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vendredi 13 janvier 2012

Les mots et les choses : à propos des dictatures


par Emir Sader
Original: As palavras e as coisas: sobre as ditaduras
Traduit par  Pedro da Nóbrega, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

Le coup bas des octaviens* appelant la dictature militaire “dictamolle” [ditabranda : jeu de mots sur le mot en portugais ditadura, dont la deuxième partie dura signifie aussi dure, ndt] se reproduit au Chili. Le gouvernement néo-pinochetiste de Sebastian Piñera a fait approuver par le Parlement le remplacement du terme “dictature militaire” par “gouvernement militaire” dans les manuels scolaires et celui de “dictateur” par “Général” s’agissant de Pinochet. La tentative de procéder à cette relecture de l’histoire en catimini a là aussi échoué mais elle n’est pas dénuée d’enseignements.

Quelle importance cela a-t-il d’appeler un chat un chat ? De dire que la dictature a été une  dictature et non pas une “dictamolle” ou un gouvernement militaire ou même un “régime autoritaire” (comme la nomme FHC [Fernando Henrique Cardoso, président de droite prédécesseur de Lula, ndt] dans ses analyses?

Appeler une dictature une dictature, c’est affirmer que c’est le contraire de la démocratie. Dire qu’il s’agissait d’une dictature militaire, c’est rappeler que les Forces Armées Brésiliennes, en tant qu’institution, ont violé leurs attributions constitutionnelles et accaparé le pouvoir d’État.

La qualifier d’“autoritaire” ou de “dictamolle” ou de “gouvernement militaire”, c’est cacher sa nature essentielle : celle d’un gouvernement imposé par la force des armes, déposant un gouvernement légalement constitué.




"Grâce à la la Folha de S. Paulo j'ai appris que dans un régime de force, quand on torture ou qu'on aide le stortionnaires, il n'agit pas d'une dictature... Ça s'appelle une "dictamolle"!!!Ouf...me voilà soulagé!!!"

Quand les organes de la vieille oligarchie médiatique brésilienne appellent Castello Branco, Costa e Silva, Garrastazu Medici, Ernesto Geisel, et Joao Figueiredo [anciens chefs de la dictature militaire, ndt] Présidents ou ex-Présidents et non pas dictateurs, ils les mettent sur le même plan que ceux qui ont été élus par le suffrage du peuple et masquent leur caractéristique essentielle qui a été d’être devenus des dirigeants par la force des armes et non pas par la volonté du peuple.
Passer sous silence ce caractère de dictature militaire leur sert à tenter de faire oublier le rôle que ces mêmes médias ont joué à l’époque, attribuant au gouvernement démocratiquement élu des projets de prétendu coup d’État pour ensuite baptiser le putsch militaire “sauvetage de la démocratie en danger”. Cette vieille ficelle du voleur qui crie “au voleur !” leur a servi à justifier ce qu’ils disaient vouloir éviter : un putsch avec l’instauration du régime le plus brutal que notre histoire ait jamais connu, une dictature militaire.

Ils continuent à qualifier – comme le faisait justement la dictature militaire qu’ils ont appuyée – leurs opposants de “terroristes”, cherchant à discréditer ceux qui, contrairement à eux et contre eux, ont résisté et combattu cette dictature au péril de leurs vies. Ils prétendent que ceux qui luttaient contre la dictature voulaient instaurer ici un autre type de dictature. Un procès d’intention bien malvenu de la part de ceux qui ont soutenu le putsch militaire au prétexte de la menace d’un coup d’État. Car c’est ce que les militaires ont réellement accompli, avec le soutien et la complicité de ces médias, pour instaurer une dictature militaire et un régime de terreur pendant plus de deux décennies.

Appeler démocratie la démocratie et dictature la dictature a son importance. FHC  a choisi de qualifier la dictature d’“autoritarisme”, et la démocratisation du pays simplement de lutte contre “les séquelles autoritaires”. Partant de ce point de vue, la démocratisation ne consistait qu’en une opération politique superficielle, en quelque sorte le démaquillage d’un régime autoritaire pour le rendre démocratique. Juste déconcentrer le pouvoir politique détenu par l’exécutif et déconcentrer le pouvoir économique de l’État fédéral, ainsi qu’a procédé FHC, dont la conception est restée prédominante au Brésil à l’époque où les vraies bases du pouvoir – les banques, la terre et les moyens de communication, entre autres – sont restées intactes et intouchables.

