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mercredi 20 juillet 2011

“Cette révolution est la seule au monde dans laquelle on a tué le père” : Gilbert Naccache, révolutionnaire tunisien جيلبار نقاش، ثوري تونسي : هذه الثورة التونسية هي الثورة الوحيدة في العالم التي قتل فيها الأب

“ Je ne renie absolument rien de mon itinéraire” 
Fausto Giudice : Nous sommes à Tunis, le 30 avril 2011, à la veille du premier Mai. Cette interview est une première collaboration entre Thawrah TV, une télévision révolutionnaire en ligne qui est train de se créer, Tlaxcala, le réseau international de traducteurs, Rebelión, le site web de la gauche hispanique, et Radio Fréquence Paris Plurielle, qui émet en région parisienne. Si nous avons tenu à t’interviewer, Gilbert, c’est parce que, que cela te plaise ou non…
Gilbert Naccache : Je suis beau…
FG : … tu es beau, mais surtout tu es l’un des plus anciens militants révolutionnaires tunisiens encore de notre monde, puisque tu es né en 1939. Tu as commencé par être militant du Parti communiste tunisien dans les années cinquante, puis, après un passage, à en croire tes mémoires, pas très réussi, par le trotskysme et la Quatrième Internationale, tu as abouti au groupe Perspectives tunisiennes et à la prison de Borj El Roumi en 1968, et tu as donc passé pratiquement une bonne dizaine d’années dans les geôles de Bourguiba, le Combattant suprême.
GN : D’abord je me félicite de cette collaboration entre ces organes de presse et je crois que cette solidarité qu’elle exprime est une excellente chose et une nouvelle preuve de l’ouverture de la révolution tunisienne vers l’extérieur. Cette révolution n’est pas un mouvement nationaliste, traditionaliste, conservateur, c’est un mouvement qui est dans le monde actuel, qui s’est emparé de tous les instruments de communication modernes et qui, à ce titre, ne peut plus accepter les valeurs du passé. Et c’est pour moi une excellente nouvelle.

Pour ce qui concerne mon itinéraire, je ne renie absolument rien de cet itinéraire, c’est-à-dire qu’en ce qui me concerne tout était très réussi. Je suis passé d’un mouvement à l’autre, d’un ensemble de certitudes à un autre ensemble de certitudes, puis à un certain nombre de doutes raisonnables et finalement, je crois, à une pensée critique, à travers ce qui existait de mieux à l’époque où je l’ai fait. Je dois dire que, autant les passages par l’univers traditionnel communiste et trotskyste étaient des passages de formation théorique, autant le passage à Perspectives a été un bain dans l’action et dans la coordination de la théorie avec la pratique des jeunes et c’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui, je suis capable d’être du côté de la révolution et non pas du côté des donneurs de leçons, parce que j’ai vécu l’expérience de la jeunesse révoltée et j’ai participé avec elle à sa révolte, bien que n’étant déjà plus très jeune à cette époque-là.
Donc, mon itinéraire me fait coller à la révolution…viscéralement et je dois dire que si je peux apporter quelque chose à la révolution, elle m’a apporté bien plus que tout ce que je pourrais lui apporter. Par conséquent, je ne peux pas refuser quoi que ce soit, y compris des interviews avec des questionneurs à l’intelligence discutable.
FG : Ah haha ha ! Il est sympa !!! …Il est vraiment sympa, il insulte les  camarades qui l’interviewent !!! Depuis que je suis revenu en Tunisie, pour la première fois depuis la prise de pouvoir de Ben Ali en 1987, j’ai revu tous les vieux camarades de Perspectives et puis les jeunes révolutionnaires et ce que je constatais avec les camarades, c’était que, finalement, ce groupe Perspectives n’a pas du tout connu l’évolution qu’ont connu les groupes équivalents en Europe, les groupes gauchistes, dont la plupart des militants connus ont, depuis belle lurette, largement trahi leurs idéaux de jeunesse pour devenir, comme ont dit en Afrique, des « Grands Quelqu’uns », des ministres, des défenseurs de l’OTAN, des militaristes, des néolibéraux etc. Et je constate que, dans les militants historiques de Perspectives, il n’y a eu pratiquement aucun traître, à quelques rares exceptions près. Et une autre caractéristique qui me frappe, c’est que j’ai l’impression qu’il y a eu une transmission de votre génération jusqu’à la génération des 20-25 ans d’aujourd’hui, qui sont la force principale de la révolution, en passant par gens d’âge intermédiaire. Qu’est-ce que tu penses de cette appréciation ? Est-ce qu’elle est correcte ?
GN : Je ne sais pas. Pour ce qui est de la trahison, je dois dire que oui. Je l’ai d’ailleurs dit à plusieurs occasions : ce qu’il y a d’extraordinaire dans Perspectives, c’est que l’élan qui nous animait, qui nous poussait, était un élan sincère. Aucun de nous ne faisait le moindre calcul et je ne peux pas m’empêcher de penser à (Michel) Foucault qui, lorsqu’on l’interrogeait sur Mai 68, répondait : « Moi, j’ai assisté à Mars 68 à Tunis et je ne peux pas m’extasier devant Mai 68, devant les fils à papa qui se révoltent contre leurs pères quand j’ai vu des jeunes aller au massacre, foncer, non pas contre leurs pères, non pas pour des formes d’affirmation de soi, mais animés par un idéal véritable et prêts à mourir pour ça ». Alors effectivement, notre génération est une génération de gens désintéressés, de gens motivés, qui voulaient participer à l’édification de la Tunisie et qui en ont été empêchés par Bourguiba. Nous n’avions pas compris à l’époque ce qu’était le régime Bourguiba, nous n’avions pas compris la dynamique du système du parti unique et nous avons certainement beaucoup erré, mais il y a des choses sur lesquelles tous ces gens-là ont toujours été unanimes, c’est que la liberté ne se partage pas, ne se négocie pas.
Alors, il y en a quelques-uns d’entre nous qui ont négocié leur liberté. On les a retrouvés ministres de Ben Ali ou…mais très très peu…
FG : …ou ambassadeurs auprès de l’UNESCO…
GN : …Non, ministres de Ben Ali, mais c’est le cas de très peu d’entre eux, un ou deux, et c’est le cas même de gens qui ont justifié ce qu’on peut appeler trahison - mais qu’ils présentaient comme une recherche d’efficacité - par une conception qui n’était pas claire, qui n’était pas précise, mais qui était implicite, du rapport du pouvoir. On peut changer les choses, disaient-ils, pensaient-ils, en prenant le pouvoir et en influençant la direction. Ce n’était pas forcément une position traîtresse, c’était une position erronée et un peu paternelle, dans la droite ligne des mouvements du régime Bourguiba et de tous les mouvements révolutionnaires de l’époque, donc, même à eux, je ne fais pas trop de reproches.
FG : C’était finalement une variante de l’entrisme ?
GN : Oui, c’était une recherche d’efficacité. Il y a des choses qui ont accompagné ce chemin, et qui sont moins belles, c’est quand il s’est agi de défendre la répression de Ben Ali contre les islamistes et qu’il y a eu une certaine confusion entre les principes et la politique quotidienne – c’est beaucoup plus discutable, mais je dois dire que tous ces gens qui ont participé à Perspectives sont resté des gens à principes, qui ont essayé d’appliquer leurs principes dans ce qu’il ont fait. Bons ou mauvais, leurs principes étaient d’essayer de changer la situation et en cela, je dois reconnaître que nous avons un chemin très différent de l’extrême-gauche française ou même européenne, mais c’est surtout parce que nous, nous n’avions pas le choix. Les gens de l’extrême-gauche européenne avaient en face d’eux une société civile très forte, des structures très fortes qui ont pu les récupérer, qui ont pu leur offrir des perspectives individuelles ou même collectives – par les bureaux d’études auxquels ils ont pu participer – qui les ont fait participer à la reconstruction de la société d’après Mai 68. Peut-être que si le régime de Bourguiba ou le régime de Ben Ali nous avait fait participer en tant qu’intellectuels à la construction, ou à la reconstruction, du régime, peut-être que nous aurions eu le même sort. Mais notre chance, intellectuellement bien sûr, c’est que nous avons vécu dans un régime répressif et qui s’est toujours méfié de toute parole différente. Par conséquent, il ne nous a pas laissé le loisir de trahir véritablement. Donc, nous n’avons aucun mérite à n’avoir pas trahi.
FG : Finalement, le résultat de cette exclusion, c’est l’urbanisme chaotique d’une ville comme Tunis, c’est l’état catastrophique de l’enseignement et de l’éducation, qui d’après out ce que me disent et me montrent les gens, produit des analphabètes diplômés bilingues. Peut-être que si cette génération soixante-huitarde avait été aux affaires, ça se serait passé un peu différemment. Peut-être…
GN : Peut-être. Ou peut-être aussi qu’après un passage dans les lieux de réflexion et de conception, ces gens seraient passés dans les lieux de corruption et peut-être qu’ils auraient été comme les autres. Non, on ne refait pas l’histoire. Il reste que les anciens de Perspectives, avec tous les congés qu’ils ont pris de la révolution, sont restés en gros au moins des gens très progressistes et très ouverts, et désireux de comprendre et de participer à ce qui se passe. Ceci dit, je ne suis pas d’accord avec la plupart d’entre eux dans les détails mais je ne peux pas dire qu’ils aient franchi une barrière quelconque. Aucun n’a participé de façon réelle aux 23 ans de Ben Ali, aucun n’a soutenu vraiment Bourguiba, donc je suis très fier d’avoir fait partie d’une organisation qui n’a pas peut-être pas réussi à prendre le pouvoir et à transformer la société mais qui a transformé ses membres. Je reviens à ta question : ce n’est pas un hasard si nos idées, sous des formes diverses, transformées, atténuées ou autrement, ont traversé le temps. Nous avons été une génération qui a du, à un moment donné, regrouper à peu près tous ceux qui pensaient, dans l’Université, c’est-à-dire que sur cinq années, nous avons du entraîner avec nous peut-être plusieurs milliers de gens. Et ce qui est remarquable, c’est que ces milliers de gens qui n’étaient pas formellement membres de l’organisation, sont des gens qui ont transmis à leurs enfants des valeurs, qui ont transmis un regard, un élan. Ce qui fait que quand mon livre* est sorti, par exemple, ils se sont tous précipités dessus, les uns retrouvant les élans de leur jeunesse, les autres y trouvant un peu ce que leurs parents ont été , ce que leurs parents ont fait. Et aujourd’hui encore, je suis très ému et très frappé par le fait que mon livre - qui était au fond quoi ? Un témoignage sur un itinéraire, sur un moment -, ce livre a encore un écho extrêmement puissant. Donc ça prouve qu’il parle non seulement aux gens concernés, aux gens du passé disons, mais il parle aussi à la jeunesse, il leur parle d’avenir.
Ça prouve que Perspectives, ce n’était pas un mouvement ancré dans le passé : par ses multiples ouvertures, il offrait et il offre encore des possibilités de rêver. Parce que la révolution, c’est d’abord le rêve.
FG : Moi, je suis très frappé par ce que j’ai l’impression que ta génération, qui est une génération de grands-pères, est au diapason de la génération des enfants et des petits-enfants qui ont fait cette révolution de décembre 2010-janvier 2011. Finalement, est-ce que ne trouves pas que cette révolution tunisienne, qui est vraiment en cours, qui est loin d’être d’achevée, elle est très soixante-huitarde ?
GN : Je dirais même plus : cette révolution tunisienne est la seule au monde dans laquelle on a tué le père. Cette société civile bizarre, apparemment analphabète, inconsciente, inorganisée, a fait ce que les gens de Mai 68 en France n’ont pas réussi à faire, a fait ce que nos générations n’ont même pas envisagé réellement de faire, elle a tué son père. Maintenant, elle accepte d’avoir des beaux-pères, c’est-à-dire des gens qui veillent sur elle, qui éventuellement subviennent à leurs besoins, mais qui n’ont aucune autorité, à qui ils disent : “Ah non ! Tu n’es pas mon père !” Et ceci est très important : tu parlais de Mai 68. Mai 68, pendant un certain temps, ils ont dit ça et puis, à un moment, la magie a disparu et Sauvageot et Cohn-Bendit ont mené l’assaut contre l’Hôtel de Ville et ils sont passés d’une révolte incontrôlable qui n'offrait aucune porte d'entrée à la répression, à une tentative de coup de force qui n’avait plus rien d'original et que le pouvoir en France savait affronter …
FG : …bien cadrable…
GN : Donc, de Gaulle est passé de l’errance la plus folle, entre Massu et ses conseillers – il n’arrivait plus à trouver quoi que ce soit – au retour des traditions. Ici, rien de tel : on ne peut pas mater cette révolution tunisienne parce qu’on ne sait pas comment la prendre. Ils sont descendus à la Kasbah, étaient à la porte du Premier ministre, il suffisait de pousser la porte, c’était simple : Ils poussent la porte, ils disent ”Dégage“ aux gens et ils s’installent à leur place. Ils ne l’ont pas fait. Ils ont dit : “Nous ne voulons pas du pouvoir” mais ils ont dit : “Nous voulons contrôler le pouvoir”. Et on leur a dit : “Mais qui vous êtes, vous ?” et on a amené les flics pour les déloger. Ils sont venus et ils ont dit : “Vous à Tunis, vous croyez que pouvez décider sans nous. Mais non : vous ne pouvez pas faire des choses que nous n’approuvons pas. Et nous resterons là jusqu’à ce que vous le fassiez. ” Et ils sont restés là jusqu’à ce que le gouvernement décide d’appeler à une assemblée constituante. Bien sûr, le gouvernement provisoire a essayé de manœuvrer, il a essayé de dresser une partie de la population contre l’autre, mais ça n’a pas réussi. La révolution tunisienne a gagné étape par étape, jusqu’à la décision de réaliser la Constituante. Mais ça n’est pas fini. La contre-révolution organisée, plus ou moins soutenue par les autorités officielles provisoires, parce que la contre-révolution, c’est-à-dire le RCD, est en grande partie liée au PSD**, que certains des financiers du pouvoir actuel sont des gens qui étaient liés à l’aspect le plus corrompu du régime Bourguiba ou du régime Ben Ali de ses débuts, donc ce pouvoir est sensible à ce genre de pressions et il fait tout pour bloquer, pour ramener la révolution à une simple transition, c’est-à-dire une transition entre Ben Ali le méchant et Jegham ou Morjane ou n’importe qui d’autre le gentil***. Mais la révolution ne s’arrêtera pas, elle trouvera le moyen, elle s’emparera de la Constitution pour transformer les structures de l’État, pour imposer une autre forme de l’État et, de toute façon, elle a été capable, à un moment bref dans le passé, de réunir toutes les classes de la société contre le régime de parti unique, elle sera certainement capable de le refaire dans l’avenir et d’aller de l’avant.
Ça mettra le temps que ça mettra, mais à mon avis, ça mettra peu de temps, parce que, en face, on a des morts-vivants et le symbole de ces morts-vivants est terrible : on a affaire à un président de la République à titre provisoire qui est malade, à un Premier ministre qui est presque nonagénaire et qui dirige au nom d’une révolution faite par des jeunes de moins de 25 ans. Ce n’est pas possible que ça dure longtemps, ne serait-ce que par les progrès de la maladie et les conséquences inéluctables de l’âge. On ne peut pas penser que des vieillards déjà à moitié dans la tombe puissent diriger des jeunes qui ont tout l’avenir devant eux.
Pour revenir à ta question, à l’étonnement que des gens de ma génération puissent être à l’unisson de leurs enfants ou de leurs petits-enfants, ça rejoint peut-être la première question, c’est-à-dire que les gens de ma génération dont tu parles, sont des gens à principes et quand on a des principes, on peut se tromper, on peut hésiter, mais on des guides, on a la boussole et nos principes étaient de toute façon des principes de refus de l’autorité absolue, arbitraire. Et sur ce point au moins, la révolution a rejoint Perspectives : sur le fait que nous ne voulions pas admettre que le Père de la Nation nous dicte ce qu’il fallait, ce qui était bien pour notre bien, nous rejoignons la révolution, nous rejoignons ces jeunes qui disent : “Dégage !” à qui veut leur donner des leçons. Pas de leçons, pas d’intimidation. Nous croyons – enfin, moi je le pense et je crois que mes camarades le pensent aussi – que notre rôle est plus qu’un rôle de direction politique que nous sommes obligés de jouer plus ou moins dans certaines limites, que c’est beaucoup plus que ça, un rôle de transmission, un rôle de passeurs. Nous sommes des passeurs.
Nous avons une expérience, nous avons eu une activité, nous avons réfléchi, nous sommes venus après des générations de militants, dans un climat qui n’a rien à voir avec celui d’aujourd’hui, donc nous avons une responsabilité : c’est de dire aux gens, aux jeunes, voilà ce qui s’est passé, voilà comment c’était, voilà comment on est passés de la Tunisie des Ben Ghedahem****, c’est-à-dire des tribus qui se révoltaient contre le Bey, au colonialisme, au Protectorat, à la lutte contre le colonialisme, à la confiscation de cette lutte par un parti qui est devenu un parti unique et qui, à côté de réalisations très importantes qu’il a faites - parce qu’il en avait besoin pour construire sa propre domination -, a peu à peu tiré la Tunisie vers le néant, et vous les jeunes, qui avez refusé ce néant, vous êtes en réalité dans la pleine continuité de toutes luttes qui ont été menées contre toutes ces injustices que le peuple tunisien a subi, peut-être depuis Elyssa****, on n’en sait rien.
FG : Donc, si je comprends bien, on a un mouvement révolutionnaire dans lequel sont investies de grandes masses de jeunes, qui est polycentrique, créatif, simultané, qui fonctionne en réseau et à côté,   un pied dedans, un pied de hors, une espèce de conseil de sages qui éclaire ce mouvement, sans pouvoir, et sans même vouloir, le diriger. Ça, c’est des caractéristiques réellement postmodernes de la révolution. Comment est-ce que tout ça va pouvoir se traduire en termes d’institutionnalisation ? Est-ce que tu penses que la Tunisie va pouvoir créer l’équivalent pour cette région arabo-berbéro-méditerranéenne de ce que sont en train de faire les Boliviens ou les Equatoriens, avec leur État plurinational, avec leurs  Constitutions où ils intègrent des concepts indiens comme le “bien-vivre” ?
GN : La chance de la Tunisie, c’est d’avoir été un pays depuis très, très longtemps urbanisé. Nous sommes des citadins. Dans ce pays, être citadin, c’est d’abord accepter d’avoir des voisins, donc forcément trouver un terrain d’entente, un terrain de coexistence. Le citadin est un homme qui négocie, qui négocie son mode de vie, qui négocie ses relations et qui, par conséquent, est porté à plus de réflexion que celui qui n’est pas citadin et réagit par impulsions. Ça, c’est la première chance. La seconde chance, qui découle peut-être de la première, c’est que c’est un peuple cultivé, de très longue date -ce n’est pas d’aujourd’hui que ça date – et qui a tout naturellement produit des dirigeants qui ont été dans le sens du développement de la culture, ou du moins de l’éducation . Le résultat c’est que, tandis que, dans des conditions relativement semblables, les Algériens se précipitent avec des pierres et des cocktails Molotov contre des forces de sécurité infiniment supérieures et finissent par abandonner, les Tunisiens, pratiquement les mains vides, ont tenu, parce que, en plus de la révolte, il y avait la conscience du caractère inacceptable de la situation…
FG : C’est la force de l’esprit…
GN : Exactement, c’est la force de l’esprit et d’un esprit qui avait un aliment. Tu as parlé tout à l’heure d’une éducation boiteuse, de jeunes diplômés qui sont souvent peu alphabétisés. C’est possible, mais il faudrait comparer la situation actuelle à celle dont nous avons hérité à l’indépendance. A l’indépendance, nous avions une élite extrêmement cultivée –Collège Sadiki, universités françaises etc. – et une masse énorme complètement analphabète, complètement écartée de la modernité. Aujourd’hui, nous avons une jeunesse qui est globalement alphabétisée, peut-être pas beaucoup, mais dont l’élite est numériquement, à peu près cent fois supérieure, à ce qu’elle était avant l’indépendance, ce qui fait que nous faisons de l’exportation de cerveaux, dans des conditions assez inégales, puisque nous formons des cerveaux, nous formons des gens pendant des dizaines d’années et que nous les vendons au prix du marché en Europe. Normalement, on devrait se faire payer la formation aussi. Un jeune ingénieur en informatique qui va travailler en France a coûté à peu près cinquante fois son salaire annuel avant de partir. Donc, il faudrait qu’on en ait quelques retours. Le problème de la société tunisienne, précisément, c’est qu’elle n’est pas capable de donner à tous ces gens qui sont formés un espoir quelconque de réussir dans leur pays. Là aussi, c’est impardonnable : un régime qui ne donne pas d’espoir à la jeunesse ne peut pas durer.
Donc, la révolution a été d’abord, essentiellement, un sursaut idéologique. Ça a été un sursaut de conscience contre ce qui empêchait les consciences d’exister. Et ensuite, parallèlement, elle a été un ensemble de revendications, de travail, de dignité, d’égalité, mais avant tout, elle était le refus – bien sûr implicite, inconscient, inexprimé – de cette situation où la majorité des jeunes étaient formés et où la société ne faisait que les rejeter. Et ça, ça n’est pas possible. On peut rejeter des gens sans aucune formation – Pompidou disait : « Il est très difficile de diriger un peuple cultivé » - mais on ne peut pas rejeter des gens qui ont de la culture, si minime soit-elle, et Ben Ali en est la preuve.
Notes
*Qu'as-tu fait de ta jeunesse ?  Itinéraire d'un opposant au régime de Bourguiba (1954-1979) suivi de Récits de prison, Éditions Les Mots passants, Tunis et du Cerf, Paris, 2009 ; Les mots passants vient de rééditer Cristal, récit de Gilbert Naccache (première édition 1982). De Gilbert Naccache, on peut aussi lire Le Ciel est par-dessus le toit, Nouvelles, contes et poèmes de prison et d'ailleurs, éd. du Cerf 2005. A paraître à l’automne 2011 chez Les Mots passants : Vers la démocratie.

