit au Diable : « Nous serons tes serviteurs si tu nous débarrasses des Français » et que le Diable leur a dit : « OK. C’est un accord entre vous et moi. »



Dans une interview télévisée en 2005, le même Robertson avait appelé à assassiner le président vénézuélien Hugo Chávez, sous prétexte d’éviter que le Venezuela se transforme en bastion de l’extrémisme islamique et communiste, ajoutant qu’à son avis, un tel plan d’assassinat serait d’un faible coût financier et politique, car il permettrait au Trésor US de faire l’économie des 200 milliards de dollars que coûterait une guerre pour renverser Chávez.

Ce même Roberston a insulté l’islam et les musulmans, en dépassant les bornes, dans une émission de Fox TV du 18/9/2004, déclarant que l’islam était une immense escroquerie et que le Coran était un pillage minutieux de la tradition judaïque.

Demandez donc à ce pasteur ce que les soldats US ont commis à la prison irakienne d’Abou Ghraïb comme actes de torture et de mauvais traitements ? Et dans le camp de Guantánamo en inventant les méthodes de torture les plus perverses et en commettant les actes les plus immondes pour humilier les musulmans en souillant le Coran ?

Question à Obama : vous avez promis de fermer ce camp. Pourquoi ne l’avez-vous pas encore fait ?
Revenons à notre propos initial : les médias occidentaux ayant échoué lamentablement dans leur marketing de la vision usaméricaine à deux balles du monde, on est passé à une autre tactique, à savoir dompter et réduire au silence les médias arabes, déjà soumis. Le Congrès US a adopté la loi spéciale sur les médias arabes hostiles aux USA que les régimes arabes sont chargés d’appliquer, avant même les USA, car il est hors de doute qu’il y a des intérêts communs, au-delà des divergences, entre la tête de pont de l’impérialisme mondial, les USA, et les puissances signataires de l’Accord Sykes-Picot [France et Grande-Bretagne, NdT].

Il faut rappeler qu’en février 2008, les ministres de l’Information arabes –fonctionnaires de régimes de torture et de souffrance – ont signé la Charte sur les émissions satellitaires qui a été élaborée par la Ligue arabe et suite à cela, plusieurs chaînes arabes ont cessé leurs émissions. Ajoutons à cela que les ministres ont décidé de punir avec la plus grande sévérité toute chaîne satellitaire qui dénoncerait ou révèlerait la corruption d’un régime arabe. Le terreau arabe était donc déjà préparé à accepter la décision du Congrès, qui ferme les bouches  et fait de tout résistant arabe un terroriste.

Sans parler de la politique arabe officielle, qui a renoncé depuis des décennies à toute idée de libération par la résistance et a fait le choix de la négociation et de la discussion pour obtenir la paix. En outre, l’écrasante majorité des régimes arabes répriment toute tentative de résistance germant dans l’esprit des Arabes, car celui qui lutte contre l’occupant se retournera tôt ou tard contre ceux qui lui sont soumis,  le président, le roi, le sultan ou l’émir arabe, en d’autres termes  le choix de la résistance menace radicalement les régimes dictatoriaux et autoritaires soutenus par l’Usamérique.

La Résistance et les Arabes de l’Amérique
- L’Émir : J’ai peur que la victoire de la Résistance au Liban se répète à Gaza
- Moubarak : Je préfère la prédiction divine à la tienne


Enfin,  on aurait souhaité que les gouvernements arabes élèvent leur voix, non pas contre leur propre opinion et  aux côtés du Congrès US, dans cette alliance qui se consolide pour écraser ce qui reste de voix qui disent oui à la résistance et non aux murs d’acier, aux blocus qui affament, à l’occupation usaméricano-israélienne, pour dire non à la vente de sous-marins nucléaires (allemands) à Israël.

Pourquoi, ô Arabes, ne demandez-vous pas à l’Allemagne, qui a commis l’Holocauste durant la deuxième Guerre Mondiale, si elle veut vraiment retourner en arrière dans l’histoire et susciter un nouvel  Holocauste au Moyen-Orient ?

Le plus grave, c’est que ces sous-marins allemands traversent le Canal de Suez  - nationalisé par le martyr de l’arabisme Gamal Abdel Nasser en réponse à l’agression tripartite de 1956 -, par ordre officiel de Hosni Moubarak. Lequel, avec ses comparses bédouins, est complètement embabouiné par l’Oncle Sam et sa nièce, Israël.



Pour lire d'autres articles de cette Première guerre mondiale des mots, cliquez ici 
La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala.
Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à 
contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es

Zuhair Andraos
Journaliste palestinien né en 1958 et vivant dans la Palestine de 1948 (Israël) depuis 2002. Il a étudié le journalisme à Rome (Italie) de 1980 à1985. Rédacteur en chef de l’hebdomadaire local Maa Alhadath (Avec l’événement), correspondant du quotidien arabe de Londres Al Quds Al Arabi et collaborateur de plusieurs publications arabes et israéliennes, dont Yediot hAharonot  et Haaretz, dont il a dirigé une édition locale. Il a aussi dirigé des émissions de radio et de télévision. Il a été rédacteur en chef de Kul Al Arab, l’hedomadaire en arabe édité à Nazareth et le plus lu des périodiques arabes d’Israël.

samedi 2 janvier 2010

My Only Wish/Mon seul vœu






All your armies, all your fighters
All your tanks, and all your soldiers
Against a boy holding a stone
Standing there all alone
In his eyes I see the sun
In his smile I see the moon
And I wonder, I only wonder
Who is weak, and who is strong?
Who is right, and who is wrong?
And I wish, I only wish
That the truth has a tongue



Toutes vos armées, tous vos chasseurs
Tous vos tanks, et tous vos soldats
Contre un garçon tenant une pierre
Debout tout seul
Dans ses yeux je vois le soleil
Dans son sourire la lune
Et je me demande seulement
Qui est faible et qui est fort ?
Qui a raison et qui a tort
Et je n’ai qu’un seul souhait :
Que la vérité ait une langue




mardi 24 novembre 2009

Hamas : « Ils ne sont pas mauvais, ils sont juste dessinés comme ça»

Un article dans la série La Première Guerre mondiale des mots
par Mary RIZZO, 19/10/2009. Traduit par MR pour ISM






Dans nombre de pays occidentaux, certains partis ou mouvements politiques sont traités comme s'ils provenaient de la Lune ou étaient étrangers à toute collectivité territoriale. Leur existence au sein de la population est toujours connotée comme négative, transitoire, quelque chose qui aurait été créé dans une salle de réunion ou en coulisses, imposé à un public rustre incapable de faire la différence entre un vrai programme politique et une rhétorique creuse et simpliste. Ces partis ou mouvement sont dépeints comme s'ils ne s'adressaient qu'aux marges de sociétés démunies de tout organe démocratique « normal », et seraient donc des groupes délabrés qui ne représenteraient qu’un électorat minoritaire. Étant donné leur opposition aux partis préexistants, ils sont marqués d'une étiquette qui servira à les maintenir isolés des structures déjà à l'œuvre, tout ceci visant à détruire le parti ou mouvement visé par un travail de propagande plutôt que par une analyse de la réalité.

Toute une mythologie a été construite autour du mouvement palestinien de résistance (qui s'est transformé en parti) Hamas. Cette construction a acquis de fait une plus grande légitimité comme interprétation du Hamas que les faits eux-mêmes. Dans la plupart des médias occidentaux, qu'ils soient de gauche ou de droite, et dans quelques médias « modérés » des pays arabes, le nom même du parti est couplé à des termes comme « fondamentaliste », « radical », « terroriste ». De toute évidence, cela sert à créer un réflexe de peur qui empêchera que le mot soit évalué de façon critique et objective. L'auditeur identifiera immédiatement le Hamas avec une connotation négative, ce qui l’exemptera de sa responsabilité de comprendre qu'il s'agit d'une manipulation de la réalité. L'auditeur est censé accepter les affirmations que le Hamas est « anti-démocratique » et « fanatique ». C'est ensuite un jeu d'enfant de convaincre l'auditeur que le-Hamas-est-mauvais, qu'il est l'ennemi-de-tout-ce-que-nous représentons (à nos propres yeux la tolérance, la démocratie, en un mot la Bonté). Il devient alors possible d'étendre cette lecture à la conviction que des actions doivent être entreprises contre eux, qu'ils sont un « cancer dont il faut se débarrasser », comme l'a dit Noa, la pacifiste institutionnelle de service.

Comment éradique-t-on un cancer, une fois qu'il a été diagnostiqué ? Par l’ablation ou le bombardement. Pour traiter un cancer, on « bombarde » même les parties saines du corps avec des produits chimiques, en attendant de voir si, après la bataille, le corps conserve encore suffisamment de parties saines pour permettre que l'organisme continue d'exister. Une fois que vous avez mis dans la tête de millions de gens l'idée que la destruction est une bonne chose parce que l'ennemi ferait énormément de dégâts et de mal  si on lui permettait de continuer à  exister, vous pouvez estimer  que le risque de pousser l'organisme tout entier à sa tombe en l'affaiblissant considérablement vaut la peine d’être couru.

C’est un moyen de justifier des actions qu’ils ne voient eux-mêmes pas comme thérapeutiques mais qui sont une pure horreur.

Comment en est-on arrivé à ce que le monde se laisse ainsi berner et permette qu'Israël détruise Gaza pour « se débarrasser du Hamas » ? C’est très simple, et c'est toujours la même réponse : Israël et ses alliés font dans la désinformation.

Ceux qui gratteront légèrement sous les manchettes grandiloquentes des journaux découvriront quelques faits enfouis qui contrediront le titre manipulatoire, mais il n'y a pas beaucoup de gens qui iront aussi loin, étant donné qu'ils sont confrontés à quelque chose qui comporte un élément de vérité profondément enfoui.

Comme si cela n'était déjà pas suffisamment problématique, même les « progressistes » n’ont pas démérité pour rendre le Hamas intouchable. Ils peuvent aller jusqu'à l'accepter comme un « mouvement de résistance », mais ils ne permettront pas à leur parti-pris idéologique personnel de voir le Hamas comme une force de progrès pour l'avancement de son propre peuple. Peut-être par conviction, convenance ou même manque de recherche, ou par un aveuglement qui ne permet aucune variante au thème de la lutte des classes, où tout est « international » et où le même type de règles et d'idéaux sont considérés comme applicables et nécessaires à tous, allant, dans certains cas, jusqu'à « importer la démocratie » sous diverses formes plus ou moins agressives.