En effet, c’est du sens que l’on donne au mot dictature – ou autoritarisme – que découle le contenu de ce que chacun donne au mot démocratie. S’il s’agit simplement de l’égalité formelle juridique proposée par le libéralisme ou de la profonde démocratisation des structures économiques, sociales et politiques de la société.

Appeler un chat un chat ou les choses par leur nom est bien plus qu’une simple question de langage. C’est nommer leur contenu, leurs déterminants sociaux et leurs caractéristiques politiques. Les choses ne se résument pas à leurs appellations, mais les mots désignent – ou cachent – la nature de chaque chose.
* Otavinho (petit Octave ou Octavien) est le diminutif de Otavio Frias Filho (né en 1957), directeur de la rédaction du journal Folha de São Paulo, tête de pont d’un puissant groupe de presse fondé par son père Octávio (grand Octave) Frias de Oliveira (1912-2007). C’est ce journal qui a déclenché en 2099 la polémique violente à propos de la « dictamolle » qu’aurait été, selon lui, la dictature militaire brésilienne. Otavinho est devenu un terme courant au Brésil pour désigner les adeptes de la vulgate  néolibérale. Emir Sader leur a consacré une chronique saignante en juillet 2011, Os Otavinhos.
Dans la parodie ci-contre, une fausse Folha de S. Paulo annonce avoir reçu le Prix Garrastazu Medici de Torture dans la Presse. [NdE]

mercredi 9 février 2011

Noam Chomsky : Ce n’est pas l’Islam radical qui préoccupe les USA, mais l’indépendance

 Traduit par Viktor Dedaj, édité par Fausto Giudice, Tlaxcala

 La nature des régimes qu’ils soutiennent dans le monde arabe importe moins que leur contrôle. Les sujets sont ignorés jusqu’à ce qu’ils brisent leurs chaînes
« Le monde arabe est en feu », annonçait Al Jazeera la semaine dernière, alors que partout dans la région, les alliés occidentaux « perdent rapidement leur influence ». L’onde de choc a été déclenchée par le soulèvement dramatique en Tunisie qui a renversé un dictateur soutenu par l’Occident, avec des réverbérations surtout en Égypte, où les manifestants ont submergé la police brutale d’un autre dictateur.
 
Certains observateurs ont comparé l’événement aux renversements des régimes du camp soviétique en 1989, mais les différences sont importantes. La plus importante est qu’il n’y a aucun Mikhaïl Gorbatchev parmi les grandes puissances qui soutiennent les dictateurs arabes. Washington et ses alliés s’en tiennent plutôt au principe bien établi que la démocratie est acceptable à condition qu’elle soit conforme aux objectifs stratégiques et économiques : excellente en territoire ennemi (jusqu’à un certain point) mais à éviter dans nos chasses gardées sauf si elle est correctement contrôlée.
 
Dave Brown
La comparaison avec 1989 est cependant valable dans un cas : la Roumanie, où Washington soutenait Nicolae Ceausescu, le plus brutal des dictateurs de l’Europe de l’est, jusqu’à ce que ce dernier devienne incontrôlable. Washington a ensuite salué son renversement tout en oubliant le passé. Le scénario est classique : Ferdinand Marcos, Jean-Claude Duvalier, Chun Doo-hwan, Suharto et de nombreux autres gangsters utiles. Cela pourrait être aussi le cas avec Hosni Moubarak, tout en déployant les efforts habituels pour s’assurer que le régime qui succède ne s’éloigne pas trop du chemin tracé. Les espoirs semblent s’orienter vers le général Omar Souleymane, un fidèle de Moubarak, qui vient d’être nommé vice-président. Souleymane, qui a longtemps dirigé les services de renseignement, est détesté par le peuple en révolte presque autant que le dictateur lui-même.
 