**PSD : Parti socialiste destourien, nom du parti unique au pouvoir en Tunisie de 1964 à 1988, date à laquelle il fut rebaptisé RCD par Ben Ali.

***Mohamed Jegham et Kamel Morjane : politiciens du RCD de Ben Ali. Jegham, qui fut ministre de l’Intérieur et de la Défense de Ben Ali, fut un instant pressenti comme son successeur. Après la chute de Ben Ali il a créé avec Ahmed Friaâ le parti El Watan. Kamel Mojane, juriste et fonctionnaire international, a été le dernier ministre des Affaires étrangères de Ben Ali, maintenu à ce poste par Mohamed Ghannouchi, jusqu’à sa démission le 27 janvier 2011. Il a aussi créé un parti, L’Initiative.

**** Ali Ben Ghedahem : dirigeant de la grande révolte de 1864 contre le Bey. Arrivé avec son armée aux portes de Tunis, il fut exécuté traîtreusement alors qu'il était venu négocier avec le Bey.

***** Elyssa : fondatrice phénicienne de Carthage selon la mythologie grecque, elle était appelée Didon par les Romains.
Photos Fausto Giudice, Tlaxcala

lundi 13 juin 2011

Tunisie-France : l'affaire du 36 rue Botzaris

Pourquoi les Tunisiens doivent sauver #botzaris36 ?

En préambule je vous prie de m'excuser, j'écris dans l'urgence. Vous n'êtes pas à l'abris des coquilles, fautes d'orthographes, morceaux manquants...

#Botzaris36 ? De quoi s'agit-il ?


Pour ceux qui n'ont pas suivi, il s'agit à l'origine d’un « tag » Twitter qui permet de suivre l'actualité de l'occupation par les réfugiés tunisiens dits « de Lampedusa » d'un bâtiment situé à Paris 19e, 36 rue botzaris.

Ce bâtiment possède une charge symbolique forte car sous couvert d'avoir été le siège de l'association "Rassemblement des Tunisien de France" il s'agissait en fait du siège français du parti de Ben Ali le RCD, aujourd'hui dissous.

Il est réputé avoir été le lieu où étaient stockés les dossiers compromettants sur les dirigeants français afin de pouvoir exercer sur eux des pressions si nécessaire ; c'est de l'ordre de la rumeur car aucune preuve matérielle mais une rumeur très répandue en France et en Tunisie. Il est également réputé avoir peut-être été un lieu de torture : certaines personnes rencontrées cette semaine aux abords du bâtiment disent avoir été effectivement victime de tortures au 36 rue Botzaris. Ce sont des suppositions, certes, mais elles existent de longue date et sont partagées par beaucoup de monde ce qui laisse penser qu'elle sont au moins partiellement vraies.

En revanche on peut affirmer que le bâtiment est rempli de documents sur le RCD, ses adhérents, sa comptabilité, etc.

Ce bâtiment ne bénéficie d'aucun statut particulier, ce n'est ni un consulat ni une ambassade. En revanche il est la propriété de l'État tunisien, et à ce titre la police française ne peut légalement pénétrer dans ce lieu qu'avec l'accord de la Tunisie, en l’occurrence par la voix de l'ambassade de Tunisie en France.

Enfin basiquement ce sont des gardiens qui gèrent le lieu. Ils sont là depuis longtemps, depuis l'ancien régime.

L'Ambassade de Tunisie en France ?


L'ambassade supposée représenter l'État Tunisien en France ne remplit absolument pas cette fonction. En tous les cas pas sur le plan politique. Le dernier ambassadeur datant de l'ancien régime a été tardivement limogé, le 15 mars 2011, soit trois mois après la fuite de Ben Ali.

Depuis aucun ambassadeur n'a été nommé à sa place. Sans doute parce qu'il est difficile de trouver quelqu'un qui fasse le consensus et ne soit pas soupçonnable de travailler pour le RCD en sous main. Mais de fait, l'ambassadeur parti son équipe est toujours en place et les fonctionnaires qui font tourner l'Ambassade sont probablement d'ancien membres du RCD aussi. Et ce sont ces fonctionnaires qui prennent les décisions impliquant le bâtiment du 36 rue Botzaris depuis une semaine lorsque a débuté son occupation par les réfugiés.