Ces gens, dont beaucoup sont armés de bonnes intentions, ont mâché, avalé et recrachent quelques-uns des mensonges éhontés et des distorsions qui font partie de la mythologie créée en Israël et en Occident principalement par les adversaires du Hamas,.

Quels sont les éléments constitutifs de cette mythologie ?


1) Le Hamas a été créé par le Mossad israélien.
2) Le Hamas représente une portion marginale des Palestiniens.
3) Le Hamas est devenu juste assez démocratique pour pouvoir obtenir une certaine légitimité pour ensuite s'emparer des Territoires palestiniens et les transformer en un État islamique.
4) Sa victoire aux élections n’a été rien de plus qu'un vote de protestation contre la corruption du Fatah.
5) Le Hamas est composé d'un tas d'analphabètes et ses électeurs se sont laissés entraîner par leur propre ignorance.
6) Le Hamas est un groupe fondamentaliste et donc inflexible et incapable de toute modification ou évolution. La Charte souvent citée est utilisée contre lui pour souligner qu'il n’est qu'un groupe radical, destructif, programmé pour  la Guerre Sainte.
7) Le Hamas ne cherche à faire aucun compromis avec les autres partis politiques ou factions palestiniens et est donc l’élément diviseur qui empêche l'unité du peuple.
8) Le Hamas œuvre à endoctriner son peuple avec une propagande haineuse, pour l'utiliser comme chair à canon.
9) Le Hamas est un groupe terroriste qui n'existe que grâce au financement de « régimes fondamentalistes »


Que le Hamas ne soit qu’un mouvement de résistance a été clairement démenti par les élections, mais cela semble être le postulat sur lequel les activistes peuvent se regrouper pour se permettre de le tolérer, tout en souhaitant sa disparition rapide. Il n’est alors pas considéré comme ayant un véritable héritage en tant que parti politique qui pourrait être comparé à ceux des « nations démocratiques » de la « communauté internationale », et ainsi, l’analyse peut rester à un niveau élémentaire se prêtant à des généralisations hâtives.

Je prie mes lecteurs de bien vouloir me pardonner tous ces guillemets, mais ces mots deviennent vraiment ironiques et vides de sens réel lorsqu'ils sont appliqués aux objets désignés par les docteurs ès-manipulation d'information, dont la tâche consiste à faire le jeu des puissances hégémoniques. Comment une poignée minoritaire de nations qui s'opposent systématiquement à la volonté du reste de la communauté mondiale à l'ONU peut-elle être considérée comme la « communauté internationale » ? C'est un club de garçons qui exclut pratiquement tout le monde. Comment un pays qui met aux affaires le candidat qui a obtenu le plus petit nombre de votes peut-il être appelé une « démocratie » ? C'est lorsque nous commençons à nous poser des questions sur nos propres fondements que nous pouvons détecter qu'il y a beaucoup de connivence à présenter toute opposition comme un ennemi étranger aux paradigmes qui nous paraissent être au cœur de nos attentes sur la façon d'instaurer un monde juste et équitable.

Il est temps de déconstruire quelques-uns de ces mythes en leur opposant des faits.

1) Le Hamas n'a pas été créé par le Mossad. Bien qu'Israël aime s'attribuer le mérite de bien des choses, celle-ci n'est pas de leur fait. L'Islam politique est présent en Palestine depuis le début des années 40, dans la Palestine mandataire, et le Hamas est né au sein des Frères Musulmans (Ikhwan), auxquels était officiellement affilié nombre de ses premiers dirigeants. C'est l'expérience de la condition de réfugiés qui a transformé le Hamas en un élément plus autonome, avec une base nationaliste particulière, résultat naturel de la situation humaine urgente et réelle de déplacements et de perte d’identité culturelle et nationale.
Ce groupe a eu des relations étroites avec la base égyptienne, et les premiers bureaux des Ikhwan en Palestine furent ouverts à Gaza en 1945, dirigés par un membre de l'une des plus importantes familles de la région, Cheikh Safer Al Shawwa. Pendant la première guerre arabo-israélienne, des volontaires islamistes ont renforcé les rangs, venant principalement de Jordanie et de Syrie, et ce soutien a montré aux réfugiés que les Ikhwan avait le courage de se défendre, même pendant la « guerre d'indépendance d'Israël ». Le nombre croissant de réfugiés a donné une identité et une motivation plus fortes au mouvement islamiste en Palestine. Par conséquent, dans la société civile et dans la population en général, il n'était nul besoin d'une motivation venant d'une autre source pour pouvoir faire ce serment : « Je jure d'être un bon Musulman dans la défense de l'Islam et de la terre perdue de Palestine. Je jure d'être un bon exemple pour la communauté et pour les autres. » Telles étaient les paroles prononcées par ceux qui juraient loyauté aux Ikhwan en Palestine (source : Beverly Milton Edwards, Islamic Politics in Palestine, p. 43). Les Ikhwan locaux avaient leur propre programme, défendre sa terre perdue. Le fanatisme, l'influence extérieure ou même la propagande n'étaient pas nécessaires.

Les réfugiés eux-mêmes étaient la preuve vivante des horreurs et de la souffrance de la déportation. L'identification comme partie d'un mouvement international fut concomitante à la reconnaissance de la particularité de l'expérience palestinienne. La création officielle (du Hamas), le 9 Décembre 1987, ne fut que l'aboutissement d'une organisation à l’œuvre depuis des décennies. La résistance islamique organisée fut ensuite utilisée lorsque la situation s'est précipitée de façon spectaculaire en 1967 et une nouvelle génération de réfugiés est née. Pour cette génération, le retour à l'Islam fut considéré comme une nécessité pour l'avenir moral et politique d'un peuple qui avait été littéralement détruit. Beaucoup voyaient la Nakba comme le résultat de la distanciation d'une société normale, la société palestinienne, dont les valeurs éthiques, religieuses, culturelles et traditionnelles avaient été dévastées par l'occupation, et la descente vers davantage de dégradation, de pauvreté, de privation des droits civiques et d'instabilité sociale étaient considérées non seulement comme le résultat de l'occupation, mais comme une partie de sa cause.

La « communauté internationale » n'est pas venue au secours de ces gens, le reste de l’Oumma  n'a pas pris part à leur lutte nationale, en grande partie parce qu'il n'était pas directement concerné, ou même interdit d'y participer. La douleur extrême et la honte de perdre son pays furent à l'époque un élément nouveau dans une région où la colonisation précédente avait évité d'expulser les habitants autochtones, et jeter dehors les usurpateurs n'était pas compliqué par la perte totale de racines et d'un territoire.

La base de la dimension formelle du Hamas était ainsi présente depuis des décennies avant sa naissance officielle. Pour fonctionner sous le joug de l'occupation, ces groupes organisés existants ont créé pour leur population des associations caritatives et de bienfaisance. Israël a toléré ces institutions dans les Territoires Occupés et leur a concédé quelques marges de manœuvre en leur octroyant des autorisations. Comme l'a dit le Général Yitzhak Sager dans un entretien avec le International Herald Tribune en 1981, le gouvernement israélien « […] a donné de l'argent que le gouverneur militaire a alloué aux mosquées […], les fonds ont été utilisés tant par les mosquées que par les écoles religieuses, dans le but de renforcer un projet qui pourrait s’opposer à celui de la gauche qui était favorable à l'OLP. » Si Israël a trouvé quelques motivations à s'impliquer, ce fut réellement dans le sens de « diviser pour mieux régner » ; un peu de tolérance, un peu de soutien économique aux diverses associations religieuses pour voir si une opposition aux nationalistes de l'OLP se développerait. Israël ne cherchait en fait que le moyen d'affaiblir l'OLP, qui jouissait d’un soutien certain en Occident, et les Israéliens n'ont ni fondé ni financé de manière significative important, ni influencé en aucune façon un mouvement qu'ils pourraient d'une manière ou d'une autre infiltrer ou contrôler. C'est de la pure mythologie. Pourquoi donner à Israël un crédit qui ne lui revient pas ?


2) Que Hamas ne représente qu'une partie marginale des Palestiniens est un autre mythe à déboulonner.

Il est bien entendu exact que tous les Palestiniens ne sont pas des réfugiés, de même qu'il est exact que la quasi-totalité des dirigeants du Hamas sont nés en exil ou qu'ils ont été soumis, à un moment donné, à l'expérience de l'expulsion et de la perte de leurs maisons et de leurs biens. Il s'agit de l'expérience palestinienne centrale, et il est vrai que même les (quelques) Palestiniens qui n'ont pas été déracinés s'identifient à la perte de leur identité culturelle et nationale, et tous savent que leurs aspirations nationales et la cohésion en tant que groupe ont été détruites par Israël. Ainsi, même un mouvement ou un parti qui a sa propre identité dans les camps de réfugiés et en exil ou dans ses racines religieuses, est reconnu comme un représentant intrinsèque, légitime et naturel des Palestiniens dans leur ensemble. Ils ont même obtenu un vote majoritaire dans des secteurs de Cisjordanie qui n'étaient pas considérés comme des bastions du Hamas, comme ils ont eu les voix de nombreuses zones chrétiennes.


3) Que le Hamas se soit « juste suffisamment démocratisé » pour pouvoir mettre son pied dans la porte, première étape pour imposer un État islamique sur l'ensemble de la Palestine est un mythe très largement répandu, en particulier dans les cercles progressistes qui ne reconnaissent pas la popularité du mouvement, ou qui ont un préjugé idéologique contre tout mouvement religieux. Il y a beaucoup à dire en faveur de la séparation de l'Église et de l'État, mais ce n'est évidemment pas un postulat qui peut être imposé de loin, et de plus, de nombreux niveaux de séparation sont à prendre en considération. Ceux qui souscrivent à l'argument que le « Hamas gagne du temps avant d'introduire la Charia » ont tendance à nier qu'une démocratie a certaines caractéristiques, et que ce n'est pas nécessairement synonyme de « laïcité ». Lorsque le mot « démocratie » est appliqué correctement, il a certaines caractéristiques que le Hamas réunit. Il jouit d'un consensus populaire. Il a une structure interne autonome et reconnue comme légitime par ses électeurs.

