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lundi 23 septembre 2013

Merkel III : plus grande sera la chute


 
Angela Merkel devient donc chancelière allemande pour la troisième fois, se hissant au rang d'une Margaret Thatcher en termes de longévité. Son triomphe ne résout aucun des problèmes qu'elle aura à affronter. Elle va devoir faire une coalition avec les sociaux-démocrates, vu que les alliés libéraux du FDP ont disparu du parlement. Et elle va consolider sa position de tête de turque n°1 des peuples d'Europe du Sud frappés de plein fouet par les mesures d'austérité de la troïka et victimes de la voracité des banksters, allemands en tête. Et devoir faire les yeux doux aux dissidents de l'Alternative pour l'Allemagne, le parti anti-Euro qui a failli entrer au Bundestag, après avoir piqué des voix à la droite, à la gauche, aux Verts et aux Pirates, pour les amadouer.
  


"Triomphe de la reine de l'austérité", titre le quotidien TA NEA à Athènes.

Merkel Sie genießt den Erfolg. Noch nie hat sie ein besseres Ergebnis als Spitzenkandidatin der CDU eingefahren
Partystimmung in Berlin: Die CDU feiert Kanzlerin Angela Merkel und einen grandiosen Wahlerfolg

Angela Merkel schreitet am Freitag durch ihr EU-Hauptquartier in Brüssel





murksel
La couv du Spiegel du 9 septembre sur "Angela la Grande" en néo-Sissi.
Titre : "La nouvelle autosatisfaction d'Angela M." Extrait :

Kein anderer Kanzler hatte im achten Jahr seiner Amtszeit so viel Macht wie Angela Merkel. Doch sie nutzt ihren Einfluss nicht, im Wahlkampf verweigert sie sich einer Debatte über die Zukunft. Ihr Programm lautet: Merkel.
"Aucun autre chancelier n'a eu dans la huitième année de son mandat autant de pouvoir qu'Angela Merkel. Mais elle n'utilise pas son influence, dans la campagne électorale elle refuse tout débat sur l'avenir. Son programme se résume à : 'Merkel' "
spiegel20130909

lundi 19 septembre 2011

Intérimaire chez Bayer : témoignage


par CBG Coordination gegen BAYER-Gefahren/Coordination contre les méfaits de Bayer. Traduit par  Michèle Mialane, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala

La multinationale de Leverkusen emploie selon ses propres dires environ 650 intérimaires. Le journaliste Markus Breitscheitel, dans son livre « Arm durch Arbeit »(Le travail qui rend pauvre, NdT)) (voir STICHWORT BAYER 04/2008) a décrit leurs pénibles conditions de travail à la fabrication des comprimés. Depuis, rien n’a changé, comme le montre ce témoignage de Mélanie Suchart (nom modifié par la rédaction) recueilli par la Coordination contre les méfaits de Bayer.
Je m’appelle Mélanie, j’ai 25 ans et j’ai perdu en Allemagne tout espoir pour l’Allemagne.
 
En août 2010, de retour d’Australie, je suis rentrée à Berlin, heureuse d’y retrouver mes ami-e-s et de revenir y vivre.
 
Je me suis inscrite en recherche d’emploi, l’agence pour l’emploi de Neukölln m’a fourni un grand nombre d’adresses, surtout d’agences d’intérim, et j’ai fait de nombreuses demandes. En novembre j‘ai été embauchée par Job@ctive (agence de travail intérimaire cédée en 2010 par Bayer, NDLR)*. Je travaillais à Berlin au conditionnement de la pilule contraceptive.


Dès l’entretien d’embauche, le chef du personnel m’a mise en garde contre la grossièreté de mes collègues : il valait mieux être blindé. D’accord, mais que faire quand on n’a pas le choix? Très vite j’ai perçu la morosité et la frustration de mes nouveaux collègues. Les intérimaires étaient nombreux dans mon domaine, on les reconnaissait facilement. Leur blouse de travail vert menthe ne portait pas le logo de Bayer comme les CDI. Les mensonges de la direction irritaient mes collègues et le sentiment d’être du personnel jetable les déprimait. Les anciens, eux, se plaignaient du turn-over des intérimaires qui les obligeait sans cesse à former les nouveaux. Eux qui avaient déjà passé plusieurs années chez Bayer ou Schering en avaient assez de devoir en permanence tout expliquer à nouveau ; c’était pour eux une source de stress, de travail supplémentaire et d’erreurs. Ils ne voulaient pas nous le faire sentir, mais je le sentais tout de même, comme tous les autres intérimaires. 