On peut légitimement douter que les décisions prises par l'ambassade soient motivées ni par l’intérêt du nouveau régime tunisien ni par l'intérêt des réfugiés et du peuple tunisien libéré.

Que s'est il donc passé ?


Je ne vais pas remettre les dates car je ne les ai pas noté, et ce n'est pas le sens de ce billet de reconstituer les faits avec une exactitude millimétrique.

Aussitôt l'occupation démarrée le 31 mai, un impressionnant arsenal policier entoure le bâtiment. A force de gazage et d’intimidation (le préfet sur place dit posséder l’autorisation de l’ambassade pour évacuer, mais ne peut la présenter), la police parvient à faire sortir la moitié des occupants, reste un groupe de 17 qui vont s'organiser. Finalement la police quitte les lieux ne laissant visible qu'une voiture avec deux agents.  Au bout de 24 heures cette voiture disparaît elle aussi. A ce moment-là on peut croire que le squat est protégé par l'ambassade. Les occupants s'engagent tacitement à n'occuper qu'une partie du bâtiment et de ne pas accéder aux étages "interdits".

Après deux ou trois jours on assiste à une opération d'exfiltration par la police française et avec l'aide des gardiens : policiers en uniformes et agents en civils se postent à l'entrée coté jardin (celle que les occupants n'utilisent pas) et les gardiens leur remettent des sacs et au moins une mallette. Les policiers repartent. Il y a des témoins oculaires de la scène dont un vidéaste.

On commence donc à s'agiter autour des documents que le bâtiment renferme.

En début de cette semaine le bâtiment accueille une deuxième vague de réfugiés qui occupent alors les caves. Des bagarres éclatent. On ne suit plus très bien ce qui se passe. Il s'avère que les étages interdits sont ouverts. Des photos de documents, des vidéos, sont diffusées en ligne. On observe alors l'interruption du réseau de téléphonie mobile aux abords du bâtiment. Le soir-même, la police intervient et évacue le bâtiment sur ordre de l'Ambassade.

Tout le monde est embarqué au commissariat, et revient sur les lieux quelques heures plus tard : le bâtiment est de nouveau occupé.

Mais ce n'est plus la bonne entente du début. Il semble que certains réfugiés agissent pour le compte d'entités extérieures. Sont refoulées un certain nombre de personnes dont celles qui sont en soutien actif depuis le début. Apparaissent alors deux "vieux tunisiens" qui rôdent ouvertement aux abords du bâtiment. Les jeunes réfugiés les entourent. On peut penser qu'ils ont fait un putsch sur le squat, probablement avec un peu d'argent ce qui ne peut évidemment pas laisser insensible des jeunes gens qui sont dans la misère à Paris depuis plusieurs mois.

Mais quels sont les enjeux ?


Je vais faire simple : la Tunisie a renversé un régime dictatorial. Avant de s'effondrer ce régime à détruit ses archives, il n'y a plus de trace écrite, la Tunisie doit se reconstruire sans pouvoir accéder à son passé immédiat.

Le bâtiment du 36 rue Botzaris est l'un des derniers endroits recelant des archives de l'ancien régime tunisien. Les évènements de ces jours-ci ont probablement permis à ceux qui en avait intérêt de faire disparaître un certain nombre de pièces compromettantes. Le fait que les jeunes Tunisiens soient maintenant sous l'emprise de probables anciens membres du RCD laisse penser que la suite des pièces va disparaître.

Il est * * * * * * U R G E N T * * * * * * que le peuple libre de Tunisie reprenne la main!

Notamment en reprenant le contrôle de l'ambassade. Il faut nommer un ambassadeur dan sla journée. Quelqu'un qui ne laisse aucune prise au RCD même s'il n'a pas de formation diplomatique. A l'heure où j'écris c'est le "vieux Kamel", le barbu, qui a pris la main et négocie aussi bien avec l'ambassade qu'avec la préfecture de police française. Je répète il y a URGENCE.

Par ailleurs On peut imaginer une procédure juridique (là je n'y connais rien du tout) qui mette le bâtiment sous scellés le temps que la Tunisie organise en transparence et avec tout le contrôle nécessaire le dépouillement des documents restant dans les lieux. J'aimerais en profiter pour dire aussi à ceux qui ont récupéré des documents de ne pas les diffuser sans savoir précisément de quoi il s'agit. Rien ne sert d'exposer des identités à la vindicte populaire.



Voilà. Je crois que cela répond au moins en partie à la question : Pourquoi les Tunisiens doivent sauver #botzaris36 ?

L’importance méconnue de la rue Botzaris
par Fabien Abitbol, Ménilmontant, mais oui madame..., 9/6/2011


Le 36 de la rue Botzaris est occupé depuis le 31 mai. Dix jours déjà. Par des «Tunisiens de Lampedusa», dont une poignée de dix-sept à l’origine, rapidement devenus quarante-et-un. Ce bâtiment, officiellement dénommé Centre culturel tunisien entre autres dans l’annuaire de la Chambre tuniso-française de commerce et d’industrie (CTFCI), abritait de nombreuses activités.

P19_Botzaris-drapeaux Depuis avant mon arrivée à Ménilmontant fin 1996, je savais qu’il y avait, près des Buttes-Chaumont, un bâtiment aussi discret qu’important pour la Tunisie. Ce n’est que plus récemment, il y a un peu plus de dix ans, que j’ai localisé son entrée. En fait son entrée principale, car l'entrée secondaire, plus sensible politiquement, est ici. Cette localisation, je la dois à divers témoignages recueillis auprès d’opposants au régime. De “vrais” opposants, de bien, bien, bien avant décembre 2010.
Au hasard de mes recherches sur l’ancienne formule (http://www.tunisitri.net/)  du site Internet de l’ITRI, un texte de Fausto Giudice m’a interpellé. A l’occasion des dix ans de régime benaliste, 202 personnes avaient signé au 9 avril 1997 en Tunisie un appel demandant l'instauration de la démocratie. Alors que la collecte des signatures continuait, un rassemblement s’organisait, à Paris, symboliquement au 36, rue de Botzaris.
Pour les plus jeunes, a fortiori ceux qui arrivent de la Tunisie depuis quelques mois, ces choses-là sont inconnues. Pour les Parisiens de fraîche date ou ne résidant pas à proximité des Buttes-Chaumont, pareil. Mais combien d’autres savaient et n’ont pas prêté attention, ou rapidement réagi? Combien d’autres, moi y compris?
Dans son texte intitulé La peur change de camp, que j’avais mis en lien hypertexte cliquable dans mon sujet annonçant l’occupation —espérant par-là attirer l’attention de quelques confrères— Fausto Giudice écrivait :
Pourquoi ici?
Nous sommes rassemblés face au 36 rue Botzaris. A cette adresse, devant vous, se dresse une forteresse bien protégée par un haut mur et des grilles. Cette forteresse est à l'image du palais de Carthage où trône, retranché, le tyran tunisien, le général Zine El Abidine Ben Ali. Cette forteresse est à l'image du régime tunisien. Dans ces locaux, qui bénéficient d'un statut diplomatique, en tant qu'annexé de l'ambassade de Tunisie située rue Barbet de Jouy, se trouvent officiellement le "centre culturel" de l'ambassade et le Rassemblent des Tunisiens de France (RTF), l'amicale contrôlée par le régime. Officieusement, c'est le RCD, le parti de Ben Ali, qui siège ici. Et en réalité, cette forteresse est une des bases à partir desquelles le régime tunisien contrôle, réprime et agresse la communauté tunisienne en France. C'est d'ici que sont diffusés les ordres de Ben Ali, c'est ici que se concoctent des agressions, des campagnes d'intimidation et de calomnie contre des réfugiés tunisiens.
A notre avis, les activités illégales et louches qui se déroulent au "36" sont en contradiction flagrante avec son statut diplomatique. Le "36" dépend en effet plutôt du ministère de l'Intérieur tunisien que du ministère des Affaires étrangères. Ce lieu ressemble plus à un des nombreux lieux secrets de détention et de torture disséminés en Tunisie qu'à un "centre culturel". Voilà pourquoi nous sommes ici aujourd'hui.
Dans son sujet publié hier sur Mediapart (à lire ici gratuitement), Mathieu Magnaudeix évoque un «bâtiment de sinistre réputation dans la communauté tunisienne de France».
C’est pourquoi, dès le début, j’ai décidé de passer le plus de temps possible à l’intérieur du 36. Une jeune camarade (@MsTeshi), de vingt ans ma cadette, y était 24h/24. Nous étions en relation quasi-permanente par SMS et par le réseau social Twitter.

P19_Botzaris-soupirailVL
Dans la cour intérieure, à droite de la voiture de droite, on distingue un soupirail. C'est la seule ouverture vers l'extérieur dont sont équipées les «caves de Botzaris». Photo: F. A.

Je cherchais ce que les opposants victimes de la répression tunisienne que j’avais pu rencontrer appelaient les «caves de Botzaris». En vain. Je passais pourtant quasiment dessus chaque jour. J’en avait même photographié l’unique soupirail, que l’on voit à la droite des voitures à l’immatriculation diplomatique garées pour des raisons qui m’échappent dans la cour du “36” alors que l’immeuble possède au moins deux boxes privés. Je n’avais pas compris,… jusqu’à la nuit de lundi à mardi où, y retournant vers 2 heures du matin avec @MsTeshi (qui avait décidé de quitter les lieux), j’ai enfin vu que ces caves n’étaient héélas pas une légende.
C’est ce récit d’une semaine de patience et de recherches, d’émotions aussi, que je souhaite mettre en ligne prochainement, avec des illustrations afin que chacun puisse se faire une idée.
Fabien Abitbol
Notes :
• Dans l’attente du récit de cette semaine, il est possible de lire sur Politikio ce qu’en pense un quasi-voisin des lieux…
• Ce qui concerne le 36 de la rue Botzaris est à suivre sur twitter en cliquant ici. On y trouve des infos en temps réel, des photos, des vidéos, etc…

Bonus

La rue du Plateau, cruciale pour les Tunisiens


Le 42 rue du Plateau, dans le 19e arrondissement. Une façade étrange, aux volets clos, sans nom à la porte…

P19_Botzaris-Fessart-façade
Le 42 de la rue du Plateau est séparé du 36 de la rue Botzaris par un jardinet qui marque l’angle entre les deux rues perpendiculaires. En réalité, les deux bâtiments communiquent, et pas uniquement par le jardin. Le rez-de-chaussée de la rue du Plateau est le sous-sol de la rue Botzaris.

C’est ainsi que les opposants au régime de Ben Ali qui ont eu l’occasion d’être emmenés au 36 rue Botzaris ont parfois parlé des «caves de Botzaris», et n’ont jamais connu la rue du Plateau.

Jusqu'à ces derniers temps, les Parisiens du secteur connaissaient bien cet immeuble, mais de l'extérieur, et pour cause: à deux pas se trouvait  le Trésor Public, désormais fermé… pour travaux et probable cession des murs, rigueur oblige.

Pour en savoir plus sur l’importance de ce curieux bâtiment, sur lequel des historiens devraient désormais se mettre à travailler, cliquer ici.

F. A.

EXTRAITS DES ARCHIVES DE BASTA !
Rassemblement contre la dictature tunisienne devant le “Centre culturel” tunisien 36, rue Botzaris (Paris) le 3 mai 1997

Organisé par l’AZLS à la veille d’une visite du général Ben Ali à Paris (finalement annulée), ce rassemblement avait pour but de dénoncer le rôle de QG des barbouzes du régime tunisien de ce “Centre culturel” situé derrières les Buttes-Chaumont. De nombreux policiers tunisiens avaient été dépêchés de Tunis pour cette occasion. Les parents des enfants suivant des cours d’arabe au centre avaient été mobilisés pour contre-manifester, à l’abri des grilles du centre, avec une immense banderole proclamant “Tunisie, terre de tolérance”, ce à quoi nous avons répondu : “Maison de tolérance, oui, et Ben Ali et son patron”. Voici le tract distribué à cette occasion.

Pourquoi ce rassemblement?
Nous sommes rassemblés aujourd'hui pour protester contre la répression exercée par le régime tunisien contre toute forme d'opposition, en Tunisie et à l'étranger.

Pourquoi ici?
Nous sommes rassemblés face au 36 rue Botzaris. A cette adresse,
devant vous, se dresse une forteresse bien protégée par un haut
mur et des grilles. Cette forteresse est à l'image du palais de
Carthage où trône, retranché, le tyran tunisien, le général Zine
Abidine Ben Ali. Cette forteresse est à l'image du régime tunisien.
Dans ces locaux, qui bénéficient d'un statut diplomatique, en tant
qu'annexe de l'ambassade de Tunisie située rue Barbet de Jouy, se
trouvent officiellement le “centre culturel” de l'ambassade et le
Rassemblent des Tunisiens de France (RTF), l'amicale contrôlée par le
régime. Officieusement, c'est le RCD, le parti de Ben Ali, qui siège ici.
Et en réalité, cette forteresse est une des bases à partir desquelles
le régime tunisien contrôle, réprime et agresse la communauté
tunisienne en France. C'est d'ici que sont diffusés les ordres de Ben
Ali, c'est ici que se concoctent des agressions, des campagnes
d'intimidation et de calomnie contre des réfugiés tunisiens.
A notre avis, les activités illégales et louches qui se déroulent au
"36" sont en contradiction flagrante avec son statut diplomatique.
Le "36" dépend en effet plutôt du ministère de l'Intérieur tunisien
que du ministère des Affaires étrangères. Ce lieu ressemble plus à
un des nombreux lieux secrets de détention et de torture disséminés
en Tunisie qu'à un "centre culturel". Voilà pourquoi nous sommes ici
aujourd'hui.