Il suit les règles des élections, réunissant les conditions de participation. Une fois élu, il assume son rôle au sein du système existant, n'a pas renversé ou organisé des coups d'État contre les structures établies. C'est un mouvement politique avec plusieurs factions (certaines d'entre elles armées, comme c'est le cas de nombreux partis dans des pays sous occupation, le Fatah inclus), avec une histoire et une organisation. Un large débat existe parmi ses membres, y compris ceux qui sont des prisonniers politiques, avant de prendre des décisions, et la majorité décide des actions à mener. Ce qui le différencie des partis que les Occidentaux connaissent, c’est que les dirigeants au plus haut niveau n'assument généralement pas des rôles d'administration. Ce qui est compréhensible dans un parti où de nombreux dirigeants sont systématiquement assassinés par Israël. Que le directeur politique actuel, Khaled Mechaal, soit obligé de vivre en exil après avoir été victime d'une tentative d'assassinat en dit plus sur cette situation anormale que beaucoup de mots.
flags suhaib salem

4) Que la victoire du Hamas aux élections du Conseil Législatif ne fut rien d'autre qu'un vote de protestation (encore une autre théorie favorite de la gauche) fut brillamment contredite par Paola Caridi dans son très bon livre (en dépit du sous-titre sensationnaliste), Hamas  Che cos'è e cosa vuole il movimento radicale palestinese (Hamas. Ce qu’est et veut le mouvement radical palestinien) , publié par Feltrinelli et disponible seulement en italien pour le moment.
Ci-dessous la traduction d'un certain nombre de paragraphes qui traitent de cette question.

« Il y a une raison politique précise pour laquelle la majorité des Palestiniens a voté pour le Hamas. C'est une raison qui a trait à la décision officielle prise par le mouvement islamique le 23 janvier 2005 (un an avant les élections législatives, NdT) : une trêve unilatérale, décidée avec le Jihad Islamique (qui l'a rompue à plusieurs reprises), qui transformait les paroles en actes : que ce serait la fin d'une saison d'attaques suicides lancées par le Hamas à l'intérieur d'Israël, dans les limites de l'armistice de 1949, en d'autres termes l'Israël à l'intérieur de la Ligne Verte. La fin des attaques suicides dans les villes israéliennes, mettant substantiellement fin à l'Intifada aussi comme choix participatif (du Hamas) est interprétée par la population palestinienne comme une proposition politique précise : une alternative à ceux qui l’avaient gouvernée et contrôlée, ayant l'hégémonie jusqu'à ce moment-là. Une proposition qui pose en même temps de nouvelles limites de facto à la stratégie de résistance du Hamas. Le mouvement islamiste n'a donc pas été choisi seulement pour protester contre la corruption, le favoritisme et l'inefficacité du Fatah, qui, en tant que parti, est souvent confondu avec l'Autorité Palestinienne. La corruption, le favoritisme et l'inefficacité qui sont liés, au moins du point de vue temporel, à l'échec des Accords d'Oslo et aux 'faits accomplis' réalisés par les Israéliens.
Les gens du Hamas ont été considérés comme des gens sérieux, qui ne s'étaient pas enrichis aux dépens de la population, et de fait, ils continuaient à vivre dans des quartiers normaux et dans les camps de réfugiés. » (Caridi, p. 171).


5) Une calomnie extrêmement insultante, souvent répétée, est que les partisans du Hamas et ses dirigeants sont une « bande d'analphabètes » ou de « fanatiques religieux ». Le constat que pratiquement tous les dirigeants du Hamas sont (ou furent, le passé est de rigueur étant donné le nombre d'assassinats) des diplômés de l'université dans des domaines allant de la médecine à la physique et au droit, de l'économie à la théologie, témoigne en lui-même que cette calomnie ne vise qu'à les salir et à les peindre comme des gens qui n'ont lu que des textes religieux et qui sont donc « sous-développés », comparés à d'autres mouvements. L'enseignement a toujours été l'un des piliers du Hamas et de son travail caritatif. Nul besoin de le dire aux Palestiniens, pour qui c'est une réalité ; dans beaucoup de cas, sans ce fondement, ils auraient été laissés pour compte dans ce domaine.

6) L’inflexibilité du Hamas est un autre mythe, évoqué en particulier lorsqu'on parle de la Charte de 1988 (Mithaq). Le Cheikh Hamed Bitauri, « autorité religieuse de Naplouse », président de l’Association des oulémas palestiniens, connu pour ses positions radicales, n'a aucun problème à confirmer que « la Charte n'est pas le Coran. Nous pouvons la modifier. Elle n'est que la synthèse des positions du mouvement islamiste dans ses relations avec les autres factions, et de sa politique. »

Aziz Dweik, fondateur de l'Institut de Géographie à l'Université de Naplouse, qui deviendra plus tard Président du Conseil Législatif Palestinien après les élections de 2006, et qui fut emprisonné dans les geôles israéliennes dès l'été de la même année, a même été plus loin, déclarant la nécessité politique et pragmatique de se distancier de la Mithaq de 1988 à Khaled Amayreh, journaliste palestinien sensible aux positions islamistes, à qui il a dit que « le Hamas ne resterait pas l'otage des slogans rhétoriques du passé comme celui de la 'destruction d'Israël'. » (Khalid Amayreh, "Hamas Debates the Future: Palestine's Islamic Resistance Movement Attempts to Reconcile Ideological Purity and Political Realism", in Conflicts Forum, Nov. 2007, p.4) (Caridi p. 90).

Haniyeh a mentionné en maintes occasions que la Charte avait été dépassée dans sa substance par d'autres documents officiels, dont le plus important est le Programme Électoral de la Liste « Changement et Réforme » (la liste sous laquelle le Hamas a participé aux élections). Ce programme est structuré comme un document qui va bien au-delà des besoins d'une campagne politique, selon le dirigeant du Hamas, et il indique la politique du mouvement. Il n'a pas été écrit dans le feu évolutionnaire de l'Intifada, et il reflète l'évolution du parti. Les changements ne sont pas idéologiques, mais plutôt de nature stratégique et politique. Les positions ont été réitérées tellement de fois lors d'interviews ou d'interventions publiques qu'il semble incroyable que la complexité et la maturité du Hamas ne soient pas évidents pour tout le monde. Il est clair que les membres du Hamas se consacrent toujours à la libération de la Palestine, mais ils tentent d'y parvenir par la réaffirmation des droits du peuple, sachant parfaitement qu'en tant que parti, le Hamas n'est pas équipé pour renverser l'occupation de façon pratique, ni pour détruire ce qu'ils reconnaissent comme une réalité.

Beaucoup d'entre nous, qui suivent les événements du Moyen-Orient, espèrent qu'ils ne cèderont pas au pragmatisme au point de reconnaître Israël non seulement comme une réalité, mais comme un « État juif ». Cependant, nous devons observer depuis les coulisses et évaluer les faits. La population de Palestine sera vigilante sur les droits qui auront été abandonnés, si cela arrive, et beaucoup d'entre nous croient que le dos au mur, ils ne capituleront pas et ils ne perdront pas ce qu'ils savent être à eux pour des raisons d'opportunité politique. Le Hamas, lui aussi, est conscient de ce fait.


7) Le Hamas a été beaucoup moins scissionniste que son homologue de principe, le Fatah.
Le « coup d'Etat » de Gaza, qui a choqué et attristé le monde, fut en réalité une mesure préventive pour déjouer la prise de pouvoir planifiée par les forces du Fatah fidèles à Dahlan (en collaboration avec Israël). Le fait que le Hamas soit le parti qui a obtenu la victoire, par son propre peuple, n'a jamais été reconnu par la « communauté internationale » qui avait néanmoins poussé à des élections et insisté sur le fait que c'était une nécessité pour les Palestiniens, parce que cette reconnaissance aurait accordé une légitimité à la résistance et serait devenue la politique au sein de l'organe de gouvernement ; le rejet des négociations avec Israël, considérées comme subalternes, et qui étaient la politique du Fatah, avait été officiellement approuvé par le peuple et cela n’aurait été qu'une question de temps avant que ce programme devienne politique de gouvernement.

Ainsi, toute mesure des « forces de sécurité » du Fatah pour s'emparer de Gaza était de fait un coup d'État. Mais en regardant en arrière des événements qui ont été alimentés par la désinformation, on peut dire que le bain de sang tragique entre Palestiniens a empêché le véritable renversement de la démocratie qui aurait eu lieu si Dahlan en avait eu la possibilité. Encore et encore, le Hamas a cherché à travailler avec le parti d'opposition ; ce que ce dernier ne pouvait tolérer, dans le vain espoir que l’avantage économique et politique dont l’a gratifié le « club de garçons » ( voir plus haut) lui permettrait de rester au pouvoir, même en l'absence d'un mandat populaire.


8) Il n'est pas nécessaire de faire de la propagande pour montrer aux Palestiniens, dans les territoires occupés et en exil, et même pour nombre d'entre eux à l'intérieur d'Israël, la destruction continue de leur civilisation et de leur peuple.
Blocus, bombardements, assassinats, guerres, check points, humiliations, restrictions, séparations des familles, emprisonnements et abus ne sont pas des incidents isolés, mais le pain quotidien de la vie palestinienne. Nul besoin d'inventer une rage contre un ennemi fantasmagorique. Il y en a un, bien réel, qui soumet les gens de tous âges et de toutes conditions à l'humiliation, à la privation et à la mort. Montrer un homme en costume de souris pour insister sur le fait que des enfants sont endoctrinés dans la haine peut très bien marcher sur des masses non informées, mais il suffit d'un coup d'œil à la réalité pour se rendre compte que Farfour (1) est la manière la plus douce pour qu’un enfant assimile qu'il ou elle est un prisonnier condamné à vie à souffrir de la manière la plus atroce, pour être né comme un être inférieur aux yeux des oppresseurs.