Le siège de Bayer à Berlin-Wedding

Impossible au personnel de développer un esprit d’équipe, avec sans arrêt des noms nouveaux et de nouveaux visages. Peut-être n’est-ce pas seulement un dommage collatéral, peut-être ne veut-on pas laisser se créer trop de liens entre les collègues. Chacun se bat pour soi-même et l’adversaire est gigantesque et invisible. Au petit déjeuner on apprend que le nombre des arrêts de maladie a énormément augmenté et dépasse depuis longtemps les 5%. Un signe de plus du mal-être des ouvriers et ouvrières.
 
La direction n’est jamais à court de nouveaux projets. On vous filmait pendant le travail, puis on avait une “ombre” derrière vous qui enregistrait tous vos gestes. Tout cela au nom de l’optimisation. Sur chaque poste, d’immenses tableaux étaient censés montrer aux employé-e-s les faiblesses dans les processus de travail et les motiver à plus de rapidité et d’efficacité. Combien coûtent ces entreprises que l’on fait venir pour rechercher comment optimiser notre potentiel ? Pourquoi toujours chercher à baisser les coûts et à externaliser ? Il y a longtemps que les explications de la direction ne convainquent plus personne, ce sont des mensonges, et je me demande si ces gens peuvent encore se regarder dans une glace.
 
Je ramais dans cette atmosphère déplaisante en évitant de me laisser contaminer. Deux fois pourtant ma volonté a craqué et les larmes me sont venues aux yeux. Je ne sais pas comment vous l’expliquer, mais travailler dans cet environnement me rongeait. Perdue dans le “BAYER-World”, huit heures par jour. Là on n’a pas besoin de beaucoup réfléchir, et on ne devrait pas le faire, par égard pour son âme. Je me suis faite à la routine et je m’en sortais, je faisais ce que j’avais à faire, avec toujours au fond de moi épée de Damoclès  : mon contrat ne court que jusqu’à la fin de l’année.
 
Bien sûr il a été prolongé. On m’a prévenue une semaine – je dis bien UNE semaine - avant l’expiration de mon premier contrat. Normal, ici c’est comme ça que ça se passe, m’a-t-on dit.


Je suis restée jusqu’à fin juin 2011. J’ai subi, vu ou entendu parler d’innombrables injustices. Certains intérimaires travaillent dans l’entreprise depuis 4 ans, toujours en CDD. Bayer les trimballe de “projet” en “projet” pour rester clean aux yeux de la loi. Une fête a été organisée pour la Saint-Jean ; tout le monde était invité, sauf les intérimaires. On ne leur fournissait pas non plus de bouchons d’oreilles, c’était réservé aux CDI.
 
Des différences de salaires entre intérimaires et CDI je ne dirai qu’une chose : je ne pense pas que des nouveaux venus doivent percevoir la même rémunération que des gens employés dans l’entreprise depuis 10 ans, mais il existe d’autres facteurs, par exemple un risque de chômage plus élevé, qui devraient être pris en compte. Et des intérimaires qui au bout d’un an travaillent aussi bien que des CDI devraient avoir droit à une augmentation et aux mêmes congés.
 
J’aurais pu avoir un nouveau contrat, mais ça ne m’intéressait plus. Je retourne en Australie ; dans mon pays trop de choses vont mal.
 
* “Nous sommes issus, en 2001, de l’ancien service de recrutement et de management du pool des collaborateurs de Bayer. Depuis mars 2010 nous sommes une filiale à 100% de la SARL Hanfried de Hambourg et une entreprise indépendante à Leverkusen, un pôle de la chimie. Nos clients : des firmes relevant des domaines de l’Internet, de la technique, de la vente et des sciences de la nature font confiance depuis des années à notre expérience dans toutes les branches.”( Autoportrait de job@ctive).
 