Pourquoi “bouche cousue?”
Nous voulons faire voir l'état dans lequel Ben Ali à mis le peuple
tunisien, empêché de s'exprimer, jeté en prison, torturé, contraint à
l'exil et menacé, même dans les pays où il trouve asile. Nous
demandons à tous les participants de profiter de ce rassemblement
silencieux pour penser à toutes celles et tous ceux qui sont morts
pour la liberté en Tunisie, à toutes celles et tous ceux qui
croupissent dans les cachots de Ben Ali. Et aussi pour réfléchir aux
actions que nous pourrions mener ensemble dans les temps qui
viennent.

Et après?
Nous pourrons parler de tout cela, à bouche décousue, à la réunion
qui aura lieu après le rassemblement. Nous vous informerons à 17
heures, au moment de la dispersion, qui aura lieu en bon ordre.
Merci de votre participation.

Liberté, justice, démocratie pour la Tunisie

ALLIANCE ZAPATISTE DE LIBÉRATION SOCIALE

3 mai 1997

PENDANT ET APRÈS LE RASSEMBLEMENT, NOUS VOUS PRIONS DE
RESTER CALMES, SILENCIEUX ET SOUDÉS. NE RÉPONDEZ PAS AUX
  ÉVENTUELLES PROVOCATIONS. CELA SEMBLE ÉVIDENT, MAIS IL VAUT
MIEUX LE PRÉCISER, N'EST-CE-PAS?



TUNISIE 1997 : Petit bilan d'une petite campagne contre un petit dictateur
par Fausto Giudice, Basta ! Journal de marche zapatiste.N°7- 29 novembre 1997

Après une période d'apparente hibernation mise à profit pour nous informer sur le monde comme il va, l'AZLS se devait, pour son offensive de printemps 1997, de choisir une cible à sa mesure. Petite organisation dotée de faibles moyens mais aux immenses ambitions, nous ne nous sentions cependant pas en mesure de nous mesurer d'emblée au Laogai chinois et à ses dizaines de millions d'esclaves ou à l'Europe de Maastricht ou même aux fauteurs de la guerre au Kurdistan, pour citer pas tout à fait au hasard quelques possibles objets de campagne.
Nous avons donc choisi un dictateur au petit pied, qui fait souffrir les 10 millions d'habitants et d'exilés de ce petit pays qu'est la Tunisie. Le Général Ben Ali a réussi, en dix ans, à mettre en coupe réglée la Tunisie, profitant de l'ombre portée de ses confrères et amis algériens pour encaserner tout un peuple. Il a pu agir en toute impunité grâce à l'aveuglement des «grandes démocraties», au nom de la lutte contre le nouvel ennemi du genre humain, l'islamisme, venu fort à propos remplacer le péril bolchevik depuis une quinzaine d'années.
Sacré «démocrate», le Général en a profité pour piller le pays, remplir ses coffres et ceux de son clan et éliminer toute opposition. A-t-il pour autant écrasé toute résistance?
Nous savons de bonne source que non.
Deux éléments ont contribué à nous mettre en campagne: une nouvelle agression de la part de sbires de Ben Ali contre un réfugié tunisien en France, auteur d'un livre de dénonciation des méthodes benaliesques, Le Supplice tunisien [Editions La Découverte]. Une première agression, impunie à ce jour, avait été commise contre le même Ahmed Manaï un an plus tôt, sans susciter beaucoup de réactions. Une autre grave agression avait été commise, en plein Paris, contre un autre citoyen tunisien défenseur des droits de l'homme en Tunisie, Mondher Sfar. Le choix de ces victimes par les services de Ben Ali n'était pas le fruit du hasard: dans les deux cas, il s'agissait de personnes indépendantes des groupes politiques tunisiens existants et oeuvrant dans un esprit unitaire pour les droits de l'homme en Tunisie.
La division - l'atomisation même - de l’opposition étant le grand allié de Ben Ali, il s'agit pour lui d'empêcher tout rapprochement entre diverses sensibilités et d'éviter la naissance de dynamiques nouvelles, rompant avec les pratiques et méthodes qui ont définitivement fait leur temps, en Tunisie comme ailleurs. Et le meilleur moyen d'obtenir cela, c'est, pour Ben Ali comme pour tous ses semblables, la terreur et la violence physique, associées à la diffamation et à la corruption.Pour la diffamation, le Palais de Carthage et ses officines parisiennes sont passés maîtres dans l'art de la diffamation, utilisant des feuilles illégales et anonymes distillant des mensonges à la petite semaine, mais aussi des montages vidéo du pire acabit.
La deuxième motivation de cette campagne, lancée le 9 avril dernier, était l'imminence d'une visite officielle de Ben Ali en France. Prévue initialement pour 1996 puis repoussée au 5 mai 1997 et enfin au 20 octobre 1997, cette visite aura été l'occasion pour l'opinion française d'en savoir un peu plus sur ce régime et ses méthodes.
Nous avons donc organisé, après un mois de préparatifs un premier rassemblement sur le thème Ben Ali, 10 ans ça suffit et RCD=Répression, corruption, délation [le RCD est le parti unique au pouvoir, qui revendique le nombre fabuleusement soviétique de ...1 700 000 membres! Mais il ne faut s'étonner de rien au pays d'un Ben Ali, élu avec 99, 92% des voix!...].Ce rassemblement a donc eu lieu le 3 mai rue Botzaris, dans le XIXeme arrondissement de Paris, devant les locaux d'une annexe de l'ambassade de Tunisie, qui abrite (officiellement le RCD, l’ ATF, une association- croupion du régime, le «centre culturel» et une partie des activités des barbouzes de Ben Ali à Paris.Leur accueil a été à la mesure de leur peur. Le solide cordon de CRS nous séparant ne les a pas empêchés de se livrer à de nombreuses provocations et de nous filmer abondamment, après avoir envoyé se mêler à nous une femme couverte d'un voile noir intégral, afin d'alimenter leur propagande standard, selon laquelle tout ce qui est contre Ben Ali est islamiste.Manque de pot pour ces messieurs, l'AZLS n'a, c'est le cas de le dire, ni dieu ni maître autre qu' Emiliano Zapata, seul chef que nous reconnaissions et que nous avons choisi pour des raisons pratiques: il est mort depuis 1919 en fait, il n'est pas vraiment mort, mais ceci est une autre histoire] et nous préférons avoir un chef mort qu'un chef vivant. Nous nous sommes d'ailleurs toujours méfiés des chefs, avec et sans barbe, avec et sans moustache. Le rassemblement catalyseur a été suivi de plusieurs mois d'un travail d'information sur la Tunisie relativement «intensif à travers la France et plusieurs pays d'Europe, fous avons diffusé un nombre important de tracts et de journaux en français, en arabe et en anglais informant sur a situation en Tunisie. L'écho suscité a été généralement positif, évidemment surtout en Tunisie, où notre matériel a bien circulé. Aucune dictature, si féroce soit-elle, ne peut désormais édifier des barrières infranchissables autour du peuple qu'elle opprime. Merci donc à tous nos amis européens qui ont mis à profit leurs vacances en Tunisie pour faire œuvre utile d'information! Cet aspect de notre campagne était évidemment fondamental, dans la mesure ù nous voulions faire savoir à la société tunisienne - aux prisonniers d'opinion, aux citoyens privés de libertés et harcelés, aux intellectuels qui n'ont pas plié - qu'elle n'est as abandonnée à son sort et que ses actes de résistance ont et seront appréciés et soutenus à travers le monde.La visite de Ben Ali a ensuite été l'occasion d'une série d’actions de protestation et d'information, auxquelles nous avons participé. Les autorités françaises ont tout de même interdit un rassemblement devant l'Hôtel de Ville de Paris, où Tiberi accueillit Ben Ali, mais ce dernier a quand même entendu les cris Ben ALI assassin!, malgré ses très nombreux sbires présents et l'interpellation de 20 manifestants. Il a donc piqué un petit sprint à sa descente de voiture. Il devrait faire du sport; il fait de la mauvaise graisse, cet homme...Bref, Ben Ali n'a pas du tout apprécié l'accueil que lui ont réservé les médias, les politiciens français et les organisations de défense des droits de l'homme. Il s'est même fâché tout rouge et est reparti plus tôt que prévu, annulant la partie privée de son séjour... Nous ne pouvons Que l’encourager à continuer de se fâcher et vive l’apoplexie !

La campagne Ben Ali, 10 ANS, Ca SUFFIT ! s’est enfin clôturée par une marche aux flambeaux organisée par l’AZLS le 7 novembre, date- anniversaire du coup d’Etat commis par Ben Ali en 1987, de Jussieu à la Bastille, qui nous a permis de sensibiliser encore plusieurs milliers de personnes.En définitive, cette campagne a été un excellent stimulant pour toutes celles et tous ceux qui y ont participé de près ou de loin. Elle a permis à des Tunisiens de divers courants et à des citoyens d’ailleurs de travailler ensemble, elle a amené les uns et les autres à se positionner et à commencer- ou recommencer- à se bouger un peu, à sortir de la léthargie.L’AZLS a tenté par cette petite campagne de créer un espace d’information, d’initiative et d’_expression sur la Tunisie et de montrer qu’on pouvait agir même sans grands moyens. La balle est maintenant dans le camp des Tunisiens qui aspirent vraiment à la liberté, à la justice et à la démocratie.

Le tract de la campagne

BASTA - YEKFI !
Ben Ali, 10 ans, ça suffit !

Le 7 novembre 1987, le policier Zine El Abidine Ben Ali a pris le pouvoir en Tunisie par un coup d’État, avec la bénédiction des capitales occidentales.

Dix ans plus tard, le bilan de ce pouvoir illégitime est catastrophique pour le peuple tunisien. Ben Ali et son clan ont littéralement fait main basse sur le pays. La société civile a été écrasée par la terreur et la corruption. Toutes les libertés ont été supprimées. Un petit groupe d'affairistes s'est enrichi au détriment de la masse des citoyens, réduits à l'état de sujets. Des milliers d'hommes et de femmes sont emprisonnés ou exilés pour avoir osé réclamer la justice sociale et la dignité. La torture est une pratique quotidienne dans les casernes, les commissariats et jusque dans les locaux du ministère de l'Intérieur, en plein centre de Tunis, à côté de l'hôtel Africa.

L'accord de partenariat économique avec l'Union européenne ne fera qu'aggraver les conditions de vie des petites gens, en détruisant encore plus le tissu social, par la privatisation des entreprises publiques, la disparition des petites et moyennes entreprises et l'accaparement des terres agricoles, tout cela sous couvert de mise à niveau et de néo-libéralisme. En 1996, 542 000 touristes français ont passé en Tunisie quatre millions de nuits. Plusieurs millions d'Européens passent chaque année leurs vacances en Tunisie et croient connaître ce pays. Ce qu'ils en voient est un mirage. Derrière la vitrine touristique, il y a la souffrance et la résistance d'un peuple qui aspire à la liberté, à la justice et à la démocratie.

Manifestez votre solidarité
en participant à la manifestation
pour la liberté, la justice et la démocratie en Tunisie
le vendredi 7 novembre 1997 Rassemblement à 18 heures à Jussieu


alliance zapatiste de libération sociale
Fondée en mars 1995 par les signataires du Manifeste
zapatiste, l'Azls a pour objet de lutter pour la liberté, la
justice et la démocratie en Europe et dans le monde.

Lisez basta!, journal de marche zapatiste.

[Ce tract a été distribué à plusieurs milliers d'exemplaires sur les marchés parisiens et ailleurs tout au long de l’automne 1997]


mercredi 9 février 2011

“Nous devons écrire la nouvelle histoire de la Tunisie” : Entretien avec Houcine Jaziri et Riadh Bettaieb, du parti En-Nahdha

Dans leur traitement de la révolution tunisienne, les médias français ont très rarement donné la parole aux responsables d’En-Nahdha alors que ce parti fut incontestablement l’une des principales forces d’opposition à la dictature pro-occidentale de Zine el-Abidine Ben Ali. Voulant chercher à comprendre dans quelles perspectives ils s'inscrivaient nous avons rencontré deux militants d'En-Nahdha en exil en France.

Houcine Jaziri est porte-parole à Paris et membre dirigeant d’En-Nahdha. Il vit en exil en France depuis vingt ans. Riadh Bettaieb est membre dirigeant d’En-Nahdha. Il vit lui aussi en exil en France depuis vingt ans.
Youssef Girard : Pouvez-vous nous présenter En-Nahdha ?
Houcine Jaziri : En-Nahdha est un parti politique qui s’inscrit dans un courant culturel arabo-musulman. Ses objectifs politiques sont la démocratie et les libertés. En-Nahdha veut mettre en œuvre ces objectifs en inscrivant la Tunisie dans un contexte arabo-musulman.