9) Le pire des diffamations contre le Hamas est celle qui consiste à faire de lui le symbole du mal : qu'il est un groupe terroriste, financé par des « États voyous de l'Axe du Mal ».
Ayant à l'esprit que leur financement est colossalement inférieur à l'ensemble de l' « aide militaire » et économique fournie officiellement à Israël par les USA, le Canada et beaucoup d'autres pays de la « communauté internationale », pourquoi le constat d'un financement étranger serait-il considéré comme inacceptable, alors que c'est simplement la manière dont Israël est maintenu à flot par des milliards de dollars annuels officiels, et Dieu seul sait combien d’autres financements affluent par les milliers d' « associations de bienfaisance » qui sont à peine plus que des couvertures pour l'immigration de masse en Israël, pour contrer la croissance arabe ?

Si le sionisme et ses organisations caritatives sont considérées comme légitimes et nobles, pourquoi les organisations islamiques sont-elles mises sur liste noire, et leurs donateurs traités comme s'ils finançaient le terrorisme ? Il y a là deux poids - deux mesures.

Que le Hamas ait rejeté les opérations terroristes contre des civils et l’ait fait au service d'une amélioration réaliste des conditions de vie de son peuple est un fait authentifié, corroboré par rien moins que le Service de la Recherche du Congrès des Etats-Unis, groupe d'experts qui propose sa vision conservatrice et amie d'Israël au Congrès, pour qu'elle devienne une politique.

En fait, dans le document coordonné par Jim Zanotti, « Israel and Hamas, Conflict in Gaza (2008-2009) », nous voyons que la « raison » invoquée pour l’attaque contre la Bande de Gaza, à savoir « la nettoyer du Hamas » et les roquettes tirées sur le territoire israélien, n'était rien d'autre qu'une excuse que l'Occident a bu avec délectation comme si c'était du jus de cerise. Il a été admis que les roquettes extrêmement rudimentaires n'avaient PAS été tirées par le Hamas, et de plus, le Hamas était considéré comme étant capable et désireux de mettre fin aux attaques. Il est significatif que les premières victimes des attaques israéliennes contre Gaza furent les forces régulières de police, qui venaient juste d'être formées, peut-être aussi dans ce but. Zanotti écrit :

« Pendant les cinq premiers mois, le cessez-le-feu a relativement bien tenu. Quelques roquettes ont été tirées sur Israël, et, progressivement, le Hamas est apparu comme de plus en plus capable et désireux de mettre fin aussi à ces attaques. Aucun mort israélien n'a été signalé (bien qu'il y ait eu des blessés et des dégâts matériels) et Israël s'est abstenu de représailles.
« Néanmoins, chaque partie a estimé que l'autre violait les termes d'un cessez-le-feu tacite. Le Hamas a demandé - sans succès – qu’Israël lève son blocus économique de Gaza, tandis que ‘Israël demandait –également sans succès - l'arrêt total des tirs de roquettes et des progrès quant à la libération du caporal israélien Gilad Shalit détenu par le Hamas.
« Israël a cité des tirs de roquettes sporadiques comme prétexte pour maintenir la fermeture des passages frontaliers et du port de mer de Gaza à pratiquement tout sauf aux fournitures humanitaires de base.
« Le Hamas, et d'autres dirigeants arabes, ainsi que quelques organisations internationales et non gouvernementales impliquées dans l'aide aux civils de Gaza se sont plaints qu'Israël revenait sur ses promesses en vertu de l'accord tacite de cessez-le-feu. »
Comme si cela ne suffisait pas, l'auteur, qui n'a certainement aucune sympathie pour le Hamas, fait des déclarations sur les suites de la guerre où même Israël admet que le Hamas n'était pas responsable des tirs de roquettes :
« Depuis le début du cessez-le-feu unilatéral d'Israël, le 18 janvier 2009, il y a eu environ 40 lancers sporadiques de roquettes sur le sud d'Israël, beaucoup moins que la moyenne quotidienne avant l'Opération Cast Lead. De plus, des responsables israéliens pensent que des groupes militants palestiniens plus petits, comme le Jihad Islamique et les Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, et non le Hamas, ont tiré les roquettes, comme ils l'ont fait pendant le cessez-le-feu (bien qu'il soit possible que le Hamas ait facilité ou donné son accord à ces tirs tout en préservant ses possibilités de le nier). »

Ainsi, les Israéliens se sont servis de l'excuse de tirs de roquettes par le Hamas pour justifier son élimination (en détruisant la totalité de Gaza) par ce qu'ils ont appelé « des opérations militaires », mais le reste de l'humanité sait que ce fut une guerre, tout en sachant pertinemment que le Hamas n'avait ni lancé ni facilité les tirs des roquettes ; toutes les excuses qu'ils sortent de leur chapeau pour justifier leurs actions devraient d'ailleurs tomber dans l'oreille de sourds.

Les plaintes sur la contrebande d'armes par les plus rudimentaires des tunnels devraient être prises avec des pincettes lorsque nous voyons les crédits du Budget de la Défense pour le programme US-israélien de défense anti-missiles dans ce même Rapport au Congrès. Le Dôme de Fer, la Fronde de David et autre « aide militaire », qui coûtent au citoyen usaméricain des milliards de dollars, sont brièvement décrits.

Pour chaque container de cinq roquettes inefficaces qui est passé en contrebande par un tunnel, les USA envoient une pleine cargaison d'armes et des caisses de devises qu'Israël dépensera pour ses « besoins » militaires. Là aussi, le deux poids-deux mesures fait couler le sang innocent, en violation du droit international et au détriment de votre argent durement gagné. Là encore, extrait du Rapport du Congrès :

« Israël pourrait avoir utilisé des plates-formes d'armes et de munitions achetés aux USA dans ses opérations militaires à Gaza, dont, parmi d'autres, des avions F-15 et F-16, des hélicoptères Apache, et, selon des articles de presse israéliens, des mini-bombes GBU-39 guidées par GPS dont le 110ème Congrès a approuvé la vente suite à une notification de septembre 2008. »

De plus, toutes les trêves unilatérales entre Israël et le Hamas (demandées par le Hamas, pas par Israël) ont été violées, chaque fois par Israël. Dans de nombreux cas, par des incursions dans les Territoires Occupés, que le droit international interdit puisque les populations civiles (même si les colons sont partis, Gaza est maintenue sous siège par Israël) doivent être protégées par l'occupant, et non attaquées. Israël, en utilisant des armes et des avions fournis par les bonnes grâces du peuple des USA, a bombardé des rues où des cibles (des hommes politiques et religieux qu'Israël qualifie de « militants », si ce n'est pire) avaient été localisées, tuant de manière indiscriminée quiconque se trouvait à portée, y compris des enfants. Si ce n'est pas du terrorisme, c'est que ce mot n'a aucun sens.


Ce ne sont que quelques-uns des mythes en circulation. Ils représentent seulement une partie des mensonges, de la désinformation et de la propagande qui circulent sur l'un des principaux partis palestiniens, né de l'intérieur, se développant comme tous les partis le font, de la base, et légitimé par des élections équitables et légales.

Déconstruire ces mensonges est un devoir. Il n'est pas nécessaire d'être d'accord avec l'ensemble du programme du Hamas, mais il faut reconnaître qu’il est complètement différent de l'image produite par le carcan médiatique dans lequel il a été enfermé. Ce que dit Jessica Rabbit dans le film Qui veut la peau de Roger Rabbit  pourrait tout à-fait s'appliquer au Hamas : « Je ne suis pas mauvaise, je  suis juste dessinée comme ça. »

Note

(1) Farfour  (فرفور — papillon en arabe) est le nom d'un personnage de fiction apparaissant dans cinq épisodes (avril à juin 2007) de l'émission Les Pionniers de demain sur la chaîne de télévision Al-Aqsa TV, affiliée au mouvement palestinien Hamas. Farfour a les traits physiques de Mickey Mouse.
Créé par Hazim Al-Sha'arawi, directeur de Al-Aqsa TV, les Pionniers de demain est une émission destinée au public enfantin mais qui n'en est pas moins extrêmement politisée. Chaque émission dure une heure, pendant laquelle Saraa, une petite fille voilée d'un hijab répond aux appels téléphoniques d'autres enfants, accompagnée d'un adulte qui porte le costume de Farfour et parle avec une voix aigüe. Les enfants et Farfour chantent des chants patriotiques ou guerriers et déclament des slogans politiques, appelant notamment (…) à la fin de l'occupation de l'Irak par les forces américaines. L'émission a aussi un contenu religieux, pédagogique.
Dans l'émission du 27 juin 2007, Farfour est battu à mort par un homme noir représentant Israël, qui lui extorque des titres de propriété. La souris est alors déclarée martyr par Saraa. (…) (wikipedia)
           




Pour lire d'autres articles de cette Première guerre mondiale des mots, cliquez ici
La Première guerre mondiale des mots est une initiative de Palestine Think Tank et Tlaxcala.
Les auteurs souhaitant y participer peuvent envoyer leurs contributions à  contact@palestinethinktank.com et à tlaxcala@tlaxcala.es.







Source : Palestine Think Tank- Hamas – They’re not bad, they’re just drawn that way
Source de cette traduction :
http://www.ism-france.org/news/article.php?id=13020&type=analyse&lesujet=R%E9sistances
et www.recogniseresistance.net
Sur l’auteure

Mary Rizzo est membre de
Tlaxcala
, le réseau international de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter l’intégrité et d’en mentionner l’auteure, le traducteur et la source.
URL de cet article sur Tlaxcala :
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=9343&lg=fr


   

mercredi 11 novembre 2009

Des enfants de Gaza se droguent pour supporter la douleur pendant qu’ils travaillent 12 heures par jour dans les tunnels


par Iqbal TAMIMI, Palestinian Mothers, 8/11/2009. Traduit par Esteban G. et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : The Children of Gaza develop narcotic addiction to withstand the pain while working 12 hours a day in the tunnels
Español: Los niños de Gaza son adictos a los narcóticos que consumen para soportar el dolor mientras trabajan en los túneles doce horas al día
Les enfants juifs de l'État d'Israël qui a lancé des attaques contre les enfants de Gaza au mois de janvier dernier avec ses bombes et ses missiles, assiégeant leur ville à partir des airs, mer et terre sont en train de profiter de bons repas, d’éducation, de soins, de moyens de transport, de divertissement, d’eau pour se laver et pour nager. Mais qu’en est-il des enfants affamés de Gaza ?