samedi 5 février 2011

Luttes d’influence sur les rives du Nil et grenouillages allemands

par German-Foreign-Policy.com, 3/2/2011. Traduit par  Michèle Mialane, édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala
BERLIN-LE CAIRE-Après l’annonce du retrait, en septembre, du Président égyptien Hosni Moubarak, et devant l’escalade des violences entre ses partisans et ses adversaires, Berlin intensifie ses efforts en vue d’assurer son influence auprès des prochains maîtres du Caire. L’armée y conserve la haute main. Un gouvernement capable de stabiliser la situation actuelle sous l’égide d’un Président plus populaire serait très bienvenu pour Berlin. L’Allemagne est un collaborateur éprouvé de l’appareil répressif égyptien ; elle a toujours secondé efficacement les USA pour maintenir l’hégémonie occidentale sur les ressources du Moyen-Orient. Des porte-parole du monde économique mettent en garde contre les millions de perte que pourrait entraîner un « bouleversement » pour les exportations et les usines allemandes en Égypte. Si la puissance de l’armée était mise en question au Caire, Berlin envisagerait une collaboration étroite avec des figures de proue de l’opposition actuelle, dont la capitale allemande attend une grande bienveillance envers ses propres intérêts. Des contacts appropriés ont déjà été pris au cours de se ces dernières années, aboutissant à diverses fondations, en particulier la Fondation Friedrich Naumann, qui dépend du parti de l’actuel ministre des Affaires étrangères [le FDP, le parti libéral de Guido Westerwelle, NdE].
Le pouvoir de l’armée
Après l’annonce faite par le Président Moubarak qu’il ne se représenterait pas à l’élection présidentielle de septembre prochain, la République fédérale intensifie ses efforts pour assurer son influence auprès des prochains maîtres du Caire.
 
Pour le moment l’armée garde le contrôle : les principaux ministres sont des militaires ; Omar Souleiman, élevé il y a quelques jours à la charge de vice-président, est chef des services secrets depuis près de 20 ans et passe aussi pour un proche de l’armée. Une nouvelle donne qui permettrait de laisser le pouvoir effectif à Souleiman et à l’armée serait la bienvenue pour l’Occident : le fragile équilibre au Proche et Moyen-Orient1 pourrait être maintenu, malgré toutes ses tensions, car il repose sur le soutien que certains régimes arabes, dont l’Égypte, apportent à Israël et qui permet le contrôle de l’Occident sur les ressources arabes. À l’avenir Moubarak ne pourra plus en être garant ; il faut un Président beaucoup plus populaire. Les candidats potentiels sont actuellement l’ex-Ministre des Affaires étrangères, Amr Moussa, et l’ex-Directeur de l’AIEA, Mohammed El Baradei.  Moussa est un membre de l’establishment du régime Moubarak et l’Occident le juge fiable. Quant à El Baradei, il a lâché le Président depuis quelque temps déjà et en ce moment il négocie avec l’armée. Bien sûr il faut aussi enrôler l’opposition et la calmer.
 
Partenaires de répression
Laisser le pouvoir à l’armée est une solution que certes les manifestants rejettent, mais qui en revanche permettrait amplement à l’Allemagne, en contact étroit avec l’appareil répressif égyptien, d’exercer une influence directe. L’Allemagne, non contente d’être un important fournisseur des forces armées égyptiennes2, a un programme de coopération avec l’armée égyptienne ; à l’automne 2010 une délégation de soldats égyptiens a effectué un stage à l’école de formation de la police militaire et du personnel d’État-major de l’armée allemande3. Omar Souleiman est aussi bien connu à Berlin,  il a collaboré avec les services secrets au Moyen-Orient et entretient également les meilleurs rapports avec la police fédérale : la PJ allemande a un agent de liaison permanent au Caire, la police en tenue en a même deux. Pour les seules années 1985 à 1995 Bonn a apporté à la police égyptienne un soutien en matériel et formation équivalant à plus d’un million d’euros. À l’époque la police égyptienne était déjà connue pour pratiquer la torture.
 