En-Nahdha est sur la scène politique tunisienne depuis le 6 juin 1991, date de l’annonce de sa création. Toutefois, En-Nahdha s’inscrit dans l’héritage du MTI (Mouvement de la Tendance Islamique) créé le 6 juin 1981. Depuis environ trente ans, le mouvement a connu de nombreuses évolutions.

Dès 1981, le MTI, au lieu d’être reconnu, a subi la répression, et ses militants les emprisonnements. Cette répression s’est poursuivie durant les années de règne de Ben Ali qui ont été nommées les « années de l’enfer de Ben Ali ». Après sa création, En-Nahdha n’a pas été reconnu par le pouvoir tunisien qui l’a toujours considéré comme un parti interdit n’ayant pas le droit d’exercer ses droits politiques et culturels dans la société tunisienne. Pour cette raison, en Tunisie, l’histoire du mouvement s’est plus écrite en prison que dans le contexte social et politique du pays.

Après la chute de Ben Ali, avec la révolution tunisienne, une nouvelle ère s’ouvre pour la Tunisie. En-Nahdha s’inscrira dans ce nouveau contexte politique, social et culturel. Pour cela, En-Nahdha va s’efforcer de se rétablir en Tunisie afin de participer à la reconstruction de la société tunisienne ravagée par la dictature de Ben Ali.
Youssef Girard : Vous parlez de courant arabo-musulman, pouvez-vous nous expliquer les références intellectuelles d’En-Nahdha ?
Houcine Jaziri : Le mouvement a été fondé comme un mouvement politique mais en même temps comme un mouvement social et culturel. Il s’agissait de développer la vision d’un islam modéré dans un contexte arabo-musulman oriental. Cela s’inscrivait aussi dans le contexte de l’après indépendance où l’idéologie bourguibienne  mise en œuvre par le pouvoir visait à occidentaliser totalement la Tunisie.

Dans ce cadre, le mouvement de renouveau arabo-musulman est apparu pour présenter une autre lecture de l’histoire de la Tunisie. L’objectif était de réaffirmer l’identité arabe et musulmane de la Tunisie contre le pouvoir occidentaliste. Cette réaffirmation de l’identité arabe et musulmane du pays ne signifiait pas un rejet total de la culture occidentale car la Tunisie reste un pays ouvert.

Le mouvement s’attache à présenter une lecture moderne et ouverte de l’islam et, en même temps, profonde et équilibrée notamment sur la question des liens entre le politique et le religieux.

Riadh Bettaieb : Notre mouvement cherche la conciliation de notre civilisation arabo-musulmane, de notre culture arabo-musulmane, et des valeurs universelles de la démocratie, des droits de l’homme, de respect des libertés publiques et privées et d’ouverture. Avant même la création officielle du MTI en 1981, notre mouvement, aux niveaux estudiantin, syndical ou dans la jeunesse, était connu par le peuple tunisien pour son engagement en faveur de la conciliation entre l’héritage arabo-musulman et la modernité.

Pour nous, il n’y a pas de contradiction entre les valeurs arabo-musulmanes et les valeurs universelles de la démocratie et des droits de l’homme. C’est pour cela que, lors de la conférence de presse annonçant la création du MTI en 1981, nous avons insisté sur ces valeurs. A l’époque, en réponse à une question qui nous avait été posée sur notre respect de la démocratie, nous avions affirmé que nous respecterions le choix du peuple tunisien même s’il choisissait le Parti communiste. C'était une manière d’expliquer notre attachement à la démocratie et au choix du peuple. Nous voulons participer au débat démocratique en présentant et en défendant notre programme dans un cadre pluraliste.

Nous avons œuvré à défendre cet attachement aux valeurs arabo-musulmanes et aux valeurs universelles en agissant afin que cela se manifeste en revendications crédibles et réelles. Pour cela, nous avons commencé le travail unitaire avec des formations politiques tunisiennes de tous bords. Dans les années 1980, nous avons participé à la constitution de « comités de liaison » entre les différents partis politiques tunisiens, dont le Mouvement Démocrate Socialiste, le Parti Communiste ou le Mouvement d’Unité Populaire.

Au niveau de la question de la femme, notre interprétation de l’islam nous amène à considérer la femme comme l’égale de l’homme. Elle est responsable politiquement et elle est concernée par toutes les revendications du peuple tunisien. Rached Ghannouchi  avait une expression très connue affirmant que « les femmes constituent à peu près la moitié de la population et que l’autre moitié est éduquée par les femmes ». C'était une manière d’expliquer le rôle capital de la femme dans la société.
Youssef Girard : Durant le règne de Zine el-Abidine Ben Ali, En-Nahdha a été très durement réprimé. Pouvez-vous nous expliquer cette répression ?
Riadh Bettaieb : Durant l’ère Ben Ali, la Tunisie a connu une répression sans précédent dans son histoire. Le pouvoir s’est construit sur un esprit de vengeance, de haine et de barbarie.

En 1989, nous avions participé aux élections au travers de listes indépendantes. Les résultats de ces élections qui ont été falsifiés nous ont donné 17% des voix. Après cela, Ben Ali a considéré que notre mouvement n’avait plus le droit d’exister du fait de sa popularité. Ces élections ont été pour Ben Ali le prétexte pour éradiquer notre mouvement.

Durant la répression, il y eut plus de 50 000 militants d’En-Nahdha qui furent arrêtés. Environ 30 000 militants ont été emprisonnés en écopant de peines allant de quelques mois à la perpétuité. Plus de 000 militants d’En-Nahdha ont été condamnés à des peines dépassant les cinq ans d’emprisonnement. Ces arrestations et ces emprisonnements s’accompagnaient de tortures. Ce ne sont pas des chiffres très précis car il n’était pas évident de recueillir ces informations.

Plus de 1 500 militants d’En-Nahdha ont été contraints de fuir la Tunisie et de se réfugier dans différents pays de la planète. Les réfugiés politiques d’En-Nahdha se trouvent actuellement répartis dans plus de 50 pays à travers le monde.

La répression ne s’arrêtait pas aux militants d’En-Nahdha. Elle touchait aussi toutes leurs familles. C’était la terreur qui régnait. Dans les années 1990, le prisonnier lorsqu’il sortait de prison après trois, quatre ou cinq ans de détention, se retrouvait souvent isolé. Ses proches et ses voisins n’avaient pas le courage de l’approcher. Saluer un militant d’En-Nahdha ou soutenir sa famille équivalait à un acte politique de défiance du pouvoir. Nous étions en face d’une punition collective touchant toute la société tunisienne. Peu de familles n’ont pas eu au moins un membre de leur entourage touché par cette répression.
Youssef Girard : Ayant subi une telle répression, comment avez-vous perçu le mouvement de contestation du pouvoir de Zine el-Abidine Ben Ali qui a débouché sur la révolution tunisienne ?
Houcine Jaziri : Cette révolution est la révolution du peuple tunisien. En voulant étudier et analyser cette révolution, chacun pourra toujours dire qu’elle a commencé par tel mouvement, par telle résistance ou par tel parti. A mon avis, cette révolution est le fruit d’un état d’esprit et de conscience des Tunisiens qui est une vraie révolte contre ce pouvoir. Pour cette raison, on ne peut pas parler spécifiquement de militants d’un parti ou d’un groupe. Cette révolution a été portée par notre peuple tunisien par le biais de sa jeunesse, par le biais de la Tunisie profonde, des gens qui souffrent, qui en ont assez de la corruption, qui ne supportent plus l’injustice sociale et l’absence de libertés. Cette révolution a renversé Ben Ali parce qu’il incarnait la dictature et l’injustice sociale en même temps.
Youssef Girard : Justement, le mouvement contre Ben Ali est parti de problèmes sociaux structurels touchant la Tunisie. Comment En-Nahdha envisage de répondre à ces problèmes sociaux ?
Houcine Jaziri : La Tunisie après la révolution ne sera plus la Tunisie des partis ou d’un parti. Elle sera la Tunisie de toute la société tunisienne dans la diversité de ses composantes et de ses forces vives. Il faudra trouver de la place pour les partis politiques, pour l’intelligentsia, pour la jeunesse qui s’organise par le biais des associations et qui représente presque les deux tiers de la population tunisienne. Il faut instaurer le cadre démocratique permettant le dialogue entre toutes les composantes de la société. Il est nécessaire de faire appel à toute l’intelligence des Tunisiens à l’intérieur et à l’extérieur de la Tunisie pour reconstruire le pays.

Ce dialogue dans un cadre démocratique est nécessaire pour trouver des solutions aux problèmes sociaux car nous n’avons pas encore de véritables réponses à ces problèmes. Il faut élaborer de vraies réponses à ces problèmes et non se lancer dans des déclarations incantatoires sans effet. Nous devons élaborer des solutions d’ordre structurel qui seront difficiles à mettre en œuvre pour répondre aux problèmes du chômage et de l’injustice sociale.

Après la révolution, la bourgeoisie est toujours là! Les pauvres et l’inégalité sociale sont  toujours là! Il faudra trouver des solutions et impliquer toute la société tunisienne pour réussir à les inventer. Cela devra être le vrai travail à mener. Pour le moment, la reconstruction de la Tunisie nouvelle reposant sur la justice sociale n’est pas encore acquise.
Youssef Girard : Dans cette phase de transition, comment percevez-vous le gouvernement tunisien actuel ?
Houcine Jaziri : Premièrement, après la révolution, la priorité est tout d’abord d’ordre politique c’est-à-dire trouver le cadre politique pour commencer la reconstruction de la Tunisie. Deuxièmement, nous sommes aujourd’hui dans une période de transition qui doit permettre la passation de la révolution à la démocratie. Nous devons encore nous battre pour cette démocratie car l’ombre de l’ancien régime est encore présente. Les anciens piliers du pouvoir de Ben Ali sont encore là!

Pour cette raison, le gouvernement de l’après révolution a fait un faux départ. Il ne s’est pas véritablement ouvert aux nouvelles forces mais il a reconduit des hommes de l’ancien régime avec des ministres de Ben Ali; l'actuel premier ministre était le premier ministre de Ben Ali. Alors où est le changement ? Où est la révolution ? Nous avons peur que la révolution soit volée par des hommes de l’ancien régime.

Face à ces manœuvres, notre peuple est encore là! Nous sommes encore là! Jusqu’à aujourd’hui, il y a encore des dizaines de milliers de manifestants dans la rue. Il ne sera pas facile de voler la révolution au peuple tunisien.

Nous réclamons un vrai gouvernement d'union nationale qui soit représentatif de toutes les forces politiques et associatives. Cela est nécessaire pour inscrire la Tunisie dans une nouvelle ère démocratique.
Youssef Girard : Est-ce que vous seriez favorables au fait que les anciens membres du gouvernement de Ben Ali soient définitivement écartés de la vie politique tunisienne ?
Houcine Jaziri : Le RCD  devrait partir avec le pouvoir dictatorial déchu. On ne demande pas l’« épuration » ou la vengeance. Néanmoins, il y a parmi ces personnes des  hommes qui ont eu des responsabilités, qui ont torturé, qui ont volé la richesse de la Tunisie. La société tunisienne demande que ces hommes soient présentés à la justice tunisienne. Cela doit se faire sans vengeance et sans violence. Nous refusons que le sang soit répandu dans la Tunisie nouvelle. Cela pourrait dégénérer et entraîner des conflits dangereux.

Les anciens du RCD devraient rompre avec la dictature et ses pratiques sinon leur expérience sera encore dangereuse pour la Tunisie. Pour cette raison, nous demandons la dissolution du RCD. Après, les anciens du RCD pourront constituer de nouveaux partis.
Youssef Girard : Vous parliez des risques de confiscation de la révolution tunisienne, comment évaluez-vous les ingérences, ou les tentatives d’ingérences étrangères, actuellement à l’œuvre en Tunisie ?
Riadh Bettaieb : C’est le peuple tunisien et ses forces vives qui sont le vrai garant de la réussite de la transition démocratique. Grâce à ces forces, nous devons faire face aux menaces réelles de confiscation de cette révolution. En ce moment, il y a de nombreuses interventions étrangères qui veulent maintenir les structures de l’ancien régime.

Les institutions financières internationales voudraient que les mêmes technocrates gèrent l’économie et la finance en Tunisie en suivant les instructions de ces institutions étrangères. Nous considérons que les Tunisiens sont capables de gérer eux-mêmes leur économie. A ceux qui veulent imposer ces technocrates au nom de la compétence, nous répondons que c’est le peuple tunisien qui est garant de sa politique économique et financière. Les pays étrangers et les institutions internationales doivent respecter le choix du peuple tunisien. Nous refusons l’ingérence.
Youssef Girard : La gauche oppositionnelle tunisienne a créé le « Front du 14 janvier » , comment percevez-vous ce front et envisagez vous un travail commun ?
Houcine Jaziri : Le « Front du 14 janvier » représente une petite fraction de l’opposition tunisienne. Il est composé de l’extrême gauche tunisienne. Je n’ai pas d’autres remarques. Cependant, je n’aime pas trop que l’on parle au nom de cette révolution que ce soit au nom de l’islam, du peuple ou de la démocratie. Pour le moment, tous les Tunisiens doivent travailler ensemble.