Ceux qui connaissent le siège israélien de Gaza sont parfaitement au courant de la pénurie de nourriture, de médicaments, de matériaux de construction et d'autres biens de consommation, mais ce que beaucoup ne savent pas c’est que se sont les enfants de Gaza qui sont les premières victimes de ce siège, ils souffrent d’un nouveau type d’oppression et de douleurs mentales et physiques.
Les enfants de Gaza sont obligés de travailler dans les tunnels étroits et dangereux construits entre Gaza et l'Égypte, à travers lesquels ils passent des aliments et d'autres marchandises de contrebande. Outre la contrebande, ils sont tenus à d'autres tâches : ils creusent des tunnels, choisissent les passages appropriés, installent le système d’éclairage et posent des tuyauteries pour acheminer le carburant introduit depuis le côté égyptien.
En mars 2009, et pour la troisième fois en 2 mois, la police égyptienne dans le Sinaï, a arrêté un groupe d'enfants qui rampait dans les tunnels de la Bande de Gaza assiégée. Le plus âgé avait seulement 12 ans : Orabi Mohamed Abu-Saud (12 ans), Mohamed Zaidan Al Faramawy (12 ans), Hasan Eyad Zanoub (11 ans), et Nabil Ibrahim Abu-toyour (11 ans). Tous étaient passé furtivement de l'autre côté de la frontière pour acheter des bonbons et de la nourriture et les revendre dans les rues de Gaza.
L'Unité de recherche de terrain de la Société Nationale Nationale pour la Démocratie et le Droit (National Society for Democracy and Law) a publié un rapport sur le phénomène généralisé de la main d'œuvre infantile dans les tunnels et demande de l’aide et du soutien à la communauté internationale pour mettre fin à la misère des enfants.
La pauvreté toujours croissante à Gaza à cause du siège israélien et à la dernière agression de l’armée israélienne oblige les enfants à travailler 12 heures par jour dans les tunnels extrêmement dangereux. Les jeunes garçons transportent les marchandises dans des tunnels étroits qui s’étendent sur toute la frontière entre Gaza et l'Egypte ; Ils mesurent plus de 700 mètres de long, et sont creusés à 12 mètres de profondeur. Ils ne sont guidés que par de simples ampoules électriques espacées tous les 10 mètres. Les enfants travaillent de 7h du matin à 7h du soir et il y a aussi un roulement hebdomadaire pour le travail de nuit.
Les enfants ne peuvent se reposer qu’une heure seulement au cours des 12 heures de travail terminant, évidemment, épuisés, avec une très grande fatigue. Beaucoup d'enfants sont ainsi contraints de prendre une drogue stimulante connue localement sous le nom de « Tramal » (Tramadol). On dit que cette drogue est censée aider les enfants à oublier la douleur, à revitaliser leurs organes et à les maintenir au travail sans se plaindre davantage. Mais, en même temps, cette consommation illégale de drogues entraine de sérieuses complications de santé et des effets secondaires.
À travers les tunnels, les enfants doivent transférer toutes sortes de marchandises pour le commerce, tels que : nourriture, appareils électriques, médicaments, lait pour bébé, produits textiles, chaussures, et du bétail. Mais le plus dangereux de tout, est d’avoir recours à des produits aussi dangereux que les « diluants » et les solvants mélangés à certains types de peintures. Les solvants sont très dangereux puisque leurs émanations sont très piquantes et toxiques lorsqu’elles sont inhalées, et si le récipient vient à se percer dans le tunnel pendant le voyage infernal, cela aurait un effet désastreux pour les enfants dans l'obscurité qui se traînent sur leurs genoux en portant d'autres produits dangereux comme les produits chimiques pour le nettoyage, la soude caustique, et du gasoil. Ils doivent manipuler tous ces produits chimiques dans un espace confiné, où il n'y a ni ventilation ni sorties de secours.
Étant donné le pourcentage chaque fois plus grand de pauvreté à cause du siège israélien, beaucoup d’enfants ont cessé d'aller à l'école. Un petit nombre seulement est parvenu à organiser leur temps et travailler tout en étudiant. La majorité des enfants a commencé à travailler il y a 1 à 2 ans.
La majorité ne semblait pas avoir peur de travailler dans des conditions aussi dangereuses, tous étaient passés par les pires terreurs auxquelles tout enfant résisterait difficilement : les bombardements de leur maison par l'armée israélienne, la perte des membres de leur famille qui sont morts sous les décombres, l’expérience d’avoir à ramasser les lambeaux de leurs petits camarades qui ont été assassinés au cours des raids israéliens. Il semble qu'ils aient déjà été témoins de toute sortes d’horreurs qui les ont immunisés contre la peur, ou pire encore, ils ont été dépouillés de la volonté de vivre.
Bien que parmi eux, beaucoup aient du affronter des problèmes techniques, comme des coupures de courant, des fuites de gaz, l’effondrement de tunnels, en plus de leurs problèmes de bas salaires, et le fait que beaucoup des tunnels étaient bombardés par les forces israéliennes pendant qu’ils y travaillaient, ils n'ont d’autre option que travailler, affrontant la mort à chaque fois qu'ils se traînent dans ces pièges mortels.
Au cours d’un accident, 20 jeunes hommes palestiniens sont morts asphyxiés : les autorités égyptiennes avaient découvert certains tunnels dans lesquels elles ont ordonné de verser des produits toxiques puis de les refemer. Quatorze autres jeunes avaient été secourus, échappant ainsi à la mort.
Au cours de ces 3 dernières années depuis le début de la construction des tunnels, le nombre total de victimes mortes à cause de l'effondrement des tunnels seulement par les bombardements israéliens directs ou par la destruction des tunnels par les autorités égyptiennes s’est élevé à 117 personnes. D’après les données de l'Hôpital Abou Youssuf Annajar et de l'Hôpital Européen, 32 de ces victimes étaient des enfants.
Les enfants interviewés ont dit qu'ils avaient été choisis pour travailler dans les tunnels, puisque leur corps était plus petit, et qu’il leur était donc plus facile d’y circuler, en plus du fait que leur salaire était moindre que celui des adultes. Le salaire d'un enfant est entre 9 et 36 € par jour, mais la majorité gagne 18 € par jour. Ils ont abandonné l'école pour pouvoir manger et mettre un peu de pain sur la table familiale. La majorité des familles sont contre l'idée que leurs enfants travaillent, mais elles n’ont pas le choix, car elles sont obligés d'avoir au moins un membre qui travaille puisque les adultes ne trouvent plus rien à faire après la destruction de leur ville et de leurs entreprises en janvier dernier, de même que le siège israélien les empêche de rétablir quelque type d'activité que ce soit.
Ce qui est étrange c’est que les enfants qui travaillent conseillent aux autres enfants de ne pas abandonner l'école, pour quelque raison que ce soit. Étant donné ce qu’ils ont eu à subir, beaucoup d'entre eux ont même fait part de leurs conflits avec leurs employeurs aux  anciens de la ville et à la police. Ils ont porté plainte contre les propriétaires des tunnels.
Ce qui se passe là est un crime contre l'enfance, un abus et une discrimination contre les jeunes. Les propriétaires des tunnels profitent des jeunes qui ne peuvent pas affronter des adultes plus forts qu’eux ou se défendre contre eux.
Il y a de la négligence de la part des parents qui connaissent le danger qu’il y a à travailler dans ces tunnels, quelques parents encouragent même leurs enfants à travailler, bien qu'ils connaissent les risques qu’ils encourent.
Il y a un échec flagrant des autorités à la prévention de ce phénomène, qui est définie comme un délit par la loi palestinienne.
Les organisations de défense des droits humains ont échoué à se confronter à ce phénomène.
Le siège israélien doit être levé impérativement, nous lançons un appel à la communauté internationale à intervenir pour faire lever le siège imposé à la Bande de Gaza et ouvrir tous les points de passage afin de permettre que tous les marchandises puissent circuler, car c’est la seule action qui permettra la fermeture immédiate des tunnels.
Des enfants ne sont pas censés ramper sur les genoux dans des tunnels sombres et profonds, ils sont censés être assis à leurs pupitres et étudier à l’école, jouer et faire de l’exercice physique. Ces enfants ont besoin d'être réhabilités, puisqu'une grande partie d’entre eux ont développé des problèmes de comportement et psychologiques, et certains sont maintenant dépendants de certaines drogues.
Il faut sauver les enfants de Gaza, les sortir de l’ornière avant qu’ils ne grandissent animés par la colère et le ressentiment, et que nous ayons alors tous à faire face aux conséquences de leur oppression.


L'auteure

Journaliste et poétesse palestinienne originaire d'Al Khalil (Hebron). Actuellement elle travaille au Bureau de liberté de la presse (Press Freedom Desk) du Réseau de journalistes en exil (Exiled Journalists' Network) au Royaume-Uni. Elle est aussi la coordinatrice d'un réseau de militants, femmes et hommes, appelé Mères palestiniennes, et ouvert à toute personne éprise de paix et de justice.