Des intérêts économiques
L’industrie allemande fait elle aussi pression sur Berlin pour empêcher un « bouleversement » en Égypte. Si jusqu’à présent c’était la sympathie pour les mouvements démocratiques nord-africains qui dominait dans les médias allemands, certains milieux économiques ont maintenant réussi à faire passer des jugements critiques. Ainsi on entend dire depuis hier que les soulèvements nuisent en plusieurs manières à l’industrie allemande : d’une part, la production est arrêtée dans les usines allemandes en Égypte, où nombre d’entreprises, dont de grandes firmes comme Siemens, Daimler-Benz et BASF ont investi au total plus de 500 millions d’euros. D’autre part les exportations allemandes vers l’Égypte sont menacées ; elles se montaient l’an dernier à plus de 2,6 milliards d’euros. La presse de caniveau prétend que les garanties Hermes (dédommagement versé aux exportateurs en cas de pertes, géré par les Assurances Hermès pour le compte du gouvernement allemand) entraîneraient à elles seules le versement de 190 millions d’euros si les troubles continuaient sur les rives du Nil. Ce serait donc le contribuable allemand qui ferait les frais des mouvements démocratiques égyptiens4.
Les réseaux du FDP 
Pour le cas où l’armée ne réussirait pas à stabiliser l’Égypte, l’Allemagne entretient aussi des contacts avec l’opposition. Cela se fait entre autres au moyen de fondations proches des partis, comme la Fondation Friedrich-Naumann du FDP. Cette fondation, non contente de soutenir en Égypte des organisations publiques comme l’Egyptian Radio and Television Union (ERTU) et le National Youth Council (NYC) en fait autant pour des associations d’opposants, telles que l’Egyptian Organization for Human Rights (EOHR), fondée en 1985 par Ayman Nour. Nour est Président du parti d’opposition El Ghad ; c’est à son siège que se sont réunis hier mercredi les plus importants groupes d’opposition égyptiens pour débattre de la conduite à tenir5. Le parti El Ghad est membre fondateur du Network of Arab Liberals (NAL). Ce réseau, fondé en 2006, regroupe les partis libéraux de langue arabe ; c’est le partenaire le plus proche de la Fondation Friedrich-Naumann en Égypte. Il se perçoit comme le pendant de l’alliance de partis latino-américaine RELIAL, soupçonnée de soutenir des mouvements sécessionnistes en Amérique du Sud, comme l’a rapporté german-foreign-policy.com6.
La France est le grand perdant
Indépendamment du succès ou de l’échec du mouvement démocratique égyptien, les bouleversements en Afrique du Nord représentent une nouvelle victoire pour Berlin en matière de concurrence intra-européenne. Les observateurs constatent que le projet d’Union euro-méditerranéenne7 semble définitivement stoppé. Ce projet était aux yeux de Berlin celui du Président français Nicolas Sarkozy, qui souhaitait ainsi établir un contrepoids aux activités de l’UE en Europe de l’Est, profitables surtout à l’Allemagne. Les principaux appuis de Sarkozy sur ce projet étaient les Présidents égyptien et tunisien, le premier désormais en fin de parcours et l’autre en fuite. La semaine dernière, le Secrétaire général de l’Union pour le Méditerranée, affaibli au point de ne plus parier un sou sur le projet, a démissionné. Si le projet échoue, c’est une nouvelle défaite de Paris face à Berlin, qui voit s’ouvrir à lui de nouvelles perspectives, en Afrique du Nord cette fois.
Ndlt : Je ne saurais trop conseiller la lecture de l’article Ben Ali, un partenaire idéal : la double morale de la politique allemande vis-à-vis de la Tunisie, ces deux textes s’éclairent mutuellement.


2 Voir Nutznießer der Repression    (les profiteurs de la répression)
4 Les contribuables paient pour les exportations vers l’Égypte ! www.bild.de 02.02.2011
5 Egypt's Leaders "Disappointed" by Mubarak, Welcome Change; www.cbsnews.com 01/02/2010
6 Voir Neoliberale Netze (Réseaux néolibéraux)
7 Voir Im Schatten    (dans l’ombre) et Kein Gegenpol    (pas de bipolarité)
 


dimanche 30 janvier 2011

Ben Ali, un partenaire idéal : la double morale de la politique allemande vis-à-vis de la Tunisie