Moubarak, Souleymane et l'esprit du nouveau gouvernement égyptien, par Steve Bell
Un refrain souvent entendu est que le risque posé par l’islamisme radical oblige à s’opposer (à contre-cœur) à la démocratie et ce pour des raisons pragmatiques. Si la formule mérite considération, elle est néanmoins trompeuse. La vraie menace a toujours été l’indépendance. Les USA et leurs alliés ont régulièrement soutenu des islamistes radicaux, parfois pour éliminer la menace d’un nationalisme laïque.
 
Un exemple connu est celui de l’Arabie Saoudite, le centre idéologique de l’Islam radical (et du terrorisme islamiste). Un autre sur la longue liste est Zia ul-Haq, le plus brutal des dictateurs pakistanais et le préféré du Président Reagan, qui a mené un programme d’islamisation radical (financé par les Saoudiens).
 
« L’argument habituel constamment avancé dans le monde arabe et à l’extérieur est que tout va bien, que tout est sous contrôle», dit Marwan Muasher, un ancien responsable jordanien et actuellement directeur des recherches sur le Moyen-Orient à la Fondation Carnegie. « En suivant ce raisonnement, les forces retranchées rétorquent que les opposants et ceux à l’étranger qui exigent des réformes exagèrent la situation à l’intérieur. »
 
On peut donc ignorer l’opinion publique. Cette doctrine ne date pas d’hier et elle a été généralisée au monde entier, y compris à l’intérieur des USA. Lorsque des troubles se produisent, quelques ajustements tactiques peuvent s’avérer  nécessaires, mais toujours avec l’idée de garder le contrôle.
Le retentissant mouvement démocratique en Tunisie était dirigé contre « un État policier, avec peu de liberté d’expression ou d’association, et de graves atteintes aux droits humains », dirigé par un dictateur dont la famille était détestée pour sa vénalité. Ainsi s’exprimait Robert Godec, ambassadeur des USA, dans un câble daté de juillet 2009 et diffusé par WikiLeaks.
 
Ainsi, selon certains observateurs, « les documents (de WikiLeaks) devraient rassurer l’opinion publique usaméricaine sur le fait que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » - et même que les câbles confirment tellement la politique des USA que c’est à se demander si ce n’est pas Obama lui-même qui organise les fuites (selon Jacob Heilbrunn dans The National Interest ).
 
« L’Amérique devrait donner une médaille à Assange», titre le Financial Times, dans un article où Gideon Rachman écrit : « la politique étrangère des USA apparaît comme éthique, intelligente et pragmatique... la position publique des USA sur un sujet donné correspond en général aux positions privées. »
 
De ce point de vue, WikiLeaks coupe l’herbe sous les pieds des « théoriciens du complot » qui émettent des doutes sur la noblesse des motivations proclamées par Washington.
 
Le câble de Godec confirme cette idée – à condition de ne pas creuser plus loin. Dans ce cas, comme l’analyste de la politique internationale Stephen Zunes l’a indiqué dans Foreign Policy in Focus, on découvre aussi, à coté du câble de Godec, que Washington a fourni 12 millions de dollars d’aide militaire à la Tunisie. On découvre que la Tunisie était l’un des cinq bénéficiaires avec Israël (de manière constante), deux dictatures du Moyen-Orient, l’Égypte et la Jordanie et la Colombie, qui détient le record en matière d’atteintes aux droits humains et qui est aussi le premier bénéficiaire de l’aide militaire US dans l’hémisphère américain.
 
La première pièce à conviction présentée par Heilbrunn est le soutien arabe à la politique des USA contre l’Iran, révélé par les câbles. Rachman lui-aussi se saisit de cet exemple, à l’instar de la plupart des médias, tout en louant ces révélations encourageantes. Toutes ces réactions montrent à quel point la démocratie est méprisée dans les milieux éduqués. [selon Chomsky, ce sont les milieux "éduqués", ceux qui passent par le formatage du système éducatif, qui deviennent les piliers du système - NdT]
Aucune mention n’est faite de ce que pense la population – chose facile à vérifier. Selon un sondage de la Brookings Institution rendu public au mois d’août, quelques Arabes sont effectivement d’accord avec Washington et les commentateurs occidentaux pour qui l’Iran représente une menace : ils sont 10%. Par contraste, les Arabes qui considèrent que ce sont USA et Israël qui représentent la plus grande menace sont, respectivement, 77% et 88%.
 