Je suis le Sahara


Réponse d’une "fanfaronne" à un ministre
par Salka EMBAREK, 10/11/2009. Traduit par Esteban G. et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Soy el Sáhara
Voici comment l’auteure explique son poème : « (…) Je ne peux pas dire que ce soit de la POÉSIE, j’aimerais bien pourtant !!! J’ai seulement senti monter ma colère face aux paroles blessantes du ministre marocain de la Communication, quand il nous a appelés des « fanfarons » ou lorsqu’il a dit que nos avertissements d’un retour à la guerre étaient des « menaces puériles ». J’ai eu besoin d’être bien claire avec lui et avec tous les autres, qu’une fois déjà nous y sommes allés et nous nous sommes avancés, nous avons beaucoup perdu et il ne nous reste plus guère de portes ouvertes, alors n’ayez pas de doutes, mais vous pouvez avoir peur …Personnellement, j’espère que nous n’en arriverons pas là…Nous avons déjà trop perdu de frères. » (Salka Embarek, extrait d’une lettre à un ami)
Je serai la guerre
et quand ce sera nécessaire, je serai la paix.
je serai la paix de la guerre
et la limite entre les deux
c’est moi qui la tracerai.
Que plus jamais ils ne m’appellent fanfaronne,
qu’aucun ministre ne se risque plus jamais
à me provoquer,
car durant les années de ma tragédie,
j’ai déjà détruit quelques murs
et je suis parvenue à faire tomber vos faux étendards.
Il n’existe pas de gouvernement usurpateur,
ni cruel,
ni roi si souverain
qu’il puisse me regarder dans les yeux,
et nier qu’il est coupable.
Il ne pourra pas car il n’a pas oublié
le nombre de fois où je l’ai affronté,
mis à nu et gagné.
Regarde-moi bien,
car le timon est entre mes mains,
et le vent souffle en ma faveur,
ce n’est pas moi qui aurai peur,
ce n’est pas moi qui perdrai,
tu n’entendras pas mes paroles en vain.
Je suis déjà vieille,
trente-quatre ans sont passés,
piétinant mon corps,
enterré sous des mètres de terre.
Plus de trente ans ont laissé
dans ma bouche des saveurs amères,
il y en a certaines que je ne sens plus,
d’autres sont devenues des bras,
de leaders inconnus,
de femmes en espérance,
bras de martyrs qui reviennent
tendus à la surface,
répondant à mon appel,
à celui de cette vieille que je suis,
et qui aujourd’hui redevient jeune
et renouvelée.
Qu’ils ne m’appellent plus fanfaronne,
car mes enfants leur répondent,
que ma voix n’est pas seule et unique,
je suis le Sahara,
ÉCOUTE BIEN MON NOM.




L'auteure

Salka Embarek est une poétesse, engagée dans la défense des droits du peuple sahraoui. Elle vit à Ténérife (Canaries). Voici comment un quotidien de l’île la présente :
"C'est l'un des plus actives défenseures des droits des Saharouis qui existent dans l'Île (Ténérife). Une fille de tinerfeños installés à Laâyoune, Salka frissonne quand elle se souvient de l'invasion de cette ville et comment elle eut une demi-heure pour s’échapper avec sa mère et ses soeurs.
Son père, Mohamed Embarka, se vantait de connaître n'importe quel coin du Sahara et de savoir où il se trouvait rien qu’en respirant le sable. C'était un apprentissage acquis après des mois et des mois de voyager dans le désert avec une expédition de géologues et d’ingénieurs espagnols qui exploraient les richesses du sous-sol saharien. C’est ainsi qu’ils découvrirent les gisements de phosphates de Boukraa, les plus riches et purs du monde, où Embarka fut chargé de recruter la main-d'oeuvre.
Cependant, Mohamed Embarka, qui figure dans certaines annales comme l'un des fondateurs de Laâyoune, n'est pas né dans le désert, mais à Ténérife, comme son épouse. Dans les années cinquante, nouveau marié, il émigre au Venezuela mais ça se passe mal. Il retourne à Ténérife pour aussitôt s’embarquer dans une nouvelle aventure. à la recherche d'un avenir meilleur. Et c’est ainsi qu’il arrive au Sahara, où quelques Canariens et péninsulaires étaient déjà installés. Peu à peu, le tinerfeño est devenu sahraoui.
C’est là, à Laâyoune, qu’est née Salka, qui devait devenir l'une des plus actives défenseures des droits des Sahraouis qui existe dans l'Île. Salka se souvient avec effroi de la Marche Verte. « Mon père a alerté le Polisario : l'armée espagnole se retirait de certains points stratégiques en ouvrant la voie aux soldats marocains, qui sont entrés dans Laâyoune armés jusqu'aux dents. Ils ont tué des milliers de personnes et ont rasé toutes les maisons. Un jour, mon père est venu très nerveux à la maison et a dit à ma mère que nous devions partir immédiatement. La nourriture est restée dans la marmite. Nous n'avons pu prendre que nos documents d’identité parce qu'un petit avion postal plein de sacs de courrier à destination de Ténérife nous attendait. Et en effet, une demi-heure après que nous avions quitté la maison, les Marocains venaient nous chercher. »

Il y a seulement quelques mois, Salka est retournée à Laâyoune. Elle a été retenue dans un commissariat pendant cinq heures On l’a avertie: "Un de ces jours, tu disparaîtras dans le désert et nous, nous dirons qu’on regrette énormément », lui a murmuré un policier.
Source : La Opinión de Ténérife, 25 de noviembre de 2007

vendredi 23 octobre 2009

« Lire les pensées de l’ennemi et agir en conséquence »: Rencontre avec le commandant Ilyas Kashmiri, le chef de la brigade 313 de guérilla d'Al Qaïda

par Syed Saleem SHAHZAD, Asia Times Online, 15/10/2009. Traduit par Isabelle Rousselot et édité par Fausto Giudice, Tlaxcala
Original : Al-Qaeda's guerrilla chief lays out strategy
Versione italiana: Capo della guerriglia di al-Qaeda espone la sua strategia