par German-Foreign-Policy.com, 18/1/2011. Traduit par  Michèle Mialane et édité par  Fausto Giudice, Tlaxcala
TUNIS-BERLIN-À Berlin on a réagi à la chute de notre vieil allié tunisien Zine El Abidine Ben Ali par une volte-face grotesque. En plein accord avec son Ministre des Affaires étrangères, la Chancelière a déclaré qu’il  « serait désormais indispensable de respecter des droits humains ». Depuis des dizaines d’années des organisations de défense des droits humains déposaient  des plaintes auprès de la Chancellerie et du Ministère des Affaires étrangères au sujet des graves violations de ces droits imputables au gouvernement tunisien- sans résultat.
De fait, le gouvernement ultra-répressif du Président Ben Ali comptait parmi les alliés de la République fédérale en Afrique du Nord ; non content d’être un collaborateur zélé au plan politique, il offrait aux entreprises allemandes des  conditions extrêmement lucratives - les bas salaires pratiqués en Tunisie en avaient fait pour les managers allemands leur lieu de production préféré en Afrique du Nord. La presse économique allemande  tressait récemment encore des lauriers à Ben Ali, le « dictateur soft », aujourd’hui diabolisé par Berlin, qui souhaite conserver son influence en Tunisie après la chute du Président. Il y a quelques semaines encore la Fondation Konrad Adenauer, proche de la CDU, déclarait que le régime tunisien était un « partenaire idéal ».
Un prolongement des ateliers  allemands ?
Le régime du Président tunisien Zine El Abidine Ben Ali, désormais renversé, entretenait des liens étroits avec Berlin et les entreprises allemandes. La Tunisie est  de quelque importance pour l’industrie allemande : c’est le prolongement de ses ateliers. L’Allemagne est le troisième partenaire commercial de la Tunisie. Elle importe en particulier des produits semi-finis pour en faire - souvent dans des entreprises où les Allemands ont des participations - des produits finis destinés aux consommateurs allemands. Un exemple classique : l’industrie textile, qui introduit des matières premières et les  fait transformer en Tunisie pour des salaires dérisoires. Ce type de production représente 40% des importations tunisiennes d’Allemagne et 80% des exportations vers l’Allemagne. « La Tunisie est au Maghreb le premier partenaire des exportateurs allemands», écrit le Ministère des Affaires étrangères, parlant du rôle de tâcheron économique joué par cet État.1 Parallèlement, l’Allemagne est le quatrième investisseur étranger en Tunisie ; dans ce pays plus de 250 entreprises essentiellement exportatrices travaillent avec du capital allemand; par exemple le sous-traitant automobile Leoni, bien connu, qui fait travailler environ 12 000 Tunisiens pour remplir les poches des Allemands.
 Leoni, fabriquant de faisceaux de câbles à Sousse

Des salaires de misère
Les raisons la prédilection des managers allemands pour la Tunisie ont été en 2008 splendidement exposées par l’Agence fédérale pour le  commerce étranger Germany Trade and Invest (gtai). Celle-ci écrivait alors 2: « Les salaires tunisiens se situent  « tout en bas de l’échelle internationale’. » Seuls quelques pays d’Extrême-Orient pratiquaient « des salaires inférieurs » ; même « le Maroc et la Turquie » sont obligés « d’accorder des salaires plus élevés ». Voilà très précisément décrite la pauvreté qui - jointe  à la corruption, qui apparemment ne cause aucun tort aux firmes allemandes - a déclenché la révolte cotre le régime de Ben Ali. « Un pays évolué et acquis au libéralisme » - voilà ce qu’était la Tunisie pour la presse économique d’il y a plusieurs années, qui se félicitait des salaires de misère tunisiens ; le pays s’imposait ainsi comme « un endroit rêvé pour les investissements industriels. » L’un des principaux responsables de ces conditions lucratives était Ben Ali, le « dictateur soft ». 3
En vertu de l'accord d'association entré en vigueur en 1998, il n'y a plus de barrières douanières entre la Tunisie et l'UE depuis 2008. Ici Ben Ali avec Herman Van Rompuy, président de la Commission européenne

Pas pris au sérieux
De fait Ben Ali a veillé à ce que son pays rapporte aux entreprises européennes. Durant sa présidence, en 1995, Ben Ali a conclu un accord d’association avec Bruxelles, s’est ensuite  rapproché de la politique commerciale de l’UE et a fait  entrer son pays - le premier en Afrique du Nord - dans une zone de libre échange avec l’Europe. Il y a été fortement aidé par la politique allemande d’aide au développement, qui, d’après le Ministère des Affaires étrangères, a fait sien le programme de « modernisation de l’économie tunisienne » - préparant ainsi le pays à « l’union douanière avec l’UE »4. Dans le domaine de la lutte contre l’immigration aussi le gouvernement Ben Ali s’est montré en général coopératif avec l’Europe, en particulier grâce à quelques vedettes militaires d’occasion que Tunis avait rachetées en 2005 à la marine de guerre allemande. Seules  quelques organisations de défense des droits humains protestèrent. Une des clauses de l’accord d’association passé entre l’UE et la Tunisie prévoyait en théorie le respect des droits humains, fit remarquer Amnesty International en 2006 : « Si l’UE prenait ce passage vraiment au sérieux », elle aurait dû « résilier » cet accord depuis longtemps.5
Usine de confection en Tunisie. Salaires horaires des ouvrières : 0,75 €