L’opinion publique arabe est si hostile à la politique usaméricaine qu’une majorité (57%) pensent que la sécurité régionale serait renforcée si l’Iran se dotait d’armes nucléaires. Néanmoins, « tout va bien, tout est sous contrôle » (selon l’expression de Muasher pour décrire cette illusion dominante). Puisque les dictateurs nous soutiennent, leurs sujets peuvent être ignorés – sauf lorsqu’ils brisent leurs chaînes. Dans ce cas, il faut procéder à un ajustement de politique.
 
D’autres documents semblent confirmer l’enthousiasme qui s’exprime autour de la noblesse supposée de Washington. En juillet 2009, Hugo Llorens, l’ambassadeur US au Honduras, a informé Washington d’une enquête de l’ambassade sur « les enjeux juridiques et constitutionnels autour du renversement le 28 juin du Président Manuel « Mel » Zelaya. »
 
L’ambassade concluait qu’ « il ne fait aucun doute que l’armée, la Cour Suprême et le Congrès ont conspiré le 28 juin dans ce qui constitue un coup d’État illégal et anticonstitutionnel contre la branche exécutive du pouvoir ». Très admirable, sauf que le Président Obama a rompu avec pratiquement toute l’Amérique latine et l’Europe en soutenant le régime issu du coup d’État et en ignorant les atrocités qui ont suivi.
 
La révélation la plus remarquable de WikiLeaks est peut-être celle qui concerne le Pakistan et qui a été examinée par l’analyste Fred Branfman dans Truthdig.
 
Les câbles révèlent que l’ambassade US était parfaitement consciente que la guerre US en Afghanistan et au Pakistan non seulement renforçait l’antiaméricanisme ambiant mais aussi « le risque d’une déstabilisation de l’État pakistanais » et soulevait la menace du cauchemar absolu : que des armes nucléaires tombent entre les mains de terroristes islamistes.
 
Encore une fois, ces révélations « devraient rassurer l’opinion publique usaméricaine sur le fait que les dirigeants (US) sont effectivement conscients et qu’ils agissent » (selon Heilbrunn). Pendant ce temps, Washington marche résolument à la catastrophe.

lundi 17 janvier 2011

Tunisie : Une fois Ben Ali parti, le bon vieil épouvantail est de retour – Déconstruction d’un morceau d’anthologie de la vulgate israélo-européenne sur “l’islamisme”

par FG, Basta!, 17/1/2011
Eugenio García Gascón est un journaliste espagnol, correspondant à Jérusalem du quotidien progressiste Público. Il vient de publier le16 janvier un article intitulé
“L’empereur était nu” (
El emperador estaba desnudo) qui est un vrai modèle du genre. En effet, il a réalisé la performance de concentrer en 457 mots les principaux stéréotypes de la pensée unique régnant dans l’Europe laïque et démocratique sur les pays arabo-musulmans et les mouvements populaires de révolte contre les dictatures qui s’y déroulent. En quelque sorte, une application à la Tunisie de ce qu’on pourrait appeler la  “pensée-vargas-llosa”.
Face à de tels articles, trois réactions sont possibles :
1 – Avaler leur contenu sans broncher
2 – Envoyer un commentaire virulent sur la électronique page du journal
3 – Déconstruire dans un but pédagogique.
J’ai opté pour la troisième possibilité. Je m’attelle donc à cette tâche quelque peu ingrate mais à mon avis salutaire.
Je crois en effet que, face aux pays arabo-musulmans comme la Tunisie, on peut caractériser les trois étages des sociétés européennes comme suit :
1 – Le rez-de-chaussée (la masse des citoyens) est dans une ignorance quasi-totale de la réalité vécue par les peuples de ces pays, et totale pour ce qui est de leur histoire et culture, malgré les séjours touristiques effectués par des millions d'Européens, malgré la présence de millions d'originaires de ces pays en Europe ;
2 – Le premier étage (les faiseurs d’opinion) est presque tout aussi ignorant, et prêt en toute bonne foi à reproduire les pires clichés et stéréotypes diffusés par les “spécialistes” autoproclamés et médiatisés ;
3 – Le deuxième étage (les cercles de pouvoir) est beaucoup plus informé, d’autant plus qu’il est mêlé de près à la mise en place et au maintien des dictatures qui écrasent les peuples de l’Orient arabo-musulman et de l’Occident arabo-berbéro-musulman. Il pratique donc en toute mauvaise foi le mensonge, la désinformation et la langue fourchue, caractéristique fondamentale des Visages-Pâles bien connue de tous les spectateurs de westerns.
Ce deuxième étage s’appuie sur le premier étage pour garder le contrôle du rez-de-chaussée. Il faut donc concentrer le tir sur le premier étage pour  ouvrir les yeux des gens du rez-de-chaussée.
Je vous propose donc une déconstruction paragraphe par paragraphe de l’article de Don Eugenio, traduit par moi.