ANGORADA, Sud-Waziristan, zone frontalière avec l'Afghanistan – lors d'une rencontre de haut niveau le 9 octobre dernier, au palais présidentiel, entre les dirigeants civils et militaires du Pakistan, le feu vert a été donné à une opération militaire contre les talibans pakistanais et Al Qaïda dans la zone tribale du Sud-Waziristan  – définie par les experts comme le berceau de tous les conflits régionaux.
Au même moment, Al Qaïda escalade sa stratégie sur le théâtre de guerre de l’ Asie du sud, qui fait partie de sa campagne plus large contre l'hégémonie mondiale usaméricaine qui a commencé avec les attaques du 11 septembre 2001 aux USA.
La cible d'Al Qaïda restent les USA et ses alliés, tels que l'Europe, Israël et l'Inde, et elle n'envisage pas de diluer sa stratégie en englobant les résistances musulmanes locales. Dans ce contexte, l'activité militante au Pakistan est plutôt perçue comme une source de complications que comme faisant partie de la stratégie d'Al Qaïda.
Les militants ont été particulièrement actifs ces derniers jours. Jeudi dernier, une voiture chargée d'explosifs s’est écrasée contre le mur d'enceinte de l'ambassade indienne à Kaboul, la capitale de l’Afghanistan, tuant au moins 17 personnes. Puis samedi, des militants ont organisé une attaque audacieuse contre l'état-major de l'armée pakistanaise à Rawalpindi, la ville jumelle de la capitale, Islamabad. Lundi, un attentat suicide a eu lieu dans un bourg de la vallée de Swat, tuant 41 personnes et en blessant 45 autres.
Le Pakistan se trouve dans une phase critique avec des forces armées qui n'ont jamais été si nombreuses  (presque tout un corps d’armée, avec 60 000 hommes), rassemblées autour du Sud-Waziristan pour déloger le Pakistan Tehrik-e-taliban (PTT) – la Fédération des groupes talibans pakistanais -, Al Qaïda et leurs alliés des zones tribales pakistanaises.
En ces temps de tension, Mohammad Ilyas Kashmiri, un dirigeant d'Al Qaïda qui, selon les renseignements usaméricains, est à la tête des opérations militaires d'Al Qaïda et dont la mort a été faussement confirmée lors d'une récente attaque par un drone usaméricain Predator dans le Nord-Waziristan, a accordé un entretien à Asia Times Online.
Il a invité ce correspondant à se rendre dans une cache secrète dans la zone du Sud-Waziristan à la frontière avec l'Afghanistan, survolée en permanence par  des drones.
C'est une première historique que cette rencontre d'Ilyas avec les médias, depuis qu'il a rejoint Al Qaïda en 2005. C’est un commandant vétéran de la lutte contre l'Inde pour le Cachemire divisé.
Ces derniers mois, les militants semblent avoir connu des revers. Plusieurs personnalités dirigeantes ont été tuées lors d'attaques de drones au Pakistan, comme Oussama Al Kini, de nationalité kenyane et chef des opérations extérieures d'Al Qaïda, Khalid Habid, le commandant de Lashkar Al Zil, l'Armée des Ombres, la force combattante d'Al Qaïda ; Tahir Youldachev, le dirigeant du Mouvement islamique d'Ouzbekistan lié à Al Qaïda ; Baitullah Mehsud, dirigeant du PTT et plusieurs autres.
Les talibans pakistanais ont également reçu des coups de la part des militaires dans les zones tribales et urbaines. Des négociations étaient également en cours pour conclure des accords de paix avec des commandants talibans dans diverses provinces afghanes.
Puis la semaine dernière, au moins neuf soldats US et plusieurs douzaines de soldats de l'Armée Nationale Afghane (ANA) ont été tués dans un raid sur un avant-poste dans la province du Nuristan, tandis que plus de 30 officiers et soldats de l'ANA étaient capturés par les talibans.
Cette attaque a été complétée par une série d'autres attaques sur les bases de l’OTAN dans les provinces du sud-est de Khost, Paktia et Paktika, forçant le Général US Stanley Mc Chrystal [commandant des forces d’invasion, NdE] à retirer toutes ses troupes des postes isolés dans les zones éloignées de ces provinces pour les repositionner dans des centres plus peuplés.
Ce qui a libéré un immense espace d’opérations pour les talibans, et signifie que si le Pakistan conduit des opérations dans le Sud-Waziristan, les militants pourront facilement traverses la frontière pour  trouver refuge du côté afghan.
Les attaques de ces derniers jours ont également montré que les militants sont toujours capables de frapper des cibles importantes, presque à volonté. Elles signifient également une reconfiguration du théâtre de guerre, car le Pakistan devra transférer ses troupes du front oriental (Inde) vers le front occidental (Afghanistan), puisque les talibans sont désormais l'ennemi numéro un.
Washington prévoit d'envoyer au moins 40 000 hommes supplémentaires en Afghanistan tandis que l'Inde complètera ces efforts avec ses services de renseignements et son expertise militaire contre l'ennemi commun, les groupes militants musulmans.
La bataille à venir
Ilyas Kashmiri a donné son avis sur ce à quoi va ressembler la prochaine bataille, quelles seront les cibles et quelle en sera l'influence sur l'Occident en rapport avec la déstabilisation d'un État musulman comme le Pakistan.
Le contact avec Asia Times Online a débuté par un appel téléphonique de militants le 6 octobre, invitant ce correspondant à se rendre dans la ville de Mir Ali dans le Nord-Waziristan. Aucune raison ne fut donnée pour ce rendez-vous. Le jour suivant, je me suis donc rendu à Mir Ali, une ville qui a été fortement attaquée par les drones cette dernière année. Après plus de sept heures d'un voyage ininterrompu, je fus reçu par un groupe d'hommes armés qui m'a emmené dans une maison appartenant à un homme d'une tribu locale.
« Le commandant (Ilyas Kashmiri) est vivant. Vous savez que le commandant n'a encore jamais parlé aux médias, mais puisque tout le monde est persuadé de sa mort à cause d'une attaque de drone (en septembre), la Choura (conseil) d'Al Qaïda a décidé d’apporter un démenti à ces informations par un entretien d'Ilyas Kashmiri en personne avec un journal indépendant, et c'est pourquoi le conseil a convenu de faire appel à vous», m'a dit une personne que j’ai reconnue comme étant le personnage clé dans la fameuse Brigade 313 d'Ilyas, alors que j'entrais dans la maison sécurisée. La brigade, un rassemblement de groupes djuhadistes, a combattu de longues années contre l'Inde dans la partie du Cachemire occupée par l'Inde.
« Vous devrez rester dans cette pièce jusqu'à ce qu'on vous informe de la suite du plan. Vous pouvez entendre les drones voler au-dessus de votre tête, c'est pourquoi vous ne prendrez pas le risque de quitter la pièce. La région est remplie de talibans mais également d'informateurs qui, s'ils signalaient la présence d'étrangers dans une maison, pourraient entraîner une attaque de drone », m'a indiqué l'homme.
Le lendemain, j’ai été transféré dans une autre maison en un lieu inconnu, après environ 3 heures de route. Pendant tout ce temps, j'étais en permanence accompagné par une escorte armée. Je n'avais pas le droit de leur parler, et ils ne pouvaient pas non plus communiquer avec moi. J'étais entré dans le monde d'Al Qaïda. Finalement, tôt le matin du 9 octobre, quelques hommes armés sont arrivés dans une voiture blanche.
« Merci de laisser tous vos gadgets électroniques ici. Pas de téléphone portable, pas d'appareil photo, rien. Nous vous fournirons un stylo et du papier pour prendre des notes» , furent les ordres que je reçus. Après plusieurs heures d'un trajet très pénible, entre pistes boueuses et cols montagneux, nous sommes arrivés dans le lieu où je devais rencontrer Ilyas.
Après quelques heures d’attente, le bruit d'un puissant véhicule a soudain rompu le silence. Mon escorte et les hommes déjà présents dans la pièce ont pris rapidement position. Ils portaient tous des cartouchières et des AK-47.
Ilyas a fait son entrée. Une apparition saisissante : il mesure environ 1.83 m, portait un turban de couleur crème et un qameez shalwar (ensemble tunique et pantalon traditionnels) blanc, un AK-47 sur l'épaule et un bâton en bois dans une main, et encadré par des commandos de sa célèbre et irréductible Brigade 313.
Ilyas porte maintenant une longue barbe blanche teintée au henné. A l'âge de 45 ans, il reste bien bâti, même s'il porte des cicatrices de guerre – il a perdu un œil et un index. Quand nous nous sommes serrés la main, sa poignée était puissante.
L'hôte a immédiatement servi le déjeuner et nous nous sommes assis sur le sol pour manger.
« Alors, vous avez survécu à une troisième attaque de drone... Pourquoi l'Agence centrale de renseignements US (la CIA) vous recherche comme ça ? », lui ai-je demandé.
La question était quelque peu rhétorique. Il est l'un des commandants d'Al Qaïda le plus en vue, avec une prime sur sa tête de 50 millions de roupies (soit 600 000 $). Son rôle est défini différemment suivant les organisations des renseignements et les médias. Certains disent qu'il est le commandant en chef des opérations internationales d'Al Qaïda, tandis que d'autres disent qu'il est le chef de la branche militaire d'Al Qaïda.
Si aujourd'hui, Al Qaïda est divisé en trois sphères, Oussama Ben Laden est bien sûr le symbole du mouvement et son adjoint, Ayman Al Zawahiri détermine l'idéologie d'Al Qaïda et sa vision stratégique globale. Et Ilyas, avec son expertise inégalable de la guérilla, transforme la vision stratégique en réalité, fournit les ressources et fait en sorte que les objectifs soient atteints, mais il choisit de rester à l'arrière-plan et de garder un profil bas.
Ses bases et ses activités sont toujours restées enveloppées du voile du secret. Cependant, l'arrestation de cinq de ses hommes au Pakistan au début de cette année et leurs interrogatoires serrés subséquents ont aidé à lever le voile. Les informations qu'ils ont fournies ont provoqué des attaques de drones de la CIA contre lui : la première a eu lieu au mois de mai puis à nouveau le 7 septembre quand il fut déclaré mort par les renseignements pakistanais, et finalement le 14 septembre, attaque après laquelle la CIA indiqua qu'il était mort et déclara que c'était un grand succès pour la « guerre contre le terrorisme. »
« Ils ont raison de me poursuivre. Ils connaissent bien leur ennemi. Ils savent ce dont je suis réellement capable», a répondu fièrement Ilyas.
Né à Bimbur (l'ancienne Mirpur) le 10 février 1964, dans la vallée de Samhani, dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan, Ilyas a suivi la première année d'études en communication de masse à l'Université ouverte Allama Iqbal, à Islamabad. Il n'a pas continué à cause de son engagement important dans les activités djihadistes.
Le Mouvement de Libération du Cachemire a été sa première expérience dans le domaine du militantisme, puis le Harkat-ul Jihad-i-Islami (HUJI) et finalement sa légendaire Brigade 313. Cette dernière est devenue le groupe le plus puissant de l'Asie du sud et son réseau s'est fortement développé en Afghanistan, au Pakistan, au Cachemire, en Inde, au Népal et au Bangladesh. Selon certaines informations de la CIA, la Brigade 313 serait désormais basée en Europe et serait capable du genre d'attaques qui a vu une poignée de militants terroriser la cité indienne de Mumbai (Bombay) en novembre dernier.
Il y a peu de documents sur la vie d'Ilyas et ce qui a été raconté est souvent contradictoire. Cependant, il est invariablement décrit, certes par les agences de renseignements du monde entier, comme le dirigeant guérillero le plus efficace, le plus dangereux et le plus intelligent du monde.
Il a quitté le Cachemire en 2005 après sa seconde libération de détention par l'Inter-Services Intelligence (les services de renseignements du Pakistan - ISI) et est parti pour le Nord-Waziristan. Il avait été arrêté auparavant par les forces indiennes, mais il s’évada de prison et s'enfuit. Il est alors détenu par l'ISI en tant que cerveau soupçonné d'une attaque contre le Président de l'époque, Parviz Musharraf, en 2003 mais est acquitté et libéré. L'ISI arrête à nouveau Ilyas en 2005 après qu'il eut refusé d'arrêter ses opérations au Cachemire.
Son installation dans les zones agitées de la frontière  a donné des frissons à Washington quand ils réalisèrent qu'avec sa grande expérience, il pourrait transformer les modes d’engagement peu sophistiqués des guérilleros afghans en une guerre de guérilla moderne et audacieuse.