Aucune aide à attendre
Il est évident que Berlin n’avait aucun intérêt à gêner une coopération aussi lucrative en insistant sur le respect dû aux droits humains. Même confronté aux reproches faits à l’appareil répressif tunisien de pratiquer la torture, le gouvernement fédéral répondait que « le gouvernement tunisien présente cela sous un tout autre jour », rapporte le journaliste Marc Thörner dans une interview accordée à notre rédaction en 2005. Lui-même avait été victime en Tunisie de répression policière illégale au cours d’investigations en 2003. Ayant, puisqu’il était citoyen allemand, demandé de l’aide à l’ambassade d’Allemagne, il s’était entendu répondre qu’il devait se soumettre aux autorités du pays et n’avait aucune aide à attendre  son ambassade6. Le grand manitou de la diplomatie allemande était à cette époque Joseph (Joschka) Fischer (Bündnis 90/Die Grünen Alliance 90/ Les Verts, Ndlt).  Berlin n’a modifié en rien sa politique tunisienne jusqu’à la fin de l’année 2010. Par exemple, lorsqu’en novembre 2010 une délégation parlementaire tunisienne de haut rang - sous la conduite du Président d’une Commission compétente entre autres en matière de « droits humains » - rendit visite à la Fondation Konrad Adenauer, proche de la CDU, le vice-Premier secrétaire de la fondation qualifia Ben Ali de « partenaire idéal7».
Grotesque
Au prix d’une grotesque volte-face Berlin essaie maintenant de prendre ses distances  d’avec son partenaire Ben Ali, après sa chute. Dès ce week-end la Chancelière - par ailleurs membre du Directoire de cette même Fondation Konrad Adenauer, naguère encore si enthousiaste de l’État répressif de Ben Ali - déclarait qu’il était désormais « indispensable de respecter mes droits humains et de garantir la liberté de presse et de réunion ». L’UE et en particulier l’Allemagne étaient bien sûr prêtes  « à apporter leur soutien pour  ce nouveau départ8 ». Le Ministre des Affaires étrangères, dont les services avaient laissé tomber même des journalistes allemands persécutés par l’appareil répressif tunisien déclarait maintenant que la Tunisie avait besoin « de réformes durables et solides9.  Un coup d’œil aux notes d’ information émises par le Ministère des Affaires étrangères au sujet de la Tunisie révèle cependant les  difficultés que rencontrent ses services pour  se dépêtrer de la chute de son allié tunisien de longue date. On peut y lire, en août 2010 , que « les relations de la Tunisie avec  l’Allemagne sont bonnes et intensives 10». La situation des droits de l’homme dans ce pays répressif d’Afrique du Nord présente certes « quelques déficits » « dans la pratique ». Mais le pessimisme n’est pas de mise : « La Constitution garantit le respect des droits humains et une justice indépendante11 ». 
Notes
1 Beziehungen zu Deutschland (Relations avec l’Allemagne, Ndlt); www.auswaertiges-amt.de  août 2010
2 Lohn- und Lohnnebenkosten - Tunesien (Salaires et charges en Tunisie Ndlt); www.gtai.de  28.03.2008
3 Milder Diktator (Un dictateur soft, Ndlt); www.wiwo.de  03.06.2006
4 Beziehungen zu Deutschland (Relations avec l’Allemagne, Ndlt); www.auswaertiges-amt.de  août 2010
5 Nichts hören, nichts sehen; AI-Journal April 2006 (Ne rien voir, ne rien entendre, Journal d’Amnesty International, avril 2006)
7 Ausgezeichnete Partnerschaft stärker in Wert setzen(Mieux mettre en valeur un partenariat idéal, Ndlt); www.kas.de 11.11.2010
8 Bundeskanzlerin Merkel zur Lage in Tunesien; Presse- und Informationsamt der Bundesregierung 15.01.2011(la Chancelière Merkel sur la situation en Tunisie ; service de  presse et communication du gouvernement fédéral, le 15/01/2011)
9 Bundesaußenminister Westerwelle begrüßt Bildung einer Regierung der nationalen Einheit in Tunesien; Pressemitteilung des Auswärtigen Amts 17.01.2011 (Westerwelle, Ministre allemand des Affaires étrangères salue la formation d’un gouvernement d’unité nationale en Tunisie; déclaration du Ministère des Affaires étrangères à la presse en date du 17/01/2011)
10 Beziehungen zu Deutschland (Relations avec l’Allemagne, Ndlt); www.auswaertiges-amt.de  /août 2010
11 Innenpolitik (Politique intérieure, Ndlt) ; www.auswaertiges-amt.de  / août 2010