 Vieux fantôme - Nouveau fantôme - Giacomo Cardelli

A la gente que conoce Túnez no le ha sorprendido lo ocurrido, aunque otra cosa distinta es pensar que la situación que se ha creado en este país del Magreb sea exportable al resto de Oriente Próximo. Hablar de la primavera tunecina es hermoso, aunque se debe precisar que a día de hoy no existen garantías de que el proceso que ahora se inicia vaya a terminar como acabó en Europa del Este tras la caída del muro de Berlín; es decir, con un contagio democrático.

Les  gens qui connaissent la Tunisie n’ont pas été surpris par ce qui s’y est passé, bien que ce soit autre chose de penser que la situation qui s’est créée dans ce pays du Maghreb soit exportable au reste du Proche-Orient. Parler de printemps tunisien est bien beau, bien qu’il faille préciser qu’au jour d ‘aujourd’hui, il n’existe pas de garanties que le processus qui commence maintenant va s’achever comme cela s’est passé en Europe de l’Est après la chute du Mur de Berlin : à savoir, par une contagion démocratique.
Déconstruction
Passons sur la vision géographique de l’auteur, qui place le Maghreb au Proche-Orient. C’est sans doute le double effet du fait que, résidant à Jérusalem depuis 20 ans, il a adopté la carte mentale israélienne, qui fait de Tunis, Hammamet et Djerba des banlieues résidentielles de Tel Aviv et que, d’autre part, il fait sienne la division du monde opérée par l’administration US, CIA en tête, qui place le Maghreb dans la zone “Middle East”.  C’est d’autant plus cocasse que Maghreb signifie…Occident !
Qui sont les gens qui connaissent la Tunisie ? Sans doute les Israéliens d’origine tunisienne et les spécialistes qui viennent de réaliser une opération militaire, avec l’aide européenne, pour « sauver » 21 touristes israéliens coincés en Tunisie, étant bien entendu que, dès le départ de “notre ami” Ben Ali, la Tunisie a basculé automatiquement dans le “territoire ennemi”. Et c’est bien contre cela que notre auteur nous met en garde : attention à ne pas mélanger un vrai et bon printemps démocratique européen (Berlin, novembre 1989) avec un faux printemps tunisien. Nous voilà avertis d’emblée.
La dictadura de Ben Alí es similar en muchos aspectos a la que se da en otros países de la región. No se permitía la disidencia y una gran parte de la oposición se encontraba exiliada en Francia. La represión de los islamistas era completa. El régimen policial los mantenía apartados de los lugares estratégicos. Había una dictadura que era tolerada por todo el mundo (la Unión Europea tiene con Túnez un acuerdo de asociación, como con Israel), y casi se podría decir que se sustentaba firme en el apoyo expreso o tácito de la mayoría de la población.
La dictature de Bel Ali est semblable sous beaucoup d’aspects à ce qui existe dans d’autres pays de la région. La dissidence n’y était pas permise et une grande partie de l’opposition était exilée en France. La répression des islamistes était totale. Le régime policier les maintenait à l’écart des endroits stratégiques. Il y avait une dictature tolérée par tout le monde (l’Union européenne a un accord d’association avec la Tunisie, comme avec Israël), et on peut presque dire qu’elle s’appuyait fermement sur le soutien exprès ou tacite de la majorité de la population.
Ici un bel oxymore : une dictature totale appuyée par la majorité de la population. Le mystère reste donc entier : comment une population « appuyant majoritairement » une dictature peut-elle soudain se révolter contre celle-ci ? Patience, vous allez bientôt comprendre.
Al fin y al cabo, la corrupción beneficiaba a una gran parte de la sociedad tunecina. Esto es algo que se sabía, pero nadie ponía el grito en el cielo. Nadie decía que el emperador estaba desnudo, ni dentro ni fuera. La irrupción de la gente en las calles durante el último mes ha sido algo inesperado, como lo fue la caída del muro de Berlín, que no anticiparon ni los grandes expertos en el bloque soviético que había en EEUU. Pero también es verdad que lo de Berlín luego no le extrañó a nadie, como ocurre ahora con Túnez.