Les succès d'Ilyas parlent d'eux-mêmes. En 1994, il a lancé l'opération Al Hadid dans la capitale indienne New Delhi, pour faire relâcher certains de ses camarades djihadistes. Son groupe constitué de 25 personnes comprenait Cheikh Omar Saeed (le kidnappeur du journaliste US, Daniel Pearl, à Karachi en 2002) comme adjoint. Le groupe a enlevé plusieurs étrangers, y compris des touristes usaméricains, israéliens et britanniques et les a emmené à Ghaziabad près de Delhi. Ils ont alors demandé que les autorités indiennes relâchent leurs collègues mais au lieu de cela, celles-ci attaquèrent leur planque. Cheikh Omar fut blessé et arrêté. (Il fut plus tard libéré en échange de passagers d'un avion indien détourné). Ilyas put s’enfuir sans être blessé.
Le 25 février 2000, l'armée indienne tua 14 civils dans le village de Lonjot dans la partie du Cachemire administrée par le Pakistan après que des commandos eurent traversé la ligne de contrôle (LoC) séparant les deux Cachemires. Ils revinrent du côté indien avec des filles pakistanaises qu'ils avaient kidnappées et envoyèrent les têtes coupées de trois d'entre elles aux soldats pakistanais.
Le jour suivant, Ilyas mena une opération de guérilla contre l'armée indienne dans le secteur de Nakyal après avoir traversé la LoC avec 25 combattants de la Brigade 313. Ils kidnappèrent un officier de l'armée indienne qui fut plus tard décapité – sa tête fut exhibée dans les souks de Kotli en territoire pakistanais.
Cependant, l'opération la plus significative d'Ilyas eut lieu contre le cantonnement d'Aknor dans le Cachemire sous occupation indienne, contre les forces armées indiennes, suite au massacre de musulmans dans la ville indienne de Gujarat en 2002. Lors d'attaques intelligemment préparées impliquant la Brigade 313 divisée en deux groupes, des généraux, des brigadiers et d'autres officiers supérieurs indiens furent attirés sur la scène de la première attaque. Deux généraux furent blessés (l'armée pakistanaise n'a pas réussi à blesser un seul général indien en trois guerres) et plusieurs brigadiers et colonels furent tués. Ce fut un des plus impressionnants revers pour l'Inde dans la longue insurrection en cours au Cachemire.
Malgré ce qu'ont indiqué certains rapports, Ilyas n'a jamais fait partie des forces spéciales du Pakistan, ni non plus de l'armée. En presque 30 ans, depuis qu’il rejoignit le djihad afghan contre les Soviétiques dà partir de la plate-forme de l'HUJI, il a pu développer ses compétences en guerre de guérilla en explosifs.
Dans les mois qui ont immédiatement suivi son arrivée sur le théâtre de guerre afghan en 2005, Kashmiri a redéfini l'insurrection dirigée par les talibans, basée sur la stratégie à trois objectifs de la guerre de guérilla mise en place par le légendaire général vietnamien Vo Nguyen Giap. Pour les talibans, l'important était de se positionner de manière à couper les lignes de ravitaillement de l'OTAN depuis les quatre côtés de l'Afghanistan et d'effectuer des opérations spéciales en Afghanistan, semblables à l'attaque de Mumbai.
Au fil des années, Ilyas a délibérément adopté un profil bas dans la hiérarchie des militants. Ses attaques sont exactement à l’opposé, bien qu'il n'ait jamais publié de déclaration ni n'ait revendiqué de responsabilité pour aucune opération.
On pense que sa Brigade 313 est le catalyseur des opérations à forte visibilité telles que celle de Mumbai et d'autres en Afghanistan, ainsi que des opérations d'Al Qaïda en Somalie et dans une certaine mesure, en Irak.
« Pensez-vous que la prochaine opération au Sud-Waziristan sera la ‘mère de toutes les opération’ dans la région, comme le disent certains experts ?», lui ai-je demandé après que eussions ayons fini de déjeuner et que je me trouvais seul avec Ilyas et son fidèle confident.
« Je ne sais pas comment jouer avec les mots pendant un entretien », répondit Ilyas. « J'ai toujours été un commandant de terrain et je connais la langue du champs de bataille. Je vais essayer de répondre à vos questions dans la langue que je connais. » (Ilyas a parlé principalement en urdu, mélangé de Panjâbî).
« Saleem ! J'attirerai votre attention sur les données de base de l’actuel théâtre de guerre et j’utiliserai cela pour expliquer toute la stratégie des batailles à venir. Ceux qui ont planifié cette bataille ont en fait pour but d'amener le plus grand Satan du monde (les USA) et ses alliés dans ce piège et ce bourbier (l'Afghanistan). L'Afghanistan est un endroit au monde unique, où le chasseur a le choix entre toutes sortes de pièges. »
« Ça peut aussi bien être le désert, que les rivières que les montagnes ou même les centres urbains. C'était la pensée des planificateurs de cette guerre qui en avaient marre des intrigues internationales du grand Satan et ils œuvrent à sa fin pour faire de ce monde un lieu de paix et de justice. Cependant, le grand Satan était plein d'arrogance pour sa supériorité et pensait que les Afghans n'était qu'un ramassis de statues impuissantes qui seraient frappé des quatre côtés par leurs machines de guerre et qu'il n'auraient ni le pouvoir ni la capacité de réagir.
« C'est dans cette illusion qu'une grande alliance de puissances mondiales est venue en Afghanistan, mais, à cause de leurs conceptions mal placées, elles se sont petit à petit retrouvées piégées en Afghanistan. Aujourd'hui, l'OTAN n'a aucune importance ni pertinence ici. Ils ont perdu la guerre en Afghanistan. Et quand ils ont réalisé leur défaite, ils ont mis l'accent sur le fait que toute cette bataille se jouait depuis l'extérieur de l'Afghanistan, c'est à dire, depuis les deux Waziristan. Pour moi, cette thèse militaire est un mirage qui a créé une situation complexe dans la région et a engendré des réactions et des contre-réactions. Je ne veux pas entrer dans les détails mais pour moi, tout cela ne servait qu'à faire diversion. Pour moi en tant que commandant militaire, la réalité est que le piège de l'Afghanistan a fonctionné et que les objectifs militaires de base sur le terrain ont été atteints», dit  Ilyas.
J'ai répliqué que repositionnement de la Brigade 313 du Cachemire [en Afghanistan/Waziristan, NdE] était elle-même une preuve que des mains étrangères étaient impliquées en Afghanistan.
« La base même de votre argument est fausse : que cette guerre serait menée depuis l'extérieur de l'Afghanistan. C’est là qu'une compréhension sortie du contexte, de l'entière situation. En ce qui me concerne et en ce qui concerne la Brigade 313, j'ai décidé de rejoindre la résistance afghane en tant qu'individu et j'avais une bonne raison pour cela. Chacun sait qu'il y a juste une décennie, je menais une guerre pour la libération de ma patrie, le Cachemire.
« Cependant, j'ai réalisé que des décennies de luttes armées et politiques ne pourraient pas aider à la résolution de ce problème. Néanmoins, le problème du Timor oriental a été résolu sans que soit perdu autant de temps. Pourquoi ? Parce que tout le jeu se trouvait entre les mains du grand Satan, les USA. Des organes tels que les Nations Unies et des pays comme l'Inde et Israël n'étaient que le prolongement de ses ressources et c'est pourquoi ce fut un échec pour la résolution du problème palestinien, du problème du Cachemire et du bourbier en Afghanistan.
« Ainsi, j'ai réalisé, comme beaucoup de gens dans le monde, qu'analyser la situation dans une perspective politique régionale étroite était une approche incorrecte. C'est une partie de match entièrement différente pour laquelle une stratégie unifiée est obligatoire. La défaite de l'hégémonie mondiale usaméricaine est indispensable si je veux la libération de ma patrie, le Cachemire et ce qui explique la raison de ma présence sur ce théâtre de guerre. »
Ilyas a continué : « Quand je suis venu ici, j'ai découvert que ma présence ici était justifiée : la façon dont les puissances régionales du monde opèrent sous le parapluie du grand Satan et comment elles soutiennent ses grands projets. Tout cela peut être perçu d'ici, en Afghanistan. » Il ajouta que la stratégie de guerre régionale d'Al Qaïda, dans laquelle ils ont frappé des cibles indiennes, est en fait d’amputer la puissance américaine.
« Le RAW (Research and Analysing Wing : l'agence de renseignements extérieurs de l'Inde) a des centres de commandement de détachement dans les provinces afghanes de Kunar, de Jalalabad, de Khost, d'Argun, de Helmand et de Kandahar. Les opérations de couverture sont des entreprises de construction routière. Par exemple, le contrat de construction de la route depuis la ville de Khost jusqu'à la zone tribale de Tanai est traité par un entrepreneur qui est en fait un colonel de l'armée indienne. À Gardez, des entreprises de télécommunications sont la couverture pour des opérations de renseignements indiens. La plupart du temps, leurs hommes opèrent avec des noms musulmans mais en fait, les employés sont hindous. »
« Le monde doit-il s'attendre à plus d'attaques du style de celles de Mumbai ? », lui ai-je demandé.
« Ce n’était rien comparé à ce qui a déjà été planifié pour l'avenir», a répondu Ilyas.
« Même contre Israël et les USA ? », ai-je demandé.
« Saleem, je ne suis pas un mollah traditionnel du djihad, qui se gargarise de slogans. En tant que commandant militaire, je dirais que chaque objectif a un temps et une raison précis et les réponses viendront en conséquence», répond Ilyas.
Alors que je notais les réponses de Kashmiri, je pensais à ces années passées quand il était encore le chéri des forces armées pakistanaises, leur fierté. Les officiers militaires les plus importants étaient fiers de le rencontrer dans sa base au Cachemire, ils passaient du temps avec lui à écouter les légendes de ses exploits militaires. Aujourd'hui, j'ai une personne différente en face de moi – un homme condamné en tant que terroriste par l’establishment militaire pakistanais, qui n’a qu’un  souhait : sa mort.
« Qu'est-ce qui vous a poussé à rejoindre Al Qaïda ? », ai-je demandé .
« Nous étions tous les deux victimes du même tyran, le monde musulman en a assez des Usaméricains et c'est pourquoi ils sont d’accord avec Cheikh Oussama. Si on demandait au monde musulman d'élire un dirigeant, il choisirait soit Mollah Omar (le dirigeant des Talibans) soit cheikh Oussama», a dit Ilyas.
« Si cela est vrai, pourquoi une partie des militants font-ils la guerre à des États musulmans comme le Pakistan ? Est-ce que vous pensez que c’est correct ? »
« Notre bataille ne peut pas être contre les Musulmans et les croyants. Comme je l'ai mentionné auparavant, ce qui se passe en ce moment dans le monde musulman est une complexité causée par les jeux de pouvoir usaméricains qui ont provoqué des réactions et des contre-réactions. C'est un débat totalement différent et ceci peut me dévier du sujet réel. Le jeu réel est le combat contre le grand Satan et ses partisans », a répondu Ilyas.
« Qu'est-ce qui vous a fait passer du rôle de meilleur ami bien-aimé à celui d'ennemi le plus détesté aux les yeux de l’establishment militaire pakistanais ? », ai-je demandé .
«  Le Pakistan est mon pays bien-aimé et les gens qui vivent là-bas sont nos frères, nos sœurs et nos parents. Je ne peux pas imaginer agir contre ses intérêts. L'armée pakistanaise n'a jamais été contre moi   mais certains éléments m'ont désigné comme ennemi afin de dissimuler leurs faiblesses et pour apaiser leurs maîtres», a répondu Ilyas .
« Qu'est ce que la Brigade 313 ? », ai-je demandé.
« Je ne peux pas vous le dire, seulement que la guerre est une question de tactique et c'est tout ce dont il s'agit : lire les pensées de l'ennemi et réagir en conséquence. Le monde pensait que le Prophète Mahomet n'avait laissé que des femmes derrière lui. Ils ont oublié qu’il y avait aussi de vrais hommes qui ne savaient pas ce que la défaite signifiait. Le monde ne connaît que des soi-disant Musulmans, qui ne suivent que la direction du vent et qui n'ont aucune volonté propre. Ils n'ont pas de pensées ou de dimensions propres. Le monde attend encore de voir de vrais Musulmans. Jusqu'à présent, ils n'ont vu qu’Oussama et Mollah Omar, alors qu'il y en a des milliers d'autres. Les loups ne respectent que le coup de patte  du lion ; les lions ne se laissent pas impressionner avec la logique d'un mouton », dit Ilyas.
La conversation se termine alors que la nuit tombe. Le lendemain, un couvre-feu devait être imposé imposé au Nord-Waziristan en préparation de la grande opération dans la région, et je devais quitter la zone. Ilyas devait également partir vers une nouvelle destination, comme il le fait de façon régulière, pour se cacher aux yeux des drones Predator.

Karachi, 28 juin 2009