Je pense que ce Front a été constitué de manière un peu prématurée. Je préférerais que l’on parle d’un Front de l’ensemble de l’opposition tunisienne et que l’on travaille tous ensemble. Que l’on se consulte tous! Après, ils ont le droit de s’exprimer dans des fractions ou des alliances que ce soit de gauche ou de droite, libéraux ou autres. L’essentiel est de travailler avec tout le monde. Ce n’est pas le moment de travailler en petits groupes, surtout lorsqu’ils sont fondés sur des bases idéologiques. C’est le moment de faire un travail ouvert, de trouver des solutions afin de barrer la route à toutes les tentatives de confiscation de cette révolution.
Youssef Girard : Comment analysez-vous l’attitude des partis politiques français par rapport à la révolution tunisienne ?
Houcine Jaziri : Ils sont en retard. Tous ne souhaitaient pas que la révolution tunisienne aboutisse. Je trouve ça vraiment dommage.

Nombre de partis politiques français savent qu’En-Nahdha jouera un rôle dans l’avenir de la Tunisie. Nous, nous travaillons à l’instauration d’un cadre démocratique. Après, chacun doit assumer ses positions.
Youssef Girard : Et l’attitude des autorités françaises ?
Houcine Jaziri : Vous connaissez très bien la situation actuelle. Je ne suis pas Français. C’est aux Français d’analyser ce qui se passe. L’intérêt de la Tunisie c’est de créer de nouvelles relations avec tout le monde. La Tunisie n’est plus la Tunisie de la dictature. Aujourd’hui, c’est la Tunisie de la démocratie!
Youssef Girard : Il y a environ 600 000 Tunisiens qui vivent en France actuellement. Quel rôle peut jouer l’immigration tunisienne vis-à-vis de la révolution en cours et du processus démocratique ?
Houcine Jaziri : Cette révolution a fait quelque chose d’extraordinaire. Aujourd’hui, un Franco-tunisien se sent beaucoup plus à l’aise dans son identité parce que l’on a fait des comparaisons entre la révolution tunisienne et la révolution française. Après la révolution, le Franco-tunisien se sent à cent pour cent français et à cent pour cent tunisien. Il n'est  plus en déséquilibre avec d’un côté une Tunisie qui est dans la dictature et de l’autre une France qui est dans la liberté. Il a pu se réconcilier avec son identité. Cela est dû à la révolution. Nous sommes entrés dans l’histoire et nous devons écrire la nouvelle histoire de la Tunisie.
 

lundi 10 janvier 2011

Tunisie : Un ancien député du RCD dévoile des secrets et donne des conseils à Ben Ali تونس- نائب تجمعي سابق يريد أن يكشف ما لديه من أسرار و ينصح بن علي بالمناسبة

Voici une importante confession, faite sous couvert d'anonymat, d'un ancien haut responsable de l'État et du RCD qui fait ici son autocritique, explique le système du régime, les raisons profondes qui ont abouti au soulèvement populaire actuel, avoue la rage de l'appareil sécuritaire contre la mafia présidentielle, et qui conseille à Ben Ali de partir. Source : Nawaat, 9/1/2011

قد وصلنا هذا المقال على بريدينا الألكتروني و رأينا من الفائدة نشره كما هو:

تملأ أعمدة المواقع المعارضة و الجرائد العربية والدولية مقالات تصدر عن معارضين راديكاليين، المعارضة في دمائهم ترى فيها أن تونس صارت جهنم، و في الصحافة الوطنية بكل وسائطها لا تجد الا اللغة الحطبية ذات القوالب الجاهزة التي تصورها كأنها جنة، فأردت أن أختلف عن هاتين المدرستين لأقدم رأيي بكل صراحة و دون خوف كموظف متقاعد تقلد مناصب ادارية في كل من وزارة الداخلية و الشباب و الرياضة و الوزارة الأولى و كنائب سابق عن التجمع و مسؤول عن ناد رياضي سابقا، رأيي في هذه المنظومة الادارية و السياسية و الأمنية و المالية العجيبة، و ليس من عادتي الكتابة و لا الاطلاع على صحافة المواقع الالكترونية، غير أنني أحسست أن قلبي معبي و عيناي ذرفت الدمع مرتين في وقت وجيز وأنا الذي لا تعرف عيناي الدموع لسنوات، مرة عندما رأيت الشعب التونسي الموصوم بالجبن و التزلف يستفيق و يثور و يصبح مضرب الأمثال عند الأشقاء العرب في الشجاعة و الاقدام و مرة ثانية عند سماع نبأ وفاة الشاب البوعزيزي رحمه الله، ربما لو توفي احد أبنائي حقا ما كنت لأذرف الدمع عليه كما فعلت مع هذا الشاب الذي مات وهو مقهور، مات و لم يرى حقه يرد اليه.
في تلك اللحظات و كأني استفقت من نوم دام ربما أكثر من أربعين سنة، زمن كنت أرى فيه الأمور من منظور آخر، لقد كنت أنظر لنفسي كرجل نظام ناجح ،حقق كل ما يصبوا اليه من مناصب و أموال و نفوذ و سلطة و لكني مع الدموع التي نزلت دون أن أتحكم بها، علمت أني أحب تونس و ليس نفسي و مصلحتي فقط كما كنت أظن، علمت أيضا أني أكره الظلم بالرغم من أني قد أكون أحد الظالمين دون أن أكترث في سبيل تحقيق مصلحتي لأي أحد.
في البداية قلت أن هذا التأثر لقصة مظلوم توفي دون مظلمته، دليل على تقدمي في السن لكن علمت أني استفقت من غيبوبة و من غسيل دماغ، لكني لست وحدي على ما يبدوا فعدد من أصدقائي و زملائي غيرت فيهم الماء التونسية الزكية السائلة شيئا في قلوبهم.
قررت أن أعاود الى الكتابة، و لكن ليس كالماضي حيث كنت أحسن كتابة تدخلات الوزراء للرد على أسئلة النواب و كنت أحسن كتابة المذكرات التي تعجب بصياغتها. فكرت في الكتابة احتفالا بولادتي من جديد و لأرى رأيي ينشر على الانترنات لأبدي مواقفي الجديدة بكل صراحة بعدما صرفت كل عمري في واجب التحفظ، مواقفي التي تختلف عن كلام المعارضة المندد و كلام الادارة الخشبي المكرر من أربعين سنة، لان كليهما يتحدث في العموميات و لا يأتي بجديد يشفي و يصلح. و لأكشف بعض الاسرار التي و ان سبقني لبعضها ويكيلكس لأنصح الرئيس و أطراف قوية حوله و بعيدة عنه.
و لا يفوتني أن البعض سيقول الشعب و كل مكوناته يريد التغيير، و أنت أيها المتقاعد المستفيق الضمير حديثا تأتينا بحلول ترقيعية لكيان في طريقه الى الانهيار بطبعه، لكن ربما هذا طبعي وطبع الكثير من أهل الساحل و من التونسيين بصفة عامة.