Au bout du compte, une grande partie de la société tunisienne bénéficiait de la corruption. C’est quelque chose que l’on savait mais que l’on ne criait pas sur les toits. Personne ne disait que l’empereur était nu, ni à l’intérieur ni au dehors. L’irruption des gens dans la rue durant le mois écoulé a été quelque chose d’inattendu, comme le fut la chute du Mur de Berlin, qui n’avait pas été anticipée par les grands experts du bloc soviétique qu’il  avait aux USA. Mais il est aussi vrai que ce qu’il y avait à Berlin n’a ensuite manqué à personne, comme cela arrive maintenant avec la Tunisie.
Ici, l’auteur fait un étalage complaisant de son ignorance : il n’a apparemment jamais entendu parler ni de la révolte dans le Sud tunisien, dans le bassin minier de Gafsa, au printemps et durant l’été 2008, ni des câbles diplomatiques révélés par WikiLeaks, dans lesquels l’ambassadeur US Robert F. Godec ne mâche passes mots sur la dictature mafieuse de Ben Ali, “que l’on ne peut pas considérer comme notre allié”, écrivait-il. La révolte n’était donc inattendue que pour  ceux qui, comme l’auteur, ne suivaient pas la blogosphère tunisienne et planétaire.
El experimento democrático en Túnez no entraña los grandes riesgos que podría implicar en otros países árabes, principalmente en Egipto, donde la enorme fuerza del fundamentalismo es visible a pesar de la represión. Túnez es un país pequeño, con un alto nivel educativo, prácticamente bilingüe y sin grandes conflictos internacionales. Además, la fuerza real del fundamentalismo es desconocida, aunque si hay elecciones pronto la conoceremos. En Egipto, por el contrario, si zozobra el régimen, el panorama sería mucho más negro, tanto a nivel interno como internacional.
L’expérience démocratique en Tunisie n’implique pas les grands risques qu’elle pourrait impliquer dans d’autres pays arabes, principalement en Égypte, où l’énorme force du fondamentalisme est visible, malgré la répression. La Tunisie est un petit pays, avec un haut niveau d’éducation, pratiquement bilingue et sans grands conflits internationaux. En outre, la force réelle du fondamentalisme est inconnue, bien que nous pourrons la connaître s’il y a des élections bientôt. En Égypte, en revanche, si le régime s’effondre, le panorama serait beaucoup plus noir, tant sur le plan interne qu’international.
On commence à comprendre où Don Eugenio veut en venir : si vous laissez les peuples arabes exercer la démocratie, ils vont choisir le fondamentalisme, et c’est un véritable danger. Même si dans le cas de la Tunisie, ce danger n’est pas sûr. Le fondamentalisme est associé à l’ignorance et au monolinguisme. Les petits peuples éduqués et “pratiquement bilingues” sont (peut-être) vaccinés contre cette maladie. L’auteur, qui vit à Jérusalem, ne semble avoir jamais entendu parler d’un petit peuple “hautement éduqué” et “pratiquement trilingue” appelé le peuple palestinien qui a fait une expérience démocratique en 2006 et a voté pour les “fondamentalistes” du Hamas. Il a été sévèrement puni pour ce choix par ceux auquel l’auteur semble s’identifier totalement : l’Occident démocratique et son fer de lance, Israël. Quant à l’inquiétude qu’il essaye de nous communiquer à propos de l’Égypte, elle nous laisse sans voix : c’est celle qui règne à Tel Aviv et à Washington, où l’on a peur de perdre le principal allié dans le monde arabe, la dictature du vieux Moubarak. Si cette dictature s’écroulait, nous prévient l’auteur, ce serait une catastrophe.
Peligro del fundamentalismo
En Túnez, el contador ahora se pone en marcha desde cero. De lo que se trata es de construir una sociedad democrática en una región que carece de precedentes. Es prematuro juzgar si el futuro dará la razón a quienes apuestan por el establecimiento de instituciones plurales, pero el intento, aunque fracase, habrá merecido la pena.
Y Europa debe enviar mensajes claros, pero al mismo tiempo debe andar con cuidado para no colaborar con los fundamentalistas y no facilitarles el acceso al poder.