dimanche 14 février 2010

De Paris à Dresde : Le poids des mots, le choc des images

Des œuvres d'art qui dérangent
Deux femmes artistes venues de l'Est font parler d'elle ces derniers temps. Elles ont toutes deux en commun d'avoir fait l'expérience des limites de la tolérance répressive des démocraties occidentales.
La première est Chinoise, elle s'appelle Ko Siu Lan, 32 ans
Mais rassurez-vous: Tonton Fred, aussitôt informé, a agi :
"Après avoir pris connaissance de l'incident (...), le ministre de la Culture Frédéric Mitterrand a demandé que l'œuvre artistique soit réinstallée sur la façade de l'École des beaux-arts, et ce dans les délais les plus brefs compte tenu des contraintes matérielles nécessitées par cette opération", a indiqué le ministère dans un communiqué.
"Frédéric Mitterrand m'a appelée en personne samedi après-midi pour me dire qu'il avait appris l'affaire hier et qu'il était vraiment 'désolé' de cette 'histoire idiote'", a déclaré la jeune femme. "Il espère que les bannières pourront être remises dès aujourd'hui", a-t-elle ajouté.
Ouf, on respire !
La seconde est Allemande, née au Kazakhstan. Erika Lust, 48 ans, vit à Dresde, la "Florence de l'Elbe", depuis 20 ans, où elle poursuit une carrière de peintre, photographe et décoratrice de théâtre. En décembre 2009, un tribunal l'a condamnée à retirer de la circulation le tableau par lequel elle commentait la décision de l'UNESCO de retirer Dresde et la Vallée de l'Elbe du Patrimoine culturel mondial de l'humanité, suite à un projet de pont qui défigurera le paysage de la ville-martyre (détruite par les Alliés du 13 au 15 évrier 1945. Bilan : 18 à 25 000 morts civils).
Le tableau intitulé Frau Orosz wirbt für das Welterbe‎ (Madame Orosz fait sa pub pour le patrimoine mondial) représente Helma Orosz, la mairesse démocrate-chrétienne de Dresde, dans une tenue qui a choqué l'intéressée. L'artiste a expliqué qu'elle voulait, par cette nudité, représenter le manque d'arguments de Mme Orosz devant le Conseil de l'UNESCO réuni à Séville pour convaincre l'organisation de maintenir sa ville sur la liste du patrimoine culturel de l'humanité. Helma Orosz a obtenu du tribunal le retrait de l'œuvre de tout espace public, sous faute d'astreinte de 250 000 €. Erika Lust a fait appel de la condamnation et a réalisé une nouvelle œuvre pour la commenter:
Avant
Après 1
Après 2
Frau Orosz wirbt für das Welterbe‎ II

Ce portrait n'est pas le premier d'Helma Orosz peint par Erika Lust, qui a déjà commis ceux-ci :
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
 La belle Helma n'est pas la seule victime d'Erika. Mais les autres ne peuvent  plus faire appel à la justice :
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden "Karl III"
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
Papst "Inocent X"
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
"Maria von Medici"
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
"Mona Lisa"
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
"Luwig XIV"
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
"Heinrich VIII"
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
Christina von Dänemark
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
August der Starke
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
Elisabeth von Spanien
Bild von Erika Lust - Theater / Malerei / Grafik - Dresden
Russische Ikone 
Et si l'École des Beaux-Arts de Paris et son ministre de tutelle invitaient Erika Lust à venir peindre in situ la Famille régnante française ?  Elle devrait pouvoir créer des oeuvres un peu plus marrantes que les croûtes de Papa Pal, non ? Allez, Tonton Fred, encore un effort pour marquer le siècle !
2 tableaux de la série "Out of Mind*" (sic), de Pal Sarközy Nagy de Bocsa, géniteur de Nicolas 1er et grand artiste numérique* allusion à l'expression Out of sight, out of mind = loin des yeux, loin du cœur, mais aussi à go out of mind= perdre la tête