وسأوجه هنا كلامي مباشرة الى سيدي الرئيس: هناك معادلة يعلمها جميع اطارات الحزب و جميع القيادات الأمنية و الادارية وهي أن الاستقرار و الامن يتم بالاطعام من الجوع و الأمن من الخوف الا من الخوف من الدولة. وقد تمت المحافظة على هذه المعادلة أكثر من عشرين سنة و كنا في كل مرة نقترب أكثر من اللحم الحي و نقول يمكننا التقدم أكثر حتى نسينا هذه القاعدة بمرور الزمن و انشغالنا بمصالحنا الشخصية و كانت التقارير تفيد بأن الشعب ينعت نفسه بالجبن و الخوف و قد جاءتنا بعض الانذارات من هنا و هناك حتى جاءت حادثة سيدي بوزيد و بالرغم من ذلك مازلنا نقول يمكننا التقدم أكثر و فيما يلي التفصيل لأسباب اندلاع الاحتجاجات الشبابية:
- المحسوبية المستشرية في عمليات الانتداب و التشغيل، و كثير من المتخرجين دفعوا رشا هامة و لو يحصلوا على شيء في الوقت الذي لا يوجد أي جهاز في الدولة يراقب عمليات الانتداب عدى بعض التفقديات الوزارية التي لا حول لها قوة و تقوم بذلك في اطار عرائض و لا تصل في الاخير الى شيء. و حتى ان وصلت الى شيء كما هو حال المسؤول سيء الذكر في وزارة التربية فان القضاء و الأوامر العليا تحول دون تطبيق العقوبات و تسقط القضية لأسباب شكلية كعدم أخذ اذن قضائي للتنصت على المتهم الذي هو منتم لحزبنا العتيد كغطاء واق أثبت نجاعته و عندما يتحدث السيد الرئيس عن انتداب 4200 شاب دون التحدث عن طريقة انتدابهم أو تحديد الجهات المعنية فإن هذا يعني بالنسبة لبعض النواب و مسؤولي الحزب و الاطارات الجهوية و المركزية مزيدا من الرشى التي سوف تدخل الى جيوبهم لأن المواطنين البسطاء سوف يبادرون بأنفسهم للاتصال بهم لتوظيف أبنائهم مع تقديم تسبقة طبعا مع هذا الطلب. أما عن الحملة التي أذنت بها لانتداب 50 ألف عاطل من قبل المؤسسات الخاصة، فأريد أن أخبرك سيدي الرئيس بالتململ الشديد لرجال الاعمال على الاقل هنا في سوسة ومنهم أعضاء الاتحاد الجهوي للصناعة و التجارة الذي أبدوا علنا تمنيهم لرحيلك و الى الابد و أنك باطلاق يد أقاربك و أصهارك للاستراد اللامشروط للبضائع مما أنهك قطاع الصناعة في تونس و أدى الى افلاس الكثير و الباقية سوف تتبع في ظل ضغط الضرائب و الضمان الاجتماعي و 26 26 و السلط المحلية.
- انتشار الرشوة الكبيرة و الصغيرة حيث و بالرغم من لجان الصفقات التي أنشأتها في كل هيكل عمومي تقريبا فاني أكاد أجزم أنه لا توجد صفقة الا ووراءها شيء مشبوه – تجدر الاشارة الى أن الدولة بها دائرة محاسبات و دائرة زجر مالي و هيئة رقابة مالية و هيئة رقابة عامة بالوزارة الأولى و تفقديات وزارية و تفقديات بالادارات العامة لأجهزة الأمن و ببعض المؤسسات العمومية الكبرى، و لكن لو تجمع عدد أعوان كل هذه الهياكل مجتمعة لا يتجاوزون 200 شخص، تصوروا ميزانية دولة و مشاريع بمليارات الدنانير يراقبها أقل من 200 شخص، مع العلم أنهم بدون امكانيات لوجستية تذكر، و مكلفون ليس بمتابعة حصول رشى أو لا بل لتحسين التصرف في الاموال العمومية التي تقدر بمليارات الدنانير. في الوقت ذاته لا يسمح لهذه الاطر الادارية و الامنية بمراقبة المصالح المركزية لكل من رئاسة الجمهورية و الوزارة الاولى و ووزارة الداخلية و وزارة المالية. وتونس بطبعها تفتقر لجهاز مكافحة الفساد. و لم تكن الرشوة أولوية في البلاد لا خلال عملي بالوزارة الاولى و وزارة الداخلية و لا الشباب و الرياضة و لم يذكر حتى برامج العمل.
- تسليم الجهات الداخلية لعصابات الجريمة المنظمة التي تسيطر على أسواق الدواب و الخضر و الأعلاف و غيرها، و تهدد الفلاحين الصغار و المواطنين البسطاء و تسلبهم أموالهم بالقوة تحت أنظار الأمن و حتى موظفوا البلديات و المعتمديات صاروا يخشون بطشهم، حيث تنتدب العصابات التي تشرف على الماكس في الأسواق المجرمين و خريجي السجون لترويع الناس، كما يسيطرون أيضا على الجمعيات المائية و لم يسلم من شرهم أحد تقريبا و يلقون المساندة طبعا من نواب حزبنا العتيد و يتدخلون لفائدتهم لدى مدراء الأقاليم لاطلاق سراح من تورط في قضايا عنف أو مخدرات أو سرقة أو اغتصاب.
راجع الكتاب العامين للبلديات بالمناطفق الداخلية من الشمال الى الجنوب و ستعرف كثيرا من الحقائق المرعبة حول هذه العصابات التي لا تتحدث عنها المعارضة و لا السلطة.
- انتشار عصابات سرقة المواشي و الأبقار و التي يشرف عليها عادة بعض أعوان الأمن الذين لهم معلومات حول تحركات المربين و عدد أغنامهم و غيرها، و هذه العصابات مرتبطة أيضا بعصابات الماكي التي تسيطر على الاسواق الاسبوعية و التي تزودها بالمعلومات و تغطي عمليات بيع المسروق.
مما جعل عدد من المربين و الفلاحين يقللون من استثماراتهم في هذا القطاع، و بالاضافة الى تحكم عدد من المتنفذين في كل جهة بكميات الأعلاف التي توردها الدولة و التي من المفترض أن تصل صغار الفلاحين.
- انتشار عصابات السرقة في المدن الكبرى تحت اشراف بعض اعوان الأمن أيضا و ما الحملة التي شنتها وزارة الداخلية خلال ربيع و صيف 2010 الا دليل على استشراء ظاهرة تنظيم أعوان الامن لعصابات سرقة في ظل توفرهم على المعلومات المتعلقة بتحركات المواطنين و أوقات خروجهم من منازلهم و العودة اليها. كما أن هذه العصابات صارت لديها امكانيات تقنية بحيث تفتح الابواب بدون الخلع.
- انتشار عمليات النشل و البراكاجات في كل مكان تقريبا، و حتى السياح لم يسلموا من الظاهرة الخطيرة ، حتى أن المواطنين لم يعودوا يعلموا مراكز الامن بتعرضهم للنشل لأنه لأمل لهم في استرجاع ما فقدوه أو القبض على محترفي النشل و ما أكثرهم. و حتى ان قبض عليهم فانه اما يطلق سراحهم في مركز الامن نفسه اذا قدم مبلغا محترما للأعوان أو يقاضى بستة أشهر الى سنة في أقصى تقدير و هو ما يراه المواطنون تشجيع لهذه الظاهرة.
- اهدار المال العام في مشاريع لا تنفع تونس و قد سبقني ويكيلكس بالكشف عن مشروع الجدار الالكتروني على طول الحدود مع الجزائر سيكلف الدولة 200 مليار سيذهب معظمها لشركات اسرائلية ولو تم استثمار هذا المبلغ في التنمية لكان أفضل- و هذا الكلام لقياداتك الأمنية غير المقتنعة بجدوى هذا المشروع الأمريكي بتمويل تونسي. وقد ثبت فشله في الحدود بين المكسيك وامريكا، و مصر و اسرائيل. كما أنه سيوتر العلاقة مع الجارة الكبرى الجزائر حيث ستصبح أجهزة الرصد و التنصت الأمريكية و الاسرائلية مباشرة على حدودها الشرقية وهو ما يمثل تهديدا لأمنها القومي، أما عنا نحن فمعلوم للجميع أن القصر الجمهوري يعج بالجواسيس. ومواصلة لمسلسل اهدار المال العام يظن المواطن البسيط و حتى أقطاب المعارضة أن معلوم الاذاعة و التلفزة التي يدفعه المواطن مع فاتورة الكهرباء يذهب الى الاذاعة و التلفزة و هذا طبعا غير صحيح بالمرة لأنه في الحقيقة يذهب الى ميزانية الوكالة التونسية الاتصال الخارجي التي تنفقه على تجميل صورة السيد الرئيس و حرمه المصون أو الفاضلة كما تفضل هي، في وسائل الاعلام الأجنبية كمجلة الصياد اللبنانية و الوفاق العربي و أرابيز و أفريك أزي و قناة anb والمستقلة و غيرها هي وسائل لا يقرأها أحد تعيش فقط من الدعم التونسي و لولاه لأفلست منذ زمن.
- الاعلام المتخلف الرجعي-يعطي الانطباع بأننا في الثمانينات أو قبلها- الاصولي –يريد أن نصبح حنبعليين و عليسيين بالقوة- المتكلس ذو الخطاب العلوي و المحتوى السفلي البذيء الذي جعل الدول الاخرى تشبهه باعلام كوريا الشمالية و ميانمار وايران و في ما يتعلق بتحميل المسؤوليات على وزير الاتصال السيد أسامة الرمضاني في الازمة الاخيرة فهو ذر للرماد في العيون لأن كل القرارات تصدر عن الرئيس و عبد الوهاب عبد الله و لايقوم السيد أسامة الرمضاني بأي خطوة الا بعد استشارت أحدهما، والأولى بفتح الألف كان اقالة عبد الوهاب عبد الله الذي سرب معلومات خطيرة من ورائك و يعمل لحساباته الضيقة، و لعلم السيد الرئيس وهنا سوف افشي سرا لا يعلمه الكثير: وزير الاتصال الجديد القديم يحلم بتقلد منصب الرئاسة و قد بدأت أعين الأمريكين و الفرنسيين و الايطاليين و حتى الجزائرين و الليبين مسلطة عليه كخليفة محتمل، خاصة و أن تصرفاته و محاولة اظهار نفسه تذكر ببن علي سنوات 86-87 و قد زادالسيد الرئيس من حيث لا يدريه هدية من السماء بأن سماه ناطقا باسم الحكومة و الحال أن كل الأطراف سواء في الحزب أو الحكومة لا تحتمل مجرد اسمه فكيف لينطق باسمها. لكن عبد الوهاب عبد الله أقنع الرئيس بأن هذه الخطوة سوف تجعل الرئيس يأخذ مسافة من الحكومة عند تحميل المسؤوليات.
- ثراء صهرك الصغير صاحب النمر المدجن رئيس مدير عام تونيسيانا في سنوات معدودة في حين أن غيره من الشباب الأكفأ منه و الأذكى منه يتجرعون مرارة الحرمان، و ازدياد الفقراء فقرا و الاغنياء غنى ، و حتى خلال هذه الأزمة و تونس يشتعل شبابها لازالت الممارسات الانتهازية متواصلة من العائلة المقيتة و سوف أفشي سرا حيث في الوقت الذي انشغل فيه المجتمع بما يحدث أعد السيد فلان قائمة من المواد التي تستوردها العائلة و تروجها داخل البلاد واقترحها للاعفاء من الاداءات الديوانية و الأداء على القيمة المضافة وذلك على الموز و الخردة و وسائل منع الحمل و غيرها. اذا الاعفاءات الديوانية و الضريبية لا تشمل الفقراء ذوي الدخل المحدود أو عامة الشعب بل فئة قليلة جدا من الموردين الذين ينهكون خزينة العملة الصعبة في عمليات الاستراد و يقضون على المنتوج الوطني المحلي هؤلاء الخونة و المستكرشين نشجعهم و نخفض لهم المعاليم الديوانية و الضرائب التي لم يكونوا في الأصل يدفعوها في السابق. و اياك أن تظن أن المواطن سيتفيد فاسعار البيع في السوق الوطنية ستبقى نفسها بدعوى غلاء اليورو أو الدولار و الحال أن هذه الأموال التي من المفترض أن تذهب لميزانية الدولة تذهب الى بطون هؤلاء بكل قانونية- و من يتهمهم بالفساد فهو اذا يظلمهم لأنهم مطابقون للقانون- و قد تم ترقية السيد فلان لمنصب وزير اثر هذا القرار الحكيم. هذا بالاضافة لاستلاء أصهارك على أفضل المشاريع و الاستثمارات مما أدى الى خوف المستثمرين الوطنيين و اكتفائهم بالاستمار في القطاع العقاري وهو ما أثر سلبا على خلق مواطن الشغل بل و أدى الى اغلاق الكثير من المصانع نتيجة تعويم السوق من البضائع التي تستوردها عائلتك من دون خلاص الاداءات الديوانية و الأداء على القيمة المضافة وهو ما أدى الى طرد آلاف العمال نتيجة اغلاق هذه المصانع.
- التضييق على باعة و السجائر و السلع المهربة والكتب والدجاج و الغلال و الفريب و الباعة المتجولون و حتى على باعة الخمر خلسة و المخدرات الخفيفة حتى لم يبق لهم أي مورد رزق كريم بدون منغصات، هذا بالاضافة الى سلب أعوان الامن لهم فهم يحصلون على الخضرة و الحوم و السمك و الغلال و السجائرو الملابس و الخمور و غير ذلك دون محاسبة و لا مراقبة. و اقتصرت المعاقبة على بعض الأعوان المستحدثين القادمين من جهات داخلية و ليست لهم أكتاف في الأمن، أما الرؤوس فلا تمس و لها صك أبيض ليفعلوا ما يشاؤون من سرقة و تهريب و تدخلات و تدليس الوثائق الثبوتية و الترهيبو غيرها من الجرائم.
- اغلاق منافذ الحرقة الى الخارج و التي كانت متنفسا هاما للشباب و باب أمل و أحلام لا ينضب و قد أعاننا كثيرا على تنفيس الاحتقان عند الشباب.