Danger du fondamentalisme
En Tunisie, le compteur se remet en marche à partir de zéro. Il s’agit de construire une société démocratique dans une région qui manque de précédents. Il est prématuré de juger si l’avenir donnera raison à ceux qui misent sur l’établissement d’institutions plurielles, mais la tentative, même si elle échoue, aura valu la peine.

Et l’Europe doit envoyer des messages clairs, mais en même temps elle doit avancer avec prudence pour ne pas collaborer avec les fondamentalistes et ne pas faciliter leur accession au pouvoir.
Je me mets à la place du lecteur lambda de Público : mais qui sont donc ces fondamentalistes tunisiens contre lesquels Don Eugenio nous met en garde ? Sans doute les mêmes contre lesquels le bras droit de Netanyahu, Sylvan Shalom, vient de mettre en garde. Ou Mezri Haddad, l’ambassadeur tunisien auprès de l’Unesco, qui a démissionné de son poste quelques heures avant la fuite de Ben Ali. Interviewé par la chaîne Al Jazeera, ce personnage grotesque a accusé Hamma Hammami, leader du petit Parti communiste des ouvriers de Tunisie, un des rares opposants qui n’a choisi ni l’exil ni la collaboration (à la différence de Mezri Haddad) pendant les 23 ans de dictature, d’être un agent des islamistes. Pour tranquilliser tout ce beau monde, Rachid Ghannouchi, le leader historique du mouvement islamiste Ennahdha, de son exil londonien, a prévenu : il ne se présentera pas à l’élection présidentielle et (les restes de) son parti (pulvérisé par la répression de Ben Ali, avec la bénédiction de tous les démocrates) ne se présentera pas aux élections législatives. L’Occident démocratique et son fer de lance israélien peuvent donc être rassurés : le spectre qui les hante restera hors jeu. Mais ils doivent rester vigilants : l’hydre islamiste a de nombreuses têtes et ils doivent rester vigilants pour identifier les déguisements “démocratiques” qu’elle va essayer de prendre. Madame Souheyr Belhassen, présidente tunisienne de la Fédération internationale des droits de l’homme, nous a déjà fait part de son inquiétude : la jeunesse révoltée tunisienne est “travaillée” par les mauvaises idées islamistes. La preuve irréfutable : un chanteur de rap a commis une chanson contre la minijupe.
Ma conclusion : c’est avec de tels articles qu’on alimente les fantasmes des citoyens européens et qu’on prépare l’opinion à tous les mauvais coups venant du “deuxième étage”. Une chose est claire : les peuples arabes et musulmans n’ont droit à la démocratie que si NOUS fixons les règles. Sinon, ils devront continuer à supporter les dictateurs que nous leur imposons. Don Eugenio, honte sur toi !