- التضييق على الشباب الذي يريد الالتزام و المحجبات و هذا بسبب فئة قليلة في قصرك تصدر أوامر للأجهزة الامنية في أحيان كثيرة دون علمك سيدي الرئيس للقيام بحملات في جهات معينة من البلاد دون غيرها لأسباب و حسابات ضيقة و شخصية. أما الهشاشة النفسية التي تحدث عنها رئيس الدولة فهي نتيجة ازمة الهوية التي مازالت حاضرة بقوة و لم يحسم الرئيس موقفه منها لمدة 23 سنة، يجب أخذ قرار واضح بين الشرق العربي أو الغرب الاباحي ليرتكز الشباب على قواعد واضحة في التعليم و التربية فإما أن يجرّم الانتحار حرقا أو يعتبر حرية شخصي داخلة في تصرف الفرد في ممتلكاته و من بينها روحه و جسده. الهشاشة النفسة هي نتيجة لرفض الدولة تماما لتدين الشباب رفضا تاما و كأن شبابنا معروف بتطرفه و الحقيقة أن الجميع يعلم أن شبابنا المتدين على قلتهم لا يريد الا تطبيق السنة لا غير و لا أرى أنه متطرف، بل أخشى أكثر عندما يفقد مبادئه فيكون الاجرام مصيرهم.
- التضييق على الشباب المتحرر و الشبان الذي تحولوا للمسيحية و عبدة الشياطين وحتى مغنو فن الراب، و التضييق على الانترنات و أي شكل من أشكال التعبير المستقل.
- التضييق على الشباب المتسيس حتى داخل الحزب، وقمع أرائه و مصادرة أفكاره
- سياسة تخدير الشباب بالرياضة عموما و بكرة القدم خصوصا لم تعد مجدية فلا تعشيب ملعب جلمة و لا ملعب سيدي بوزيد سوف يقلل من ثورة شبابه و لم تم تخصيص تلك المبالغ حوالي 700ألف دينار المخصصة حاليا لتعشيب الملعبين، لبعث مشاريع في الجهة لكان أفضل بكثير.
- الاشتكاء من نقص التأطير في الهياكل العمومية بالجهات و آلاف أصحاب الشهائد العاطلين بهذه الجهات، وهو التناقض بعينه حيث يتم التعويل على المتزلفين و الوصوليين سواءا في الحزب أو في الادارات الجهوية و حتى المركزية في بعض الاحيان أدى الى انتشار الرشوة و المحسوبية و انتشار الخسة و الدناءة و الاساليب القذرة التي تهدف الى تدمير الناس و استغلال السلطة لمآرب شخصية وقد أدى هذا الى سوء سمعة الحزب و الادارة لدى المواطن، و قد قال أحد وزرائك و لا أذكر اسمه حفاظا له على منصبه، بأن النظاف و الثقة – اي الرجال النظاف و الثقات- لا يريدون اعانتنا في تحمل المسؤوليات السياسية و الحزبية من ترك المجال للأقل كفاءة و أمانة.
- فيما يتعلق بانتداب الاطارات العليا للبلاد الذي يتم عبر المدرسة الوطنية للادارة، فالشفافية ظلت غائبة لعدة عقود و جعلت نسبة كبار الموظفين في الادارة ب 60 في المائة لولايات سوسة و المنستير والمهدية مجتمعة و 30 في المائة لتونس العاصمة الذين هم أغلبهم من أصول ساحلية، والولايات الداخلية لا تتجاوز حصتها 10في المائة مجتمعة. وهو ما كرس جهوية مقيتة داخل الادارة أغلبية ساحلية ضد أقلية من الجهات الداخلية تعاني التمييز و الظلم في الترقيات و التعيينات، حيث انتشرت في كلمة “هذا متاعنا وإلا لا” أي ساحلي أو لا ، قصدالتعينات في المناصب الحساسة، و لا أنكر أني استفدت من هذا التمييز لكني أقول هذا ظلم و قهر للموظفين يجعل من الادارة بؤرة احتقان و مؤمرات تشغلها عن أداء دورها الحقيقي.
- التعويل على كبار السن و التمديد لهم في الادارة أو الوزارة في حين أن قدرتهم على التحديث ضعيفة لان الانسان كلما كبر في سن يريد الاستقرار بمعنى الجمود وهو ما يفسر ضعف السيايات العمومية و تكلسها حيث مازلنا نحس بأجواء الستينات و السبعينات داخل وزاراتنا في حين تقوم الدول المتقدمة بتعيين وزراء شبان –في الأربعينات- يتقدون نشاطا و حيوية مفعمين بالامل و التحدي. و تستطيع أن تقارن بين مردودك لما كنت وزيرا للداخلية و بين مردودك الآن حيث نراك ثلاثة أيام فقط في الأسبوع، مما حدى بعضو من اللجنة المركزيو بوصف تونس ببلد بربع رئيس.
هذه بعض من أسباب كثيرة أدت لهذه الازمة اللامتناهية و التي و للأسف لا يتعرض المعارضون للنظام و لدى المؤيدون له لهذه التفاصيل التي تمثل الهموم اليومية للشباب و للمواطن فالواقع على ما يبدو خطير في ظل تكاثر الأفراد الذين ليس لهم شيء ليخصروه وهم أخطر فئة في المجتمع و على النظام برمته. و لكن حدث من يسمعكرجل أغلق على نفسه باب قصره مع معاونيه الأمنيين و السياسيين و الاقتصاديين منذ 20 سنة و لم يغيرهم و لم يثق في أحد غيرهم و لم يسمع غيرهم، وزوجة ثانية مسلطة وقوية على شخصيته و أنجبت له الولد حتى تم تحطيم قاعدة الاطعام من الجوع و الامن من الخوف التي تركز عليها النظام في 87 ولم تعد مطبقة كما بينت آنفا بل نسيت و الوصفة السحرية في الحفاظ على الاستقرار لم تعد سحرية و خبرها –بكسر الباء- الجميع تقريبا:
- التعتيم الاعلامي الذي نجح خلال العشرين سنة الأخيرة و اتخذته سيدي الرئيس سياسة ثابتة يجب أن تتم مراجعتها في ظل الوسائط الحديثة، و تعلم أجل تعلم من الشقيقة الكبرى الجزائر فهم أدهى و أذكى منك و من مستشاريك آلاف المرات، و انظر كيفية تعاطيهم الاعلامي الداخلي مع ثورة التخريب التي انتقلت اليهم من تونس، و هنا أود أن أشير الى مقارنة بسيطة بين ما يحدث في تونس و ما يحدث في الجزائر، في تونس مظاهرات مسالمة ترفع شعارات جريئة و قوات أمن يراد لها أن تكون شرسة تقمع و تعذب و تغنم المحلات التجارية و ما تقع عليه الايدي و تعتيم اعلامي مطبق. و في الجزائر مظاهرات تخريبية من شباب طائش يحرق و يدمر بدون شعارات و لا مطالب واضحة مقابل أمن يتجنب التدخل و يحاول التقليل من الخسائر قدر الامكان و اعلام رسمي و مستقل شفاف ينقل باللحظة ما يحصل. لذلك أقول أن شعبنا أرقى و أكثر تحضرا و نظامنا متخلف وأحادي. و قد أظهرت الأزمة الجارية أن التونسيين بالخارج العارضين قد تمكنوا من بناء امبراطورية اعلامية غير مسبوقة لم تفلح معها ماكينة الاعلام الرسمي بالرغم من ما تضخه وكالة الاتصال الخارجي من عملة صعبة بملايين الدولارات لكن دون جدوى تذكر. لأن المراهنة على الغش و الخديعة بأساليب السبعينات و الثمانينات قد ولى و انتهى و لم يعد ينطلي على أحد.
و من المفارقة أن موقع وكالة تونس افريقيا للأنباء لايعمل من حدى بوكالات الأنباء العالمية و الصحف و الفضائيات و الاذاعات و المواقع الاخبارية الى استيقاء الأخبار من مواقع المعارضة التي تعمل و أثبتت كفاءتها رغم حجبها في تونس، و تذكر سيدي الرئيس أن من يملك مصدر الخبر يمكن له أن يوجهه حيث يشاء و الانتصار حليفه في أغلب الاحيان و وهو ما أدى الى كبر كرة الثلج التي يبدو أنها لن تذوب و بدأت المنظمات الواحدة تلو الأخرى تعلن مساندتها الاحتجاجات يوما بعد يوم و أنا لا أستغرب أن تلتحق بهم منظمة الأعراف و الفلاحين بالنظر لما سمعته و أسمعه من أعضاء فيها حول سعادتهم بما يحدث و دعمهم له علنا. كما أن الموظفين في الادارات ليس لهم حديث الى عن الثورة على حسب تعبير البعض و يترقبون تاريخ التغيير و للأسف فقد خفض الكثير منهم على حد ما سمعت مردودهم في العمل كحركة تضامنية و مساندة لما يحدث، و صار التندر في الشارع هل أنت مع الثورة أم ضدها. كما أن هذه الأزمة قد اكتسبت شعبية كبيرة في الدول العربية و الغربية و هم ما يجعل الأمر أسوأبالنسبة لك. خاصة انك تنتظر الأسوأ من أمريكا، التي صارت على مايبدو تريد التغيير في تونس بأي ثمن لتكون تونس فيترينة الوطن العربي.
- التعويل على الأمن ليس دائما مجدي خاصة بعد المناوشات التي حدثت في سيدي بوزيد بين أفراد الشرطة و الحرس هناك من جهة و التعزيزات القادمة من الولايات الأخرى من جهة أخرى و التي تم فيها تبادل اطلاق النار أثناء التقاتل على الغنائم عند اقتحام المحلات التجارية و قد تم لف الموضوع حتى لا يخرج للعموم. و المناوشات الخطيرة بين الجيش و قوات مكافحة الشغب في القصرين دليل آخر على ذلك كما أن الامن قد يثور ضدك و التملل في الثكنات واضح جدا و لو سردت الحالات التي أعرفها لكوادر أمنية و طريقة وصفها لنظامك سيدي الرئيس لفضلت عتاة المعارضة عليهم في المناصب الامنية. أما عن اقحام الجيش فأنت تعلم جيدا أنه غير موال و مخلص لك بل الاجدر انتظار الأسوء منه بالنسبة اليك لأنه سيكون دائما مع الشعب و مع المحتجين.
- الاعلان عن مشاريع و خطط و برامج فضفاضة و أهداف تتعلق بالموارد لا بالنتائج لم يعد ينطلي على أحد حيث أن الموارد تستهلك فعلا لكن بدون نتائج لأنها تذهب في جيوب زملائي في المجلس الموقر و أسود حزبنا الاشاوس من المتنفذين في الجهات الداخلية و كلهم تقريبا كانوا رجال تعليم فأصبحوا اليوم رجال أعمال و أصحاب شركات خدمات و تدخلات تدر ملايين الدينارات (مداخيل النائب عن حزبنا تتجاوز المليون دينار سنويا من التدخلات و الهبات- لتفهموا سبب التقاتل لتصبح نائبا في البرلمان)
- التعويل على الصمت الغربي على قمع الاحتجاجات، و لأخبرك بشيء قد لا تعلمه سيدي الرئيس عندما سألت أحد الدبلوماسيين التونسيين السابقين عن الصمت الغربي، فقال اذا صمتوا في هذا الوقت فهم يحضرون لرد قوي، خاصة بعد تحركات قام بها رجال أعمال و أكاديميون تونسيون في الولايات المتحدة و اتصالهم بعض النواب اليهود الديمقراطيين الذين كانوا في حملة هيلري كلنتون للرئاسة. و لم ننتظر كثيرا بعدها ليتم استدعاء السفير التونسي لدى واشنطن و تبليغه رسالة بل هي في الحقيقة تهديد حيث قالوا لهEnough is enough” بما يعني أن صبر الولايات المتحدة عليك سيدي الرئيس بدأ ينفذ، و أنت تعلم جيدا أنهم بإعطاء الاشارة لعون من أعوانهم الكثر في القصر و خارجه يمكن أن يكون مصيرك كعرفات، و أنصحك بأخذ الدرس من قصة صدام حسين سنة 2003 عندما نصحه الاماراتيون بكل سرية بأن يترك الحكم و الا سيكون مصيره سيئا فتهكم عليهم و بعد ذلك اتضح أن من كان يعول عليهم كانوا متعاونين مع الامريكان. و لعلمك فان أمريكا لاصلاح صورتها في العالم العربي بعد فشلها في العراق و أفغانستان يمكنها القيام بحركة بسيطة نحوك، ثم تقول لقد خلصت بلدا من ديكتاتور كان يقمع الحريات و يعذب، و قد حلت محله حكومة منتخبة ديمقراطيا مع تطعيمها ببعض الوجوه الاسلامية لتكسبها الثقة في الداخل و الخارج و تكون بعدها أمريكا صورة الدولة المخلصة من الدكتاتوريات بدون اراقة دماء هذه المرة .
و أدعوا السيد الرئيس في الأخير بأن يرأف بمواطني هذه الدولة و بموظفيها من اداريين و موظفين و عملة و أعوان أمن الذين يوشكون هم أيضا على الانتفاضة على حسب ما تأتي به الأخبار من الهياكل المركزية لوزاة الداخليةو أن يقرأ جميع الاحتمالات و أن لا يثق كثيرا بمن حوله لأنهم مع الصاعد و هم يعلمون أن دولارك نازل ان لم يكن بسبب الاحتجاجات فبسبب تقدمك في السن و أدعوك أن تقوم ببعض الخطوات البسيطةو ذلك بالقيام بالاجراءات التالية لمحاربة الرشوة و المحسوبية و توفير ظروف حياة أفضل للمواطنين فيما تبقى:

- القيام بالتمييز الايجابي بين الجهات أي الأقل حظا في التنمية لها أكبر ميزانية و الحرص على أن لاتذهب الميزانية كالعادة لجيوب أبناء حزبنا الأشاوس
- توفير السكن اللائق و الايجار المتناسب مع الدخل في مختلف جهات الجمهورية
- الترفيع في المرتبات لكل الاعوان العموميين بحيث تكفيهم حاجتهم و تغنيهم عن الرشوة و ردم الفوارق بين موظفي المنشآت العمومية و الموظفين في الوزارات بمافيهم رجال الأمن و القضاة.
- الاعتناء بالأسر الضعيفة و تقديم يد العون لها ليس تكرما بل هذا واجب على الدولة
- ايلاء الجوانب الأخلاقية الأهمية التي تستحقها في التعليم و المسلسلات و البرامج و غيرها لتجنب الهشاشة النفسية للشباب
- تمكين الأعوان العمومين من يومي راحة والعمل بالحصة المسترسلة مع جداول توقيت مرنة حتى يتمكنوا من العناية بأطفالهم و تنشأتهم التنشأة السليمة و المتوازنة كي نتجنب مرة أخرى مرض الهشاشة النفسية
- دفع منح سخية على حسب عدد الأطفال لكل العائلات بصرف النظر عن عمل أو بطالة الوالدين و تأكد بأن ذلك لن يكون
له أي انعكاس على نسب الانجاب
- انشاء جهاز خاص بمكافحة الفساد له امكانيات ضخمة و يعمل في استقلالية
- غض الطرف عن الهجرة السرية الى الخارج و الذي يساهم في التنفيس عن الشباب
- الحرص على عدم الاطراء و المدح فيك كثيرا في الاعلام كي لا تثير اشمئزاز المواطنين و احرص على العمل ستة أيام في الأسبوع كبقية الموظفين العموميين و على حصتين في اليوم و ليس ثلاثة أيام في الأسبوع حصة واحدة.
- تشبيب الهياكل الحزبية و الادارية و طاقم المستشارين و الأطر الأمنية و الوزراء و السفراءو المعتمدين و الولاة.
- الكف عن تعيين رجال التعليم في مناصب معتمد و ووالي ووزير لأنهم ليسوا مختصين في التصرف في الأموال العمومية و الموارد البشرية و المشاريع و الحرص على تعيين أشخاص أكفاء و ذو أمانة و لو كانو غير تونسين و كلف انتدابهم 10آلاف دينار شهريا، فالمهم أن يكونو عادلين و منصفين و مؤهلين لادارة هياكلهم بجدارة، و الحقيقة أن المعتمدين و ما أكثرهم والولاة و الوزراء يكلفون الدولة أكثر من ذلك بكثير بسوء تصرفهم و قلة خبرتهم التكنوقراطية و صلفهم و جشعهم الا القليل النادر من الوطنيين.
- الكف عن جعل كل المستشارين من الحقوقين لأنهم يرفضون التجديد بحكم تكوينهم القالبي و الذي يحرم الكثير منهم من المرونة بل التنويع واجب مع احترامي لجميع الحقوقيين و أنا أولهم.
- ابعد عنك المتسلقين و الوصوليين فأنا اطار تجمعي عريق أنتقدك عشرات المرات داخل عائلتي و أمام الثقات و كما ذكرت سابقا فإن اطارات أمنية عليا و مسؤولين هامين في أجهزة الدولة عندما نلتقي هنا في سوسة و نتحدث عنك و عن عائلتك صدقني لو تسمعنا لخيرت المعارضة الراديكالية عن هؤلاء الاطارات. و بالتالي لا تصدق البهرجة الكاذبة و النفاق المخادع فرب معارض صادق خير من مجامل انتهازي لايرى الا مصلحته.
- تذكر دائما والدك و كيف شقى على معيشتكم لما كنتم في صغارا و تذكر سنواتك العشر الأولى في الجيش الوطني و البؤس الذي رفقها فأنت فقير ابن فقير من عائلة فقيرة فلا يغرنك العيش بين الأغنياء، فلن يعتبروك منهم مهما فعلت و انتصر لفئتك المحرومة كما فعل شافيز
- التحسب من أي طارئ يأتيك من وزير الاتصال الجديد الناطق باسم الحكومة فأنت كنت وزير أول ووزير داخلية فلا تجعل التاريخ يتكرر
- لا يمكن لك الاستمرار مع ليلى الطرابلسي اخترها هي أو حكم تونس طلقها و سيخرج الناس في سيدي بوزيد و القصرين و تالة يهتفون بحياتك. فلا حديث هنا الا عن المشاكل التي طرأت مأخرا بينكما، و الشائعات تقول ان مفعول السحر قد احترق باحتراق هذا المظلوم البوعزيزي.